‹ L'Exposition universelle de 1862Chapitre 30 sur 40 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Du progrès survenu dans le matériel de la grande industrie des tissus et de quelques autres.

Les machines destinées aux grandes industries des tissus ne sont pas de celles qu’on puisse passer sous silence. Ce sont des industries du premier ordre par la grandeur de leurs proportions ei par l’utilité de leurs productions. Le rapport de M. Gallon traite de ce qui les concerne avec un grand sens et une lucidité parfaite (1). Elles ont aussi donné lieu à d’excellentes observations de la part de M. Alcan, qui a tant d’expérience en ces matières (2). A l’Exposition, ces machines appellent l’attention par une exécution supérieure à tout ce qui s’était vu jusqu’ici, beaucoup plus que par les nouveautés qui s’y seraient révélées. La fabrique des machines destinées à T’immense industrie cotonnière est très-bien représentée par la maison Platt, d’Oldham. C’est à très peu près le même système qui figurait à l’Exposition de 1855. L’industrie de la laine présente une innovation , l’emploi , dans la filature , du renvidage mécanique , qui était déjà d’un usage général dans la filature du coton. Cette innovation figure dans le palais de Kensington . M. Platt a exposé la série entière de la filature de la laine dans ce système;

(1) Tome II, classe VII, page 480.

(2) Tome II, classe vu, page 528, et tome IV, classe xviii, page 319.

INTRODUCTION

M. IMercier, de Louviers, montre dans sa belle exposition un arrangement différent, celui du demi-renvidage mécanique : l’ouvrier doit pousser le métier pendant l’im de ses deux mouvements. A vrai dire, l’on n’en est encore qu’aux essais pour cet objet. Quant au tissage mécanique de la laine, il se généralise, et, dans peu, il aura pris presque partout la place du tissage à la main. L’Exposition offrait beaucoup de bons modèles en ce genre; ceux de M. Mercier sont au nombre des plus remarquables.

En fait de machines destinées à la fabrication des étoffes des grands textiles, l’objet le plus curieux qu’il y ait à l’Exposition est le métier à faire les bas. Remplacer la femme qui tricote par une machine est une idée déjà ancienne. Le bas est un article tellement demandé que l’effort pour améliorer ou renouveler le métier à bas est incessant. Je ne crois pas qu’il y ait en ce moment de métiers de ce genre qui égalent ceux qui ont été inventés ou perfectionnés en France. Le métier, ou plutôt les métiers circulaires (1) de M. Jacquin, car il y en a plusieurs, travaillent avec une rapidité extrême, surtout le dernier inventé: en quelques minutes un bas est terminé. Cependant des raisons dans lesquelles je n’ai pas à entrer ici font préférer, dans plusieurs cas, le métier rectiligne, dont un, perfectionné par M. Tailbouis et construit par M. Jacquin, donne les résultats les plus avantageux. C'est à ce point que M. Tailbouis se déclare prêt à livrer les chaussettes d’homme au prix de 1 fr. 25 c. les douze paires, en

(1) Ainsi nommé parce fait le bas dans sa rondeur, par opposition aux métiers dits rectilignes, qui font une sorte de nappe dont il faut ensuite coudre les deux bords l’un à l’autre.

INTRODUCTION

supposant le coton revenu au prix d’avant la guerre d’Amérique. Pour les bas ce serait 2 fr. 40 c. J’insiste sur ces détails, parce que je les crois d’un vif intérêt. Combien n’y a-t-il pas en France de milliers et même de millions d’individus qui marchent sans bas, ou n’en portent que les jours de fête ! Par le nombre du public qui s’en sert et par l’utilité qu’il présente, comme aussi par le nombre des bras qu’il occupe, le bas prime dans l’industrie beaucoup d’articles de luxe des plus renommés. Livrer couramment des chaussettes à 1 fr. 25 c les douze paires, c’est rendre au public un plus grand service que si l’on perfectionnait l’art de monter les diamants, soit dit sans vouloir rabaisser la bijouterie qui touche à l’art et au goût, et restera toujours, par cela même, à un niveau élevé dans la considération publique.

Il est difficile de ne pas dire un mot de l’industrie qui contribue tant au progrès de toutes les autres , et à celui de la civilisation même, l’imprimerie. On sait quels progrès ont été accomplis successivement, depuis qu’à la presse à bras on a substitué la presse mécanique mue par la vapeur. Actuellement, pour les journaux, qui, de toutes les publications, réclament incomparablement la plus grande célérité, on en est venu à un point tel qu’il faut le voir pour y croire. Aussi , ne faut-il pas s’étonner de ce que la plupart des étrangers, à Londres, sollicitent la permission de voir l’imprimerie du Times, où le tirage se fait à raison de dix-huit mille exemplaires à l’heure. C’est, par seconde, cinq exemplaires de cette immense feuille. Le travail de M. Laboulaye (1) présente, au sujet du régime adminis-

(1) Tome V, classe xxviir, page 379,

INTRODUCTION

tratif auquel sont soumises en France la libraire et l’imprimerie, des réflexions dignes d’être appréciées par les esprits libéraux.

Les observations de M. Laboulaye, qui est homme du métier, au sujet des types anglais, méritent aussi de fixer l’attention des imprimeurs. Les Anglais ont trouvé le moyen de rendre plus lisibles les journaux et les livres, sans diminuer la quantité de matière qu’ils contiennent; c’est une preuve de l’esprit pratique qui les caractérise. La qualité de l’encre n’est peut-être pas étrangère à cette supériorité de la typographie anglaise. C’est un fait que les anciens livres français sont plus aisés à lire que la plupart des nouveaux.

La maison Marne, de Tours, qui a donné plus qu’aucune autre le caractère manufacturier à la librairie, s’est distinguée, à l’Exposition , par le bon marché de ses livres tout reliés, au moins autant que par la beauté de ses publications de luxe.

Comme un accessoire de l’industrie de l’imprimerie, on a remarqué, à Londres, une exposition unique en son genre, celle de M. Derriey, de Paris, qui fabrique des vignettes, des filets, traits de plumes et autres enjolivements pour la librairie. Le bon goût et le fini de ces articles montrent l’influence heureuse que l’art peut exercer sur toutes les branches de l’industrie, et le succès dont cette alliance a été couronnée en France. Puissions-nous ne pas compromettre cette source féconde d’honneur et de profit !

SECTIOiN IV.

DES MESURES LÉGISLATIVES ET ADMINISTRATIVES QUI POURRAIENT FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT ET AUGMENTER LA PROSPÉRITÉ DE l’industrie NATIONALE.

Des observations éparses dans les rapports des membres du jury, qui, en cela, se sont conformés aux instructions émanées de la Commission impériale, ont pour objet d’appeler l’attention du public et de l’autorité sur les mesures diverses qu’ils ont jugées propres à accélérer le mouvement en avant de l’industrie française, et à la mettre en position de soutenir avec avantage la concurrence étrangère aussi bien sur les marchés du dehors que sur ceux du dedans.

Je vais essayer de les résumer, en y joignant quelques réflexions. Le sujet est si vaste que je devrai me réduire à un petit nombre d’indications choisies à titre d’exemples.

Les améliorations principales par lesquelles il est possible de venir en aide à l’industrie, de lui faciliter sa marche ascendante, et d’agrandir la puissance productive de l’homme et de la société, sont celles qui se rapportent aux voies de communication, routes, canaux, chemins de fer, rivières navigables: 2° aux institutions

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de crédit ; 3“ à l’éducation générale et professionnelle. Mais ce ne sont pas les seules. Examinons d’abord celles qui répondent à ces trois têtes de chapitre.

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