LA SUISSE
Ici nous nous retrouvons au milieu dos machines en mouvement. Une collection trèscomplète de machines-outils, destinées au travail du fer, toute une série de machines employées à la filature du colon, sortent des vastes ateliers de M. liieter, établis à Wintertbur, le grand centre industriel de la Suisse;
M. Honegger a inventé un dévidoir qui divise automatiquement les soies brutes, sans que l'ouvrier ait à s'en occuper en rien, et les classe par grosseur de fil. C'est la perle de l'exposition suisse, dans le sixième groupe.
Notons également le beau moteur de MM. Sulzer frères et, enfin, le météorographe électrique, enregistreur, employé à Berne. Cet appareil est assurément moins délicat que celui du P. Secchi, mais son prix est relativement très-modéré, ce qui permettra d'en doter un grand nombre de stations, et c'est là l'essentiel.
Les machines de la Suisse, de l'.VIlemagne du Sud et de l'Aulriche, sont actionnées par les moteurs de M. Farcot.
L'Allemagne a assurément fait un grand honneur à notre pays, en demandant à un constructeur français les machines motrices dont elle avait besoin.
l'autriche.
M. de C'astellane a publié sur l'exposition militaire de l'Autriche, un article absolument complet, qui facilite singulièrement notre tâche, car cette exhibition est de beaucoup la partie la plus intéressante de la section autrichienne, dans cette galerie s'entend. L'arsenal a même donné une preuve de confiance peu commune, en exposant non-seulement les armes qu'il fabrique, mais même Il h outils qui servent à les fabriquer.
La maison Sigl, de Vienne, a exposé, outre
deux locomotives dont nous reparlerons, une machine à vapeur, verticale, fort élégante et digne de remarque.
On ne peut passer sous silence une coupole en cuivre, pour sucrerie, de trois mètres de diamètre et d'une seule pièce.
Un modèle de drague présente cette particularité importante, que tous les mouvements sont sous la dépendance de la marche de la chaîne à godets, de sorte que l'enfoncement de ceux-ci, la marche du navire dans le sens delà longueur et dans celui de la largeur, sont toujours proportionnels au travail de la drague.
Nous ne pouvons quitter l'.Autriche sans aller admirer dans la collection des produits naturels, les merveilleux cristaux de sel g mime, découverts dans la mine deVielicza. Que l'on se figure une agrégation d'énormes cubes de sel dont le plus petit a plus de dix centimètres de côté et qui sont aux petits cubes grisâtres de notre sel de cuisine, ce que sont à l'égrisée, poudre du diamant, le Régent et le Ko-hi-Noor, dont ces cristaux splendides ont la transparence et la rareté.
Quelles belles expériences nos physiciens feraient avec le spath d'Islande danois et le sel gemme autrichien!
Charles Boissay.
La rue de Normandie.
En prenant du Jardin central le grand vestibule pour objectif, on trouve, un peu à droite, la rue de Normandie. Nous n'avons pas encore décrit cette rue. Mais je vais essayer de conduire le lecteur au milieu des objets qui s'y étalent, et, s'il se peut, faire un portrait ressemblant en rendant, de chaque chose, équitable et fidèle témoignage.
Sans plus tarder, j'y pénètre donc, el du jardin, je passe sous la paire de rideaux de serge verte, dont l'entrée, comme celle des autres secteurs, est pourvue. Beaux rideaux, ma foi! Ils ont bien coûté dix sous l'aune! Mais laissons ces loques misérables, et jetons plutôt un regard dans la salle du Musée rétrospectif, qui s'ouvre à droite sur la rue d( Normandie.
C'est la salle consacrée à l'époque franqui et carlovingienne. On y voit des milliers d( pièces mtéressantes, les unes par leur extrême rareté, les autres par leur mérite artis tique, toutes par leur caractère d'incontes table authenticité.
Au sortir de cette salle dont les richesse: retiendraient longtemps, s'il fallait seulemen énumérer les principales, on longe, à droite un mur tapissé de gravures dues à des burin irançais. Nous rencontrons ensuite l'un des salles de l'exposition française de pein ture.
r/EXPOSITION UNIVERSELLE DE 18C7 ILLUSTRÉE.
Itans ces mêmes parages, au centre de la rue que nous parcourons, deux statuettes en bronze se font vis-à-vis. Exécutées ■ par M. Frémiet, elles appartiennent au musée de Saint-Germaiu. Celle-ci représente un cavalier gauloisj Averne ou Bellowake, peu importe, celle-là un cavalier de César, et les deux personnages, espèce de vedet!es observant une trace ennemie, sont bien campés sur leurs chevaux curieuse Tient harnachés.
Je néglige le déparlement de la photographie que, l'autrejour, 11. Lacan a parcouru de façon à ne laisser aucun point inexploré, et j'entre dans le pavillon des fondeurs en caractères d'imprimerie.
Là, chaque fondeur a exposé des épreuves de ses types particuliers, lettres ordinaires ou de fantaisie, modernes on antiques, romaines ou étrangères. M. A. René grave spécialement, et fort bien, les caractères elzévirs, gothiques, du moyen âge, les lettres tourneures; yi. Lœullet les caractères exotiques: télougous,.canaras, birmans, siamois, japonais, que sais-je? indous, chinois; M. Longien des lettres de fantaisie, ornées dans un goût parfois critiquable; M. Derriey, des vignettes et des fleurons, et MM. Laurent et Deherny, Virey frères, Mme veuve Battenberg et Mayeur font commerce, principalement, de caractères ordinaires, d'un beau dessin, d'une gravure ferme et savante.
Nous quittons le pavillon des fondeurs typographes.
Les tapis de la maison Arnaud et Gaidau, Ide Nîmes, sont fort remarquables et leur réiputation n'est point à faire. Nous en voyons en ce moment de magnifiques. La composiition en est habilement entendue, le coloris ■Tiche, varié, doux ou vif suivant les besoins, da fabrication sans reproche. ,Ie regrette seudement l'emjiloi un peu abusif d'un certain l(ton violeté qui me semble froid, médiocreiment décoratif. Malgré cette réserve M. Armaud méritait d'être récompensé comme il l'a Été, par la médaille d'or et la croi.v d'honmeur. •
En quittant ces tapis on rencontre un autel ■en marbre, avec figures en haut relief et bbamps de mozaïques. Conçu dans le goût byzantin, ce petit monument a été exécuté avec oeaucoup de conscience dans les ateliers de M. Louvet. Passons en silence devant des cheminées genre Louis XVI, dont l'une porte un bhapiteau destiné, c'est l'étiquette qui l'afràrme, à l'église du saint sépulcre de Jérusa- :em. La composition en est étonnamment eèche et le travail d'une aigreur d'outil peu «ommune. Mais parlons de la grande cheminée Louis XIII exposée par M, Gouault.
La partie inférieure jusqu'au chambranle SBl en marbre rouge clair largement moubheté de blanc, et la partie supérieure, en laarbre d'un rougeplus foncé. Or, cette dispolition est tout a fait illogique, aliendu que la ■bioration sombre devrait être en bas, lomme plus solide, et les tons clairs en haut]
comme plus légers. Je n'aime pas non plus le cadre ovale qui garnit le trumeau central. En marbre blanc et retenu par quatre agrafes en onyx d'Algérie, il a un aspect chétif et indigent qui jure dans le riche ensemble de l'œuvre. A part cela, cette cheminée est un beau morceau de sculpture ornementale, et ses vasîes proportions (elle mesure environ cinq mètres en hauteur, sur trois et demi'de large), la beauté des matières, le soin de l'exécution la rendent digne de figurer dans la salle d'un palais.
Nous traversons un carrefour dont une fontaine en marbre, envoyée de Marseille par 51. Galinier, occupe le centre, et nous voilà en face de l'importante exposition de M. Durenne.
C'estde fonte artistique qu'il s'agit. Comme on sait, à l'état naturel, la fonte est d'un ton déplaisant, froid, triste, lourd, et la décoration d'un appartement, d'un jardin ou d'une placBpublique ne s'en accommoderjit point. Et puis, inconvénient grave, sou mise aux intempéries, elle s'oxyde promptement et se rouille. Aussi, pour l'utiliser, faut-il la couvrir de peinture ou mieux d'un cuivrage galvanique, qui lui donne le carac tère et l'aspect du bronze. D'ailleurs, la couche de cuivre épouse mieux les délicatesses du modelé que la peinture. Revêtue d'une patine bronzée, la fonte de ter devient donc d'un emploi très-intéressant, et l'un de ses avantages est de permettre aux villes de s'or ner somptueusement à bon compte, et, à cha cun, en son particulier, de se procurer à bas prix les jouissances d'un grand luxe. L'exposition de M. Durenne montre des pièces dont il faut admirer, sans restriction, le fin épiderme; dans le nombre, plusieurs ont dû offrir de sérieuses difficultés, mais toutes sont sorties du moule avec une perfection devant laquelle la critique se reconnaît désarmée.
Une autre belle exposition est celle de M. Marchand, l'abricantet éditeur de bronzes. Elle a obtenu une médaille d'or. Parmi les pièces les plus remarquables, je citerai les deux grandes figures de M. Bourgeois, les torchères de Klagmann, le Mercure de Pigalle, le Voltaire de Houdon. Il y a aussi une immense cheminée, où le marbre, le bronze, l'or et l'argent se combinent assez péniblement, en un style maigre, essoufflé et anguleux qu'on appelle néo-grec. L'auteur de ce monument, M. Plat, a du talent; mais souvent il l'a plus heureusement employé.
Après les bronzes, les étoffes.
Dans un salon carré, auquel on accède par un vaste portique, sont réunis les tissus de coton collectivement désignés sous le nom de rouenneries.
Bien qu'une rapide revue dans ce salon nous détourne un peu, nous devons cependant signaler les riches indiennes de M. Lemaître-Ladolte, et ses beaux croisés pour robes; les tissus imprimés si remarquables par le dessin et l'harmonie des couleurs de
.MM. Girard et Cie; enfin, les magnifiques étolîesdeM.Daliphard-DessaintetdeM.Scheurer-Uoth. En accordant àces quatre manulactiers les médailles d'or, le jury n'a fait que consacrer une supériorité depuis longtemps reconnue.
Nous voici arrivés à l'extrémité de la rue de Normandie, coupée en cet endroit par la galerie circulaire, dite des Arts chimiques. Toutefois avant de revenir sur nos pas, en suivant le côté de la voie que nous avions tout à l'heure à notre gauche, notons les cires de MM. Faulquier, Cadet et Cie, récompensées par une médaille d'or, et les couleurs si appréciées de M. Lefranc, auquslla typographie, en outre, est redevable d'encres quasi sans rivales.
Traversons rapidement l'exposition de la draperie : l'autre jour, M. P. Poitevin, notre collaborateur et ami, en a parlé ici même de telle sorte qu'il ne reste plus rien à en dire. Au contraire, restons un instantau milieu des produits du Zinc d'an. Non, que j'aie la moindre sympathie pour les extravagances sans nom que permet la fusibilité à basse température et lebas prix de ce métal. L'Exposition, hélasl en offre plus d'un spécimen affligeant. Néanmoins, cette industrie peut rendra de réels services. Après tout, en fait d'art, si la matière est quelque chose, la forme, le style, la composition, l'idée asssurément sont plus encore. Or, les exigences d'une exécution délicate et soignée peuvent-elles s'accorder avec le bon marché delà matière ? Toute la question est là. Eh bien, comme il n'est pas douteux que le zinc peut fournir des produits aussi beaux que le bronze, il ne saurait être indifférent de payer cinq ou six cents francs, au lieu de deux mille, une garniture de cheminée, ayant l'aspect et toutes les qualités artistiques d'une analogue, mais en bronze celle-là.
Je le répète, le zinc d'art s'est déconsidéré aux mains d'éditeurs dénués de goût, nullement épris des belles œuvres. Aussi notre devoir est-il d'encourager ceux qui s'efforcent de le réhabiliter. Parmi quantité de modèles de pacotille, M. Boy a exposé deux belles figures de M. Carrier-Belleuse, et M. J. Lefèvre, dont l'étalage ne montre pour ainsi dire que des objets recommandables, dignes de louanges, afaitconnaître plusieurs pièces importantes— ungrand vase, VAmour consigne, de M. Piat; Cornélie et ses enfanls, de M. Ma- Ihurin Moreau; quelques garnitures, genre Louis XVI, — auxquelles, en toute conscience, je ne vois rien à reprendre.
Ma tâche s'achève. A quoi bon, en effet, s'attarder aux statues de saints exposées par Jl. ChampigneuUe et par M. Robert, véritables images d'Épinal en plâtre doré et enluminé? L'autel, fourni par le Crédit des paroisses est, lui aussi, au-dessous de la plus indulgente critique, et les cartes à jouer de M. .Malmenayde ne me touchent point. Plutôt examinerais-je les papiers de M. Thes-
neau et ceux de M. Blanchard, les albums de MM. Grumel et Longuet et les couleurs de M. Haro. Mais il faut finir et, décidément, je reviens au Jardin central, où je primds congé du lecteur, si toutefois il m'en reste encore au bout d'une si longue promenade.
Olivier Merson.
Les Petits métiers.