LiURENT-LAPP
Appareils Savalle pour la distillation, la purification et la rectification des alcools.
Nous noua sommes occupé dans notre n" 18 de l'appareil qui sert à la distillation des vins. Pour achever de décrire le système du constructeur distingué dont le nom est inscrit en tête de cet article, il nous reste à faire connaître les appareils perfectionnés qui servent à la rectification et à l'épuration méthodique continue des alcools.
La rectification est une opération bien plus compliquée qi:e la simple distillation; dans cette dernière, en effet, on ne se pri>pose que de séparer l'alcool de la plus grande partie de l'eau avec laquelle il se trouvait mélangé dans le jus fermenté, tandis que dans la rectification on se propose de le dépouiller de toutes les matières volatiles étrangères qui ont été entraînées avec lui dans la première opération.
Le système de rectification de JI. Savalle se compose :
r D'une chaudière à deux ou trois compartiments élagés l'un au-dessus de l'autre, et communiquant entre eux;
2" D'une colonne; D'un régulateur;
4" D'un condensateur-analysateur;
5" D'un réfrigérant;
6" D'un récipient spécial pour les huiles essentielles.
Le compartiment inférieur de la chaudière reçoit les flegmes à rectifier. Le compartiment supérieur reçoit les liquides alcooliques résultant de la condensation, lesquels ne peuvent se mêler avec les llegmes en travail. Lorsque le premier de ces compartiments est épuisé de tout son alcool, on le débarrasse des résidus, sans interrompre l'opération, qui se continue dans les compartiments supé-
rieurs, et la rectification se poursuit sur des liquides riches en alcool.
La colonne de rectification se compose d'un ceriain nombre de plateaux dont les ouverturi'ssont combinéiis de manière à multiplier à 1 infini les surlaces de lavage et d'analyse. La volatilisation des liquides que renferme la colonne demande une application fixe et méthodique de chaleur ; et c'est à cette nécessité que répond le régulateur. L'eau est, comme on sait, le Iluide ordinairemerit employé pour la condensation ; mais comme elle transmet lentement le calorique, M. Savalle divise la vapeur en filets que de minces couches d'eau entourent de toutes parts. Quant au réfrigérant, il se compose de deux parties, l'une destinée à la condensation des -vapeurs alcooliques, et la seconde ayant pour effet de rafraîchir le produit de la condensation de ces mêmes vapeurs après leur retour à l'état liquide. Enfin dans le récipient se déversent les Iiuiles essentielles que pendant la marche ou à la fin de l'opération l'analyse rejette sur les plateaux inférieurs de la colonne.
Lorsque les fermentations ont été saines, les alcools ainsi rectifiés sont parfaitement purs, mais quand les fermentations ont été mal conduites, il se produit divers acides plus ou moins volatils, en quantités souvent très-grandes, et notamment de l'acide acétique, qui attaquent les appareils, donnent lieu à la production d'une grande quantité d'éther, et altèrent le goût définitif de l'alcool. L'appareil épurateur méthodique et continu de ]\IM. Savalle et Gugnon répond aux circonstances qui viennent d'être précisées. Sa description nous entraînerait trop loin. Bornonsnous à dire que la main-d'œuvre nécessaire au fonctionnement est très-faible, et que les maiières épurantes durent très-longtemps.
En résumé, nous ne pouvons que nous rallier ans conclusions d'un organe spécial, le Muniteur vinicole, qui déclare que : l'appareil Savalle est l' ejapression la plus avancée de l'art (le la distillation en ce moments Ajoutons que le constructeur ne se contente pas d'établir des appareils excellents, et qu'il se charge de mettre au courant de la distillation et de la rectification les personnes jusqu'ici étrangères à cette iructueuse industrie et qui voudront entreprendre de l'exploiter.
Victor Meunier.
Prusse.
école primaire de village. .
Ce sera pour la France une gloire éternelle d'avoir procl&mé la première qu'un peuple était maître de ses destinées. Ce grand prin-
L'EXPOSmON UNIVEKSELLE DE 1 867 ILLUSTRÉE.
cipe d'indépendance que l'Angleterre avait entrevu dans la tfrrible révolution qui fit tomber la tête de Charles 1" et aboutit à la restauration de Jacques II, ce grand principe a fait son chenninen Europe, et, depuis I 789, chaque nation aspira à celte possession d'elle-même, à cette haute direction personnelle qui fait du peuple le souverain, comme l'appelle .lean-Jacques Rousseau, et du souverain le premier employé de ces vingt , trente ou quarante millions de citoyens qu'on appelait autrefois ses sujets.
Toute puissance, toute autorité est nulle, si elle n'a pas un moyen pour s'exercer. Ce moyen, c'est le suffrage universel.
t II ne peut entrer dans notre pensée d'aborder ces liautes questions que notre cadre nous interdit. Biais ne voyez-vous pas l'importance de l'instruction primaire? Ne voyezvous pas qu'elle devient une nécessité, une obligalinn, dans le jeu de nos institutions modernes'?
J'ai prononcé le mot obligalion. Il s'ensuit, vraisemb'ablement, que je préconise l'instruction obligatoire? Je n'en ai pas plus le dessein que je n'en ai le droit. Des plumes plus cautionnées que la mienne discuteront, sans doute avec plus d'autorité aussi, ce grand problème.
Mais j'y trouve une transition pour arriver
à la maison d'école que représente notre gravure. Il ne s'agit pas ici des grandes et célèbres universités allemandes d'autrefois , d'Iéna, de Goëttingue, etc. — C'est une simple école primaire de vidage. On n'y fait pas de docteurs, on y forme des citoyens, capables de comprendre leurs droits et leurs devoirs, d'obéir à la loi, qu'ils ont lue, et de soutenir le gouvernement, qu'ils ont librement choisi.
C'est la Prusse qui expose dans le Parc du Champ de ]Mars un modèle d'école de village.
11 est peut-être pénible pour la France de voir l'instruction primaire se développer si
liXPOSITIO-\ DE L.\ B.niitRE ET DU WURTEMBERG.
Dessin de M. Weber.
activement chez fous nos voisins, tandis que dans bien des communes encore, nos paysans laissent leurs enfants dans une ignorance complète, soit que la eomnmne soit trop pauvre pour entretenir une école, soit que la nécessité de l'instruction n'ait pas encore été comprise.
Il faut bien reconnaître que, de ce côté, l'Allemagne noua a devancés. — On peut aujourd'hui parcourir la Prusse, la Bavière, le Wurtemberg, la Saxe, le Hanovre, lesduchés les villes hbres, tout ce qui con»titue la Confédération germanique, on ne trouvera pas un paysan ne sachant ni lire, ni écrire. — Voyez nos campagnes !
Pourquoi tant d'instruction d'un côté, — si peu de l'autre?
Frédéric le Grand eut le premier la pensée de rendre l'instruction obligatoire. Un édit très-vigoureusement motivé parut, et déjà tout s'apprêtait pour l'obéissance quand survinrent les guerres qui occupèrent presque tout son règne. La guerre est peu protectrice de l'instruction. Sous un règne si belliqueux, l'édit fut mal exécuté. Les successeurs de Frédéric, trèn-préoccupés de maintenir l'intégralité de leur territoire, laistèrent de côté une (jueslion qui n'est qu'une source de dangers pour un pouvoir absolu, et ne devient féconde en résultais que chez un peuple libre.
Après la paix deTilsitt, la Prusse èc reconstitua sur des bases nouvelles. Des hommes de haute intelligence jetèrent les fondements nouveaux de son organisation po'itique, de son administration, de ses finances, — de son instruction aussi. On se rappela l'édit de Frédéric. On le remit en vigueur. L'instruction primaire fut déclarée obligatoire. Cette mesure violente, coercitive, employée à une époque de demi-licence amenée par la guerre, rencontra tout d'abord de graves obstacles dans la population des campagnes, dans celle qui devait en supporter la première les inconvénients. Mais peu à peu, à mesure que de nouvelles générations se formaient, les incon-
Snienls avaient disparu, grâce à d'intelli- Imtes mesures, — les avantages sérieux, ijels, palpables, restaient seuls, et ce n'est nus que chez les enfants aujourd'hui je se manifeste une répugnance — Je nous avons tous connue — pour îcole. Les parents, loin de s'y op- )scr, verraient,' une vexation dans 1 changement de système.
Ces idées, si profondement enraci- 'cs aujourd'hui en Prusse, ont peine s'acclimater en France.
i Je ne veux pas rappeler le célèbre anifeste d'un ministre français, alors en intentionné , dont l'énergique ilitiative fut brusquement brisée par Je protestation non moins énergique he lui opposa, à vingt-quatre heures ,f distance, le journal officiel.
l'Hélas! nous en sommes là. en l'ance , comprenant les avantages un système, en sentant les dangers
ne sachant pas prendre un juste ilieu qui , en respectant certaines pugnances, en donnant satisfaction :de louables aspirations, réserve et éparemême l'avenir.
Faut-il donc, pour concilier notre line contre tout ce qui est imposé, ec notre amour du suffrage univer- ,1, faut-il attendre que tout Français i iit — de droit et obligatoirement
soldat? Je sais, en effet, que tout divjdu qui a passé par le régiment, mivides cours d'instruction primaire, et ne intre chez lui que sachant lire et écrire, iiis faut-il donc attendre que la France en- Te ait passé sous les apeaux pour être, au liint devue del'instruc- •--•■^ m, à la hauteur de la lusse?
itLa Prusse a décrété Instruction obligatoire.
;iiis elle a compris qu'il (lait, avant tout, res- :cter les intérêts les us -vivement frappés ■r cette obligation, c'esttlire , les populations s campagnes.
LLes habitants des villes ] prêtent facilement à • e mesure qui retient à icole leurs enfants qui nr seraient un embarij. Dans les campales, au contraire, les fantsde 8, 10, 12 ans, juvent être utilement pployés aux travaux ■«■icoles. Aussi , dans
villages, l'instruction se conforme aux Agences des travaux, si, en hiver, à l'épose de repos pour les populations rurales, . cours retiennent les enfants de neuf
heures à midi et de deux heures à quatre — en été, les leçons commencent à 5 heures, (i heures, pour se terminer deux ou trois
APPAREIL SAVALLli. —
heures après. À partir de huit ou neuf heures, l'enfant est rendu à sa famille. Bien plus, l'époque des moissons, celle dis récoltes
ÉCOLE PIUUAIHE l'IiUSSlEiNiMi. — Dessin de M. .le Katow,
de pommes de terre, celle des vendanges, donnent lieu à des vacances qui sont toujours calculées de façon à ne pas priver les parents de l'aide de leurs enfants.
Il faut, du reste, savoir comment sont organisées ces écoles primaires pour en bien comprendre les avantages etvoir comme elles peuvent satisfaire à de légitimes intérêts, sans blesser ni l'autorité paternelle, ni l'intérêt des familles.
Je prendrai pour modèle l'école de Mûnsterberg, en Silésie. Milnsterberg est une petite ville de 5500 âmes, qui se divisent ainsi : 4000 catholiques, 1500 évangéliques (lisez protcslants).
— Cette petite ville ne compte pas moins de quatre écoles :1" une école normale destinée à former des professeurs pour les écoles primaires; 2" une école primaire , composée de onze classes pour les catholiques; 3° une école composée de trois classes pour les évangéliques: ces deux écoles sont entretenues par la commune; 4° enfin', une école primaire évacgélique, entretenue parl'Élat, comme l'école normale, à laquelle elle est annexée, et qui se divise en trois classes.
Cette école peut servir de modèle, et c'est, du reste, dans ce but qu'elle a été créée. Les élèves des deux sexes y sont réunis. Les leçons '^o^t données par les élèves les plus distingués de l'école normale, sous la direction d'un des professeurs de l'école normale.
La maison qu'expose le minisière prussien est une école complète. Elle n'a qu'un étage élevé de quelques marches. Le plan qui m'a été communiqué, et qui mentionne un escalier, indique que cette installation, complète en elle-même, peut cependant prendre quelques développements.
Le logis, fort simple, mais bien distribué, s'ouvre par un vestibule qui donne entrée d'un côté sur l'école, de l'autresur l'appartement du maître.
Ce logement, réduit aux proportions les plus modérées, se compose d'une .salle à manger, d'une cuisine, d'une chambre à coucher et d'un cabinet de travail. Il est difficile de faire moins.
La salle consacrée à la classe est un parallélogramme, long de dix mètres, large de six, haut de plafond, bien aéré, bien éclairé , meublé de tables et de bancs pour les élèves , d'une table montée sur une estrade pour le maître, d'un tableau en ardoise sur un chevalet, pour les démonstrations, et orné de deux bustes, celui du roi de Prusse et de la reine Augusta. Les murs sont couverts de
cartons géographiques , les tables de livres, en usage dans les écoles primaires, et d'albums d'écriture et de dessin, envoyés par diverses écoles de Prusse. Ces albums , qui ne renferment que des compositions d'enfants de douze et quatorze ans, indiquent une supériorité réelle sur les élèves de nos écoles.
Celte école est destinée à une seule classe. Mais, quand on sait que l'instruction est obligatoire depuis six ans jusqu'à quatorze ans, on comprend que le maître doit établir entre ses élèves des divisions et des subdivisions, qui sont naturellement basées autant sur l àge que sur l'aptitude et les progrès des disciples. Comme toutes celles d'Allemagne, cette école est destinée aux deux sexes. C'est ainsi que l'instruction, également répandue cliez les hommes et chez les femmes, permet aux intelligences les mieux douées de prendre plus tard dans la vie la supériorité qui leur appartient.
J'ai dit qu'une seule classe réunissait les élèves de huit années différentes. L'enseignement varie, bien qu'ils soient réunis; c'est le devoir du maître de savoir donner à chaque subdivision qu'il a établie dans sa classe l'enseignement qui lui convient. Toute l'instruction a lieu à l'école. Les enfants, une fois sortis, appartiennent à leurs parents, et n'ont à s'occuper ni de leçons à apprendre, ni de devoir à faire.
Dans quelques provinces industrielles, le temps d'études est réduit de huit à six ans, mais sous la condition de suivre certains cours qui donnent aux élèves des notions générales de mécanique.
Le modèle d'établissement que la Prusse expose sous ce titre modeste: «Ecole primaire de village » a obtenu une médaille d'or. Je m'associe sincèrement à cette décision du jury; c'est 'un hommage rendu aux efforts sérieux, constants, énergiques d'un peuple, dont notre patriotisme devrait redouter bien plus les progrès moraux et intellectuels qu'un envahissement territorial impossib'e 1
Aux canons de la Prusse, si remarquables par leur volume et leurs effets, nous avons opposé des canons d'un plus grand volume, d'un effet plus destructeur I Tant mieux 1 'Tant que le canon aura la voix plus haute que le droit et la raison, ayons les meilleurs canons du monde 1
Mais, à son « Ecole primaire de village » qu'opposerons-nous '?
YiCTOK Cosse.
Les Inventions.