GLACIÈRES ARTIFICIELLES. — APPAREILS TOSELLI
Les appareils pour fabriquer de la glace ont le don d'attirer vivement l'attention des
visiteurs à l'Exposition. La glace n'est pas seulement agréable à l'homme bien portant et altéré : elle est souvent essentielle à l'homme malade; et la difticulté de s'en procurer dans un cas urgent est un des grands soucis de la médecine. En dehors des grandes villes, comment se procurer de la glace, dans les villages, dans les ambulances, par exemple? Ce qui était impossilde hier, est devenu facile aujourd'hui, sans trop de frais.
L'invention de la glace artificielle est donc un grand service rendu à l'humanilé.
Nous devons à la chimie de pouvoir renverser les lois physiques qui rendent solidaires le froid atmosphérique et la formation de la glace, puisque c'est par elle que nous arrivons à produire la congélation des liquides au milieu d'une température ambiante de 20 à 30 degrés.
C'est avec de nouveaux perfectionnements à cette découverte que M. Toselli a composé son exposition do glacièreii artificielles.
Or c'est peu que de produire de la glace, il faut encore la produire facilement et à bon compte : c'est ce dont s'est préoccupé et c'est ce qu'a trouvé M. Toselli.
Il y a suriout, dans la fabrication artificielle de laglace, à éviter l'emploi de certaines matières dangereuses ou d'acides à émanations désagréables. Je sais bien qu'il faut des agents puissants pour congeler l'eau, car il faut qu'elle absorbe bien moins de calorique pour arriver à 0 que pour passer de 0 à l'état solide; chaque fois que l'on produit un kilogramme de glace, c'est 80 calories qu'il faut faire [lerdre à l'eau en sus de celles qu'il lui a fallu perdre pour descendre à 0. 11 est clair qu'il faut pour en arriver là employer des moyens énergiques, c'est-à-dire des agents chimiques qui, ayant l'un pour l'autre une affinité puissante, fassent naître une réaction donnant naissance à un grand abaissementde température.
Toutes les opérations chimiques entraînent la production de vapeurs plus ou moins agréables, et attaquant plus ou moins les objets qu'elles atteignent.
Les mé anges les plus ordinaires sont composés d'acide chlorliydrique et de sulfate de soude cristallisé, ou d'acide azotique et de phosphate de soude; ce dernier produit un abaissement de température de -|- 10° à — 29°. Mais il ronge les appareils et oblige à employer des matières insensibles à l'action des acides, c'est-à-dire des poteries ou du verre, ce qui rend les récipients fragiles ou d'une fabrication coûteuse.
Dans la fabrication en grand de la glace artificielle, on n'a pas à se préoccuper de ces difficultés; on emploie pour activer les êvaporations, source du froid, le feu et les moyens les plus compliqués. Il n'en est pas de même dans la fabrication domestique, pourlaquelle il faut éviter jusqu'au moindre inconvénient, car quand on veut chez soi, sans dérangement, se donner le plaisir de glacer les sor-
bets, quand, à la campagne surtout, où les glacières n'abondent pas, on veut fabri quer de la glace, il faut pouvoir disposai d'un appareil simple et pratique en même temps.
Or, en mettant à la portée des familles un moyen facile et puissantde congélation, l'exposant, dont notre gravure représente la vitrine, a résolu un problème qui intéresse au double point de vue de l'agrément et de la santé, la consommation générale.
Voici les simplifications et les perfectionnements introduits par cet inventeur : il existe un grand nombre de m.élanges réfrigérants, mais tous ont leur inconvénient pratique. Ici, c'est un acide rongeant les appareils ; là des émanations capables d'induer désagréablement sur les sirops délicieux que l'on veut réduire en sorbets et en glaces.
M. Toselli se sert d'un mélange inolTensif composé de sel ammoniac et de sous-carbonate de soude, mais tout inoffensif qu'est ce mélange, il fallait user de certaines précautions. 11 fallait suriout trouver une fermeture hermétique dont les orifices fussent indépendants l'un de l'autre, c'est-à-dire arriver à ce que le côté par lequel on introduit le liquide à congeler n'ait aucune communication avec celui qui reçoit le mélange chimique.
Le cylindre tournant sur un axe horizontal, adopté par M. Toselli, a résolu parfaitement le problème. En effet, le mouvement favorisé par cette disposition, permet de stratifier les liquides en multipliant leurs couches réfrigérantes près des couches à refroidir, ce qui produit une congélatmn d'une promptitude extraordinaire : on conçoit facilement aussi que le liquide à congeler étant obligé de présenter successivement des couches plus minces, plus nombreuses, abandonne plus rapidement son calorique latent, tandis que le mélange réfrigérant étant forcé de se renverser pour retomber ensuite dans lui-même, dissout plus aisément, les sels et agit sans perte d'aucune des phases du travail utile ; douze ou quinze minutes suffisent à l'appareil Toselli pour faire ce que d'autres appareils anciens faisaient en une heure.
Voici, du reste, en quels termes M. l'abbé Moigno, dont le nom fait autorité en inatière d'inventions utiles, apprécie les appareils de IM. Toselli :
CI En réalité, rien de plus difiicile à pro- « duire artificiellemént que le froid et la « glace, et c'est à peine si, après vingt an- (( nées de recherches et d'expériences, après (1 des soinmes énormes dépensées, nous ente Irons en possession de glacières véritable- « ment pratiques. Or, une grande partie do « l'honneur delà production facile etécono- « mique de la glace sur petite ou sur grande :< échelle, revient à .Toselli. »
Dans les grande chaleurs de l'été, le pliblic sera-t-il attire par la vitrine de M. To-^'
•1 (!;;iis l'espérance de voir fabriquer ce i II ii\ desideralum du visiteur qui se liafJci;i au Palais par la saison torride?
' I l i;is que noire exposant n'a pas compté S'cci jltrait, se basant sur notre caractère, I II " la de commun avec l'alouette, qu'il attirer par les miroirs brillants, et temps pour faire pièce à la Compioa impériale, qui ne lui a donné qu'un re de vitrine, M. Toselli, évoquant à protous les démons de la kaléïdoscopie, a -ingénieusement quadruplé l'espace et ombre des objets exposés, de sorte que : petite vitrine résume deux prodiges de lience moderne : la solidification à vue 1 liquide, et le contenant plus petit que an tenu.
A. CiiniAc.