‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 19 sur 134 · XI. - CHRONIQUE · texte numérisé non relu

XI. - CHRONIQUE

19 août.

i Commission impériale n'a qu'à se bien ■ : nous ne pouvons pas lui dissimuler la note qu'elle a publiée au Moniteur sur 1 de l'Exposition, au 31 octobre prochain, ève une protestation universelle. Elle dire comme le Néron-César du poëte :

fe fus roi du festin, et mou pouvoir expire.

1 lui répond: «C'est fort bien: vous une société particulière; et si vos frais ! couverts, vous n'avez plus rien à dire, at et la ville ont dépensé 1 2 millions, dont le demandent pas la compensation. Ce pas à vous à décider du sort du Champ ais; c'est à l'État et à la ville; et l'État , ville ne se sont pas prononcés. »

idoute que J'État et la ville osent se proer comme la Commission impériale pour I de l'exposition, au 31 octobre. Ils aut trop à compter avec l'opinion publique, oroteste. On ne se ligure pas le nombre ilicitatioES que nous avons reçues pour iative que nous avons prise en faveur de irmanence de l'Exposition universelle, us voulions les consigner ici, on nous lerait, avec raison, de chercher à nous :de la réclame à nous-même. Nous ne ionnerons donc ces lettres que comme sssion du sentiment public.

1 est vrai que S. Exc. le Ministre de la e ait déclaré n'avoir plus aucun besoin laamp de Mars pour les manœuvres miss, que peut-on opposer contre la perloce aux vœux unanimes du commerce J l'industrie qui se manifestent?

I objecte que l'État et la ville, négligeant nnmission impériale, trouvent 4 millions iÈblais du Champ de Jiars. Soitl mais il lait rendre la nioilié de cette somme pour ppenses de renivellement. Restent donc

deux millions, comme manque à recouvrer. Or, si une entreprise industrielle ijuclconque, la Commission impériale ou toute autre, se présentait disant: Je vous offre uneredevance de 100 000 fr., et un remboursement de 2 millions, pour que vous mainteniez les installations du Champ de Mars, » qu'aurait-on à répondre?

Nous n'avions pas demandé, quant à nous, que l'Exposition universelle de IHGT fûtcolloquée au Champ de Mars : nousauiions mieux aimé que son emplacement fût choisi dans un quartier mieux à la convenance des courants de la population, au quartier de Courcehe, par exemple. Mais enfin, puisque le Champ de Mars a été choisi et que ce choix a déterminé des courants du côté de Grenelle et autres lieux circonvoisins, je ne Tois pas la nécessité de contrarier aujourd'hui le mouvement qu'on a provoqué, il y a quelques mois à peine.

Que direz-vous aux iMouchfs, eo service à vapeur fluvial qui s'est fait une clientèle innombrable, queluidirez-voussi cette clientèle lui échappe entièrement au 31 octobre prochain? Que direz-vous à la compagnie des omnibus qui a fait tant de sacrifices pour organiser un service admirable autour du Champ de Mars? Que direz-vous à tous lesélablissementsqui se sont installés autour du Champ de .Mars, comptant bien qu'ils ne seraient pas éphémères? Que direz-vous à nous, commission d'encouragement, qui avons établi à ia porte Rapp, des logements d'ouvriers, admirablement outillés? Est-ce que vous croyez que nous allons abandonner le concessionnaire qui, ayant eu confiance en nous, a fait des dépenses d'aménagement, dont il sera à peine couvert, malgré i'affluence des locataires ? N'y comptez pas.

Comment! vous aurez appelé la vie autour du Champ de Mars, et vous y décréterez la solitude, comme avant l'Exposition! Estce que cela est possible ? Non ! non ! La Commission impériale a beau dire, le Champ de Mars est devenu irrévocablement le grand asile de la fédération des peuples Ce lieu est désormais sacré, comme l'arène de la lutte pacifique des peuples.

Et oii trouveriez vous dans le monde un lieu pareil pour céléb.-er les fêtes internationales? Si le Champ de Mars est détruit, il faut dire adieu aux expositions universelles; il n'y en aura plus nulle part. Dans quel autre lieu seraient-elles possibles !

Ah ! ia France ne sait pas ce qu'elle perdra en sacrifiant le Champ de Mars. Élle y perdra le marché d'entrepôt et de ventes publiques du négoce universel. Le jour où l'adjudication sera ouverte sur les débris du Champ de Mars, ce jour-là Londres et Amsterdam se réjouiront, et le commerce français, qui aspirait à de meilleures destinées, pourra prendre le deuil et rentrer ses ambitions déeues.

Mais que faire du Champ de Mars? va-t-on noua dire. Éh I mon Dieu, je suis peisuadé

que l'on trouvera plus d'adjudicataires pour son maintien qu'on n'en trouvera poursa démolition. Qu'on ouvre l'enchère! etj'affirme que les offres ne manqueront pas.

Voici la note qui a paru dans tous les journaux : nous la reproduisons comme indication :

i< Le maréchal Niel, ayant déclaré qu'il n'avait pas besoin du Champ de Mars, — et, en effet, il ne manquera pas de champs de manœuvres pour notre armée, — on est, dit-on, résolu à conserver debout le grand Palais de fonte après la fermeture de l'Exposition. On louera les forces motrices des machines à des ouvriers. On organisera une exposition permanente des produits utiles dans les galeries, et sur la lisière du Parc s'élèveront des constructions économiques pour loger les ouvriers et leurs familles. »

Un volume suffirait à peine à reproduire toutes les correspondances qui nous sont adressées au sujet des destinées futures du Champ de iMars.

Toutes veulent le maintien : aucune ne se prononce pour la fermeture au 31 oîtobre. Si 1 on tenait des meetings à ce sujet, on verrait une de ces formidables manifestations comme il s'en produit en Angleterre à propos de toutes les questions d'ordre et d'intérêt publics. Ah! si Londres possédait un Champ de Mars, tel que nous l'avons aujourd'hui, on en verrait de belles si on voulait le détruire !

Les projets de maintien surgissent de toutes parts; et à mesure qu'on avancera vers l'époque fatale, ils surgiront plus nombreux encore et plus insistants. Tous débuteront par celte formule invariable: «La question du Champ de Mars a pris les proportions d'une question nationale. » Et qui pourra prétendre que ce n'est pas vrai ?

L'un demandera que l'on fasse du Palais du Champ de Mars le bazar des inventions, c'est-à-dire une exposition permanente de tous les produits brevetés. Les inventeurs viendraient, en effet, des extrémités du globe, pour faire consacrer à Paris leurs découvertes respectives.

D'autres demandent que la grande galerie des machines, avec l'immense force motrice dont elle est pourvue sur tout son pourtour, devienne un vaste atelier de travail manuel, dont les produits seront débités sans intermédiaire, c'est-à-dire à bas prix, dans les galeries qui servent aujourd'hui aux étalages d'exposant.

Qu'on nous permette de résumer une lettre que nous recevons à ce sujet de M. A. Brissac, ingénieur civil :

« Depuis quelques années, dit M. Brissac, l'ouvrier, devenu plus intelligent en raison de la meilleure instruction qu'il reçoit, comprend que le travail isolé ne produit pas toujours, malgré sa laborieuse activité, tous les résultats qu'il en attend pour nourrir et élever sa famille. Aussi s'empresse-t-il d'aller

louer la force motrice, qui lui est devenue nécessaire, et les quelques mètres superficiels dont il a besoin, dans les quelques établissements élevés à Paris à cet effet, moyennant une redevance journalière variant de 10 à 50 francs, suivant l'importance de la force motrice et de la surface qu'il occupe. Il réalise ainsi une double économie de temps et de forces, et il exécute des travaux qu'il n'aurait pu aborder sans cela.

(( Les propriétaires de ces générateurs à location ont rarement des places inoccupées. Aussi les capitaux employés à ces entreprises produisent-ils un intérêt de 1 5 à 20 0/0. « \r

Savez-vous ce que rapporterait la galerie des macbines du Champ de I\Iars avec les mille chevaux de force dont elle dispose en transmission, louée à des ouvriers réunis ou non en sociétés coopératives, au taux que payent ces ouvriers dans les divers établissements à transmission de Paris? 1 800 000 francs par an, sans compter qu'on pourrait élever au besoin à 2000 chevaux la force motrice.

Je ne parle pas de la location des magasins de vente, ni des hangars de la porte La Bourdonnaye et de la porte Suffren qu'il serait si facile de transformer en logements d'ouvriers.

Par ce projet, le Champ de Blars serait converti, presque sans déjiense, en un atelier cyclopéen , le plus vaste et le plus varié de l'univers, qui deviendrait une école nationale et même internationale dans laquelle des cours publics et gratuits pourraient être établis. Des quartiers, aujourd'hui déshérités et perdus, seraient rendus à la vie : les courants de la population, qui se sont détournés de la Seine, y seraient ramenés au grand profit de l'édilité parisienne.

Je n'indique que les conséquences immédiates du projet. Slais quelle portée sa réalisation aurait dans le monde !

« Si j'étais possesseur de capitaux, dit un autre de nos correspondants, je disposerais d'une somme de 150 000 fr. pour la construction d'un diorama sur le modèle de celui de Soiférino, où je représenterais en relief l'Exposition universelle, telle qu'elle est installée au Champ de Mars. Le Palais, qui formerait le centre de ce diorama, serait exécuté en zinc, afin de pouvoir y établir de petits

tuyaux en cuivre qui reproduiraient le gracieux éclairage du promenoir extérieur. «

Faire que le souvenir du plus grand événement du siècle ne puisse plus s'effacer de l'esprit des hommes, telle est la pensée de tous nos correspondants, qui semblent s'être donné le mot pour l'exprimer, tout en comptant sur nous pour la faire prévaloir.

Nous y faisons notre possible, bien sûr. Ce diorama de l'Exposition, qu'on propose d'é-

liiMlli

GLACIÈHES ARTIFICIELLES (le M.

Tos! tii. — Desïiii de M. Fellmaiin

lever sur le terrain, nous l'élevons sur le papier, et nous nous sommes adjoint les artistes et les écrivains de premier mérite pour le faire resplendir et l'expliquer.

Ce sont les Contes des mille et une nuits de l'industrie humaine que nous racontons : et nous espérons occuper l'imagination et surtout l'intelligence des générations à venir aiissi longtemps que nos devanciers arabes.

Vous savez qu'il est arrivé au Champ de Mars un gros événement qu'on a surnommé la révolution des chaises? Donc, la Commission

impériale a cru pouvoir concéder le monopole des sièges, dans un domaine où les fatigues du parcours rendait tous les visiteurs forcément tributaires de ce monopole. D'autre part, il y a eu des concessions de restaurants et de brasseries sous le promenoii extérieur qui impliquaient au profit des con cessionnaires ce qu'on nomme le droit du pa: rff;)or(e, c'est-à-dire le droit de faire asseoir li consommateur sur le devant de la boutique comme la Ville de Paris le tolère pou les cafés du boulevard. De là, conflit La Commission impériale ne pouvaî se dispenser d'accorder des conces sions de cafés et de buvettes, puis que le promenoir extérieur avait ét aménagé à cet effet. Mais rien n'o bligeait la Commission impériale consentir le monopole des chaises L'ayant consenti, elle ne peut mé connaître au concessionnaire le dro:

de l'exercer. La tolérance dont jouii saient les restaurateurs du promenoi compromettant son exploitation, fait sommation à tous Itsboutiquiei d'avoir à enlever leurs chaises; ) l'ordre est exécuté. Fort bien I ma; si les restaurants n'ont pas le dro reconnu de faire asseoir leurs cor sommateurs sur le pas de porte, ] concessionnaire des chaisea n'a p; non plus le droit de l'encombrer e l'occupant à leur place.

En attendant, l'exploitation di restaurants du Champ de Mars e compromise ; et l'exploitation d concessionnaire des chaises n'est pi sauvée. C'est toujours l'éternelle f ble du chien du jardinier qui, i touchant pas au fruit, ne veut pi qu'on y touche.

D'où il appert que tous les mon( pôles, impuissants pour faire,*sont tout-pui sants pour empêcher, et que leur ipremii effet est de troubler l'ordre public par la coi statation de leurs excès.

Cette révolution des chaises est un des ph curieux épisodes de cette grande Expositioi si féconde d'incidents et de surprises : on t saurait croire combien elle a attristé la ph; sionomie du Champ de Mars.

Et puisqu'il faut que tout ait unefin, qu'c supprime le monopole des chaises, puisqu trouble l'ordre; et qu'on l'indemnise, pui qu'on l'a concédé.

Fa. DrcciNo.

AdminlBlFation, rue de Richelieu, 106. — DEKTII, éditeur, galerie du P a lu is- Koy» I.

ON s' ABONNE PAR L'ENVOI D'UN MANDAT DE POSTE A L'ORDRE DE U. L. 6UEYMABD, ADMINISTRATEUR.

VENTE : te 1"' Volmne, composé de trente Livraisons, avec couverture, titres et tables des matières. — Prix du volume broché : 15 fr. pour Paris;

18 fr. pour les départements.

Imprimerie générale de Gb. Lahure, rue de Fleuras, 9, à Pari».

L'EXPOSITION raiVERSEllE

EXPOSITION DU DANEMARK. — Dessin de M. Lanson. 5iî , Vul. II.

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rr.i SOMMAIRE DE LA 35* LIVUAISOK.

[Du 2 septembre 18G7.

I. Le Danemark (1 ^r.ivuru}, par M. Paul Bellet. — II. i'/èces amtomiques de M. Hniuelti (\ gravure), par M. h; docteur Gaffe. — 111. Le schiih t/c Perse (1 gravure), |)ar M. Fr, Ducuing, — IV. La Maison de Gustave Wiisa (1 ijravure), par M. Victor Cosse. — V. Les pelils Mi'-liers (6 gravures), par M. Victor Meunier. — VI. Les iMÎnes de Vicloria (1 gravure), par M. Paul Bellet. — Vil. Les Suis façonnés de la Russie (l gravure), far M. H. de L;l Blauchère. — VUl. ' Instrumenis à vent (i gravure), par M. Prosper Pascal. — IX. Chronique, par M. Fr. Ducuing.

Le Danemark à l'Exposition.

L'exposition du Danemaik, resserrée entre celles de la Suède, do la Grèce, de l'Espagne, du Portugal, de la Russie, est presque introuvalile. Elle paraît se caclier. Cette modestie, quoique involontaire sans doute, prête une nouvelle grâce à la petite section danoise, et l'on est tout heureux et tout surpris de rencontrer dans ses vitrines une foule d'objets qui mériteraient assurément une meilleure place.

11 ne faut pas toujours juger des peuples par l'espace qu'ils occupent sur une carte; et cela n'est que trop vrai pour le Danemark. Ce peuple laborieux, éclairé, vaillant, qui semble perdu sur uq coin de terre, battu par les flots, qui lutte sans cesse pour la défense de son territoire menacé par la mer ou par des voisins ambitieux, ce peuple, disons-nous, a su depuis longtemps gagner l'estime et la sympathie des nations civilisées : il a paru sous bien des rapports l'égal des plus grands peuples, et ce n'est pas un vain hommage que lui rendent en ce moment les représentants de la France réunis dans sa capitale.

Le Danemark, comme toutes les nations obligées de lutter sans cesse avec la nature pour maintenir leur existence, nourrit sur son territoire une population robuste, industrieuse, infatigable.

Sur cette presqu'île que la mer détache chaque jour de plus en plus du rivage et que le flot mine sans cesse, vivent des hommes pour qui le travail est pour ainsi dire une condition vitale; travadierou périr, telle est leur destinée. Il faut qu'ils disputent à la mer leurs champs, leurs bois, leurs demeures; et dans cette lutte inégale, que de fois ils sont vaincus I

Le Danois, comme le Hollandais, doit placer entre son ennemie et lui des remparts toujours attaqués et par conséquent toujours défendus. Les rivages sont couverts de digues qu'il faut élever, entretenir, hausser, sans trêve ni repos : car la mer, elle, ne se repose point.

Les digues ne sont pas même un sûr ga-

rant. La mer parvient souvent à les rompre et l'on a gardé le souvenir d'affreuses catastrophes. Celle de 1631 fut épouvantable; presque tout le Nordstrand fut submergé ; des péninsules détachées delà terre devinrent des îles : les maisons, les villages furent détruits de fond en comble, et plus de sept mille personnes trouvèrent la mort dans les flots.

Voilà donc au milieu de quels dangers doit vivre le Danois : mais l'énergie de ce travailleur ne fait que s'accroître avec les difficultés, et malgré les menaces de la mer, il parvient à répandre autour de lui la richesse et la prospérité.

Le Danemark est en effet admirablement cultivé; non-seulement le paysan ne se laisse pas envahir par la mer, mais il l'envahit lui-même et parvient parfois h la faire reculer. Il n'est pas rare de voir, surtout k l'embouchure de certaines rivières, des terrains formés en parties par les limons amenés dans le courant. Le cultivateur, à force de patience et de plantations tenaces qui prospèrent sur le sable, finit par se créer sur ces terrains des champs ou des prairies d'assez bon rapport.

On n'ignore pas que l'une des ressources du peuple danois consiste dans les produits excellents et nombreux de ses pêcheries. Les Danois forment un peuple de mer, ils vivent surelleet par elle : il faut bien qu'elleaitpour eux quelques bontés, cette terrible voisine!

Mais l'agriculture et la pêche ne sont pas les seules sources de la richesse des Danois. Leurs nombreux vaisseaux donnent au Danemark des revenus importants. Le peuple laborieux de celte contrée ne se contente pas, du reste, d'assurer sa vie matérielle, il cultive aussi son esprit, il aime la vie intellectuelle, et jusque dans ses dernières classes on rencontre un vif désir d'apprendre joint à certai nés lumièr es qu'il est rare de rencontrer parmi le peuple de nations considérables qui paraissent plus avancées en civilisation.

Ne soyons donc pas surpris des sympathies qu'excite une telle nation, elle n'est petite que par son territoire.

A l'Exposition univera-elle, le Danemark occupe entre la Suède et la Grèce une longue mais étroite galerie. Est-ce par hasard que la Gicce et le Danemark, la péninsule du Nord et la péninsule du Midi, se trouvent ainsi rapprochés? Je l'ignore. Mais le Danemark mérite ce rapprochement : ses artistes semblent en effet chérir la Grèce, et leur art sait puiser de pures inspirations aux meilleures sources de l'antiquité grecque.

Nous aurons, du reste, plusieurs occasions de constater ce goût pendant le cours de notre rapide revue. Hâtons-nous de pénétrer dans la galerie et de la visiter en détail.

Voici d'abord des cuirs et des peaux. Le Danemark, comme la Suède, comme la Russie, comme toutes les contrées voisines de la Baltique, compte parmi ses meilleurs revenus l'élève des bestiaux. Il exporte,

par conséquent, une assez grande quantitt de peaux, et l'on rencontre sur son territoire d'assez nombreuses tanneries. Il ne faudrait pas croire cependant que cette industrie soit relativement aussi importante qu'elle l'est en Suède ou dans la Russie. L'élève des bestiaux en Danemark n'a jamais atteint Je proportions trùs-considérables. Les pâturages sont de médiocre qualité, elles résultats obtenus par les éleveurs ne sont pas ti'éssatisfaisants.

Après les cuirs et les peaux, nous rencontrons les fourrures. Quelques-unes ^ont belles, mais en général leur nombre pas p!us que leur qualité ne sauraient soutenir r.ne comparaison avec les fourrures de la À' iiwége, de la Russie septentrionale el surtout de la Sibérie.

Nous voyons cependant quelques produits remarquables exposés par M. Trodle, pelletier à Copenhague. Citons surtout ses beaux tapis formés de ro'oes d'ours blancs et d'ours bruns.

Les suifs danois sont excellents. La bougie est admirablement préparée dans divers établissements du Danemark. Deux exposants dans cette industrie ont reçu des médailles d'argent. La médaille décernée à M. ,4sp, de Copenhague, nous aparu surtout bien mérî léc. Son bas-relief de stéarine prouve que ses pro ■ duifs sont fondus et coulés avec beaucoup de soin. Ce bas-relief d'un mètre et demi de long reproduit une œuvre charmante deThorvaldsen, le grand artiste danois, on pourrait presque dire le grand artiste grec, tant Thorvaldsen sut s'inspirer de la Grèce dans la plupart de ses compositions! Cette œuvre est intitulée : Les quatre âges de l'amour; elle est parfaitement rendue, et c'est le plus grand éloge que l'on puisse faire de la stéarine de M. Asp.

A côté de ce bas-relief, nous voyons une autre application artistique de la cire, dans ces mannequins aux figures si naturelles qui représententd'une manière saisissante les habitants de la contrée. Contournons la l'ouïe toujours groupée autour de ces paisibles jui)sans, et donnons un simple coup d'œii iui\ draps pour les troupes, exposés par la fabrique royale de draps militaires à Copenhague. Cette fabrique suffit pour confectionner les vêtements des vingt-quatre mille hommes dont se compose l'armée Danoise.

Nous voyons deux chefs-d'œuvre dans la vitrine deM. Schwartz. Une médaille d'argent a seule récompensé ces travaux exquis; le juryavaitsansdouteépuisé ses médailles d'or. Voici d'abord un éventail en dentelle. Oh ! la fine dentelle, s'écrie-t-on de toute part : le point d'Angleterre, le point de Malines, ne

sont pas plus délicats , c'est vrai, mais la

dentelle de M. Schwartz est tout simplement de l'ivoire.

Admirez encore ce bocal à vin, tournant sur pivot. On croirait voir un cor; aussi estce un cor, un cor d'ivoire, comme celui

(Uokind faisait reteiilir à Roncevaux. Le -iticr, après avoir donné ses ordres, pori;' cor à ses lèvres, non pour sonner la ' le, mais pour se désaltérer; après l'aj'ail emplir de vin, il le vidait d'un trait , :neiirait grand jusque dans la soif

cornet à vin de M. Schwartz mériterait jseul une longue description. Un poëme

ulpU; sur ses flancs. C'est le poëme ' L' figner, c'est Saga de Frithiof, dont sHize principales scènes sontreproduites ii-ief sur les parois d'ivoire.

v)ié de ces beaux spécimens de l'art dajjgurent des imitations réussies de vases iques.

js voyons ensuite les produits de la ma- ;:ture royale de porcelaines à Copen-

'. Iles produits supérieurs ont été mis ;ïMii('ours. Parmi les porcelaines et les lits do cette fabrique, nous remarquons î-ilies assietles à paysages et d'autres asus oLi sont reproduits divers groupes iiies, de petites et charmantes statuettes -lii'lii'ates représentant divers dieux et ; id'i'iix, divers personnages de l'ancienne .^ Ainsi, comme on le voit, la Grèce

n grand honneur chez les artistes da-

III irons encore un beau bahut de M. Lund, iss. ur de LL. MM. le roi et la reine de ::iiaiJc. Ce bahut, sur lequel sont sculpilde très-fines arabesques, supporte des dtetations d'éeailles d'un effet gracieux, i ns un petit salon spécial sont réunis les jiles de la Société de Copenhague fondée B60.

fte société a pour but d'encourager l'inïie et les arts nationaux. Elle commande Be année aux divers fabricants de Colague une Yariété d'articles exécutés sur «Bssins et sous la surveillance des meil- Si artistes.

i obtient ainsi d'excellents résultats : javaux commandés sont faits avec beau- (Id'artet desoins. La société met ensuite |)jets en loterie. Parmi les travaux expoaous remarquons surtout une très-cujî porte dans le style du temps de iitian lA', Cette porte est exactement cohur celle qui existe dans le vieux châji de Frédériskborg. Les bois dont se lose ce travail sont très-beaux; deux : colonnes aux chapiteaux d'ivoire en rent les côtés. La même société expose ses pièces d'orfèvrerie dont les détails Hx iuis. Faisons remarquer encore que |[ verses pièces exposées se sont inspirées jrrt grec

irminons cette revue par deux mots sur ) tableaux danois de l'Exposition. On lîte avec plaisir devant plusieurs paysa- .Le Samson qui fait tourner la meule et œrt de risée aux esclaves est une peinuive, spirituelle, de M. Bloch. Une gri- ( de M. Simonsen, retraçant un épisode idéfense du Sleswig, est peinte avec une

certaine énergie; mais malheureusement les personnages sont assez mal disposés sur la toile : c'est d'un mauvais effet.

Paul Rellet.

Pièces anatomiques de M. Brunetti.

Aucun genre de documents n'autorise àpenser que l'antiquité ait connu l'art des préparations anatomiques; tout se borne pour les anciens à préparer le squelette. La superstition de la mort était universelle et proscrivait les autopsies.

Les Egyptiens ignorants en anatomie momifiaient leurs cadavres dans un grand but d'hygiène sous le prétexte religieux ; ils abritaient les momies dans les pyramides et les chambres mortuaires; les eaux du Nil inondaient et fertilisaient leurs terres, sans se putréfier au contact des corps en décomposition.

Les Romains étaient aussi superstitieux que les Grecs; et Gallien ne put disséquer que des singes. La statuaire grecque, toujours sans rivale, ne s'inspira jamais que de la nature vivante.

Aujourd'hui nous demandons à la mort le secret de la vie; nous cherchons et nous découvrons les causes qui abrègent, suspendent ou brisent notre existence. Celte curiosité, cette investigation est la plus légitime, la plus utile. La première et la plus importante connaissance de l'homme est celle de l'homme lui-même. Se connaissant mieux il se respectera davantage, et partant respectera les autres.

L'histoire naturelle de l'homme doit faire partie intégrante de la première instruction pour toutes les classes de la société.

Un hommage est dû aux savants, aux artistes qui travaillent ;i répandre les études anatomiques en les rendant, non-seulement accessibles, mais attrayantes par le dessin, la gravure, les reproductions plastiquées, et encore par la conservation des formes, des couleurs et de la densité des corps qui jouirent de la vie, et qui sont ainsi soustraits, pendant un temps plus ou moins long, et même pendant nombre d'années, à la putréfaction et à la décomposition , lois inévitables de tous les corps qui ont cessé de vivre.

C'est à dater seulement du moyen âge que les études anatomiques devinrent florissantes. Le médecin du roi d'Espagne, Philippe 11, l'abriquait pour des démonsirations anatomiques des mannequins. Le cuir, le parchemin représentaient les viscères, des cordonnets et des fils en soie les vaisseaux et les nerfs; le tout était colorié d'une manière habUe et variée.

Quelle immense distance il a fallu parcourir par le travail et le progrès, pour arriver jusqu'à l'homme élastique de M. le docteur Auzoux, dont chaque pièce se monte et se démonte avec une facilité aussi prompte que simple; les rapports les plus exacts sont conservés et, couche par couche, on peut étudier l'homme complètement; rien n'est omis, rien n'est néghgé, rien n'échappe à l'anatomiste qui peut s'exercer et étudier à l'abri des émanations, sans avoir besoin de recourir aux recherches cadavériques.

Mais pour le médecin-opérateur, rien ne dispensera jamais de savoir manier le scalpel; c'est le bistouri à la main qu'il doit faire le grave et sérieux apprentissage de cet art qui sauvera son semblable par le sacrifice d'un membre, ou d'une partie de son être. On sait jusqu'où la précision des connaissances anatomiques actuelles a permis de porter la scie et le couteau, pour enlever des dégénérescences, des productions amorphes, pour réunir des divisions accidentelles, pour réparer, restaurer des lésions produites par les accidents dans les industries, ou les affreuses mutilations des détestables champs de bataille.

La science de l'homme, pour opérer tant de merveilles, avait besoin, non-seulement de la perfection des instruments actuels de la chirurgie, qui a fait appel à tout ce que la mécanique a de plus fin, de plus ingénieux; mais il fallait encore que l'anatomie normale et pathologique fût parfaitement étudiée; les méthodes de conservation des corps devenaient donc indispensables. Depuis moins d'un demi-siècle, un grand nombre de découvertes vers ce but marchent parallèlement avec les découvertes faites en physique et en chimie : ces préparations figurent aujourd'hui à l Exposition universelle. De ce nombre se trouvent les préparations anatomiques de M. le docteur Louis Brunetti, professeur à l'université de Padoueet conserfateur de son musée. La méthode de ce professeur est nouvelle et secrète, elle n'avait pas été publiée, mais seulement communiquéeà une commission composée de MM. Liebig, Tardieu et Milne Edwards, lorsque le 22 aoiit le docteur Brunetti est venu Ure devant une assemblée, composée de plus de six cents médecins français et étrangers réunis, pour le congrès médical international, dans le grand amphithéâtre de la Faculté, un mémoire contenant l'histoire de sa découverte et les détails les plus précis sur tout ce qui concerne sa belle méthode de conservation des corps, de manière à ne laisser aucune hésitation à ceux qui voudront la mettre en pratique.

Après avoir reçu la grande médaille d'or justement décernée par lejury del'Exposition, M. le docteur Brunetti obtient de ses contemporains une véritable ovation que la postérité ratifiera, pour avoir libéralement livré au domaine public le fruit de ses veilles, les travaux de son intelligence. Les applaudisse-

ments les plus chaleureux, avec triple salve, ont accompagné la communication du docteur lirunetti.

Ce merveilleux procédé, aans nocuité aucune pour ceux qui l'exécutent comme pour la salubrité publique, comporte plusieurs temps et se décompose dans les opérations suivantes : lavage , dégraissage, tannage et dessiccation.

Pour laver la pièce ou le corps à conserver, M. Brunetti fait passer un courant d'eau à travers les vaisseaux sanguins et les divers conduits excréteurs, ce qui en expulse tous les liquides, sang, lymphe, etc.; pour chasser à son tour l'eau, il injecte de l'alcool.

Le dégraissage s'effectue, en remplaçant l'alcool par l'éther suifurique, qu'il passe également dans les vaisseaux et les conduits naturels : l'éther pénètre dans la trame des tissus et, paraît-il, en dissont les matières grasses ; cette partie de l'opération exige quelques heures, mais la pièce anatomique peut dès lors se conserver alireuvée par l'éther, sans se compléter immédiatement par les autres temps de l'opération, qui consistent à chasser l'éther par une solution concentrée de tannin dans de l'eau bouillante, toujours par le procédé de l'injection : cette injection a été précédée d'une injection d'eau distillée qui fait sortir l'éther suifurique.

Il ne reste plus qu'à faire dessécher 1 pièce anatomique, fût-ce même un cadavr entier, en l'introduisant dans un récipiet à double fond, rempli d'eau bouillante enti les deux parois, par un système de tube à robinet : on fait passer de l'air chaud cou primé à deux atmosphères, dans un vas contenant du chlorure de calcium, afin i le priver de toute humidité. Cet air est pousî dans les vaisseaux et les conduits excrf teurs : ce courant d'air chasse tout ce qu'il contenaient, et l'opération est entièremei achevée.

Les résultats sont une pièce anatomiqt souple, légère, ayant conservé son volun

PIÈCES ANATOMIQUES DE M.l BRUNETTI (Grand prix). — Dessin de M. Wolff.

et ses rapports normaux : les liquides seuls n'existent plus.

Cette admirable découverte rendra les plus signalés services à l anatomie saine et à l'anatomie pathologique, les organes pouvant se conserver indéfiniment dans la positioii qu'ils avaient pendant la vie : moins la dureté et le poids, ils sont comme s'ils avaient été subitement gelés.

La collection de M. Brunetti, exposée dans la section italienne, se compose de 66 pièces. Une des principales est un emblème d'un goût risqué : c'est une jeune fille qui s'est noyée à la suite d'un amour trompé ; elle est représentée les yeux dévorés par des poissons ; elle ne méritait pas pareil supplice.

Le merveilleux palais de l'Exposition compte- encore au nombre de ses richesses anaiomiques de très-belles préparations du sein, du foie, des poumons, de nombreux squelettes de poissons rares , dus à M. le professeur Hyrpl, de Vienne.

M. le professeur Tiechniann, de Cracovie, a exposé beaucoup de préparations ostéologiques parfaites et des lymphatiques injectés, non plus avec du mercure, mais avec une substance solidifiable.

MM. Vasseur et Talrich ont des vitrines, avec de belles pièces anatomiques , soit comme squelettes, soit en cire, qui sanctionnent la supériorité de ces deux préparateurs. D' Caffe.

Le portrait du sohah de Perse.

NASSER-ED-BIN.

Il y a trois portraits authentiques d schah à l'Exposition : nous avons pris celi qu'on nous a dit être le plus ressemblant.

La venue de Nasser-ed-Din à Paris ava été annoncée comme celle du sultan du Mi roc. Des raisons de milieu ont empêché li deux souverains de visiter l'Exposition. Poi le sultan du Maroc, je le comprends; il des compétiteurs qui auraient pu profiter (

L'IÎXPOSITION UNIVERSELLK 1)15 1867 li.l.USTRÉt.

îtabscncc pour prendre sa place, il un chef spirituel qui a beau- ;b de sectes rivales à niaîtriter :

ilput ce sont les sectes religieu- >Hni fomentent les discordes in- 91 es,

lis pour le scljali de Perse, c'est [■■eut. Il a trois lils légitimes, cinq fils naturels reconnus, ::, rendaient son voyage moins )i(leux comme éventualité. La '(i! , d'ailleurs , est renommée i(i l'aménité de ses mœurs, ses litudes paisibles et sa civilisation Éliée. C'est à peine si l'on a asjiné un achah depuis 71 ans, en il, et encore sous le coup des iiements d'Europe. L'assassinat lilha-i\loliamed-Kban, fondateur (Il dynastie des Kadjars, n'eut Sile conséquences : ses desceniu lui ont succédé sans trouble Uns opposition. Nasser-ed-Din, éhah actuel, est monté sur le ^1, son père mort, en 1848: il Ssné en 18'29 : il a par conséilt38 ans.

1| figure, si son portrait est s, a une sorte de beauté assy- (le plutôt que mahométane: les 'ili sont accentués à la façon an- (I, mais sans grande animation, des Orientaux proprement dits

PORTRAIT DU SCHAH DE PERSE, par M, de lîatow d'après un dessin persan diL pchah sont un peu

Les sont

gras : les traits sinon aigus.

Il règne sans contrôle sur neuf raillions de sujets, dont trois millions de nomades à peine. Le nombre et l'importance des villes prouvent l'état de civilisation relative de la Perse. Ispahan a 1 80 000 habitants; Tauris en a 160 000; Téhéran, 120000, Méchedh, 100000.

les villes de 20 à 5000 habitants sont nombreuses.

Il ne faut pas croire que le scliali, quoiqu'il exerce un pouvoir despotique, puisse faire tout ce qu'il veut; et, la preuve, c'est qu'il n'a pu venir à Paris, malgré son désir.

Là comme ailleurs, les habitudes de l'administration dominent le gouvernement lui-même. L'empire est divisé en onze provinces, chacune administrée par un gouverneur. Le gouvernement est tenu en échec, d'un côté, par les commandants militaires des villes, de l'autre, par un collège de prêtres élus par le peuple, et chargés de veiller à l'exécution des lois.

Les villes peuplées supposent une industrie avancée, et un certain esprit d'indépendance. L'art de varier les couleurs, soit dans les étoffes, soit dans les poteries, s'est conservé secs, I en Perse presque dans toute sa pureté an- I cienne. Nous avons déjà dit dans une de nos

premières livraisons que les briques émaillées, dont le secreL avait été pris par les Vénitiens durant leur domination dans le Levant, nous étaient venues originairement de la Perse.

Il y a en Perse certaines formules qu'il faut observer lorsqu'on se salue, et certains protocoles qu'il faut employer, lorsqu'on se visite. Cela suppose des traditions anciennes fidèlement conservées, et un esprit policé qui date de loin et qui ferait traiter nos habitudes démocratiques de sauvagerie par certains Persans rigoristes.

La loi du Coran gouverne la Perse : on y observe le culte des Schiites. Non-seulement l'esprit de tolérance y domine avec la culture du vin de Chiraz, mais l'évoque catholique d'Arcadiopolis y administre les chrétiens en parfaite intelligence avec l'évêque arménien d'ispahan.

Nous avons parlé de l'exposition persane, de façon à n'y pas revenir. Nous regrettons de n'avoir pu parler de Nasser-ed- Din que d'après son portrait. Nos compatriotes ont tou jours trouvé bon accueil auprès de lui : et nous ne sommes plus au temps de Montesquieu, où l'on disait eu France : Peuton parler de la Perse !

Fr. Duccing.

L'intérieur de la maison de Gustave Wasa.

Dans les premières pages de cette publication, on a décrit cette chaumière historique que les paysans dalécarliens entourent encore de leur vénération, et qui abrita, aux heures d'exil et de proscription, une des brillantes figures des temps modernes. C'est sous cet humble toit de mousse et de lichen que Wasa rêvaitl'indépendance de son pays; c'est de cette cabane de mineur qu'il devait s'élancer bientôt pour chasser le bourreau Christian II, rendre à la Suède sa liberté, ses franchises et graver en lettres ineffaçables son nom glorieux au grand-livre de l'Histoire.

Vous connaissez déjà l'extérieur de cette maison célèbre. Il est en tout semblable à l'asjlect qu'offre encore aujourd'hui la maison qui est resiée debout à Falhun.

Il n'en est pas de même pour l'intérieur. La commission suédoise a pensé à utiliser les deux pièces qui forment le rez-de-chaussée. La salie principale est en contre-bas du palier. On y pénètre par une entrée toute pavoisée de drapeaux dont les animaux fantastiques rappellent les époques de barbarie. On descend quelques marches et l'on se trouve au milieu d'un monde d'objets de toute forme, de toute nature, groupés sans ordre apparent, tt dont la variété saisit tout d'abord le regard.

Après un instant donné à l'étonnement, les yeux se font à ce chaos et chaque partie de cette exposition si variée reprend sa valeur et son intérêt.

Les murs sont tapissés de ces immenses filets de pêche tressés avec une corde dont l'extrême finesse ne nuit en rien à la solidité. De loin en loin, se dressent en trophées ces mille engins de pêche dont les pêcheurs parisiens ignorent même l'emploi. La Suède a su faire une industrie importante et une ressource considérable de ce qui n'est dans certains pays qu'un passe-temps ou une chose de luxe.

A côté de ces engins de pêche, il faut remarquer ces belles fourrures que l'on retrouve dans le Palais, sur le dos des paysans dalécarliens. Ici, elles sont surmontées de bois de renne, et rappellent ce vigoureux et bel animal si sobre, si rapide, si utile dans ces contrées où l'hiver rend l'entretien des chevaux difficile et coûteux.

Autour de la salle sont disposés de nombreux instruments aratoires, des charrues, des hache-paille, des semeuses, des herses, des blutoirs, etc., etc. La Suède, trop intelligente pour ne pas comprendre la nécessité de développer son agriculture, lutte énergiquement contre un climat froid, un sol peu fécond, dur, sec, et qu'elle doit enrichir à force d'engrais naturels, de sels, etc., avant de lui demander aucune production. L'exposition d'instruments agricoles témoigne d'efforts incessants et que le succès couronne déjà. Parmi les charrues, plusieurs ont obtenu des récompenses. One entre autres, à trois fers, très-légère, facile à conduire, et qui semble destinée aux terrains peu profonds et en pente, a reçu une médaille d'argent. Tout cela semblerait peut-être bien modeste à côté des puissantes machines de Billancourt. IMais ces quelques instruments, placés dans la maison du fondateur de la Suède, indiquent la marche progressive de cette nation et sont comme un hommage rendu au souverain qui, le premier, fit de ces contrées si stériles, si menacées, un pays indépendant et laborieux

Les produits agricoles sontpen nombreux.

Un agronome expose quelques céréales récoltées sur des terrains ingrats, mais qu'une culture suivie a peu à peu transformés. Ces terrains sont élevés d'environ deux cents mètres au-dessus du niveau de la mer. Le grain est petit, serré, dur, mais il est trèsplein et la farine en est savoureuse. C'est à l'agriculture encore que la Suède doit ses cordages pour la marine. Elle expose une riche collection de cordes tressées avec une grande habileté, depuis le fouet gros comme une épingle, jusqu'au câble qui soutient les ancres. Plusieurs récompenses ont été données aux cordages, des médailles de bronze et des mentions honorables. Une médaille d'argent a été accordée à un modèle de gymnase qui, avec son portique en bois de prix.

ses cordages, ses échelles, etc., ses chevaleli couverts en velours rouge, fait un assez sin. gulier effet au milieu des charrues, des ui. tensiles de pêche et des poteries.

La Suède expose en effet des poteries qui^ pour la finesse de la pâte et l'exécution, pej. vent lutter avec les nôtres. Une de ses terrei cuites et ses faïences brunes et jaunes ont été récompensées. A l'aide de carreaux en terre cuite, de forme triangulaire, alternativement noirs et blancs, et qui sont destinés à faire m carrelage mosaïque, on a formé une espèce de large assise sur laquelle on a disposé dei objets assez nombreux et un peu disparates. Tel un modèle de maison de pêcheur, des ustensiles de ménage, des modèles de bateaux,des fûts de colonnes en terre cuite, etc.

Il ne faut pas oubher les produits des mines. Le sol de la Suède, si résistant am efforts de l'agriculture, si pauvre en céréales et en plantes fourragères ou potagère», est riche en mines de cuivre et de houille principalement. A la porte de cette maison, des blocs de minerai de cuivre témoignent des ressources considérables que la Suède peut trouver dans son sol. Dans l'intérieur, quelques échantillons de houille ont été disposés de manière à permettre au public d'apprécier cette matière, que les progrès de l'industrie font chaque jour si précieuse.

Sur le piédestal de briques et de carreaux, s'élève une statue que j'avais prise d'abord pour la représentation de quelque divinité Scandinave. Mais, plus je regarde, et plus je me persuade que ce dieu assis sur un bloc de rochers, et tenant le célèbre trident, est tout simplement un Neptune quelconque.

^ défaut du dieu Thor ou de quelque autre de ses collègues, j'aurais voulu, à la place de cette statue banale, celle de Gustave Wasa.

N'était-ce pas faire acte de gratitude que de le représenter comme le génie de la Suède, et de réunir à ses pieds les produits de l'agriculture, de l'industrie, du labeur humain, comme un hommage à son dévouement pour ce pays qu'il voulait faire si grand?

J'ai parcouru la grande salle de la maison de Gustave Wasa; et il semblerait qu'il n'j eût plus qu'à suivre le public, à franchir la porte qui ouvre sur le Parc. Mais, à côté de ces divers produits assez modestes, la Suède a réservé une salle pour une exposition plus intéressante peut-être.

Quand vous vous dirigez vers la maison, au lieu de monter les quelques marches qui conduisent à l'entrée, arrêtez-vous devant une porte de plain-pied avec le terrain. Un seul mot, au-dessus de la porte, vous indique la destination de cette salle. C'est une école primaire. ^

La Suède a compris l'importance de l'instruction pour développer l'intelligence et les facultés des classes laborieuses. C'est grâce à la lecture, aux notions que répandent les instituteurs, que les vieux préjugés, Id routine, les idées fausses doivent disparaître.

ouvriers apprendront ii se servir des Ihines qui leur sont confiées, les agriculs appliqueront à leurs travaux les conisances qu'ils acquerront dans des cours iaux. C'est sous l'influence de cette lue modeste, mais suffisante, que les prolions manuelles s'élèveront et prendront allure plus moderne et plus scientifique, instruction primaire n'a pas encore ac- , en Suède, l'extension qu'elle a prise en agne. Ceci est une affaire de temps. Il t aujourd'hui qu'elle soit organisée de n à préparer de bons élèves. La vue de es gens instruits, la supériorité que leurs aissances leurs donnent sur leurs ca- |ades,dans les ateliers et les usines, n'estas là le plus puissant motif d'émulation ? ■t-cc pas aussi le meilleur mode de vulation ?

instruction primaire, en Suède, émise la lecture, l'écriture, l'arithmétique, truetion religieuse, le dessin, le chant, quelques établissements, on fait, de pendant l'hiver, des cours d'agronomie ique.

i salle d'école-modèle est disposée comme ont les salles que le gouvernement a s dans plusieurs provinces. Au fond, une î élevée sur une estrade est destinée au ssseur. Le long des murs, sont disposés cartes et des tableaux servant aux détrations et à la lecture. Des sphères et îTS instruments analogues, des boîtes de pas, etc., sont disposés sur des rayons, à iisposition du maître ou des élèves. Enfin, l'autres rayons sont disposés des dictionss et les livres d'un usage fréquent, des lèles de dessin, des albums, etc. aaque élève a une table et un banc isolés, tible, disposée en forme de pupitre, con- 1 un tiroir, et un rayon pour recevoir les s et les cahiers de l'élève. Chaque enest ainsi isolé, et la surveillance est plus &. Les places sont données suivant l'aptiou le travail des élèves. Les places les rapprochées du maître sont considérées me les meilleures. Ce classement varie iquinzaine, et les élèves y puisent un sant motif d'émulation, ans quelques provinces, à côté des écoles ées par le gouvernement, les villes en Rréé de nouvelles qu'elles subventionnent ! largement pour que la rétribution de- Idée à chaque élève soit insignifiante, rinstruction primaire progresse donc en de. Soutenue par le gouvernement d'une par le dévouement des populations de ire, elle pénètre peu à peu dans les conlea plus arriérées ; viennent deux ou générations, et l'on ne comptera plus i^tre de Suédois illettrés, i maison d'école exposée par la Suède a iQU une médaille d'or. La Suède verrage, dans cette haute récompense accordée lUe intéressante exposition, l'importance les esprits accordent aujourd'hui à tout

ce qui tend à améliorer la condition morale de l'homme? Verra-t-elle aussi que l'instruction doit être, entre ses mains, le levier puissant à l'aide duquel elle pourra prendre, dans les conseils de l'Europe, la place que l'étendue de son territoire, ses richesses minières et forestières, sa situation maritime semblent lui destiner?

Victor Cossi;.

Les petits métiers.

Perles artificielles. — Tourneurs dïvoirc. — Fabrication des porte-monnaie. — L'éventail. — La sculpture sur bois. — La plonnberie d'art.

Nous pouvons voir ici comment se font les perles que le plongèur ne va pas, au péril de sa vie, chercher au fond des mers. La matière première en est fournie par un petit poisson, l'ablette, qui abonde dans nos rivières. C'est une invention toute française : elle date de moins de 200 ans. Un palenâtrier, c'est-à-dire un fabricant de chapelets, nommé Jaquin ou Jamin (l'histoire n'a pas la mémoire des noms d'hommes utiles), remarqua que les ablettes lavées dans l'eau abandonnent des particules argentines dont le lustre égale celui des plus belles perles. 11. conçut aussitôt l'idée de s'en servir pour imiter celui-ci. Cette substance est connue dans le commerce sous le nom d'essence d'Orient. Le procédé du paienolrier est encore, à peu de chose près, celui dont on se sert aujourd'hui. Il a donné naissance à une industrie florissante et qui mérite son succès. On fait des perles artificielles qu'un connaisseur même ne distinguerait pas aisément des produits naturels, et qui n'ont coûté la vie à personne; d'ailleurs tout le monde ne peut pas, comme ce schah de Perse avec qui le voyageur Tavcrnier fit affaire, payer une perle 275 000 francs.

L'ivoire est devenu l'objet d'un tel trafic, qu'on a peine à concevoir comment il peut être possible de répondre aux demandes indéfiniment croissantes qui sont faites de cet article.

Ainsi, pour citer un exemple, à la fin du siècle dernier, l'Angleterre employait chaque année, en moyenne, 192 600 livres d'ivoire; en 1827, elle en employait 3(!4784 ; aujourd'hui, sa consommation s'élève à ) million, ce qui nécessite la mort de 8333 éléphants mâles.

Une dent d'éléphant, pesant 70 livres et plus, est considérée par les marchands comme de première classe. Celles des éléphants d'Angola pèsent en moyenne 69 livres; celles du cap de Bonne-Espérance et dcNatal, 106; du cap Coast-Castle, de Layos et d'Égypte, ) 1 4. Récemment, une maison américaine a

débité une dent qui n'avait pas moins de 9 pieds et demi de longueur sur S pouces de diamètre, et qui pesait 800 livres. La même maison avait envoyé à l'Exposition de 1851 le plus gros morceau d'ivoire qu'on eût jamais vu; c'était une barre de 11 pieds de long sur un pied de large.

On distingue plusieurs qualités d'ivoire ; celui de la côle ouest d'Afrique (le Gabon excepté), est un des moins élastiques et un de ceux qui blanchissent le moins par le travail; on s'en sert exclusivement dans la fabrication des manches de couteaux. Le plus cher est celui qu'on emploie à la fabrication des billes de billard.

L'hippopolame donne aussi de l'ivoire, mais beaucoup plus dur et beaucoup moins élastique que celui de l'éléphant ; il n'a jamais non plus cçs grandes dimensions qui ajoutent tant au prix de ce dernier.

Le travail de l'ivoire remonte aux temps les plus reculés, et il serait difficile d'en déterminer l'origine. Les premiers hommes qui purent se procurer des défenses d'éléphant durent chercher à tirer parti de cette admirable matière; et privés d'outils en métal, ils utilisèrent sans doute la partie naturellement forée, comme le font encore de nos jours les sauvages de la côte de Zanguebar, qui, après avoir détaché de grossiers anneaux, en ornent leurs bras et leurs jambes.

Aujourd'hui, l'art de la tabletterie se divise en trois parties bien distinctes. La première consiste à découper de petites tablettes et à les juxtaposer en les opposant de nuances, de couleurs; la seconde comprend les objets sculptés, c'est la plus artistique et la plus importante. Les articles fabriqués au tour simple et au tour à guillocher forment la troisième partie, et c'est celle que représente notre dessin. Ici s'emploient de petits débris qui n'ont pu servir dans les autres industries. On en tire ces mille petits riens qui entrent dans le domaine de la mercerie, tels que les dés à coudre, les boules percées pour bracelets ou chapelets, les boutons doublés de chemise, les cure-dents, etc.

La fabrication du porte-monnaie est une branche à la fois nouvelle et importante de la maroquinerie ou de la gaînerie comme on disait autrefois, Les gaîneries du moyen âge et de la Renaissance nous ont laissé ces beaux spécimens de leur art qui était très-florissant. Ils savaient donner à leurs ouvrages une forme élégante et les enrichir d'ornements dont la délicatesse, la grâce et la variété nous étonnent et nous charment. Dès le neuvième siècle on taillait le cuir bouilli à l'outil, et l'on relevait les dessins en relief; au quatorzième siècle on travaillait le cuir au peiit fer à l'roid, on le martelait, on l'imprimait; au quinzième siècle on le foulait, on l'esfampair, art dil'ncile; on gaufrait de larges surlàces dont la dorure, l'argenture et la couleur embellissaient les décors.

La fabrication des articles de maroquinerie a pris un grand développement depuis Yingtcin([ à trente ans; elle était jusque-là limitée aux portefeuilles. L'invention du porte-cigare qui date de 1830 , et celle du porte-monnaie qui ne remonte pas au delà de 1840, l'extension donnée à l'emploi du maroquin, du cuir de Russie, ont transformé cette industrie, qui a pris une sérieuse importance en France, en Angleterre et en Allemagne. On cite un fabricant de porte-monnaies qui, en dix ans, a pris vint-cinq brevets , créé six mille modèles et introduit dans la confection de cet article tant de précision et d'économie que vingtdeux ouvriers différents et douze ou quinze machines concourent à la fabrication d'un porlemonnaie du prix de 25 centimes. Les petites machines en usage dans cette industrie ne sont pas l'œuvre de mécaniciens de profession; inventées par des fabricants ou des ouvriers, elles sont perfectionnées chaque jour par des hommes du métier.

L'éventail se compose d'une monture et d'une feuille. La monture s'appelle en terme de métier pied ou bois. Pour la faire on débite avec la scie dans un morceau de bois, d'os, de nacre ou d'ivoire, les brins qui forment le dedans et les deux panaclies destinés à protéger la feuille, quand l'éventail est fermé. Cette feuille est quelquefois simple et le plus souvent double. Le vélin, le parchemin, le papier, le taffetas, le satin , le crêpe ou la gaze de soie en fournissent les matières premières. Les éventails ordinaires sont lithogra-

Fabrication des porte-monnaie.

Fabi'icalion d'ùveiitails.

Sculpteurs sur bois.

bois, au point où elle est maintenant parvenue, ne le cède en rien à la sculpture sur pierre et sur métaux. On n'a jamais été plus loin dans la vérité des formes, dans l'expression des physionomies, dans le fini des détails et d;ms l'harmonie de l'ensemble. Le ciseau du sculpteur uni au talent de l'ébéniste produit des miracles d'élégance et de légèreté.

N'oublions pas de noter le bon marché relatif auquel on parvient à établir ces objets d'art. Il s'explique par ce fait qu'on évite pour dégros-, sir le bois la longue opération du pointage. Les sujets sont dessinés , d'après le modèle, sur les faces d'une pièce de bois d'un cube régulier, de manière à ce que tous les tracés jjrofilent entre eux. On dégrossit ensuite. Cette manière de procéder, bien plus rapide que lo pointage, a [)our résultat de faire de chaque création une œuvre originale plus ou moins différente de toutes celles qui ont élé exécutées sur le même dessin.

Nous pallions de la perfection de la sculpture sur'bois ; ce qu'on croirait à peine, c'est que des ouvrages en plomb, métal en apparence si ingrat, peuvent ne point le céder en légèreté apparente à ceux dont le bois fournit la matière première. On en a la preuve dans l'atelier même que nous représentons; il y a là un bouquet d'une grâce, j'allais dire d'une fraîcheur incomparable. 11 est vrai qu'il a pour auteurs les artistes à qui est due la flèche en plomb martelé de Notre- Dame de Pari.= .

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