‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 20 sur 134 · V. Mlîl'MEIl · texte numérisé non relu

V. Mlîl'MEIl

plomberie d'an. — Repoussage au mart.'iu

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Les Laines d'Australie.

Le président de la Chambre des communes en Angleterre est assis, au Parlement, sur un petit sac do laine. Cet usage n'est pas aussi singulier qu'il peut le paraître tout d'abord. L'Angleterre a dû, en effet, sa première prospérité au commerce des troupeaux el des laines : il y a pour elle honneur et profit à ne pas perdre de -vue ce point de départ, cette cause lointaine do sa grandeur aclue'le. Le sac de laine du président est donc là pour rappeler à tous les députés la simple origine de leur fortune et pour les engager à voir toujours dans l'agriculture et dans le commerce les meilleures sources de la prospérité publique et privée.

L'Australie et Victoria, plus que les autres, parties de cecontinent, auraient pu éblouir nos regards. Il était si facile à cotte terre de l'or, de se construire à l'Exposition universelle un palais d'or, ou tout au moins un arc triomphal doré sur toutes les faces, depuis la base jusqu'au sommet!

Elle a préféré néanmoins à cet étalage éblouissant une installation plus modeste.

L'Australie devant, comme l'Angleterre, sa ■première prospérité au commerce des laines, la colonie a voulu, comme la métropole, ne pas perdre de vue ce point de départ de sa fortune actuelle. Elle a donc prisle sac de laine pour emblème, et plus encore, elle l'a pris pour ornement.

J'aime, pour ma part, cet arc de triomphe sans faste que l'Australie a placé devant son exposition tout agricole et pastorale.

Il se compose de ballots de laine superposés. Ces ballots, de forme cubique très-régulière, se prêtant comme des blocs de pierre à certaines dispositions architectoniques, on en a formé quatre piliers supportant trois arcades cintrées. Les deux arcades latérales donnent accès dans la galerie réservée aux produits australiens, l'arcade centrale est fermée. On y voit diverses photographies représentant les principaux édifices de Melbourne. Cet arc de triomphe pacifique est surmonté de moutons sur pied qui peuvent, si l'on veut, figurer le quadrige que les Romains aimaient à placer sur le haut de leurs arcs de triomphe.

L'exposition australienne comprend trois parties principales: 1° la Nouvelle-Galles du Sud; 2" Queensland; 3° Victoria.

Cette dernière partie est la plus importante, elle résume d'ailleurs toutes les productions du continent océanique, c'est donc surtout de Victoria que nous allons nous occuper.

Victoria, la plus petite des trois divisions que nous venons d'indiquer, occupe un territoire de 86831 milles carrés, c'est-à-dire à peu près égal à celui de la Grande-Bretagne, mais tandis que la métropole renferme 1 4 mil-

lions d'habitants, sur un même espace, Victoria'n'en a guère que 600 mille. Mais Victoria est une colonie toute nouvelle, et depuis les prem lers jours de son établissement elle a fait des progrès vraiment prodigieux. Elle n'existe que depuis trente-deux ans. C'est en effet le 15 août 1835 que quarante aventuriers débarquèrent en Océanie dans une petite baie qu'ils nommèrent Port-Philipp. Depuis ce premier établissement la colonie n'a pas cessé de prospérer, et la population est devenue de plus en plus compacte. Des villes importantes se sont déjà formées, et Melbourne, la capitale de Victoria, compte déjà plus de cent mille habitants.

L'Angleterre se félicite chaque jour de la prospérité croissante de cet établissement qui no le cède qu'à l'Inde seule, mais non pas sous tous les rapports, car ses progrès sont plus rapides que ceux de l'Inde elle-même.

Victoria figurait dans les expositions précédentes. A la grande exposition de 1862, elle était même à la tête de toutes les colonies anglaises; il fut alors officiellement déclaré que ses produits formaient la colleclion la plus vaste et la plus variée qui ait jamais été envoyée en Europe par une colonie britannique.

La découverte de l'or, en 1851, dans les mines abondantes de l'Australie a eu pour Victoria de bons et de mauvais effets.

Elle a pendant plusieurs années détourné de l'agriculture presque tous les esprits ainsi que presque tous les bras. Unevéri table fièvre s'empara des colons, on désertait les villes, on abandonnait les troupeaux, les pâturages, les moissons pour courir vers les mines et pour recueillir sa part d'or, pour faire fortune en quelques jours, mais ce désordre cessa bientôt, l'exploitation des mines organisée par le Gouvernement avec régularité no permit plus les gains prodigieux et rapides, la production, du reste, tomba bientôt de moitié, et les habitants rentrèrent presquetous dans leurs habitations qu'ils n'auraient pas dû quitter. L'agriculture et l'élève des bestiaux se ressentirent nécessairement de ce délaissement passager, mais fort heureusement il resta dans la colonie une foule d'émigrants partis de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande pour chercher fortune dans les mines de Victoria. La plupart n'y ont rencontré que la misère, mais ils se sont voués depuis à la vie agricole et pastorale dans laquelle ils trouvent la richesse et par surcroît le bonheur.

Si les produits de Victoria sont très-variés, ils ne sont pas tous estimés. Il en est de communs. Mais les laines forment une classe de produits supérieurs qui jusqu'ici ont fait la fortune de l'Australie et qui seront toujours l'une des parties les plus importantes du revenu de cette colonie.

L'Australie est, en effet, admirablement di'posée pour l'élève des moutons. La température du pays atteint rarement un degré

très-élevé, la contrée offre de nombreuses prairies et d'excellents pâturages, l'eau seule manque parfois, mais, grâce aux pluies abondantes, on peut l'accumuler sur les pentes des collines, ou dans les, vallons, en réservoirs artificiels.

Toutes les races ovines peuvent s'acclimater BOUS le ciel de l'Australie, et même y acquérir plus de finesse, des toisons plus soyeuses et plus délicates.

En général les belles laines proviennent des districts situés au nord de l'Etat de Victoria. Le climat de ces provinces septentrionales est plus favorable que celui des environs de Melbourne, soit à l'élève des bestiaux, soit au développement de leurs qualités. Les laines y acquièrent plus de finesse et plus de brillant.

Les races dominantes en Australie sont les moulons angora et les alpaca qui fournissent ces belles et fines étoffes qui possèdent presque le brillant de la soie. Nous en voyons de très-beaux spécimens dans les vitrines de la société d'acclimatation de Victoria.

Les mérinos importés en Australie y prospèrent également et fournissent d'excellents produits.

Enfin les diverses races indigènes donnent des laines très-remarquables.

Aussi le jury international a-t-il largement récompensé les exposants australiens en leur distribuant de nombreuses médailles d'argent et de bronze.

Il faudrait citer presque tous les échantillons apportés, mais ce serait un peu long et nous devons nous borner à mentionner ici les laines de M. John Bell, de Melbourne, celles de M. Goldsborough , de Melbourne aussi, de M. Learmouth, d'Ercildown.

M. Goldsborough mérite une mention spéciale, il a mis sous nos yeux dix balles de laine et divers échantUlons qui la présentent sous toutes ses formes et dans ses divers degrés. Ce sontd'abord des toisons à l'état brut en suint; puis des toisons dégraissées, des toisons lavées, et d'une blancheur éblouissante.

La commission de Victoria nous présente aussi des échantillons à divers degrés de préparation, mais elle fait plus en plaçant sous nos yeux des tissus ainsi que des chàles de laines pures et de qualités fort remarquables.

Ces produits, très-recherchés par les fabricants européens, sont heureusement assez nombreux et peuvent satisfaire à bien des demandes. Ainsi, en 1865, l'Australie, ou pour mieux dire la colonie de Victoria, a exporté 40400000 livres de laine, c'est-à-dire pour une valeur de 75 millions de francs. Cette production va croissant de jouren jour, et dans l'avenir elle ne peut que se développer encore.

Le gouvernement anglais fait de louables efforts pour encourager les producteurs australiens.

Les squallers ou éleveurs de troupeaux considérés autrefois comme des hommes vils

L'EXPOSTTION UNIVERSELLE DE 18GT ILL

( l sauvai^es, sont devenus, grâce à certaines inimanités, grâce à la protection efficace et directe du gouvernement, l'aristocratie delà contrée.

Les squatters formaient autrefois des popidations nomades. Le squatter ne cultivait i| pas la terre, n'élevait même pas ses moutons, 1 il se bornait à les promener de pâturage en pâiurage, à travers les prairies désertes, et quand un trafiquant se présentait, il vendait sur pied son troupeau, pour en former ensuite un autre.

Aujourd'hui le squatter n'est plus nomade. Le gouvernement lui loue, moyeimant un ilroit au pâturage, renouvelable d'année en année, une certaine étendue de prairies. Le squatter locataire s'enferme dans son lot qu'il lait enclore et sur lequel il établit sa demeure. Il vit en véritable colon, étudie et met ea pratique les meilleurs moyens de faire prospérer ses bestiaux, et d'en retirer les prodoits les plus avantageux. Il ne vend plus ses troupeaux sur pied, mais il sait se défaire tour à tour du lait, de la viande, du suif, de ia corne et des toisons que produisent ses brebis, en d'autres termes il élève ses troupeaux avec intelligence et leur fait rendre tout ce qu'ils peuvent produire.

PiUL Bellet.

Bois russes façonnés.

Environ dewjo cents willio?is trheclares en I forêts, telle est la part de bois de la Russie I d'Europe seule, car pour la Russie d'Asie I nous sommes forcé de la laisser de côté ; I l'étendue de forêts y est considérable, on le î sait, mais on ne possède aucun renseigne- I ment précis sur leur contenance. Ajoutons I encore que le total lui-même que nous ve- 1 nous d'énumérer ne doit être accepté qu'avec 1 une certaine réserve ; car beaucoup d'cstima- I tiens n'ont pu encore y être faites qu'à vue ( d'œil.

La partie la plus boisée de toute la Russie, ( et en même temps celle qui contient les plus 1 belles forêts, se compose des gouvernements I du nord et du nord-est. De même — et cette I concordance est curieuse — que nous disons t en France, les grands massifs presque inin- 1 terrompus de l'Ardenne, des Vosges et du ] Jura, de même en Russie la plus grande par- 1 tie des gouvernements d'Arkangel, de Vo- I logda, d'Olonetz, Kostroma, Vintka et Oren- I bourg est couverte de forêts impénétrables et ' toutes inexploitées. De même qu'en Autriche, I ce sont de véritables forêts vierges, et nous i allons voir tout à l'heure ces énormes ( étendues de bois vers la Pologne renfermer les derniers vestiges d'animaux autrefois cé- 1 lèbres, même dans notre France, l'aurochs,

par exemple, dont les derniers survivants, numérotés, appartiennent au czar et vaguent dans les immenses forêts du gouvernement de Grodno où chaque année on leur fait une chasse historique pour se donner le Inxe d'en détruire quelques-uns. C'est de là qu'est venu l'aurochs du jardin d'acclimatation que le czar avait donné à l'Empereur. Dans ce pays, près du tiers de la superficie du sol est couvert de bois, et le massif de Vicalowisca, la retraite des aurochs, n'a pas moins d'un million d'hectares d'étendue.

Notre plus grande forêt française compte 22 mille hectares, et nous trouvons, cela énorme : c'est tout au plus bon, en comparaison, à élever des lapins 1 Un million d'hectares représente, en moyenne, deux départements français.

11 s'en faut de beaucoup que toute la Russie d'Europe soit aussi magnifiquement pourvue de bois, car, avec son étendue énorme, ce serait par chiffres beaucoup plus élevés qu'elle compterait leur surface. Les gouvernements du centre se déboisent rap dément à mesure qu'ils se peuplent et se civilisent; déjà plusieurs d'entre eux manquent de bois de chauffage. Ainsi disette sur un point où les fermiers sont obligés de remplacer le bois parle kisiak, ou fumier des étables transformé en briques, et de l'autre abondance et surabondance de bois qui n'a plus ni valeur ni possibilité d'écoulement. Ces faits ne tiennent évidemment qu'au défaut de communication dont gémissent toutes ces populations encore si arriérées. Viennent les voies de fer et les chemins vicinaux, vienne une culture tant soit peu intensive, et le fumier, au lieu d'être brûlé au milieu d'une fumée infecte, retournera à la terre dont il doublera la fécondité, tandis que les bois de premier ordre gagneront l'étranger et que les bois de seconde catégorie, consommés dans les pays voisins, porteront l'aisance et le bien-être dans ces gouvernements aujourd'hui délaissés.

Une dernière considération doit être présentée quand on parle des immenses richesses forestières de la Russie, c'est qu'il faut tenir compte, dans l'évaluation de ces surfaces, des conditions climatériqucs qui rendent et rendront toujours une grande partie de ces espaces improductifs. En effet, toute la partie nord du continent est soumise à une température qui empêche toute culture : ce qu'on y appelle forêt se compose de broussailles absolument sans exploitation possible et couvrant un sol marécageux incapable de produire des arbres de valeur. Dans le gouvernement d'Astrakan, 04 parties sur COO sont incultes et poor la plupart mcapables de toute culture, ce sont d'immenses déserts interrompus par les broussailles dont nous parlions tout à l'heure. Le génie de l'homme ne fera jamais rien là, le sol manque et, plus encore, la chaleur. Après celui-ci vient le gouvernement d'Arkangel dont les deux tiers de la superficie sont, par les mêmes causes.

.USTRÉE. 75

absolument improductifs. Ajoutons-y le Somara dont la moitié au moins est inculte. Combien d'autres encore dans cette zone et au- dessous, jusqu'àSaint-Pétersbourg, voient leurs terres incultes varier entre le vingtième et le quarantième du sol!

Sans bois, un Russe ne pourrait pas vivre. Pour lui le bois est la matière universelle, il est tout. Son toit, sa maison, son lit, ses meubles, du plus petit au plus grand, ses chaussures, sa toile, que sais-je? mille utilités sont journellement par lui demandées au bois. La forêt est une mine inépuisable et bienveillante dans laquelle il puise sans compter. Muni de sa hache de ceinture qui ne le quitte jamais , et remplace chez lui le modeste couteau de notre paysan, il coupe, taille et tranche avec une habileté et une sûreté de main dont nous sommes ' 'ijours émerveillés. Aussi l'exposition des uois travaillés estelle vraiment intéressante, ne fût-ce, aux yeux du plus grand nombre, que par l'extrême diversité des objets exposés.

Chaque grande division territoriale a donné naissance à une pyramide particulière : c'est une fort ingénieuse idée de grouper les objets exposés par la même région. Au premier plan, à droite, nous trouvons la pyramide finlandaise avec ses matières forestières presque brutes ; écorce des bouleaux pour le tannage des cuirs, écorces de saule pour le même usage , du tan d'écorce de Bousserolles (Sumac, en russe Soi(maA:J; des graines d'épicéas, de pins sylvestres récoltées par les soins de l'institut forestier d'Évoïs. Des résinesjauncs pour brasseries. L'association de ces mots résine et bière mo semblait difficile à expliquer, et mon esprit trottait fort loin à ce sujet, quand je finis — par où j'aurais dû commencer — par demander quelques explications à l'un des commissaires, et j'appris qu'en Finlande, comme en Allemagne, on enduit de résine, à l'intérieur, les tonneaux dans lesquels pu garde la bière. Quel est le but de cette opération ? Ce ne peut être de fermer les fentes du bois : un bon tonneau n'a pas de fente. Tout au plus serait-ce pour obturer les pores, ce qui est bien possible, afin d'éviter l'évaporation extérieure. IMaisne serait-ce point plutôt pour que l'action antiputride des matières résineuses et goudronneuses agît sur la fermentation trop facilement putride des matières amylacées ?

Toujours est-il que nous avons appris en même temps comment se fait l'opération, et nous la rapportons ici dans l'espoir qu'elle sera utile à quelques personnes : on ôte un fond du tonneau, on y verse de la résine pure jaune fondue à laquelle on met alors le feu : on replace le fond et l'on roule. L'intérieur du bois se trouve ainsi légèrement carbonisé, enfumé et enduit d'une sorte de térébenthine goudronneuse que la chaleur incorpore au bois.

Avis aux amateurs !

A coté de la fameuse résine à bière, voici,

ô contraste ! une composition pour empêcher les chaudières à vapeur de s'incruster. Ici, nous n'avions besoin de personne pour reconnaître une composition de tan végétal , destiné à agir sur les sels calcaires de l'eau par le tannin que cette préparation contient. Est-ce vraiment efficace? L'expérience seule peut prononcer.

Nous ne dirons que quelques mots des échantillons déterre de forêt que l'on a apportés là. Il serait à désirer que les collections de notre école forestière s'enrichissent de ces produits qui n'ont pas de valeur pour être remportés et qui, rapprochés d'autres similaires, étudiés à nombre de points de

vue, peuvent amener des découvertes précieuses. Il y a là une raine de rapprochements intéressants.

Passons à la pyramide suivante — toujours à droite — elle renferme les produits de la Pologne proprement dite. Au sommet de la pyramide, trône le Lipoicka, barrique en bois de tilleul pour conserver le miel. Ici, tous les objets de ménage et de ferme sont faits en bois. Voici un versoir de charrue en charme, taillé au couteau, un cor de chasse en bois, rappelant tout à fait, par sa forme, les cornes de bœuf trouées dans lesquelles soufflaient, au moyen âge, les grands feudataires allemands. Voici la chope en bois de

chêne pourboire la bière. C'est un petit tonneau de bois à douilles cerclées par des petits cercles d'acier poli : elle est munie d'une anse et d'un couvercle ; elle est, dans sa manière, aussi complète que celle dont l'anse et le couvercle d'argent ciselé resplendissent dans les brasseries, le soir.

Les besoins de tous les peuples sont les mêmes : il faut un seau pour la provision d'eau, il faut une cuiller pour que la ménagère y puise, à son tour, en détail, pour les usages de la maison. Voici la cuiller à eau de la Pologne : nous avons les mêmes en Bretagne; seulement les paysans, chez nous, ont trouvé moven de l'aire de leur cuiller

. L.ilNES DE VICTORIA, — Dessin de M. Weber.

massive une fontaine intermittente. Ils en ont percé la queue dans toute sa longueur : on remplit la cuiller d'eau, on la pose sur les bords du seau, en travers, l'eau coule et forme un petit jet sous lequel le paysan se lave les mains avant son repas. Et voilà comment d'une cuiller il a fait une fontaine. Le battoir à linge des Polonaises est carré et le manche en est coudé légèrement. Il ya aussi le petit tonneau de frêne cerclé de trente petits cercles pressés, dans lequel on renferme les provisions d'cau-de-vie.Cepetittonneau se termine, à l'un de ses fonds, en goulot comme une bouteille, et ce goulot se ferme à vis. C'est là une liqueur précieuse ; elle doit se verser parcimonieusement et ne pas s'évaporer.

N'oublions pas la longue pipe qui ressemble exactement à une grosse canne à bec de corbin ; le tuyau est en bois de cerisier, probablement en Mahaleb dont l'odeur aromatique et forte plaît aux nombreux fumeurs. Arrivons aux sabots en bois d'orme ou de peuplier. Ce sont les frères de nos boitons normands et bretons, la matière seule est différente : chez nous on emploie le bouleau et le tremble. Nous voyons à cûté une sorte de chaussure spéciale, mais bien grossière; c'est une sorte de spardille faite en lanières d'écorce de tilleul tissées triple l'une sur l'autre. Il y a là de quoi garantir les pieds d'un homme des cailloux du chemin, mais, en vérité, une telle chaussure est indigne d'un peuple civilisé. Telle les barbares venant

d'Asie l'ont inventée il y a vingt siècles, telle nous la voyons aujourd'hui.

Arrêtons-nous dans cette nomenclature dont nous omettons la plus grande partie, pour dire quelques mots d'une collection en forme de volume , de soixante espèces de bois polonais indigènes. Jusque-là rien de nouveau : l'écorce forme le dos, le plat du volume montre la fibre en long et en biais, la tranche en travers; mais le volume s'ouvre, il estcreux, et dans son intérieur on trouve la feuille, la fleur, le fruit de l'arbre, une brindille, un jeune rameau, la mousse qui couvre sa tige, les animaux et insectes parasites, sa cendre, son charbon, un copeau de son bois, une section oblique d'une branche, enfin tout ce qui peut servir à étudier

l'arbre, et, au milieu du dos, une savante description latine. Est-ce assez complet?

Continuons notre chemin. La grande pyramide suivante est celle delà Russie propre; elle est formée et rassemblée par l'Institut forestier de Saint-Pétersbourg. Depuis les chanvres gigantesques, jusqu'aux bouchons, elle comprend une énorme quantité de choses disparates, mais pour la plupart curieuses. Dans un pays aussi riche en bois que la Russie, les mines à transformation doivent être nombreuses, et elles le deviendront chaque jour davantage. Les fabriques d'acide acétique et de goudron, comme produits au moins, ont envoyé leurs produits qui n'ont

rien de remarquable, mais prouvent au moins que ces matières se fabriquent dans les différents gouvernements forestiers.

Le Jardin botanique impérial de Saint-Pétersbourg a envoyé une collection de 160 spécimens d'arbres et de plantes de différentes espèces : puis les administrations forestières des gouvernements baltiques, d'Arkangel, de Vologda, de Peron, de Vilna, de Kasan, de Minsck, de Volhynie, d'Astrakan et de Tauride ont rassemblé une magnifique collection de bois en gros blocs naturels de O^SO de haut, portant leur écorce sur une face. Il y a là des essences du nord, du centre et du midi; le temps manque pour

faire ressortir les rapports et les différences. D'ailleurs l'emplacement pour de semblables études n'est pas favorable. Renouvelons ici notre vœu que l'administration forestière russe, dont les rapports avec notre administration forestière sont si amicaux, necraigne pas de laisser à l'école de Nancy cette collection si curieuse pour nous, presque sans valeur pour elle, puisqu'il lui suffira de le vouloir pour la refaire en peu de temps aussi complète que possible.

Pourquoi notre administration forestière ne lui rendrait-elle pas la pareille ? la France et l'Algérie peuvent envoyer à Saint- Pétersbourg des échantillons qui, pour les

BOIS FAÇONNÉS DE LA RUSSIE. — Dessin de M. Gaildraii.

Russes, lutteront certes d'intérêt avec ceux (qu'ils auront pu nous laisser.

Terminons en passant en revue des chanvres remarquables, surtout au point de vue cde la longueur, des huiles diverses : de chanivre, de soleil, de moutarde, d'olive, les unes

I brunes, les autres claires et blondes. Puis

II les fameux vases de bois à vernis rouges et le or; fantastiques de formes, fantasques de desissin, mais originaux, mais gracieux et courras.... je ne vous en dis pas davantage! On [fait queue pour obtenir la permission de f payer ces belles jarres ornementales au poids dde l'or! Enfin la mode y a mis son cachet!

-4 propos de bouchons, nous avons peu de c chose à signaler. Les bouchons russes sont ce ique sont les bouchons de tout le monde. Seu-

lement ils ont eu l'idée bizarre de faire des porte-cigare en liège. C'est déjà bien assez de faire de cette matière des casquettes et des chapeaux qui ne sont pas légers du tout parce qu'on est obligé de les doubler de quelque chose. Mais en faire des porte-cigare, fidée est baroque, car la sensation du bouchon sur les lèvres ne tentera — dans notre pays — qu'un petit nombre de personnes 1 Enfin, tous les goûts sont dans la naturel dit un vieux proverbe : il faut croire qu'il a raison.

Comme fond de tableau, nous avons une petite percée sur l'exposition de Nijni Novogorod où nous retrouverons le bois — non l'écorce de bois, celle du tilleul, la tille — employé à tout faire : lilets, harnais de che-

val, nattes, corbeilles, éventails, que sais-je? tout depuis la chaussure jusqu'au chapeau. Ça n'est pas beau, c'est vrai ; ce n'est pas souple, oh! non, du tout, mais cela doit être économique et frais.

H. UE LA lÎLANCnÉRE.

France. — Instruments à vent.

C'est à bon droit que les vitrines brillantes, les panoplies instrumentales de nos facteurs attirent de leur côté les passants de l'Exposi-

tion : cela sciiUiUe, cela reluit, cela proToqiic le regard et donne à rêver aux tympans impressionnables.... Maisest-cebien assez pour votre ambition, vaillanls inventeurs, et, dans le secret de vos consciences, ne vous sentez-vous pas bumiliés quelque peu de vous rappeler comment un musicien, jadis, n'eut besoin que d'une simple lyre pour bâtir une ville aux solides murailles! — Reeelle perdue, et c'est dommage !

Il faut retrouver cela, messieurs, et, si beaux que soient vos succès d'aujourd'hui, vous pouvez compter sur bien d'autres encore.... non peut-être auprès des entrepreneurs de bâtiments, mais, à coup sûr, dans le camp des bourgeoises, qui ne demanderaient qu'à se passer de leurs bons offices.

Ne vous a-t-elle jamais fait réfléchir, celte histoire d'Ampbion?— Que diable pouvait-il jouer aux moellons d'alors, qui les rendît à ce point dociles? et si, pour obtenir des résultats pareils, il lui suirisait de cordes peu nombreuses , tendues sur une écaille de tortue, qu'eût-il donc fait avec le secours des saxophones et des sarrusopliones de 1867, ou avec le magnifique renfort des pianos dÉrard, hors de concours!... Décidément, ce devait être en lui-même que résidait cette vertu singulière, plus que dans les artifices du l'acteur qui lui avait fourni son instiument. Il ne lut sans doute pas moins utile à ses contemporains que ne veut l'être, de nos jours, le généreux guérisseur, zouave Jacob, musicien, lui aussi, et jouant correctement sa partie de « baryton », lorsqu'il n'applique pas ses facultés à des soins d'une tout autre nature....

Jlyslère ici, mystère là-bas ! — Il est moins difïicile, après tout, d'analyser l'exposition de nos fabricants modernes.

Regardez : oui, vraiment, ce sont là ces tubes aux voix puissantes qui s'exclament soudain sur yolre passage et dont l'accent énergique et clair vous fait bondir le cœur en plein boulevard, par un jour de beau temps. Il faut le grand air à leurs résonnances énormes : renfermées, elles menacent de fendre la muraille pour s'échapper au dehors, et, s'il n'y avait bon accord entre elles , vous demeureriez assourdi de leurs ébats. Par bonheur l'harmonie est dans leurs habitudes; l'harmonie est leur véritable élément : voyez comme leurs pavillons se présentent en bon ordre et, silencieusement, forment déjà, pour le regard une première harmonie!

La gravure ci-contre donne l'idée d'une fabrication considérable, celle de la maison Gaulrot, sur laquelle nous sont communiqués des renseignements dont il n'est possible d'user que partiellement ici. Cette maison passe pour la plus imporiante, commercialement, de toutes les manufactures d'instruments de musique. Ses vastes ateliers de Paris et de Château-Thierry occupent près de six cents ouvriers. A l'aide de machines à

vapeur, elle produit toute espèce d'instruments, en bois, en cuivre, à cordes, depuis les plus ordinaires jusqu'aux plus perfectionnés. Ils sont là, sous vos yeux, et fijrment corps.

Voici les grands tenants à l'aspect seigneurial : ils semblent avoir conscience de leur dignité : celui qui se dresse au centre ne serait pas facile à déloger de ce poste d'honneur : autour de lui l'on se presse, on serre les rangs d'un air fier et déterminé. — A droite et à gauche sont les Chambres sans doute, et, dans une irréprochable tenue, les délibérants assemblés. Ils attendent, ils écoutent : personne n'interrompt.... Il est vrai qu'ils ont souvent la satisfaction de parler

tous à la fois

Voyez, au milieu des cadres, les bruyants ustensiles de la percussion se résignant euxmêmes à se taire. Les discrets instruments à cordes qu'ils coudoient n'ont point à soufîrir de leur voisinage redoutable. — Ces pauvres violons, n'ont-ils pas encore, au-dessus de leurs modestes réduits, les grosses-caisses et les tambours de divers formats, rangés en piles comme des projectdes d'artillerie? Qu'allaient-ils chercher au milieu de toutes ces menaces des sonorités déchaînées?. . . Espérons qu'il leur sera fait grâce, et que les géants de cuivre n'abuseront pas non plus de leurs poumons contre les clarinettes que nous apercevons sur divers points, modestement debout. — Du moins ont-elles l'habitude de ces rudes caresses. — Hélas! les chères clarinettes, elles font bonne contenance; mais elles ne peuvent se dissimuler que, si on les aime, on les redoute aussi I Leur étude exige beaucoup de travail; ceux qui les cultivent dans l'intimité deviennent chaciue jour plus rares : elles sont l'âme de la musique d'harmonie cependant! Chacun sait que la famille des instruments à vent ne se passerait qu'à son grand dommage de leur timbre heau-chanteur, souple et brillant comme celui des violons qu'en plein airelles suppléent, masse pour masse. « Sans clarinettes il n'est point de salut pour les sociétés civiles d'harmonie » comme dit fort bien M. Th. de Lajarte, dans une excellente brochure (Étude pratique) qu'il vient de publier sur les Fanfares civiles, u II faut donc, ajoute notre judicieux confrère, en prendre son parti, et s'habituer à cette fâcheuse pensée : Dans une période de temps plus ou moins courte, lorsque les derniers martyrs de la clarinette auront terminé leur vie d'abnégation et de souffrances, les dernières musiques d'harmonie auront vécu à leur tour. » — Espérons que M. de Lajarte pourra s'être trompé dans les conséquences extrêmes qu'il entrevoit (il n'est déjà que trop près d'avoir raison!...) et revenons à nos vitrines.

Les inventions les plus récentes, exposées dans celle que nous avons sous les yeux, sont les sarrusophones et les instruments équitoniques.

Les uns elles autres mériteraient une description spéciale, laquelle nous conduirait audelà de notre cadre.

Un fait cependant à l'honneur du sarrusophone. Dans une expérience comparative, en présence des chefs des musiques autrichienne et prussienne, si- justement applaudies à Paris le mois dernier, les contre-bassons allemands ont été rapprochés du sarrusoplione-contre-basse, joué parM. Emile Coyon. Il paraît que les qualités du sarrusophone ont fait impression sur le directeur général des musiques de la Garde du roi de Prusse, M. Wie-precht, et que ce chef expérimenté se propose d'enrichir encore ses orchestres du timbre de ces instruments dont il aurait demandé plusieurs à M. Gautrot, séance tenante.

Un partisan éclairé du sarrusophone et des instruments équiloniques nous écrit ce qui suit, remarques assez piquantes pour être reproduites :

ic Nos orchestres mililaires français n'auraient qu'à gagner à ce qu'on laissât à chaque chef de musique liberté pleine d'organiser sa bande comme iU'enlendrait, au lieu de la soumettre à une réglementation uniforme qui donne à ces orchestres une couleur assez monotone par l'uniformité des timbres qui les composent. Voici les musiques prussienne et autrichienne qui, trouvant un progrès à réali ser par l'emploi du sarrusophone-contre-basse, n'hésitent pas à l'adopter, tandis qu'il n'est pas permis aux musiques françaises de l'introduire dans leur composition instrumentale, malgré les services qu'il pourraitleur rendre; et pourquoi?... Tout simplement parce qu'il n'est pas réglementaire!

« Autre chose : Tout instrument, quoique réglementaire, avant de pouvoir être acquis par un régiment français, est soumis à un poinçonnage particulier. La plus élém-entaire logique vous fera supposer que ce poinçonnage est un contrôle de la valeur de l'instrument, comme justesse , comme sonorité, comme bonne fabrication. Il n'en est point ainsi, et la commission du poinçonnage n est nullement tenue de s'occuper de ces misères. Pourvu que, semblable au conscrit, l'instrument en passant sous la toise ait la taille et la grosseur voulues, on prononce, aussi bien pour l'un que pour l'autre, la phrase sacramentelle : — « Bon pour le service. » — La Commission d'examen, assure-t-on, reconnaît elle-même tout ce que ce système a de peu rationnel , car elle doit adresser au ministre de la guerre un rapport tendant à changer l'état de choses existant. » Ce sera spirituellement agir, et l'on n'aura qu'à l'en féliciter.

Le lecteur n'attend pas que nous entrions dans beaucoup d'explications techniques : il ne le permettrait même pas, en fussions-nous capable; mais peut-être ne sera-t-il point tâché de trouver ici la composition complète d'une grande musique militaire française, dont le détail lui rappellera quelles sont ces

v \ bien timbrées qu'il aime à ealeotlre sur nui places ou dans un défilé, lorsque bois et eu I vres chantent joyeusement àla fois. . . Nous ne pourrions mieux faire, ce nous semble, que de prendre pour type cette belle cohorte d'artistes, qui a su brillamment souieiiiv notre honneur musical, dans la lutte sol .imelle avec les musiciens militaires les distingués de la très-musicienne Alle- 3. (Ici même et à tous il a été rendu ■i-!iii:;jairement justice, en temp? opportun, rnii line plume compétente.)

le voit déjà, c'est de la musique de la Jarde de Paris que nous voulons parler, celle ]ui vient de se maintenir haut et ferme à ;ôté des élites envoyées par l'Autriche et »ar la Prusse. — Son digne chef lauréat, !'I. Paulus, a eu l'obligeance de contrôler nos eîiseignements pour en assurer l'exactitude.

\ oici donc ce qu'elle renferme en son aili " normal :

■2 Uùtes (petite et grande); — 2 hautbois; I— 'i petites clarinettes, en nu'b; — 8 grandes lai inettes, en s! b ; — 2 saxophones sopranos, n .M .'; — 2 saxophones altos, en mi\>; — id. ténors, en siti; — 2 id. barytons, en " — 2 cornets à pistons; — 1 sax-horn pprano, en mit/; — 2 sax-horns contraltos, i M '; — 'i trompettes à cylindres (6 pisms , en fa; — 4 trombones (6 pistons); — : cors (à pistons); —3 altos, en nub (Sax); - barytons, en si\f (id.); — 4 basses, en l à 'i cylindres, id.); —2 contre-basses, en i P (id.) ; — 2 contre-basses, en ii |7(jd.); —

imbours, — grosse-caisse et cymbales

lu total cinquante-six musiciens.

1 Telle est la constitution de cette phalange élite : encore une fois bravo pour M. Paulus [ pour la musique de ia Garde de Paris. Nous i.vons que, dans le concours, elle a été trèsr.rticulièrement remarquée des membres rangers du jury, qui l'ont citée comme mode à leurs compatriotes, f Personne ne niera que nous ne soyons au tîur même de notre sujet.

[Ces beaux instruments sonores, si vaillam- Eut tenus par nos virtuoses de l'armée, ils int visibles à tout le monde, à l'Exposition, sst M. Sax qui en a fourni le plus grand ombre. Les orchestres de nos régiments, lux de nos amateurs, sont alimentés en jijeure partie par les ateliers de fabrication )M. Sax ou de M. Gautrot. — La vitrine de dernier, qui s'est trouvée sous nos yeux lit à l'heure pour la petite description que lus avons esquissée, est fort belle, on le lUt voir, et représente à souhait une maison îgement établie dans ses affaires. Ce qui limpêche pas M. .Adolphe Sax d'avoir exposé isienne, monumentale et magnifiquement ipnie; non plus que divers confrères de ces :ssieurs d'avoir composé des trophées pl ains ?goùt avec des spécimens excellents, sans iiiun doute.

ffous ont leurs mérites que nous reconnaisses avec joie.

On sait que c'est à M. Adelphe Sax, ar liste et inventeur, qu'a été décerné par le jury compétent le grand prix de la facture instrumentale. Cela dit tout.... et il suffirait, pour justifier cet honneur considérable, de l'invention des saxophones, et de celle plus récente des trompettes et trombones à 0 pistons et à tubes indépendants, toute une famille précieuse qui nous rend les excellentes sonorités de la trompette classique, avec une étendue chromatique complète qui n'était pas dans la nature de ce noble instrument si regrettable ment abandonné.

Un autre jour, nous espérons donner un coup d'neil aux exposants étrangers de la même classe : ils ne doivent pas être à dédaigner non plus ceux qui ont fourni leurs armes chantantes aux musiques richement timbrées que l'Allemagne, la Hollande, la Belgique avaient envoyées pour rivaliser à Paris avec les nôtres.

Prosper Pascal.

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