I-X. — GHRONIUUE
Paris, 2 septembre.
« Chaque chose a son temps, >, dit la sa gesse des nations : et l'Exposition comme toutes les choses de ce monde, a ses inter mittences de succès.
Il y eut bien des critiques préventives, avant l'ouverture du 1" avril, — On aurait dû faire ceci; on n'a pas fait cela : que sai. je ce qu'on ne reprochait pas par avance à la Commission impériale?
Toute cette malveillance s'abattit bien vite devant le succès éclatant, inouï, qu'obtint, dès le premier jour, l'Exposition ouverte
On pouvait croire alors en avoir fini avec les critiques. Mais, ne pouvant s'en prendre à l'œuvre, on s'en prit à l'administration. (I Est-ce que la Commission impériale n'est pas responsable du succès ou du revers des concessions qu'elle a accordées? Et comment les a-t-elle accordées, et à quelles conditions et à quel titre?)) Voilà ce qu'on se demande; et le procès des chaises, ce litige infime prend les proportions d'un événement
Le mois de juin était venu avec son cor tége de souverains. Paris à ce moment était enivré de fêtes et rassasié de prodigalités II y avait un entraînement général de dépenses, qu'on ne reverra plus sans doute. Le cortège des souverains ayant défilé, Paris change aussitôt d'aspect; et comme la qualité des arrivants et des visiteurs a changé, on s'écrie aussitôt : « Le succès de l'Expbsi tion est épuisé. )>
Eh non ! le nombre des visiteurs au Champ de Mars est toujours le même, sinon plus considérable. Seulemeot, ce n'est plus le même monde. Au lieu d'un souverain qui
nous arrive d'un pays étranger, c'est une légion d'ouvriers qui le remplace. Le Dot des arrivages monte toujours, mais il n'est plus aussi bruyant : c'est la grande marée, — moins le mascaret.
Beaucoup de journaux consacrés à l'Exposition avaient poussé avec les feuilles du printemps : ces feuilles printanières tombent une à une avant l'automne. — « Voilà la preuve, s'écrie-t-on en voyant ces chutes de feuilles prématurées, voilà la preuve que l'intérêt provoqué par l'Exposition est tout à lait éteint. » — Eh non 1 il n'est pas éteint .- seulement, au lieu de s'éparpiller, il se concentre; et nous n'en voulons d'autre preuve que le succès toujours égal de notre publication.
« Comme toutes les choses humaines, avons-nous dit, l'Exposition a ses intermittences de succès; » et nous aurions dû ajouter que beaucoup de choses sur lesquelles on avait compté au Champ de Mars, ont échoué, tandis que d'autres ont réussi sur lesquelles on n'avait pas compté.
On avait compté sur la grande clientèle du Cercle international; et c'est la musique viennoise, sur laquelleon n'avait pas compté, qui l'a sauvé, du moins jusqu'ici.
On avait également compté sur le mérite des artistes, et sur le concours de la clientèle étrangère pour le succès du Théâtre international. Il est obligé de fermer sur ces espérances trompées : ce sont des bateleurs arabes qui le rouvrent, avec une clientèle de tout venant.
Notre honoré collègue, M. Benoît-Champy, avait prodigué son temps, ses relations et son influence pour animer le bassin d'Iéna avec des joutes sur l'eau et avec l'étalage de tous les spécimens de navigation du globe. — C'eût été un spectacle féerique parles soirées d'été, si une entreprise privée avait pu faire quelques frais d'illumination, dont la Commission impériale n'a sans doute pas voulu se charger. Aussi, la berge do la Seine où évoluent pourtant à toute minute les bateaux à vapeur, fût restée vide, malgré les expériences curieuses qu'on y prodigue, si quelques canons tard venus et la machine du Friediand ne s'étaient chargés de l'approvisionner de visiteurs.
Qui nous aurait dit que le jury international serait taxé d'incompétence par des exposants incompris, lorsqu'il avait été choisi parmi les 500 membres des comités d'admission, lesquels avaient sacrifié deux ans de travail assidu à étudier et à classer les produits exposés? Cela est ainsi pourtant. On exagère les erreurs commises : on méconnaît les services rendus.
Eh I quel est l'homme ou la chose qui n'ait pas été victime, à un jour donné, des injustices du moment? Il faut savoir réagir contre ces égarements passagers ; et attendre avec résignation le jour de la vérité, qui ne change pas.
Demandez aujourd'hui à n'importe quel
visiteur ce qu'il pense de l'Exposition. S'il vous répond qu'elle est splendide, soyez assuré que c'est une formule banale et acceptée qu'il débite, mais qu'au fond il est plus abasourdi qu'ébloui. Il y vient pourtant, et il y reviendra, jusqu'à ce que, l'Exposition étant fermée, elle se redresse dans son esprit comme un mirage éclatant dont le reflet illuminera éternellement son souvenir. Les merveilles qu'il aura le moins remarquées surgiront l'une après l'autre devant lui ; il aspirera alors à les revoir, comme il les a vues : il ne
sera plus temps, l'Exposition sera close à jamais.
« Qu'est-ce qui vous a le plus frappé à l'Exposition, demandai-je à un parent de province? — Tout. — Mais encore? — Toit ! » Cela veut dire qu'il avait tout admiré, sans rien distinguer.
Cependant si, retourné à son département, quelqu'un lui demande s'iln'apas remarqué, par exemple, soit la classe des joailliers et orfèvres, soit la classe des céramiques, soit les cristaux, soit les bronzes, ou bien l'hor-
loge du R. P. Secchi, ou bien le pétrin mécanique dans le Parc, ou bien le matériel des secours aux blessés militaires, ou une des mille choses admirables ou surprenantes de l'Exposition, il se souviendra aussitôt et s'écriera : Ah ! oïù, cest beau !
Nous en sommes tous là, plus ou moins. On est entraîné à revoir après avoir vu. Les impressions sont puissantes, mais confuses: il faut le temps de les classer dans son esprit, et dofos digérer à mesure, si l'on nous permet cette métaphore triviale.
INSTRUAIENTS A VENT. — Vitrine de M. Gaulrot (Médaille d'argent).
Mais on veut voir, et puis revoir. C'est un attrait invincible; et nous y passerons tous, et toute la France y passera, et toute l'Europe aussi, tant chacun est instinctivement dominé par cette idée qu'on ne reverra jamais plus le spectacle unique dont le Champ de Mars est le théâtre.
Vous dites que l'attrait de l'Exposition est épuisé? — Demandez donc cela à tous les trains de plaisir que les chemins de fer dégorgent incessamment sur Paris. La compagnie d'Orléans, la ligne de l'intérieur par excellence, en est à son trente-sixième train depuis le mois de juillet.
Il est vrai que cette population ne con-
somme pas chèrement; et c'est sans doute là ce qui fait regretter à Paris sa clientèle de visiteurs du mois de juin. La fontaine de l'eau de la Dhuis, qui coule sous le portique Saint-Dominique, fait plus de tort à la brasserie de Strasbourg, sa voisine, que le procès des chaises, .le n'en disconviens pas : mais cette abstinence même des visiteurs ne prouve-t-elle pas que, du haut en bas de l'échelle, tout le monde s'est serré les flancs pour se donner le luxe d'un voyage à l'Exposition?
(t Mais si tout le monde voyage, va-t-on encore nous dire, qui donc travaille pendant ce voyage universel? » — Eh! mon
Dieu ! il y a temps pourt t; et, s'il faut un jour de repos dans la sern -ine, ne faut-il pas une année de fête dans le siècle? Si ce voyage universel épuisait la France, nous ne verrions pas tant de resscurces, hélas! inactivps.
Tout le monde gagne à s'instruire et à se souvenir. Qui nous dit que 18G7, cette année de la dissipation, ne sera pas l'année du siècle, féconde par excellence?
Et pour finir par une prophétie qui se réalisera infailliblement, — on ne jugera bien l'Exposition universelle que lorsqu'on ne la verra plus.
Fr. DcctiiHG.
Administration, rne de Bichelien, 106. - «EKTli, éditeur, eoierle du P alais .Boyal.
ON S'ABOMBE PAR l'eHVOI D'UN MAKDAT DE POSTE A l'oEDRE DE M. L. GUEIMARD, ADMimSTRATEUR.
im VElfTE : le premier volume, composé de trente lioraisons, eiuec titre et table des matières. — Prix iirochè : pour Paru, 13 fr.:
pour les départements, fr.
iTlprimHlio fï^nérale de Ch. Labiiro. rue de Fleurua, 9, a p.irii.
LEXPOSÎTIOM IIIVIVERSEIIE
AQUARIUM DÏAU DE MEli. - Ue^sin de M. Gaildn
Vul. II.
L'Aquarium d'tau de mer.
On a beaucoup blai/ué — passez-moi le mot
— l'aquaiium marin qui avait le tort irrémédiable pour nos esprits mobiles de n'être pas terminé le premier. On a beaucoup exalté à ses dépens l'aquarium d'eau douce, son voisin et son rival en célébrité; puis, un beau jour — tard il est vrai — lameretles poissons sont venus ! ^laintenant, le public ne dit plus rien,.. . il admire, et c'est ce qu'il a de mieux à faire.
L'aspect vraiment grandiose, imposant et inattendu de celte constiuction — dont on ne soupçonne pas au premierabord l'importance
— frappe vivement l'esprit des visiteurs.
Il ne faut pas craindre de dire quelquefois la vérité en passant. Nous sommes, nous autres Français, tous un peu Gascons — j'allais dire bâbleui-é. — Aussi je fermais, avant d'avoir vu, l'oreille aux bruits des sommes plus ou moins rondes auxquelles on évaluait la construction de ce remarquable édifice. Ma foi! maintenant que j'ai vu, je ne m'étonne plus de rien : auprès de l'aquarium d'eau douce, celui-ci est comme une cathédrale avec sa crypte auprès d'une jolie chapelle. Tous les deux sont des grottes creusées ou percées dans les rochers; mais les données premières de ces constructions sont absolument différentes, et après avoir rendu justice aux excellentes dispositions du premier, nous ne pouvons éviter de dire que celles du second sont beaucoup plus hardies et moins connues. Il y a, entre les deux, des pas immenses accomplis.
En arrivant dins le Jardin réservé par la porte principale, vous apercevez un peu sur votre gauche la sombre ouverture d'une caverne. C'est l'aquarium marin qui est là. A droite, à gauche, devant vous des stalactites ou stalagmites, descendant des voûtes ou remontant du soi : disons- le tout de suite : on a trop abusé de ce genre de décorations à l'aquarium marin, ce qui a produit le papiUotage et la monotonie : mais c'est là une bien légère critique en l'ace du grandiose de la conceptioj générale.
Une fois entré dans cette caverne — notons en passant que c'est la sortie de l'édifice et qu'il se présente à l'envers aux visiteurs venant du point que nous avons choisi — ^vous voulez naturellement regarder dans les bacs qui vous entourent, mais vous vous retirez aussitôt désappointé, car vous n'y voyez rien que l'eau qui fait miroir et vous renvoie votre propre image ! Se voir ne manque pas d'agrément, pour les jolies femmes surtout, mais ce n'est pas ce spectacle que l'on est venu chercher à l'aquarium marin; aussi se retourne-t-on désappointé, pestant et maugréant contre cet aquarium dans lequel on ne voit rien !
On avise alors dans un coin sombre et tranquille un sergent de ville ou un munici- ])al et, à cô!é de lui, des degrés qui s'enfoncent dans le soi;... naturellement, on y court,... mais le gardien impassible vous avertit que vous faites complètement fausse route et vous engage à ressortir de céans et à trouver une autre entrée qui est la bonne. Très-bien 1 Vous ressortez, pas mal de voyageurs escaladent les rochers à la recherche de cette entrée et s'égarant parmi les tentes et les kiosques, ne trouvent qu'au bout de quelques heures de recherches assidues — Un bon nombre y renoncent et vont admirer les géraniums et les pétunias au lieu de marcher à la découverte de la bonne entrée. On aurait dû PC souvenir du fameux fil d'Ariane et le leur tendre sous la forme d'un tienl-main qui les eût guidés.
Heureusement, nous sommes plus avisés que cela et nous pensons bien que l'entrée d'un aquarium souterrain ne se fait pas par le sommet des roche! s; aussi, suivons-nous prosaïquement leur base et nous arrivons à un petit lac creusé dans le bitume, et rempli d'une eau rousse plus croupissante que réjouissante à la vue. A ce propos, ne serait-il pas possible de modllier cet état de choses et remplir ce lac d'une eau limpide? Ce ferait le cas d'y mettre quelque grand poisson de nos mers et de le prier instamment d'y rester. Nous Ignorons — ou plutôt nous voulons avoir l'air d'ignorer — s'il y resterait, mais ce que nous devons dire — car il faut la vérité en tout — c'est que l'aspect de l'eau actuelle est glacial et sans viel Une tente multicolore abrite cependant lesondes, mais ne suffitpas; et d'ailleurs la cascatelle qui devait remuer cette eau, en la déversant du lac dans le ruisseau, ne marche pas.
Il y a là quelque chose à faire. Or, ces réflexions faites, et satisfait en vous-même de votre érudition et de votre critique, — cela fait toujours plaisir de critiquer, naturellement, on se trouve beaucoup plus fort que celui que l'on critique, — vous arrivez, derrière vous, dans une grotte spacieuse, s'ouvrant sous des colonnes de pétrification, où les pendentifs abondent et qui forme le proscenium du temple des poissons. Ici se renouvelle la scène de la première entrée : glaces enchâssées dans les rochers de tous côtés, eau derrière, poissons ;... on approche, on se volt, ... ce n'est pas pour cela qu'on est venu, on se recule, on revient, on se penche et, avec bien de la peine, on finit par apercevoir vaguement quelques crabes, quelques actinies accrochées aux rochers.
Déception.
Mais non! — Voici, là-bas, de nouveaux degrés qui se perdent dans le sol. Essayons de cette descente — nota beiiè qu'il est défendu de fumer dans ce réduit souterrain. — Nous voilà partis pour les profondeurs de la mer. Quinze à vingt marches à descendre et nous nous trouvons dans une grotte souter-
raine. La voûte est soutenue par de forts piliers naturels, les stalactites pendent de toutes parts, l'eau suinte goutte à goutte des rochers et clapote dans des plis du terrain. Nous tournons, point d'issue, sommes-nous donc prisonniers dans les domaines de l'eau? A cela ])rès d'une odeur très-prononcée de ciment humide — odeur que la fumée du cigare n'eût fait que corriger — la promenade est facile et agréable à la pale lueur de globes dépolis suspendus à la voûte ou cachés derrière des anfractuosités, ni plus ni moins que dans un décor d'opéra ou une scène d'apothéose d'une Biche au bois quelconque.
0 bonheur ! Au détour d'un pilier une vole se présente à nos yeux. C'est un escalier qui remonte à la surface du sol... Nous ressortirons par la première grotte et nous irons humer un air plus frais sous les arbres qui devraient se trouver dans un jardin réservé.
Noua montons —
Ici se présente le plus bel effet de l'aquarium marin, effet qui, à lui seul, vaut toutes les autres merveilles. Au moment où vous croyez revoir le ciel bleu, vous émergez dans les domaines de l'eau. Vous sortez de terre au centre d'une salle oblongue — toujours en rochers bien entendu — dont toutes les parois en glaces sont des murailles d'eau de mer. Tout autour de vous est la mer sous une épaisseur énorme de 1 à 2 mètres : au-dessus de votre tête l'eau,., partout des êtres marins qui vivent, glissent et jouent silencieusement comme des fantômes.
Soutenu par quatre piliers de pierre, rien n'est plus curieux que ce plafond d'eau et de glaces au-dessus desquelles vous voyez glisser les hôtes de la mer. Et si vous voua approchez des parois de la salle, vous en avez pour des heures à voir seulement — sans les étudier — les habitants de 22 bacs séparés de vous par les 8 glaces qui forment comme autant de tableaux animés.
Voici' les chiens de mer gris et mouchetés qui glissent sournoisement au milieu des roches et vous regardent de leurs grands yeux obliques, rappelant ceux des antiques peintures de l'Égypte. A côté d'eux, des raies semblables à des cerfs-volants, sans ficelle, volent dans l'eau près de la'surface et vont, ondulant leurs grandes nageoires comme des rames obéissantes et laissant pendre inerte leur longue queue épineuse derrière elles. C'est que chez ces poissons, curieux à plus d'un titre, la queue n'est point un gouvernail comme chez les autres espèces; elle est une arme et une arme redoutable. Arrêtons-nous devant cette bande de mulets argentés à la robe rayée en long : les voyez-vous se pourchasser en plongeant au plus profond de leurs bacs? A côté de la vie active, sans cesse en mouvement, nous contemplons la vie végétative, celte curieuse spécialité de la mer! Voici des prairies d'actinies — les anémones des rochers immergés — il y en a de toutes forme s et de toutes couleurs ; là des sociétés de crabes
de langoustes^ des tribus de congres à la HIC Iji'utale, des détachements de cbabotsou ables de mer, qui viennent en cabriolant ag-
I 'ès du verre vous regarder de leurs gros ■ux vitreux et vous montrer leurs cimiers ;coupés et bizarres. Puis des liuîtres, puis ;s moules, des ccquilles variées, et ici se ace une critique — car enfin il faut bien un ■u de critique en tout, e'estle sel nécessaire; est plutôt le poivre qui relève l'assaisounei«nt des éloges mérités — une critique donc.
II Pourquoi ne pas avoir rempli les bacs de lanles marines? Sont-elles donc rares? Hés! tout le monde sait le contraire. Pourquoi s rochers de ciment romain, quand il était facile de faire venir un bateau de pierres uverles de leur parure d'algues, et reiêtues
leurs prairies de varechs naturels? Pournoi n'avons-nous pas sous les yeux ces lanles si belles, des rouges, des jaunes, des fies, en queue de paon, en balais, en feuilles laitue, en longs fils ou en laTges feuilles iloiuires? Où sont-elles ces belles parures la cote?
Ilélas ! Elles seraient encore bien plus iréables aux poissons qu'aux spectateurs, lis, dira-t-on, les féconds ne verront plus i pi emiers. Erreur. Le poisson aime ses rentes ordinaires, mais, à quelques excepns près, il sortde ses cachettes plus souvent un ne pense. Quant aux espèces nocturnes, , si pour celles-là, si l'on veut les voir, qu'il ilit retirer les abris : le congre est de ce imbïe. Mais il est, heureusement, un des us rustiques et l'un de ceux qui prend le leux son parti de la captivité.
:l.La lacune que nous signalons peut être i'8-facilement comblée, et l'aspect de la salle iérieure n'en sera que plus féerique. Elle s si frappante d'ailleurs que vous n'entendez l'une voix parmi les visiteurs : « Pourquoi tit-il qu'une si belle chose s'efface une fois Imposition terminée? » Et cela est vrai, iidiûé dans le sens que nous avons indiqué, . aquarium peut devenir une des plus landes sources d'atlraetion de Paris et — lus ne voulons pas omettre de le dire — il lait beau voir le Jardin des PJantes s'emrer d'une œuvre semblable, la transporter ins ses tranquilles massifs, la cacher quelîe part et en faire son plus beau joyau, imbien d'études et d'observations curieuses meuves y prendraient chaque jour naissance as les yeux de la science 1 Hélas! trois fois las ! le fera-t-on ?
H. DE La Blaxcuère.
Les poids, mesures et monnaies.
AAmi lecteur, ne vous laissez pas rebuter rr l'aridité du tilrc ipii précède. Je ne prenliii pas la question d'aussi haut ^ue le Con-
grès international présidé par S. A. 1. le prince Napoléon, et je n'ai pas non plus voix délibérante en ces matières comme la conférence diplomatique dont je m'étonne de ne pas voir encore le rapport publié. Il m'a toujours paru peu enviable de remuer l'eau limpide pour démontrer que la vase est au fond. Il s'en est peu fallu que laquestion du double étalon, or et argent, soulevée par notre éminent collègue, M. Wolowski, aussi intrépidementques'il avait parlé au sein de laDièle de Varsovie, au péril de sa vie, ne divisât le Congrès en deux, comme autrefois la double formule du baptême divisa la catholicité en Église d'Occident et en Église d'Orient.
Pour échapper à tout schisme économique, évitons de compliquer la question despoidf, mesures et monnaies, et parlons-en comme un simple mortel. Mon ambition est de la mettre aux pieds des dames, non, bien entendu, sous la forme risquée de la pluie d'or de Danaé.
Remarquons, comme préambule, que tous les peuples ont le même système de numération. Les mois cent, dix, «n, existent dans toutes les langues, et signifient partout le même nombre. Cenl est partout la centième partie de un, ou biea le centuple de l'unité.
-Mais ofi est l'unité, et sur quelle base estelle fondée? C'est précisément là que les différences commencent. Sans même se reporter aux différentes façons d'interpréter l'unité dans les divers pays, n'est-il pas- vrai, que même chez nous, notre manière de mesurer le temps, diffère de celle par laquelle nous mesurons l'espace?
Le seul moyen de repi«senter Vunile par une mesure qui soit la même pour tous les peuples, c'est de demander cette mesure à la science, dont les décrets ne peuvent être interprétés diversement.
La Convention, qui a fait si violemment de si grandes choses, avait fait appel aux savants du monde entier pour régler cette question capitale de Vunilé, d'après les données de la science. A cause des circonstances, son appel ne fut pas entendu partout; mais ce qu'il y a de significatif, c'est que la délibération d'où sortit le système métrique fut rédigée par un savant étranger.
Le mitre, qui devait servir de mesurecommune aux surfaces, aux longueurs, aux poids et aux volumes, fut calculé sur le méridien, avec des divisions égales et des multiples égaux.
On a reproché au mètre français de n'être pas calculé assez exactement. Soit I qu'on cherche une mesure plus adéquate au méridien : mais une approximation plus infinitésimale ne changera rien aux données scientifiques du système métrique, le seul qui ne prête pas, comme on dit, aux à peu près.
Le système métrique, sous la garantie infaillible du calcul mathématique, donne à
tous les peuples le moyen de spécifier rîini'/c d'une manière invariable.
Si le système métrique n'a pas été, une fois découvert, instantanément et universellement adopté, c'est qu'il est abstrait, précisément parce qu'il est infaillible; et nous-mêmes qui l'avons adopté comme officiel et partant obligatoire, nous n'avons pu le faire pénétrer comme mesure du temps, année, jours et heures.
Le système métrique a pour conséquence forcée le système décimal, autre abstraction qui complète la première,
Calculci' l'année par mois, par semaines, par jours et par heures n'a rien de scientifique, et pourtarit cette manière de compter est universellement adoptée, parce qu'elle date de loin et qu'elle a eu le temps de se concréter, pour ainsi dire.
C'est là, sur le système décimal, l'avantage du système duodécimal, qui est pourtant plus embrouillé, moins fractionnaire et moins multiple d'après les données exactes de la science.
Mesurer un champ par acre, arpent ou joitrncil est une chose bien plus accessible à l'imagination, quoique plus incertaine et moins précise, que de le mesurer par hectare, par are et par centiare. Seulement, suivant la localité, l'acre, l'arpent et le journal mesurent des surfaces différentes sur lesque'lles il est toujours difficile, sinon impossible de s'entendre.
Mesurer une étendue par mille, par mrsie ou par lieue est une chose qui répond à des habitudes locales, mais qui n'aboutit à rien de précis. Cette chose, concrète pour nous, que nous nommons la lieue, est aussi inintelligible aux Russes, comme étendue, que la verste l'est pour nous.
Mais lorsque vous présentez une mesure d'étendue calculée scientifiquement à l'unité, divisible et multiplicable d'après ces données, personne ne peut te méprendre sur la fraction d'étendue mesurée : c'est le melre, avec ses divisions de centimètre et de millimètre et son multiplicateur le kilomètre.
De même pour la mesure de longueur.
Calculer par pied, par coudée ou par pas présente une idée concrète à l'esprit : la première mesure est figurée par le pied de l'homme, la seconde par son avant-bras, la troisième par l'enjambée moyenne. C'est la méthode naturelle; mais ce n'est pas la méthode scientifique. Lorsque vous aurez compté plusieurs pieds, plusieurs pas, plusieurs coudées, vous n'aurez aucune base de calcul certaine : la confusion arrive dans la nombre, pris en dehors des données scientifiques. Avec le mètre, au contraire, vous pouvez calculer la longueur dans sa plus grande étendue et dans ses fractions les plus infinitésimales, sans que l'erreur soit possible, sans que la donnée soit même discutable.
Un mètre est la même chose pour tout le monde; un pied ou une coudée peuvent varier
L'KXFOSITION UNIVERSELLE DE 1 867 ILLUSTREE.
d'une contrée à l'autre, lors même que ces mesures changeunles seraient soumises au calcul décimal, unité, dizaine et centaine.
Toute chose négociable a son étalon de valeur d'après son poids, sa surface, son étendue ou son volume : de- ces qualités différentes, tantùt c'est l'une, tantôt c'est l'autre qui sert de base d'appréciation. Pour que personne ne puisse se méprendre sur cette base, il est nécessaire de la formuler en un terme invariable, le même pour tous, qui assure la sincérité des transactions et la loyauté des marchés.
J'achète une certaine quantité de poudre d'or, dont le poids est spécifié d'après une
mesure particulière au pays de provenance. Je puis être trompé ou me tromper, tandis que si je compte par grammes et si cette donnée est acceptée par mon vendeur, l'erreur n'est possible de côté ni d'autre, et toute cause de contestation disparaît.
Nous n'avons certes pas en France les moyens les plus perfectionnés de mesurage. Les Japonais, comme on peut le voir au pavillon du Jardin central, font leurs mesures en longueur sur des côtes de bambou dont la courbure naturelle et le vernis inattaquable sont bien préférables à nos biseaux et à notre vernis artiQciels. Leurs divisions de longueur paraissent, d'ailleurs, aussi précises que les
nôtres. De même, les Américains , pour les fractions de gramme, remplacent les feuilles de platine, dont les caractères sont presque toujours illisibles, par des fils polygonesdoot le nombre de côtés indique le chiffre exact du poids. C'est là, par parenthèse, une très-heureuse invention qui a une réelle utilité pour les pesées chimiques, pharmaceutiques, etc.
iVIais si nous n'avons pas les moyens les plus perfectionnés de mesurage, nous avons non pas seulement le meilleur système de mesures, mais le seul bon.
On remarquera que nous n'avons pas dit jusqu'ici un seul mot des monnaies, ce que nous pardonneront peut-être difficilement le
VITRINE DU PAVILLON DES MONNAIES. — Dessin de M. \', eber.
Congrès inlernalional et la Conférence diplomatique, qui s'en sont tant occupés, — inutilement à mon Ivis. En effet, l'unité monétaire est une fausse piste qui a détourné de la véritable et seule question, qui est l'adoption par tous les peuples du système métrique.
L'unité des poids et mesures entraînera forcément non pas l'unité des monnaies, parfaitement inutile, mais leur parité de poids et de titre pour valeur égale réglée d'après les bases inlailliblea du système métrique, ce qui est l'essentiel.
Peu m'importe que l'unité monétaire soit calculée ici en or, là en argent, et qu'elle soit exprimée ici par 20, là par 25 : pourvu que je sache, à ne pouvoir m'y méprendre, que telle pièce contiinl tant de millièmes de fin
et qu'elle pèse tant de grammes, elle aura la même valeur en tout lieu, que la monnaie soit en or ou en argent. Jesuislàché d'aboutir à cette conclusion pour les inventeurs du double étalon et pour les pêcheurs en eau trouble du change.
Qu'on me donne le système métrique universellement adopté, avec son corollaire forcé, le système décimal, et je me charge bien, sans autre discussion, d'y faire entrer les monnaies, qui sont la mesure évaluante de tous les produits mesurables. Comme toutes les autres valeurs, les monnaies régleront leur poids et leur titre, quels qu'ils soient, en nombres ronds : cela me suffit.
Si vous m'avez fait, mesdames, l'honneur de lire ce qui précède, vous serez do force à
lutter avec tous les économistes du Congrès et tous les diplomates de la. Conférence, dont les réunions recommenceront au mois d'octobre.
Mais pour qu'il soit bien prouvé aux yeux que l'unité monétaire est une fiction dont l'unité des poids et mesures est la réalité, j'ai fait graver les trois tranches de l'exposition des monnaies correspondantes aux trois pays les plus dissemblables de mœurs, d'usages et d'habitudes de calcul, la France, l'Angleterre et la Chine. Faites-nous, s'il vous plaît, la grâce de nous dire quelles différences vous apercevez entre ces trois exhibitions monétaires, exactement dessinées?
• l'a. DucciiVG.
wai
L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 18f.7 ILLUSTRÉE.
La rue de Paris.
Ceci ost la rue (les merveilles : nous en avons parlé dos le début ; nous en reparlerons encord; le sujet est inépuisable. Elle forme la voie principale du petit axe, du côté de la France, entre le quatrième et le cinquième secteur.
En entrant par le Jardin central, en face le pavillon des monnaies, nous pénétrons d'-abord dans un salon qu'on pourrait nommer le salon de Napoléon I", car ses bustes de tout âtje et de toute dimension en forment l'ornement principil. Au centre, est une belle slalu-i ornementée du législateur des codes, que nous serons bien obligé de reproduire et d'interpréter, à cause de l'importance du sujet et de 1 œuvre. ,Ie ne sais par quel anaclironisme i^alant s'est glissée là une remarquable statue de Mlle Mars, qui vaut également la peine d'être reproduile.
Le< quatre parois du salon sont occupées par les tableaux en tarsia de marbre du baron de TriquetU. On ne peut refuser à ce curieux travail le mérite de la nouveauté. Rien n'est nouveau dans les détails ; ce sont des mosaïques en dessins : tout est original dans l'ensemble. Ces tableaux en marqueterie de marbre ont été commandés par la reine Victoria pour le tombeau du prince Albert; ils n'en seront pas le moins bel ornement.
En face de nous est l'horloge de M. Paul Garnier, figurée dans notre dessin d'ensemble, comme point de repère. Nous voudrions pouvoir en décrire l'ingénieux mécanisme; le temps nous presse, passons.
Adroite et à gauche de l'horloge, est la galerie de la musique et des piatios. Malgré le bruit qu'on fait ailleurs, c'est là que se pressent les vrais dilettanti, pourvu qu'un artiste de talent fasse des expériences de clavier.
.Vvançons: nous sommes en présence de la vitrine de M. Charles Lepec. C'est une collection d'émaux d'art, autant de chefsd'œuvre. On pourra discuter le plus ou moins de goût qui a présidé à la confection de ces émaux, mais la beauté du travail est incomparable. Jamais on n'a mieux fait dans le pitsé. C'est un honneur pour la France de produire de si belles choses, de nos jours où il n'y a plus de marchands-rois pour les inspirer et les payer ce qu'elles valent.
Nous parlons de merveilles ! Voici à droite les manufactures impériales de Sèvres, Gobelins et Beauvais. Le crayon inimitable de M. Lancelotvous les reproduira, cher lecteur, comme il vous a reproduit déjà l'exposition resplendissante de Baccarat, qui est à gauche. Je ne veux pas enlever à l'un de mes collaborateurs le plaisir orgueilleux de vous parler de Sèvrf s, des Gobelins et de Beauvais.
Entre, ces deux expositions, de tous points
incomparables, on trouve, en profil sur la rue, les glaces de Saint-Gobain, l'une avec tain, l'autre sans tain.
Nous avons dit que le passé n'avait rien à nous opposer de plus parfait comme travail que les émaux d'art de M. Ch. Lepec; nous pouvons ajouter que les glaces de Venise, dont on admire les teintes verdâtros et les biseaux profonds, n'ont rien de comparable aux glaces de Saint-Gobain. Y a-t-il un seul palais deVenise, qu'une seule glace occupe de haut en bas, à près de 7 mètres d'élévation'.' Y a-t-il une seu'e villa Lombarde, qui ait une baie assez large et assez haute, s'ouvrant sur des parcs féeriques, qu'une glace de Saint- Gobain ne puisse rendre transparente, en formant une barrière invisible à l'air extérieur'? A l'entrée du vestibule, est-ce que les yeux trompés ont vu l'obstacle que les glaces de Saint-Gobain opposaient au passage d'une allée à l'autre '?
l'établissement de SAINT-GOBAIN.
Peut-être ne retrouverons-nous plus l'occasion de parler de Saint-Gobain : profitons de celle-ci.
L'établissement de Saint-Gobain date de loin. Il est l'œuvre de Colbert qui fonda, en 16(15, la manufacture royale des glaces. Ce Colbcrl, quoique ancien, avait du bon : en même temps que Saint-Gobain, il fondait l'Académie des sciences, un autre établissement qui n'a pas manqué d'éclat. Je ne crois pas que les fameuses ordonnances de Colbert soient tout à fait conformes aux princi pes de libre échange; cependant le libre échange n'a pu encore tout à fait les remplacer.
Quoi qu'il en soit, Saint-Gobain a toujours profité de son cousinage avec l'Académie des sciences; et nous ne connaissons pas un établissement qui ait plus que celui-ci laissé la porte ouverle à tous les progrès.
En 1845, on regarda comme un prodige, à l'Exposition de Vienne, qu'une verrerie de Bohême eût exposé une glace soufflée de 2 "' 1U de hauteur sur 1"' 10 de largeur, laquelle avait exigé le maniement en plein feu d'une masse vitrifiée de plus de cent kilogrammes.
Voici les dimensions des glaces qu'expose aujourd'hui Saint-Gobain au Champ de Mars :
VciuiU (le Su]icriîcie.
Saint-Gobain 1 glace en blanc de 5"93 X 3"64 2I"'58
Cirey . . . 1 ~ — 6"56 X 3-25 21"'19
Saint-Gobain 1 glace élamée de b^lO X 3"'68 21'»71
Que vous semble de ces dimensions? Quel est le palais de géant dont les glaces de cette superficie ne pourraient fermer les baies '!
Comment est-on arrivé à rendre le verre à ce point ductile, en lui conservant une pureté sans tache et une transparence sans dé-
faut? Je vous ai dit que Saint-Gobain avait été tenu sur les mêmes fonds baptismaux que l'Académie des sciences ; il a donc mis à profit tous les privilèges de cette parenté. D'abord, la mécanique a été mise en réquisition pour le coulage et le laminage des glaces; en même tempsla chimie est intervenue pour ■ épurer la matière vilrifiable par l'emploi du sulfate de soude. En outre, une invention de MM. Siémens, justement récompensée en 18(17, a permis de substituer au charbon et au bois, pour la fonte, le four à gaz et à chaleur régénérée. Et dans le même temps que les opérations mécaniques et chimiques employées au traitement du verre étaient perfectionnées, on trouvait moyen de substituer l'argent au mercure pour l'étamage.
A ceux qui voudraient de plus amples renseignements que je ne puis leur donner ici, je recommande la lecture d'un livre fort intéressant de M. A. Cochin, de l'Institut, sur la manufacture de Siint-Gobain depuis sa fondation en 1(3Go jusqu'en 1865. On y verra comment cet établissement modèle s'est agrandi en même temps que perfectionné, et comment il a jeté ses branches à Chauny, à Cirey, etjusqu'en Allemagne, à Manheim.
A mesure qu'il perfectionnait ses moyens de fabrication, Saint-Gobain améliorait la condition de ses ouvriers. Et si nous no craignions de donner des remords au jury spécial pour le nouvel ordre des récompenses, nous montrerions ce qu'a fait Saint-(.iobainpourdévelopper la bonne harmonie entre ceux qui travaillent et ceux qui font travailler.
Je n'ai voulu ici que tirer une révérence devant les beaux produits exposés par cet établissement.
D'autres sujets nous réclament.
Avançons encore. Avant la vitrine de M. Lepec, nous rencontrons la vitrine de M. Rudolphi. Il y a chez cet exposant un effort considérable à remonter vers le passé, en fait de joaillerie artistique. L'elîorl y est; le triomphe pas encore.
Après la vitrine centrale de M. Ch. Lepec, nous trouvons la vitrineà coraux de M. Herbet. Je ne sais pas si M. Ilerbet s'est inspiré de l'art des Napolitains à sertir les coraux, mais il a bien déguisé son apprentissage; dans tous les cas, nous ne savions pas qu'une parure de corail pût arriver au degré de charme où il l'a portée.
L'alyminium est un métal tout nouveau, — sorti de terre, c'est le cas de le dire. Au contraire de l'or qui se distingue par sa pesanteur non moins que par sa pureté, l'aluminium vaut par sa légèreté. Figurez-vous qu'une actrice, ayant à porter sur la scène une armure complète, probablement dans une pièce tirée du Tasse, avait renoncé à son rôle, lorsqu'on lui apporta une armure d'à luminium qui ne pesait pas dix livres. L'aluminium est froid à l'œil; mais il se prête à tout, aux bijoux, aux ostensoirs, à tous les
îtifs d'art et d'ornement. M. Paul Morin l'a en prouvé dans les deux vitrines qu il ocipe au milieu de la rue de Paris.
.L'exposition des armuriers est à droite. Si us désirez entendre parler du fusil Chassot et des ravages qu'il prépare, il faut enîr là : nous vous en dirons des nouvelles i autre jour.
J'aime mieux parcourir le double salon des ierics de Lyon, qui se trouve en face. Jlais, ' encore, je rencontre un sujet réservé, et ;'on ne peut point aborder au courant de la Lime.
L'existence de l'agglomération lyonnaise, tant que ville, est devenue un lourd pro ime. Le travail de la soie s'est, pour ainsi extra asé dans les campagnes. L'ouvrier onnais proprement dit, le canut, est obligé i tout payer plus cher que son concurrent Isti que. 11 paye la dîme à l'octroi ; sa femme ses enfants sont obligés d'être à peu près 3n vêtus. Lui-même ne peut, après sa joure de travail, se passer de distractions. Il [couche exténué, et se lève tard par conquent; tandis que le tisseur de campagne debout à cinq heures du matin, parfaiteînt dispos, s'étant couché à la nuit tomule. Les enfants et la femme de celui-ci nt à peine vêtus : l'absence de distractions pprime la dépense, et provoque, par cela 3me, l'offre du travail au rabais.
[11 est vrai que, à défaut de l'uni, il reste à uvrier de la ville le façonné et le broché, I soieries riches. Mais le façonné et le broé sont passés de mode, étant trop chers j l'étranger, à l'exemple de Paris, sacrifie a confection. Les frais d'un montage de ;tier sont, d'ailleurs, considérables, et ne Hent pas, tandis que les ressources de la mniande diminuent. C'est là, j'ose le dire, e situation pleine d'angoisses pour l'ouer de Lyon.
iDans le courant qui l'entraîne, une seule anche de salut lui reste ; c'est le façonnage ur les étoffes d'ameublement. Là, il est sans al, lantque leluxe se maintient; et comme l'orme des apprentis pour ce travail, essenllement professionnel, cela lui est uneresarce.
Mais quoi! les fortunes s'émiettent; etdes leublements en soie damassée, on passe 30 l'émieltement aux cotonnades peintes de Ilhouse, presque aussi resplendissantes que isoie, plus vite fanées fans doute, mais lucoup moins coûteuses d'acquisition preère.
Ce n'est donc pas sans un certain serremtde cœur que nous admirons toutes les irveilles prodiguées par l'industrie lyonise ! « Quoi ! me disais-je, cet art magnitiedu tissage lyonnais, qui, pour éîre amené point de perfection où on le voit, a exigé efforts du génie de la mécanique et du isin à travers tant de générations qui s'en it transmis le secret, quoi! tout cela va iTondrer sous le niveau fatal du temps! Est-
ce possible? et aucune intervention humaine ne peut-elle donc sauver cette industrie compromise, naguère et aujourd'hui encore la gloire de la France ?«
Insister sur ce point douloureux m'entraînerait trop loin. J'aime mieux passer aux industries en progrès : et j'arrive à la galerie des matières premières, trouvait à droite et à gauche les métaux ouvrés. Ici, je me trouve encore sur un domaine où un de nos collaborateurs, M. Victor Meunier, a chassé avant moi. Mais n'importe! glanons au moins, puisque la moisson est faite. C'est un art tout nouveau que de couler la fonte en un seul jet et sans retouches, comme on dit, pour la rendre apte aux œuvres monumentales, telles que statues, fontaines, frontons, etc. Dans cet art, M. Zégut (de Tusey), que je trouve sur mon passage, quoique je ne le connaisse pas autrement, me paraît passé maître; et il ne me semble pas qu'on lui ait accordé la récompense qu'il méritait. Je voudrais lui voir couler en fonte la t'iela, le groupe sculptural de M. Dupré de Florence, qui a obtenu le grand prix : il reproduirait cette œuvre remarquable à autant d'exemplaires qu'il y a d églises en France, et presque au prix matériel delà fonte. Notez qu'on peut peindre la fonte, comme autrefois les sculpteurs grecs peignaient leurs statues de marbre.
M. Zégut, me dit-on, est un homme aussi modeste que méritant : il a le double honneur d'avoir fait prospérer une usine, et d'en avoir relevé une autre qui tombait. Que le département de la Moselle, où l'industrie du fer est si active, se console de n'avoir pas eu de médaille d'or, puisque son représentant le plus en évidence n'a obtenu qu'une médail e d'argent.
Devant nous, au bout de la rue de Paris, en pleine galerie des machines, est un orgue monumental, heureusement plus silencieux que les pianos américains, et que nous avons re;iroduit en dessin dans notre 7" livraison.
Nous n'avons guère fait qu'une revue topographique le long de cette merveilleuse rue de Paris. Nous n'avons même pas été complets comme nomenclature, puisque nous avons oublié de mentionner, en face des soieries de Lyon, l'admirable classe de l'orfèvrerie, de la joaillerie et de la bijouterie, où personne ne peut nous disputer la supérioritéj avec des artistes tels que MM. Christofle, Froment-Meurice, Odiot, Beaugrand, Massin, Rouvenat, Lepec, Duron, Veyrat et les autres. Benvenuto Celliiii lui-même, ce maître de toua les arts réunis, applaudirait à cet assemblage de chefs-d'œuvre en tout genre. C'est dans la rue de Paris surtout que l'on comprend d'une façon évidente et sans réplique que la France est encore la nation policée par excellence, puisque sa supériorité éclate surtout dans les choses d'art et de goût, et que les maîtres de toutes les élégances sont ici réunis.
Et nous n'avons pas pu parler non plus de toutes les ravissantes tapisseries qui servent, pour ainsi dire, d'encadrement aux cristalleries de Baccarat. Il faudrait s'extasier encore, et l'aire un pas de plus hors de notre voie, jusqu'à la galerie des bronzes, une autre supériorité incontestée que nous réclamons pour la France. Les bronziers ont été dérangés par la grève au moment même de leur exposition : que serait-ce, s'ils n'avaient pas été dérangés, puisque la grèïen'apas fait de lacune sensible'?
Si nous n'insistons pas sur tant d'objets remarquables que nous venons d'indiquer en passant, c'est que nous avons déjà parlé des uns, elque nous comptons parler des autres. Ceci n'est qu'une revue d'ensemble, une indication générale méthodique.
Cest une mine que j'ouvre devant mes collaborateurs, et que je leur abandonne.
Fil. DcCUING.
Costumes alsaciens et badois.
On a eu l'heureuse idée d'exposer au Champ de Mars les costumes de presque tous les peuples du globe, et de faire faire à bon marclié aux visiteurs le tour du msnde. C'est là un cours de géographie instructif pour tous. Mais une figure de cire, même quand elle est exécutée avec art — et on ne peut qu'admirer celles do la Suède et de la iNorwége, — garde une certaine roideur qui choque l'œil et va à rencontre de cette loi artistique qui préiend que la vie est la plus grande des beautés.
Faisons donc mieux, et après avoir constaté à l'Exposition la présence des costumes alsaciens, prenons le chemin de fer et allons dans le pays mêmç voir la physionomie de ces loques sur des corps vivants. Le voyage n'est pas long, la route est charmante, et la courtoisie de M, Gireaud, secrétaire général de la Compagnie de l'Est, pour la presse parisienne, a été proclamée plus d'une fois, et personnellement je suis heureux d'en pouvoir rendre un témoignage public.
Donc la locomotive sillle, l'espace est dévoré, la course fantastique des morts de la ballade allemande se change en réalité. Les campagnes disparaissent, les provinces fc suivent, la Champagne après l'Ile de France, la Lorraine après la Champagne. Enfin le train s'engage dans les gorges doj Vosges. Trois routes se disputent l'étroit passage creusé dans le roc par la mine : la voie ferrée, la route de terre et le canal; tantôt elles cheminent côte à côte, tantôt elles s'escaladent etse superposent en trois étages. Mais voici le jour, et après les convulsions
delà nature, les riches et planlureuses plaines de la vallée du Rhin s'étendent- à perte de vue. Le train marche toujours : voici Saverne et son palais épiscopal; Hochlelden et ses coteaux boisés; Sfîhwindratzheim et son charmant moulin où l'on aimerait passer le res-
tant de ses jours; Brunialh, la vieille ville romaine, et enfin au fond de l'horizon, sortant de la brume commeun navire qui s'approche de terre, la cathédrale de Strasbourg et son vertigineux clocher.
Depuis que nous sommes en .Alsace, sur
toute laroute, le longdes barrières du chemii de fer, nous les avons déjà revus ces costume de l'Exposition; mais nous savons que nou les retrouverons à Strasbourg même; et que plus merveilleux encadrement peut-on leu rêver que ces rues étroites, ces maisons
COSTUMES AI.S.4CIENS. — Dessin du M. Gerl
nuls pignons, ces toits qui usurpent la moi- 3 de la hauteur totale du bâtiment sur lesaels est échelonné un triple rang de lucarnes ( que surmonte la cigogne ! Que fait l'oiseau i;yptien sur les cheminées de l'Alsace, et uelle secrète force l'attire chaque année
des rives du Nil jusque dans la vallée du Rhin?
C'est jour de marché. De tous les cantons du département sont arrivés les paysans et les paysannes. La foule est grande et le spectacle est pittoresque. Les habits sont de couleurs
bariolées. La veste blanche du Badois éc'a'e comme une fanfare au milieu des habits noirs ou bleu foncé des Alsaciens; les jupes vertes, rouges et bleues des femmes alsacieunes s'étalent à côté des nuances plus sombres des habilants de la Forêt-Noire; les
tabliers blancs et les gilets rouges se mêlent de la façon la plus originale.
Ce qui frappe dès l'abord c'est la naïveté, la candeur de tous ces visages; les costumes ne sont pas toujours gracieux, mais jusque dans ces accoutrements il y a comme un parfum d'honnêteté.
Notre première gravure représente une jeune paysanne revenant des cbamps. D'une main elle tient encore le râteau qui lui a servi à réunir le foin en tas, de l'autre le chapeau de paille soufrée avee ornements en chenille rouge. Elle appartient à la religion catholique, car sa jupe est rouge avec un liséré noir ; ce liséré peut varier de couleur, et être bleu ou vert, mais cette large jupe plissée, en serge lustrée pour l'été, en flanelle pour l'hiver, indique d'une façon irrécusable le culte de la paysanne'. La femme de la gravure suivante, que nous voyons de dos, porte au contraire la jupe verte à liséré noir des protestantes. La taille est plus raccourcie, mais les étoiïes sont, selon les saisons, les mêmes. Le corsage de chacune d'elles est en étofîe coton et soie brochée de fleurs brillantes, avec un devant en forme d'équerre, brodé de paillettes en or et en argent. La chemise se serre au cou par une coulisse et retombe en une large guimpe gaufrée sur la poitrine. Sur la nuque est noué un fichu de soie ou de laine dont les deux bouts retombent sur les épaules. Les cheveux coiffés en bandeau par devant sont relevés en chignon et recouverts d'un petit bonnet en stolT garni de brocard d'or et d'argent ; un ruban s'enroule tout autour et vient former sur le sommet de la tête deux ailfs qui flottent au gré du vent. Est-ce la vue des cigognes sillonnant les airs qui a donné aux Alsaciennes l'idée de se coifl'er ainsi? Le tablier blanc ne quitte jamais la paysanne; et les chemises dont les manches descendent jusqu'au poignet, ainsi que les bas sont d'une blancheur éclatante. Les chaussures sont des escarpins fort décolletés, avec un petit nœud de ruban en bouffette sur le dessus. Garantir ses souliers et ses bas de toute éclaboussure est une des graves préoccupations de la paysanne, et plus d'une fois on se croirait transporté dans les Landes, quand le dimanche on voit femmes et filles, pour éviter la boue, monter sur des échasses pour se rendre à l'église.
Voilà fidèlement décrit le costume alsacien; il diffère de commune en commune par de petites distinctions de couleur et de forme, mais un œil expérimenté peut seul les reconnaître. Les habitants du Bas-Rhin qui touchent au Palatinat ont pourtant un autre costume dont notre troisième gravure donne une idée. Les couleurs sont plus sombres; le 'bleu domine; la jupe est bleu foncé, le tablier est bleu, le corsage est bleu lustré. Là on ne voit le linge que par l'échancrure du cors,age, et cela ne laisse pas que d'assombrir le personnage. Quoi de plus riant que la paysanne «Su Kochersberg que nous avons décrite plus
haut, avec sa jupe rouge et son tablier blanc i Au milieu des blés elle fait l'effet d'un coqiielicotetd'une pâquerette. La femme deWoerth ou de Wissembourg n'inspire pas les mêmes idées joyeuses. Son corsage est à manches, sa coiffure est un chignon rabattu, tenu par un peigne très-haut, travaillé à jour et orné de rubans ou par un petit bonnet à dentelles bleu clair. Autour du cou se roule un ruban de velours qui descend en deux bandes sur le dos et forme ainsi un suivez-moi jeune homme dont la paysanne est loin de connaître la signification parisienne.
Dans toute l'Alsace non-seulement le deuil se porte en couleurs noires, mais toute cérémonie religieuse se célèbre avec cette toilette funèbre. Dans les mariages le romarin remplace la fleur d'oranger.
Le paysan, le dimanche, porte un large feutre noir à bord retroussé, formant pointe derrière la tête. Une longue capote en serge noire descend jusqu'aux genoux; elle est doublée de toile blanche et garnie d'une grande rangée de boutons noirs en corne ; le gilet en drap écarlate est orné de boutons jaunes; la culotte est noire et des bas en lin descendent en forme de guêtres sur les souliers. Aux champs, le paysan est coiffé d'un chapeau de paille ethabiUé d'une veste courte en toile ou en mancheslre.
Le jeune paysan a généralement quitté la tradition de ses pères. Il s'habille à la française; pourtant son costume ne manquaitpas d'originalité et même d'élégance. Son pantalon en velours de coton, bordé de rangées de boutons de nacre, sa jaquette en drap également à deux rangées de boutons, sa chemise retenue sur sa poitrine par une agrafe d'argent et au cou par un foulard rouge, son feutre àlarge bord lui donnaient un air décidé et gaillard. La redingote noire, la casquette et le chapeau de soie ont triomphé de ce que la vanité de faire comme les autres et la fausse honte de se singulariser avaient déjà puissamment battu en brèche.
lien a été de même chez certaines jeunes paysannes ricjies que nous avons réservées pour la fin et que représente notre quatrième gravure. Celles-ci ont voulu imiter les modes de la ville, tout en poussant la coquetterie jusqu'à maintenir certaines parties de leur costume traditionnel. Elles ont remplacé la serge lustrée par la soie et le mérinos, le brocart par les dentelles; le tablier a été maintenu, mais de blanc qu'il était, il s'est changé en soie noire; la meilleure confectionneuse a été mise en réquisition pour donner à la robe la coupe la plus moderne; un corseta été acheté chez la bonne faiseuse; les gants paille — jamais d'autres — sont venus de Paris, et une ombrelle garantit des rayons du soleil un teint qui ne veut pas être hâlé! Voilà cette toilette surmontée, par une grotesque anomalie, du bonnet à ailes de moulin, que pour tenir raides on lave dans la bière; voilà cette toilette que nous
retrouverons au marché, derrière un panier d'œufs et de beurre, offrant et discutant la marchandise — mais tout à l'heure celle qui en est revêtue va faire des visites, parler chiffons, jouer du piano, puis le soir venu, retourner à son village dont elle ne connaît pas les champs. Et qui l'a voulu ainsi? le père de famille qui, par vanité, par envie de paraître plus riche qu'il n'est, a envoyé sa fille en pension, lui a fait donner une demi-éducation, l'a déclassée de façon à ne pouvoir la donner en mariage ni à un habitant de la ville, ni à un paysan, la couvre de toilettes et de bijoux par ostentation, développe les mauvais côtés de sa nature, pour finalement faire le malheur de son enfant, et se ruiner lui-même. C'est là une des grandes plaies de noire Alsace; et le juif qui s'est abattu dans ce pays, couvert pourtant de toutes les bénédictions, a compris ce cô'.é faible et vulnérable, et c'est par là qu'il est entré dans la vie intime du paysan alsacien, gagnant tous les jours du terrain pour arriver à la fin à être maître de sa fortune, et qui pis est, de son autorité paternelle.
Nous ne pouvons pas développer ici à notre aise cette longue et douloureuse histoire de la subjugation du paysan alsacien par le fils d'Israël, et il nous plaît mieux de faire une petite excursion archéologique dans l'histoire du costume en Alsace.
C'est toujours à l'étranger que les modifications ont été empruntées. Dans un manuscrit de l'abbesse de Hohenbourg, Herrad de Landsberg, intitulé : //ordis deliciarum , on trouve les premiers costumes alsaciens. C'est le costume gréco-romain, tel que les croisés nous l'ont apporté de Constantinople, qui le premier a été adopté dans toutes les classes de la société avec les modifications exigées par notre climat.
La tunique était portée courte par le peuple, longue par l'aristocratie. De longs bas en tricot fixés à des caleçons garantissaient les jambes du froid. Ce costume s'est conservé jusqu'au quatorzième siècle; à ce moment, les Anglais firent invasion en Franco, et poussèrent leurs hordes jusqu'en Alsace. Les bonnets pointus furent aussitôt à la mode, et le pantalon collant remplaça leshauts-de-chausses. Dans la seconde moitié du quinzième siècle, ce fut le costume espagnol qui, par l'influence de Charles-Quint en .Allemagne et en Flandre, se répandit dans les provinces du Rhin. Les basses classes ne le revêtirent qu'avec répugnance, mais il dura jusqu'au dix-septième siècle, et put ainsi vaincre toutes les résistances. Les Suisses y apportèrent quelques modifications, mais Gustave Adolphe et ses Suédois le firent complètement disparaître Les étoffes chaudes duNord, la coupe sévère, les couleurs foncées furentdès lors àl'ordre du jour. Le pourpoint céda la place à la longue veste et à la capote à larges pans.
C'est ce costume qui subsiste encore
resqiie tout entier en Alsace. Nous l'avons it, l'élément français lui porte de rudes tteintes, mais il a fallu le temps pour cela, endant la Terreur, il fallut l'intervention es représentants Saint-Just et Lebas, anilés d'un sentiment tout patriotique, pour ure abandonner aux Strasbouigeoipes leur lintique costume, et nous lisons dans une liroclamation du 2."i brumaire an ii, que « les doyennes de Strasbourg sont invitées à uitter les modes allemandes puisque leurs Deurs sont français. »
Si l'Alsace, tout en étant la province de rance où I on garde le plus fidèlement les leux costumes, abandonne pourtant peu à 3u la vieille tradition, il n'en est pas de lême du grand-ducbé de Bade. Là, tout est sté stgtionnaire; aucun élément hétérogène e s'est mêlé à l'ancienne et séculaire couime.
I Reprenons notre route; quelques coups de ifflet de plus, et nous serons à Kehl, nous lUTons traversé le Rhin, dont les âpres senjiurs nous auront réjoui. A Strasbourg, le ihin n'est pas ce fleuve calme et doux qui lUt-oure Bàle de ses flols tranquilles; ce n'est las non plus le fleuve au bord duquel le lioéte ira cueillir la fleur enchantée des ballldes, ni prêter une oreille attentive aux aants de la Loreley; c'est un flot turbulent iii se précipite avec fureur d'un côté de la ve, tandis qu'il coule avec une majestueuse randeur de l'autre côté.
. A peine avons-nous passé le pont que nous iiiyons le costume de notre première gravure. •( est là ce jeune paysan, fumant sa pipe, [ipassible comme un ruminant, voyant les ains passer sans davantage se soucier de la e qui l'entoure. Sa veste est blanche, son det écarlate, sa culotte en serge ou en velurs noir. Sur la tête, il a une casquette en lurrure, qu'il porte été comme hiver. Quand Ideviendra plus vieux, il laissera de côté ttte casquette qui lui donne un petit air lâne, et il se coiffera d'un chapeau de feutre md à large bord. Son costume restera le ême, si ce n'est qu'il remplacera la veste •r une longue capote.
ILa jeune lîile de la vallée de la Kintzig est trt modestement vêtue d'une jupe en serge (ire à mille plis; le tablier blanc, les manies de chemise, le corsage à taille courte se rtrouvent des deux côtés du Rhin. Le bon- ,t, plus simple, n'a pas d'ailes et se noue IU8 le menton. Dans le dos tombent deu.\ ssses de cheveux entrelacées de rubans, lire sceptique ami, W. Alexandre WciU, létend que ces cheveux n'appartiennent pas Ijjours à leur propriétaire. Où le faux va- 1 se nicher ?
;En remontant vers la Forèt-Noire, nous juvons la seconde paysanne avec son chauu de paille en forme de tuyau de poêle, et
ses bas rouges. C'est là aussi que nous trouvons le marchand d'horloges, le coiicoiilier, auquel notre dessinateur a donné un air trop casseur qui le fait ressembler au beau Nicolas de la chanson. Le pauvre homme est loin d'avoir ces allures de conquérant. Quand, chargé de coucous, marchant péniblement appuyé sur sa canne, faisant dix lieues par jour, il entre dans un endroit, il ne pense guère à faire le joli cœur. Son modeste gain seul le préoccupe. Tous les touristes le connaissent; ils l'ont vu dans l'allée de Lichtenthal; ils le rencontrent encore au château de Ueidelberg ; ils le rencontreront au Mumelsée, et c'est lui qui leur jettera un dernier adieu cordial quand ils entreront dans le Val d'Enfer.
Il porte sur son épaule de quoi régler l'heure du monde entier. Et quels illustres personnages il promène avec lui : Saint-Népomucène et Napoléon, Saint-Antoine de Padoue et Washington ! 11 est fier de sa pro fession et il a raison de l'être. Elle occupe ])lus de quinze mille personnes à Tryberget à Neustadt, et la fabrication monte annuellement à une valeur d'un million et demi.
Il nous faut quitter tous ces braves gens et c'est dommage. On respire mieux au mi lieu de ces cœurs honnêtes. Retournoni à 1 Exposition ; les mannequins nous paraîtront plus parlants que lorsque nous les avons quittés. Ne sont-ils pas animés par le souvenir de ce que nous avons vu ?
J. Laurewt-Lapp.
Les Poteries à bon marché.
Classe 91.
Nous avons vu, dans la classe 1 7, la céramique, somptueuse et parée, reçue dans les palais, servie par de nombreux et remarquables artistes. Nous la retrouvons, mais plus modeste, dans la classe 9 1 ,qui comprend les meubles, vêtements et aliments de toute espèce, distingués par les qualités utiles, unies au bon marché. Le but qu'elle se propose, c'est de garnir, aux meilleures conditions possibles, la cuisine et la salleà manger.
Ici, point de descriptions à faire ; l'argile se façonne en services de table, en lavabos, en cuvettes, en marmites, en pots, en casseroles; mais elle n'affecte point de formes ambitieuses. Elle ne connaît point les distinctions de peintures sur émail cru et de peintures après la cuisson. La beauté des produits céramiques de la classe 91 consiste principalement dans la solidité. Ils sont à leurs similaires de la classe 17 ce qu'est un robuste homme du peuple à un fils de bonne maison.
Quelques-uns, pourtant, ne sont pas exempts de recherche. Nos faïenciers, sans élever leurs prix, s'attachent à propager le bon golît, à développer le sentiment de l'élégance et du comfort.
M. Utzschneider apporte dans la fabrication de ses faïences communes autant de soin que dans celles des grès artistiques, des jardinières, des plaques et cache-pots qu'on admire dans la classe 17. Son établissement, s-îtué à Sarreguemines (Moselle), est le plus important de l'est de la France.
M. Moreau, de Paris, a trouvé des procédés ingénieux et économiques pour appliquer l'or et l'argent sur le grès. M.M. Duréault, Motte et Cie, de Grigny (Rhône), ont des porcelaines opaques d'une grande blancheur, et dont la couverte translucide se distingue par sa dureté.
Un problème qui n'a pas encore été résolu complètement, c'est celui de produire, surtout à bon marché, des porcelaines et faïences allant au feu. Il est peu de ménagères qui n'aient acheté des plats qu'un prospectus présentait comme aussi réfractaires que des creusets, et qui, dès la première expérience, laissaient, en se fendant, échapper les œufs dans le brasier. Nous ne pourrions juger qu'à l'épreuve les porcelaines et faïences allant au feu, deMM. Gosse, de Bayeux ; Fermont, père et fils, de Saint- Vallier (Drôme).
Un gentilhomme tourangeau, M. le comte de Boissimon, ne croit pas déroger en exploitant avec succès une manufacture de poteries, de grès céramiques, de grès de ménage, à Langeais (Indre-et-Loire), ville dont les briques réfractaires, les carreaux mosaïques, les vases d'ornement, sont depuis longtemps estimés.
Mentionnons encore les poteries de terre de M. Faure, et de Mme veuve Brunei, à Pousas; de M. Chaunivert, à la Montagne, (Nièvre); de MM. Perrigaull, Charpentier et fils, à Saint-Aignan (Loir-et-Cher).
M. Cher.et, modeleur à Vitry-le-Français (Marne), a entrepris de vulgariser l'art en exécutant des statuettes en terre cuite, pour lesquelles il se contente d'un prix rémunérateur modique. Nous devons rendre justice au sentiment patriotique qui lui a inspiré la défense du drapeau, V abolition des traités rfe 1 81 5, figurine allégorique; après la bataille, etc.; c'est de la vraie sculpture populaire.
Trois nations étrangères, l'Autriche, l'Italie et l'Egypte réussissent dans leurs efforis pour fabriquer à de très-bas prix les ustensiles de ménage et les poteries communes. On peut louer sansréserve celles de M. Simon Marth, à Vienne, et de M. Franz KnittI, d'Essegg, en Esclavonie. D'excellentes et solides marmites, gamelles, pots, tourtières, brocs et soupières nous viennent de Pistoie, de Lodi, d'Arezzo, d'Albisola Marina, et principalement de la province de Macerata, oii sont ^rgupées les fabriques de MM. Gaoni, Men-
tonelli, Santeolini, Nardi, Bianchedi et Venanzuoli. Quant aux poteries que nous envoient les liabitanis d'Assouan et de Kéneli, sur la rive droite du Nil, elles se distinguent par leurs teintes et leurs formes originales.
Nous aurons à revenir sur la classe 91 , qui comprend des tissus, des habits , des meubles, de la verrerie, des articles de Paris, des glaces, des appareils de chauffage, des fers à repasser, des peignes, et autres objets de première utilité. C'est certainement une des classes les plus intéressantes de l'Exposition, pui.xqu'elle a en vue l'amélioration du bienêlre des travailleurs.
|{mILE DR LA liKltOLLIÈIlE.
rie moderne l'emporte autant sur la parfumerie des Egyptiens, des Hébreux, des Grecs, voire même des Romains, que la science des Trousseau, des Michel 1-évy, des Blanche, l'emporte sur les observations et les découvertes très-restreintes de Galien ou d'Hippocrate.
Cette industrie, pour ainsi dire morte pendant le moyen âge, et qui a trouvé sa renaissance, sa restauration à Florence, sous les Médicis, emprunta dès cette époque à la botanique, à l'alchimie — on ne disait pas encore la chimie — les notions exactes qui permirent à quelques savants, comme Réné, Ruggieri, etc., de conserver, d'immobiliser, pour ainsi dire, ce qu'il y a de plus volatile, le parfum.
La Parfumerie française.
Il serait, au moins, inutile de rappeler dans une courte notice sur la Parfumerie française à l'Eaposilion^ le passé de cette industrie qui, dans toutes les civilisations, chez tous les peuples, s'est associée au culte de la beauté, empruntant aux sciences naturelles leurs secrets, demandant aux fleurs leurs parfums, composant cette innombrable quantité de préparations destinées de tout temps
C'est du règne de Catherine de Médicis, en effet, que date chez nous la création d'uneindustrie qui devait se développer rapidement, grâce à la protection d'une Cour riche, galante, et qui, une fois entrée bien avant dans les habitudes, dans les mœurs, dans la vie même delà nation, devait laisser passer les exagérations de simplicité Spartiate de 92, 93 et 94, pour reparaître plus brillante sous le Directoire. Athènes remplaçait Sparte, et les arts, le luxe, les fêtes revenaient accueillis avec cette furie qu'expliquaient trois années de luttes et de préoccupations douloureuses.
Depuis cette époque, la parfumerie prit une place importante dans le mouvement induslriel. Sa production s'éleva rapidement de 1791) à 1810 de 2 millions à 11 millions.
à venir au secours des charmes défaillants et des fraîcheurs un peu fanées.
S'il ne fallait remonter q'u'à 1 histoire des Hébreux, nous trouverions celte illustre princesse qui
— Eut soin de peindre et d'cii'ner son visa;.,'e.
Mais cette revue rétrospective, outre qu'elle offrirait peu d'intérêt aux clientes de MM. Piver, Petit ou Demaraon, aurait le tort trèssérieux de prendre les quelques lignes qui me sont octroyées, et de donner, sans utilité, aux morts ce qui appartient très-légitimement aux vivants.
Il me suiîiradonc d'établir que la parfume-
Depuis 1810, la progression ne s'est pas ralentie. On estime aujourd'hui à 35 ou 38 millions les produits des usines françaises — fabriques ou distilleries — consacrées à la fabrication des parfums ou des objets parfumés. L'exportation se chiffre par une quinzaine de millions. Enfin, les progrès réalisés depuis quelques années et dont la chimie peut revendiquer l'honneur, permettent d'espérer un accroissement sensible dans la production et l'exportation.
On sait, en effet, qu'en dehors des questionsde fraicheuret de beauté, la parfumerie Boulère une grave question, celle de l'hygiène. Cherchant, avant tout, des agents actifsjet puissants, les chimistes demandèrent au lègne animal et au règno véiétal les huiles, les
uleurs, le» réactifs qui donnaient les plus ipides résultats, sans s'inquiéter des consé-
lences désastreuses que ces préparations
luvaient avoir sur l'organisme humain.
C'est ainsi que les lards, préparés pour les imédiens, renfermaient des principes d'une
ioutable activité. Le blanc de céruse, pour len citer qu'un, si fréquemment employé
sisse des tissus, mais encore pour affecter yystème nerveux, attaquer lentement, mais *ment, l'épiderme, puis le tissu cellulaire nrriver enfin à jeter des troubles profonds Sis l'organisme tout entier.
iJn procès, resté célèbre au théâtre, donna «oup de grâce à celte industrie mortifère. [Une jeune femme, une artiste., présentait lilribunal do la Seine un bras complètement ipphié par l'usajie du blanc que les artistes
autrefois, amena de nombreux accidents. Les rouges, employés au théâtre, contenaient également de véritables poisons. Enfin, les huiles, les graisses qui entraient dans la composition des pommades, des onguents, etc., devenaient par leur corruption la cause de maladies qui éveillèrent peu à peu l'attention des hommes compétents.
emploient au théâtre. La condamnation du parfumeur devint un argument puissant en faveur des novateurs qui voulaient remplacer les agents minéraux par les agents végétaux. Une révolution se fit dans la parfumerie. On vit Ee produire en quelques mois une foule de productions — inoffensives, c'est vrai, mais inactives aussi. Cette fois, la science veillait; et, prêle à faire justice des compositions dangereuses, elle n'épargnait pas non
En présence d'accidents fort graves qui se multipliaient et dont nos tribunaux eurent à chercher la source, les chimistes s'émurent. Etudiant avec soin les divers fards, parfums, onguents, eaux diverses, dont se servaient les artistes, ils reconnurent l'existence de substances vénéneuses en quantité assez forte non-seulement pour altérer le teint ou la
plus ces préparations qui ont sur le teint, les dents, les cheveux lo même elïet qu'une pilule de mie de pain sur l'estomac. Un des plus ardents soldats de cette croisade, un chimiste distingué, établit par de nombreuses publications que les agents incriminés pouvaient être remplacés facilement par des compcaitions également profitables à la beauté, et qui avaient sur leurs adversaires l'éminent avantage d'être tout à fait inolïensives.
EXPOSITION DE LA P.4RFUMERJE FRANÇAISE. - Dessin de M. Weber.
Et comme il n'est si bonne vérité qu'une | preuve matérielle et palpable ne rende plus évidente encore, M. Arrault, retiré dans son laboratoire, composait des fards, des pommades, des eaux de toilette qu'il livrait à l'examen des chimistes, ses pairs, sans même leur donner la peine d'une longue analyse. Car il donnait les formules.
C'est sous l'influence de quelques hommes de cette école, consciencieux, honnêtes et instruits, que la parfumerie est entrée dans une voie nouvelle, et c'est, transformée entièrement, dégagée des anciennes pratiques, et ne présentant plus qu'un danger, celui de ruiner MM. les maris, qu'elle se présente aujourd'hui à rExpo::ition.
S'il fallait adopter les catalogues prolixes de MM. les parfumeurs, je n'aurais pas assez de ce numéro pour énumérer les innombrables productions dues à l'imaginalion de quelques inventeurs. En somme, tout se réduit à quelques produits à peu près semblables, et qui ont pour but l'entretien de la propreté, de la beauté, de la santé, ce qui, pour moi, est même chose. Les nomsvarient, les parfums peuvent varier aussi, mais les bases restent les mêmes. Quand on a vu les II eaux dentifrices » qui, depuis l'eau de Botot, jusqu'à celle du docteur Pierre, se composent d'alcool et de plantes aromatiques de mèate famille, les « eaux et vinaigres de toilette » — de même nature aussi, qu'elles portent le cachet presque illustre des Farina (plus ou moins Jean-Marie), ou celui non moins célèbre de J. Vincent BuUy, — les « poudres dentifrices » qui tournent toujours dans un cercle assez restreint de matières premières additionnées d'un parfum, — les II eaux parfumées pour mouchoirs « qui embrassent la flore des deux mondes, et désolent les lexicographes par leurs appellations insensées, — les II pommades, philocomes, huiles comogènes, etc., etc., » les « savons et pâtes dulcifiantes, lénifiantes, etc., » on a parcouru le domaine tout entier de cette industrie qui se sauve de l'accusation de frivolité par les services qu'elle peut rendre à la santé.
Il y a six ou sept produits principaux que les parfumeurs transforment, à l'aide d'un parfum plus ou moins nouveau, mais qui, comme base, restent les mêmes.
Ainsi, aujourd'hui, les parties grasses sont presque universellement empruntées au goudron. On a reconnu les propriétés hygiéniques de cette matière que Raspail préconise et recommande énergiquement. Parmi les plantes employées à la préparation des parfums, on a rejeté toutes celles que l'analyse chimique a déclarées nuisibles ou simplement douteuses. Le blanc de zinc, dont de nombreuses expériences ont étabU l'innocuité parfaite, remplace le blanc de eéruse d'un effet si désastreux. De même, dans les tards, dans les poudres, dans les onguents, tels que le cold-cream, les mêmes matières premières
servent de base avec des variantes insignifiantes.
Je disais tout à l'heure que la parfumerie française avait pris, par son chiffre d'affaires, une place importante dans notre mouvement industriel. Autrefois, en effet, l'Orient nous fournissait à peu près exclusivement les matières premières, c'est-à-dire les plantes, les coraux, les minéraux et les végétaux de toute espèce qui entrent dans la composition des parfums. De ce côté, la France s'est créé une source de richesses, et la parfumerie est devenue une industrie vraiment nationale. C'est, en effet, aujourd'hui, Grasse, Nîmes, | Nice, Avignon, Montpellier, qui nous fournissent les plantes et, dans toutes ces villes, d'importantes usines préparent les parfums qui se donnent rendez-vous dans les laboratoires de Paris. Bordeaux, Metzet Nancy ont de vastes distilleries d'où sortent les vinaigres, les essences, les eaux diverses que la coquetterie emploie sous mille noms différents.
Tous ces ateliers emploient un personnel considérable; mais si l'on songe à l'immense quantité de vases en porcelaine, en cristal, en verre, de boîtes en carton, en ébène, en chêne, en citronnier, de flacons de toute forme et de toute taille qu'emploie la parfumerie; si l'on calcule (je voudrais le faire, mais c'est dans son intérêt) le nombre de prospectus, de prix-courants, de notices explicatives, etc., etc., dont chaque parfumeur enveloppe ses produits, on se trouve en présence d'une armée de travailleurs, depuis le jardinier qui soigne les roses, les jasmins, les violettes, jusqu'à la « demoiselle de boutique ') qui enveloppe les flacons et y attache une faveur rose ou lilas. Que deviennent les 38 ou 40 millions de tout à l'heure? Voyezvous le mouvement considérable que cette industrie dite de luxe imprime à dix industries indifférentes ?
On a souvent parlé des bénéfices considérables que rapportait la parfumerie. 11 ne faut rien exagérer. Comme tous les commerces qui empruntent une partie de leur succès à la mode, la parfumerie donne de gros bénéfices ou entraîne de lourdes pertes. Qu'un vinaigre, une pommade, un parfum soient adoptés par le public élégant, la fortune du créateur (je ne peux cependant pas dire de l'inventeur) est faite. Ne sont-ils pas bien accueillis,— ce qui peut dépendre delaforme du flacon ou du nom de la denrée, — le parfumeur qui a fabriqué une certaine quantité de son produit, qui a fait d'assez fortes dépenses en porcelaine ou en cristal, en annonces, etc., voit périr entre ses mains un fonds auquel la vogue seule peut donner une valeur. Dans les industries qui touchent à la fa taisie, l'habileté ne consiste-t-elle pas à in poser son propre goût au public, à créer la mode?Et celle habileté ne légitinie-t-elle pas le succès?
La parfumerie française est représentée à
l'Exposition par ses chefs les plus distingués Parmi les noms des exposants, quelques-uns ont acquis une notoriété légitime. Je ne m'a vance pas trop en citant les Piver, les Guerlain, les Demarson, les Chardin, les Petit e quelques autres, dont les noms viendront leur tour.
La Commission a donné à la parfumerie une salle carrée, assez vaste, occupée intérieurement par les parfumeurs de Paris, qui terminent et vendent les produits de cette industrie, et extérieurement par les fabricants ou préparateurs de matières premières destinées aux pommades, vinaigres, cosmétiques, etc. — Il me semble de toute justice de commencer la revue des exposants par ces derniers.
Je citerai d'abord MM. Méro et Boyreau, de Grasse, qui n'ont obtenu aucune médaille par la simple raison qu'ils sont « hors concours »; mais la décision qui les a faits membres du jury s'appuie sur les nombreuses récompenses que ces fabricants ont obtenues à diverses expositions. La médaille d'or a été donnée à M^. A. Chiris, fabric-ant de matières premières et distillateur à Grasse. Le jury a récompensé la finesse et la beauté des huiles de .M. Chiris. C'est à des distillateurs qu'ont été données les autres récompenses, une médaille de bronze à MM. Sémériaet C", de Nice, et une mention honorable à MM. Nègre, Fiédier et C", qui dirigent une vaste usine à vapeur, à Nîmes, pour la préparation ' des vinaigres de toilette. Enfin, .M. IMichel a oblenu une médaille de bronze pour une charmante corbeille de fleurs et de fruits; chaque fruit (des grains de raisin, des groseilles, etc.) est un flacon d'odeur.
Un nom — j'ai déjà dit presque illustre — arrête le visiteur à la porte; c'est celui de J. M. Farina, qui n'a pas déi'aigné un petit coin dans le carré spécial de la parfumerie, quand il pouvait se contenter de la fameuse fontaine que connaissent les visiteurs de rEx|iûsition.
La salle réservée pour les exposants parisiens présente un aspect charmant, et n'était l'atmosphère saturée de parfums qui rendent pénible tout séjour un peu prolongé, on aurait i plaisir à s'asseoir au pied de la statue qui i s'élève au milieu, et à reposer ses yeux sur i ces élégantes vitrines, si coquettes et si seduisantes.
Chaque exposant a pris à tâche de donner | — à son compartiment — ces dispositions^ harmonieuses dont les marchands parisiens j ont le secret, et qui donnent je ne sais quel j attrait à l'objet le plus ordinaire. !
Nous avons là, du reste, les maîtres eni parfumerie, Piver, qui, un des premiers, a . cherché dans nos plantes indigènes les principes hygiéniques et a introduit dans la par- i fumerie, depuis 1842, un des agents les plus i salutaires, le sue de laitue. Comme membre i. du jury, M. Piver a dû distribuer à des eon- u currents les récompenses qu'il méritait si
bien. Il faut, du reste, reconnaître qu'ici les lurés ont fait acte de goût et d'équité, et le oublie sera de mon avis quand j'aurai rommé M. Coudray (médaille d'argent), qui a rouvé dans une plante du Mexique, le mamey, lin nouveau parfum; — M. Violet (médaille l'argent), fournisseur de l'Impératrice; — iilM. Vibert frères, qui, cans leur usine de ilontreuil, fabriquent journellement de 12 à 500 kilogrammes de pommade (n'êtes-voua las effrayé?); — M, Guerlain, dont il me lemble inutile de rappeler les mérites depuis Dngtemps connus; — M. Ed. Pissaud, qui ii'a pas moins de quatre succursales à Paris et lui a bien mérité la médaille d'argent par l'énorme développement qu'il a su donner à ou industrie; — M. Petit aîné, dont la vitrine 6t une merveille d'élégance; — M. Bleuzeiladaneourt, qui a trouvé un procédé — le luidetransmutatif — pour teindre les cheveux. 3 ne sais pas si le procédé réussit sur les heveux vivants, mais je puis afiirmerque les 'lèches de toutes les nuances exposées — miarties, comme les vêtements moyen âge, sont arfaitement réussies. Je ne veux pas passer )iis silence ."\ni. Chardin -Iladancourt et iellé frères, qui ont obtenu des médailles largent, non plus que M. Delettrez, parfuleur du monde élégant, qui se sauve du petit dicule de l'épigraphe peinte sur sa vitrine comme noblesse, titre oblige » par le bon oût de son exposition.
J J'aurai enfin réglé mes comptes avec les fposants quand Je vous aurai rappelé les oms de MM. J. B. Vincent Bully (médaille ! bronze), Delabrierre- Vincent (médaille de ronze), exposition tiè;-variée de parfums Dur mouchoir; le docteur Pierre, dont l'eau Bnlifrice méritait mieux peut être qu'une ention honorable ; Bonn, médaille de bronze jur parfumerie hygiénique ; enfin, Laboullée édaillé pour ses produits qui embrassent ipuis le parfum pour mouchoir, jusqu'aux ludres et eaux dentifrices.
J'ai passé un peu rapidement la revue des présentants de la parfumerie française, en est qui ont droit à un examen plus atntif; telle, la maison Piver. Mais tous ceux se j'ai nommés peuvent prendre part dans le certaine mesure aux éloges que j'ai dons aux efforts et aux progrès de cette induse. Si l'on s'étonne du nombre relativement nsidérable de récompenses qu'ont obtenues s exposants, on devra songer que la France Stàson climat des productions végétales e son industrie sait utiliser; qu'en dehors 3 combinaisons chimiques où nous avons jà une certaine supériorité, nos labricants distinguent par un goût, une élégance, que n trouve rarement ailleurs. Et, pour tout ■e, toute celte poterie fine, si délicatement inte, ces boîtes si élégantes, ces faveurs si îches, tout cola n'appartient-il pas ,i ce que n a nommé génériquement l'article de -is? Eh bien, malgré la manie d'enthousme pour les produits étrangers qui dis-
tingue ce siècle, Paris — et non pas Vienne — aura la supériorité, toutes les fois qu'il s'agira de légèrelé, d'élégance et de goût.
ViCTOIl Cossii.
VU
Bijouterie et joaillerie.
OEUVRES DE M. DURON.
On ne saurait donner un nom bien précis à la spécialité adoptée par M. Duron.
Cette spécialité tient à la fois du sculpteur, du lapidaire, du joaillier, de l'orfèvre et de l'émailleur, car tous ces arts réunis concourent à l'exécution des œuvres que nous admirons dans la vitrine de cet exposant.
Mais, si l'on ne peut assigner une dénomination particulière à cette alliance heureuse des arts les plus divers, à coup sur nul n'hésitera à reconnaître que les produits de M. Duron sont la manifestation de l'art industriel dans ses inspirations les plus élevées.
Quel autre artiste qu'un orfèvre saurait trouver ces formes exquises auxquelles M. Duron assujétit ses vases, ses coupes, ses buires, ses aiguières ?
Quel autre qu'un joadiier pourrait exceller plus merveilleusement dans ces montures fines et délicates, dont M. Duron entoure et soutient ses compositions? quel autre saurait plus harmonieusement enchâsser ces émaux et ces pierres précieuses qui viennent se fondre dans l'ensemble de l'œuvre et concourir à son aspect saisissant ?
Nous donnons aujourd'hui dans notre gravure un spécimen de ces créations hors ligne dans notre joaillerie française.
Le petit vase que nous reproduisons est en unyx rrienlal.
Il alTecte la forme ovoïde écrasée dans sa partie supérieure; et il a 15 centimètres .de hauteur sur 8 centimètres de diamètre.
L'onyx oriental employé dans ce vase est remarquable par sa beauté.
Le fond en est noir, veiné de blanc. Cette qualité est des plus rares. On sait, en effet, que l'onyx n'est autre chose que de la calcédoine, pierre dure qui fournit elle-même toute une famille de pierres colorées, telles que la cornaline, l'agate et le silex.
Cette variété de calcédoine ne prend le nom d'onyx que lorsque les diverses couleurs qui la caractérisent se trouvent réunies par zones ou par bandes.
Le premier cas est celui du vase qui nous occupe.
Or, le morceau qui a servi à former le corps du vase de M. Duron, est d'une qualité toute spéciale et, comme je l'ai dit plus haut, fort rare.
Aussi notre artiste a-t-il dû renoncer à
trouver un morceau semblable pour lapider le goulot.
C'était un obstacle de plus à vaincre, après la dureté de la pierre elle-même.
M, Duron a heureusement su tourner la difficulté, en exécutant cette partie du vase en émail sur or.
Les veines y sont peintes, et l'émail imite si parfaitement la pierre elle-même — chose très-dilliyile à obtenir — que les parties veinées semblent transparentes etproduisent une illusion complète même pour un œil exercé.
Enfin, le pied et les anses sont formés de grandes et longues feuilles émuillées, peintes et rehaussées à la manière des émailleurs de la renaissance avec lesquels notre artiste lutte de science et de ressources.
L'exposition de Duron contient encore bien d'autres œuvres capitales dont nous ne pouvons ici faire que la description écrite, de.cription bien pâle quand elle n'est pas appuyée du crayon éloquent de nos habiles dessinateurs.
Je ne veux pas cependant passer sous silence, une aiguière en sardoine orientale, autre chef-d'œuvre de bon goût et de délicatesse,
La sardoine, qui est aussi une variété de calcédoine, genre agate, prend son nom quand à la condition de translucidité se joint une teinte jaunâtre ou brunâtre dont les reflets produisent des efl'ets singuliers et inattendus.
L aiguière dont je m'occupe est composée de deux parties qui paraissent homogènes tant la réunion en est fondue avec art; et cependant les deux parties n'ont absolument aucun rapport.
Le haut fait partie d'un bol, tandis que le bas est un fragment de terre.
La retouche du lapidaire a su les transformer d'une façon ingénieuse, de manière à former un ensemble ravissant.
L'objet lui-même est une imitation d'une pièce qui figure dans la belle collection du Louvre et qui est justement citée comme une oiuvre remarquable.
Telle est l'intelligence artistique de M. Duron qu'il parvient, à l'aide de deux fragments de matières précieuses de nature différente, à composer un objet qui reproduit une des plus charmantes créations de nos anciens artistes.
Le goulot est en or massif poli à l'inférieur, et bordé de feuilles découpées et émaidées en relief dans le ton vert le mieux réussi.
Un fond d'écaillé en émail blanc décore l'intérieur, et sur cet émail se détache en relief un masque de satyre d'une expression fine et minutieusement rendue.
En opposition à cette figure, on voit une tête de bélier en ronde bosse repoussée et émaillèe servant de point d'appui aux ailes d'une cariatide de femme, également exécutée en ronde bosse et repoussée.
Cette aile forme l'anse de l'aiguière; des
reflets clialoyants s'échappent de l'émail vert qui la décore.
Les chairs sont de couleur naturelle, et la chevelure est figurée en or.
Une foule de procédés des anciens émailleurs se sont perdus, n'en déplaise à notre science moderne, et pour accomplir un travail semblable on est obligé de rechercher, et de suppléer souvent, les procédés que les anciens ont poussés jusqu'à la perfection.
Je n'hésite pas à affirmer pourtant que l'exécution de cette aiguière surpasse peut-être en fini celle du modèle qui est au Louvre.
Il n'est pas difficile de voir, par la description de ces deux pièces, qui ne sont qu'une faible partie de l'exposition de M. Duron, à quel genre de public s'adresse cet artiste; ce public est restreint et disséminé dans le monde entier. Aussi les œuvres de M. Duron ne sont pas aussi connues du public qu'elles méritent de l'être par leur perfection. C'est pour cela même que nous avons cru devoir les signaler.
Je ne puis m'empêcher d'être surpris de ce que M. Duron n'ait pas exposé de bijoux.
En \iiô5 et en 18G2 on admirait, les comptes rendus de cette époque le constatent, ses bracelets, ses colliers, ses énfaux; cette année, il y a chez lui comme un parti pris de ne pas sortir des œuvres d'art les plus exceptionnelles. Nous déclarons ne pas deviner pourquoi.
Quoi qu'il en soit, nous constatonsen terminant que, si 11. Duron a remporté la première médaille d'or de la classe 36 qui comprend la joaillerie et la bijouterie, c'est absolument à l'éclat de son mérite qu'il doit cette distinction si recherchée des exposants.
A. Ciuinc.
Rome est le théâtre.» Cependant le juifrevint de Rome chrétien et baptisé; et comme le Florentin s'étonnait du miracle : « Il faut, répondit le nouveau converti, qu'une religion qui peut résister à tant de turpitudes et de vices, soitvraiment la religion divine. »
Certes, je ne veux pas comparer l'Exposition universelle à Rome catholique. Mais puis-
GIIKONIQUE.
scplembre.
Un Florentin avait pour ami un juif, qu'il avait converti à la religion catholique. Cependant le néophyte, avant de recevoir l'eau sainte du baptême, demanda à voir Rome, source de toute sainteté; et il partit. — « Allons! se dit le Florentin, ili'aut renoncer au salut de mon ami; il est impossible qu'il ne soit pas rebuté par tous les scandales dont
\ ASli DK M DL1UJ^. (Médaille d'or.J — Dessin de M. de katow
qu'elle a résisté aux mauvais restaurants, aux procès renaissants, aux chaises enlevées, aux programmes non remplis, aux défenses puériles, aux réglementations agaçantes, aux mécontentements absurdes, aux critiques passionnées, aux tourniquets et aux péages supplémentaires, — c'est que l'Exposition universelle est vraiment un spectacle sans pareil, d'un attrait irrésistible, un sujet d'étude ou de curiosité au-dessus de toutes les atteintes.
Malgré tout, elle datera dans le siècle, non pas seulement comme événement, mais comme inlluence. Elle deviendra un éternel sujet de comparaison entre le passé et l'avenir. Dans dix ans, à défaut d'autres expositions deve-
nues impossibles, faute de place, on dira : i< Voici quel était l'état de l'industrie dans le monde, en 1867 : voici où nous en sommes aujourd'hui. » On calculera, sur ce point de repère, si le monde avance ou recule, où est le progrès, la stagnation ou la décadence.
Encore une fois, c'est là ce qui explique le succès invincible de l'Exposition du Champ de Mars.
On ne peut pas le chiffrer par les entrées quotidiennes : car les tourniquets ne marquent le passage ni des exposants ni des abonnés. Ceux qui airivent, voulant tout voir, prennent un abonnement de semaine qui leur .
permet d'aller partout, en dépensant moins. Lenombrede ces abonnements (6 francs') va toujours croissant. Voiià pourquoi les chiffres dénoncés parles tourniquets n'expriment pas la recette véritable.
Dans les restaurants et les logements d'ouvriers disposés par la Commission d'encouragement , jamais les places n'ont été autant disputées. Le trop plein est partout.
Voici pourtant septembre qui pousse hors de Paris le monde de la chasse, des bains de mer, des villes d'eau. Rien n'y fait. Paris et le Champ de Mars sont les plus forts ; et tout y converge. Septembre est le milieu des vacances:
c'est l'intervalle entre les sorties et rentrées. Les recettes du Champ de Mars devraient se ressentir du vide laissé à Paris par les écoles buissonnières. Vous verrez qu'il n'en sera rien, tant l'Exposition est ancrée dans tous les projets de voyage ef entre comme élément principal dans le dressementde tous les budgets.
Tous les instituteurs de France sont venus toucher barres à l'Exposition. Quels germes précieux ils peuvent déposer dans l'esprit de leurs élèves en leur racontant ce qu'ils ont vu!
Pourquoi ne les a-t-on pas fait venir au 1" juillet, pour recevoir le grand prix qu'ils ont si bien mérité avec leurs cours du soir, qui, d'ici à peu de temps, — j'en ai la certitude, — renouvelleront la face intellectudle de la France ?
Les ouvriers et les étudiants de tout pays sont venus aussi par grandes bandes. Que vont-ils dire et du Champ de iMars et de la France? J'aime à croire, du moins, que nul n'aura à se plaindre de notre hospitalité.
Fil. DlCVlNG.
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