‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 22 sur 134 · PUIS DE L ABONNEMENT · texte numérisé non relu

PUIS DE L ABONNEMENT

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^ REDACTEUR EN CHEF s

Membre du Jury icternationai.

I COMITÉ DE RÉDACTIOW :

À MM. Armand Dumaresq, Erneat Dréolle, Moheno-Henriqui V Léon PLÉE, Aug. ViTU, membres du Jury interii.Uional,

Du 9 septembre 1867, Le Wddu Quart français {I grav.), par M, Fr. Du

cuing. — II. Le Jurij spécial: MM. Marne à Tours (3 grav.), par M, J. Laurent-Lapp. -> III, La manufaclure de Siores (I grav,), par M. Oclave Lacroix. — IV. La Coutellerie française (I grav.), jiar M. E. do la

Kédollière. — V. Le Treuil-Parachute Bernier (k grav.), par M. A. Chirac. — VI. La Bombe Thiercdinn grav.), par M. Meunier. — VII, La Machine de Marly (1 grav,), par M. Bùissay, — VIII, Chronique, par M. Ducuing.

Lfc VAL DU QUART FRANÇAIS. — Dessin uc jL W u

Vol. 11.

I,' EXPOSITION UNIVHRSKIJ.E DE 1 Sti7 ILLUSTREE.

Le Val du Qiiart français.

Depuis que le Mmiteiir a annoncé que les démolil'nns du Champ de Mars seraient mises en adjudication à partir du 1" novcinlire, nous avons dij nous t'-nir en mesure de prendre toutes les vues du Pare et du Palais dont l'aspect mérite de survivre aux ilémolilions, alin que ceux qui auront vu le Champ de Jlars dans sa splendeur puissent dire à ceux qui ne l'auront vu que comme champ de manœuvres : Voilà ce que vêlait.

La vue que nous repro luisons aujourd'liui est celle dont on jouit en sortant du Palais par le grand vestibule, et en regardant à sa dioite: c'est le vallonnement ménagé dans la diagonale du quart français par ce grand irtiste qu'on nomme }\\. Alphand, à qui on doit les ravissantes surprises du bois de Boulogne.

Reneontrant M. Alpliand, le I" avril, je lui hs observtr que e Champ de Mars mauquait de perspectives, tout en lui l'airaut compliment de la magique transformation qu'il avait opérée du soir au lendemain dans toutes les installations du Parc. Nous étions arrivés au seuil du grand vestibule ; et M. Alphand, sans lépondre a mon observation, me dit : Regardez ! en se tournant vers le vallonnement qui fait l'objet di- notre dessin. Je regardai en effet, et je vis des massifs de roses non encore ouverte!, des gazons déjà v rtSj bordés d'arbustes plantés de la veille-, et, au travers de ce val si bien décoré, une perspective qui s'éteudait sans interrup'ion jusque sur l'autre bord de la Seine.

« Quel dommage, m'écriar je, que cela ne doive pas survivre à 1 867 ! » Et sans plus insister, nous parlâmes du Jardin réserve et de tous les embellissen.euts — éphémères — qu ou y prodiguait.

A partir de ce jour, je me promis que si cet enchantement du Champ de Mars disparaissait coiume sous le c jup de bagueite d'une fée malfaisante, notie publication en conserverait non pas seulement l'image, mais la vie.

Le vœu que j'engageai alors, je l'ai renouvelé en lisant la note du /l/o)u'(cwr qui asoni»! le glas du Champ de Mars.

Heureux les Anglais! Après l'Exposition de l862, ils ont Sydenhaui. Que nous reslera-t-il apiès l'Exposition de 1867? Si tout doits'elTacer, au moiiiS aurons- nous conse rve le souvenir fidèle et la trace ineffaçable de cette oasis qui redeviendra demain le désert.

Fr. DucuixG.

Les Récompenses du jury spécial.

LA MjlISON ALFRED MA&]E ATOURS.

11 est une phrase qui circule depuis quelque temps dans toutes les bouches et qu il faut enfin citer devant la barre de l'opinion publique, pour qu'elle rende compte de son v ritable sens.

Cette phrase, la voici : VExposilion lif 1867 p.s7 la dernihre exposition que nous verrons.

Tout le monde n pète cela de confiance, et ceux qui I écoutent hochent la tète d'un air prnfonl. Plus d'un pourtant .le ceuxqui se font les colporteurs de ce propos, serait embarrassé d'y attacher un sens précis ou d'en donner une interprétation claire. Il s'agii donc de revenir jusqu'à la source et de rechercher l'impression qui a pu faire formuler pareil jugement.

Et dès l'abord nous trouvons que cette phrase remonte aux premiers jours de l'ouverture de l Expos tion, alors que les yeux éblouis, l'intelligence émerveillée du grandiose spectacle qui se déroulait au Champ de .Mars, les sensations se pressaient tumultueuses et se produisaient par les idées les plus variées. Le premier mouvement a dù être un cri d'almira ion, mais le second a été un sentiment de regret. On ne lera. plus rien de semblable, se disait-on; on est arrivé au nec plus ultra, et tant que la génération présente vivra, le souvenir qu'elle aura gardé de toutes ces merveilles empêchera que dans n'importe quelle capitale du monde on ose les ressusciter; et quand cette génération sera passée, notre livre — qu'on nous pardonne cet accès d'amour-p opre que le succès justifie — notre livre sera là comme les annales d'or que tout le momie voudra consulter.

Et certainement les hiureuses innovations mises en pratique a = Champ de Mars devaient conquérir tous les suffrages. Le Parc et ses édifices reproduisant les architectures de tous les pays suffisaient déjà pour justifier l'engouement le plus accentué. Il y avait là, de quoi frapper l'esprit des plus exigeants. Mais après qu'on eut eu le temps d'examiner plus au fond l'organisation même de l'Exposition, après qu'on se fut familiarisé avec le lO' groupe et sa haute signification morale, après qu'on eut compris toute la portée sociale delà création de ce groupe formé d'objets spécialement exposés en vue d'améliorer la condition physique et inorale de la population,— on dut convenir qu'il était difl'icilede faire mieux à l'avenir, et qu'il fallait se borner à imiter et à égaler ce qui venait d'être fait.

Il y a certaines nations en Europe qui ne se résoudront jamais à pareil rôle; et voila pourquoi il est possible de dire que

l'Exposition de 1867 sera la dernière exposition que nous verrons.

La création du 10' groupe — et par là nous entrons dans le vit' de notre sujet — eut pour corollaTK nécessaire la formation d'un jury spicial chargé de reci ercher et de siunaler à la reconnaissance publique les ét blissements et localités oii régnent à un degré éminent l'harmonie sociale et le Inen-èire des populations.

Sur un rapport de M. Rouher, ce jury l'ut ins'itué par un décret impérial et prit le nniii de jury spécial du nouoel ordre des récompenses.

Ce rapport établissait que les expositions ■ précedenies n'avaient pas mis en lumière tous les mériies qui contribuent à la prospérité de l'agriculture et de l iniu irie ; que cette prospérité n'était pas seulement' éial lie parla bonne qualité dfS produits et par la perfection des méthodes de travail, mais qu'' Ile dépendait aussi de l'heureuse condition de tous les producteurs et des bons rapports qui les unissent. Le mii istre proposait donc de décerner des récompenses aux personne-, aux élablissem' n'S ou aux localités qui, par ui e organisatio i ou des institutions r-peciales, avaient développé la bonne barironie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux, et avaient assuré le bien-être matériel, moral et intellectuel. Ce bien-être procure aux produclturs detout rjiigexàla localité que leur travail enrivbit, le hiemait dt- la paix publique.

A la tête du jury, comme président , furent placés MM. Ruuber, ministre d'État, de Forcade la Roquette, minisiie des travausp.blics, et le maréchal Vaillant, ministre des beaux-arts. Vingt autres membres, parmi lesquels toutes les nations venues au Champ de Mirs furent représei tees, formèrent le comité, qui s'adjoignit deux secrétaires et trois secrétaires des enquêtes.

Nous avons publié dans notre numéro 18le résultat des travaux de ce jury. Treize établissements furent récompensés, et entre autres la maison Mami de Tours, qui reçut, en outre, un grand prix pour ses produits d'imprimerie et de librairie.

A propos de ce grand prix, j'ai parlé longuement de la maison Marne, dan.s un précédent numéro. J'ai dit la beauté de ses éditions de luxe, la perfection de ses tirages, le modicité de |irix de bon nombre de ses produits. Les Jardins, la Touraine et les Caractères de La Bruyère, sont des chefs-d'œuvre de typographie.

Aujourd'hui nous donnons, pour expliquer la distinction accordée à cette maison par le jury spécial, trois vues de l'établissement de M. Marne à Tours.

Dès la fin du siècle dernier une imprimerie fut fondée à Tours par M. Amand Mania, père de M. Alfred Marne; mais ce n est que depuis 18-'r5quece dernier, résolu de donner à son industrie un développent nt qui la mît

L'EXPOSITION rXÏVKRSELLE !)E 1867 ILLUSTRÉE.

ransforma complètement les vieux ateliers, jtjeta les première^ bases de l't'latjiisi^emfnt [ui existe encore a' = to 'rd'hui et qui fu' ui'C liernière fois a^rtndi en 1859, ali qu*- I. Paul Manie fut appelé à pariager avec son lère la respon.^abililé de cetie vaste Oiitre' irise.

Par ure heureuse camhinaison MM. Marne int réuni dans leur main les industries dilerses qui doivent se mouvoir dans la même phère d'activité; ainsi celles de l'imprineur, dt! l'éditeur, du libraiie, du relieur, lu clicheur auxqi.el es viennent se joindre 3Ut un monde d<'- dessinateurs^ de graieurs,etc. Ils on^. é^aleme t voulu avoir chez ux toutes les matières premières qui connurent à la fabrication d'un livre; et u' e jnderie, une unine à encre, une papeterie, ine p*'au9terie se sont élevées à côté des ateei'8 de compo.'-ition, d'impression et de relure.

Chacun des servici-s de la maito'i est placé lOus la uirec ion d'un chef spécial, assisté de l'usieurs contre-maîtrps. Ces différents serlic-es sont installés Urgemtnl; partout il y a :e la place et de l'air. Les ateliers sont enourés de jardins, et l'enfant de l'ouvrier qui fétiulerait dans le domicile paternel, s épalouit en tiavail ani bt- Ion eew modestes forces, u milieu de l'excellent air qu'il respire et de (i propreté mit, utieu cqu'on luirtcomnia de.

Plus de mille ouvriers ^ontdir ctement ataches à la ma'son, plus de miPe Mutres traiaillent au dehors pour elle. Les .«alairessout 'Ihvôs, le chômasse n'existe jamais, ettoui le iionilc se r- ppel e au prix de quels héroïques acrilices M. Mame par^'int en 1b'i8 à ne loint fermer sa maison. Dans les diffi?r*^nts ttelii rSj il existe aus^i des caisses de secours lour les maladfs, cri ces sous l'inijiulsion ei. ilacées sous la protection de M. Mame.

La po, ulation de Touts connaît M. Mame e longue date; elle sait que, dans le nialleur. elle peut compter sur lui.

Dans l'aielier d'impression on a établi jutes les nouvelles machines qui, depuis uelques années, ont été inventées pour r.'ondre au besoin de production toujours pins roissant de jour en jour. Et, dans la maison b'ame, la pniducti-.n est énorme. Plus de mgt mille voIuniHS sorn^ni par jour de s s fesses, ce qui élève le résultat de la pio- (iction au chiffre pro ligieux de six millions 3 volumes par an.

l Son atelier de reliure est sans analogue en rance. P usieurs centaines d'ouvriers des 3UX sexes y trouvent une occupation quotilennc: une de nos gravu représente c lté iclie d'abeilles. La piomptiiuUe dans l'exéiition, l'élégance et le goût du travail, la lodici é du prix, sont les mérites qu'il laut gnaler dans cette branche de service.

1 L'atelier de composition et le magasin de [jrairie, dans lequel il règne une activité qui )m;ile d'abord incompatible a\c l'ordre

qu i' 'ain }i>.iii-i-,> l y i L'CuiindÎLi r. Mmt un ménagées avec les même - avantages.

l'n esprit d'oignri.S'jtiou horo ligne a vei lé et veille em;ore t -us les jo «rs à Tadminist a- (ion de cette vill- du travail.

Non, le jury spé''ial ne s'est pas trompé en accordant une récompense supérieure à M\L Mame. Leur é ab'issement i^eiit servir dp modèle pour aviir rempli toutes i-^s conditions du pr-'uramme, et il est édilia it )|u'il en soit ainsi, pour l'honneur de la prol'-^ssion libérale qu'ils représent-m, de celle proiession qui, la première entre toutes, répand les lumières dans le peuple.

J. Lalirknt-Lapi».

La manufactiire impériale de Sèvres.

Nous lit-oiis dans l'Eci'iiure que le Seigneur, qui jeûraitpt priait au désert, lui tenté [)ar le démon. Satan s'approcha de lui et lui parla en ct s termes :

« Ordonne que ces pierres deviennent du pain ! »

Jési s répondit lièremont, et, d'un mot, il ferma la bouche impure qui le provoquait.

Aujourd'hui les pierres et l'argile , grâce au génie Itumain et à l'industrie, qui n'. nl rien de diabolique, je l'espère, mai» qiip le souffle de Dieu commande plu ôt el qu il dirige, aujourd'hui l argile et les pierres se traiitrormenl ei. se transfigurent eu matières délicates et fines, aussi [irecieuses que lis p ries les plus rare» et que iei plu^ recherchés des métaux.

C'est Dieu qui, le premier, a moulé et modelé l'argile, et l'homme, par ses origines mêmes, par l'instinct de ï-a propre nature et rins( iraiion l'e son Gré 'teur, a dû être po( té de bonne heure, ce mtî semble, anx travaux de la polerie et de la céramique.

L histoire de ces travaux serait curieuse et instructive plus que bien d'autres. On y trouverait 'es ()rogrè8 successifs et les pertVctiun nomentsd'un art digne de toute ailentiim et de toute estime, qui est inséparable de tous les autres avanceaien s matériels et moraux, et (jui a cummenLé'probableinenL avec uotie race.

Je ne saurais penser, eu etTel, que les premiers individus deres()èce huma ne se soient Innutemps r^ signés à boire dans le creux de leur main. C'était là un vase trop primiti', trop rudimeniaire, trop imparfait, el au(]uel on auraii pu appliquer à bon droit ce que dit Ho- ace: Plv/nis rimai'iim smn ; hue alqtie illuc perflao. . . .

H en!ùt des bergers ingénieux jugèrentque les cornes de leurs bouci^, de leurs béliers et de leurs taureaux é aient des vasrs donnés par la i ature. L-i su trouve l'etymologie vé-

ntJibie de eeLlr jippellaiion géneriÉlti de l'iiiiNu/Ltc, qu'on applique à ti-us les uuvragesde p'.terie. On tailla, un sculpta, on embellit tant qu'on p t ces curnes si cimunodes qui servaient à plus d'un usagf : ell-s lecuedlaient et conservaient l'eau fraîche des repas, puis, le soir, rempli s d'un air sonore, elles rappoliient et ramenaient les troupeaux de tous les coins de l'hor zon.

Mais l'invention iillant toujours en avant ei à la découverte, on e larda pas à mnployir le limon des fleuves, ou celle terre glaise malléable et grasse, qui s'assouplit sous les doigts au gré de toutes les volontés el de tous les capric'^s, et qui, dure e au soleil ou cuite devant les cendres du loyer, garde l'empreinte qu'elle a reçue.

Dès lors il y eut des p'iiicrs^ et bien que ces ouvriers primitifs aient borné le rs ouvrages aux usieusiles de la maison et de 1 Viable, on ne craignit pas de les mettre au rang des artistes. Les Grecs les combldienc d'honneurs, ei pus tard, à mesui;;^ que le niétier, en (|uelque sorte, s'épura, à mesure que la matière, de plus en plus ducilr aux inains sava^t^■s ipii la façonnaient, prit des ennloursélégants et d s lignes harmonieuses, lad inralion et l'engouement s'élevèrent et L!randir«-nt.

Hérodote et Homère ont célébré les potiers de leurs temps, et souvent, dans les auteurs de bucoliques et d'idylles, nous voyons que 'e prix, du poème n'était autre chose qu'une belle ct.upe de terre pleine d un Idil ■ avoureux el l'umaiil.

U serait trop long d entrer ici dans les d-v tails eide montrer (îombien tous les peuples de l'antiquit-, a l'orie t et à l oecidenr, l s Égypt eus, les Chaldéens, les Grecs, les H >nhiins ont perfectionné d âge eu âge 1 art de la polerie, et comment, après des va- es poreux, ils eurent des vases glacés et vern s avec i.n*i couehe de terre viirifiablc et ipii, — lampes, janes, cruLhes, amphores, — affedanl des formes d oiseaux, de re{>tiles, de monstres, étaient desiinés tantôt à renl' nner l'huile ou le vin, tantôt à préserver les ptrt'ums consacrés aux divinités de la nation.

On assure que déjà, en plein moyen âge, les Chinois av. dent inventé a porcelaini proprement dite ei qu'on fabriquait pour le palais du Fila du Ciel « des coupes bleues comme le (i) mamen , tel qu'on I aperçoit après la jiluie dans l'intervalle des nuages. » Edes étaient, dit encore l'auteur chinois, « b eues ooruine le ciel, brillanles comme un miroir, minces romme du papier, sonores comme un khijig harmonieux, polies et luisantes, i,t he disiinguaient autant par la finesse des veines "u de la i:raquelure (jue par la beauté de id cotieur »

C'est M. Stanislas Julien, dans son Histoire et fabrication de la porcelaine chiiioise, qui a tr- duit ce térao^gna;ie du degré de perfeclinn et de richesse où l'ai L de la céramique e-ait parvenu en Chine dès le moyeu âge. A ce ta-

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