BOURGEOISE DE VALI NLE
PAYSA.^i' CAÏALA^I.
M. Genier.
Quelque place qu'un homme ait occupée de son vivant dans l'histoire de son pays, deux mètres sudisenl à recueillir son cadavre, une phrase d'un philosophe résumera sa vie ! En est-il donc de même de la Perse, et l'art, l'intelligence, les travaux, l'agriculture, l'industrie de ce vaste pays peuvent-ils donc se résumer dans quelques mètres carres?
Que la Perse médite la loi moderne qui s'impose aux nations et qui veut que nul ne possède qu'à la condition de l'aire tourner au profit commun sa part de propriété !
l.a Turquie et la Russie connaissent trop bien celte hase essentielle des nationalités modernes, pour que la Perse n'y voie pas un grave sujet de réilexiun.
VlCTIJB Cossiî.
L'Impriipeîie et la Librairie étrangères.
Avant de commencer notre étude sur l'imprimerie et la librairie dans les pays étrangers, il nous faut revenir sur notre premier article (liv. 23) qui a valu à notre rédacteur en chef, M. Fr. Ducuîng, une communication ollicieuse, pour ne pas dire un comtnuniqjié olViciel, de la pari de M. Anselme Petetin^ directeur de rimprimerie impériale et conseilltr d'État.
Si VEœposiiiou wiiverseile iiluslrée avait le caractère d'un journal ou de toute autre publication éphémère, il nous aurait été possible d'insérer la lettre de M. le conseiller d'État, directeur de l'Imprimerie impériale; nous aurions pu la commenter à notre tour, et longuement discuter chacun des faits avancés de part et d'autre.
Mais nous ne devons et nous ne pouvons pas perdre de vue, que toute polémique dans un ouvrage qui est un livre et qui restera comme le seul et unique souvenir de l'Exposition universelle de 1807, serait chose oiseuse, peu digne du cadre adopté, de la grandeur du sujet et de l'importance des matières. Noua ne pouvons donc que résunier les principaux points sur lesquels postent les rectifications de M. le conseiller d'État, etresteindre notre réponse à quelques courtes observations.
IM. le conseiller d'État noub affirme d'abord que l'Imprimerie impériale n'émarge dans aucun budget et ne touche un centime ni à titre de dotation, ni à un litre quelconque; qu'elle ne trouve ses ressources que dans le payementde ses travaux. Il avoue que ses tarifs sont fixés par un décret annuel, et qu'elle est obligée d'exécuter pour l'État des travaux considérables dont les frais ne lui sont point rembouri^és, comme le Bulletin des /o/.s, les Mémoires de Clnstihit, etc.
M. le conseiller d'État nie aussi que l'Imprimerie impériale entre en concurrence avec
l'industrie privée, et proteste formellement contre notre assertion qui tendait à établir que son administration cache ses procédés et ses movens d'exécution, et refuse de les communiquer aux intéressés del'industrie privée.
Notre réponse sera courte et consistera en une seule question. Si le ministère ne donne aucune subvention à rimprimerie impériale; si cet établissement, avec beaucoup plus de charges que l'industrie particulière, avec un matériel beaucoup plus considérable, prend moins d'étoffes, et que d'après un rapport célèbre de M. F. Didot, que nous pourrions citer, il est prouvé qu'à Aô 0/0 d'étoffes un imprimeur perd de l'argent, chiffre qui a été contrôlé et approuvé par plus de cent imprimeurs ; si l'Imprimerie impériale est forcée ]jar les rèiiles de la comptabilité publique, de clore définitivement ses opérations à la fin de chaque exercice, et ne peut, comme un simple particulier, dissimuler ou réparer les pertes d'une année parles bénéfices de l'autre, comment peut-elle exister et d'où tire-t-elle ses ressources? La lettre de M. le conseiller d'Ktat n'a pas éclairci ce mystère, et nous restons dans les ténèbres, que la supposition d'une subvention payée au bout du compte avec l'argent des contribuables, vient tout iiaiurellement dissiper.
Quanta la seconde partie du plaidoyer de ]\1. le conseiller d'État, on ne peut y répondre que par des faits. V.ea faits, nous atïirmons les posséder, et nous les tenons à la disposition de M. le conseiller d'État; mais, comme nous l'avons dit plus haut, en raison même du caractère de cette publication, nous ne croyons pas devoir entrer dans une polémique de diversion.
Nous avons la mauvaise habitude en France, qu'il s'agisse d'arts ou de sciences, de ne connaître que nos illustrations et de ne faire cas que de nos célébrités. Ce travers d'esprit, que la vanité nationale autant que le manque d'instruction et du désir d'en acquérir peuvent expliquer , esf un des grands reproches que les peuples de l'Europe adressent à la France. Nous ne connaissons pas les artistes étrangers et, pour ne citer qu'un exemple, !a supériorité des sculpteurs italiens, qui ne sont pourtant pas nés d'hier, a éclaté comme un coup de foudre à l'Exposition de 1867. Il en est de même pour les représentants des arts libéraux. Si tout le public lettré sait ie nom des Mame, des Didot, des Hachette, des Claye, des Best, peu de personnes en France ont entendu prononcer ceux des Giesecke, des Devrient, des Cotta, des Broekhaus, des Clowes, des Sonzogno, etc.
L'Exposition a pu révéler au moins à quelques esprits sérieux toute l'importance de ces maisons, dont la réputation est européenne et auxquelles la France seule peutêtre n'a pas donné lebaplême'de la célébrité. J'ai dit quelques esprits sérieux, car la foule,, cela devient malheureusement tous les jours
plus évident, s'amuse et s'arrête, au Cha.mp ^de-Mars, aux bagatelles de la porte et aux !i' exhibitions qn'oo a durement mais justementii^! qualifiées de foraines. 'i'
Après une étude comparée de la typographie chez les divers peuples, on arrive à !a conviction que les procédés se généralisent! i' aujourd'hui, que les types perdent leur na- t' tionalité. On ne peut plus constater de diffé-i rence notable ou originale dans ce qui touche à la composition et au tirage. Les machines seules, auxquelles nous consacrerons un article spécial, établissent par leurs combinaisons diverses, par leurs perfectionnements ingénieux, des supériorités et des infériorités. ^ L'Amérique l'emporte sur tous les peuples i': par ses machines à journaux, à réaction, à labeur, etc. Mais pour l'impression, le point 'jde vue de la vente et non celui de l'art guide Jf les imprimeurs et les éditeurs du nouveaui ^ monde. On n'y produit à peu près que des ^ journaux, et les ouvrages qui, pour la plu- ^ part, sont des traductions ou des reprodnc- i'' lions, sont avant tout mis à la portée du grand % nombre et exécutés avec cette rapidité qui ■ exclut toute possibilité de soins. Les types qu'on emploie sont ceux qui sont usités en Europe. !
L'Angleterre, par contre, se distingue par * un type qui lui appartient en propre. Ce type maigre, allongé, ayant en raison de sa maigreur beaucoup de blanc dans sa structure, st dans son œil comrrie disent les typographes, if est cependant assez étroit pour mettre plus de lettres dans une ligne. Comme ce carac- il tère est très-haut et que d'autre part fort !i souvent il n'est pas interligné, les lignes se i touchent presque et la lecture d'une page h ainsi compo'^ée devient fatigante. L'impression anglaise est toujours soignée; le papier est généralement beau et les encres sont noires et de qualité fine. On remarque ccpen- ' dant dans les titres un comp'et manque de ^ goijt, une alliance bizarre et choquante du classique et de la fantaisie. La librairie an-j glaise professe une grande prédilection pour : ria-18 Charpentier, qu'elle s'obstine à nom- 1| mer format anglais, mais qui appartient bien j. réellement à notre éditeur. I
L'Allemagne afléctionne les pages longues i et étroifes, ce qui donne à ses éditions une allure et un cachet tout à fait à part. Plusieurs essais ont été tentés pour réagir contre cet erreuient, mais ils ont échoué pour être tombés dans l'excès contraire, le format carré. Aujourd'hui encore l'Allemagne n'aborde qu'avec une certaine défiance l'in-l 8. Quelques rares éditeurs , à leur tête Cotta de Sluttgard , ont commencé des bibliothèques. Mais l'inquarto, l'in-octavo, l'in-douze régnent presque absolument en Allemagne.
La Belgique, en toutes choses, et en imprimerie et en librairie comme pour le reste, imite , les autres peuples. Ce qui, en outre, tue la grande typographie en Belgique, c'est qu'il y a presque autant d imprimeries que decom-
[.'EXPOSITION UNIVERSKLLE DE 18(37 II.l.USTRÉE.
)siteurs. Nous l'avons déjà dU, dans noire ■emier article, une profession comme celle-ci ïpeut progresser qu'à la condition de ne pas sperser les forces, et de ne pas diviser les ipitaux et les capacités.
L'imprimerie nationale du Portugal emloie un type qui e6l un compromis des fférents caractères adoptés en France ; elle efforce d'imiter lesbonneséditionsfranraises réussit parfois avec assez de bonheur. Tan- 13 que la typographie prog resse dans ce pays, le décline en Espagne, où l'imprimerie naanale de Madrid, par un décret de la reine 1 date du 25 avril dernier, vient d'èire suprimée, parce que, « loin de remplir, dit le ipport, l'objet de son institution, elle est lutile au service public, improductive, néreuse à l'Ëlat, et préjudiciable au doveippejnent de l'industrie privée, n
La Russie enfin par son exposition est inirieure à ce que produit notre im'primerie npériale avec des caractères russes, cEl Italie 'olïre dans ses types ni originalité ni éléance.
Après cette revue sommaire des peuples, eus citerons, tout aussi rapidement, les laisons étrangères qui, par le développement e leurs travaux, se sont réellement créé une osition hors ligne.
Luttant de près avec le grand prix remlorté par la France, avec la maison Mame , e placent d'abord MM. Giesecke et Devrient, e Leipzig (médaille d'or). Les imprimeurs ,e Paris peuvent encore envoyer leurs iils miser à cette source des bonnes traditions; is y trouveront les dignes successeurs des naîtres du siècle dernier. L'habileté des ouvriers spéciaux, compositeurs, iniprineurs, conducteurs, la bonne direction, le ;hoi\ des types, des papiers, des encres, etc., loiment une haute valeur aux travaux de :elte maison qui réunit toutes les profesions qui concourent à la confection d''un ivre. MM. Giesecke et Devrient ne sont pas es seuls à soutenir la vieille réputation de xipzig. M. Brockhaiis, qui a obtenu une niélaille d'argent, expose aussi quelques ouvra- •es remarquables.
.4près Leipzig il convient de placer l'imirimerie royale de Berlin, qui n'expose que les billets de banque, des actions, du i:)apier-monnaie, mais qui, dans ce travail, iîst arrivée à une rare perfection.
L'.MIemagne est la terre classique de la ypographie. Chaque état presque possède une maison célébra. Ainsi le Wurtemberg □eut se glorifier d'avoir le plus populaire des 3diteurs, M. Cotta, qui certainement a mon- ',ré le chemin à M. Hachette eu fait de vulga- ■isation et de développement du commerce des livres. Lb jury a décerné à M. Cotla une médaille d'argent, et c'est à peine justice quand on examine les belles impressions que cette maison produit en quantité. .Nous ne L'itérons qu'un Faual., in-folio, avec gravures I5U1' bois et compositions en taille-douce in-
tercalées dans le texte. Cet ouvrage rivalise avec ce que nous pouvons produire de mieux. Le tirage est très-beau, très-net et très-suivi, etles caractères sont d'un choix fort heureux. A côté il faut admirer un Schiller d'une exécution parfaite également. Les gravures sont remplacées par des photographies, et une riche reliure en velours, ornée d'un portrait en ronde bosse du poëte allemand, ajoute à la valeur du livre. Dans les éditions courantes faites avec im soin extrême, il faut nommer les œuvres complètes de Schiller, en douze Volumes, un Lessing, en douze volumes également, et puis cette magnifique colleclion de classiques grecs et latins que les Didolont exécutée avec plus de luxe, niais sans l'immense avantage de les mettre à la portée, comme prix, de l'écolier et de l'étudiant. La maison Cotta joint donc au mérite stérile de produire des chefs-d'œuvre, celui beaucoup plus fécond de publier de bonnes éditions soigneusement composées et tirées, pouvant entrer dans la bibliothèque la plus modeste, et payant au talent ou au génie de l'auteur le tribut d'une exécution digne de l'œuvre.
La Bavière a envoyé M. Hallberger, de Munich, dont la collection de gravures est fort remarquable; M. Pustet, de Ratisbonne, qui a obtenu une médaille d'argent pour ses bréviaires et ses bibles ; M. G. Manz, également de Ratisbonne, qui expose des livres de grand luxe.
En Autriche quelques maisons se recommandent par leurs travaux; entre autres, M. Braumiiller, de Vienne, qui a offert à la bibliothèque de Paris les nombreux ouvrages de son exposition qui traitent de sciences naturelles, de chimie et de mécanique.
En Angleterre la ma. son Clowes et fils, de Londres, hors concours comme faisant partie du jury, a été rangée par ses pairs parmi les titulaires des médailles d'or. Cette imprimerie s'est presque exclusivement consacrée aux ouvrages de sciences naturelles, et il n'y a que les maisons Didot et Martinet, de Paris, qui soient capables de lutter avec elle pour l'impression des livres de botanique et de médecine. Elle a également fait quelques excursions dans le domaine de la jurisprudence. La maison Cassell, Petter et Galpin, dont on admire les belles reliures, édite une bibliothèque in-18 qui rappelle notre format Charpentier; elle a obtenu une médaille d'argent. .M.Vl. Spottiswoode et Cie,
— également une médaille d'argent, — exposent une magnifique édition de Shakespeare, et MM. Low et Marslon, un «Miltons Paradise lust » de toute beauté. La Société biblique britannique étrangère enfin donne un spécimen des 170 langues dans lesquelles elle imprime la Bible. Beaucoup de ces langues sont imprimées en caractères latins. — Pourquoi'?
— Parce que, répond la Société, beaucoup de ces langues se parlent, mais ne s'écrivent pas. — Comment les peufilades qui les parlent pourront-elles alors les lire'?
En Italie, la maison Edouard Sonzogno, de Milan, qui a des succursales à Florence et à Venise, se fait le représentant de la France. M. Sonzogno est le vulgarisateur de notre littérature et de nos idées. Correspondant de nos grands journaux et de nos éditeurs, avec un tact et une intelligence rares, il fait traduire nos meilleurs ouvrages et crée entre les deux nations une sympathie qui prend sa source dans une communauté d'idées et de principes.
Nous avons terminé cette revue, sommaire pourtant, non sans peine, nous devons l'avouer. Par une fâcheuse coïncidence, aucun des exposants n'a au Champ de Mars un représentant convenable qui pourrait initier les visiteurs à certains détails que l'examen le plus consciencieux et le plus approfondi ne peut révéler, 'fout est abandonné à l'amabilité de MM. les gardiens, qui ne se souviennent pas assez qu'ils sont payés pour satisfaire à toutes les demandes du pubbc. Ils possèdent les clefs des vitrines dans lesquelles sont renfermes la plupart des livres, et ce n'est qu'avec une mauvaise grâce parfaite qu'ils se décident, après réquisition réitérée des curieux, à les ouvrir. Tout visiteur pour eux est un ennemi qui porte atteinte à lepr droit à la paresse et à la somnolence. Cet état de choses est très-nuisible aux intérêts des exposants, et il serait facile de prouver que le public ne s'arrête que là où il peut toucher ou voir à son aise.
J. Ladkfm-Lapp.
Barthélémy Thimonnicr. — Elias Howe.
Wheeler et Wihon.
MACHINES A COaDRE.
L'histoire de la machine à coudre est des plus embrouillées ; bien que son origine ne se perde pas dans la nuit des temps, il est impossible cependant de démêler du premier coup, dans la cohue des prétentions rivales, plus ou moins patentées, brevetées ou médaillées, quel est l'auteur véritable de cet ingénieux instrument de travail.
Au dire des Américains, qui, s'il fallait les en croire, auraient tout inventé, c'est à eux qu'en revient l'honneur.
Thomas Slone et James Hendrion se seraient fait breveter dès 1804 pour une machine qui devait remplacer la main dans le travail de couture; mais les procédés de ces soi-disant inventeurs étaient si informes, et présentaient, au point de vue du mécanisme, des inconvénients si grands que l'application en fut jugée et reconnue impossible.
Après cet aveu dépouillé d'artifice, fait par
les Américaios eux-mêmes, que devient leur prétention à la découverte et à l'installation de la première machine à coudre?
Il est juste de dire qu'ils ne s'en sont pas tenus là, et qu'à la suite de ce premier essai insignifiant, i's en ont fait beaucoup d'autres dont le résultat n'a pas été plus heureux.
\o\\'d donc une invention à laquelle, bon gré malgré, messieurs les Américains sont l'orcés de renoncer.
Et d'ailleurs n'est-ce point assez qu'un des leurs s'en soit adroitementassuré lemonopole et adjugé les plus gros bénéfices, sans qu'ils viennent encore s'en attribuer l'honneur"? Ce serait vraiment trop de moitié.
On a dit que la France était assez riche pour payer sa gloire, soit; mais quand elle l'a payée, elle doit au moins avoir le droit d'en jouir paisiblement, et il est tout naturel qu'elle trouve mauvais qu'on la lui dispute. Sur le terrain industriel, elle n'est pas plus disposée aujourd'hui à le souffrir que sur tout autre. Qu'on le sache et qu'on se le dise.
llàton.s-nous donc de rendre à César ce qui appartient à César, c'est-à-dire à un pauvre tailleur d'Amplepuis, à Barthélémy Thimonnier, l'honneur d'une invention à laquelle il a tout sacrifié, ses ressources, ses forces et sa vie.
Quel rude et douloureux métier que celui des inventeurs! Trop souvent l'antique légende de Prométhée devient pour eux une lot fatale. Thimonnier l'a tristement subie.
Aujourd'hui que le nom de l'Anglo-Américain Elias Howe, et que son effigie, imitation maladroite, contrefaçon ridicule de celle de Franklin, rayonnent sur toutes les machines à coudre, qui pense au véritable inventeiir'i'
La célébrité, comme la fortune, est à ceux qui réussissent.
Barthélémy Thimonnier, oublié et inconnu de tous, est mort dans la plus complète misère, laissant, dénués de ressources et sans
pain, une veuve infirme et quatre enfants qui végètent obscurément aujourd'hui dans une ruche manufacturière ; mais, par contre, Elias Howe, qui a eu l'adresse de s'emparer de son œuvre et de s'en faire garantir la propriété et l'exploitation exclusive, est aujourd'hui quatre fois millionnaire, très-considéré de tons et presque illustre.
Nous douions qu'on puisse jamais trouver un exemple plus frappant et une preuve plus doitloureuse de la vérité du sic vos non vohis.
L'histoire de M. Elias Howe serait assez curieuse à raconter, car elle est très-mouvementée et très-accidentée. S'il est arrivé au succès et à la fortune, il le doit beaucoup '
plus à son habileté commerciale qu'à son génie d'invention.
Employé à Londres, comme ouvrier, dans les ateliers de MM. John Fischer et Gibbons, où l'on s'occupait particulièrement des modifications et des perfectionnements à apporter à l'œuvre de Barthélémy Thimonnier, Elias Howe, las de travailler pour le compte des autres, se croit un jour assez fort pour voler de ses propres ailes : il s'établit, fait de mauvaises affaires, et prenant bravement son parti, il transporte en Amérique, dans les les Etats-Unis, ses deslinées errantes.
Son premier soin, en arrivant à New-York, est de s'assurer par un brevet le monopole de ' la fabrication et de la vente du Coxiso-brodeur
I de Thimonnier, modifié et perfectionné par
I M\I. ,)ohn Fischer et Gibbons.
Mais comme il connaissait de longue main le caractère de son nouveau public et qu'il était sûr de s'en emparer en l'attaquant par son côlé sensible, il donna au Cmiso-hrodeur le nom de Mo.chine américaine.
Ce fut de la part de M. Elias Ilowe un coup de maître : la vanité des Yankees se trouva flattée au plus haut point; on ne jura plus que par l'illustre inventeur, et à partir de ce moment, sa fortune fut sinon faite, du moins assurée.
Aujourd'hui, tous les constructeurs de machines à coudre sont ses tributaires, nonseulement en Amériquemaisdans une grande
partie de l'Europe; et oliose étrange! ceux qui pourraient impunément secouer ce joug et s'alîra' cliir de l'impôt dont les frappe M. Elias Ilowe en vertu d'un privilège qui lui procure un revenu princier, ceux-là subissent sa marque de fabrique, son estampille et parent de son portrait leurs macbines comme leurs prospectus.
MM. Wheeler etWilson, les derniers venus dans laconstruclion des machines, bienqu'ils aient su, par une habileté universellement reconnue et par les ingénieuses et très-importantes modifications apportées au système exploité par Elias Howe, se placer au premier rang des conslrucletirs, n'ont pas cru pouvoir eux-mêmes se soustraire au tribut commun.
La médaille d'or qui vient de leur être décernée, constate cependant qu'auçune des machines sorties des ateliers de construction deJl. Elias Howe ou de ses principaux tributaires, ne réunit les qualités de simplicité et de solidité de mécanisme par lesquelles les leurs se distinguent entre toutes.
Dans leur mactiine, remarquable par sa forme et son éléuance, ils ont substitué à la navette, un petit disque plat, tournant au moyen d'une roue à pédale, avec une vitesse constante sur un plan vertical. Ce disque porte, sur la plus grande partiede son pourtour, un bord saillant, arrondi, ayant la forme d'un croissant, dont les cornes émoussées se détachent. un peu du disque, afin que l'une d'elles puisse accrocher la boucle de fil que lui présente l'aiguille en descendant. La bobine, circulaire et mince, ressemble à celles qui sont employées dans les métiers à tulle, ce qui permet d'y mettre cinq ou six fois autant de fil que sur la bobine delà navette des machines à coudre ordinaire. Elle repose, avec un grand jeu, au milieu du croissant, soutenue entre le disijue et un petit support fixe qui met la boucle, accrochée par la corne, en élat dépasser autour delà bobine commedans certains métiers pour les filets de pêche. Celte machine est la plus simple de toutes, et malgré la grande précision qu'elle réclame dans son exécution, le prix n'en est pas plus élevé quèceluides systèmes les plus imparfaits.
L'élégance, la perfection du travail, la simplicité, la solidité du mécanisme et la facilité de la manœuvre, telles sont les qualités essentielles que réunissent les machines de M.\L Wheeler et Wilson et qui constituent une supériorité que le jury a, d'une voix unanime, reconnue et proclamée.
A ces messieurs, la médaille d'or a été adjugée comme conatrucleunt th machiner;
A M. Elias Howe, la même médaille a été accordée çomme propagateur.
La distinction faite par le jury s'explique d'elle-même : la différence de mérite que doit faire le public entre l'homme de science pratique et l'industriel.
M. Elias Howe a en outre obtenu la croix.
Cette distinction aurait cté plus justifiée après qu'avant le procès qui lui est intenté aujourd'hui.
. Le couso-brodeur de M. lîarthèlemy Thimonnier, avait besoin, pour recevoir son entier perl'ectionnemcnl, de passer par les mains habiles de ILM. 'Wheeler et Wilson. Aujourd hui, grâce au bon marché auquel ils ont établi leur nouvelle machine, cet instrument de travail est accessible à tous. Sa simplicité lui assure non-seulement une place dans la chanibrette de l'ouvrière, mais sa forme élégante doit en outre la faire admettre dans les plus somptueux salons.
l'iiosriiit Poitevin.
GROUPE m. — ULASSE 21, L'Orfèvrerie de M. Veyrat.
On voit dans la rue de Lrance, vis-à-vis l'entrée du salon de la bijouterie, une charmante statue qui représente Ganymèile enlevé par Jupiler. Ce sujet allégorique est de ceux qui conviennent merveilleusement à l'ornementation des pièces d'orfèvrerie qu'il est de mode de placer en surtouts de table. L'auteur du GamjmMe est M. Moulin; cette œuvre lui a valu, ainsi que nous l'avons déjà dit dans une revue générale de l'orfèvrerie, une récompense au salon annuel.
Mais ce n'est point seulement à cause de son mérite incontestable que nous avons reproduit cette délicieuse statue. Elle est pout nous le type des tendances artistiques d'un exposant digne d'encouragement, M. Veyrat, récemment nommé juge au tribunal de commerce. C'est dans les vitrines de M. Veyrat que figure la réduction de l'œuvrede iM. Moulin.
Sans doute afin de conserver à l'artiste tout le mérite artistique de son œlivre, M. Veyrat n'a pas fait retoucher cette pièce à la ciselure, car la retouche est ordinairement inilispensable quand il s'agit de préparer un modèle pour les opér'Utions de la reproduction rnélallique.
La reproduction du Guiiymède, telle que M. Veyrat se propose del'exéculer indique que sa fabrication est entrée deiiuis plusieurs année déjà dans la voie de la grande orfèvrerie massive.
Pendant quinze ans M. Veyrat a lutté avec avantage contre le plaqué anglais. C'est en 1830 qu'il eut l'idée d'appliquerà l'orfèvrerie d'argent le procédé usité pour la fabrication du plaqué ordinaire. Il fut imité par ses confrères, et l'on peut dater de cette époque le
gland accroissement de l'exportation fra çaise pour l'orfèvrerie.
Les procédés du tour et de l'estampa permettent de fabriquer à des prix rela vement très-bas. C'est ce qui explique la p sence dans la vitrine de M. Veyrat de diyei objets d'apparences absolument les même!
et qui sont cotés cependant à des prix noti blement différents.
Or, ce qui dislingue l'orfèvrerie d'art pro prement dite de l'orfèvrerie ordinaire, c es " l'usage du marteau, de la fonte et de la ci il^ selure pour la première; du tour et de l'es ^ tarapage pour la seconde. On comprend vit ^ combien le travail manuel et tout artistiqU du premier procédé entraîne des frais supé rieurs à ceux des moyens mécaniques du se cond procédé.
La fabrication deM. Veyrat a constammeni suivi une marche ascensionnelle. C'est ainsi que lorsque les brevets galvaniques d'Elking ton et de Ruolz tombèrent dans le domaini public(l^<5.'i), cet exposant organisa dans seall' ateliers l'exécution do ce genre de produit! auxquels la maison (^bristofle doit sa célè brité.
.le terminerai cette courte étude de l'orfé vrerie de M. Veyrat, en faisant remarque que c'est à une persévérance digne de tous nos éloges que cet exposant doit le rang élev auquel il est parvenu, et que parti, en 1815 d'une petite échoppe de la corderie, il est arrivé à posséder aujourd'hui l'un des établissements les plus imporlan ts de Paris, par l'aménagement et le nombre des ouvriers.
A. CiiiiiAc.