K. IIIÎIIT
ConceBsionnaire du Catalorjuc officiel, éditeor de lu CommissIoD
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RÉDACTEUR EN CHEF
Membre du Jury inlernatîonal.
COMITÉ DE RÉDACTION
MM, Armand Dumaresq, Ernest Dhéolle, Moreno-Henrjquez Léon PI.ÉE, Ang. ViTU, membres du Jury international. '
Du 19 Septembre 1867.
I. Les Klvffes de Paris : Clause 29 (I gr;iv.), par M. Prosper Poitevin. — II. Les Harnais du cheval de Mohammed
(! grav ), par M. Octave Lacroix. — III. Les Gauchos de r Amérique du Sud {Z grav.), par M. Krnest Dréoîle. — IV. Les abords de' la Parle d^Iéna (I grav.), par M. Fr. Diicuing. — V. Le. Promenoir et son éclairage (1 grav.), par M. Fr. Diicuing-. — VI. L'Isba tinsse
(l grav.), par M. H. de la Blanclière. — VII. La Rue d'Alsace (1 grav.), par .M. J. Laurent-Lapp.^ Vill. Les Faïences italiennes (1 grav.), par M. Emile d'î la Tiédollière. — IX. Chronique, par M. Fr. Ducuing. — 10 gravures.
IW L'EXI'OSITION UNIVERSELLE DE 1867 ILLUSTRÉE.
Les étoffes de Paris.
Oojcz-vous, en bonne conscience, qu'il soit, non pas facile mais seulement possible d'apprécier la qualité et la valeur d'un tissu, sans le touclier de la main et des yeux, le tourner, le retourner, le considérer sur toutes ses ficc-s el sans se rendre compte, avant tout, de la nature des divers éléments qui sont entrés dans sa fabrication ? Le plus expert déclarerait assurément la chose impossible: il n'est pas d'œil si sûr et si bien exercé qui, à distance, ne soit exposé à mal voir et à se tromper; et, dans un pareil cas, on comprendrait trèî-bien que le juge le plus compétent se récusât, faute de lumières suflisantès.
Eh bien, ce que ferait le plus habile, ne sommes-nous pas fondé à le faire, et aujourd'hui ne pouvons-nous pas prétexter plus justement que lui de l'insuffitance de nos lumières ?
C'est même la seule voie qui nous soit ouverte, et l'unique moyen que nous ayons d'échapper à tout reproche et de sauvegarder natre responsabilité.
Notre situation est des plus étranges et mérite d'être expliquée. Ou verra qu'il ne sullit pas d'être confit en bonnes intentions ni animé des réfolutions les plus énergiques pour se bien acquitter de la lâche la plus modeste; il faut encore y être aidé; car rien n'est possible à celui qui se brise, comme nous, contre le mauvais vouloir de ceux dont la bienveillance lui semblait assurée.
Expliquons les faits.
Le calepin d'une main et le crayon de l'autre, nous nous étions engagé dans la galerie où Paris a exposé ses plus élégants tissus. Ces produits spéciaux sont là entourés et comme encadres, par des articles similaires, mais moins éclatants, des principaux centres de production .
Dans cette galerie, uos yeux se promenaient alternativement et avec le même plaisir de droite à gauche: la variété des titsus, leur bon goût, le mélange harmonieux des couleurs, tout nous charmait de loin; et si nous fussions venu là en simple visiteur, nous serions sorti enchanté et même ébloui des merveilles créées par notre industrie.
Mais nous avions, malheureusement, autre chose à faire qu'à régaler nos yeux du spectacle toujours changeant de ces gracieux et brillants étalages; il ne nous suffisait pas de regarder en courant, nous étions tenu de voir et de bien voir, d'examiner, de palper et en quelque sorte d'ausculter chacune des étoffes pour en connaître la constitution et en apprécier la durée probable.
In pareil examen ne pouvait se faire à distance ni même au travers des vitrines contre
lesquelles nous sommes allé heurter du front sans trouver d'abord personne pour nous les ouvrir.
Tout ce dont nous avons pu nous rendre compte, en collant nos yeux sur une suite de glaces assez ternes, c'est l'état d'abandon où sont laissées la plupart de ces pauvres étoffes. Personne n'est là pour en prendre soin. La lumière y a marqué son passage, et en a éteint les vives nuances; la poussière qui chaque jour les envahit, y ondule en épais sillons. Encore quelques jours, et leur éclat et leur fraîcheur première, en partie évanouis, auront disparu comme les neiges d'autan.
Contristé d'un pareil spectacle, nous nous éloignions en cherchant à démêler la cause de cet inexplicable abandon, lors(|ue, dans une galerie voisine, noire bonne fortune nous lit rencontrer deux exposants qui se promenaient, en devisant comme de simples mortels. Après les avoir poliment abordés, nous leur adressâmes, dans les termes les plus mesurés, notre humble requête, et nous nous attendions à obtenir de leur complaisance beaucoup plus que nous ne leur demandions. Quelle déception fut la nôtre!
ic Un examen, une élude, aujourd'hui, s'écria l'un d'eux, pourquoi faire'? Eles-vous chargé par la Commission de réparer le tort que sa négligence a pu causer à vingt d'entre nous ? Lorsqu'elle est passée devant ma vitrine et celle de monsieur, ajoula-t-il en désignant son compagnon, elle n'y a pas même porlé les yeux, et cependant elle nous avait convoqués, et nous étions là, l'un et l'autre, tout prêts à la bien renseigner. Et voilà que maintenant, quand prix, médailles et mentions ont été distribuéii, et que nous n'avons plus rien à espérfr ni à attendre, vous voulez procéder à une sorte d'enquête; permettezmoi de vous le dire, je trouve, pour mon compte, la demande d'assez mauvais goût, el je vous engage à vous adresser pour les renseignements dont vous avez besoin à des exposants qui, ayant été mieux traités, se trouveront plus disposés et plus intéressés à vous être agréables. »
11 y a des choses qu'on ne se fait pas dire deux fois, aussi nous prîmes immédiatement congé de ce malcontent, dont nous aurions été désolé d'augmenter la mauvaise humeur par la plus légère et la plus humble objection.
Après un pareil échec, un autre eût abandonné la place et résigné son mandat; nous, au contraire, piqué au jeu, nous sommes revenu sur nos pas, et passant en revue toutes les pièces du plus près qu'il nous fut possible, nous avons pu enfin, après un long et pénible examen, établir notre opinion.
Nous la donnons ici en permettant qu'on en discute la valeur , mais non la sincérité.
Les principaux centres de fabrication pour les tissus et les étoiles employés dans la confection des vêtements de femmes, sont :
Reims, Roubaix, Saint -Quentin, Amiens,
Mulhouse, Sainte-Marie-aux-Mines, Rouen, Fourmiea-le-Cateau, Guise et enfin Paris.
Le nom qui clôt cette liste aurait dû se trouver en tête; mais plus tard il reprendra sa place.
Les étoffes de fantaisie sont généralement de laine cardée et légèrement foulée comme les flsnelles, les mérinos et les cachemires d'Ecosse.
Les tissus sont tous de laine mélangée d'autres matières.
Presque toutes les étoffes de laine pure ou mélangée, fabriquées en France pour le marché intérieur, sont adoptées par les autres nations. De là est résulté le très-grand déveveloppement de nos manufactures, lequel a souvent occasionné la dépréciation des produits fabriqués par suite de leur trop grande abondance; aussi n'est-ce que dans le perfectionnement continu des méthodes et des procédés industriels que le manufacturier doit chercher et peut trouver ses économies et ses bénéfices.
De notables améliorations dans le mode et les procédés de fabrication ont puissamment contribué au développement de notre production et de notre commerce d'exportation. De nouvelles méthodes de peiguage et de filature, d'ingénieux moyens d'impression facilitant le travail de l'ouvrier ou de la machine, l'application des produits d'aniline comme matière colorante, enfin l'adoption de nouveaux procédés d'apprêt, ont permis à l'industrie de la laine peignée d'abaisser constamment le prix de ses produits, tout en leur conservant leur supériorité.
Paris est le grand foyer de cette production : il n'a pas, comme Lyon, ses travailleurs dans ses faubourgs et sous la main; mais tous les centres manufacturiers ne sont que de grandes usines qui attendent ses ordres, s'inspirant de son esprit, de son activité et vivant de la vie qu'il leur communique.
On doit diviser en trois catégorie» bien dislinctes les étoffes et les tissus qui se fabriquent chaque année pour les différentes saisons dans uos diverses manufactures.
1" Les tissus de hautes nouveautés, de luxe et de riche fantaisie pour robes : mérinos, cachemire d'Ecosse, gaze de soie, tissus de poil de chèvre brochés, etc., particulièrement destinés à la vente de Paris ;
2° Les tissus, les étoffes et les nouveautés de goût, pour la vente courante;
3" Les tissus spécialetnent fabriqués pour l'exportation.
Les étoffes et les tissus de la première catégorie destinés, d'une manière exclusive, nous l'avons dit, à la riche clientèle de Paris, sont généralement faits sur commande et exécutés conformément aux dessins et aux dispositions arrêtés et prescrits par nos grands établissements de nouveautés. Les chefs de ces maisons sont les vrais créateurs, les éditeurs réels de tous les élégants tissus et des splendides étoiles que renferment leurs
L'EXPOSITIUN UNIVERSELLE DE
1867 ILLUSTREE.
magasins; les fabricants ne sont que les met leurs en œuvre, dont l inlelligence et l'habileté sont uniquement appliquées à suivre les instructions qui leur ont été transmises.
Les tissusde la seconde catégorie résultent du travail libre des fabricants qui combinent de. leur côté, en vue de placements probables, des dispositions nouvelles, afin de livrer directement au commerce des étoffes qui se dis tinguent par l'élégance et le bon goût.
Enfin les tissus de la troisième catégorie, très-distincts de tous les autres par leurs couleurs d'une vivacité tout à fait éclatante, différent encore entre eux selon leurs destinations différentes. C'est pour l'étranger qu'ils sont fabriqués: il faut donc qu'ils répondent aux nécessités et aux goûts des diverses localités où on les expédie.
Il est inutile de dire qu'aucune de ces étoffes n'a de placement ni de vente possible sur les marchés de l'intérieur.
Mais tous ces tissus, à quelque catégorie qu'ils appartiennent, sont fabriqués avec un soin égal, et dans l'Exposition tout entière on ne trouverait pas une seule pièce qui ait été exécutée en dehors des habitudes de la fabrication ordinaire.
C'est une des gloires de la fabrique française de faire toujours bien en cherchant les moyens de faire mieux, et de ne livrer sur tous les marchés que des produits qu'elle peut avouer, et dont elle ne déguise jamais la provenance en y appliquant la marque d'une fabrique étrangère.
Cent trois fabrications de tissus ont pris part au grand concours du Champ de i\lars.
Dans ce nombre, Paris en compte trente, Reims vingt-deux, Roubaix dix neuf, Amiens, Sainte-Slarie-aux-Mines, Rouen et quelques autres lieux de fabrique, moins importants se partagent le reste.
MM. Seydoux, Liéber et Cie, MM. Larsonnier frères et Cie de Paris, et MM. Villeminol-Stuart, Roger et Cie de Reims, ont été mis hors de concours.
La grande importance de ces maisons, établies depuis de longues années, n'est contestée par personne.
Les deux premières marchent à la tête de la fabrique de Paris pour leurs mérinos, leurs cachemires d'Écosso et leurs riches nouveautés de fantaisie pour robes; et nous ne connaissons pas de rivaux à M.M. Villeminot- Stuart et Roger pour leurs beaux tissus de laine peignée.
La médaille d'or a été très-justement accordée à MM. George Hooper, Carroz, Tabourier et Cie de Paris.
Les riches tissus, les étoffes de haute fantaisie, les beaux brochés sur poil de chèvre i et les châles élégants exposés par cette 1 maison sont d'une exécution au-dessus de I tout éloge. Nous ne croyons pas impossible ; à d'autres défaire aussi bien, mais nous dout tons que personne puisse faire mieux.
Nous sommes profondément étonné que
MM. Pénicaud et Naudé de Paris n'aient obtenu du jury aucune distinction.
Quoiqu'ils aient très-franchement avoué que leurs beaux tissus de laine sont exécutés à la mécanique par MM. Graudremy et Français, de Reims, teints et apprêtés par M. Bernadette de Suresnes, il n'en reste pas moins établi qu'ils sont les vrais promoteurs et les principaux agents de cette belle industrie qui leur est particulièrement redevable de sa prospérité et de son éclat.
MM. Beschet et Cie, qui ont une grande réputation sur la place de Paris pour leurs tissus de laine et soie qui tiennent le premier rang parmi les nouveautés riches, n'ont pas été beaucoup plus heureux.
Le public s'empressera de dédommager les uns d'un inexplicable oubli, les autres de la maigre part que leur a faite le jury dans la distribution de ses récompenses.
La médaille d'argent a été accordée pour leurs différents tissus de laine, de laine et soie etde laine et coton, à MM. Bossuat, Gustave Hess, Novières et Fourrier, Perrin, Piedanna et Jumeaux, Poulain frères, Rodier, Sabran et Jessé.
MM. Planche et Cie ont obtenu la même distinction pour leurs tissus de laine et leurs dentelles à la mécanique, et!\lM, 'Vatin et Cie pour leurs gazes et les étoffes de nouveautés qu'ils fabriquent pour l'exporlation.
Un très-grand nombre de médailles de bronze et de mentions honorables ont été en outre accordées à cette industrie; mais, à tort ou à raison, la plupart de ceux qui les ont obtenues ont prolesté à voix plus ou moins haute contre les décisions souveraines et définitives du jury.
Nous ne terminerons pas cet article sans remercier M. Gustave Larsonnier des renseignements qu'il nous a fournis surune indusrie dans laquelle il est depuis longtemps passé maître.
Piiosi'ER Poitevin.
Les harnais de Mohammed IV.
Au moyen âge, pendant que la plupart des peuples de l'Europe étaient à peine adultes et que, traînant encore leurs lisières, ils obéraient leur vocation en quelque sorte et se demandaient où était, en définitive, leur voie véritable; pendant que les nations se débattaient dans le chaos des idées et la confusion des intérêts, l'Espagne offrait un des plus singuliers et des plus beaux spectacles dont histoire ait gardé le souvenir.
Elle aussi n'était qu'un champ de bataille; mais, sur ce champ de bataille, trois grandes aces rivales élai nt en présence et se mesuaient l'une l'autre; trois grandes religions
ennemies, qui n'ont pas cessé de se disputer l'empire de la vérité et de la justice, se rencontraient face à face et luttaient, chacune à sa manière, avec des prodiges de vaillance et de bravoure.
Les Golhs chrétiens étaient loyaux et chevaleresques, et mille romances l'ont dit, mille traditions l'ont rapporté. Les Maures de Grenade et de Cordoue ne leur cédaient en rien et, de bonne heure, poussés parla plus généreuse émulation, ils opposèrent le cœur au cœur, la vertu à la vertu; et la chevalerie musulmane en Espagne a ses légendes tout aussi bien que la chevalerie chrétienne.
Les Juifs, accueillis dans leur émigration à travers le monde par les chrétiens et les Maures d'Espagne, avaient trouvé dans les deux camps, non-seulement de la tolérance, mais presque de la faveur. N'ayant donc plus le souci de prévenir des persécutions toujours menaçantes et d'amasser dans la prospérité pour les jours d'indigence inévitable, ils se montrèrent, pour la première et peut-être la seule fois depuis leur ruine, pleins de confiance et de cordialité. On les vit s'appliquer aux sciences avec un rare génie, et c'est de leurs rangs que sortaient les astronomes, les physiciens, les alchimistes, les médecins les plus remarquables à ces dates et le plus impartialement disposés à servir les besoins de tous.
Tout semblait donc pour le mieux et, comme dit Pangloss, dans le meilleur des mondes possibles. Mais, hélas! des ennemis qui s'estiment et s'honorent n'en sont pas moins des ennemis, et la lutte pied à pied, sans relâche et sans trêve, avec des chances et des aventures diverses, est l'histoire cruelle et poétique tout ensemble de ces trois peuples et de ces trois religions.
Plus tard, quand il y eut un vainqueur, un conquérant incontestable et couronné, la chevalerie disparut, les belles vertus s'effacèrent, les éléments de liberté qui n'avaient cessé de vivre et de se propager dans ces magnifiques provinces, l'équilibre s'étant rompu, furent détruits, et les caractères eux-mêmes se sentirent tout à coup abaissés. C'était l'avénement du despotisme et l'aurore de l'inquisition; aurore rouge et sanglante où le plus fort, sans plus s'inquiéter d'une vigueur ou d'une bravoure rivale, sans mesurer les épées et les lances, tuait et massacrait le plus faible!
Je ne parle pas de l'industrie et de la science, de toutes les illustres découvertes de la conscience libre et du génie aventureux : les Maures en avaient emporté pour longtemps avec eux les aptitudes et les secrets.
Mais revenons en arrière, obers lecteurs, et, si vous voulez bien me le permettre, nous nous arrêterons à Grenade, la ville des ruines splendides, où tous ces âges ont laissé leur trace durable et persistante. J'ai cru entendre, un soir, dans les restes si majestueux
L'KXPOSITION UNIVERSEI.LH DE 18(i7 ILLUSTRÉE.
et si charii'ants (le l'Alliambi'a, que la lune éclairait de son doux croissant argenté, j'ai cru entendre, dis-je, les voix et le langage de ces sultans et de ces sultanes, dont la mémoire se conser;c de toutes parts en stances harmonieuses sur les murailles de leurs alcazarâ. Le bruit monotone et triste du Darro et du Genil se mêlait à mes rêveries.
L'.'\lhambra..., rcgardez-lel C'est un palais féerique, mais qu'il vous sera facile, avec un peu d'imagination, de ramener à ses gloires anciennes et à son incomparable giandeur. Et alors, l'imagination aidant toujours, vous reverrez ce peuple maure, unique , dans la mémoire de l'humanité, cette race fine , élégante, industrieuse, habile aux arts de la paix et prête aussi au métier des armes.
L'histoire de Grenade revit d'ailleurs tout entière et reste gravée en stances arabes le long des salles et des corridors du palais, et parmi les arabesques qui s'enroulent autour des cintres des fenêtres et des portes , sur les margelles des bassins, et des fontaines. La J'orte Judiciaire , la PoUc du Vin^ la Salle des Ambassadeurs, celle des Abencerragcs, celle aussi des Dcu.v Sœurs, la Cour des Lions, etc. , etc., forment , pour ainsi dire, autant de chants ou d'épisodes d'un seul poëm.e grandiose et sculptural, fait de paroles harmonieuses et de marbres somptueux.
Cinq dynasties arabes ont gouverne les provinces du midi de l'Espagne qui, avec le temps, se fusionnèrent, s'unirent peu à peu et composèrent le royaume de Grenade sous le sceptre des Beni ISasr ou IS'aserites. Mohammed IV est le sixième roi ou émir de cette cinquième dynastie.
11 était âgé tout au plus de dix ans quand il dut succéder à AbuIWalid Ismaïl 1", son père. Des vizirs chargés du gouvernement durant la minorité du prince, se prirent à abuser à
qui mieux mieux du pouvoir, et le régne de I\Iohammed IV commença sous les p^us funestes auspices. A travers ces intrigues de cour, l'enfant grandit cependant, et il ne laissa point de montrer en lui les germes de qualités rares et de dons précieux. Aussi n'épargna-t il point, le jour où il se saisit des rênes
HARNAIS DU CHEVAL DE MOHAMMED IV, roi de Grenade il 331). — Dessin de M. Fellmann.
du gouvernement, les dignitaires infidèles et les ministres qui n'avaient pas voulu faire leur devoir.
Mais, comme je l'ai dit tout à 1 heure, l'Espagne à cette époque, n'offrait, du nord au midi, que le spectacle d'une bataille continuelle. Musulmans etchrétiens se disputaient jusqu'à la place de leur tombe. Mohammed donc était en guerre avec Alphonse XI, roi de Castille, et, dès qu'il put revêtir une armure, il entra en campagne.
(]'était en \:i3\ ■ Le jeune roi maure se tenait dans la ville forte de Castro-el-Rio, à quelques lieues de Cordoue, et là il résistait aux attaques multipliées et sans cesse renaissantes d'une poignée de chevaliers chrétiens commandés par D. Martin Alonzo deCordova, seigneur de Montemayor et de Fernan Nuûez.
Le siège se poursuivait avec acharnement depuis plusieurs semaines. Un matin, le seigneur de Montemayor, à la tête de soixante-dix cavaliers et de quelques fantassins, parvint, à force décourage et d'audace, à enfoncer une des portes de la ville, et, bien que couvert de blessures, il soutint si vaillamment le choc de l'ennemi, que les Maures épouvantés levèrent le siège de Castro-el- Kio. Les ducs de Fernan Nuûez, descendants de D. Martin , se glorifient à bon droit de ce fait d'armes.
En cette journée mémorable , le seigneur de ÎMontemayor et de Fernan NuUez, parvint en effet à désarçonner Mohammed lui-même, et il s'empara du cheval magnifiquement enharnaché que montait le jeune émir.
Ces harnais de Mohammed IV, qui sont comme le trophée et le butin d'une grande victoire, ont été conservés avec soin dans la famille du chevalier chrétien, où d'âge en âge les pères les ont légués à leurs enfants.
Ce legs en vaut bien d'autres, ce me semble.
Non-seulement il a sa valeur historique mais la valeur artistique aussi en est réelle. L'observateur et le chercheur studieux y trouvent l'inestimable et authentique témoignage du luxe et de la recherche que prisaient les Maures d'Espagne, au quatorzième siècle, et qu'ils réalisaient dans toutes leurs œuvres avec un art si original et un goljt vraiment si remarquable. Rien n'est plus riche et à la fois rien n'est d'une élégance mieux comprise que ces courroies et ces liens
où sur le velours
pourpre se mêlent
et se croisent en mille capricieu et charmantes arabesques , pleines (le finesse et de grâce, l'or, l'argent et l'émail, les cloclietles sonores et les étoiles aux vives couleurs. Les élriers seuls sont des chefs-d'œuvi'e d'industrie savante et patiente, et ils font penser à quelque grand et ravissant ciseleur^ à. quelque Scopas musulman qui Hérissait entre les héros et les rois, et dont la forltme ingrate n'a pas même su nous garder le souvenir et le nom. La gloire abonde ainsi en hasards malheureux, ou plnlùt la gloire et la renommée ne sont-elles pas faites de hasard ?
Et .Alohammed IV lui-même, ne faut-il pas le déterrer sous des archives poudreuses ou déchiffrer péniblement sa mémoire dans les décombres de l'Alhambra et du Généralilîe?
Mohammed mourut à dix-huit ans.
Il avait su venger sa défaite de Castro-el-Rio en repoussant les chrétiens cl en les forçant à son tour à lever le siège d'Algésiras. Tout présageait pour Grenade le règne d'un guerrier juste et magnanime, quand les Beni- Merines, des musulmans lâches et envieux que Mohammed venait de secourir, le tuèrent d'un coup de lance le 13 de dzul-hichah 733 ('2.') août 1 333). Le cadavre de ce roi infortuné, qui n'était encore qu'un adoh'sceni, fut con-
de générosité et de sagesse. Même en la jeunesse, tu n'as pas trouvé d'asile contre la mort, qui vient à nous tantôt sur les ailes du vent du nord, tantôt sur les ailes du vent du sud. y
Bref, dans cet admirable et vaste musée que forment, au Champ de Mars, les longues galeries spécialement affectées à Vllisloire du travail, ces harnais de Mohammed IV méritaient à tous les titres le rang d'honneur ofi ils sont exposés.
Octave Lactîoix.
un jarc
duit à Malaga et enterré dans la sortie de la ville.
C'est peut-être en se souvenant d'une si lamentable destinée qu'un poêle arabe de Grenade aécrit ces paroles mélancoliques: « Tu n'as pas eu le temps de dépenser ton trésor
Les costumes de l'Amérique du Sud.
LES GAUCnoS.
Mon cher Ducuing,
Vous me faites rentrer aujourd'hui dans une des salles les plus curieuses de l'Exposition. Je ne dois y voir que les costumes si franchement originaux exposés par la Commission des Républiques de l'Amérique centrale et méridionale, mais laissez-moi prendre une ligne pour appeler l'altention de tous les visiteurs du Champ de Mars sur les objets types et sur les produits que les gouvernements de la Confédération argentine et de la Plala ont groupés dans l'étroit emplacc-
COSTUMI'S D|.; L'AMIilUOUK DU SUD.
— LliS GAUCHOS. — Dussins de M. Gaildrau.
mont qu'on leur a réservé. Ce qu'il y a là (le richesses accumulées, de produits naturels ou manufacturés, est inouï ! Vous aurez certainement pensé, comme moi, avec une certaine trisiesse, en présence de ces immenses ressources, aux troubles politiques qui voient sans cesse les Républiques du Sud-américain au travail de Pénélope! Donnez viagt ans de calme à ces populations, et je gage qu'elles étonneraient l'Europe par la supériorité de leur industrie, par l'énergie de leurs découvertes, par l'activité envahissante de leur commerce. Mais, hélas! tout ce qui est vigueur, courage, passion, se dépense périodiquement en luttes individuelles, en divisions intestines, et l'homme semble prendre plaisir à détruire son œuvre pour en relever les ruines et la détruire encore!...
Qui donc a dit que l'homme serait trop puissant s'il était toujours sage? Cela est vrai surtout dans ces vastes contrées où la nature féconde a enfanté une si forte race et jeté dans le sol brûlant de si riches semences. Ah! si ces hommes, que nous avons là devant nous, lidèlenient représentés dans leurs mœurs et leurs costumes, étaient toujours maîtres d'eux-mêmes, de leur énergie et de leurs passions, où n'iraient-ils p.Ts? Si ce courage, cette abnégation étaient donnés tout entiers à la grande civilisation, quelles œuvres n'enfanteraient-ils pas'^
Admirez, par exemple, ces gauchos, type qui appartient essentiellement à la Confédération argentine et à l'Uruguay; c'est le mélange le plus curieux des deux races européenne et indienne. Sorti de la race indienne, il a dans les veines le meilleur du sang espagnol. Sa passion pour la vie indépendante trahit le premier sang; sa fierté, ses allures nobles et souvent élégantes sont l'héritage des fils de la Péninsule ibérienne.
Le gaucho fait le service des fermes et y est particulièrement chârgé du soin du bétail et des chevaux. Sa vie se passe au milieu des animaux qu'il dompte ou qu'il assouplit. Attaché au service des grands estancieros, ou fermiers- propriétaires , il est rare qu'il amasse jamais assez d'argent ou qu'il l'épargne assez, quand il le possède, pour devenir propriétaire à son tour. Il est vrai qu'il a une passion qui est aussi celle de la projiriété, il aime le luxe, les parures, et il en dote son cheval. Il met son orgueil à couvrir celui-ci de bijoux, et il marche ainsi avec son capital sur lequel il prendra au besoin de quoi payer ses dépenses extraordinaires, et surtout ses dettes de jeu. Ah! les dettes de jeu ! ce sont celles-là qui le ruinent. Un coup de dé, et le cheval du gaucho se voit dépouillé de son mors d'argent, de sa selle brodée, de toutes ses parures 1... On retrouve l'homme qui détruit froidement son œuvre pour la reconstruire demain.
Mais le lendemain n'efTraye pas le gaucho. Remonté sur sa selle, il flatte de la main et de la voix son cheval qu'il a harnaché de mi-
sérables lanières, et plus ardent que jamais, il repart à la conquête du travail et de la fortune.
Les commissaires de la section des Républiques américaines n'ont exposé que trois mannequins, mais derrière les vitrines sont réunis tous les tissus, tous les objets usuels qui complètent dignement la collection nécessaire à l'étude des mu;urs, de l'industrie et du commerce.
Les trois mannequins représentent, l'un un riche gaucho, en costume de fête, monté sur un cheval bridé et harnaché d'argent, et conduisant sa femme en croupe; l'autre un gaucho en excursion et buvant le tr.alé, ou thé américain, que lui otîre une jeune paysanne; le troisième, enfin, représente un gaucho en costume de travail et lançant les holas pour prendre un animal qu'il poursuit. — Le premier type vient de l'Uruguay, les deux autres de la Confédération argentine.
Les diverses parties du costume des gauciion méritent d'être dépeintes. Chacune d'elles n'est pas seulement originale; elles révèlent encore l'esprit industrieux du personnage. Ses bottes, par exemple, qu'il poite à cheval, avec son costume de travail, sont faites par lui. Il dépouille les jambes d'un cheval sans fendre la peau longitudinalenient, il épile par le frottement le cuir ainsi obtenu, et il substitue dans cette enveloppe grossière ses jambes à celles de l'animal. Pour les jours de fêle les boUis rfc/iorfro sont remplacées par des bottes européennes, hautes, dures et ornées à la partie supérieure de la tige. Au logis, le gaucho porte des bas et des pantoufles, mais le plus souvent il est nu-pieds.
Ses jambes sont couvertes d'un caleçon ou caîzoncillo , en coton plus ou moins orné à la partie inférieure, et le pantalon est remplacé par une pièce d'étoffe, en laine ou en cotonlaine, plus longue que large, de 1 °',85 environ sur 1 ""jSO, avec dessin en couleur formant des rayures. Cette chiripia s'attache à la ceinture au moyen d'une écliarpe ifaja), de 2'",.')0 en laine ou en soie, avec franges.
La chemise est en coton et peu ornée. Sur la faja se pose le tirador, grande ceinturevalise en cuir de couleur, brodé en soie et garni de boutons en argent, ordinairement représentés par des monnaies hispano-américaines de 1 à francs. — L'ensemble des monnaies ainsi employées représente quelquefois une somme de 1 ,îO à 200 francs.
Dans les jours de fête, le gaucho porte une chemise de laine et une sorte de jaquette de drap noir. Au travail, en été, il ne porte rien sur les épaules, mais, en hiver, il a une jaquette de drap très-fort. Puis vient son manteau, vêtement inséparable, qu'il nomme poncho, et qui est fait d'une pièce d'étoffe de laine de 2 mètres sur 1 50 , doublée de flanelle rouge et pourvue d'une fente médiane pour laisser passer la tête. Le poncho d été est un peu plus léger et plus court; il est en mérinos
ou en étoffe rayée tramée coton et soie, dont le prix varie de 80 fr. à 1 .50 fr.
La coiffure de travail est un simple mouchoir destiné à retenir les cheveux aue le (/auc/io porte très-longs. Aux jours de cérémonie, c'est un chapeau très-étroit, de paille, de feutre ou de loutre, qu'il tient sur le devant de la tête à l'aide d'un cordon. Cette coiffure est souvent un objet de luxe.
Le gaucho ne quitte presque jamais ses éperons (espuelus) qui sont très-lourds, trèsgrands, en fer, en argent brut ou en argent façonné. Ils coûtent de 5 fr. à 1 5 fr. en fer, de 30 à 50 fr. en argent neuf et de 1 00 à 200 f r. en argent travaiflé. Après les éperons prend place dans l'affection du cavalier américain son façon, grand couteau à longue lame, dont le manche est plus ou moins orné, et dont le prix varie de 3 fr. à 100 fr. Cette lame, placée dans un fourreau posé dans la faja, est la seule dont se serve le gaucho, qui dédaigne les armes à feu. Le façon est aussi un instrument domestique.
Dans ses chasses et dans son travail, le gaucho se sert en outre: 1° du lazo, corde de 1 5 à 30 mètres faite de lanières de cuir vert tressées et pourvue d'un anneau de fer formant nœud coulant. Le /aso,qui sertà prendre les animaux, est attaché sur la croupe du cheval. Il coûte •'lO fr.
2° Des bolas, ou boules recouvertes de cuir et fixées à un même point central au moyen de cuir vert; elles coûtent 20 fr., et servent à enlacer les jambes de l'animal qu'on veut abattre.
3° Du rcbeiiriue, ou fouet formé d'une lanière courte et large en cuir vert épais, ajustée à un manche également court en cuir tressé et plus ou moins orné d'anneaux en métal. Le prix du rebcnque varie de 1 0 à 1 00 fr.
Un des mannequins nous montre la femme du gaucho. Les femmes n'ont pas à proprement dire de costume national. Elles portent toujours des souliers, mais rarement des bas. Leur vêtement consiste en une chemise simple, quelquefois un peu ornée à la poitrine, en une robe montante en indienne ou en laine, et en un fichu de coton et soie jeté sur les épaules. L'Hispano-Américaine a généralement la tête découverte; elle met parfois un foulard de soie ou de coton, mais jamais un chapeau. Quand la fortune entre au foyer du gaucho, la femme prend alors les modes de la ville et revêt une robe de soie et la classique mantille espagnole.
Mais qu'est- ce que la femme peur le gaucho, et qu'est-il lui-même, à ses propres yeux, quand sa pensée se reporte sur son cheval? Son cheval ! c'est sa tête et son bras ; il en fait comme une chapelle qu'il orne sans cesse, et peu s'en faut qu'il ne s'agenouille devant lui 1 Ace point, mon cher Ducuing, que si ce numéro est lu sur les bords de la Plata, votre collaborateur y sera tenu en médiocre estime. J'ai parlé du gaucho, de son costume, du costume de sa femme, et je n'ai pas mis en
trie de ma description le clieval et son harnais !
Placez ici un bon juron espagnol ■ — je n'ose en écrire un de peur que vos lecteurs s'en indignent — et vous entendrez le gaucho traiter comme il le mérite l'Européen qui croit encore que le cheval vient après l'homme et la femme dans l'ordre de la nature!!...
Erreur! dit le (/auc/io ,■ le cheval d'abord, et moi ensuite. Aussi, remarquez comme le fougueux compagnon est magniliquement harnaché ! Vous retrouvez la selle et la bride avec leurs accessoires, mais chacune des pièces qui les composent présente des particularités très-caractéristiqnes.
La bride comprend, par-exemple, les rênes (riendas), et la têtière (cabezada) accompagnées du mors, et auxquelles il faut ajouter le collier {fîador), et le licou {manador). Les riendas et la eabezada sont en lanières de cuir tressées plus ou moins finement et munies de distance en distance d'anneaux de métal destinés à en augmenter la solidité. Ce genre de travail est fait, dans le pays même, par les gauchos, et le prix s'en élève jusqu'à 100 francs, en raison de la richesse des anneaux. Le rêve du gaucho est de posséder une bride complète en argent, ainsi qu'un fiador de même métal. 11 épargne et livre tout joyeux ses 1000 francs, au moins, au fabricant de riendas en orfèvrerie.
Le manador est un licou de 1 0 à 12 mètres de longueur, en cuir vert tressé, qui est at. taché au cou du cheval et qui sert à le faire paître, quand il est au repos, dans les champs. Son prix est de 1 5 francs.
Le gaucho fixe aussi au cou de son cheval, en marche, la manoa ou entrave formée d'une simple lanière courte, de cuir vert, pourvue à moitié longueur d'un bouton sur lequel se replient et se fixent les deux extrémités libres de la courroie, de manière à former un anneau double avec lequel on enserre les deux jambes de l'animal au repos. Cette précaution est nécessaire dans un pays où le cheval de selle est toujours un peu sauvage.
La selle (recado) sert de lit au gaucho. Elle se compose de plusieurs pièces : 1 ° le suador, couverture de laine destinée à absorber la sueur de l'animal ; 2° un morceau de cuir non orné et qu'on appelle carona; 3° une ou deux grandes couvertures de laine (jergas) pliées en deux ; U° une autre carona en cuir imprimé ou orné; 5° la selle proprement dite, ou silla, à laquelle sont attachés les étriers (<'s7n'6os); (3° une sangle(ci'«f/m); 7° une couverture en peau de mouton dite pellon; 8° une couverture en drap ou en cuir bordé (sobrepellon) ; 9° enfin, une sangle légère (sobrecincha) qui fixe le tout.
Le prix d'une selle simple est d'environ 80 francs; celui d'une selle ornée peut s'élever jusqu'à 400 francs.
Après cette énuméraïion, ai-je eu raison I de dire que le cheval passait avant l'homme
et la femme? Il me semblait écrire sous la dictée d'une couturière parisienne.
,1'ai fini, mon cher Ducuing, le menu de ces splendeurs : de l'argent partout et des hommes de fer.
Je voudrais bien vous entraîner maintenant du côté des vitrines où les tissus de soie, de laine et de paille ont des finesses extraordinaires; jevoudrais vous faire voir ces petits objets d'os, de corne, de bois ou de f' r, artistement travaillés, et dont la forme originale est encore rehaussée par de l'argent; jevoudrais encore vous faire tenir à la main un merveilleux mouchoir qui a coûté trois ans de la vie d'une femme. Figurezvous un tissu de lin d'une finesse extrême et mis à jour, en dessins très-variés, par les doigis d'une ouvrière qui a patiemment arraché et rattaché les fils. Je ne sais comment dire cela", mais c'est un tour de force. De la broderie sans aiguille!
Mais les visiteurs de la section de l'Amérique centrale et méridionale ont dû tout voir. On reçoit dans cette salle une hospitalité charmante, et je dois vous dire que si je suis devenu si savant, c'est grâce à l'obligeance de M. Wehner, consul de l'Uruguay, secrétaire du comité syndical des républiques sud-américaines; de M. Bouvet, agent-secrétaire du même comité, et de M. Martin de Moussy, un savant distingué, commissaire délégué de la Confédération argentine. Organisateurs de l'exposition, pour laquelle ils ont eu l'appui et le concours des gouvernements, ces messieurs n'apprennent pas seulement à oonnaîlreles pays qu'ils représentent; ils apprennent aussi à les aimer, car ils ont le dévouement et le désintéressement qu'inspirent seules les grandes et belles choses.
Et maintenant, mon cher Ducuing, pensons, si vous le voulez bien, aux moyens de garder en France, le plus possible, de ces curieux objets. Déjà l'on entend au loin les pas de l'armée des démolisseurs du Palais du Champ de Mars. Ah! pourquoi n'avons-nous pas, nous, une armée de gauchos qui lanceraient leur lazo pour saisir les plus hardis Vandales et fixeraient au cou des autres leur solide manca?
Hien à vous,
Ernest Diiéolle.
Les abords du Champ de Mars à la porte d'Iéna.
Notre dessin, qui représente les abords de l'Exposition vers la porte d'Iéna, est un dessin essentiellement parisien, c'est-à-dire qu'il reproduit le mouiement, l'agitation, la fièvre nui battent comme des vagues les barrières du Champ de Mars. Non! rien de pareil n'existe ailleurs; et le seul point de Paris où
ce pêle-mêle, ou ce toliu-bohu se trouvent, c'est l'endroit choisi par notre dessinateur, IVl. Morin. Les véhicules se croisent: on part, on arrive: les mêmes gamins qui offraient des contre-marques au boulevard du Temple, — quand le boulevard du Temple existait, avant l'ère de M. Haussmann, — offrent aujourd'hui des voitures au plus offrant: ils ont passé une convention avec les cochers impassibles à tous les appels, et qui ne se livrent aux voyageurs que lorsque un gamin ouvre la portière de leur voiture.
La vie est ici, vous dis-je. Voyez s'agiter tout ce monde en fièvre, ici une mère fatiguée que son enfant agace, là un cocher de bonne maison qui craint de ne pouvoir s'ouvrir un passage, plus loin une tapissière trop remplie qui cherche encore des voyageurs de supplément; et la poussière! et le bruit! Ne nie dites pas qu'on n'entend pas le br;iit : il me semble que j'ai entendu dans un coin du tableau les éclats d'une vitre cassée.
L'avenue Rapp est plus près de Paris; et les équipages gardés l'encombrent : il y a comme une sorte de convention qui modère le mouvement de va-et-vient, et l'agitation des départs et des arrivées. A la porte d'Iéna, rien de semblable. 1! n'y a ni symétrie ni règle ; et ce sergent de ville qui s'élance pour faire l'ordre a beau s'élancer, soyez assurés qu'il n'aboutira à rien. Le gamin qui brouille tout et conduit tout, est le plus fort.
C'est l'arrivée populaire; c'est là que les bateaux à vapeur viennent déverser leurs contingents; c'est là que les coucous et les tapissières viennent prendre ou laisser leurs ;;ra//r/«ei de rencontre. Jamais M. Haussmann n'a vu pareil désordre ; et s'il le voyait, il en serait émerveillé.
Qui donc a dit que le marchand de gaufr s et déplaisirs avait disparu de nos grandes voies macadamisées? Le voici! je le revois, avec sa crécelle de lépreux. Et je revois aussi ces belles tapissières pavoisées, où nos pères joyeux s'entassaient eu famille. Souvenirs du temps passé, je vous retrouve! L'ancien Paris m'est rendu dans ce coin du monde, qui s'évanouira sous mes yeux charmés au 1" novembre prochain.
Un rayon de tolérance a fait revivre pour un instant les tapissières de nos aïeux, qu'on croyait bien définitivement perdues. D'où ont-elles pu sortir en si grand nombre, et d'où a été évoqué le personnel qui les conduit! C'est un miracle de l'industrie parisienne qu'on ait pu métamorphoser, du jour au lendemain, des charrettes de déménagement en voitures à voyageurs, peintes et pavoisées comme des corricolos napolitain:?.
On y aurait mis plus de façons à Londres, et à coup surplus de temps! Les omnibus, à Londres, n'attendent pas pour partir la minute réglementaire ; ils partent quand ils sont pleins. Eh bien, est-ce que nos vieilles tapissières ne font pas de même, avec cette difl'érence qu'elles arrivent et qu'elles parlent
L'EXPOSITION UNIVRRSKM.E DE 18(17 II.LUSTRRE.
sans avoir ieurplein, devant l'impatinnco des voyageurs , et aussi parce qu'elles espèrent, en se dépêchant, fournir une double étaj)e.
A la porte d'Iéna, aucun omnibus ne fait concurrence aux coucous populaires; et les voitures qui se liasai'dent dans ces parages réservés ne sont pas toujours bien accueilliés. Faites une observation au gamin, maître de céans, il vous dira : I^c faiit-il pas que tout le inonde vive? Et qu'aurez-vous à lui répondre, s'il vous plaît?
Savez-vous qu'on était fort inquiet, au début de l'Exposition, de savoir comment on ramènerait tous les visiteurs que le Champ de Mars allait attirer, calculés à TôOOO par jour. Eh bien! le nombre de visiteurs prévu est arrivé; et le problème du transport, que les petites voitures et les omnibus ne s'étiient pas chargés de résoudre, les tapissières, aidées des bateaux à vapeur, l'ont résolu. Et encore, les bateaux à vapeur cessent leur scr- Yice dès que la nuit est close.
A ce propoSj la Commission impériale a pris une mesure que nous proposions depuis deux mois, et qu'on repoussait comme insensée. Elle vient de réduire a 50 centimes les entrées de nuit au Champ de Mars. Il est bien temps, en vérité! Cette mesure, prise à propos, aurait sauvé le théâtre inlernational, dont, par une contradiction bizarre, on vient d'interdire les représentations de nuit. Elle aurait provoqué des expériences pyrotechniques et des têtes sur la berge, dont les belles nuits d'août ont été privées.
Faire une chose à temps est encore, paraîtil, bien mal aisé. Mais il y a un proverbe qui console de toutes les fautes : Vaut mieux lard que jamais. 11 y a vraiment lieu de se consoler.
Quoi qu'il en soit, le beau dessin sur lequel nous venons d'exécuter nos variations nous inspire, malgré sa verve joyeuse, une réllexion assez triste, — tant il est vrai qu'une amertume se cache derrière chaque sourire.
Regardez bien le spectacle dont l'artiste vous donne la vivante représentation. A la place de cette joie, de ce bruit, de ce mouvement, de ce pêle-mêle de piétons et de voitures, de ces banderoles flottantes, de ce tourbillon de monde et de poussière, vous ne retrouverez plus, â partir du I novembre, que le silence et le désert. Jusqu'au 31 octobre, le jour; à partir du I" novembre, la nuit.
<t 0 seigneur, disait Abraham, pourquoi as-tu permis que je donnasse la vie à celui que tu m'ordonnes d'immoler? Faut-il que je te maudisse de m'avoir donné un fds, toi qui me le reprends! »
Fr,, DucuiNG.
Le promenoir extérieur. — Effet de nuit.
Nous avions rêvé des fêlesdenuitau Champ de Mars; à quoi a-t-il tenu que ces rêves ne se soient pas réalisés? Le lieu, la saison, l'affluence, — tout paraissait conjuré pour cette réalisation. .Après les fatigues d'une excursion dans l'intérieur du Palais, il me semblait si naturel qu'on s'assît devant un restaurant bien servi, en regardant s'allumer autour de soi les becs de gaz du Champ de Mars, en voyant passer la foule curieuse, en attendant que le théâtre ouvrît ses portes, que l'heure des expériences pyrotechniqueseùtsonné sur la berge, qu'un concert longtemps atlendu commençât, que Charles Dickens ou .Alexandre Dumas fissent une lecture publique, ou même que des musiciens ambulants promenassent autour du ChampdeMars bien éclairé leurs concerts nomades. Pourquoi rien de tout cela n'est-il arrivé? Il eîit suffi, pour que ce rêve se réalisât, que les commissaires étrangers prissent le théâtre international sous leur patronage, que la Commission impériale lit quelques frais d'illumination sur la berge, qu'on nommât un directeur des conférences chargé d'inviter, au nom de la Commission impériale, les célébrités à donner des séances. Ceci eiit amené cela; et, de proche en proche, l'entraînement aurait été général. La qualité de la clientèle aurait attiré au tliéâtre international les artistes fameux du monde entier et toutes les étoiles qu'on renomme, On aurait alfithé dans tout Paris le programme des fêtes du lendemain, et chacun se serait réveillé en demandant : Qu'y a-t-il de nouveau ce soir au Champ de Mars ?
Malgré tout, pourtant, le promenoir extérieur, étincclant de lumières, encombré de promeneurs, est devenu ce que j'avais prédit, c'est-à-dire une sorte de Corso réunissant à la fois les agréments du boulevard des Italiens et des Champs-Elysées, quelque chose d'incomparable comme mouvement, et comme variété de costumes et de physionomies.
Il était naturel que devant ce défilé en rond du monde entier, les petites exhibitions, les phénomènes, les nains et les géants, l'homme décapité et le dernier héros de Cour d'assises vinssent réclamer Un instant l'attention; et que les musiques, désertant les établissements sacrifiés du Parc, vinssent se donner carrière dans les diverses buvettes du promenoir : c'est la foire comme à Saint- Germain ou àSaint-Cloud Rien n'y manque, pas même les bateleurs, relégués pourtant au théâtre international et au théâtre chinois.
Que le concessionnaire des chaises par-
donne à notre dessinateur d'avoir mis des spectateurs assis sous la marquise extérieure du Palais et devant la devanture des restaurants : le dessin était fait avant le procès. Qu on se hâte d'aller voir l'effet saisissant que ce dessin i'eproduit, avant que les soirées deviennent plus fraîches. L'éclat, lemouvement et aussi le bruit sont les mêmes, avec ou sans chaises; et, encore une fois, au 1" novembre, tout rentrera dans la nuit.
Fr. Ducumc.
Annexe de l'Isba ou maison russe.
Séparée do la maison d'habitation proprement dite, par un hangar ouvert, sous lequel on a rangé les instruments de l'agriculture, l'anhexe dont nous voulons décrire l'intérieur, est consacrée aux classes 49,69 et 70 surtout, c'est-à-dire aux produits bruts ou préparés de la chasse et de la pêche. Tout d'abord nous sommes obligé de faire un léger reproche â la commission russe, — elle qui a si bien installé son exposition de bois façonnés — d'avoir absolument oublié que les chroniqueurs français ignoraient tous la langue russe. D'où il résulte que leur gardien lui-même ne sachant pas un mot de cette belle langue, et, bien mieux, nê sachant pas lire le russe plus que le français, toute espèce de renseignements sont interdits aux chercheurs.
Autre reproche; la plus grande partie des engins si curieux rassemblés dans cette petite maison ne porte même pas le numéro de concordance indispensable avec le magnifique catalogue que la commission a fait imprimer avec le luxe et le soin qu'elle sait mettre â ces sortes de choses. Comment se fait-il que les négligences dont nous nous plaignons, — pour le public surtout — -se soient produites ? Nous l'ignorons, mais certainement le commissaire général ne le sait pas. Puissent ces quelques lignes le lui apprendre en même temps !
Nous laissons de côté les fromages, dont une pyramide très-odorante remplit le milieu de l'appartement, et nous nous approchons du fond de la petite salle, là où s'étalent les nombreux échantillons de poissons conservés et tout simplement séchés, pour 1? plupart, à l'air libre. Ces poissons viennent des côtes de la mer Noire et de celles de la mer Caspienne. Le gouvernement de Kersen sur la premièie, et les environs de la Crimée, les bouches du Volga, Astrakan, sur la seconde, paraissent les lieux de plus grande production ou au moins de concentration de ces produits inconnus chez nous, mais dont l'usage s'ex-
p'i(|ue Irt's-facilemont par Ifs mœurs des populations rufses.
En effet, les rites de la religion grecque, observés strictement par le peuple, lui défendent l'usage de la viande pendant une série de carêmes qui peuvent être estimés au tiers de l'année; il faut donc y suppléer par celui du poisson, et comme, en définitive, tous les districts ne touchent pas à la mer ou aux grands fleuves, en tirer une provision indispensable à une aussi longue alimentation maigre. D'un autre côté, les eaux russes sont fertiles en poissons, d'où il suit que la pêche joue parmi les industries de l'empire un rôle très-important, et que le poisson constitue, dans un grand nombre d'endroits, la seule nourriture des habitant;'.
Les grandes pêcheries sont situées surtout sur le rivage de la mer Noire, de la mer d'Azof et de la mer Caspienne, quelquesunes sont situées également sur les bords de grands fleuves vers leur embouchure, par exemple le Don, le V dga, l'Oural, le Dniester, le Dniéper, etc. Ces pêcheries sont de véritables fabriques, des usines considérables que des entrepreneurs font marcher et pour l'exploitation desquelles, ils élèvent aux endroits désignés des logements pour les travailleurs, et les bâliments utiles pour les salaisons et le séchage du poisson dont nous voyons les échantillons, la fabrication du caviar, le mets national russe, de la colle de poisson et de la Vesirja, corde dorsale des grands esturgeons qui est recherchée pour la table lorsqu'on lui a fait subir une préparation culinaire spéciale, maig qui nous semble, malgré les enjolivements et les fioritures que lui impriment les producteurs, une simple variété blanche de la colle forte.
Parmi les poissons séchés que nous rencontrons, il faut citer des brèmes de 0°',40 de longueur, surtout des sandrats flueioperca sandra) , ce poisson que l'on a voulu acclimater chez nous et que l'on peut appeler une perche à dents de brochet, c'est à dire un mangeur et un dévastateur ajouté à ceux qui ne sont déjà qu'en trop grand nombre dans nos eaux appauvries. 11 y a là des sandrats, envoyés par les cosaques des bords du Souban vers la mer Noire, qui mesurent 1°, 'JO de longueur et qui sont gros à proporcion : les uns sont séchés simplement, les autres sont fumés. On voit également des Drochets, des poissons blancs, sortes de meuiiiers ou chevesnes (cyp. grislagine et jeses) dont la chair pleine d'arêtes ne doit avoir fien d'agréable.
Mais la pêche principale est celle que l'on fppellc, dans le pays, le pêche des puissons rouges, c'est à dire celle de l'esturgeon et de ;:es deux ou trois variétés, dont quelques inilividus ont 3, 4 et 6 mètres de long sur un noids de plusieurs centaines de kilos. La uuantité de ces poissons que l'on prépare iist énorme, et cependant tout cela ne suffit MB encore à la consommation de la Russie,
en poisson ; il faut qu'elle en demande pour plus de six millions de francs par an à la Norwége.
Les objets que nous venons de passer en revue sont véritablement la partie la plus intéressante de cette exposition. Nous y ajouterons des filets ou spécimens qui n'offrent rien de nouveau. Quant aux autres objef! ce sont de véritables dépouilles de peuplades sauvages. Aux murs, sont appendus des vêtements de peau de toute espèce, depuis le vêtement de phoque, transparent comme du parchemin mouillé, jusqu'à la robe de peau d'ours noir ou brun, plus ou moins constellée de broderies ajoutées en bas, en haut, aux manches, un peu partout. Nous voulons signaler la curieuse dépouille de deux félins, une de tigre royal assez maigre et l'autre d'une sorte de panthère blanche à ocelles grises sans le beau ton jaune fulgurant qui rend ces peaux si belles. On dirait une panthère déteinte par le froid.
Voici les pièges à gibelines de la Sibérie, construits en branches de bouleau et munis de leur arc à corde de boyau, des haches, des flèches, des tridents, des pointes de lance, des cuillers d'os d'un seul mo'ceau; puis des sièges, les uns triangulaires, les autres magistraux et tous en bois peu rembourré, mais enjolivé de découpures au couteau. Ajoutonsyunetête de morse, et nous aurons ce par quoi les Iakoutes,les Tchokoutes et autres peuples du Don, d'Arkangel, de Sibérie, d'Astrakan, etc., ont cru pouvoir nous intéresser.
Pauvres gens! ils ont sculpté pour nous les scènes de leur vie ordinaire. Voici l'arrivée du traîneau chargé de l'ours tué dans la chasse commune, le village, les chiens, l'enclos des chevaux, les femmes et les enfants. Puis, à c6lé, les détails du terrible combat qu'il a fallu livrer à l'ours récalcitrant à se laisser déshabiller sans rien dire, et les homériques coups de pattes et de mâchoires. 11 y a mort d'homme, at'ention ! Et, pendant ce temps, le chien — ainsi l'a voulu le naïf sculpteur — regarde d'un air sloïque la défaite de son maître, assis gravement sur son bienséant et la queue en trompette !
H. DE La Blanciière.
VU
La rue d'Alsace,
Sans contredit, parcourir dans l'Exposition les différents secteurs qu'on est convenu d'appeler des rues, tout visiter d'un coup d'œil et tout esquisser d'un trait de plume, toucher à tout comme un enfant terrible, et ne rien approfondir, est une idée originale dont
l'honneur revient à notre rédacteur en chef, M. Ducuing, qui, dans un précédent numéro, nous a montré, à propos de la rue de Paris, la méthode qu'il fallait suivre pour utilement accomplir pareil travail.
Somme toute, c'est une tâche agréable et amusante , qui ne laisse pas pourtant que d'offrir de graves embarras et de sérieux inconvénients. 11 faudrait avoir la science d'un Pic de la Mirandole pour traiter ainsi des matières les plus diverses ; heureusement que l'indulgence de nos lecteurs est inépuisable, et que notre volonté de bien faire est à la hauteur de cette indulgence. Mais il est un autre danger tout aussi redoutable : c'est celui de s'exposer à braconner sur le domaine d'un collaborateur chargé déparier de sujets spéciaux ou de tomber dans des redites. C'est donc une revue d'ensemble qu'il s'agit de faire, la physionomie générale d'une rue qu'il faut noter.
Il est certain que les noms qu'on a choisis pourc! aque rue correspondent à l'sxposition principale dans la rue même. La rue d'Alsace, pour ne pas multiplier les exemples, est celle qui renferme les tissus de Mulhouse. Voilà qui domine, voilà qui frappe tout d'abord les yeux, voilà qui occupe le plus grand espace, voilà qui justifie la dénomination du secteur.
Après ces précautions oratoires nous pouvons commencer notre promenade; elle n'en sera que mieux comprise.
Donnons un croc en-jambe à la logique qui, d'après le classement des groupes, voudrait nous faire aborder notre rue par le Jardin central. Suivons plutôt le visiteur qui est entré par la porte d'Iéna, qui a suivi pendant quelques pas le val du quart français et qui s'est trouvé tout à coup, après avoir jeté un regard sur le Pavillon des cloches et les Ruines dissimulant le servi^ce des eaux, devant le groupe des maisons ouvrières de Mulhouse. Kn face même, sous le promenoir, s'ouvre la rue d'Alsace, et ces maisons dont nous ne pouvons nous dispenser de dire un mot, sont placées là comme les propylées naturels du secteur que nous allons décrire.
Ce groupe est composé de quatre maisons pareilles à celles que M. Jean Dollfus , ce grand philanthrope , fait construire à Mulhouse pour les ouvriers. Ce groupe ne forme à l'œil qu'une maison unique avec quatre façades semblables. Il en résulte de grands avantages pour l'aération et pour l'économie même dans la construction, par suite de l'emploi des murs mitoyens. Les maisons sont entourées de jardins qui viennent expliquer ce mot de Jules Simon : « Je regarde le jardin comme le plus puissant ennemi du cabaret.» De l'air, des fleurs et de l'eau, voilà lesgrands mérites de ces habitations que nous ne pouvons décrire plus longuement, mais qu'il faut apprendre à connaître, pour les apprécier davantage, dans les livres de MM. Jules Simon, Louis Reybaud et Audiganne.
r/EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1 867 ILLUSTREE.
Entrons enfin dans le Palais même. Sous cotte immense galerie qu'un soulfie de f^éant semble avoir audacieusement jetée dans l'espace pour abriter les machines du monde entier, noua trouvons d'abord les métiers à tisser de la classe 56. Bischwiller^ et dans cette ville M. Sttlielin qui a obtenu une médaille d'or, puis Tbann, Mulhouse et Rouen ont fourni leurs appareils les plus compliqués. Le bruit est effroyable. Les bobines tournent en sifflant, les courroies de transmission cinglent l'air; au fond, à droite, la machine Po^^ell lève ses grands bras vers le ciel. Que dirait le seigneur
I Don (Juichotij, s'il était mis en présence de ces formidablus ailes de moulin d'un nouveau genre?
Sur les murs, devant et derrière nous, s'étalent d'heureux et salutaires enseignements. D'un côté une immense nappe tissée en fil rouge et blanc, avec figures allégoriques de la Paix. Ce linge d'une lable homérique a dix mètres de hauteur sur dix mètres de largeur, et a été fabriqué par M. Casse fils, à Lille. De l'autre côté sont groupés sur la muraille les engins de pêche : autre spectacle qui, pour représenter des instruments de destruction, ne rappelle pas moins une occu-
pation toute pacifique. Nous voilà rassui/s, et nous pouvons pénétrer plus avant.
A droite et à gauche, sous la deuxième voûte qui nous conduit vers le centre du Palais, s'ouvrent de vastes salles.
Celle à droite renferme les produits agricoles non alimentaires de la classe 43. Là, nous trouvons les matières textiles, le lin, le chanvre, le coton dont M. Victor Meunier a déjà parlé; là aussi poussent les feuilles vertes et odoriférantes du labac, dont M. Jacques Valserres parlera prochainement. Nous n'avons rien à ajouter à propos de ces matières qui sont ou seront trailées avec toute
l'autorité qu'elles exigent. Nous ne nous arrêterons pas non plus dans la salle de gauche qui renferme les cuirs et les peaux, dont a également diyà parlé dans notre publication M. Victor Meunier.
TNous voici enfin dans celle vaste salle, divisée en quatre grands compartiments, et contenant les cotons filés d'Alsace, lesrouenneries, les cotonnades de Roanne et les rideaux brochés de Saint-Quentin. Là, tout est himineux et clair; point de vitrines qui viennent resserrer l'espace. Les étoffes tombent en tentures gracieuses et réjouissent l'œilî de leurs couleurs barriolées. Le blanc domine. Au milieu du carrefour s'élève le groupe des trois Grâces, modèle en plâtre
que M. Ducel doit faire couler en fonte. Notre gravure représente ce point principal de la rue, et le dessinateur a fort ingénieusement entouré son sujet de fout ce qui peut rappeler Strasbourg et l'Alsace : le portrait de Gutemberg, les armoiries de la province, les pots et les tonnelels de bière, les armes blanches du Klingenthal, les fusils de Schirmeck, les canons, et les plans des places fortes de la frontière, les quenouilles de chanvre et les écheveaux de lin. Le pâté de foie gras [seul a été oublié par l'ingrat.
Nous traiterons prochainement, dans un article spécial, des étoffes qui sont réunies dans celte salle. La question est importante
et mérite, à côté de celles des soieries de Lyon et des éloffes de Paris, un examen particulier, f.es noms des Dollfus-Mieg, des Schlumberger- Steiner, des Napoléon Kœchlin, des Sellières, résument toute l'industrie manufacturière du Haut-Rhin. Mulhouse, Tbann et Wesserling ont une fabricat'on dont les produits se répandent dans le monde entier. Il faut en étudier soigneusement et les qualités et les défauts. Il en est de même des rouenneries représentées par MM. Jules I^epicard, Havas frères, Leroux-Eude, Ilazard à Rouen, Eugène Lemaître à Rolbec , Henry à Marorame, etc.
Parm Iles rideaux brochés d e Sai n t-Quen ti n , nous avons remarqué, pour le fini du travail
el, le goût original des dessins, les expositions di) MM. Lehault, Victor Dubois, Payen, et les guipures de fil, de coton et de soie de M. Monirouel.
Quittons une salle que nous aurons, comme nous l'avons dit, occasion de -visiter en détail, et arrêtons-nous devant les meubles, qui ne sont pas le moindre attrait de la sec-
tion française. Le goiît est la première condition de succès dans cette fabrication, et ce n'est pas cette qualité qui manque à la France.
Dans la rue d'Alsace ne se trouvent que deux exposants : MM. Racault et Kriéger et MM. Mazaroz et Ribailler; mais notre regard plonge dans les immenses galeries où se côtoient
les Lemoine, les Fourdinois, les Beurdeley. Les meubles s'entassent comme des Ossassur des Pelions. La foule circule en poussant des cris d'admiration, mais aussi des exclamations de regrets. Tous ces lits somptueux, tous CCS meubles compliqués de l'orme, composés de bois divers, à larges dorures, ne sont pas même accessibles aux personnes
LA r,UF. D'ALSACK. - Dessin de M. Clavcrie.
aisées. ^Une princesse — fût-ce une princesse de théâtre — peut seule aspirer après un oareil luxe.
M.y. Racault et Kriéger, dont nous avons oublié le dessin d'une bibliothèque en bois de poirier, ont exposé une très-grande variété de meubles de différents styles, la plupart l'ortbien réussis. Une console style LouisXVI, mérite surtout pour son ornementation ori-
ginale d'être examinée avec attention. MM. Racault et Kriéger ont eu en outre l'heureuse idée d'exposer le plan relief de leur établissement.
C'est le modèle par excellence de la maison unissant le commerce à l'industrie.
Plus de 600 ouvriers (sculpteurs, ébénistes, tapissiers, décorateurs, dessinateurs, etc.) sont réunis dans de vastes ateliers. Cet éta-
blissement rappelle les grandes manufactures et donne une haute idée de l'importance de la fabrication du meuble à Paris.
Mais comme le Juif errant légendaire, il nous faut marcher toujours; il nous faut même revenir sur nos pas pour mentionner à notre gauche les tapis et étoffes pour ameublements dcM. Arnaud-Gaidan, à Nîmes, qui a obtenu une médaille d'or, et le velours-sa-
vonnerie sur toile de MM. Berchoud et Gueneau. Noire ami Octave Lacroix appréciera tous ces chefs-d'œuvre en prenant pourthème principal les Gobelins, et notre ami Victor Cosse analysera prochainement les mérites du mobilier français.
Le chemin nous est encore une fois barré par un kiosque-orchestre exposé par le 13azar des Voyages, que dirige avec tant d'habileté M. Walcker. En attendant que la musique de Hérold ou de Meyerbeer résonne sous cette élégante construction, les visiteurs fatigués viennent s'y reposer et échappent ainsi à l'impôt vexaloire du monopole des chaises.
De leur place ils pourront contempler la triple exposition de MM. Cordier, Parfonry- Dupuis, et Landeau et Cie. M. Landeau produit cinq variétés de marbres qu'il tire de la Sarthe ; les marbres noir, rose, gris veiné de rouge, gris Louverné et gris cendré. MM. Dupuis et Parfonry ont exécuté diverses cheminées avec beaucoup de bonheur. Deux, entre autres, se font remarquer : l'une en marbre noir de Belgique, style renaissance ; l'autre en marbre rouge antique des Pyrénées; style Louis Xlli. M, Cordier, statuaire bien connu, reproduit en couleur sur le marbre les différents types des peuples. On pourrait l'appeler un sculpteur ethnographique. Si ses deux femmes fellahs, qui soutiennent des lampes, sont d'une heureuse composition, on n'en peut pas dire autantd'un bas-relief représentant par neuf figures différentes le type de la jeune tille grecque. Du marbre blanc colorié nous paraît une triste chose, et encore nous gardons- nous de parler du choix des couleurs et du mérite de la composition. Trouver dans les différentes nuances du mirbre même des combinaisons agréables à l'œil, c'est chose acceptable; mais voir forcer la nature par des tons criards qui ne sont accouplés que pour mieux hurler, c'est un manque de tact étonnant au moins de la part d'un artiste.
Nous voyons déjà par une échappée le Jardin central; nous sommes donc tout au bout de notre rue, et que de choses pourtant encore à voir, que de mondes d'idées à remuer. Nous fommes arrivés dans la galerie des arts libéraux. La librairie et l'imprimerie françaises sont à notre droite, la reliure et la papeterie à notre gauche. De celles-là j'ai longtemps entretenu les lecteurs de cette publication; de celles-ci, la plume compétente de M. Asseline jugera les productioDS. Le côté pittoresque de cette salle est la grande carte géographique dont l'Imprimerie impériale a orné les murs, et le kiosque octogone à quatre pans ouverts, dans lequel les éditeurs Dupuy, Teslu et Massin ont exposé leurs lithographies et leurs impressions en couleur à l'instar de celles de M. Silbermann, deStrasbourg.
L'espace se resserre; un couloir étroit, rendu plus difûcile encore pour la circulation par trois stalues qui sont placées au milieu
du chemin, mène au Jardin central. Quatre salles pourtant s'ouvrent encore sur ce passage. Les deux premières, à droite et à gauche, sont garnies de tableaux de l'écde française. Un coup d'œil, jeté de la porte même, nous permet d'admirer la saisissante composition de M. Schreyer, qu'il a intitu'ée : Abandonnée j et la singulière et émouvante peinture de M. (iiraud : Un marchand d'esdavcs.
Les deux autres salies appartiennent au musée rétrospectif, dans lequel M. Du Sommerard nous a introduits récemment et dont nos collaborateurs vont exploiter toutes les richesics. La salle de gauche renferme les obje's trouvés dans la Gaule avant l'emploi des métaux. Ce sont des pierres taillées de la façon la plus bizarre pour les usages journaliers. La salle de droite contient des monnaies, des bracelets, des colliers, 'desanneaux, des vases, des poleries, des statue, tes, desustensiles de ménage, des lampes remontant aux époques celtique, gauloise et gallo-romaine. Ces curiosités archéologiques, débris d'un autre âge, sont d'un graud prix et n'ont pu être réunies que par le zèle de l'organisateur de cette galerie, M. Du Sommerard, et par l'obligeance des musées municipaux et desparliculiers auxcjuels il a fallu emprunter pour un temps toutes ces richesses dont on n'aime pas à se priver.
Les trois statues du couloir, dont nous avons parlé plus haut, sont un chevrier qui sonne delà trompe, de M. Feugère des Forts; un Gaulois blessé, implorant Teutatès, de M. Delhomme, et une statue de femme, intitulée : la Somnolence, de M. Leroux. La statue de M. Delhomme ne manque pas de mouvement et de virilité.
Nous sortons enfin par une porte ornée de vieilles tapisseries, et nous sommes dans le Jardin central, où, au milieu des fleurs, s'épanouissent des statues.
Nous cherchons en vain un abri.
Ahl la logique a du bon, et M. Ducuing avait raison de commencer sa fatigante promenade par le Jardin central, pour aboutir sans le Promenoir, qui offre tous les délassements et toutes les récréations.
J. LAlIlEHr-LAPI>.
Les faïences Ginori.
Si jamais votre bonne étoile vous conduit à Florence, après avoir admiré le palais Pitti, la cathédrale Santa-Maria-del-Fiore, l église Santa-Croce, où sontl-S tombeaux de Michel- Ange, de Galilée et de Machiavel, n'oubliez
pas de parcourir les environs. A quelques kilomètres au nord-est de la ville, à Doccia, vous trouverez la manufacture Ginori.
Elle a été fondée en 1 735, sans subvention aucune, par un membre de la famille patricienne de Ginori, il marchese Carlo; elîe a, sous ses héritiers, perfectionné ses procédés, porté à trois ou quatre cents le nombre de ses ouvriers, agrandi ses fours et ses ateliers de peinture, et quoique restant toujours un établissement particulier, c'est le Sèvres de l'Italie. Son exposition de 1867 offre un intérêt particulier, en ce qu'elle nous permet d'apprécier cjù en est la céramique dans cette contrée classique qu'ont illustrés tour à tour les potiers del'Étrurie, ceux de Parthénope, puis ceuxdeFaenza, d Urbino, de Gubbio et de Pesaro.
C'est en Italie que s'est développé l'ar! de la majolique, d'après ce que ditScaliger, dans ses Exolericêe Exervilaliones.
Cet art était né dans l île Majorque, dont il a conservé le nom, avec une altération légère. Georgio Andreoli, Francesco Xanto, Rovigiese, Orazio Fonlana d Urbino le portèrent à la perfection. Après avoir cuit leur terre au dégourdi, ils la plongeaient dans un mélange liquide d'oxyde de p'omb, -d'oxyde d'élain, de sable et de potasse broyés, et c'était sur cet enduit qu'ils peignaient tantôt des blasons et des arabesques, tanlôtdes compositions d'une ampleur raphaélienne. Ces maîtres ne désavoueraient pas les imitations qu'a faites de leurs ouvrages la manufacture Ginori ; les principales sont :
Deux vases dont les anses sont formées de serpents entrelacés, et dont les peintures représentent i'enlèvemeùt d'Europe et celui des Sabines;
Deux coupes ornées à l'extérieur de pampres en relief sur fond bleu , et à l'intérieur d'excellentes copies d'originaux du seizième siècle;
Une table rondo en maj dique. Elle a pour base un pied triangulaire, flanqué des statues de la peinture, de la sculpture et de l'architecture; des bas-reliefs s'enroulent autour du fût ; sur la plaque est peinte avec vigueur une Bacchanale, d'après un magnifique tableau de Pietro da CorSona.
Le célèbre fondateur de la fabrique de Gubbio, maître Giorgio Andreoli, avait trouvé un rouge-rubis, dont il emporta le secret à sa mort en 1 552. La manufacture Ginori entreprit de retrouver oe fameux rouge {rosso cli ruhino); et dès 1855, en accordant une médaille à M. le marquis (jinori, le jury dit: 'c Le marquis de Ginori s'est occupé de la reproduction des anciennes faïences italiennes; il expose plusieurs assiettes qui sont en quelque sorte des fac-similé provenant de la fabrication primitive. Il faut le louer pour l'ensemble de sesspécimenset pour les autres pièces aussi de la manufacture de Doccia. Plusieurs de ces pièces prouveut que les procédés qui pcrmctt nt l'usage du rouge-
rubis à reflets irisés, ne sont pas entièrement perdus ! »
Aujourd'hui, la manufacture Ginori est en pleine possession du rouge- rubis. Ce sont des reflets de cette couleur qui rehaussent le fond bleu de sa belle coupe à pieds, avec anses. Ce sont encore ces reflets, mêlés à ceux du jaune d'or qui chatoient sur les ornements en relief d'un j^rand plat, dont le fond représente Diane.
Un autre plat est dédié à Dante Alighieri; au centre est le portrait du poëte, d'après une fresque de Giotto, qui existe encore, quoique détériorée, dans le Palazzo Pretorio de Florence. Sur la bordure sont représentés les plus intimes amis duDante, et les principales scènes de sa vie.
Un autre grand plat rond porte le portr;'i; de "Victor-Emmanuel, entouré de figures allégoriques, qui rappellent la fondation du royaume d'Italie.
En porcelaine, la manufacture Ginori s'adonne à un genre particulier. Ses sculpteurs modèlent des bas-reliefs, que ses peintres colorient, et qui sont éminemment jiropres à la décoration des meubles. Dans un grand cofi're d'ébène, imité des anciens cofl'res florentins, les panneaux de bois sont remplacés par quatre compositions du sculpteur Soldani, les quatre Saisons. Les figures sont d'une gracieuse désinvolture, et lestons n'ont pas cette crudité qui est le défaut du biscuit peint. Un autre colîret, du style de la Renaissance, a sur ses faces: le mariage, la danse des noces, le sommeil et le lever de Vénus; des Amours voltigent aux quatre angles; au point culminant du couvercle d'ébène se dresse la statuette de l'Hymen.
C'est tout un poème allégorique.
Parmi les grands vases curieux, sortis des ateliers de Doccia, les plus beaux sont deux ■vases de forme étrusque, en haut-relief, sur desquels nous voyons triompher Neptune et da nymphe Galatbée. Us pourraient accompa- ;gner le service dont les assiettes sont des coquilles. Un autre service, un tête-à-tête, iest enrichi de miniatures dont la linesse sxlrême rappelle les beaux temps de Caporliimonte.
Citons encore deux amphores; un plat à bas-relief, imitation d'un plat en argent de «envenulo Cellini, et deux grands plats Médicis de CO centimètres de diamètre, dont les bas-reliefs coloriés représentent : l'un le Génie de l'Astronomie; l'autre le Génie des Sciences
des Àrls.
La manufacture Ginori ne fait pas seulement de l'art; parvenue, depuis quelques années, à tirer toutes ses matières premières 'l'Italie, elle peut livrer à bon marché des □orcelaines et des fa'iences, dont la cuisson iist excellente, la pâte solide, le vernis net et Jur. Le marquis Laurent Ginori-Lisci, qui est actuellement le propriétaire de ce vaste établissement, ne recule devant aucun sacrilice 8'Our y réaliser des progrès, et il est merveil-
leusement secondé par l'habile directeur, M. Lorenzini.
Outre les produits de Doccia, nous avons remarqué, dans l'exposition italienne de la classe 1 7 :
Les services de table de IVI. Jules Richard, qui pourrait bien être Français, quoiqu'il soit depuis longtemps établi à Milan;
Les imitations chinoises, japonaises et étrusques, de M. Léopold Rampin, de Padoue;
Les faïences de M. Fanciullacci, d'Empoli, en Toscane;
Un plateau et une aiguière de terre cuite vitreuse, de M. Bernardin Pepi, de Sienne;
Des poteries vernies de MM. Fabri et Carocei, de Pérouse.
Il existe des fabriques de porcelaines et de faïence à Naples, à Nove, à Castelli, Pise, Udine, Savone, Bari, Sassuolo, Trévise, Salasco, etc. Les matières premières étant abondantes, l'industrie céramique pourrait prendre encore de l'extension, accroître les richesses de l'Italie et lui rendre, dans toute sa splendeur, un des rayons de sa couronne artistique.
Emile di; la Bédollièue.
CHROiNIQUE.
l'J septemitre.
Ihinhug ! ils disent hunbug ! nos aimables voisins d'ouIre-Manche appellent l'Exposition universelle de 1867 une blague. Et l'on rencontre des journalistes français qui trouvent cela — non pas seulement charmant, ça l'est — mais juste. Voilà donc la vérité sur le plus grand événement du siècle — une blaeue ! — Où l'esprit de dénigrement et de dépit ne peut-il pas conduire!
C'est du dépit de la part de nos voisins: car ils voient très-bien l'immense distance qu'il y a entre l'exposition anglaise de 1 862 et l'exposition française de 1 867. C'est du dépit ; car ils savent très-bien que la magnifique exposition des machines et des draps de l'Angleterre au Champ de Mars n'est pas une blague; et que ce n'est pas non plus une blague que les canons de Wolwich et le matériel exposé de la flotte britannique.
C'est du dépit; et l'expression si galante de ce dépit, certifiée véritable par des journalistes français, nous charme.
Je me souviens fort bien que les babys des environs de Londres, en voyant pour la première fois des hommes à barbe lors de l'exposition de 1851, s'écriaient, en nous désignant du doigt avec une pitié bienveillante : Frenchmen !
Cette pitié bienveillante des Anglais et de leurs enfants à notre endroit ne me flattait guère: j'aime mieux le dépit d'aujourd'hui.
Nous avons marché, grâce au ciel ! et nous
pouvons nous regarder en face avec nos bons voisins, sans faire ce mouvement que Montaigne nommait le mépris des épaules.
La grande supériorité de l'Angleterre sur nous, jusqu'à ces derniers temps, c'est que nous la détestions, tandis qu'elle parlait de nous sans rancune, se contentant de dire de notre nation ce qu'elle dit aujourd'hui de notre exposition: hunbug!
Il me semble qu'elle doit avoir cessé de nous gratifier de son mépris bienveillant depuis 1854, à moins qu'un Anglais ne se croie quitte envers l'homme qui l'a retiré de l'eau en lui disant: Venez me voir.
Mais, si l'Anglais ne croit plus payer suffisamment un service par l'assurance de sa protection humiliante, nous rentrons avec lui sur le pied d'égalité. Qu'il nous épargne son mépris : nous ne le détestons plus.
Il est venu dans le temps commanditer nos premiers chemins de fer, et même les construire. Il en a été bien payé : nous sommes quittes.
Nous avons fait campagne ensemble de capitaux, aussi bien que d'ouvriers et de soldats. Sommes-nous désormais enresteavec lui?
Qu'il ne dise donc plus : hunbug! le temps de ces blagues est passé. Nous n'avons pas encore dans nos rues des enseignes ambulantes; et nous n'avons pas non plus un quart-"r Sainte-Catherine qui serve de ghetto à l'indigence mise en coupe réglée. Nous marchons de pair aujourd'hui : il n'y a plus de place entre nous ni pour la haine ni pour le mépris.
I! s'est trompé de date, le céramiste anglais qui frappait des faïences françaises du bout de sa badine d'ivoire en disant : « C'est brillant; mais l'émail ne tient pas: hunbug ! — Frappez plus fort, monsieur, lui dit le propriétaire de ces faïences ainsi jugées; et pour que l'expérience soit complète, nous allons briser chacun pour dix mille francs de fa'iences, vous des miennes, moi des vôtres: on j ugera sur les débris ! » On ne dit pas que r.'Vnglais ait tenu le pari : hunbug !
Eh bien ! il faut l'avouer : ce qui se passe au Champ de Mars donne quelque lieu do jugeii l'Exposition avec le mouvement d'épaules dont parle Montaigne. C'est le théâtre du Monopoly, comme disent les Anglais; et le concessionnaire des chaises l'a bien prouvé.
Notre publication est autorisée par la commission impériale; mais si l'on se figure que cela nous donne quelque privilège, on se trompe étrangement : nous sommes victimes, comme tout le monde, de l'épidémie de prohibition qui domine céans. Nous Talions montrer tout à l'heure.
Nous avons à prendre un dessin d'ensemble, sur les tapis, par exemple, dessin commandé par nous depuis plus de deux mois. Rien ne nous paraît plus simple, puis-
IfiO
que nous sommes autorisés. Vous allez voir. Notre dessinateur se met à l'œuvre. Qu'un exposant lui arrête le bras, il le peut, armé de l'art. II du règlement; il peut prétendre, d'ailleurs, qu'on vient lui prendre sa marque
de fabrique, quoique ce prétextesoit ridicule par rapport à un produit en montre et en vente. Mais que les employés de la manufacture impériale des Gobelins empêchent le dessinateur de prendre un croquis sous le même
prétexte, — cela dépasse tout : c'est la manie de l'empêchement poussée au delà des frontières de la vraisemblance. Et n'allez pas croire que cette manie monstrueuse n'a pas gagné les sections étrangères de l'Exposi-
LES faïences italiennes DE GINOlU. — Dessin de M. Fellmaim.
tion : le régime de l'aulorisalion préalable règne sur toute la ligne : c'est une vraie contagion.
Je voulais qu'on me dessinât les coucous de la Forêt-Noire, à l'heure oii les paladins captifs ouvrent leur prison de bois et viennent sonner leur fanfare devant la porte du coucou. Que voulez-vous ? c'était ma fantai-
J^dmfntstracion, rue de
sie. Elle était absurde, et on me l'a péremptoirement démontré. Il a été impossible à U. Fellmann deprendre le croquis que je lui avais demandé; et son dessin a dù paraître sans mes paladins. Jamais, non ! jamais, je ne tiendrai les autorités de la Forêt-Noire quittes des paladins dont elles m'ont privé. Et tout cela se pratique sous l'invocation du
Règlement : C'est roidc , connue ou dit dans un certain monde, mais je vous assure que ce n'est pas le cas de crier avec les Anglais : Hiiiibug !
IMa conclusion est celle-ci : Un privilège qui ne profile à pereonuc, nuit à tout le monde. J'ai dit.
Fr. DUCUING.
Blebeliea» «06. — DENTU, éditeor, galerie du Pa la iB. Royal.
ON s'abonne par l'envoi d'uk mandat de poste a l'ordre de m. l. gueymabd, administrateur.
Imprimerie générale de Ch. Laliiire, me de Fleunis, 9, à Paris.
EXPOSITION raiVERSEllE
PUBLICATION INTERNATIONALE AUTORISÉE TAR LA COMMISSION IMPÉRIALE
LIBRAIRE
KrUTKURH :
M- ZL iïirjFtTi:, Cf[)cessioDn3ire do Catalogue o„lriel, éditeur de la Commiasigo impériale.
'-..i.,essl'- -...Ira delà photo^:.., iiie du Champ de Mars, phw'.ograplie (Je la Commission impériale.
tO Livraisons (f'î ta pn;;efl ln-«°.