‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 38 sur 134 · VUE PANORAMIQUE DU QUART ALLE · texte numérisé non relu

VUE PANORAMIQUE DU QUART ALLE

maciiines et équipages, de Belgique. Nous avons déjà mentionné les bureaux de la Confédération allemande et la statue du roi de Prusse qui s'y trouvent également.

Si, de la porte de l'École militaire, nous suivons la rue parallèle à l'avenue Lamotlie- Piquet, après l'anneïe de la classe 91 dont nous avons parlé, nous trouvons le grand restaurant des ouvriers, dont nous avons plus d'une fois entretenu nos lecteurs, et plus loin , sur la même ligne, les hangars des travaux du gaz et de ceux des eaux.

Nous voici à l'angle de l'avenue Lamotlie- Piquet et de l'avenue Suffren. En suivant le chemin parallèle à cette dernière avenue, se présente à nos yeux l'annexe agricole de l'Espagne, dont M. Léon Plée vous a décrit l'architecture riche et sévère, et plus loin l'élégant palais j\Ianoelien qui sert d'annexé au Portugal. Tout contre l'avenue, s'étendent les hangars qui servent d'abri aux machines agricoles et alimentaires françaises.

Nous arrivons ainsi jusqu'à l'annexe des beaux -arts de la Suisse, qui a été pour nous l'objet d'une étude détaillée. Si nous tournons le regard vers la droite, nos yeux embrassent les diverses constructions norwégienne, suédoise et danoise, dont nos lecteurs doivent également se souvenir.

Plus loin, dans l'espace resserré entre l'avenue et le contour du Palais, se trouvent les diverses constructions russes, sur lesquelles il nous paraît inutile de revenir.

Dans ce parcours rapide fait par nous autour du quart allemand, nous avons négligé de mentionner quelques établissements fort intéressants à des titres divers, tels que l'école primaire prussienne sur laquelle nous ferions bien de prendre modèle, la maison des aliénés, dont M. Jules Duval vous a fait une description si émue, le haras d'Autriche dans l'enceinte du village autrichien, la maison d'ouvriers de la Bohême, qu'on ne visite pas autant qu'elle mériterait de l'être, et enfin l'établissement des appareils balnéaires, où la science du bain est démontj'ée avec pièces à l'appui. Je ne sais comment une statue équestre de Don Pedro IV, roi de Portugal, et premier empereur constitutionnel du Brésil, s'est égarée là, sinon pour faire pendant au palais Manoëlien.

M. Cicéri est un indicateur topographique plus précis et plus saisissant avec son crayon que je ne saurais l'être avec la plume. C'est donc à lui que je vous renvoie, chers lecteurs, me contentant d'avoir mis une étiquette sur chacun des établissements qu'il a si bien et si fidèlement représentés.

Je vous avais parlé dans le temps des cloches exposées dans le quart allemand, sur le bord d'une allée, et que chaque promeneur ébranlait en passant. Ces cloches y sont toujours : mais on les a enchaînées, au grand soulagement de ceux que leur bruit perpétuel agaçait.

Notez, d'ailleurs, que depuis qu'on ne les

ébranle plus, le quart allemand est beaucoup plus fréquenté, la brasserie viennoise surtout.

Fr. Dijcumc.

La maison portative de la Louisiane.

Quand, entraîné par le flot toujours grossissant qui pousse le trop plein de la population européenne vers l'Amérique, l'émigrant va chercher au delà des mers un sol fertile, qui fécondé par son travail assure son existence et celle de sa famille, il lui faut tout d'abord une habitation appropriée à ses besoins, aux exigences du ciimaiet d'un transport facile, afin de lui fournir un abri dans les loinlaines contrées de l'Ouest. Cette nécessité frappante a donné l'idée de construire des maisons portatives en bois; c'est le modèle d'une de ces habitations que l'on vo't dans le Pare du Champ de Mars.

Le prospectus distribué à l'intérieur de la maison nous apprend qu'elle est supérieure à toute autre par son élégance. Sans, adopter entièrement l'opinion du conslructeur, nous reconnaissons qu'elle a assez bon air. Quant à la légèreté, c'est une qualité qu'on ne peut lui contester. Construite tout entière en bois de cyprès, arbre fort léger et qui pousse en grande quantité dans la Louisiane, elle ne pèse que deux tonneaux et demi. Les différentes pièces dont elle se compose peuvent être rassemblées à l'aide de quelques vis. De cette façon peu d'heures suffisent à l'émigrant, quand il a choisi le lieu où il veut se fixer, pour mettre en place sa maison qui, même, s'il lui convient de construire une plus vaste demeure, lui servira de logement pendant le temps employé à ces travaux, pour ensuite léur être annexée et l'aire partie de l'habitation permanente.

L'intérieur de la maison ne se compose que d'une seule pièce dont on a tiré heureusement parti en y installant l'exposition des produits agricoles de la Louisiane. L'emplacement attribué aux États-Unis dans le Palais ne permettait de représenter que d'une manière très-incomplète les richesses de ce sol privilégié. Les ressources naturelles d'un pays consistent dans sa fertilité, son climat, la disposition de ses cours d'eau, sa proximité de marchés et de débouchés maritimes, L'Amérique du Nord est largement dotée de tous ces avantages naturels : le sol y est, en général, mais particulièrement dans les vastes régions qu'arrose le Mississipi, éminemment fertile, le climat des plus variés; ses grands fleuves et ses immenses rivières lui assurent les communications h s plus faciles et les plus étendues; enfin laprétenco de deus mers baignant les côtes des États-Unis sur un dé.

veloppement de 1300 lieues, offre au commerce des facilités d'échange exceptionnelles avec les autres parties du monde. Tous ces éléments de prostérité, d'ailleurs, sont décuplés par le caractère même de la population essenliellement agricole et industrielle. Les Américains sont agriculteurs avant tout; leur origine, la nécessité, leur position ont contribué également à les constituer tels. A leur origine anglo-saxonne ils doivent les qualités essentielles de l'agriculteur : un sangfroid imperturbable, un rare esprit de persévérance, et par-dessus tout cette aptitude et cette opiniâtreté dans le travail, caractéristique des soldais de Cromwell. Enfin, pour fonder leur liberté, pour se rendre indépendants de la mère patrie, dont ils s'étaient exilés volontairement, ils devaient demander à la terre seule les différentes conditions de l'existence. C'est l'industrie agricole qui a servi de point de départ à la formation de la nationalité américaine.

Les échantillons de coton envoyés par les cultivateurs louisianais sont fort beaux et tout à fait dignes de la récompense qui leur a été accordée. On sait avec quelle rapidité s'est développée la culture de cette plante précieuse en Amérique; rien n'est plus merveilleux que ce coup de fortune. C'est vers le milieu du dix-septième siècle qu'eurent lieu, sur les bords du Mississipi, les premiers essais d'une culture régulière du coton, provenant de semences. Cent ans plus tard on commença à exporter quelques balles en Angleterre, sans pourtant aboutir à un trafic suivi. Le commerce du coton ne prit réellement son extension qu'au commencement de ce siècle. L'exportation , qui était de quarante-cinq mille balles en 1800, ne fit qu'augmenter progressivement jusqu'au chiffre fabuleux de quatre millions six cent soixante-quinze mille balles qu'elle a atteint dans l'exercice de 1859-1860. Mais la guerre désastreuse qui a ravagé les États-Unis pendant cinq ans, a porté un coup mortel à la produc ion du coton, qui n'est plus aujourd'hui que la moitié de ce qu'elle était avant les hostilités.

On sait qu'il existe deux espèces bien distinctes de coton : celui qu'on nomme coton Sca-hlmul, parce qu'il croît sur les îles, sur les côtes, à demi noyées des Deux-Carotines et de la Géorgie, ainsi que dans les terrains marécageux qui longent plusieurs grandes rivières, telles que le Mississipi etrAlabama, se distingue par la longueur de ses brins; une espèce de moindre prix, à brins courts, qui, croissant loin de la mer, et sur des terres élevées, a pris le nom A Vplaiid. Les procédés de culture sont d'ailleurs à peu près les mêmes pour ces deux espèces. Lorsque la terre destinée à recevoir le coton a été préalablement débarrassée, à l'aide de la houe, de toutes les mauvaises herbes et creusée en sillons séparés les uns des autres par une diS' tance de cinq pieds, on ouvre sur le sommet

lies couches, à un pied et demi d'intervalle, une série de trous dans lesquels on répand environ cinquante grains de coton, puis on recouvre de terre. A peine a-t-on fini de planter qu'il faut avoir de nouveau recours à la houe pour enlever les herhea qui poussent très-vite; cette opération doit être renouvelée environ tous les quinze jours. La récolte se fait vers le commencement de septembre.

Lorsque le coton est rentré dans les granges, il reste à l'assortir selon les différentes qualités, puis à le débarrasser des graines qui y adhèrent, ce qui est une opération fort longue et fort difficile, qui ne peut s'exécuter qu'avec l'aide des machines. Le coton est ensuite porté dans les magasins où, à l'aide de vis de pression, on l'entasse en balles de trois cents livres. Ces balles, une fois cousues, sont envoyées dans un port de mer et deviennent denrées coloniales.

Le riz de la Louisiane, sans être aussi renommé que celui de la Caroline, jouit cependant d'une réputation méritée. Malheureusement, comme pour le coton, la production de cette denrée a bien diminué depuis la guerre. La culture du riz est le travail le plus malsain qui existe. On sait, en effet, que la graine, pour pouvoir crever ou fermenter, a besoin d'être inondée à différentes reprises et que, sous l'eau seulement, le riz peut arriver à pleine maturité. Les travailleurs sont perpétuellement à l'ouvrage, les pieds dans la boue jusqu'à la cheville, la tête nue exposée aux rayons d'un soleil brûlant. Quelle race pourrait mener à bien d'aussi rudes labeurs, si ce n'est celle qui, née dans un climat analogue, a reçu de la nature une constitution et des organes appropriés à ce climat? Mais aujourd'hui, la condition des nègres est bien changée auS Etats-Unis, et les plantations les plus prospères autrefois, restent maintenant incultes faute de bras.

Une médaille d'argent a été accordée aux beaux échantillons de sucre de canne exposés dans la maison de la Louisiane. La terre d'alluvion qui s'étend sur les rives des grands fleuves de la partie méridionale des États- Unis est admirablement propre à la culture de la canne à sucre. Dans le sol, profond de un pied au moins, on creuse des sillons au milieu desquels la canne est semée ou plantée de boutures. On compte quatre variétés de cannes à sucre : l'africaine, l'otabitienne, celle des Antilles et la rubanée, variété nouvelle à la tige sillonnée de cannelures parallèles, qui mûrit plus tôt que les autres et fleurit plus au nord. Lorsque la canne est coupée, on la laisse fermenter quelques jours, puis on la fait passer sous des rouleaux de fer qui en expriment le jus; on fait bouillir ce jus, la partie aqueuse s'évapore et le suc se cristallise.

Nous avons goûté le tabac louisianais, et nous n'avons pas eu à regretter cette expérience; bien qu'un peu fort et chargé de ni-

cotine, il est agréable au goût et mérite d'être recommandé aux fumeurs, surtout pour la cigarette.

Et pourtant, à la vue de toutes ces richesses, le cœur est saisi d'un vif sentiment de regret; l'esprit ne peut le défendre d'un retour sur le passé; on se rappelle que ce sont les Français qui ont les premiers enfoncé la bêche dans le sein de cette terre féconde, et que, pendant deux siècles, la Louisiane a été une des plus belles dépendances de notre pays.

Raol'l Feurèue.

L'Inde française.

Qu'un artiste fasse un dessin de pure fantaisie quand on lui impose l'obligation de figurer un être de raison, rien de plus naturel.

Son imagination peut alors se donner libre carrière; elle a droit de tout inventer, et si elle est assez heureusement inspirée pour créer le vraisemblable, à défaut et en l'absence du vrai ; si l'objet figuré ne heurte aucune des idées, n'est pas en désaccord avec les traditions, et reflè-.e à certain point la physionomie et la couleur locales, chacun applaudit, et se trouve heureux de pouvoir reconstruire et raviver, à l'aide de cette ingénieuse fiction, la réalité évanouie.

C'est-là ce qu'a très-habilement fait M. Lancelot.

L'Inde française 1 quel corps et quelle figure pouvait-il donner à cette abstraction?

Dans la vaste presqu'île qui s'étend de Bombay à Calcutta et de l'Himalaya au cap Comorin, où la trouver et quelle place occupe-t-elle aujourd'hui?

Les conquêtes de Dupleis, ses créations politiques, ses établissements commerciaux, n'ont pas, hélas! laissé la moindre trace; et le jour de sa disgrâce, 1 Inde française s'est tout entière effondrée comme dans un vaste écroulement.

Il n'avait fallu que dix ans à ce grand homme pour établir la domination de la France sur plus d'un tiers de l'Inde et occuper tout le midi de cette immense péninsule; encore quelques années, et le reste passait sous notre dépendance. Mais l'Angleterre, forcée de reculer chaque jour devant Dupleix, comprit que, si elle n'arrêtait pas le héros dans sa marche, c'en éiait fait de sa puissance et que son expulsion était assurée et très-prochaine. Le vaincre par les armes était impossible; le plus sûr et le plus facile était de recourir à l'intrigue et de l'attaquer dans Versailles, où trônait Jeanne Poisson, une de ces femmes dont la pudique Histoire ne doit parler que la rougeur au front.

Le ministre anglais exigea de Louis XV le

rappel immédiat du gouverneur général de l'Inde; et Dupleix, subitement arrêté au milieu de ses succès, et condamné sans avoir été entendu, se vit brutalement révoqué.

Le lâche sacrifice de ce grand homme et le honteux abandon des riches possessions dont son génie avait doté la France resteront attachés comme une éternelle flétrissure à la mémoire d'un roi qui semblait avoir pris à tâche d'abaisser la dignité nationale au point de dire ce mot fameux : « Après moi, le déluge! n

« Dupleix, dit Campbell, était de beaucoup « supérieur à nos agents en talent politique; « s'il avait trouvé les mêmes ressources et le (( même appui qu'eux dans la mère patrie. Il il est plus que probable que l'empire de « 1 Inde appartiendrait aujourd'hui à ses « compatriotes. »

Depuis longtemps le gouverneur général des Indes est vengé; mais quand et par qui sera réparée la perte immense faite par la France?

Nous n'occupons aujourd'hui dans l'Inde que de très-petites fractions de territoire séparées les unes des autres par de vastes provinces qui dépendent des Anglais.

Les moins infinitésimales de nos possessions, dans cette immense contrée, sont Pondicliéry, ville située sur la côte de Coromandel: elle a une rade assez bonne; mais elle est dépourvue de port. Comme point stratégique et centre commercial, c'est une place qui ne saurait porter ombrage à personne. Puis Chandernagor, sur l'Hagli, agréable fleuve qu'aucun navire ne peut remonter. Cette ville était autrefois défendue par des fortifications que les Anglais ont détruites et que nous nous sommes engagés à ne pas rétablir.

Quelle prudence d'un côté, et quelle résignation de l'autre!

On comprend très-bien qu'à dater de ce moment, la France profondément atteinte dans son honneur, ait tenu rancune à la royauté, et qu'elle ait senti se refroidir dejour en jour ses vieilles sympathies pour le régime du bon plaisir.

Nous ne poursuivrons pas l'énumération de nos possessions.

Le reste ne vaut ]ias l'hoimetir d'être nommé.

Tout le commerce maritime passa dès lors entre les mains de l'Angleterre. Pour tous les articles de l'industrie indienne, pour tous les produits du sol, nous devînmes ses tributaires. Force nous fut d'aller acheter sur le marché de Londres les toiles de coton de Madras, les étoffes de soie du Bengale, les soieries brochées d'or et d'argent de Surate, les châles de Kacheniir, les tapis de Patna, et de plus les épiées, l'indigo, la cochenille, les gommes laques, l'opium, enfin tous les produits indispensables à notre luxe ou à notre industrie.

Napoléon résolut d'affranchir l(i France de

ce tribut humilitiiit : il ferma fea ports et ses marchés à l'Angleterre; les produits de ITnde ne nous arrivèrent plus que par contrebande; mais les entrées en fraude étaient loin de subvenir à tous les besoins, et le génie national dut y pourvoir. La chimie se mit à l'œuvre, de grandes usines s'installèrent, Lyon produisit des merveilles d'imitation, et Paris crut avoir retrouvé mieux que les châles de Kachemir dans les beaux tissus de Ternaux.

L'illusion sur ce point ne fut pas de longue durée, et les chfdes de l'Inde devinrent l'objet de la plus active contrebande.

L'impératrice Joséphine , fans respect pour le décret de son auguste époux, voulut qu'on lui en procurât un à tout prix; une des premières maisons de Paris le lui fournit, et l'Empereur à qui elle le présenta comme un châle Ternaux, fut émerveille des rapides progrès de notre industrie, et s'app'audit de la mesure qu'il avait prise.

Avec la Restauration, l'Angleterre envahit aussitôt nos marchés et vida tous ses magasins au plus grand préjudice des nôtres. Jamais noire industrie n'eut à traverser une plus terrible crise. Les

laines de l'Inde, et dont les intérêts avaient le plus souffert par suite du blocus, coururent s'approvisionner à Londres, et bientôt il ne fut presque plus question des imitations Ternaux, les plus riches et les mieux réussies.

Ce fut pour le châle de l'Inde une vraie restauration. Mais son ère de prospérité ne devait commencer que vingt ans plus tard.

Un soldat de l'Empire, un aide de camp du maréchal 'Brune, le général Allard, ayant échappé par miracle aux massacres du Midi, • se réfugia en Egypte, d'où il repartit presque aussitôt pour se rendre en Asie; la fortune la plus brillante l'y attendait. Chargé par Runjet Sing, roi de Lahore, d'organiser ses troupes, il fonde une véritable armée, dont il est fait général en chef; là ne devait pas s'arrêter sa faveur; il devint conseiller intime de Runjet Sing dont bientôt il épousa la fdie.

Peut-être alors rêva-t-il de venger Dupleix et de relever la France de son humiliation passée.

Il était digne d'un soldat de l'Empire de le tenter.

En 18.'?8, le général Allard vint quelques maisons dont le principal commerce 1 en France, il fut plusieurs fois admis auxTuiconsistait dans la vente des châles et des | leries, et eut de nombreuses conférences avec

i-.lAlo-Ui\ib. — LA MAlbUiN l-ulirArnh ut i.a Ll)L■l^]A^E

EXPOSITION DES INDES FRANÇAISES. - Dessin de H. I.ancelol.

les ministres. Que fut-il proposé, discuté, arrêté? M. Guizot et M. Thiers pourraient seuls nous le dire ; mais Louis-Philippe était Irès-prudent, et il n'ignorait pas que l'Angleterre avait l'œil braqué sur le voyageur.

Quand il quitta J'aris, le général n'emporta d'autres instructions que celles qu'il s'était fait donner par la maison Gagelin sur les moyens d'améliorer la fabrication des châles de l'Inde.

Si son ambassade n'eut aucun succès politique, elle tourna du moins au profit de l'industrie de Lahore et du commerce français dans l'Inde.

Peu de temps avant sa mort, qui suivit de près son retour, le général expédia en France quatre-vingts châles, choisis parmi les plus beaux tissus de Kaehemir et de Lahore.

La maison Gagelin en fit l'occasion d'une riche exposition dans ses magasins. Elle ouvrit ainsi une voie de publicité dans laquelle toutes les maisons importantes s'empressèrent de la suivre.

Ce premier envoi fut bientôt suivi d'un autre beaucoup plus considérable.

Le général Ventura, successeur du général AUard dans le commandement de l'armée de Runjet Sing et dans le commerce des châles, en apporta à Paris quatre cents environ.

Ils furent offerts en bloc à lamaison Gagelin qui se borna à faire un choix, et, pour le reste, adressa le général â MM. Oulmann fils. L'affaire ne leur ayant pas souri, MM. Cheu-

MUSÉE RÉTROSPECTIF: IIANAPDE CLERMOrs'T-FERHAND (17361

vreux-Aubertot se hâtèrent de la conclure.

Un aussi important achat ouvrit à cette maison, depuis longtemps déjà l'une des plus renommées de Paris, une voie toute

nouvelle; elle y entra très-résolùment, et le commerce des châles des Indes est devenu depuis une des plus riches branches de son industrie.

Elle fit à son tour son exposition, et le commerce de Paris lui eut bientôt enlevé tous les châles dont elle ne crut pas devoir faire réserve pour sa riche clientèle.

C'est à partir de ce moment que tous les établissements de nouveautés s'occupèrent peu ou prou de la vente des châles de l'Inde ; et aujourd'hui il n'est pas de magasin de troisième ordre qui n'ait un rayon qui ne leur soit consacré.

Quatre maisons seulement se disputent à Paris le sceptre de cette induEtrie; mais il nous serait difficile de dire à laquelle il doit être adjugé.

Les fils Oulmann sont les premiers, dans l'ordre des dates; viennent ensuite la maison Cheuvreux-Aubertot , MM. Frainais-Gramagnac, et enfin la Compagnie des Indes.

La médaille d'or donnée â celte maison et la croix de la Légion d'honneur accordée à M. Verdé-Delisie, un de ses directeurs, prouvent que le rang assigné par nous â la Compagnie des Indes n'a d'autre raison que l'ordre chronologique.

Grâce donc aux généraux Allard et Ventura, grâce aussi aux cinq maisons que nous

MUSÉE RÉTROSPECTIF ; LES VASES EN CRISTAL DE L'AUTRICHE. Dessin de M. Fellmann.

venons de nommer, la France s'est, dans ce commerce de luxe, affranchie de l'étranger et rendue maîtresse de la fabrication, que dirigent on surveillent aujourd'hui dans l'Inde des agents entretenus à grands frais, à Lahore, à Kacliemir, à Umretser, par les plus importants établissements de Paris.

Nous ne sommes donc plus forcés d'aller nous approvisionnerà Londres, et les Anglais sont au contraire obligés, quand ils veulent se procurer un cachemire de choix, de le venir chercher et acheter chez nous.

C'est une première revanche nationale ; espérons que la liberté du commerce, l'activité et le génie de nos grands industriels nous en feront obtenir beaucoup d'autres, et que nos prospérités futures nous consoleront de nos pertes et de nos malheurs passés.

Notre industrie a déjà commencé de reconquérir pacifiquement l'Inde française; qu'elle achève son œuvre, et elle aura bien mérité du pays, car les conquêtes de la paix sont aussi glorieuses et plus durables que celles des armes.

PnosPER Poitevin.

MUSÉE RÉTHOSPECTIF.

Un hanap de Clermont-Ferrand.

Il n'est pas de limier plus patient et plus fin que le collectionneur; mettez en sa possession un objet dont il désire connaître l'origine, et les travaux d'Hercule ne l'effrayeront pas s'il espère, en les accomplissant, arriver au but de ses désirs. Je connais un collectionneur qui dans huit jours a fait deux fois le trajet de Paris à Marseille, uniquement pour voir une assiette; mais la vue de cette assiette devait lui révéler un mystère céramique important : il s'agissait de savoir si les fabriques de Marseille avaient imité certaines décorations des fabriques de Rouen. .4u premier voyage, notre collectionneur put s'assurer de la vérité, l'imitation était flagrante. 11 rentra à Paris, mais àpeine arrivé, comme il faisait part de sou heureuse découverte à l'un de ses amis, autre collectionneur, celui-ci r e manqua pas de lui demander la date de celte imitation. — La date.... la date.... mais je l'ignore, je ne l'ai pas recherchée la date — diable! vous avez raison, il me la faut; et notre homme reprit le chemin do fer de Paris à Marseille.

C'est grâce à ces recherches patientes que les amateurs de faïences ont découvert, dans ces derniers temps, diverses fabriques ignorées, ou dont les produits étaient bien à tort attribués à d'autres fabriques. Moustiers, si célèbre pendant le dix-huitième siècle, n'est découvert que depuis une dizaine d'années; et la fabrique de Clermond Terrand n'était pas encore connue il y a quatre ans. Elle fut

révélée par la vue d'une pièce achetée à Paris, par M. Ed. Pascal; c'est un hanap en camaïeu bleu dans le style Bérain, assez semblable aux produits de Moustiers.

Du resle, la fabrique de Clermont n'a duré que quatre ans, de 1 734 à 1 738.

Ce hanap, que nous donnons dans notre gravure, porte la date de 1736 et l'inscription suivante : Clermrml-Ferratid d'Auvergne. Il a vingt centimètres environ de hauteur. Ses ornements bleus sur un émail blanc sont très-réguliers, et dessinés avec goût. Sur les deux cûtés delà tasse, au milieu d'ornements à feuillages, on a figuré une grosse perle d'un effet très-gracieux. La forme de ce hanap est, comme on peut le voir sur notre gravure, très-simple et très-heureuse.

Paul Bellet.

Les Vases en cristal de l'Autriclie.

Une des plus heureuses innovations qui assurent à l'Exposition Universelle de 1867 une incontestable supériorité sur les Expositions qui l'ont précédée, c'est l'organisation de la galerie consacrée à V histoire du travail, ce que le public nomme aussi le musée rétrospectif. Cet hommage rendu aux efforts, à la science, à l'industrie, aux travaux, au génie des siècles passés, est fécondeneuseignements divers. Il vient apporter de puissants arguments dans celte querelle depuis si longtemps engagée entre les champions du passé, et les fervents du présent.

Les armes, les vêtements, les cristaux, les faïences, les émaux. Us bijoux de toute sorte, de tous métaux, les bronzes, les ivoires, ont lentement révélé la vie de ces générations mortes depuis plusieurs siècles^ que l'on se représentait comme ensevelies dans les ténèbres de l'ignorance, et que l'on voit rayonner d'une splendeur qui prenait sa source dans la foi religieuse et la foi patriotique.

L'Exposition de 1867 a voulu agrandir cette page intéressante de l'histoire. A son appel, tous les peuples ont apporté au Champ de .Mars les plus rares chefs-d'œuvre de leurs collections. Et en parcourant la galerie de yiiisloitc. du travail, le visiteur reste émerveillé devantces riches armures, ces épées si souples et si solidee, ces vases d'or, d'argent, de cristal, ces étoffes somptueuses, ces broderies d'une richesse et d'un goiît admirables, ces reliures quenos artistes en ce genre regardent avec respect, ces tapisseries comme la Savonnerie, Beauvais, Aubusson, Tours, Roubaix n'en fournissent pas, et dont la manufacture des Gobelins a conservé le secret, secret si chèrement acheté aux frères Gobelins, les fondateurs de ces étahlissements, par Colbert qui voulut doter la France d'une industrie nouvelle.

L'Autriche s'e'st fait représenter dans cette collection des chefs-d'œuvre du passé par des armures remarquables, des armes blanches,

piques, épées, sabres, etc., des mousquets, et surtout par des cristaux d'une rare beauté.

Seulement, il est difficile de passer ce fait sous silence, l'Autriche, j'entends l'archiduché d'Autriche, la célèbre maison de Hapsbourg, l'adversaire d'Henri IV et de Richelieu, l'Autriche joue un peu, à l'égard des pays qui constituent l'empire d'.Autriche, le rôle absorbant que quelques historiens ont donné à Louis XIV. Tout ce qui s'est fait en France de grand et de beau, de 1645 à1717, appartient à Louis XIV. Création d'une marine, impulsion donnée à l'industrie, au commerce, à l'agricullure, productions des arts et des sciences, fout appartient à Louis XIV, toute gloire lui en revient.

Mais en est-il de même pour l'Autriche?

Les vases en cristal de roche que représente notre gravure sont exposés par l'Autriche, mais appartiennent à la Hongrie ? A quelle époque remontent-ils? A ces années de luttes où l'autocratie autrichienne, loin de s'imposer par la force sur cette nation si amoureuse de son autonomie, pliait et rompait devant l'énergique résistance de la Hongrie.

Quelle qu'en soit au surplus l'origine, ces vases, qui datent des seizième et dix-septième siècles, appartiennent aujourd'hui au Trésor de Vienne. — Comment y sont-ils arrivés ? à la suite de quelle conquête? je l'ignore. Mais, par l'élégance de leur forme, la richesse et le fini du travail, ils forment un trésor inestimable.

Le vase du milieu en cristal de roche, taillé avec une grande légèreté de main, est d'un dessin élégant et hardi. Le piei, tourné gracieusement, repose sur un socle en or ciselé. Le couvercle en or, retenu par des écussons et des charnières, soutient une sorte de dôme sur lequel se dresse une figure allégorique perçant de sa lance un dragon ailé. La statuette est sculptée avec une rare perfection, et tous les détails de gravure et de ciselure sont traités avec un soin, un sentiment et un goût exquis.

On retrouve dans les vases placés dans la même vitrine cette même finesse de travail, ce même goût dans les ornement-. Les formes sont généralement gracieuses et, tout en rappelant les modèles si célèbres de la céramique ancienne, elles ont un cachet particulier, un dessin qui leur est propre.

Je ne veux pas oublier un splendide lustre en cristal de roche, exposé dans la même salle, que notre gravure ne pouvait reproduire, mais qui laisse loin derrière lui les cristalleries de Venise. Ce lustre dont chaque détail, chaque ornement est travaillé avec un art infini, appartenait au prince-évêque de Salzbourg, et est devenu depuis la propriété du Trésor de Vienne. C'est donc l'Autriche qui l'expose aujourd'hui.

On ne peut se dispenser, je le répète, d'un vif sentiment d'admiration pour ces beaux produits du travail et du génie humains. Mais

si le nom de l'artiste , du créateur, nous échappe, si nous devons reporter notre tribut d'éloges au pays qui a encouragé ses efforts, soutenu ses luttes, récompensé son labeur, est - ce bien à l'Autriche qu'il doit s'adresser, à l'Autriche qui n'a l'ait que succéder à un passé glorieux , n'est-ce pas à la Hongrie qui, après plusieurs siècles de luttes, après des fortunes diverses, leste encore debout en face de son vainqueur et qui, à défaut de tout autre, doit conserver intact l'héritage de gloire de ses enlants?

Victor Cossf.

L'Ostensoir de Vasco de Gama.

Je ne sais plus qui a dit cette parole maintes fois répétée : « Heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire ! »

C'est là assurément un paradoxe, et, pour ma part, j'estime qu'il en est des peuples comme des individus : ceux qui n'ont pas d'histoire n'ont pas d'aïeux, ce sont des parvenus ou des bâtards.

Les Portugais sont un peuple heureux qui, dans d'étroites frontières, voit d'année en année s'accroître sa prospérité matérielle et morale et, sous l'abri des plus libérales institutions, peut compter avec confiance sur un long et brillant avenir. Et cependant les Portugais ontunehistoire, une histoire glorieuse et mémorable, tellement qu'elle a fourni le sujet d'un grand poëme épique : les lusiades.

Camoëns est en Portugal ce qu Homère était chez les Grecs, un poète éminemment et exclusivement national. L'aristocratie et le peuple d'Athènes, d'Argos et de Sparte recherchaient et trouvaient leurs origines dans l'Iliade; 1 aristocratie et le peuple de Lisbonne, de Porto, de Coimbre recherchent et trouvent de même dans les Lusiades les souvenirs vivants de leurs ancêtres.

Mais on a remarqué plus d'une fois qu'au moment de la renaissance des lettres et des arts en Europe, dans ce seizième siècle si généreux et si fécond, le Portugal, qui comptait néanmoins et citait des représentants illustres dans la littérature et dans les sciences, était resté en arrière au point de vue artistique et n'avait produit aucun grand peintre ni aucun grand sculpteur.

« Que voulez-vous? me disait un jour à ce propos M. le vicomte de Pa'iva, ministre de Portugal à Paris, on ne saurait mener de front deux entreprises considérables. Pendant que les arts fleurissaient en Italie, en Espagne, en Allemagne, en France, nos vaisseaux, chargés de navigateurs intrépides, sillonnaient toutes les mers et promenaient le nom portugais sous toutes les latitudes. Avionsnous le temps d'être artistes? »

Il n'y avait rien à répondre à de si excellentes raisons. Vasco de Gama, dans son genre, est, certes, de la taille de MuriUo ou de Raphaël.

Le Portugal, malgré tout, n'a peut-être pas été si dépourvu d'artistes qu'on pourrait le croire.

Mon sujet, c'est un ostensoir ou une custode exposée dans les galeries de V Histoire du travail (section portugaise), et qui brille comme une perle fine entre tant d'autres œuvres délicieuses qui se groupent ou s'étagent le long de ces galeries.

Les voyages de Vasco de Gama avaient tous, on le sait, un car?Cière guerrier. Après la découverte et l'exploration venait la conquête, et ces hardis navigateurs étaient doublés de soldats valeureux. Dans son second voyage aux Indes, Vasco de Gama eut affaire au souverain de Quiloa, qu'il combattit, qu'il ne tarda pas à vaincre et à soumettre, et qu'il obligea ensuite à payer un tribut au roi de Portugal, le célèbre don Manoël.

Le roi de Quiloa dut, en cette occasion, sacrifier l'or le plus pur de ses États, et cet or, rapporté en Europe, fut offert pieusement à l'Église comme la dîme et les prémices des richesses que le ciel avait livrées aux Portugais.

En conséquence, on chargea le plus habile orfèvre du temps, Gil Vicente, d'en tirer et d'en façonner un riche ostensoir qui perpétuerait dans les âges, devant Dieu et devant les hommes, le souvenir de cette ère de gloire et de prospérité.

Gil Vicente se mit à l'œuvre et, secondé par sa foi, il accomplit des miracles d'art et de talent, qui ne demandèrent pas moins, il est vrai, de plusieurs années de soirs et de travaux. C'est en 150C que l'ostensoir fut présenté au roi don Manoël, lequel le légua plus tard par son testament au monastère de Belem .

Les années se succédant, il advint un jour que la guerre, qui fait sa proie de tout ce qu'elle peut saisir, s'empara de l'ostensoir de Belem, lequel fît, à cette époque, une première apparition en France. Mais restitué et rendu à ses légitimes possesseurs, il reprit sa place dans le trésor archéologique et artistique du royaume de Portugal.

II est difficile de faire connaître ici, quelque fidèle que puisse être notre compte rendu et quelque exacte que s'oit notre analyse, un objet d'un travail si raffiné, si compliqué, si minutieux et si divers. On y trouve les procédés des artistes du moyen âge et leurs recherches inlinies où se combinent tant d'ingénuité ravissante et de simplicité parmi tant de fantaisie et de caprice. Cela rappelle encore dans ses découpures, ses niellures, ses broderies de toutes sorte , telles pages des vieux psautiers goihiques et des Missels renommés; mais on y voit aussi le savoir-faire plus net et plus franc, le goût plus décidé et plus correct de la Renaissance.

L'art gothique et l'art roman, l'arabesque grenadine, toutes les formes, toutes les figures ont été mises à profit par l'orlévre, et, dans un admirable fouillis de fûts mignons, de

chapiteaux délicats, de colonnettes transparentes et sveltes, les fleurs et les fruits les plus variés, les oiseaux parés des ailes les plus resplendissantes, les insectes aux mille couleurs, vont, viennent, jaillissent, naissent à profusion et se répandent de la base au faîte comme à travers les rameaux et les mousses d'une forêt. Plus vous regardez et plus vous découvrez de petits prodiges dans cette création miscroscopique, où rien ne manque et où les figures humaines, richement drapées et vêtues, apparaissent aussi de toutes parts. Ici, au sommet du merveilleux édifice, c'est le Père éternel couronné et le globe à la main, puis les patriarches, les prophètes, les rois d'Israël, et, autour même du cercle où l'hostie consacrée doit être enchâssée, les douze apôtres sont représentés à genoux et en prière, pendant que des centaines de têtes d'anges leur sourient avec une béatitude narquoise.

Les émaux nuancés et mariés savamment, les ors tordus, effilés, ployés au gré de toutes les pentes de l'inspiration, l'argent taillé à facettes ou poli comme un miroir, les ressources mêlées de la peinture, de la sculpture, de l'architecture, les métaux sur les couleurs, les couleurs sur les métaux, tout concourt à faire de cet échafaudage singulier un ensemble harmonieux, grandiose â la fois et mignon, et si léger, si diaphane qu'on dirait que le souffle qui passe au travers suffirait pour l'enlever.

Et, en effet, le souffle supérieur qui dicte ses œuvres à tout artiste vraiment digne de ce nom, y circule parlout, et toute œuvre inspirée a des ailes pour se tenir au-dessus des siècles et fuir toute contagion profane. Musa est aies, disaient les anciens, la Muse est un oiseau.

L'ostensoir portugais de Vasco de Gama est, dans sa forme chrétienne et dans son sentiment religieux, un de ces ouvrages priviiigiés où les Athéniens auraient vu, n'en doutez pas, les mains incomparables des Muses et des Grâces.

OcTiVE Licnoix.

CHRONIQUE

Paris, 23 septembre.

Voici le mois d'octobre qui approche, le mois de la chute des feuilles et de la clôture de l'Exposition, le mois aussi de la chasse, de la vendange et des fruits mûrs, le mois où I on dîne aux lumières avec des fleurs sur la table, le mois des rosées abondantes et des soleils tardifs, le mois où le gibier abonde, mais où le pain reneliérit, le mois des préoccupations et des jouissances, des liquidations désastreuses et des chais remplis. La nature devient humide et brillante : les fleurs comme les arbres revêtent leur dernière parure; mais

il n'y a plus d'autre parfum aur la terre que celui des feuilles foulées aux pieds. Les larmes et les sourires se mêlent ; mais les rayons du soleil n'ont plus assez de force pour pomper toute l'humidité que déverse la nuit plus longue.

Et à propos dequoi, j e vous prie, ce préambule en élégie? C'est pour vous dire, ami lecteur, que le mois d'octobre s'ouvrira sur la plus belle lèle qu'ait encore vue le Jardin réservé. Figurezvous que les espaliers de Suède ont donné rendez-vous pour le 1*^ du mois prochain aux espaliers de France et auties lieux pour leur disputer en champ clos les faveurs de Pomone — et du jury international. Tous les artistes en vergers se piqueront d'honneur, c'est convenu : et nous verrons la plus belle collection de fruits qu'onpuisse imaginer.

Je vois bien qu'il faudra augmenter la proportion des médailles d'or et d'argent, réservées au groupe de l'horticulture, sans compter que le groupe de l'agriculture, relégué à lîiUancourt, réclamera aussi la part plus grande à laquelle il a droit. Ce seral'été de .Saint-iMartin des récompenses; et les installations du I'"juillet aux Champs- Elysées ont été maÏDtenues, Dieu merci.

C'est par galanterie , sans doute, qu'on a ditque Sa Majestél'Impératrice présiderait à cette fête des fleurs et des fruits. Nous laisserons donc, s'il vous

plaît, Flore et Pomone dans l'Olympe.

Savez-vous que l'infatigable jury du groupe IX a déjà exercé son jugement sur dix-sept séries de concours '? Toutes les merveilles de serre, de parterre et de verger ont successivement passé sous ses yeux. Pour

vous donner une idée de la quantité de bons points qu'il a fallu distribuer — les bons points servent de coefficient pour les médailles — jene vous citerai qu'un exemple. Un exposant

MUSEE RETROSPECTIF : L'OSTENSOIR DE V.iSCO DE GAMA. - Dessin de M. Fellmaun

a présenté cent dix-sept espèces différentes de raisins. Vous voyez que si les vieux cépages s'épuisent, de nouveaux sont tout prêts à les remplacer. 0 vigne providentielle, inépuisable arbuste de la France, ton précieux dictame n'a pas besoin de glace, comme la

bière, pour se conserver; il brave le chaud et le froid; et le temps, qui vieillit tout, ne fait que lui donner plus de force et de saveur. Ah! Quel beau chapitre je vous ferais sur les cépages de la vigne, si je n'avais réservé ce sujet à notre ami Jacq\ies Valserre, une des meilleures autorités de France en ces matières. Mais qu'il* me soit permis d'acquitter , en passant, une dette d'amitié à propos d'un beau livre ; Les grands crus de France, que le jury de la librairiea oublié dans ses récompenses, bien qu'il n'y eût pas de livre exposé plus magnifique et plus national que celui-là.

En attendant, la Commission impériale, probablement pour échapper aux réclamations dont elle était assiégée, a pris le parti de ne plus se réunir. M. Le Play, lui-même, l'infatigable con:missaire général, cherche quelques jours de repos, dans une campagne cachée, je ne sais où. Combien de gens l'Exposition de 1867 n'aura-t-elle pas mis sur les dents !

Ils aspirent après le 31 octobre, comme saint Siméon aspirait après son heure suprême, et ils pourront entonner son cantique de délivrance. « ISimc, dimittis^ Domine , servum imnn, 0 mon Dieu, voilà que tu délivres donc ton serviteur! )i

Il n'y a que les visiteurs du Champ de Mars qui ne se fatiguent pas : l'encombrement est -toujours le même. Le monde entier n'y a donc pas encore passé '! Les soixante-dix mille habitants du Gros-Caillou et de Grenelle, qui demandent le maintien du Palais et du Paie, auront de leur côté tous les retardataires.

Fk. Ducuisg.

Imprimerie générale de Cb. Lahnre, rue de Flourus, 9, à Paris.

LEXPOSITIO^ UMIVERSEllE

PUBLICATION INTEENATIONALE AUTOKISÉE PAR LA COMMISSION IMPÉRIALE

LIBRAIRE

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e la photoprj!..hie du Ch.ir.-^p de Majs, photographe de la Commission in;periaiB

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SUMMAIKE DE LA ^r}'^ LIVRAISON

Du 26 Septembre 1867 L'i Taxidermie (1 grav..\ psr M. H. de La Blanclici-e.

~ II. les Eventails (1 grav,), par M. Louis Enault. - III. Costumes mexicains (1 grav.), par M. E. Dréolle. — IV. Le Wurtemberg (1 grav.), par M. J. Laurent- I.app. — V. Le Massacre des Mamelucks, tableau de M. liida (1 grav.), par M. Alfred AssoIIant- — VI Les

BeDACTEUR EN CHEF :

M. F. UVClIlKCl,

Membre du Jury international.

COMITÉ DE RÉDACTION

I. Armand Dl-Waresq, Ernest Dhéolle, Moreno-Henrk Léon Pi ÉE, Aug. ViTD. membres dQ Jury internationHl.

tableaux de M. Breton (2 grav.), par M. Olivier Mltson. — VIL La Reliure (1 grav.), par M. Asseline. — — VIII. La Hue des Pays-Bas (1 grav.), ] ar M Victor Cosse. — IX. Une Vue du Jardin central (1 grav.) par M. Fr. Duciiing. 10 gravures.

Taxidermie.

VoiU'i un mot bien savant, et c'est malgré nous que nous l'employons; mais le moyen de se servir du mot empaillage quand il s'agit de !a préparation d'objets d'histoire naturelle dans laquelle il n'entre pas le plus petit brin de ])aillc ! Taxidermie ne signifie pas non plus ee que nous voudrions indiquer, mais qu'y faire? sinon déplorer que la langue française soit si pauvre que, tant dans sa forme savante que dans sa forme usuelle, elle ne possède pas un seul niotpour indiquer l'ensemble des animaux préparés pour la conservation! Ce mot grec si rébarbatif signifie tout simplement : préparation des peaux. 11 y a bien autre chose, vraiment, qu'une préparation de peau dans les admirables travaux de nos naturalistes, et nous ne serions pas surpris que les Verrcaux, les Fairmaire, les Lefèvre, nous fissent mauvaise figure s'ils pensaient que nous pouvons les faire confondre un seul instant avec un tanneur ou un mégissier.

Ce que nous appelons Taxidermie est une jiaiiie seulement de ce que le catalogue a réuni dans la classe 22 sous le nom de produils de la chasse, de la p6clw et de ses cueilleiles; titre assez baroque, on en conviendra, et aussi peu exact que possible, rien n'est plus facile à démontrer, car, en fait de cueilleltes, je ne puis comprendre le poil du lapin ou le crin du cheval, et j'aime mieux supposer qu'on a voulu baptiser ainsi les matières composant quelques herbiers marins et quelques mousses. Malgré toute notre bonne volonté, nous sommes obligé de reporter les fourrures à la chasse, les éponges et l'huile de foie de morue à la pêche. Enfin, passons sur le mot eueilleUe, il est drôle quand même, et revêt un petit air Walteau tout à fait agréable !

C'est à l'entrée de la salle surtout — entrée reproduite par notre gravure — que se groupent les plus beaux spécimens de l'art taxidermique, qui ne sont ni plus ni moins que des chefs-d'œuvre d'art et de science réunis. A droite, le lion de M. Ed. Yerreaux nous étonne tout à la fois par le naturel de sa pose et par le modelé magnifique de ses membres. Il faut être tout à la l'ois artiste et naturaliste non-seulement pour produire une œuvre semblable, mais — permettez-moi cette fatuité! — pour bien en comprendre la portée et la dilEculté. On dit vulgairement, dans lesécoles et dans les ateliers, qu'il y a deux êtres difficiles à dessiner : le cheval et l'homme; et deux faciles : la génisse et la femme. Les deux premiers ne présentent autant de difficultés qu'à cause de la saillie des muscles qui s'accusent nettement chacun à leur place et qu'il ne faut pas attacher de travers. Les félins, et parmi eux le lion, doivent être ajoutés comme

une nouvelle difficulté de dessin et de modelage, par suite de leur peau ressemblant à un paletot trop large ne collant pas sur les chairs, et enveloppant les muscles d'un voile flottant qui les accentue d'une manière molle, indécise, et cependant rigoureuse, toute particulière. M. Ed. Verreaux a rendu admirablement ce difficile effet. Son lion vit par la peau, et l'on n'y sent point trop qu'il est empaillé, puisqu'il faut dire comme tout le monde!

Au-dessus de la cage du lion, des oiseaux étalent leurs brillantes couleurs; on y voit la pléiade des mieux fiivorisés; des perroquets et desperruches australiens, des paradisiers, le fameux coq de roche aux plumes de feu, puis, à côté de ces splendides animaux, la famille des incomparables oiseaux-mouches. Ce ne sont que pierreries, que chatoiements, que reflets; il y a là des gorges de feu, de violetie, d'émeraudes, de rubis : des queues bifides, en V, en flèches; on y trouve des becs de toutes les formes et de toutes les longueurs, pointus, crochus, en trompes, en suçoir de papillon plutôt qu'en bec d'oiseau. Certes, la nature a été bien prodigue dans la création des insectes diptères que nous nommons mouches. Elle en a créé de toutes les grandeurs, de toutes les formes, de toutes les couleurs. Elle en a semé les espèces avec tant de profusion dans tous les pays et dans tous les endroits, qu'il n'existe probablement pas à la surface de la terre un mètre cube d'air qui ne contienne au moins un de ces animaux. Eh bien! elle a été aussi prodigue envers les petits oiseaux auxquels nous avons donné le nom d'oiseaux-mouches. Les espèces y sont si nombreuses que, chaque année, on en découvre de nouvelles : parmi les mouches vraies, les espèces sont en nombre si énorme que les naturalistes reculent devant leur étude, eux si patients, — disons même si entêtés, — et que, sans doute, ils ne les connaîtront jamais entièrement !

La splendide exposition particulière dont nous nous occupons est terminée, en hauteur, par des trophées de chasse destinés à orner les galeries et les salles à manger de nos sjiortmeii-chiilelains. Hures de sangliers, massacres de cerfs, têtes et armures de daims, de rennes, de chevreuils, de chamois, tout cela vit et semble mettre le nez à la lucarne de leurmonture, regarder et menacer votre chroniqueur qui baye au-dessous d'eux. Au-dessus, tout en haut, plane un aigle royal enlevant un jeune halbran qu'il va dévorer.

Signalons, en terminant, une très-heureuse idée : celle de tableaux- trophées encadrés de chêne sculpté et destinés soit à une salle à manger d'été, soit au fumoir d'un chasseur.

De l'autre côté delà porte d'entrée, s'étale l'exposition de M. A. Lefèvre, au milieu de laquelle se montre un groupe de flamants aux ailes roses et noires, aux cous malheureuse ment rendus trop grêles parle naturaliste. Les poses sont bonnes, Son Ioud dcfendaut est meilleur; le modelé en C-t vrai, mais nous

sommes obligés, malgré nous, de constater que la difficulté n'est pas aussi grande que pour le modelage du lion son voisin. Quelques perdrix, un faisan, trois brillants paradisiers aux couleurs disparates, un lii'vre au départ, un peu maigre de modelé, tel est le bilan de celte exposition remarquable à plusieurs points de vue. Les tableauxtrophées de .M. Lefèvre sont assez bons, mais étriqués, ils n'ont pas l'ampleur de ceux que son concurrent expose en face. Terminons en remarquant égalen ent une grande différence entre les têtes exposées ; ici nous avons des préparations moyennes, suffisantes pour le gros du public, en un mot, marchandes; l'autre est artistique. Cela se voit au premier coup d'œil quand les deux sont en présence.

Une dernière considération cependant doit être invoquée. Quels sont les prix? Ni l'un ni l'autre ne les ont affiches, ce qui est un grand tort. 11 se peut fort bien que, pour leurs prix, les préparations de M. Lefèvre soient très-bien faites, de même qu'il peut très-bien se faire que celles de M. 'Verreaux soient inabordables. La Commission avait une bonne et utile pensée, lorsqu'elle engagea les exposants à indiquer leurs prix de vente ; malheureusement un très-petit nombre ont répondu à cet appel, et le silence des autres laisse toujours planer sur leurs œuvres le soupçon qu'ils montrent des choses hors hgne, et non point des produits marchands auxquels le public s'intéresse surtout, puisqu'on définitive, ce sont ceux-là qu'il peut acquérir.

Or, ne le perdons pas trop de vue, c'est pour lui qu'est faite l'exposition.

Entrons dans la salle, en passant au-dessous de chapelets de coquilles nacrées d'haliotides, mélangées d'épongés ordinaires, de coraux; d'une carapace de tortue caret, le tout encadré de quelques bambous et rotins en somme peu artistiques. A l'intérieur, nous nous trouvons en face de l'exposition de Mme Fairmaire et de M. Coupri, cette dernière, assez bonne pour ses têtes préparées, mais quelle dilTérence, — dès qu'il s'agit de modèles entiers et de modèles sérieux — avec le lion de la porte 1

Signalons, en passant, une assez originale idée d'un M. Stenfort qui expose une trèsbelle collection d'algues de grands fonds collées sur papier, ainsi que la plupart des jeunes filles s'amusent à en faire dès qu'elles arrivent aux bains de mer et trouvent sur la plage ces délicates plantes arrachées par la lame après quelque coup de vent. Ce préparateur fait avec ses algues des bouquets et de véritables petits tableaux ; mais ce qui est original, c'est qu'il a imaginé d'appliquer ces algues en bouquets sur la mousseline des parures de femmes, cols, manches, etc., ce qui produit une ornementation rose, ma foi très-originale et très-agréable. Il y a encore là des plumes de pieuvre qui sont tout à fait bizarres.

Un mot, en terminant, de la collection d'un abbé normand, M. Gallet, qui monte aussi ses algues avec une habileté remarquable et en a exposé quelques-unes collées depuis plusieurs années déjà (1852) et d'une excellente conservation. Il y a là — à propos do certaines espèces — des difficultés très-habilement vaincues. M, l'abbé devrait publier un manuel de ses méthodes de développement des larges feuilles des ulvées, sans omettre d'y joindre l'ensemble des procédés, et nous prédisons à son petit volume un vrai succès auprès de notre jeunesse des bains de mer, surtout s'il joint à ses explications quelques expériences.

Un mot aux pêcheurs ! Qu'ils aillent, dans cette petite salle, tomber en admiration devant des crins blancs comme on n'en voit guère, comme on n'en voit plus ! Qu'ils aillent s'enthousiasmer devant des soies de sangliers d'une longueur et d'un choix dont ils apprécieront toute la portée quand ils construiront leurs pater-noslcr!,..

Quant aux poils de lapins tondus, non plus qu'aux poils de lièvres rangés par catégorie de linesse, de longueur, etc., nous n'avons rien à en dire, sinon qu'à une trentaine de coupeurs à Paris, ces messieurs font pour une vingtaine de millions d'affaires ! Décidément il vaut mieux tondre les lapins que les nourrir, puisque ce dernier métier ne procure que trois mille livres de renie 1

H. DE LA Bla.NCHÈRE.

Les Éventails.

L'éventail est aussi vieux que l'homme et plus vieux que la femme. On ne conçoit pas la femme sans éventail. Pendant que le serpent cherchait à séduire Ève la blonde, l'aïeule du genre humain dut s'éventer avec une feuille de figuier.

Les éventails de Mme Abel et des demoiselles Gain périrent dans le déluge : on ne put tout mettre dans l'arche. Les éléphants tenaient trop de place. Slais la nécessité rend ingénieux : il fallut bien trouver un remède aux torrides ardeurs d'un soleil encore tout jeune, et qui n'avait pas eu le temps de se refroidir. On réinventa l'éventail.

On en attribue la gloire à la fille aux petits pieds d'un mandarin au boulon de cristal. .

Des feuilles d'arbres et des plumes d'oiseaux durent être les premiers éventails des coquettes primitives. Les dames grecques empruntaient pour s'éventer la plume constellée du paon, ce qui dut les mettre en délicatesse avec Junon, dont le paon était, comme ou sait, l'oiseau favori.

L'éventail fut mis à la mode en France par les fiarfumeurs italiens venus à la suite de Catherine de Médicis. On les appelait alors des esvenloires. L'éventail n'eut point de peine à franchir le détroit : il est si léger! Les Anglaises s'en servirent beaucoup, pour se persuader qu'il faisait chaud chez elles. Il n'est question dans l'histoire des cours, que du magnifique éventail offert à la grande Elisabeth — cette Reine- Veslale , comme l'appelle Shakespeare.

Les belles dames de la cour de Louis XiV sentirent tellement le besoin de s'évenler, — ce que l'on conçoit aisément dans le voisinage du Roi-Soleil — nue ce grand monarque, qui réglemenlait tout, éprouva, lui, le besoin de constituer en corps de jurande les maîtres éventaillistcs de sa bonne ville de Paris. L'éventail éiait alors partie indispensable et intégrante d'une toilette de femme; on riait, on causait tout bas, on bâillait même derrière ce fragile mais inviolable rempart dont les grandes coquettes seules connurent les inépuisables ressources. On ne comptait pas moins de cent trois manières de s'en servir, et Racine avait, dit-on, formé le projet de composer un poëme didactique, destiné à les faire passer toutes à la postérité avec ses alexandrins sublimes. La moit brisa sa plume avant qu'il ait pu accomplir ce grand œuvre.

L'éventail n'en poursuivit pas moins activement le cours de ses succès. Ces succès furent si grands à un moment que les hommes même ne craignirent pas d'en faire usage en 1828. Ils peuvent, du reste, s'autoriser d'un exemple sacro-saint ; notre saint-père le Pape lui-même se fait éventer pendant certaines céTémonies de la liturgie romaine.

Cluz les Orientaux, l'éventail perd de sa légèreté, et, chose étrange, se fait immeuble. C'est une sorte de soufllet gigantesque, attaché au plafond, et que l'on remue à force de bras.

Il y a loin de cette action mécanique à la gentille manœuvre des Espagnoles qui jouent si bien de l'éventail qu'on a dû créer un mot tout exprès pour exprimer l'acte charmant auquel d'habitude elles consacrent les trois quarts de leur vie. On appelle abanicar le jeu de l'éventail, et ojerar le jeu de la prunelle. Les deux jeux font la paire, et il suffit de l'un des deux pour perdre un homme.

La production de l'éventail tient une grande place dans l'industrie parisienne. Un éventail ne passe pas entre moins de quinze mains. Deux feuilles de papier ou d'étoffe, appuyées sur une douzaine de petites flèches de bois, de bois de naoreou d'ivoire, exigent le concours de quinze ouvriers différents — bel exemple de la division du travail! — Les feuilles de l'éventail se préparent généralement à Paris; quant aux flèches — bois, ivoire, nacre, écaille ou corne — elles sont le privilège à peu près exclusif de certaines communes du département de l'Oise dont les habitants arrivent à une habileté véritablement merveil-

leuse dans la spécialité de la gravure, de la découpure et de l'incrustation.

La décoration artistique est parfois confiée à des peintres de premier ordre. Les Watteau , les Boucher, les Lebrun ont enrichi quelques éventails des œuvres exquises de leurs pinceaux. MM. Boulanger et Camille Roqueplan s'étaient chargés, à une époque plus récente, d'embellir la jolie collection d'éventails qui l'ut mise dans la corbeille de la duchesse d'Orléans,

Parfois l'éventail est sans feuille, de papier ou d'étoffe, composé seulement de ses flèches, sculptées, incrustées ou peintes, réunies en bas par un petit écrou, en haut par un ruban.

L'éventail est, par excellence, ce que l'on appelle l'arlkle de Paris. Aucun pays ne sait lui donner son inimitable cachet d'élégance, de distinction et de grâce françaises.

La section de l'Exposition universelle consacrée aux éventails est certainement une des plus curieuses, et des plus charmantes.

Parcourons-la rapidement.

Nous voici tout d'abord devant la vitrine de M. Charles Meyer — qui fait un commerce d'exportation des plus considérables.

Je, remarque, pour commencerjUn éventail en ivoire d'une très-grande finesse, et d'une légèreté aérienne; un second — catalogué n° 9 — nous offre une assez jolie application de dentelles sur fond bleu; celui-ci est fort joliment peint par Besson; cet autre nous fait voir une nacre très-ardemment coloriée par la nature — de cette nuance que, dans le commerce, on appelle Burgos.

M. Alexandre est le fournisseurdeS. M. l'impératrice, et il sait donner à ses produits une véritable valeur artistique.

Nous avons admiré dans sa vitrine des peintures Louis XV et Louis XIV d'un trèsbeau style, et une fantaisie ravissante qui pourrait être signée par Ilamon. Ce sont des Amours qui se balancent sous les yeux d'un groupe de jeunes femmes belles comme des Muses, drapées comme des statues, et d'une tournure toute poétique.

MM. James, père et fils, exposent un trèsjoli é\entail de jeune fille, étoffe blanche, avec une légère guirlande de fleurs, bordure de dentelle, monture de nacre. C'est à regretter de n'être pas père ou parrain.

Il est difficile de voir de plus merveilleuses découpures que celles des ciseaux habiles qui emportent la pièce dans le sandal et l'ivoire des montures de M. Caumont.

M. Guérin-Brécheux, en collaboration avec M. Karl-Muller a fait un petit chef-d'œuvre. Il a fourni la matière, admirablement préparée d ailleurs, et Karl-.MuUer, lui, apeint les infortunes d'Actéon changé en cerf, en trois petits sujets qui témoignent d'un vrai talent de miniaturiste.

M. Guérin-Brécheux expose aussi des nacres peintes, merveilleuses de lumière el d'éclat.

N'oublions pas chez M. Yanier les adieux d'Hector et d'Androiuaque, d'un coloris re-

L'KXPOSITION UNIVERSKLLE DE 186Î ILLUSTRÉE.

inarquable, par M. Parmentier; un joli lîcsson, genre Louis XV — et une, gracieuse scène de patinage, empruntée à la vie galante de la même époque.

Mais j'ai liâte d'arriver à notre grande réputation parisienne, française, européenne, universelle, — Buve^lcmy .

Duvelleroy est le prince des éventaillistes, et les plus belles mains du monde se disputent les produits merveilleux de sou art accompli. Les premiers artistes parmi les meilleurs, voilà, ceux qui travaillent pour II. DQvelleroy. Que devrai-je ajouter à l éloge quand j'aurai cité les noms de MM. Cha-

plin, Hamon, Compte-Calis, Ph. Rousseau, Nanteuil, Gavarni , Soldé, Garnier, Karl Midler? Où s'arrêter? Qui prendre? Qui choisir? Avez-vous vu rien de plus éclatant que cet ivoire incrusté de p'ierres fines? et que dites-vous de ces niellages prolongeant sur la nacre la dentelle noire dont le réseau

couvre la feuille de l'éventail? Ceci, c'est de la nacre peinte : ne faites pas le dédaigneux. La nacra peinte est la nouveauté de l'année. N'en a pas qui veut.

Mais vous êtes comme moi, vous préférez à toute chose l'œuvre d'art. Eh bien, regardez ces écrans. Jamais le pinceau de Corot n'a eu plus de flore, plus de poésie, plus de charme rêveur, et ceux-ci, des enfants dodus, dont le contour s'accuse par un si puissant relief que l'on craint toujours qu'ils ne défoncent le tissu léger qui les porte ! Gavarni est

LES ÉVENTAILS. — Dessin de M. Fellniaiin.

là, avec ses types à la désinvolture élégante, Soldé avec ses chasses qu'il ordonne si bien; Chaplain avec ses jeunes filles qui ressemblent à des boutons de roses; Karl Millier avec Faust et Marguerite, ces créations immortelles, animées du souffle de la poésie et qui tentent tour à tour le pinceau du peintre et la lyre du musicien. Mais ce ne sont point là des éventails, monsieur ; ce sont des tableaux. Votre vitrine est un musée.

Lotis Enault.

Les Costumes mexicains.

Ce n'est pas sans un peu de tristesse, il faut bien le dire, que les visiteurs français se sont arrêtés à l'Exposition devant l'image très-fidèle, nous dit-on, des ruines du temple de Xochicalco. Ces souvenirs d'une civilisation éteinte, recueillis dans un pays où l'Europe avait songé à transporteries fruits de sa propre civilisation, frappaient vivement l'es-

L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 18fi7 ILLUSTRÉE.

prit, et devant les deux types de la race hispano-indienne, que le crayon de notre dessinateur a si Lien rendus, il était diflicile de ne s'arrêter qu'au pittoresque des costumes.

La pensée allait bien loin. Elle formait avec ces deux hommes à la physionomie sombre et mâle, tantôt des groupes nombreux acclamant les soldats de l'Europe et ouvrant leurs maisons et leurs temples aux missionnaires de la liberté européenne, et tantôt des bandes armées, retranchées derrière de hauts taillis, attendant l'heure de la vengeance et du crime.

C'est qu'il y a tout, en efîet, dans ces êtres et dans ce costume : qu'une ligne change, et le vaste chapeau qui abrite coquettement le visage d'un homme placide et doux, devient tout à coup le somhri'ro du brigand classique; voyez marcher cet homme enveloppé dans les plis de son châle rayé, aux couleurs vives, et ce large pantalon qui s'évase en entonnoir renversé, alourdit ses pas et vieillit son allure; mais qu'il saute sur un cheval, aussilôtson pied bien affermi sur l'étrier se cambre, elle pantalon qui Hotte sur les lianes de l'animal semble donner des ailes au cavalier

L'étoffe, les ornements de laine ou de soie les parures d'or et d'argent, il n'est rien qui re éc prête â ces brusques transformalions : le Mexicain est ainsi fait d'ailleurs qu'il y a en lui toutes les faiblesses et toutes les violences. Nos soldats le connaissent, et ils ont trouvé dans leur langage pittoresque vingt mots pour le dépeindre; tous traduisent ce mélange d'astuce et de vantardise ,1 deM'orce et de mollessequi est dans l'homme i et dans le costume.

L'enfant de Paris avait retrouvé à Mexico le pantalon du liti — ce personnage fameux de nos anciens caroavals — et il se souvenait des prouesses chorégraphiques qui immortalisèrentàl'Opéra le congénère du tili, le célèbre débardeur. Costume et caractère de carnaval , en effet, que cet accoutrement detoieetde velourf, que cette alîiance de courage et de lâclieté!...

Des musées conservent du reste l'image des types mexicains ; le croquis qu'on voit ici n'a d'autre but que de

tion éphémère, dont nos deux héros sont les gardiens, n'a servi également qu'à illustrer pour ainsi dire l'histoire rétrospective de l'art écrite au Champ de Jlars, dans l'admirable Galerie du, Travail à. travers les siècles passés.

Le temple de Xochicalco est un des plus curieux spécimens de l'art indien; l'intérieur, qu'on visite, offre également des vestiges des temps les plus reculés. Pourquoi n'avons-nous pu étudier ces précieuses reliques si chères à l'antiquaire, à l'historien et au philosophe, sans céder à la tristesse ?

On le sait. 11 nous sera donc permis de" dire ici, qu'en voyant ces hommes au costume étrange, ces débris de monuments si riches d'originalité, nous pensions que désormais la terre du Slexique aura pour la France d'autres trésors : les tombes de nos soldats, — véritables mausolées de la civilisation moderne!...

i'JiM:s'i' niii::i.u.Li^.

LES GARDŒ.NS DU TKMPLlî MIÎXICAIN,

montrer combien est complète la collection des tvpes reu"is a I E^po'ilion. La construc-

GALEKII-S UU WUHTKMBEUG ET DE LA BAVIÈRE. - Dessin de M

Le Wurtemberg.

Il faut parler du Wurtemberg, et la gravure qui vient à l'appui de notre article, d'après un système adopté d'une façon immuable dans cette publication, représente un cerf avec ses faons, groupe modelé par un artiste bavarois et fondu par un industriel bavarois.

Il est viai que ce groupe se trouve à l'entrée de la salle qui contient à la fois les expositions du Wurtemberg et de la Bavière, et qu'il nous est donc loisible de diriger nos regards e.xclusivemeut d'un côté. Nous avons dit à propos de la Bavière toute notre pensée dans le n° 34 ; nous avons manifesté les regrets que les tendances de son gouvernement nous font éprouver, et nous avons marqué avec soin toutes les espérances que le caractère du peuple et la richesse du pays permettent de concevoir. Les forces vitales de cette nation sont à l'état latent, et il est incontestable qu'elles trouveront tôt ou tard à se développer franchement, et à renverser une digue qui, pour durer quelque temps, ne saurait être éler-

nelle, L liistoire du monde depuis qu'il existe et celle de la marche des idées depuis que l'homme raisonne, ne présentent pas un phénomène qui pourrait rendre hypothétique pareille issue, et il y a lieu de s'en féliciter.

Si des esprits, amis de l'ohscurantisme et (le l'ignorance, cherchent à entraîner ce peuple dans un état d'infériorité intellectuelle qui ne peut que mieux assurer leur despotisme, il est juste de reconnaître aussi que des hoinmes de mérite, des penseurs distin- 2:nés, des citoyens convaincus ont essayé d'arrêter cette décadence de leur patrie, et luttent tous les jours contre leurs trop redoutahles ennemis. Tel est M. le conseiller d'État (minislerialralh) Braun qui a organisé l'exposition de la Bavière au Champ de Mars, et dont le lihéralisme éclairé, la persistante énergie, le sens élevé, et le mépris de tout danger que ses principes avancés peuvent lui faire courir, ont triomphé en plus d'une occasion et ont remporté des v'Lctoires qui, pour être modestes encore, laissent prévoir et espérer du moins de plus éclatants succès. L'abolition des maîtrises entre autres est un des plus beaux résultats d'une carrière vouée tout entière au progrès de ses concitoyens.

Vie de lutte qui n'admet pas un moment de répit, et qu'il faut le plus souvent terminer sans avoir pu dompter ses terribles adversaires. Puisse ce témoignage rendu à d'aussi nobles efforts, adoucir les déboires et les amertumes d'un homme de bien!

Nous en avons fini avec la Bavière, et nous sommes tout au Wurtemberg; nous sortons de l'ombre pour entrer dans la lumière. Là, nous l'avons dit, l'activité règne partout, le travail enrichit le pays, l'instruction l'éclairé, le peuple est heureux et le souverain est estimé.

L'exposition du Wurtemberg, au Champ de Mars, a été organisée par un esprit supérieur, lui aussi, M. le commissaire général D'de Steinbeis et, grâce à ses capacités, elle se présente sous le meilleur aspect.

Ce qu'est le peuple, ce que produit le pays en général, nous l'avons dit. Pour compléter notre notice, il ne nous reste plus qu'à parcourir les différentes salles et qu'à examiner les produits exposés.

L'espace accordé au Wurtemberg est restreint, et les délégués du pays ont dû se plaindre; mais si petite que soit la place, un peuple intelligent et travailleur trouve encore moyen de s'affirmer et de donner des preuves de son industrieuse activité. Environ 240 exposants ont envoyé des échantillons de leur savoir-faire, et certainement ce nombre aurait encore été plus considérable si les événements de l'année dernière n'étaient venus arrêter dans leur essor toutes les tentatives pacifiques de l'.'VIlemagné. Mais, encore une fois, telle qu'elle est, l'exposition du Wurtemberg est la plus remarquable de celles des États du Sud de l'Allemagne.

dans la Galerie du Travail, la première

qui se présente en venant du .lardin central, nous avons remarqué un autel en bois sculpté avec figures de la Vierge et des saints coloriées. Ce spécimen curieux de la sculpture sur bois, qui figure dignement dans le Musée rétrospeciif, a été exécuté par Bartholomée Zeitblom, d'Ulm, et remonte à 1488.

Dans le groupe des œuvres d'art, on ne peut citer que quelques tableaux de Henri Ruslige \le duc d'Mhe à Rudolsladt), et de Bernard de Neher (le Sacrifice offert pur Noé); puis encore le modèle d'un monument pour le poëte Uhiand, par Adolphe Oppel.

Bien autrement riche est le groupe 11, qui comprend le matériel des arts libéraux. Là se trouvent les Hallberger, les Cotta, les Ebner et Seubcrt, les Nitzschke, les Schiedmayer, etc., etc. Dans la librairie, Stuttgard estpour le Sud de l'Allemagne ce que Leipzig est pour le Nord ; 10G imprimeries fournissent à 12,5 éditeurs des ouvrages de tout genre qui forment un total de transactions qu'on peut évaluer à près de huit millions. Ces différents établissements sont situés pour la plupart à Stuttgard, et en partie à Ulm, Tubingue et Reutliogen. L'exposiiion de ces éditeurs au Palais du Champ de Mars offre cet énorme avantage, que nos hbraires français n'ont pas su imiter, de ne renfermer aucun ouvrage dans une vitrine. Tout est à la portée du visiteur, qui peut feuilleter ainsi à son aise et se rendre compte de la valeur du contenu et du mérite de la fabrication. Dans un article spécial sur la librairie étrangère, nous avons déjà parlé des collections d'auteurs allemands faites avec tant de soin et de respect par M. Cotta ; nous avons également rendu hommage aux journaux illustrés de M. ÉJonard Hallberger, le Mame de l'Allemagne; noua aurons complété notre revue après avoir jeté un coup d'ceil sur les ouvrages scientifiques de JIM. Ebner et Seubert, qui ont obtenu une médaille d'argent, et sur les livres innombrables édités pour l'instruction et la récréation de la jeunesse par M. Nitzschke.

Dans la classe 7, nous trouvons la papeterie. C'est là une ancienne et traditionnelle industrie de la Souabe. Fabriquer du papier avec des chiffons est une invention des Maures qui fut connue en Europe au quatorzième siècle, etc'estàRavensbourg, en Wurtemberg, que la première fabrique de papier fut établie. Ilestàregretterqueles principaux industriels de ce pays, ceux de Heilbronn surtout, n'aient pas cru devoir exposer. 11 est vrai qu'il nous en reste de fort remarquables, et surtout M.Voelter, de Heidenheim, qui a résolu le problème de se passer de chiffons pour la fabrication du papier. On sait que depuis 1835, le prix des chiffons a augmenté d'une. façon notable. 11 fallait remédier à cet inconvénient.qui pouvait paralyser les progrès de l'humanité en décuplant le prix des livres. M. Voelter a trouvé moyen de remplacer le chiffon par des brins de bois. Dans les papiers d'impression,

le bois entre pour 66 p. 0/0, dans les papiers destinés à l'écriture, le bois occupe une importance de 30 à 50 p. 0/0. Les frères Decker ont établi à Cannstadt, pour la fabrication de ce papier, une machine dont on trouve un spécimen dans le Parc du Champ de .Mars. Le jury a reconnu les mérites de cette invention en accordant une médaille d'oràl'inventeur et au constructeur de cette machine, et, en outre, une médaille d'argent au papier de M. Voelter. Il y a certainement des perfectionnements à faire, mais tout un avenir est là; et comme il a fallu remplacer le graphite, qui est épuisé, pour faire des crayons, comme il faut songer à remplacer la bouille qui s'épuise, de même il est urgent de trouver dans la fabrication du papier un élément qui serve d'écjuivalent au chiffon.

Le développement de l'instruction en Wurtemberg est considérable, et nous avons dit précédemment que c'était le pays le plus éclairé. La commission royale pour les écoles ouvrières communales a fait une exposition collective. Ces écoles s'élèvent au nombre de 101, et sont fréquentées par 8000 élèves.

Le but était de donner aux jeunes artisans, après l'instruction élémentaire des écoles primaires, la somme de connaissances scientifiques et techniques indispensable pour lutter loyalement dans leur métier contre touteconcurrence. La commission prise dans le conseil royal des sciences et dans le conseil du commerce et de l'industrie ne voulut recourir à aucune loi pour forcer les communes à établir des écoles ouvrières. Du reste, de pareils moyens n'étaient pas nécessaires, et l'intérêt avait déjà gagné les communes à la cause même. La commission eut le pouvoir d'offrir une subvention de l'Etat couvrant la moitié des frais. Comme principe fondamental, on admit la pleine liberté pour la fréquentation de ces écoles et la rétribution obligatoire. Avec une rapidité surprenante ces institutions se répandirent sur le pays. Le dessin surtout fut enseigné, et ce sont des échantillons des divers travaux exécutés par les jeunes ouvriers que nous voyons au Champ de Mars. Le résultat obtenu dépasse toute espérance. Notre conservatoire des Arts et Métiers s'est rendu acquéreur de différents objets exposés, remarquables par leur perfection, et le jury de la classe 90 a accordé une médaille d'or à la commission royale et une médaille d'argent à M. de Steinbeis à titre de coopérateur. La commission dispose annuellement de GO 000 francs environ. Soixante mille francs! — Qu'en pense M. Duruy avec tous les millions de son budget?

Une exposition curieuse est celle des instruments de précision. A Onstmettingen, au milieu d'une population de paysans plutôt que d'ouvriers, se font les balances de précision les plus recherchées par les chimistes et les savants. C'est un pasteur, grand amateur des études mathématiques, qui a donné à ce vil-

lage une industrie dont la prospéri té .iiigmL'nte tous les jouiv. Nous quittons le groupe II qui est sans contredit le plus intéressant dans l'exposition du Wurtemberg. Là éclate toute sa supériorité, celle qui est la plus enviable ; elle dénote une culture intellectuelle tellement avancée que tous les autres su.ccès , en industrie , en commerce, en politique, peuvent être obtenus a priori par l'emploi des forces acquises. Dans les autres galeries le Wurtemberg nous donne précisément la |jreuve de ce qu'il peut faire dans toutes les branches, et s'il ne met pas au grand jour une de ces industries qui, servie par les circonstances, arrive parfois dans certains pays, à l'apogée, il offre un niveau constant très-élevé dans tous ses produits.

Nous ne dirons donc rien de la galerie des meubles, rien des cristaux, rien de la maroquinerie; mais ' nous devrons, pour être équitable, parler de l'ivoirerie et de ces nombreux objets sculptés en os dont Geisslingen a le privilège. Un assortiment complet d'écrins, d'écrans, d'albums, de cachets, de poignards, de bonbonnières, d'épingles, de broches, d'encriers, de corbeilles, de porteplumes, de chandeliers, de crucifix, de jeux aux échecs, de dés, donne une idée du goût de l'ouvrier souabe, et de l'originalité de ses inventions.

L'horlogerie se distingue de celle de la Forêt- Noire, non par la forme, qui est la même, mais par son procédé de fabrication. Le coucou de la Forêt-Noire est complètement en bois, celui du Wurtemberg est en métal et en bois et d'une solidité assez grande pour être exporté en Amérique.

L'orfèvrerie de Gmund mérite une mention, plutôt pour le rang qu'elle occupe dans les industries du pays, que pour le goiît et le luérite qu'on y remarque.

De toutes les industries pourtant celle qui domine les autres est l'industrie du coton, et cela tant par l'importance du capital qui y est engagé que par la valeur des produits. Elle ne remonte que vers 1850, et déjà elle donne du travail à 3550 ouvriers et fait en matière brute une consommation de 5 600 000 kil. Les produi s sont évalués à plus de 51 millions. Parmi les exposants nous avons remarqué MM. Lang et Seiz, Charles Faber à Stullgard et Gutmann frères à Gflppingen, Schoop et Cie à Biberach, Staub à Kuchen et Neubnrger à Ulm.

Nous passerons rapidement sur les classes 29, 30 et 31, sur les fils et tissus de lin et de chanvre, sur les laines peignées et sur les laines cardées. Longtemps le travail du tisserand se faisait à la main, depuis peu d'années seulement la mécanique a été introduite. Pour les draps et les vêtements confectionnés, pour les molletons et les flanelles surtout, l'exportation est importante. MM. Zdppritz à Heidenheim et Schill et Wagner à Calw ont exposé des produits

fort recomniandables. Les draps fournis par MM. Lamparter frères et Finkh, à Reutlingen, sont d'excellente qualité, et leur vente .s'étend sur tous les pays du ZoUverein et de la Suisse.

Une des branches les plus actives de l'industrie souabe, est la fabrication des chapeaux de paille. Une société de secours fondée en 1854, par M. Haas, se changea successivement en lieu d'asile, puis en fabrique où l'homme inoccupé passait les loisirs que lui laissait le chômage à tresser la paille. Aujourd'hui cet établissement occupe plus de 6000 personnes et fournit des chapeaux de toute qualité et de toute forme.

Une spécialité du Wurtemberg est encore la fabrication d'objets en tôle peinte ou en fil de laiton colorié ; cages, boîtes, jouets d'enfants , plateaux , etc. Les cages surtout sont d'une variété de forme infinie et affectent, pour cacher leur cruel emploi, les dehors les plus riants et les plus sédui sants. Mais l'oiseau captif est sans doute moins fou que l'homme, et rien, fijt-ce le palais le plus doré, ne vaut pour lui la liberté perdue.

Non loin de ces prisons qui, pour n'être destinées qu'à la gent ailée, n'en sont pas moins tristes à contemp'er, s'étale un autre spectacle qui ne devrait inspirer que des idées de paix, mais qui, involontaireiuent et par l'impression pénible que produit sa vue, rappelle les plus horribles scènes de carnage. Je veux parler de l'exposition des faux et des faucilles qui, lorsqu'elles ne sont pas des instruments aratoires, sont les plus terribles armes d'une insurrection. La fabrication des faux a pris de telles proportions en Wurtemberg que l'État exploite pour son propre compte une des principales usines, celle de Friedrichsthal.

Les mines de fer et de sel gemme appartenant presque toutes à l'État sont d'une grande importance. A côté des mines du Gouvernement il existe aussi bon nombre de fonderies particulières. Parmi ces dernières il faut citer celle de M. Stotz, à Stuttgard, qui a établi dans le ZoUverein la première fabrique qui ait produit des articles de fonte malléable. Comme fabricant d'objets de cuivre laminé, on ne peut passer sous silence M. Wieland, à Ulm, qui s'est surtout distingué par ses tuyaux.

Les produits chimiques sont d'une supériorité incontestable, et sur les dix médailles d'or accordées au Wurtemberg, quatre ont été données à la classe i'i . MM. Knost et Siegle, de Stuttgard, ont exposé des carmins et des anilines pour impression sur coton qu'on ne saurait assez apprécier.

Pour terminer, citons la gigantesque locomotive placée dans la galerie des machines et exécutée par la fabrique d'Esslingen. Cette fabrique qui emploie près de 1000 ouvriers produit tous les ans plus de 40 locomotives qui sont envoyées danstoutes les parties

du monde. Celle qui est exposée au Champ de Mars a été achetée par une maison anglaise pourêtre transportée enlnde. Et l'on voudrait douter, après un pareil exemple, des progrès que peut faire le plus petit des peuples quand il est guidé par des esprits éclairés? Qui, il y a vingt ans, aurait pu soutenir que le Wurtemberg pourrait en si peu de temps, se mettre à la hauteur des nations les plus civilisées pour une fabrication qui demande des ressources considérables, des ouvriers habiles, des usines immenses et une confiance qui ne se conquiert que par le succès?

Que de choses encore à voir ! mais ce que nous avons dit doit suffire. Le caractère de celte exposition en ressort amplement, et quand nous aurons ajouté que sur les douze prix accordés par le jury spécial, pour récompenser le rétablissements où régnent ànn degré éminent l'harmonie sociale et le bien être des populations, un prix a été décerné à M. Staub, à Kuchen, pour sa filature de coton, et une mention honorable à M. Haueisen, à Neuenbourg, pL:ur sa fabrique de faux et de faucilles, nous aurons vraiment couronré l'édifice.

Établir la supériorité intellectuelle pour arriver à la prospérité matérielle, c'est là que doivent tendre les efforts de chaque peuple, c'est vers ce but que doivent le guider ceux qui, par la force des circonstancep, sont placés à sa tête.

Le Wurtemb rg a rempli ce programme et de façon qu'on se pos! cet'e question : Que deviendrait c peujjlc, s'il occupait sur le continent européen Icspace absorbé par une des cinq soi-disant grandes puissances?

J. La™eist-Lapp.

Le Massacre des Mamelucks

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