VI
nous à ITnslitut le h jaiivier IS66, cel ingénieur a groupé les organes d'un véhicule à vapeur à quatre roues de façon à appliquer aux roues de l'avant-train la puissance de la vapeur dans d( s conditions analogues à celles de deux chevaux attelés à une voiture ordinaire. Nous regrettons tort, pour l'enseignement de tous, que ce plan très-bien conçu et parfaitement étudié dans tous les détails, n'ait pas éi,é e.ïpo3é.
Baron Séguieiî.
Guyane anglaise.
L'équateur passe près de-là !. . . Les hamacs suspendus en long, en travers, formant une galerie sur la tète despromeneurs, rappellent l'accablante chaleur du soleil dans ces régions, et la nécessité pour l'organisme humain de lui céder la place et de se réfugier dans un repos réparateur : eiîectivement la Guyane anglaise s'étend entre le 8" et 3" seulement au nord de la ligne équatoriale. Elle se déploie le long de l'Atlantique entre le Vénézuéia et la Guyane hollandaise et comprend toute la région renfermée entre la Corenline et l'Orénoque.
L'exposition de cette colonie est remarquable par l'alliance des efforts sauvages et des produits civilisés. .4 côté de la longue bhausse en fil de palmier qui sert à presser la f,Y(.Si'tti'e, à ctMé des pochons de cannes servant de coffres et de boîtes, des arcs, des flèches et des casse-tête, des sagaies et des colliers de dents.de peccari, nous heurtons du pied les balles de coton. Près des bo^inets indiens en longues plumes d'ara ronjes' et bleues, nous voyons pendus les sacs à jour, 3n lianes, renfermant les précieuses racines de la falsepareiile. Ce contraste est extrêmement frappant.
Nous avons à signaler ici des bois remarquables, mais qui ne sont point inconnus chez nous, car ce pays, voisin de notre colonie 'rançaise, n'est pas moins bien doté qu'elle în bois précieux destinés un jour à porter un rude coup aux vieux erremenis en fait de lionstruction et d'ébénisterie. Fait-on plus m Angleterre pour les bois américains, que nous ne faisons en France? Je ne le sais, ci nous nous occupons beaucoup en paroles des forêts guyanaises, mais fort peu en accion. Espérons cependant que les admirables ppécimens que la colonie pénitencière a encoyés et qui sont exposés dans la grande galerie des machinesjouvrirontlesyeux français intéressés aux bois d'oeuvre! La chose en raut bien la peine. Il y a là une tlalit'ornie à Bxploiter.
Quoique moins complète et moins bien Drésentée sous le rapport des échantillons, . i'ex|,osition de la Guyane anglaise ne laisse
pas que d'avoir, sous te rappori, un cert;iiu intérêt. Voici le bois qui donne, dit-on, ïluUle (le laurier! on suppose que c'est {' Orcoduphne o/jf/ern (Nces.). Cette huile est non-seulement pour la médecine un remède admirable contre les rhumatismes, mais elle est pour l industrie un principe précieux, car elle dissout parfaitement le caoutchouc. Sur les bords de l'Orénoque où cette huile se récolte, on se contente de percer l'arbre jusqu'au cœur et d'y suspendre des réservoirs dans lesquels l'huile coule. On lui donne aussi le nom de Sassafras.
Le Bushrope des rives du Deoiuerary ressemble à un énorme paquet de racines tordues ensemble l'une sur l'autre: les Indiens combatlent avec lui les rhumatismes. Nous le voyons à c6lé du Simarouba au cœur jaune et noir, au bois léger comme du saule. Là, les bois se suivent et ne se ressemblent pas, et les tcorces médicamenteuses sont également dissemblables ; le Lociist-Bark, écorce du Courbarit (Ilymonea) et celle de VAnariirdimn oociilenlalc qu'on appelle Cashvw-linrk , sont légères comme le liège, tandis que celle d'un Pisidiiim, le Wilrl-Giiava, est lourde comme leplomb, L°s Indiens emploient toutes ces ôcorees contre la dysseijterie. Combien de remèdes précieux, encore enfouis pour des années dans ces êcorces dont les propriélés ne sont connues que des sauvages près desquels elles croissent! Combien nos savants ont encore à apprendre! Il est vrai qu'ils ne s'occupent guère de tout cela. En ce moment la chimie fleurit, on y cherche — et naturellement on y trouve! — tout ce que l'on V, ut,... Arrière les simples et ceux qui les préconisent !
Cependant vnici l!;.=> Indiens do VOrrnofjue et ceux du herbier — tout comme ceux du Miirani et du Sinumarii ■hr z noua — qui nous disenl: l'écorce du Seraila guérit la petite vérole: celle du CuriibatU, celle du Snpolier ininiasops sont des émétiqucs; le Morabalti empoisonne les poissons : le Wallaia guérit les maux de dents (c'est VEperua faleala, que nous appelons Wapa huileux'); les ïelloiv et Brawu silcerbolli, \eConiacoballi, ]e.Siinaruba, le Mess apple, le Bloi'd irooil, tout cela sont des ronces tannantes; quelles ressources, quand nous aurons besoin que le prix des cuirs dimiiiue! Car les productions de la Guyane anglaise et les nôtres sont similaires, ne le perdons pas de vue. C'est à ce point de vue surlout que l'étude que nous en taisons est intéressante!
Quelques mots sur les bois d'ébénisterie admirables que l'on voit, là, sous la poussiè'e : voici le Bihiru rouge à grain fin {^'eclanllra Rodœi Schnub) tiès-résistant, admirable pour meubles et constructions; le Wamara, ebène noire à aubier jaune, dur, roide, susceptible d'un poli magniûque; VArmala ou Aruiiala quirappellelechêne; le H'a'iada, au contraire, un vrai bois d'ébénisterie, rouge foncé à veines noires, magnifique; c'est cet Eperua
faleala dont nous avons tout à l'hcnre cité l'écorce pour ses singulières propriétés. N oublions pas le Ilackia, noire arbre de vie, brun-verdâtrë; le Talaboo brun à veines tachetées, d'un aspect t^'ès -curieux; le Taranira {Huniirium fîoribundum JMart.) gris-rosé, uni et d'un vernis magnifique : et dix ou vingt antres plus remarquables.
Il est impossible de quitter cette colonie sans faire remarquer le soin avec lequel les .■inglais recherchent, chez eux, la conquête des matières textiles et fibreuses; il estdilficile de voir, nulle part, une plus curieuse collection de ces nouvelles conquêtes que celle dont les longues tresses nous environnent. Le colon en première ligne l'u', jusqu'en 1820, la grande production de la Guyane anglaise; mais les prix ayant cessé d être rémunérateurs, ce commerce était mort, quand tout à coup la guerre d'.\mérique vint lui donner une nouvelle vie, et maintenant cette culture augmente chaque année, la concurrence n'elant plus à craindre. Mais ce qui est plus remarquable, nous le répétons, ce senties conquêtes nouvelles sur la nature sauvage. Voici la fibre du Winun, fournie par l'écorce intérieure de l'arbre Caracalli, ou Lccylliis ollaria (Lin.), celui que nous nommons, chez nous, le Mahut noir. C'est la matière dans laquelle les Indiens empaquettent leurs cigares. A cCyté pendent des fils faits de la fibre du Wildoehro ou llrena : ce textile, abondant par toute la colonie, présente un aspect aussi doux que celui du lin; nul doute qu'il ne soit appelé au plus bel avenir, puisqu'il se récolte en grande abondance. L'écorce du Wallaba donne aussi une filasse; mais la matière que nous vouions signaler au premier rang, est celle qne les Anglais nomment le crin de mora, mora hair. venant du Tillandsia usnéotdes (Lin.), à fibres un peu grosses, brutes, mais très-flexibles et susceptibles d'immenses applications comme succédanées du chanvre. La plante est un épiphyte abondant dans la plupart des petites baies de la colonie : on le prépare simplemen; en le plongeant dan» l'eau jusqu'à ce que l épiderme se sépare; la fibre a un peu l'aspeot du crin de cheval.
La fibre Alahoe est beaucoup plus belle et plus fine : elle provient de l'Hibiscus elatiis (Lin.), et présente une flexibilité admirable. Nous terminerons cette intéressante incursion dans le nouveau, par l'examen des fibres textiles du Planlain, un Bananier, le Musa Paradi^ius (Lin.). Ceci est un véritable chanvre, fin, souple, brillant, ayant la meilleure qualité. Enfin un mot du Silk-Grass ou fibre du Coraiea [Bromelia karalas, Lin.). C'est un Ananas; aussi ne sommes-nous pas étonné de trouver à cette filasse l'aspect admirable quel on connaît depuis longtemps aux étoffes tissées dans l'Inde avec cette matière. Les Indiens en font leurs lignes de pêche, leurs filets et toutes leurs étoffes, je ne puis les en trouver malheureux. Ils ont aussi la fibre du Tibisiri, le Uaurilia flexuosa /Lin.), ou pal-
mier qui fournit le vin de Palme et, dont les tissus ne craignent que l'humidilé. Citons encore un autre palmier voisin qu'ils nomment Ita, puis le Cticuril ou Koqiierit, et tous ces arbres leur fournissent des fils plus ou moins fins, plus ou moins délicats.
A l'œuvre donc, chercheurs! qui vous effrayez pour les besoins du peuple en voyant depuis si longtemps la libre du coton se maintenir de plus en plus chère, à l'œuvre!... C'est à l'industrie de réparer les maux de la guerre, eu découvrant les ressources cachées de la natuu'.
H. DE La BuNnin'îr.K,
M. Froment-Meurice.
J 'aime à rappeler les anciens et à les citer en toute occasion. Ce sont des maîtres toujours; mieux encore, ce sont des pères. C'est pourquoi leur enseignement ne saurait manquer d'aucune autorité.
Or, les anciens me semblent avoir vécu, plus que nous, près de la nature, et en avoir plus vivement exprimé les délicates beautés
et les subtiles nuances. De là vient que leur art, de quelque manière qu'ils l'aient appHqué, est d'un goût si pur et à la fois d'un sentiment si vrai.
La Vérité se cache même au fond de leurs fables, qui ne sont, à les bien comprendre, que les costumes divers, les travestissements toujours ingénieux et charmants de l'immuable et incorruptible déesse.
Mais je ne connais pas de fable plus riante à l'esprit et d'une observation plus profonde que celle des neuf Muses. Souvenez-vous de ces sœurs divines qui sont égales par l'âge et parla grâce, et qui se partagent sans rivalité
EXPOSITION DE LA GUYANE ANGLAISE. - Dessin de H. LariccloL
jalouse les variétés du génie et du talent. Elles se donnent la main et rapprochent ainsi, dans une même chaîne harmonieuse, toutes les inspirations et toutes les gloires.
Admirable égalité, fraternité sublime où se rencontrent et se saluent sur les hauteurs Homère et Phidias, Sophocle et Apelles, Dante et Michel-Ange, Raphaël et VirgUe, Shakspeare , Mozart, Benvcnuto Cellini , — les poëtes, les savants, les artistes, tous ceux qui travaillent, à leur façon, à traduire et à refléter dans des œuvres vivantes quelque chose de ce que la nature et l'homme ont de plus beau, de plus noble, de plus pur!
Ces pensées me sont revenues, l'autrejour, à l'Exposition universelle. Je regardais des aiguières et des coupes, exposées par M. Fro-
ment-Meurice, et je me disais que là aussi on voyait la main habile et l'invention supérieure d'un savant, au sens où l'entendaient nos aïeux.
M. Froment-Meurice est l'héritier d'un nom illustre qu'il transmettra plus illustre encore à ses enfants. Ce n'est pas chez lui que les précieuses traditions s'altèient ou se dissipent, et, en continuant la tâche paternelle, il s'est dit de bonne heure qu'il fallait que les grandes renommées, comme les bijoux et les parures de prix, fussent à jamais préservées de tout alliage.
M. Froment-Meurice, comme son père et comme tant de célèbres devanciers, qui leur traçaient d'avance le chemin qu'ils ont suivi, ne me paraît pas du tout être un induslnel,
mais un homme préoccupe sérieusement ae son art, des progrès à accomplir, des mauvaises tendances à combattre et des bonnes impulsions à donner ou à faire naitre.
Lui, il est un homme de style. Les perles, les pierres fines, les métaux prennent sous ses doigts je ne sais quelle éloquence véritable et qui parle aux yeux de qui sait lire le merveilleux langage de l'art. Les yeux mènent tout droit à l'âme.
Eh bien! telle amphore de M. Froment- Meurice, dans ses contours et dans ses lignes, dans son élégance ineffable, rappelle souvent un délicieux poëme. On la croirait habitée par un dieu, qui rayonne au travers.
Mais la qualité la plus originale, si l'on I peut ainsi parler, de M. Froment-.Meurice,
L'IiXI'OSI nON UNIVF.liSEI.I.E UK 1807 ll,l,USTRlîli,
c'est le i;oût constanl, le goût quand même, le sentiment exact des convenances, l'horreur de l'artificiel et du faux. A aucun moment il ne s'oublie et, pour arriver à un de ces effets qui plaisent, hélas! à tant de gens, il ne consent jamais à sacrifier rien de l'instinct si rare dont il est doué et qui lui fait saisir le juste et le vrai dans l'art aussi bien que le beau sans reproche.
Bref, il y a un critique sévère sous cel artiste ; il y a cette conscience ri{>oureuife qui lait les maîtres en tout genre.
Aussi j'ai trouvé piquant et curieux, en parcourant les galeries du Champ de Mars, de comparer, non-seulement aux objets d'art exposés par M . Froment-Meurice, mais à notre orlévrei ie française en général, l'orfèvrerie et la joaillerie de l'Angleterre, de l'Allemagne, de l'Italie.
Toute prétention nationale mise de coté, et quelque indulgent à autrui et modeste pour soi-même qu'on veuille bien se montrer, il faut convenir que là, comme en maintes branches d'autres industries, la France est on ne peut plus avancée à la lële des nations ses rivales.
Le massif, l'énorme, domine en Angleterre. Le bloc, tout d'or ou d'argent, représente des fortunes entières; mais, à moins que quelque artiste français n'ait présidé à l'œuvre et ne l'ait marquée de son inspiration et de ton goût, cela est lourd, déplaisant et disgracieux et, ce qui est pire, disgracieux et déplaisant avec effort, ce semble, et avec recherche.
L'orfèvrerie allemande est commune, triviale, et comme d'un travail bourgeois. Il y a quelques années à peine, les Prussiens paraissaient pratiquer seuls la taillerie des cristaux et des pierres dures, mais, grâce à M. Froment-Meurice, qui s'en est occupé, je crois, un des premiers en France, noui savons, nous aussi, tailler les cristaux; et avec quelle supériorité d'élégance et de goût !
Remarquez, par exemple, dans l'expositionde M. Froment-Maurice ce buste del'Empereur, sculpté dans une aigue-marine et se détachant sur un fond de jaspe rouge parmi des clous de perles, et des étoiles de topazes, etborJé d'un rinceau à rosaces d'améthystes. La (iuerreet la Paix, deux déesses, s'appuient sur des enfants et se tiennent des dsux côtés (lu Souverain. Los nus sont de cristal de roche brun, les draperies sont d'argent.
Rien n'est plus riche assnréinent , mais dans ce luxe, tout est ménagé avec soin et placé à propos. La composition peut-être en est-elle uu peu trop monumentale, et l'on y sent du premier coup le mélange du talent de l'architecte et de l'art de l'orfèvre. Toutefois, l'harmonie de l'ensemble est réelle, et l'observateur reconnaît dans les moindres détails ce toiiclwr délicat dont je parlais tout à l'heure, et qui reste le signe distinclif des œuvres entreprises ou dirigées par M. Froment-Meurice.
Ses compositions, à lui, sont charmantes, Sa fantaisie est pleine de ressources, d'idées et de combinaisons poétiques. Tantôt, comme dans la Coupe et les Candèhbres de l'Empereur, un faune et une faunesse, supportent une admirable vasqufj de cristal de roche enguirlandée de violettes, et jouent avec de pe'its Amours qui voltigent allè;rement audessus d'eux, pendant que de la vasque s'échappent et pe répandent des touffes d'impériales épanouies ; tantôt, comme autour d'une délicieuse aiguière, qui appartient à M. le duc de Montpensier, des émaux bleus et verts se déploient en branches frêles et s'ouvrent en fleurs mignonnes, tandis qu'un gentil serpent émaiUé s'enroule sur l'anse du vase.
Tout, cela est bien conçu, bien venu el merveilleusement approprié.
Cette Aiguière du duc de Montpensier est un miracle de délicatesse et, dans ses petites dimensions, elle vaut, à elle seule, bien des expoîitions plus tapageuses, par la raison même, aini-i que le disait près de moi, d'une façon assez pittoresque, un provincial de mes amis, o qu'une perle vaudra toujours mieu\ qu'une citrouille. »
M. Fi-oinent-Meurice a le don d'assouplir les métaux à toutes scsvolontés. Il les moule, en quelque sotte, à sa pensée et les force à la reproduire docilement. Il les transtorme et les anime de cent manières. Ici, l'argent coule en gouttes d'eau ; là, c'est l'or qui s'étale en couronne de flours. Le génie de l'orfévie est pareil à la baguette d'une fée, et voili encore que, selon son vœu ou son caprice, les métaux prennent toutes les formes, toutes les couleurs, toutes les séductions. Des anges, des femmes, des roses, des violettes, ce que l'imagination rêve de plus doux, ce que la nature off're de plus beau, il n'est rien qui ne jaillisse aussitôt du cre;iset ou qui ne prenne sous le marteau une forme, une attitude, une pose, un charme. Que disje '' on y sent une âme, et l'œuvre achevée et parfaite n'est que le voile transparent qui s'adapte sur un idéal supérieur pour en faire ressortir la profondeur ou la grâce.
Vous n'avez pas oublie sans doute que ce rccretlable Poneard, qui nous a quittés si prématurément il y a quelques semaines, ava\t, malgré l'usage et en dépit du proverbe qui enseigne que nul n'esl proplièle dans son pays, ilispirè la plus vive et la plus durable admiration à ses compatriotes de Vienne. Toute fièrc de son poëte, cette ville maternelle voulut un jour lui donner un témoignage solennel de sa sympathie. On résolut donc de lu; offrir une coupe, comme les Anciens en offraient aussi aux poêles vainqueurs dans les luttes de la lyre et des vers. — Mais quel dommage, se disait-on, que Benvenuto Cellini soit mort depuis longtemps !
A défaut de Benvenuto Cellini, on songea naturellement à iVI. Froment-Meurice. Le souvenir de l'un fait pensera l'autre.
Quoi qu'il en soit, M. Fromer.t-Meuiice se
mitau travail, etla couposortie de ses mains est un chef-d'œuvre.
Ponsard a ressuscité et porté au théâtre trois 'emmes célèbres, la Romaine Lucrèce, Agnès de Méranie et Charlotte Corday. Ces trois héro'i nes élèvent chacune une couronne de laurier corame pour la tendre au poète. Le groupe, varié d'expression et de costumes, est tout à fait gracieux. C'est sur ces trois couronnes qu'est posée la coupe dont l'intérieur, très-richement émaillé, est orné des armes de la ville devienne.
Pauvre poëte, sitôt parti! Mais sa mémoire durera, ses vers vivront, et la postérité, après avoir lu Charlotlc Corday et Lucrèce, ne laisicra point d'admirer ensuite le beau présent de la ville de Vienne à l'homme illustre qui fut son enfant; et l'on se transmettra aussi d'âge en âge, cette coupe si poétique et si touchante, qu'a composée et produite M. Froment-Meurice.
Il y a des joailliers encore et des bijoutiers, mais les orfèvres, cijmme les dieux et les rois, s'en vont et disparaissent. Cependant il en reste quelques-uns, dignes vraiment de ces nobles et patients ouvriers qui, méprisant les procédés vulgaires, ne travaillent que le marteau à la main. Le marteau, c'est l'arme de l'orfèvre.
Faut-il dire après cela que M. Froment- Meurice, fidèle aux traditions glorieuses, nous l'avons vu, n'a point négligé de produire des statues et des bustes d'argent repoussé, qui pourraient, sans désavantage, être mis en regard de bien des modèles de nos musées. Je n'en sais guère de plus remarquabl-! que cette statuette de Nymphe, d'après un marbré du. dix-huitième siècle et cettÈ statuette de Bacclianle d'après M. Solon.
Deux amphores « faites au marteau, d'une seule plaque d'argent », et ornées de dessins d'émail noir, attirent de même et retiennent longtemps les connaisseurs el les artistes.
Toutes les Muses sont sœurs, ai-jè dit en commençant. Eh bien! je le répète, une Muse a passé par là, et le rayon éclaire toutes ces œuvres d'un artiste de la'ent, de savoir et d'un bon goût toujours présent. Tout ce qui sort des mains de M. Froment-Meurice vivra et aura une part de gloire.
Et tenez, voyez cette éblouissante coquille de diamants, une couronne de reine ou de sultane favorite! Que d'art encore dans ces feuilles de roseau formées de diamants verts et dans cette gerbe de fleurs où se marient d'autres diamants des plus rares, et les plus variés de nuances et de reflets! Ces narcisses, ces cyclamens, ces primevères, cei passiflores rappellent aux yeux éblouis ces bouquets célestes de petites étoiles dont les rayons s'irisent à travers le nuage et s'y peignenl de mille couleurs.
Octave Laciioix.
Beaux-Arts. — M. Ussi.
ABDICATION DE GAULTIER DE BRIENNE, DUC D'aTHÈNES.
Aa commencement du treizième siècle, à la suite de la prise de Constantinople par les Croisés, la Ville d'Athènes avait été érigée en duclié. Concédé à la maison française de la Roche, ce duché passa bientôt dans celle de Brienne. Mais les grandes compagnies catalanes ne tardèrent pas à vouloir en faire la conquête. Célè'ores par leur bravoure, origi-, naires d'Espsgne, ces bandes étaient alors au service de Robert, roi de Sii ile et de Naples. filles dominaient sur la Méditerranée, et, composées de Siciliens, de Catalans, d'.\ragonais et d'Almogavares, nom qu'on donnait aux Occidentaux, elles avaient pris l'habitude de mépriser le danger en combattant sans relâche les Sarrasins qui n'a' aient point d'adversaires plus redoutables.
Or, Gauthier de Brienne, cinquième du nom , régnait sur rAtti'iue en 1310 au temps où les Catalans envahirent le pays. 11 courut lies combattre. C'est près de l'autre de Trophronius, fameux par l'oracle qui s'y rendait jadis, quand florissaient encore les dieux de la Grèce, non loin du lac de Copais, que le ;choc eut lieu. Il fut terrible; le duc périt lies armes à la main, et l'Acropole, l<î Pnyx : et .les Propylées reçurent les Catalans victorieux.
Le duché d'.\lhènes perdu, la veuve de Gaultier V, Jeanne de Châtillon, et leur jeune !Els, vinrent se réfugier auprès de Robert, roi Ide Sicile, celui-là même qui avait les Catalans à sa solde.
Quoi qu'il en soit, le jeune Gaultier de Bnenne fut élevé à k cour de Robert, et celui-ci l'envoya en l.')26 àFlorenee, en qualité de vicaire du duc de Caiabre. Pendant les deux mois qu'il remplit celte charge, il sut !,8e faire de nombreux partisans, parmi les IFiorentins. ifavait l'esprit. fin, délié, hardi, prompt à prendre une décision; une grande [ générosité tempérait ce que son caractère : offrait peut-être de trop hautain, et l'air de 1 vaillance et de noble franchise répandu sur s son visage était bien propre à lui concilier de I réelles sympathies. Aussi plus tard, un jour I de danger nntionid, on se souvint de lui. Les I Pisans assiégeaient les soldats de Florence I renfermés dans Lucques, et manifestaient I l'intention, cette ville prise, de poursuivre 1 leurs avantages jusqu'au cœur même de la 1 république rivale. Dans ce moment, Mala- I testa de R'imini était pourvu du commandement militaire de Florence; mai» il n'avait pas la confiance du plus grand nombre. De I sorte que, le danger pressant, on se hâta d'appeler Gaultier de Brienne que de récents ex-
ploits, en France, contre les Anglais, avaient achevé de rendre populaire.
Arrivé à Florence dans les premiers jours dejuin 13 'i l, Gaultier se trouva investi d'une autorité sans bornes. Unetelle situation, par malheur, était fort au-dessus de son esprit, de son jugement. En effet, il se méprit sur le caractère et la durée de son rôle et ne sut point se contenter d'une puissance qui, naturellement, devait finir avec la circonstance qui la lui avait fait accorder. Non, aveuglé par l'ambition, pressé par des conseils perfides, il résolut de remplacer le duché d'Athènes qui ne lui avait jamais procuré que l'avantage d'un vain' titre, par la seigneurie de Florence, bien autrement productive, à quoi il réussit, en flattant la noblesse et le petit peuple, qti'il sut adroitement opposer à la puissante bourgeoisie des Arts-Majeurs. Alors s'étant installé au Palais-Vieux, il en fit augmenter les moyens de défense, désarma les citoyens, et ordonna de placer partout sa bannière, au-dessus des gonfanonsde l'Etuf. Principalement, il accabla lepeuple d'impôts qui allaient s'engloutir dans les folles dépenses de la cour, soldaient les désordres effrénés et croissants du duc, ou bien servaient, humiliation profonde, à acheter des Pisans une paix que tout commandait d'imposer par la victoire.
Cependant une tyrannie aussi cupide, ces scandaleuses débauches ne devaient point durer longtemps. Grandes avaient été les illusions de Florence, grande en proportion fut sa colère. Exaspérée par tant de vexations, le 26 juillet 1343, jour de la Sainte-Anne, la ville se lève en masse, et les citoyens de toutes classes, peuple, nobles, bourgeois, prennent les armes, lin i'nslant Gaultier prétend résister; mais c'est à peine s'il trouve quelques défenseurs sortis de la basse populace. Son palais est forcé, envahi; son fils massacl'é et lui-même pour garantir sa vie, pour assurer celle des rares partisans qui lui restent, de Français attachés à sa fortune , coiupagnons de,ses désordres, il abdique solennellement tout pouvoir et sort de la ville suivi de la haine et des malédictions d'un peuple qui lui avait confié sa fortune, son honneur, son salut, et dont, par une aberration étrange, il avait seulement aggravé lés misères.
Rentré en France, Gaultier de Brienne aida le roi Jean dans la guerre qu'il soutenait contre les Anglais. Il fut nommé connétable le 6 mai 1350, et se fit tuer auprès de son maître le 19 septembre suivant à la funeste bataille de Poitiers.
M. Ussi, peintre de Florence, a rencontré dans la scène de l'abdication de Gaultier de Brienne le sujet d'une 'toile importante. Le lecteur en a la composition sous les yeux; sans voir l'œuvre originale, il peut donc juger de la disposition des groupes, de l'agencement de l'ensemble, il trouvera sans doute qUe les altitudes pour la plupart ne sont point
exemptes de lourdeur, et que plus d'élan, d'aisance, de chaleur dans les gestes, d'accent dans les expressions n'eussent rien gâté. Mais il reconnaîtra aussi que le sujet est bien présenté et s'explique aisément. Qu'on en soit assuré, l'ordonnance d'une machine aussi compliquée n'est pas chose commode. Quant à l'exécution, ellesemble,elleaussi, très-froide et dénuée d'abandon. Cependant elle a du mérite et témoigne de patientes et laborieuses études.
Ce qu'on peut dire, c'est que M. Ussi s'est trompé sur les ressources de son talent, car le sujet d'un tel tableau réclamait impérieusement les qualités qui manquent à l'artiste. S'exerçant sur une donnée calme et simple, le peintre doit réussir dans une très-honorable mesure. Il a une façon de procéder qui ne laisse point de doiites à cet égard. Mais aux prisesavec les conditions violentes du drame, l'instrument dont il dispose est fatalement insuffisant. Que voulez-vous? On n'est pas maître de son tempérament, et si l'on ne sait peindre qu'avec scrupule et méthode, ce qui, après tout, venant à point, est digne d'éloges, on n'est guère en état de fixer sur la toile une foule hurlante et furieuse, des tournures fi'anchement énergiques, exagérées par l'action, des expressions joviales et sanguinaires en même temps, des accoutrements féroces, la terreur, le désordre, le tumulte. En un mot pour mettre en tableau l'abdication de Gaultier de Brienne, la manière froide et compassée deDelaroche, n'était pas à suivre; c'est de la fougue, de la passion, de l'âiue de Delacroix qu'il eût fallu s'inspirer.
Or.iviEit Mf.iîson.
CtHOUPE il — GL.\.SSE h.
Appareils photographiques.
Les constructeurs d'appareils photographiques tendent de plus en plus à réaliser deux sortes de perfectionnements, qui consistent d'une part à réduire le matériel des appareils de voyage, d'autre part à supprimer la main de l'homme partout où l'on peut, à son adresse, substituer la rectitude automatique de la mécanique aidée par l'électricité.
Au milieu des produits divers qui se trouvent dans les vitrines de M.M. Geymet et A\ker, nous avons remarqué deux innovaliorit aussi importantes qu'ingénieuses. C'est d'abord une jumelle en apparence absdlumeii' semblable à celles dont on se sert dans les salles de spectacle.
Seulement si, avec la jumelle dont M. Octave Nicour est l'inventeur, et dont MM. Gévmet et Alker sont jes seuls constriicteurs.
on lorgne un paysage, on apercevra d'un cnlé le paysage reuversé, tel qu'on a L'outume de le peindre sur la plaque dépolie d'un objectif ordinaire, tandis que de l'autre côté, où l'œil ne peut pénétrer, ce même paysage se fixera sur une plaque photographique di: petite dimension qu'on y a préalalilement introdnile. Avec ce petit appareil, qui ne pèse pas, accessoires nunpiis, plus d'un kilogramme et quart, on peut chercher de l'œil un point de vue quelconque, et instantanément, à l'aide d'un mouvement du petit doigt, permettre à la lumière d'exéculer l'opération mystérieuse de la reprodnclion : c'est en quelque sorte la sténographie du reg;'rd.
Pour ceux dont la main n'est pas assez sûre, les construcleurs ont établi un piedcanne léger et commode, sur lequei on peut placer la jumelle photographique.
Notre gravure la représente dans cette position.
La jumelle photographique a élé construite en vue de l'usage du collodion sec. On peut cependant se servir du collodion ordinaire, mais les accessoires dont le collodion humide exige l'emploi sont contraires à l'inlentionde l'inventeur, qui a surtout voulu réaliser un appareil essentiellement portalif.
On aperçoit dans notre gravure, outre la jumelle montée sur son pied, le dessin de la jumelle elle-même dans une proportion plus grande, et une rondelle graduée dont nous allons indiquer l'emploi.
Cette rondelle est creuse; elle ne possède qu'une ouverture sur la paroi latérale qui forme son épaisseur, et qui est hermétiquement fermée par une lame de cuivre glissant à frottement doux entre deux rainures. Dans l'intérieur de la rondelle sont pratiquées cinquante autres rainures dans lesquelles sont placées autant de glaces préparées au collodion sec. Sur le cô'é de la jumelle destiné à la reproduction photographique, se trouve une ouverture absolument semblable à cel'e que nous venons de décrire en parlant de la rondelle. Seulement, la lame de cuivre s'ouvre en sens inverse, toujours à frottement doux.
Les glaces contenues dans la rondelle, sont amenées à l'orifice de l'ouverture au moyen d'un bouton régulateur. Dans cet état on n'a qu'à faire glisser les deux lames de cuivre de la jumelle et de la rondelle en faisant coïncider leurs ouvertures et en poussant l'appareil vers le gros bout de la lunette. Les deux ouvertures s'ouvrent en même temps, et le verre préparé glisse tout naturellement dans l'espace qui lui est ménagé en face de l'objectif contenu dans la jumelle, et sans subir aucune altération lumineuse prématurée.
On ouvre alors l'obturateur, et la pose ef-
fectuée, on n'a pour retirer la glace impressionnée qu'à exécuter l'opération inverse de celle que nous avonsdécrite, pour introduire la glace avant l'exposition à la lumière. Les glaces impressionnées sont ensuite traitées par les révélateurs ordinaires connus çn photo-
mension, suffisante aux amateurs pour conserver un souvenir de leur voyage, et trèsbonnes pour exécuter des grandissements.
Je neveux pas terminer l'analyse de cette invention intéressante, sans dire un mot d'une autre invention qui est tout entière
graphiedans un laboratoire pcuivu de verres jaunes.
La chimie nous a dotés aujourd'hui de coilodions secs non-seulement rapides, mais encore conservant pendant près d'un mois toute leur sensibilité. Les vues obtenues par la jumelle photographique sont de petite di-
ll'.VOLUTION DE FLORENCE : ABOICATION DE OAULTIE
l'œuvre des habiles constructeurs de la jumelle photographique : MM. Geymet et Alker.
L'électricité a été appelée à jouer ici un rôle, afin d'épargner le temps de l'homme qui est contraint d'attendre auprès de l'objectif que l'opération de la lumière soit terminée.
I Chacun sait que le temps de pose varie selon l'intensité de la lumière, et que l'intelli- ;ence de l'opérateur est seule apte à l'appré- :ier. Nonobstant, MM. Geymet et Alker se ervent de l'électricité pour régler le temps le pose, et ce temps écoulé, fermer l'obtura-
on n a qu'a tourner un boulon, et au même instant, l'objectif se découvre, un pendule se met en mouvement, l'impression s'effectue, l'objectif se referme, et enfin une sonnerie se mettant en mouvement, avertit l'opérateur que la pQsç est terminée.
météorologiques pour lesquelles la pose est encore longue.
Les vitrines de MJI. Geymet et Alker contiennent en outre une foule d'innovations pleines d'intérêt sur lesquelles nous ne pouvons nous appesantir.
Je termine donc en appelant l'attention des visiteurs sur de charmantes épreuves sur papier or, argent, bronze, ou revêtues do couleurs brillantes et qui imitent admirablement, suivant les tons employés, les anciennes enluminures argentées ou dorées que l'on admire tant dans les missels et les livres du moyen âge.
A. ClIlBAC.
UC D'ATHÈNES, tableau de M. Ussi. (GltANC PllIX.)
Eur au moment opportun où l'action de la umière a été complète.
Une aiguille folle que l'on place dans une lirection correspondante au temps de pose écessilé par l'intensité de la lumière, une i)is mise à la place qu'elle doit occuper :endant une certaine période de la journée,
Cet appareil est fiiit en vue des expériences exactes sur la sensibilité des produits photographiques et des divers mélanges. Il est également très-avantageux — et c'est là un point très-important, — pour les reproductions qui demandent souvent un temps de pose prolongé, ainsi que pour les observations
Galerie des Machines.