M. FRANÇAIS
M. Français vise au style; il en atteint souvent l'expression. Ce qu'il repousse de toutes ses forces, c'est l'art déshonorant du petitbonheur, du dieu-hasard, du lazzi, du couteau à palett«. Il ne saurait se contenter du premier buisson venu : il choisit, il épure, il élague, il ébranche; de sorte que ne s'appliquant point à faire une copie bourgeoisement textuelle de la nature, il nous donne quelque chose de mieux qu'une photographie, qu'un portrait ressemblant. Voyez ses prés et ses futaies, tout a pris, sous son pinceau, un air particulier de distinction et de grâce. Dessinant avec une scrupuleuse correction, il n'est jamais embarrassé pour planter un arbre en terre, et il le garnit de ses grosses et moyennes branches en homme qui connaît sur le bout du doigt l'anatomie du chûtaigner ou de l'ormeau, du platane ou du frêne. Les lois qui régissent la basse végétation lui sont également familières. Aussi, dans ses toiles, comme les ronces se cramponnent au sol ou s'enlacent entre elles, comme les herbes se joignent drues et hérissées, ou molles et languissantes! L'artiste voit la campagne d'une couleur gaie plutôt que puissante, fraîche plutôt qu'ardente, tendre plutôt que robuste, tranquille plutôt que tourmentée. Il aime les effets clairs et pleins d'allégresse, le ciel d'un bleu fin dans lequel s'égarent quelques nuages légers et blancs, la ligne ondulée de l'horizon se perdant en gris d'opale dans la vapeur du lointain et la rivière sans rides à la surface renvoyant au dehors, comme un miroir, les rayons argentés du soleil.
M. Français est en outre fort habile à peindre la campagne quand le soir poudre d'or les collines du fond et que le soleil perce de lames embrasées le feuillage des grands arbres. Mais s il comprend à merveille les poésies de l'heure charmante du soir, le mystérieux et suave émoi d'une nuit calme et sereine ne lui échappe pas non plus et trouve en lui un interprète au courant du beau langage, épris des nobles formules. Sa peinture est trop, peut-être, de la peinture de gens du monde. Soit. J'aimerais mieux, en effet, qu'elle montrât moins d'apprêt et plus d'abandon, une couleur moins délicate et plus accentuée, une exécution moins soucieuse des petits -détails, et davantage des plans larges et soutenus. J'en crois le style un peu maigre, l'éloquence ingénieuse, aimable plutôt que profonde; cependant elle a le goût de la distinction, et, avec ses allures grêles mais toujours élégantes, avec son horreur des façons grossières, sa répugnance pour les disgrâces de la nature, elle fait bonne guerre aux extravagances qui trouvent tant d'écrivains pour les glorifier et les recommander à l'admiration de la foule; elle retient l'attention
!(lii piibiio et ooniribiie à mettre en relief ce iqu'a de révoltant la doctrine qui veut que l'art soit exclusivement l'imitation de ce qui est commun, bête, laid et trivial. Or, ces services ne sont point des services ordinaires dont il faille faire bon marché. Certes, ili iméritaient d'être récompensés comme ils l'ont ■été, par leur succès même.
M. Français a exposé quatre cadres aux ga ileries du Champ de Mars : E/fet d'hiver dans la vallée de Munsler, vn Bois sacré, les Nou velles fouilles de Pompéi, et Orphée. Je vais les passer rapidement en revue.
Le tableau des Fouilles de Pompéi est fort intéressant, et l'on aime pénétrer dans cette toile travaillée avec une louable persévérance. Qui en douterait? tout cela est exact : ces atriums à demi découverts, ces salles polychromes en partie déblayées, ces colonnes, ces palmes, ces rinceaux, ces femmes dansant sur les murs enduits de rouge, tpus ces vestiges, enfin, d'une civilisation éteinte. Quelle agréable saveur d'antiquité se dégase de ces déblais ! Rempli des qualités habituelles au peintre, ce tableau eût pourtant gagné à un supplément de solidité sur les devants de la toile; quant au second plan et aux fonds, ils sont supérieurement réussis dans leur couleur paisible.
Voulant montrer à quel point il sait détailler un épais feuillage, une riche fronlaison, M. Français a peint le Bois sacré. îeu'Ienient il y a mis une conscience qui a légénéré en sécheresse, il s'y est pris d'une jrosse trop précieuse, trop exacte. Et puis e caractère grisâtre et métallique du coloris ;âte encore cette toile qui n'a point rapporté i l'auteur, il doit s'en falloir de beaucoup, a menue monnaie des soins qu'elle lui a loîités.
Combien je lui préfère l'Or/j/ice .' Sur le iremier plan, le poète accoté à un laurier, ixhale une plainte, hélas I inutile; plus loin e dessine, sur un fond de verdure, le tom- )eau d'Eurydice, que visite, à la clarté froide' t pâle de la lune, un groupe de jeunes filles, 'oilà tout. Mais le tableau exerce un grand harme de séduction. C'est l'œuvre d'un omme dont le goût naturel s'est développé utantpar la contemplation raisonnée de la ature, que par l'étude laborieuse et suivie es maîtres, car M. Français a beaucoup vu, eaucoup retenu, et chez lui, d'ordinaire, esprit prend les devants et non la main, l'est-à-dire qu'il veut ce qu'il fait. D'ailleurs i sujet d'Orphée, tel qu'il l'a mis en scène, onvenait parfaitement au caractère de son lient. 11 se plaît dans les sites anadiens, ont mieux que personne il comprend l'harlonie, et dans ce genre, l'image la plus comlète qu'il ait peinte, est probablement celle ont je viens de parler.
Dans un autre ordre d'idées, la ]'allée de hinsler est aussi l'un des bons cadres de artiste. Composition habilement nouée et instruite, effet juste et franc, dessin châtié
de près, couleur bien observée, tout h'j trouve. Oui, rien n'est plus agréable que cette œuvre qu'on dirait venue sans effort, peinte facilement, dans laquelle l'artiste semble avoir mis la fleur de son goût, de sa grâce, de son esprit, et dont notre gravure, qu'on me permette de le dire, donne une idée vraiment satisfaisante.
OuviEii Mekson.
Les Draps.
La Commission impériale avait primitivement fixé à cent le nombre des médai Iles d'or, c'était trop peu; elle en porta ensuite le nombre à neuf cents, ce n'était pas assez : mais au risque de se voir accusée tout d'abord d'imprévoyance et d'encourir plus tard un blâme plus grave, elle se cramponna obstinémont à ce dernier chiffre, en se réservant même la faculté de n'y pas atteindre dans la sévère distribution de ses grâces.
Elle avait compté sur un maximum de trente mille exposants. A sa très-grande surprise, dans le mois qui suivit l'ouverture des listes d'admission, ce nombre fut dépassé, et le flot des demandes montant, montant toujours, marqua bientôt quarante-trois mille à l'échelle du pont d'Iéna. Par grand bonheur, il s'arrêta là, et le niveau s'établit.
Mais neuf cents médailles d'or pour un pareil nombre d'exposants, qu'est-ce? Un peu moins de vingt et une médailles pour mille ou un peu plus de deux pour cent; chétive rémunération, couronnemmt plus que mesquin, il faut bien le dire, pour un concours auquel avait été conviée et où s'était empressée de se faire inscrire l'élite du monde industriel tout entier.
En face du chiffre arrêté par la Commission impériale, le jury des récompenses s'effraya; la tâche qu'il avait à remplir lui parut non pas difficile, mais tout à fait impossible. Quel compte en effet lui serait-il permis de tenir des rapports et des conclusions des comités d'examen ? Si favorables et si im|iérieusement formels qu'ils fussent, il n'en pourrait faire la base ni surtout la règle de ses résolutions; autrement les neuf cents médailles d'or se trouveraient épuisées avant qu'il fût arrivé au tiers de son travail.
Pour sortir d'embarras, quel moyen imaginer"? Bien convaincu qu'il ne pouvait contenter tout le monde, le jury tenait cependant à ne mécontenter personne; il faut avouer que pour y parvenir, il fit de son mieux, et, disons-le, il crut même, dans un moment de douce illusion, y avoir réussi.
Au moyen d'un biais qui lui sembla ingénieux, là où les groupes étaient très-importants, il prit le parti d'englober les individus
dans lea masses et de les subordonner aux catégories. C'était, on effet, un moyen défaire économie de ses médailles d'or, et de n'en décerner qu'une seule par chacun des groupes industriels qui représentaient les individualités les plus nombreuses et les plus notables.
On appelle cela attacher la croix au drapeau; soit, mais reste à savoir si cela n'a pas été une façon de blesser la dignité des chefs, en ne flattant que très-médiocrement l'araourpropre des soldats. C'est notre avis.
Après un incontestable succès industriel, ce mode de rémunération ne pouvait être que mal accueilli des plus méritants, les seuisqui fussent directement atteints par la parcimomonieuse mesure, car un modeste fabricant, que l'obscurité de son entourage pouvait mettre accidentellement en lumière, avait toute chance d'être mieux et plus honorablement traité. Et c'est là ce qui est arrivé.
Toutes les grandes collectivilésindustrielles, les chefs des nombreuses usines de produits similaires, des riches maisons de confection, des ateliers de châles, de soieries, deUeurs, enfin les mille essaims dont Paris, Lyon, Rouen, Mulhouse, Elbeuf, Louviers et tant d'autres villes sont les ruches fécondes, ont été considérés comme des touts indivisibles, dont les parties se sont effacées et ont disparu dans l'ensemble.
Ainsi, en ne citant ici que trois contrées manufacturièies, il nous sera facile de démontrer à quel point nos plus florissantes industries ont été profondément atteintes dans leur dignité, par la mesure de la Commission impériale.
Procédons par ordre.
Voici Elbeuf, une vaste usine drapière : là, tout individu est fabricant: au centre, dans les moindres coins et recoins de la ville, à Ions les étages des faubourgs, hommes, femmes, enfants, vieillards, nettoient, cardent, filent, teignent, apprêtent, tissent les laines de France, d'Espagne, d'Italie, d'Allemagne et d'Australie. On n'y fait pas sérieusement autre chose.
Elbeuf, â lui seul, a mis en ligne cinquante exposants, pas moins, auxquels se sont ralliés, par surcroît, vingt-sept des fabricants les plus renommés de Louviers. En tout soixante-dix-sept, chiffre des plus respectables. Eh bien , pour cet énorme groupe, combien de médailles d'or? Disons-le tout de suite : une, une seule !!
Maintenant voici Sedan. — Chacun sait le rang que tiennent ses fabriques dans le monde indusiiiel. — Cette rche cité dont la Prus.e et l'Angleterre s'efforcent vainement d'égaler les produits, s'est fait représenter au Champ de Mars, par dix fabricants, pris parmi plus de cent chefs de métier, tous passés maîtres dans une industrie qu'ils ont élevée au plus haut degré de perfection.
Pour ces dix producteurs de premier ordre il était difficile de faire moins et impossible, nous le reconnaissons, défaire plus que pour
leurs confrères d'Elbeuf et de Louviers; aussi a-t-un cru les récompenser convenablement en accordant à leur ville, ou à leur centre manufacturier, une médaille d'or, qui, donnée ainsi à tous, a semblé n'avoir été méritée par personne.
L'Angleterre et la Prusse ont obtenu le même nombre de médailles pour deux groupes de fabrication distincts. Une médaille d'or unique a été accordée à l'Autriche, à la Russie et à la Belgique.
C'eet donc en tout neuf médailles d'or que celte industrie, la plus importante peut-être entre toutes, a obtenues dans cet immense concours.
II faut croire que le jury, si sévère et si économe au commencement de sa répartition, s'est trouvé à la fm embarrassé de l'énorme quantité de médailles d'or dont'il n'avait pas fait emploi , car les viticulteurs de tout pays et les producteurs de toutes les espèces de boissons fermentées , bière, pale-ale, scotch-ale, etc., ont vu ces médailles pleuvoir à travers leurs rangs dru comme grêle. C'a été pour eux comme une averse inattendue de quatre-vingt-dix médailles d'or, immédiatement suivie d'une forte pluie de deux cent trois médailles d'argent, à laquelle a succédé une épaisse bruine de deux cent soixante médailles de bronze,
qu'on a vue lentement se résoudre en un brouillard de trois cent vingt-neuf mentions honorables.
Nul doute que si les fabricants d'Elbeuf, de Louviers et de Sedan, au lieu de se trouver dans le premier tiers des exposants, eussent été classés dans le dernier, comme les fabricants de boissons fermentées, ils n'eussent bénéficié de toutes les réserves du jury. Alors MM. Bellest, Benoist et Cie, MM. Flavigny frères, M. Chenevière fils, iMM. Legrix et Morel, M. Cosse, MM, Decaux père, fils et gendre, M. Cosse, d'Elbeuf, .MM. Bertèche, Chesnon, MM. Cunin-Gridaine et Christin, MM. GoUniscli-Labauclie et fils,
LES DlliPS ÏRANgAIS. — Des in de M. Weber.
etc., de Sedan, enDn M. UanetetMM. Gastine et Cie de Louviers, au lieu de la modeste médaille d'argent qui leur a été octroyée, auraient obtenu les médailles d'or, qu'au jugement de tous ils ont méritées, et qui faute d'un placement opportun ont été adjugées à MM. le comte Duchâtel, le marquis de Las Cases, le baron E. de Rothschild, de Grammond, le comte de Vogué, le comie de Lespinasse et à quatre-vingt-deux autres viticulteurs de même importance.
Nous n'avons encore parlé que des trois villes qui tiennent le premier rang dans les cinq groupes manufacturiers de France. Outre Elbeuf et Louviers, le groupe de la Normandie, comprend encore Vire, Lisieux,
Bomorantin et Caudebec, siège d'une trèsactive production; le groupe de l'Isère, Vienne, que douze éminents manulacturiers représentent au Champ de Mars; le groupe du midi, CarcasBonne, Mazamel, Saint-Pons et Bédarieux, qui nous fournissent tous les tissus communs et à bas prix. Nommons encore Bischwiller et Nancy dans le groupe de la Moselle, et enfin Cliàleauroux, principal centre des draps militaires.
Il nous faudrait quatre colonnes pour apprécier dignement les produits exposés par tous les illustres manufacturiers qui ont pris part au concours du Champ de Mars : nous leur devrions bien cela pour les dédommager de leur déconvenue, mais justice leur
a été déjà faite par le public, le juge en dernier ressort, qui sait, lui, toujours rendre à César ce qui appartient à César.
Prosper Poitevin.
YII
Matières premières. — Produits chimiques et pharmaceutiques.
l'eau de mélisse de m. boyer.
Comment l'eau de mélisse des Carmes estelle devenue la propriété de M. Boycrî Le
L'EXPOSITION UNIVERSELLE Dlî 1867 ILLUSTRÉE.
nionojiolo n'existe légalemenl aujourd'hui que sous la forme temporaire de brevet d'invention. Or, M. Boyer n'est pas l'inventeur de I eau des Carmes. Le précieux cordial est connu depuis le moyen âge ; cl les moines qui lui ont transmis la ■recette l'avaient peut-être reçue eux-mêmes de l'antiquité : car Pline iparle des propriétés merveilleuses de ia mélisse. C'est un miracle que la recotte de ce cordial, conservée à l'état de secret, ne se soit pas per- Idue; et nous n'avons pas à rechercher il quel titre M. Boyer l'a recueillie. Il nous suffit de constater [qu'il la possède; et qu'aucune conitrefaçon n'apu remplacer la marque Id'origine!
Tout le mérite de M. Boyer conisiste à avoir fait servir la science imoderne à rendre infaillible le Idosage dont il a le secret, c'est-à- Idire à fabriquer mieux et plus écomomiquement le mystérieux cordial iqu'on ne le faisait autrefois.
Certes, la chimie analyse admirablement tous les éléments qui composent une substance; mais [quand il s'agit des dosages, c'estlà-dire de la proportion et de la [quantité selon lesquelles des milliers de corps ayant les mêmes bases entrent dans la comibinaison organique, la ch saute à rien préciser.
Les plantes qui parfument l'eau des Carmes sont chimiquement des corps composés.
Par l'analyse, on en Idécouvre bien toutes les ibaaes simples , mais quand il faut ensuite les grouper pour nommer les plantes elles-mêmes, on ne sait pîus comment procéder. Là est la meilleure garantie du propriétaire do la recette.
Un exemplefera mieux saisir notre observation :
l'eau, nous le savons tous , est un composé d'oxygène et d'hydrogène, tenant en dissolution quelques sels calcaires; or, quoique l'on connaisse très-bien les éléments dont elle se compose, jamais on a reproduitartificiellement de I' eau semblable à celle de nos sources" l'eau artificielle est fade, lourde, et certainoment beaucoup trop pure. L'eau de source est légère, douce, et possède une certaine saveur indéfinissable dépendante du sol, du climat et de la situation géographique.
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EAU DE MÉLISSE DES CARllES DE M. BOYER. (Voir page 252.)
□ imie est impuis-
11 en est de même pour l'eau des Carmes; la nature du terrain, la culture des plantes, l'époque de leur cueillette, leur préparation, leur distillation, tout donne lieu à des qualités que l'on est impuissant à contrefaire. Le
LES PETITS MÉTIERS. — LA FABRIQUE DE SATON PARFUMÉ. — Dessin de M. Gaildrau
parfum peut trahir le nom de quelques-unes des plantes employées, et on appellera eau de mélisse tout liquide qui en contiendra, mais ce ne sera pas de l'eau des Carmes ; pas plus que le haschich fait à Bicêtre ne sera le haschich fait dans l'Inde, ou l'eau de rose
française ne sera la célèbre essence africaine.
Est-ce la perfection des recettes chimiques dont se servent les Arabes qui fait leur supériorité? Rien n'est naïf comme leur laboratoire.
Il y a bien des cas où l'empirisme domine la science. On est appelé à constater souventles effets merveilleux de la médecine des sauvages, dont la pharmacopée est toute écrite au livre divin de la nature, dans lequel ils savent mieux lire que nous.
Or l'ancienneté de l'eau de mélisse des Carmes déchaussés de la rue de Vaugirard est un fait hislo rique ; et quoique le laboratoire des Carmes ne date que de 1010, il est certain qu'ils ont perfectionné dans ce produit quelque ancienne recette de l'Orient; du reste, l'instruction, concentrée jadis dans les cloîtres, y a développé le germe de presque toutes nos sciences modernes; en outre, les religieux, privés de tout autre plaisir, n'ayant que celui de la table, durent clierclier plus spécialement les digestifs et les antiapoplectiques, en vertu de l'axiome : Prima sibi, caritas; témoins la Chartreuse et la liqueur des Bénédicliiis; enfin , dans le moyen âge, les moines étaient les meilleurs médecins, leur prestige s'en augmentait, — ■ et peut-être aussi un grand nombre de leurs miracles en dépendait-il.
Quoi qu'il en soit, ce que les pratiques empiriques des Carmes nous apprennent sur les propriétés médicales de la mélisse , Pline et Galien l'avaient dit dans leurs livres, etla thérapeutique moderne le constate scientifiquement en lui donnant les titres de céphalique, antispasmodique, cordial, eniménagogue, diurétique, sudorifique, etc. Pour nous qui ne voulons pas parler grec, nous dirons simplement que l'eau de mélisse préparée suivant la formule primitive, qui exige une foule de soins, est un excellent cordial, très-favorable contre l'apoplexie, les maux de cœur, les atteintes cholériques et autres phénomènes produisaa t les mêmes effets.
En 1862, les jurys récompensaient ceprodoit comme possédant d'excellentes qualitéf médicales et hygiéniques; M. Bover a su
donner à sa fabricalion un essor nouveau en mettant au service de la formule originale les ustensiles dont dispose l'induslrie contemporaine.
Aussi a-t-il admirablement perfectionné la distillation, ce qui a pour conséquence immédiate une production plus rapide, et, ce qui ne surprendra personne, une consommation de plus d'un million de francs par an, dont un bon tiers provient de l'exportation.
A. CnniAC.
Les Petits métiers.