LA HESSE
L'électoral de Hesse-Cassel et le landgraviat de Hesse-Hombourg n'existent plus. La plume annexionniste de M. de Bismark les a rayés de la carte de l'Europe. Seul le grandduché de Hesse-Daimstadt subsiste encore, grâce aux relations de famille de sa maison princière avec le souverain de la Russie. L'ambition du ministre prussien a dû , pour un temps du moins, se détourner de la route qu'elle s'est tracée. Et f'rancuement c'est à regretter pour ce petit peuple qui n'aspire qu'à être entraîné dans la sphère de gravitation de la Prusse, qui n'est rien, abandonné à luimême, et qui serait peut-être quelque chose sous le protectorat d'une grande puissance
La Hesse rhénane forme la plus petite portion du duché, mais c'est aussi la plus peuplée et la plus industrieuse. Mayence, qui est la première forteresse de l'ancienne Confédération germanique, est aussi un port franc établi par Napoléon, et représentant l'unique commerce du pays. Les seuls objets intéressants exposés dans les galeries de la liesse, appartiennent à llayence.
Le pays est montagneux et peu productif et ne possède aucune industrie particulière qui soit pour lui une source de richesse.
Contrairement à ce que nous avons remarqué pour tous les pays de l'Allemagne, l'ameublement est exécuté en Hesse avec goût et élégance. En dehors des meubles en bois sculpté, on peut admirer des meubles de luxe, en bois de rose ou de palissandre, eonverls de velours ou de soie. La tabletterie en chêne, en ivoire surtout, occupe, elle aussi, une grande place, cl les objets en corne de cerf tapissent les murs d'une salle entière.
X'.inq ou six salles ne présentent aucun intérêt, et il nous faut aller jusqu'à la vitrine de M. Finck et parler des vins blancs du Rhin, du cru de Nierstein , pour trouver un sujet digne d'être mentionnél Les qualités 'de finesse et de bouquet de ce vin sont connues. 51. Finck prétend les obtenir en reculant les vendanges jusqu'au mois de décembre. C'est là un essai qu'aucun de nos viticulteurs n'a encore tenté.
LaHesse n'a rien exposé dans le groupe X, qui comprend les objets spécialement exposés en vue d'améliorer la condition physique et morale de la population. Triste conclusiiju !
J . L.lUlEïiT Lapp.
Le défilé de Glencoe , eu Écosse ,
PAR M. THÙMAS MILÏS RICHABDSON.
Dieu seul est grand, et Walter Scott est sou prophète !
^ Depuis que le monde est monde, peut être n'a-t-on jamais vu de romancier pareil à celui-la! Js dis romancier pour n'étonner personne. Je devrais dire historien, poêle, philosophe. Ce Saxon, qui se croyait Écossais, a tout vu, s'il n'a pas tout deviné. Il était chevalier normand au temps du brave Ivanhoe. 11 était bourgeois do Perth et croisa le ter avec Conachar. Il a chanté les psaumes avec Baifour de Burley, et il a vu, en grinçant de rage, le beau Claverhouse enlever au galop le pont de Botbwell et sabrer les puritains en déroute. Mais quelle fut son émotion lorsque,^ avec l'honnête et bonne Jeanie Deans, l'austère presbytérienne, il sejeta aux pieds de la reine Caroline et demanda la grâce d'Effie Deans !
Walter Scott a découvert l'Ecosse. Avant lui, ce n'était qu'un pays stérile, montagneux, parsemé de lacs et de bruyères, enveloppé de brouillards, où i\larie Stuart avait été reine. Avant JLirie Stuart, point d'Ecosse jusqu'au prince Cbailes-Ëdouard, le dernier de la race, qui brilla et passa comme un éclair dans la nue.
Après Culloden et l'assassinat des plus nobles familles d'Ecosse, les premiers Anglais envahirent le pays, et, la loi à la main, adjugèrent la terre au grand seigneur, chassèrent et exterminèrent les Highianders. Quelquesuns, pour ne pas mourir de faim, se vendirent à bas prix aux manufacturiers de Glasgow ; d'autres s'exilèrent eu Amérique.
Aujourd'hui l'œuvre est accomplie. Les Higblands sont vides. Où l'on voyait autrelois des hommes, on ne voit plus que des moutons. La grande tribu des Campbcll3 est éteinte. Mais le comte de Breadalbane, chef de la tribu, peut faire un voyage de trente lieues entre son château et la mer, sans quitter ses domaines. Son cousin, duc d'Argyle, le fameux Mae-Calîum More, a conquis de la même manière tout un comté.
-■iinsi périt l'Écosse héroïque, poétique et féodale. Les procureurs saxons l'ont tuée lentement, comme l'Allemand du Nord, l'hommeauxgranJs pieds plats etaux lunettes bleues, tue et remplace légalement le Hongrois et le Polonais. Cédant arma togai! Place aux clercs d'huissier! Parler, Jlac-Donald et Mac-Gregor; embarquez-vous, enfants de Diarmld ! vous êtes de trop sur la terre.
El cependant, par un rare bonheur, c'est parmi les procucrurs que l'Écosse a trouvé un historien. C'est un grelller demi-sa,xon, Walter Scott, qui fut son Homère et sonïite- Live.
Les peintres se précipitèrent sur l'Ecosse à la suiloile Waller Scott. Ce ciel toujours gris, sombre, mélancolique, ces lacs profonds, ces montagnes arides, cet!c terre dentelée où la mer entre par mille golfes, attirèrent les paysagistes. Le public se laseait des parcs trop bien fauchés et sablés, des jeunes fdies bien liabillées, qui montrent du même coup leurs longues et blanches dents et leur sourire. L'Écosse chantée par Waltcr Scott et Ossian devint à la mode comme la Grèce et l'Italie.
Ce mouvement, quoique ralenti, dure en-
core et méritait de durer. Il n'est pis une vallée des Higblands qui n'ait son histoire tragique, sanglante et presque son épopée. Chacun de ces rochers a bu le sang des hommes et vu l'éclair qui jaillit du choc des claymores.
Voyez, par exemple, le tableau de M. Thomas Miles Richardson, qui représente la vallce de Glencoe, à l'entrée d'un ravin, près du bord méridional du Locli-Leven (bras de mer qui sépare le comté d'Argyle du comté d'Inverness). Aujourd'hui, c'est un désert où
le berger, Ilighlander aux jambes nues, dernier débris d'une race éteinte, regarde tristemont paître les troupeaux du duc d'Argyle. Autrefois Mac-Jan, son grand-père, s'asseyait comme un égal à la table de Mac-Callum .More; et lui, s'il osait aujourd'hui franchir le seuil du château, il serait chassé par les laquais.
Le noble Mac-Jan n'est plus. Les Saxons ont tué par trahison ce chef puissant du clan des Mac-Donalds, qui gênait Argyle et Breadalbane. On n'aurait osé le saisir en plein
LK DÉFILÉ DE GLENGOU, paysage d'Écossc de M. lUchardson.
jour, au milieu des siens; on ie lit assassiner par les habits rouges auxquels il donnait l'hospitalité.
C'était au temps de Guillaume III, en 1692. Les grands seigneurs vvhigs, après avoir chassé Jacques II, poursuivaient ses partisans jusqu'à la mort.
Mac-Jan n'était partisan ni de Jacques ni Hn, Guillaume. Il n'obéissait qu'à luimême. Retiré dans la vallée de Glencoe, au milieu de montagnes inaccessibles, il ne sortait de sa maison que pour enlever, suivant la coutume des montagnards, les troupeaux
de ses puissants voisins Argylo et Breadalbane. C'était un homme des anciens jours, majestueux et vénérable comme Fingal à la barbe blanche , également incapable de trahison et de lâcheté, hospitalier surtout et généreux comme Céfar. Cette vertu lui coûta cher.
On lui demanda de reconnaître le roi Guillaume et de faire sa soumission. Le lier Mac-Jan ne répondit pas. Il avait déjà vu Charles I" remplacé par Cromwell, et Cromwell par Charles 11 et Jacques II, et ce dernier par Guillaume De tous ces gouver-
nements quelétaitle légitime? Eh! que lui in:porlait, à lui, Mac-Jan, soigneur de la vallée de Glencoe?
Malheureusement Argyle et Breadalbane, lassés de nourrir malgré eux le clan des Mac- Donalda, s'entendirent avec le maître do Slairs, ministre de Guillaume à Edimbourg. Un soir cent vingt soldats réguliers ( lutbils rouges) commandés par un Campbell, du régiment d'Argyle, nommé Glenlyon, se présentèrent à l'entrée du défilé de Glencoe; — celui-là même que représente le tableau de M. Thomas iMiles Richardson.
Ce Glenlyon avait marié sa nièce au fils de Mac-Jan. Il demanda l'hospilalité à son parent qui l'accorda sans défiance et le reçut dans sa chaumière avec nue magnificence seigneuriale. Le festin dura douze jours, et .Mac-Jan fit tuer pour ses hôtes les plus beaux - troupeaux de son clan. '
Enfin, le matin du x treizième jour, avant le lever de l'aurore, Glenlyon donne le signal du massacre. 11 entre dans la chambre du généreux iMac-Jan, et pendant * que le vieillard donnait ^ ses ordres pour Je repas, il le fait tuer par ses soldats. La femme de Mac-Jan est égorgée en même temps. Un des assassins, pour lui arracher plus promptementses bagues, coupa les doigts de la main droite avec ses dénis.
Trente Mac- Donald s, hommes, femmes et enfants, périrent ce jour là. Le reste, dispîrsé dans le village et averti par la fusillade, s'enfuit demi-nu dans la neige et périt presque entièrement do froid et de faim. Glenlyon et ses complices emmenèrent cent bœufs et deux cents chevaux. Ce fut le prix de l'assassinat.
Le crime demeura impuni. Argyle et Breadalliane ne furent pas inquiétés. Lemailre de Slairs, leur complice, continua de faire l'ornement de la cour du roi Guillaume ; les jacobiies d'Angleterre eux-mêmes ignorèrent ce qui se passait dans ce coin si sauvage et si reculé de TÉcosse; les deux fils de Mac-Jan, poursuivis et traqués dans les montagnes, et ne tachant même pas lire et écrire, ne purent pas plaider leur cause, même devant le public.
Leur clan a disparu.
r)3ux ou trois montagnards peut-être se souviennent encore que leur grand-père élaît un Mac-Donald, et que Mac-Callum More a fait assassiner Mac-Jan.
l'ar un étrange hasard, le nom celtique de la vallée de (îlencoe signifie : ca/Zcc des
l.e tableau de .M. Richardson représente le désert. Sur le devant, un montagnard, ap-
puyé contre un rocher, contemple d'un air mélancolique la roule mal frayée qui conduit au pont de Glencoc. Sous ce pont coule un torrent qu'on ne voit pas, mais qu'on devine, et qui se fraye péniblement sa roule à tra-
ture même, ne peuvent ôter au paysage son aspect sauvage et sombre. La tristesse de la nature pèse sur les hommes et sur les animaux eux-mêmes. Depuis la mort de iMac-Jan, la vallée de Glencoe n'est plus qu'un cimetière.
Non, Mac-Jan ne reviendra plus, ni Fingal ; et l'on ne verra plus sur la lande de Glencoe que la livrée des ducs d'Argyle. Les coqs de bruyère, les ducs et les laquais ont remplacé le clan des ,Mac-l)onalds.
.Alfiikd AsSOI.rANT.
l'IiTITS SUiTIEIiS : LA VA."iNERIE. — Dessin de M. Giiildrau
vers des blocs de rochers granitiques. .4u delà du pontla route continue, lentement escarpée, et contourne le pied de la colline. En face et de l'aulre côté du ravin sombie, se dressent des montagnes abruptes, dont le sommet est caché par les nuages. Ce sont les
PE'tlTS I METIERS : LES FLEURS EN ÉMAIL.
Dessin de I\L Gaildrau
Les Petits métiers.
LA VANNERIE FltANÇAlSE.
Le succès de l'Exf osiiion , après avoir hési!é entre divers groupes, s'estdéfinitivement fixé dans la galerie des machines, retenu par les élablissements, si curieux et si intéressants, consacrés au travail manuel. Je n'ai pas besoin de rappeler aux lecteurs de VF.xposilion Vtiiverselle Illustrée, que c'est à I initiative de M. Ilaas, à son intelligente et énergique persistance, que nous devons celle exposition sans précédents. Prêchantd'e.'vemple, et installant luimême une réduction microscopique de sa vaste usine, M. Haas a volontiers négligé ses propres intérêts pour donner plus d'éclat à l'exposition des exposants do son groupe.
M. Haas a trouvé dans la croix de chevalier la juste récompense de ses travaux et de son dévouement à une innovation franchement démocratique.
C'est, en eftèt, principalement parmi les fabricants en chambre que s'est recruté le per-
^uB s esi recrute le per
Higlilands. C est là qu'était la forteresse iia- sonnel de l'exposition du travail manuel
I':I17P pt ri H m -i I limi linn-i' ATun 1 .1 n I,. I
lurelle du brave et du malheureux Mac-Jan. Sur le pont se presse un troupeau de moutons. Une voiture gravit péniblement la route à l'extrémité du second plan. Mais ni ce troupeau ni son gardien, le mélancolique Highiander qui s'appuie au rocher, ni la voi-
Je n'en veux pour exemple que la vannerie française, exposition intéressante à divers points de vue.
Le public connaît les divers produits de cette industrie, les paniers de toutes formes et de toutes grandeurs, les corbeilles, les
L'EXPOSITION DNIVKRSELI.R l)K 1H67 ILLUSTKEE.
iiiillus |jOi'le-bouleilli-s, louU! celle série de charmants objets qu'on obtient ayee l'osier tressé. Au Champ de Mars, la vannerie Bne est seule représentée, c'est celle qui n'emploie que l'osier fendu, celle enfin qui ne fabrique que les objets légers, éléiiants, qui relèvent autant de la fantaisie que de l'utilité réelle.
Cette petite industrie, qui n'emploie ni mécaniques, ni moteurs ii vapeur, a cependant son imporîance. Son centre principal est à Origny en-Tliiérache, dans l'arrondissement de Vervins, et je vous étonnerai peutêtre beaucoup, en vous apprenant qu'elle emploie, bon an mal an, 20 000 ouvriers (hommes, femmes, enfants), qu'elle représente un mouvement d'affaires annuelles de plus de 4 millions, sur lesquels Ton 800 000 francs au plus sont affectés à la matière première, laissant plus de 3 millions comme salaires.
Le travail n'a guère lieu que l liiver, et les ouvriers peuvent, quand l'exige la saison, te livrer au travaux des champs. — Voyezvous cette industrie qui, loin de prendre à l'agriculture les bras qui lui sont si nécessair.is, leur donne du travail et de l'argent quand la terre se repose, et les laisse libres quand la terre les réclame? — Ici, pas d'ateliers, pas de patrons. Chaque ouvrier travaille en famille. Sept ou huit entrepositaires principaux achètent chacun le travail de 2000 ouvriers; une douzaine de maisons plus modestes se partagent le travail des autres. Les ouvriers restent donc maîtres de leur marchandise, maîtres de leurs prix, et peuvent s'établir, quand l'économie vient féconder leur travail- Ils n'ont à se pourvoir ni d'un métier coûteux, ni d'un local approprie. I n oouieau, de l'osier et de l'adresse, — voilà les seuls outils indispensables. On aessayé de fendre l'osier mécaniquement, mais, jusqu'à présent, toutes les tentatives ont échoué, et le travail est resté purement manuel.
Pour ne compter les millions que par unités, la vannerie n'en est donc pas moins digne d'attention.
Un des principaux entrepositaires, M. Brizet, qui a déjà obtenu la médaille de 1" classe en 1855, a organisé au Champ de Mars uri atelier où vingt ouvriers sont venus de Vervins donner aux visiteurs un aperçu du travail qui enrichit leur arrondissement. Les sacrifices que s'est imposés M. lirizct pour donner à cette exposition le développement convenable, l'élégance de ses produits, leur supériorité déjà consacrée par une haute récompense, permettent de prévoir que le jury de 18G7 voudra confirmer la décision du jury de 1 855.