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.4 ces causes inhérentes à la matière sur laquelle opère l'industrie lyonnaise, viennent se joindre des causes politiques, économiques et sociales qui ont atteint toutes les industries de luxe en général.
La guerre d'Amérique, demauvaises récoltes en céréales, une crise financière, enfin la guerre d'Allemagne ont successivement arrêté l'essor de toutes les affaires; l'industrie des soies et des soieries, déjà si éprouvée, devait plus que toute autre subir le contrecoup de la crise européenne.
Puis, le goût des ameublements à bon marché et de qualité inférieure, des vêtements confectionnés, du clinquant sans confortable, a pris peu à peu la place d'autres habitudes.
On ne peut le dissimuler, il se produit dans les objets de luxe une sorte de révolution. On ne recherche plus le luxe lui-même, on se contente de ses apparences, on veut produire de l'effet, mais à bas prix, et dés lors on achète des semblants , des imitalions, de l'artificiel, des étoffes inélangées, et de même qu'on a remplace l'argenterie parle ruolz, entend àremplacer les tentures et les étoffes de soie par les colonnades de Rouen et de Mulhouse.
Telles sont les causes générales qui atteignent l'industrie des soieries.
Entrons maintenant dans l'examen de quelques causes particulières spéciales à l'agglomération lyonnaise qui aggravent encore la situation.
L'organisation du travail, à Lyon, est défectueuse et demande une prompte réforme.
Le fabricant de Lyon n'a ni matériel ni travailleurs. \\ donne des pièces ourdies et de la trame à de petits industriels possesseurs d'un ou de plusieurs métiers.
Il y a déjà dans ce fait violation de toutes les lois économiques : surcharge de frais, allongement àe travaux, quelquefois inexécution des ordres du fabricant, défaut de surveillance, transbordements inutiles, etc. Ce n'est'
pas tout encore. Le chef d'atelier qui reçoit le travail de première main ei qui, par le fait, se trouva être une sorte d'entrepreneur, a sous ses ordres des sous-entrepreneurs ou compagnons, qui font marcher les métiers et se chargent du travail en seconde main. Cependant l'entrepreneur, qui ne prend aucune part au travail, partagera avec le sous-entrepreneur le prix alloué par le fabricant.
Cette multiplicité de rouages et d'intermédiaires entre le véritable productnir et l'acheteur, doit augmenter, dans une proportion notable, le prix de l'article livré au corn merce.De plus, le fabricant, le chef d'atelier, le compagnon ne sont liés entre 'eux par aucun traité, par aucun intérêt durables.
Le compagnon quitte un chef pour un autre, dès qu'il trouve chez cet autre une rémunération plus avantageuse ; à son tour, le chef d'atelier quitte un fabricant dès qu'il trouve intérêt à confectionner une pièce plutôt qu'une autre. De là des retards, des demandes exagérées de prix; de là parfois impossibilité, pour le fabricant, d'obtenir une exécution de commande, quand même cette commande est de médiocre importance soit pour la qualité, soit pour la quantité.
Un tel état de choses n'a pu s'établir sans causer de grands préjudices au commerce de Lyon.
Les fabricants ont dû rechercher des conditions plus favorables à leurs intérêts, en dehors de l'agglomération lyonnaise, et alors ils ont porté leurs comman jes à lacampagne, à des chefs d'ateliers ruraux qui, pouvant exécuter à plus bas prix que les ouvriers de la ville, sont parvenus à faire une grande partie du travail qui était exécuté auparavant par les canuts lyonnais.
Ajoutons que ce travail de campagne, autrefois limité aux étoffes unies, accapare déjà les étoffes façonnées: L'ouvrier tural donne le façonné à plus bas prix, mais il le rend défraîchi, peusans doute, mais suffisamment pour faire préférer les produits anglais exécutés promptement dans des usines bien montées et pourvues d'un personnel considérable.
Espérons que des hommes aussi intelligents que les Lyonnais, ouvrierSjCabricants, commerçants, parmi lesquels la France compte des notabilités européennes, comme M.M, Arlès-Dufour, lirossette et autres, comprendront tout ce qu'il y a de défectueux dans le régime dont nous ne sommes pas les premiers à signaler les vices et qu'ils sauront modifier les pratiques anciennes, comme on l'a fait ailleurs pour le travail du lin, du chanvre, du coton et de la laine, en vue de lutter contre la concurrence étrangère. Lyon fossède de grands capitaux et de hautes intelligences industrielles, La reforme n'est pas au-dessus de ses forces.
Quant à la maladie des vers à soie, il est bon de constater qu'elle n'existe plus en Algérie depuis quelques années, et l'Algérie est
une terre française comme les communes de la vallée du Rhône. Le^ mûriers y prospèrent. Déjà des Lyonnais, M.\L Arlès-Dufour, Philippe, Ponson, Brossette, Gaillard- Germain et autres, possèdent dans notre colonie de grandes et belles propriétés. Que ce t exemple soit suivi par d'autres, et bientôt Lyon ne sera plus obligé d'aller chercher à l'étranger une matière première altérée.
Disons, pour terminer, que la gravure que nous donnons représente les vitrines des principaux exposants de l'industrie lyonnaise dans lesquelles brillent les magniques étoffes de MM. Schulz et Béraud, Lamy et Giraud, Laboré et Barbequot, Caquet Vauzclle et Cûle, pour les étoffes façonnées, mêlées d'or et d'argent; Mathevon et liouvard, pour les façonnés meubles; Grand frères qui ont exposé des rideaux exécutés pour S. M. l'Impératrice; L. Vanel et Cie, pour les ornements d'église ; Sève et Cie, Jules Gautier, pour les velours ; Bonnet, Ponson, Million, pour les unis, etc.
Maigre la critique que nous avons faite, l'exposition de Lyon atteste que son industrie, restant parfaite, peut redevenir pro.spère.