‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 62 sur 134 · L. GLii:vniAi;o · texte numérisé non relu

L. GLii:vniAi;o

Le Portugal à l'Exposition.

(Siiile.)

La richesse du Portugal consiste dans les productions du sol et dans les ressources minérales que renferme le pays, ressources peu exploitées, il est vrai, jusqu'à ce jour, par suite de la difficulté des voies de communication et de la rareté des capitaux, mais à l'égard desquelles l'examen des échantillons exposés permfet d'augurer un brillant avenir.

Voyez ce magnifique bloc de pyrite de fer cuivreuse, provenant de la mine de Saint- Domingos ; ces pyrites cuivreuses, ces échantillons de fer, de blinde, de galène, ne prouvent-ils pas que, sous le rapport des richesses minérales, le Portugal n'a rien à envier aux autres pays'?

Le Portugal contient aussi plusieurs mines de charbon; celles de Buarcos, près de Kigueira, exploitées depuis le quatorzième siècle, et de San Pedro da Cova, dont la découverte ne remonte qu'à 1802, offrent le meilleur rapport. L'établissement du chemin de fer entre Lisbonne et la frontière d'Espagne a permis l'exploitation de plusieurs gîtes de combustible minéral dont il n'avait pas été possible jusqu'alors de tirer parti.

Dans la nef des machines sont exposées des colonnes, des plaques et une baignoire de marbre qui méritent de fixer l'attention; ces marbres ne sont pas moins remarquables par la finesse du grain que par la grande variété des couleurs; ceux de Cintra sont bleus,

ceux des environs de Mafra rouaes et jaunes. La montagne de Serpa, dans rAlemlejo, est tout entière formée d'un marbre Liane admirable; c'est dans les carrières d'Estremoz que l'on trouve le marbre noir, vert et blanc qui a fourni les belles colonnes de l'Escurial. Partout les gîtes sont à fleur de terre et présentent une ffrande facilite d'extraction. Il ne

manque que des routes pour que le Portugal n'ait rien à envier sous ce rapport à l'Italie.

Ne passons point sans jeter un coup d'œil sur ces meules ; extraites des carrières de Figueira, de Coïmbre et de Leiria, elles sont envoyées à Porto pour l'exportation; les unes, en granit très- fin, servent à écraser le maïs;

les autres, en calcaire, à broyer le blé, le seigle et les autres grains.

Ces écbanlillons de stl proviennent des marais salants ou marinbas établis sur toute la côte de l'Océan, ainsi qu'aux embouchures et sur les bords du Sado, du Tage, du Blondeigo, du Douro et des autres tributaires de l'Atlantique. Les sels de Setubal sontprécieux

li.VFOslTlÛ.\'.DliS SOIlilDlib . DE LVUi\.a~ Ijcabiii ac M. L.uicciot.

pour les salaisons des pècberies ; ceux de Lisbonne, plus légers et plus menus, sont accaparés presque en lolabté par les Anglais, tandis que ceux des Algarves, moins ajiprèciés, sont réservés pour la consommation du royaume.

Mais le principal élément de la ricbe.sse du Portugal est, sans contredit, la fertilité du sol, et, sans parler des produits coloniaux renfermés dans l'annexe du Parc, nous ne craignons pas de dire qu'on ne sanrait ren-

contrer dans tout le Palais une collection comparable à celle que possède le Portugal. Il faut que le sol, dans ce royaume, soit doué d'une puissance de végétation admirable pour donner de pareils produits avec les procédés de culture employés. Le peuple des campagnes, pauvre, ignorant et obstiné, tient à sa routine séculaire. La boue et une charrue de forme primitive sont à peu près les seuls instruments aratoires qu'il connaisse. Le labour se fait avec des taureaux ou des bœufs

altelés par couples ; les engrais naturels sont encore presque uniquement employés, bien qu'une compagnie se soit formée pour la préparation et la propagation des engrais artificiels. Quant aux inventions modernes, les irrigations, le drainage, le nom même en est complètement inconnu au paysan de cette contrée.

On cultive en Portugal le froment, le seigle, l'orge, l'avoine et le maïs, ainsi que les principaux légumes secs, la pomme de terre,

L'EXPOSITION UNIVERSELLE nE 1 867 ILLUSTIiEE.

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le riz, el les fruits, plus grande quantité de froment est produite par la province d'Alemtejo et dans l'Estramadure. Les provinces de ïraz-os-Montes, de la Beira et du Minho récollent le plus de seigle. L'avoine est presque exclusivement cultivée dans l'Estramadure et l'Alemtejo; elle sert à nourrir les vaches dans les étables. Mais de toutes les espèces de

graines, celle qui joue le plus grand rôle dans le régime alimentaire du pays, c'est le maïs, qui réussit dans toutes les terres. Réduit en farine, il forme la principale nourriture des classes inférieures; ou bien on le donne aux chevaux et aux mules.

Enfin ses tiges et ses feuilles sont un excellent fourrage pour les vaches, et de sa paille on fait du papier, des matelae, des tresses, des nattes et des chapeaux.

Aussi la récolte du maïs est-elle, dans le Portugal, une véritable fête populaire. Après avoir fauché le maïs, on l'amoncelle dans un champ voisin de la ferme; on invite ses amis et ses parents pour le soir, et ce serait une injure de manquer à l'invitation. Quand toute la société est réunie, les femmes s'assoient par terre en ligne et s'occupent à séparer de la paille l'épi du maïs qu'elles jettent dans des corbeilles; les corbeilles son; portées dans l'aire par les hommes. Ce travail est égayé par les violons et les

guitares, et dans la province du .Minho, par des chansons improvisées empreintes d'une verve et d'une gaieté surprenantes. Les péripéties ne manquent pas à ces fêtes: le paysan assez heureux pour trouver un épi de maïs rouge, a le droit d'embrasser celle des femmes présentes qu'il choisit; le vin coule pendant tout le temps à discrétion, et la soiiée se termine par des danses qui durent souvent jusqu'au matin.

Les légumes sont l'objet d'une cuUure productive dans toute la vallée duTage, qui fournit de grandes facilités d'irrigation et de débouché; les pois, les fèves, les haricots surtout, dont l'Exposition nous montre plus de cent espèces, en un mot, tous les légumes secs, sont cultivés de préférence par le paysan portugais, dont ils constituent la principale nourriture.

EXPOSmO.N LU PORTUGAL. ~ D.Hsi,, de Al. Uy.kd.asch,

La pomme de terre est naturalisée dans toute les parties du royaume. La culture du riz, qu'on trouve sur toutes les tables, qu'on accommode de mille façons différentes , et sans lequel un dîner ne serait jamais qu'un repas, la culture du riz, disons-nous, a pris une certaine extension dans l'Estramadure, sur les terres noyées des bords du Tage, ainsi que dans la province de ISeira. Dans ces dernières années, elle a été hcureuseTient

propagéedansl'Algarve, grâce à l'inlelligenlc initiative du marquis de Loulé, quia converti une partie des vastes terres qu'il y possède en rizières.

Les oranges, .les citrons, les cédrats sont communs dans le Portugal; c'est à Setubal qu'on trouve les meilleures tangerines ou oranges du Maroc, importées des environs de Tanger par les Portugais du temps où ils dominaient cette partie de l'Afrique; elles ont comme forme et comme goût une grande analogie avec les mandarines.

Mentionnons enfin les olives que le pays produit en grande quantité.

Maintenant que j'ai apporté mon tribut d'éloges à cette belle collection de produits, que j'ai constaté tout l'intérêt qu'elle présente pour les hommes spéciaux, et établi qu'elle a été l'objet d'un rapport spécial dé la part du jury, je puis avouer que, malgré son mérite, elle offre infiniment moinsd'attraiispour la masse des visiteurs que la collection des vins places vis -à-vis,et que dans cette situation qui devait avoir la concurrence pour conséquence forcée, les bocaux n'ont pas eu précisément l'avantage sur les bouteilles. Mais aussi que de séductions renferment pour l'amaleur ces longues files de Hacons effilés, ventrus, poudreux, recouverts d'étiquettes dont les noms seuls sont pleins d'alléj chantes promesses ! Il est regrettable seulement nn'il faillp. s'en fpnir. I.,

lement qu'il faille s'en tenir à la vue et qu'il ne soit pas possible de faire plus ample connaissance avec cette nature de produits pour lesquels la dégustation est le complément indispensable d'un examen consciencieux. Eh bien ! tout imparfaite que soit celte étude, je conseille aux visiteurs de ne pas la négliger. Elle révèle l'existence d'une mullitude de vins parfaitement in-

L'EXI'OSITIOIN UNIVERSELLE DE 18(57 ILLUSTHÉE.

connus , très - estimables pourtant et qui jouent un grand rôle dans la consommation intérieure du pays. Quand on parle à un étranger de la production vinicole du Portugal, il pense immédiatement au Porto, et je suis convaincu que bien peu de caves en France, en Angleterre, et en Belgique renl'erment du carcavellos, du colarcs ou du lavradio.

Presque toutes les parties du continent portugais produisent des crus différents et de bonne qualité. Cette branche de la richesse agricole paraît d'ailleurs susceptible d'une extension bien plus grande encore. 11 sul'lirait de planter en ceps un grand nombre de coteaux entièrement négligés jusqu'à ce jour, pour les transformer en excellents vignobles.

La vigne est généralement cultivée sur les pentes tournées vers le sud, de manière à ce qu'elle reçoive les rayons du soleil; les terrains placés dans le voisinage des cours d'eau et même de la mei' sont préférables, la chaleur humide étant considérée comme trèspropice à la vigne.

La plantation se fait au mois de février. Les ceps ne commencent à donner qu'à laquatrième année, et leur production est complète à la cinquième. Les vendanges ont lieu en septembre et sont toujours l'occasion de fêtes et -de réjouissances. Pour faire le vio, on écrase le raisin en le piétinant; l usage des pressoirs est encore peu répandu.

La contrée qui produit les vins connus sous la dénomination générale de porto, parce que c'est là qu'ils sont livrés à l'exportation, s'étend, à environ quinze lieues de cette ville, sur les deux rives du Douro, dans les provinces de Traz-os-Montes et de Beira. Parmi ces vins, les plus légers proviennent de vignes originaires de la Bourgogne, les autres se rapprochent de nos vins de l'Ermitage, bien qu'ils soient plus forts, plus cliargés en couleur et fortement additionnés d'alcool. D'ailleurs, les nuances du vin du Douro sont trèsvariées et comprennent toutes les îeinles, depuis le blanc jusqu'au noir foncé.

C'est la Grande-Bretagne qui l'eçoit la plus grande partie des vins de Porto; le reste passe dans les colonies anglaises, aux Etats- Dnis qui consomment le vin de deuxième qualité, très-foncé et un peu doux, au Brésil et dans les pays du nord de l'Europe, auxquels est réservé le vin vieux, pur, transparent et léger autant que sa nature le permet.

Le vin destiné àla consommation intérieure est généralement âgé d'un an ou deux, pâteux et épais, mais agréable, excepté dans les provinces du centre, où il est importé, à dos de mulet, dans des outres qui lui donnent un goût détestable de goudron. Pour la distillation, on emploie les vins qui ne sauraient servir avantageusement à un autre usage.

Il nous reste à parler des autres vins du Portugal. Dans leMiriho, on doit mentionner

les produits vignobles des bords du Lima et du Monçâo, dont le commerce florissant autrefois a depuis longtemps perdu son importance. Dans la province de Baira, le vin se rapproche beaucoup du bourgogne et se conserve longtemps, préparé avec de l'eau-devie. L'Estramadure produit, outre des vins mousseux rappelant le Champagne, des vins secs et doux dont les plus estimés sont ceux de Carcavellos, de Lavradio et de Colarès, le bucellas et le fojal blancs, le muscat de Sctubal, les crus des environs de Cintra, de Charucca, de Torrès-Vedras, de Thomar et de Santarem, enfin le vin du Terme ou de la banlieue de Lisbonne. Les vins de l'Algarve ont de l'analogie avec les vins des côtes méridionales de l'Espagne, principalement avec le malaga et l'alicante. A peu près inconnus au delà des limites de cette province, on les réserve pour en faire de l'eau-de-vie. Enfin, nous ne ferons que citer les nombreuses contrefaçons du vin de Madère, auxquelles les dilTérentes provinces du royaume se livrent avec succès.

J'ai terminé la revue de l'Exposition portugaise, et je n'hésite pas à communiquer à mes lecteurs le résultat de mes impressions. Il est incontestable que le Portugal marche à des destinées meilleures, comme le démontre un écrivain, M. Terceïra de Vasconcellos, dont l'ouvrage, écrit en français, est plein d'aperçus nouveaux et de vues élevées. Le progrès, dans ce royaume, ne doit plus y être considéré comme une utopie, et en se manifestant par des faits, il est entré dans le domaine de la réalité. L'impulsion est donnée ; le mouvement ne s'arrêtera pas si le gouvernement et l'esprit public s'accordent pour le diriger avec intelligence. Une fois décidé à tirer parti des ressources dont il dispose, à arracher à la cupidité étrangère les richesses que la nature lui a si absolument départies, le Portugal tient son avenir entre ses mains.

Raoiii. Ferrèhe.

Le Tabac.

J'entends quelquefois répéter que le tabac est fort cher et que l'impôt dont on le grève frappe lourdement le peuple. Ces plaintes tout injustes, car de tous les impôts qui figurent au budget, celui que supporte le tabac est le plus légitime : nul n'est tenu de le payer. Pourquoi fumer, pourquoi priser, pourquoi chiquer? est-ce donc là choses si ragoûtantes, et ne vaudrait-il pas mieux s'abstenir? J'ajoute que le tabac renferme, un poison, la nicotine, qui finit toujours par être nuisible à ia santé, et surtout à l'intelligence, bien qu'on ne l'absorbe que par doses infinité-imales.

Mon but n'est point de refaire ici l'histoire de cette plante. Je dois me borner à dire comment elle se cultive en France et les avantages qu'elle procure à l'économie rurale.

L'Alsace et la Flandre sont les deux provinces où on la cultiva d'abord. Son introduction remonte à deux siècles. Aujouri'hui les deux départements du Bas-Rhin et du Nord sont les plus forts producteurs de tabac; ils fournissent les deux tiers de l'approvisionnement de la régie, et seuls ils exporicnt des feuilles.

Le sol, le climat, la culture et la fabrication donnent la qualité au tabac. Le plus estimé en France est celui du Lot, trèspropre à faire des poudres, il rappelle les provenances de la Virginie. Le climat contribue beaucoup à la finesse du produit. Le soleil des îropiques donne aux cigares de la Havane le parfum qui Ijs distingue. Ajoutons que le climat n'etl pas tout, et qu'il faut grandement tenir compte des procédés de fabrication.

Après le I^ot, je dois placer l'arrondissement de Saint-Omer (Pas-de-Calais) dont les produits sont surtout propices à la fabrication des tabacs à fumer; ils ont do l'analogie avec ceux du Bas-Rhin. Les feuilles récoltées dans la basse Alsace concourent très-avantageusement à la confection des cigares ; mais elles doivent être mélaugées avec des sortes supérieures. Ce qui les distingue surtout c'côt le bas prix auquel les cultivateurs alsaciens peuvent les livrer. Avec les rebuts, la régie fabrique des tabacs de cantine qui défient toute espèce de contrebande.

Les engrais exercent encore une certaine influence sur la nature du produit. Dans llle-et-Vilaine, où jadis on fumait beaucoup, on n'obtenait que de larges feuille», aux épaisses membrures qui se séchaient difficilement et ne dunnaientque des tabacs imparfaits.Eu réduisant la dose du fumier et en plantant plus dru on a pu corriger tous ces défauts. Dans le Bas-Rhin les planteurs avaient autrefois peu de soin pour leur culture. Souvent, après la cueillette, la récolte était iiumide, p'ius ou moins avariée, il y avait bien peu de feuilles qui ne fussent point atteintes. Depuis lors, les planteurs sont devenus plus diligents; ils sècheut mieux leurs feuilles, les conditionnent avec plus de soin, et en définitive ils les livrent mieux appropriées aux emplois de la régie.

Il faut aussi tenir compte du retour trop fréquent de la plante sur le même terrain. Cet abus fatigue le sol, dont les produits se trouvent alors incomplets; on ne viole point ainsi la loi si sage des assolements. Il serait donc convenable que l'administration fît de temps à autre sa répartition sur des terres encore vierges; sous ce rapport les produits y gagneraient en qualité, mais ces changements mettraient la régie en présence de cultivateurs dont l'éducation serait

à faire. Or, comme des procédés de culture dépend la valeur du produit, pour éviter un inconvénient on tomberait dans un autre.

Le monopole que le gouvernement exerce sur la vente du tabac, l'a conduit à limiter ce genre de culture; elle n'est permise que dans un certain nombre de départements, et sous les conditions exprimées par la loi du 28 avril 1816. Cette loi reconnaît deux sortes de cultures, l'une dont les produits sont destinés à l'approvisionnement de la régie, l'autre à l'exportation. De nombreux règlements établissent les sujétions auxquelles les planteurs de chacune de ces catégories doivent se soumettre. Ces détails seraient l'astidieux; mais toujours est-il que, malgré toutes ces entraves, bon nombre de départements sont en instance auprès de l'administration pour être aulorieés à cultiver le tabac.

Ceci tend à établir que cette plante peut, avec avantage, entrer dans les assolements, et qu'elle doit y jouer un rôle utile. Depuis la réforme commerciale inaugurée par le traité de commerce avec l'Angleterre, l'agriculture est en voie de transformation. Au lieu de produire presque exclusivement du blé comme il le faisait jadis, le fermier doit élargir son assolement et entrer dans le domaine des plantes industrielles. Le tabac appartient à cette catégorie et prépare admirablement le sol à la production des céréales. En augmenlant le rendement des céréales, le tabao en diminue le prix de revient, ce qui ] permet de mieux soutenir la concurrence I étrangère. Donc, le gouvernement doit, par I tous les moyens en son pouvoir favoriser la I culture des plantes industrielles et notam- ) ment celle du tabac. Toutefois, je le répète, I comme cette culture entraîne une surveil- I lance constante, elle doit se renfermer dans ( de certaines limites.

On peut me répondre que si la production ; dépassait les besoins de la régie, l'esportalion resterait toujours comme suprême recours. Mais l'exportation n'est possible qu'aux :départements frontières, tels que le lias Rhin et le Nord. Pour se rendre à l'Étranger, l-s feuilles de ces deux pays n'ont que très-peu Ide chemin à faire; par conséquent ne supiporlent que très-ppu défiais de transport. En serait-il de même des produits de nos "départements situés au centre de l'Empire? Les frais qu'ils auraient à supporter sont un ob stacie à l'exportation; au^si les planteurs préfèrent-ils s'abstenir. C'est pourquoi la régie bride chaque année les résidus qui ne sont pas de recette. C'est là une perte dont personne ne profite et qui augmente le prix de revient des feuilles marchandes. Mais aussi dure que puisse paraître cette extrémité, la loi le veut et il n'y a pas moyen de s'y soustraire.

La régie n'emploie à la fabrication qu'une partie des tabacs indigènes. Elle achète des l'euilles aux États-Unis du Sud, et des cigares à la Havane. La Virginie et le .Maryland

donnent des produits qui se mélangent trèsbien avec les nôtres. Les cigares de la Havane ont un parfum qui convient à nos consommateurs. La régie a donc des trailés avec des manufacturiers de l'île de Cuba, qui sont ses fournisseurs.

Le tabac se cultive sur une très-grande échelle dans 1 île de Cuba. Comme l'esclavage existe encore en ce pays, c'est une culture abandonnée aux nègres. La gravure qui accompagne cet article, en représente les principales scènes. Les crus les plus estimés se récoltent sur les bords de certaines rivières qui, chaque année, sortent de leur lit et enrichissent leurs bords de limons réparateurs. A raison de leur provenance, on appelle ces crus tabaco dirio. A l'extrémité ouest de l'île, on récolte le vuella-abago, qui, dit-on, est le nec-pliis-uUra du genre.

La culture du tabac et la fabrication des cigares sont la principale richesse de l'île de Cuba. Les cigares se vendent sous le nom de la Havane, parce que c'est dans cette ville que se trouvent les principales manufactures de tabac, et de ce port que se font à peu près toutes les expéditions. D'après une statistique remontant à t) années, la production était alors de ."lOO millions de kilos. Les exportations, à la même époque, se répartissaient de la manière suivante : Asie, 200 millions de kilos; Europe, l 'lO millions de kilos; .Vmérique, 120 millions de kilos; Afrique, 12 millions de kilos; Australie, :i ,500 000 kilos.

La France et l'Algérie fournissent à la régie 35 millions de kilos de tabac de toute sorte. A ces chiffres , il faut ajouter les feuilles qu'elle importe en assez grande quantité des États-Unis d'Amérique et jadis de l'Egypte, puis les cigares, dont ceux de la Havane constituent la plus forte proportion. La régie possède 14 manufactures dans lesquelles les tabacs se préparent. Ces établissements cèdent leurs produits aux entrepositaires, et ceux-ci les répartissent entre les débitants. La régie fa^t aux débitants une remise de 15 0/0 sur les prix de vente dans les entrepôts. Les débitants ne peuvent vendre qu'aux prix déterminés par les lois et règlements. La recette brûle sur les tabacs dépasse 200 millions; en déduisant de cette somme les frais d'achat, de fabrication et de remise aux entrepositaires et aux débitants, il reste au trésor environ l 'lO à 1 50 millions, ce qui est un beau denier. Jamais impôt plus équitable, puisque chacun le paye volontairement. Si avec une série de monopoles comme celui des tabacs, l'État pouvait se faire 2 milliards de recettes, ce serait pour bon nombre d'économistes l'idéal du mécanisme financier.

•Iacques Valseures.

CHRONIUUE.

Paris, I'( octnhre.

S. A. le gr.ind-duc régnant de Bade vient de nous apprendre que le mot télégraphe est français; car, par un acte souverain, il interdit ce mot dans ses États, et lui substitue un vocable germanique. Ah ! nous avons là un terrible voisin; et nous n'avons qu'à nous bien tenir, comme on dit. Voilà la seconde fois qu'il daigne nous faire part de sa rancune, depuis qu'il est venu manger le pain de notre hospitalité.

Si quelque chose a pu lui déplaire dans notre réception, il n'a nul besoin de nous envoyer son ultimatum; nous lui faisons d'avance nos très-humbles excuses.

C'est ainsi pourtant que, sans y prendre garde et sans le savoir, nous nous créons des inimitiés dans le monde. 11 nous inilige là un bien rude châtiment, S. A. le grajid-duc de Bade, pour une faute inconsciente. Pourvu qu'en débaptisant le télégraphe de son nom trançais, il ne s'avise pas d'en couper les fils !

On nous demande si décidément l'Exposition déménagera au ;il octobre. Quoique le Moniteur ait parlé, on ne veut pas croire à celte échéance.

Les recettes varient aujourd'hui de ,30 à 40 000 fr., et il n'est pas probable qu'elles dmiinueraient sensiblement au mois de novembre, si l'installation du Champ de Mars était maintenue. Les bonnes d'enfants rempliraient seules le jardin réservé, ne fût-ce qu'à cause du voisinage de l'École militaire, près d'un square gardé.

Si nous parlons pour le maintien du Champ de Mars, tel que l'Exposition l'a transformé, c'est bien contre notre intérêt propre; car noire publication se vendra d'autant plus que les derniers vestiges de l'Exposition de 1867 auront disparu, puisque c'est chez nous qu'il faudra venir heurter pour les retrouver.

Mais nous avions rêvé pour Paris un avenir d'entrepôt international, dont le Champ de Mars seul peut lui assurer le privilège. On n'en veut pas; n'en parlons plus. Ah! si le roi le savait! comme on disait autrefois.

Ce que nous ne voudrions pas, par exemple, c'est que, en maintenant le Champ de Mars dans ses installations actuelles, on y maintint également le régime de i églementation qui y règne. On y a tellement multiplié les privilèges et les monopoles, qu'ils s'enchevêtrent les uns dans les autres, et qu'ils se dévorent entre eux comme les rats dans une souricière.

Nous avons eu le procès des chaises : nous avons le procès des concerts, sans compter le menu. Il y a donc aussi un monopole de concerts, comme il y a un monopole des

chaiEcs? Elil mon Dieu, oui. De quoi n'a t- on pas l'ait un monopole? Donc, au nom du mono- [ olc, on peutm'obligeràn'enlnedre au Champ de Mars que les chanteuses sans tréteaux et sans public; mais vous ne pouvez me donner le spcclacle de ces artistes hongrois ou bohémiens, dont la musique endiablée me ravit. Cela nuit à la clientèle des chanteuses sans

tréteaux protégées par une concession. Au diable les concessions qui produisent Je tels fruits !

Si l'on ferme le Champ de Mars aux artistes hongrois, je leur donne rendez-vous à Paris pour cet hiver: ils y feront fureur, surtout si l'empereur d'Autriche, leur souverain, vient consacrer leur succès par sa présence.

La cérémonie des récomj)en ses pour les deux groupes VIII et IX et pour la classe aura lieu, dit-on, le 3 novembre. C'est là que nous verrons défiler les agriculteurs, les jardiniers et les ouvriers chefs de métier.

C'est mon idée que dans un paya esîcnliel- Icment agricole et démocratiquement industriel, comme l'est la France, la première

récompense d'une exposition devrait être attribuée au cultivateur le plus méritant, et la seconde à l'ouvrier le plus habile.

Puisque le système des coopérateurs a prévalu dans la répartition des récompenses, je ne vois pas pourquoi certains patrons ne feraient pas concourir leurs contre-maîtres dans la classe 'J.5. 11 en est temps encore. Si les patrons suivent mon conseil, cela donnera b'en un surcroît de travail à nos confrères du

LE TABAC. — Dessin de M. de Katow.

jury pour la classe 9.J, mais ils ne s'en plaindront pas, je les connais. Et nous aurions, dans ce cas, sous la nef des machines, un regain d'activité et d'attrait qui ne manquerait pas de saveur.

J'ai rêvé mieux encore, on le sait: j'ai rêvé que la grande nef des machines serait livrée d'une manière permanente aux ouvriers qui louent très-cher la force motrice dans Paris, et qui l'auraient très-bon marché

au Champ de Mars, avec une économie de logement dont les embellissements de M. Haussmann les ont privés dans les autres quartiers de la capitale.

C'est un rêve qu'il m'est permis de caresser jusqu'au 31 octobre. Noua verrons bien ce qui arrivera le l" novembre.... Ah 1 si l'Empereur le savait!

Fn. Dtci'iNG.

Imprimerie générale de Ch. Laliiire, rue de Fleurus, 9, h Paria

L'EXPOSITION INIVERSELIE

PUBLICATION INTERNATIONALE AUTOR^LL PAR L\ [OMMIsslON niPLRULI

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ftDITEUIlS :

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Concessionnaire du Cafaioffue officiel, éditeur de la Commission impériale.

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RÉDACTEUR EN CHEF

m. F. DI'ClIINCi^

Membre du Jury international.

COMITE DE RÉDACTION

MM. Armand Dl'maresq, Ernest Dhéollf,, Moreno-Hf.nhiquez, Léon PLÉE, Aug. ViTU, membres du Jury international.

gOmiRE DE LA 48« LIVRAISON

Du 17 Octobre 1867.

1. les Pèlerins de Sainie-Odile, tableau de M. Brion (1 gravj, par M. Olivier Merson. — II. La Marqueterie

de marbre de M. la baron Triqucd (1 grav.)i pîii' M. Paul Beilet. — JII. Mu^ée rétrospectif : les Émaux (2 grav.), par M. Paul Bellet. — IV. La Bijouterie et la Joaillerie (1 grav.), par M. Prosper Poitevin. — V. Le Promenoir de la porte Suffren (1 grav.), par M. Fr. Ducuing. — VI. La Bue de Prusse (1 grav.), par M. Victor

Gosse. — VU. La Flotte nouvelle de f iance (3 grav.), par M. le comte de Castellane. — VIII. Les Eponges (I grav.}, par M, de la Blanchère. — IX. La Machine Balayeuse de M. Barthélemon (1 grav.), par M. A. Chirac. — X. Chronique, par M. Fr. Ducuing. — 12 gravures.

A)h«iiipv|,,fri « ' «fil

LES PELKHIKS LE SA^^TE-OrlILE, tableau de M. Brion.

Vol. II.

Beaux- Arts. — M. Brion.

LE PkLERINAGE DE SAINTE-ODILE.

Sainte Odile est !a patronne que révère l'Aisarc.

Elle était née aveugle. Si bien que son perc, le duc Adalric, n'avait point accueilli avec joie sa venue au nîionde. Loin de la; car, riche et puissant, il ne formait d'autre yœu que d'avoir un garçon sain Cv robuste auquel il pût laisser son immense fortune. Aussi la naissance d'une fille l'avait rais en fureur, laquelle redoubla quand il apprit, par surcroît, que la pauvre créature n'ouvrait pas les yeux à la lumière, ou, si elle les ouTrait, ne voyait absolument rien du tout. On le comprend.

Jurandes furent, en cette occasion, les alarmes de Berswinde, la mère d'Odile. C'est pourquoi l'enfant fut promptement éloignée de la maison natale, où il ne se préparait rien de bon pour elle, et confiée aux soins d'une nourrice discrète et fidèle. Cela se passait, n'oublions pas de le dire, au milieu du sep- -tième siècle.

Puis, au bout de quelques années, la nourrice, qui habitait le village de Schcrwiller, conduisit Odile en Franche-Comté, auprès de l'abbesse de Palma; et là, chose qui remplit d'admiration les gens naïfs du pays, habitués pourtant à toutes sortes de miracles, au moment où le saint évêque Erhard, assisté de son frère, saint Ilidulphe, ancien évêque de Trêves, lui administrait le sacrement du baptême, la fille d'Adalric se trouva tout à cou|) débarrassée de l'obscurité profonde dans laquelleelle avait jusqu'alors vécu : elle putjouir delabrillante clarté du jour. Oui, sur ce point la légende est formelle; Odile en un insîant fut guérie de la cccité dont il avait plu au Seigneur de l'aftliger depuis sa naissance.

Cependant Adalric avait eu plusieurs autres enfants, des garçons et des filles. Or, l'un de ses fils, nommé Hugues, voulant réconcilier son père avec Odile, la fit revenir en secret au. château paternel. Mal faillit lui en advenir , tant le fougeux Adalric d'abord goûta peu l'entreprise. Mais, grâce au ciel, peu à peu le calme se fit dans l'esprit de cet homme farouche, son intelligence s'illumina, son cœur cessa d'être sourd à la voix de la nature, et, vaincu à la fois par la grâce touchante et par l'ardente piété de sa fille, il adopta Odile et la chérit comme l'enfant de ses plus.tendres prédilections.

Dès lors il songea sérieusement à la pourvoir d'un époux digne d'elle et de lui. A quoi il ne réussit point. Non qu'il ne se présenlât à sa pensée quantité de barons et de comtes, voiie de ducs et de princes qui ousseni, sans doute, été jaloux de briguer son alliance ;

mais Odile coupa court à de pareils desseins en annonçant uu'elle avait résolu de se consacrer à Dieu, de suivre l'observance rigoureuse d'une règle monacale. On peut supposer que la déclaration ne plut guère à Adalric. .Néanmoins, comme i s'était radouci l'homme aux emportements terribles! il céda, et au lieu d'entraver la volonté de sa fille, il la favorisa en faisant construire, dans l'enceinte même de son château de Hohenbourg, un couvent magnifique qu'il dota avec une libéraUté vraiment royale. Enfin, après avoir léuni un assez grand nombre de jeunes filles de haut lignage, destinées comme elle à se i anciifier dans la retraite, Odile reçut de son père, eu même temps que le titre d'abbesse, l'investiture du domaine de Hohenbourg, cérémonit) qu'on fait remonter à l'an 690, et à laquelle assista saintLéger, évêque d'Autun et parent de Berswinde. Selon les uns, la sainte abbesse aurait cessé de vivre en 723, à l'âge de ()9 ans, en admettant l'opinion commune, qui la fait naître en G54; mais, selon d'autres, elle aurait vécu jusque vers 7(i3, auquel cas elle serait moi te plus que centenaire.

Quoi qu'il en soit, le monastère de Sainte- Odile existe encore. Des constructions primitives, il reste, il est vrai, peu de chose, des piliers ici, là des moulures, des arceaux fragmentés, et par endroits quelques dalles : l'incendie a dévasté Hohenbourg une douzaine de fois environ, des mains impies et sacrilèges l'ont, hélas ! souvent profané, pillé, saccagé. Mais ce qu'on en voit suffit pour donner l'idée de l'édifice au temps de sa splendeur, et les pèlerins et les touristes ne cessent de s'acheminer vers ces lieux renommés pour leurs beautés pittoresques autant que riches en souvenirs pieux et émouvants.

Principalement, c'est lors des fêtes de la Pentecôte que les pèlerins se rendent en plus grand nombre au monastère de Sainte-Odile; etlesalHigés d'ophthalmie vontàunefoniaine proche du couvent, dont l'origine est miraculeuse, et, à ce qu'on assure, l'eau souveraine. Peu ou point, dit-on, font appel à sa vertu, qui, sur l'heure, n'éprouvent un soulagement notable, parfois une guérison complète, llaisinfirmeset valides remplissent les chemins; ceux-ci viennent par Heiligenstein et Truttenhausen, ceux-là par Obernai etOttrott; animés d'une foi vive, ils le paraissent du moins, ils chantent hymnes et litanies, invoquent les saints et les saintes, et s'arrêtent aux carrefours de la forêt, retenus par l'un d'entre eux, expliquant à tous l'évangile du jour, ou bien racontant un acte admirable de la glorieuse patronne du pays.

Eh bien, voilà précisément le sujet d'un tableau que M. Brion a exposé au Champ de Mars et que M. Boetzel, avec son talent accoutumé, a reproduit pour nos lecteurs en une gravure vraiment digne d'éloges.

Certes ce tableau de M. Brion est un morceau remarquable, et les pèlerins d Alsace

ne pouvaient avoir un interprète pius fin dans ses études, plus loyal dans sa façon de traduira ce qu'il a devantles yeux: le peintre est naïf, ce qui ne veut pas dire qu'il fasse des paysanneries dans le goût de Berquin; il est réaliste, ce qui ne saurait signifier non plus qu'il soit maniaque, triste et morose. Groupés dans une clairière, au pied d'un vieux pin, qui porte une niche de madone, des femmes, des hommes et des enfants écoutent l'exhortation religieuse que leur fait un vieillard. Que de gravité sereine dans la pose de l'orateur ! Quelle attention soutenue dans l'auditoire! et l'aspect de cette forêt montuense et ravinée, aux profondeurs indécises, inquiètes et sombres, exerce une réelle séduction. En un mot, l'observation des caractères, secondée par une exécution franche et sincère, exempte de supercliei'ies, la couleur vive et même éclatante répandue sur la toile, l'attrait sauvage du site, l'intérêt des costumes etdes types, tout concourt au charme de cette agréable peinture.

Une réserve cependant. Chaque chose y semble travaillée avec un scrupule égal, et la même importance a été accordée aux figures et aux accessoires , Avec quelques sacrifices de détails, l'arliste serait arrivé, je crois, à plus de vie, à une plus grande intensité d'effet. Mais l'œuvre n'en atteste pas moins de sérieux eiîorts et réunit les curieuses surprises du trompe-l'œil à l'impression bien sentie de la nature.

Du reste, M. Brion a peint nombre de tableaux alsaciens; on connaît deluila.'Voce en Alsace, l^Bniédicilé, le Repas de noce, VEn[errement, et les yendanges, toile remplie de jeunes filles, la joue en fleur, la lèvre ouverte pour le rire. Toutefois il a plus d'une corde à ion arc, et comme après tout il n'a point fait serment de fidélité à un seul et même genre, il s'est permis, à l'occasion, de petites excursions dans le champ de l'histoire etdans le domainearchéologique. Bien lui en a pris : le Christ marchant sur les eaux est une composition tout à fait réussie, et lorsqu'elle parut au Salon de 1 863, je me souviens qu'elle fut un étonnement et une joie pour les amateurs. C'est comme le Siéi/e d'une ville par les Romains sous Jules César : la pièce est des plus intéressantes. Les savants aussi bien que les artistes s'en déclarent satisfaits. Une batterie de catapultes et de balistes occupent la majeure partis du cadre. Quels engins ! Quelles mnchi: es! Que de poutres et que de cordes ! Ajoutez que ces appareils formidables sont entourés de petits personnages bien agissants, bien vivants, bien romains surtout. On dirait autant de figures empruntées à la colonne Trajane ou détachées de l'arc de Constantin. 11 y a entre autres, sur le devant, un vieux soldat d'une physionomie très-crâne, avec sa chamarure de décorations et de médailles qui lui battent la poitrine.

Olivier Mebso.n.

Marqueterie de marbre de M, le baron Triqueti.

Dans le veslibule qui, du côté du Jardin central, termine la rue de Paris on s'arrête avec autant de plaisir que de surprise devant quatre grands tableaux de marbre d'un caractère sins;uUcr,

Après avoir admiré ce travail on se demande par quels procédés on a pu l'obtenir et de quel nom il convient de l'appeler. Ces quatre tableaux sont-ils des bas-reliefs? ils en ont quelques apparences ; sont-ilsdes mosaïques? on pourrait le croire également.

Ils ne sont cependant ni bas-reliefs, ni mosaïques, car le bas-relief est de la sculpture, et ces tableaux ne sont point de la sculpture; et la mosaïque se compose de cubes de couleur assemblés dans une couche de ciment, or ces tableaux ne sont pas obtenus par un tel procédé.

Le nom qu'il convient de donner à ce travail c'est celui même qu'a choisi l'artiste, celui de Tarsia de marbre, c'est-à-dire de Marqueterie de marbre. Voici en effet comment il est exécuté.

Pour le tableau lui-même il se compose d'une plaque de marbre sur lequel on dessine d'abord des figures ainsi que toutes les parties de la composition ; ces figures sont ensuite gravées profondément et les vides obtenus par ces profondes entailles sont remplis d'un ciment aussi dur que le marbre lui-même, ce ciment est coloré par des substances inaltérables et c'est à l'aide de ce procédé que l'on obtient ces vives couleurs qui donnent au travail de M. Triqueti quelque ressemblance avec la mosaïque. L'incrustation terminée, on polit le ciment ainsi que le marbre, et les deux substances sont tellement adhérentes l'une à l'autre qu'elles paraissent n'en faire qu'une seule.

La bordure du lableau se compose de divers marbres incrustés dans un fond également de marbre.

Cet art paraît avoir été inspiré à M. Triqueti par la vue du pavé de la cathédrale de Sienne. Ce pavé n'était, il est vrai, qu'une gravure remplie de ciment noir sans coloration et n'olîrant aucune solidité, mais enfin il a servi de modèle aux travaux de M. Triqueti, qui a perfectionné ce genre de décoration et qui l'a rendu digne de servir à l'ornementation murale.

Les quatre tableaux de M. Triqueli sont destinés à décorer les murs de la magnilique chapelle Wolsey dans la château de Windsor,

S. M. la reine d'Angleterre vient de consacrer cette chapelle au prince Albert, enlevé si rapidement à l'affection du peuple britannique.

Nous donnons ici l'une des Tarsias de M, le baion Triqueli, c'est la plus belle des

quatre. Elle représente David écoiUanl l'inspiration divine pour dicter les psaumes.

David, à genoux dans le temple, la main sur sa harpe, semble prêter l'oreille à des accents célestes; des anges apparaissent dans une nuée, ils font retentir les cieux de leurs concerts. Aux pieds de David sur les derniers degrés du sanctuaire, des musiciens, les yeux sur le royal psalmiste, attendent ses premières modulations pour l'accompagner de leurs chants ; un vieillard se prépare à recueillir les sublimes inspirations du roipoêle.

La bordure du tableau est formée de guirlandes de laurier en marbres verts de diverses nuances; dans les enroulements de ces guirlandes apparaissent quatre auges de marbre blanc en plein relief. Les deux qui surmontent la composition sont en prières, les deux anges du bas tiennent dans leurs mains des encensoirs. Le buste du prince Albert est incrusté dans le milieu supérieur du cadre, et des anges accompagnés de lions, l'innocence et la force, sont incrustés dans la partie inférieure de la bordure.

Paul Bellet.

MUSÉE RÉTROSPECTIF

Émail de Limousin.

Collection de Mme la comlessp Dzialynska, née princesse Kzaitorysiia.

L'art d'émailler, poussé sur les bords du Rhin, à Cologne, et dans un grand nombre de villes italiennes, au plus haut point de per ection, avait acquis en France, à la fin du moyen âge, de très-grandes qualités. La Renaissance produisit une foule d'artistes remarquables parmi lesquels il faut citer Léonard Limousin, qui fut avec Léonard Péricaud, le représentant le plus remarquable de l'École de Limoges.

Nous n'avons pas à faire ici l'histoire des émaux, à raconter l'origine, les progrès de cet art; nous n'avons pas non plus à exposer ses ressources et ses difficultés, à retracer les caracières des différents genres. Ces diverses études, quoique Irès-intéressantes, nous entraîneraient dans une suite de développements, que le cadre forcément restreint de notre publication ne saurait renfermer.

Nous ne dirons que quelques mots de Léonard Limousin, le fécond artiste, Phabilé émailleur dont les œuvres sont si nombreuses, et dont les meilleurs travaux figurent dans les diverses collections déposées au Musée rétrospectif. Léonard Limousin commença sa carrière sans doute vers 1530, il mourut en l'année 1575, ou du moins peu d'années après, car les derniers ouvrages

que l'on possède de cet artiste sont trois tableaux allégoriques, qui représentent les membres de la famille des Valois, et qui portent la date de 1575.

Léonard Limousin a deux manières bien distinctes dans ses émaux d'ornement : il se distingue par un faire large, magistral, aisé, et comme le dit avec raison M. Alfred Darcel, dans un excellent article publié par la Gabelle des Beaux-Arts, lorsqu'il n'a qu'à interpréter les libres compositions du Rosso, de Niccolo del Abbale, ou les siennes propres, il est maître du sujet, il se montre alors un Italien de Fontainebleau; dans ses portraits, au contraire, Léonard Limousin est plus réservé, plus gêné, l'on remarque même dans sa manière de singulières défaillances.

Léonard Limousin ne composait pas seulement de grandes oeuvres, il s'amusait parfois à de petits ouvrages, à de légers caprices qui n'en portent pas moins l'empreinte de son talent délicat. Notre gravure représente l'une de ces œuvres légères; c'est une mêlée de cavalerie, rendue avec beaucoup de vigueur, elle est peinte en grisaille sur ronde bosse, et relevée par quelques glacis d'émail bleu turquoise. Cette pièce porte la date de 1539, elle est donc de la jeunesse de Léonard Limousin.

Émail par Kip.

ColiecLion (fe M. le baron A. de Rothschild.

On connaît certains émaux d'une belle facture signés de ces trois lettres K. I. P. Estce un nom que forment ces trois lettres, ou ne sont-elles que des initiales? C'est ce que l'on ignore. Quoi qu'il en soit, les émaux signés ainsi sont ordinairement de très-petites dimensions, et forment des grisailles modelées sur un fond gris, qui se font remarquer par une douceur de ton très-grande, et par une finesse d'exécution peu commune.

Celui que nous donnons ici appartient à M. le baron Alphonse de Rothschild, et représente une Adoration des bergers, d'après quelque composition de l'École de Raphaël. Il est signé K. I. seulement, la lettre P a sans doute disparu avec un éclat de l'émail.

' Paul Bellet.

Joaillerie et Bijouterie.

Quels mots gracieux et coquets! comme ils traduisent et peignent bien les charmantes idées qu'ils expriment ! La joaillerie ! quel est entre tous les arts celui qui met en œuvre autant de richesses? Les diamants, les perles, les rubis, voilà le fonds sur lequel elle tra-

vaille, les matériaux précieux qui lui servent à créer ses merveilles. Et quels habiles magiciens elle tient sous sa loi ! Tou^, à l'envi, s'empressent d'obéir à ses moindres caprices, et de réaliser ses mille fantaisies.

Les Baugrand, les Massin, les Le-

onnier, les Rouvenat, les frères Meller, les Fonteray, les Boucheron et tant d'autres , incessamment à l'œuvre, inventent, créent tout ce que peut rêver l'imagination de la femme la plus jolie et la plus coquette. Sous leurs doigts les pierres précieuses s'assemblent, se groupent, se marient pour former ces diadèmes, CCS aigrettes, ces rivières, et ces merveilleuses parures qui doivent à l'art la plus grande partie de l'éclat dont elles resplendissent.

Quelles richesses et quels chefsd'œuvre d'élégance et de bon goût étalent à nos yeux ravis tous ces éminents artistes! On ne sait auquel donner la palme, et le jury en décernant à la joaillerie de Paris quatre médailles d'or seulement, a fait plutôt acte d'économie que de justice.

Nous avons nommé un joaillier inscrit sur la première édition du catalogue et qu'on ne retrouve plus sur la seconde, c'est M. Lenionnier.

Pourquoi son nom a-t-il disparu , et pourquoi ne brille-t-il au Champ de Mars que par son absence? Voilà ce que le public se demande, et ce qui mérite explication.

Comme nous ne croyons pas que la dis- I mandée à l'artiste soit pournous obligatoire, crétion qui, par convenance, peut êtreconi- | nous allons déduire les motifs de cette absten-

MAliriUETElUE DE MARBRE DE M. LE BARON TRIIJUETl. (David écoutant l'inspiration divine pour dicter les Psaumes.)

tion forcée. M. Lcmonnier a pour le moins droit à cette compensation.

11 y a quelques années, une des plus grandes dames d'Espagne eut la fantaisie d'ajouter à son riche écrin un diadème et un collier qui, pour l'éclat, l'éléganca, la légèreté et le fini de l'exécution pussent délier toute comparaison.

Après avoir dessiné le diadème et le collier, choisi les brillants les plus beaux et les plus purs, M. Ijemonnier confia le soin de les monter et de les sertir à ses plus habiles ouvriers. Ce qui sortit de leurs mains est, non pas un double chef-d'œuvre, mais une double merveille.

LL. MIM. l'Empereur et l'impératrice, S. A. I. l'archiduchesse Sophie d'.'Vutriehe, et Mme la princesse de Metternieh, qui alors honorèrent l'artiste de leur visite, lui adressèrent les plus vives félicitations, en déclarant qu'elles n'avaient jamais rien vu d'aussi réussi.

C'était en vue de la future Exposition que M. Lemonuier avait appliqué toutes les ressources de son art à l'exécution de cette splendide parure-, car il avait été bien convenu entre la grande dame et lui que le public serait appelé à sanctionner la haute approbation que le travail de l'artiste avait obtenue.

IMais le jour où i\î. Lemonuier arriva à Madrid et réclama de la grande dame l'exécution de sa promesse, la duchesse de.... (j'allais la nommer) opposa le refus le plus énergique et le plus absolu à la

MUSÉE RÉTROSPECTIF : Émail en ronde bosse par Léonard Limousin. {Collection du prince Czartorysliy.)

MUSÉE RÉTROSPECTIF : Émail par Kip.

(Collection du baron de Rothscbild.)

demande qui lui était faite, et donna pour raison que sa parure serait déilorée en passant sous les yeux de la foule.

On comprend qu'une noble Madrilène ait de pareilles répugnances, ou, si l'on veut, ces excessives délicatesses. Il n'est permis

qu'aux têtes couronnées de se mettre en contact avec le peuple sans s'exposer à un fâcheux compromis : aussi la reine d'Angle-

terre, en livrant à l'admiration du public la plus grande partie des riche8ses de sa couronne, ne s'est-elle ni diminuée ni amoindrie, et la comtesse Dudley, à l'exemple de sa souveraine, a cru pouvoir, sans déroger, ajouter pa magnifique collection de diamants, d'cnieraudes, de saphirs et de perles, à la riche exposition d'orfèvrerie de MM. Ilunt

et Roakell de Londres. Mais une grandesse espagnole n'a pas de semblables condescendances, et elle croit devoir pousser le cullo de la pudeur jusque dans ses bijoux.

M. Lemonnier, de retour de Madrid, dans le courant de mars, dutrenoncerà se présenter dans une lice où il ne pouvait paraître

qu'en partie désarmé. Par bonheur, son amour-propre était seul en cause; car, de droit, il était hors de concours, ayant obtenu dans les expositions antérieures toutes les distinctions que peut ambitionner un grand artiste, et de plus la croix d'iionneur qui est le rêve de tous.

Dans les vitrines de nos joailliers, les cou-

exposition DE LA BIJOUTERIE FRANÇAISE. — Dessin de M. Follmann.

ronnes et les diadèmes abondent, il semble que, à l'envi de M. Lemonnier et pour nous dédommager de la privation que sa noble cliente nous a fait subir, chacun ait vouli: exécuter le sien.

Celui qui mérite d'êlre distingué entre tous est un diadème émeraudes et rubis, re haussé de rayons de diamants, œuvre de M. Massin. Il est difficile de rêver une parure plus riche et plus splendide, et de sup-

poser que, comme perfection du travail, l'art puisse aller jamais au delà.

Sa vitrine contient en outre une aigrette bleue à gerbes de diamants qui est de la plus exquise élégance ; un scarabée tenant une perle entre ses pattes, œuvre d'une remarquable originalité ; enfin, une marguerite en diamants avec un bouton de saphir, qu'un fils de famille peut offrir à sa fiancée sans craindre qu'elle l'effeuille et l'interroge.

Les frères Meller, qui ont aussi obtenu une médaille d'or, ne s'adonnent pas exclusivement aux travaux de la joaillerie; ils sont renommés encore comme bijoutiers , et le charmant bénitier acheté par l'Impératrice prouve qu'ils traitent même avec une pleine compétence l'orfèvrerie artistique.

Les objets les plus remarquables de leur exposition sont : un bandeau coquille d'un seul morceau d'argent, dans les nervures et

L'EXPOSITlOr^ UNIVERSELLE DE 1 867 ILLUSTREE.

les cavités duquel sont sertis des diamants qui produisent l'effet leplus chatoyant; une grappe d'acacia en brillants, d'où s'échappent des graines en émeraudes qui scintillent dans leur corolle et doivent se balancer avec autant de grâce que de légèreté au moindre mouvement ; ' une plume de paon, enrichie de pierres précieuses dont les couleurs se nuancent harmonieusement autour de l'œil central figuré par une magnifique émeraude.

L'exposition de M.Baugrand et de M. Castellani se composent de vrais chefs-d'œuvre qui méritent d'être étudiés à part. Ce n'est pas dans une rapide revue qu'on peut apprécier convenablement les objets sortis des mains de ces deux princes de la joaillerie.

La bijouterie a pour principaux représentants à l'Exposition M. Esni, de Stuttgard, MSI. Duron, Fontenay, Rauvenot, Boucheron, de Paris, et M. Philips, de Londres.

A l'exception du premier, qui est hors de concours, tous ont mérité et obtenu la médaille d'or.

La bijouterie française tientdans le monde un rang qu'aucune autre nation ne peut lui disputer : elle a pour elle le fond et la forme, c'est-à-dire la qualité et la valeur incontestables de la matière, pour laquelle toute fraude est impossible, de plus une exécution toujours parfaite, grâce au goût exquis et à la merveilleusehabileté de ses nombreux ouvriers.

Presque partout, la bijouterie qui n'est pas comme chez nous astreinte au contrôle, emploie de l'or de la plus basse qualité; aussi le commerce de la grande exportation appartient-il exclusivement à nos fabricants. Les bijoux anglais ne sont admis que dans les colonies anglaises; hors de là, ils sont frappés d'une telle suspicion que le placement en est àpeu près impossible. C'est ce dont gémissent les quelques bijoutiers anglais qui, comme M. Philips, se font une loi de ne pas employer leur or au-dessous du titre français.

La bijouterie étrangère, dans les impuissants efl'orts de rivalité qu'elle fait avec la nôtre, a et aura longtemps encore contre elle, le manque, non pas de bras, mais de mains adroites, exercées, intelligentes.

En Angleterre même, les émailleurs, les ciseleurs, les graveurs sur bijoux, d'une habileté reconnue se comptent, et ne peuvent satisfaire aux besoins de cette grande industrie. Londres en recrute bien à Paris tous les ans le plus qu'il peut, mais ceux qu'il enrôle sont des élèves dont la première éducation s'altère hors du seul milieu où aujourd'hui les progrès industriels et artistiques sont possibles.

Cependant, grâce au concours que lui prêtent quelques ouvriers enlevés à Paris, la Grande-Bretagne a obtenu le second rang à l'Exposition, etsoitque l'on considère comme fabricants ou comme entrepreneurs MM.

Brogden et Emmanuel Harry,de Londres, on

ne peut nier qu'ils n'aient mérité la médaille d'argent que le jury leur a octroyée.

Mais pourquoi faut-il que M. John Brogden ait fait d'une partie de son étalage une boutique de friperie, en y suspendant la ridicule déiroque du prince Estherazy. Les perles qui la recouvrent sont très-belles, mais ce manteau, ce veston et cette culotte de velours fané sont bien ridicules; etjenesupposepas qu'un joaillier parisien, devenu propriétaire de ce costume princier en eût fait un trophée d'exposition.

L'emploi des machines, dans la fabrication de la bijouterie, a diminué de beaucoup le prix de la main d'œuvre, sans nuire à la perfection et au fini du travail; mais ce qui a enlevé toute chance de succès à la bijouterie en bas or, de Birmingham, de Francfort, de Hanau et de Pfortzheim, c'est notre fabrication de doublé d'or. On a, en effet, en quelques années, porté cette nouvelle industrie à un tel degré de perfection, que pour nous la lutte n'est plus à craindre avec les produits d'orà bas titre, des fabriques d'Angleterre et d'Allemagne.

Mais quoique la bijouterie d'or doublé se fasse au moyen de machines si merveilleuses que les feuilles de cuivre laminées auxquelles on applique, par la soudure, des lames d'or du douzième de leur épaisseur se transforment en bijoux sans laisser soupçonner l'existence du cuivre, nos fabricants ne trompent personne sur la valeur intrinsèque des produits qu'ils livrent au commerce; ils ne vendent pas leur cuivre pour de l'or; et les États-Unis, le Brésil, la Turquie, l'Egypte, l'Italie, la Suisse, la Russie, l'Espagne et même l'Angleterre savent toujours avec nous ce qu'ils achètent, et accueillent nussi favorablement sur leurs marchés nos produits en or doublé que notre plus riche bijouterie.

Pu. Poitevin.

Le Promenoir de la porte Suffren.

Voulez-vous savoir comment le promenoir de la porte Sufl'ren, dont le dessin de M. Fellmann retrace la silhouette, est devenu le quartier le plus animé et le plus bruyant du Champ de Mars'? Nous allons vous l'apprendre.

Tout le demi -cercle du Palais auquel on accède par la porte Suffren, ouverte à son centre, est affecté à l'exposition des nations étrangères : à gauche, les États-Unis et l'Angleterre, avec les républiques du Sud et les contrées d'Orient; au centre, la Russie et l'Italie; à droite, l'Espagne, le Portugal, la Suède, l'Autriche et l'Allemagne du Nord.

A ces diverses nations avait été attribuée uné partie correspondante du prome-

noir extérieur, pour y expo.ser leurs « iiliments à divers états de préparation, » style ofhciel qui se traduit en langage vulgaire par restaurants, cafés, brasseries. Les concessionnaires de ces emplacements n'ayant pas eu àtraiter avec la Commission impériale, mais bien avec les commissaires étrangers, ont obtenu des conditions beaucoup plus douces que leurs concurrents du côté fran çais. Il est vrai qu'ils n'avaient pas non plus les avantages d'accès que donnait aux concessionnaires français le voisinage de la porte d'Iéna et de la porte Rapp.

Peut être est-ce pour rétablir l'équilibre entre les concessionnaires français et les concessionnaires étrangers que la Commission impériale s'étsit réservé le droit de remplir par des baraquements tout l'espace compris entre la porte Suffren et le promenoir extérieur, sur toute la partie droite dù petit axe du Palais, qui mesure 112 mètres. Ces baraquements, qui devaient originairement servir de salles pour les concerts, d'un côté, et (l'autre part pour les séances du jury et des co Timissions, se sont peu à peu transformés en cafés chantants et en buffets. Ce n'est pas tout : les deux salles, ainsi transformées, ont semé extérieurement autour d'elles des boutiques et des gargots à quatre sous.

Et voilà comment il s'est fait que, en face des restaurants luxueux de la Russie, de l'Amérique, de l'Espagne, de la Suède et même de la Turquie, placés sous le promenoir, on trouve sur l'autre bord de l'allée extérieure toutes les industries locataires à la petite semaine, qui étalent leur clinquant avec force tapage, et ces petits bouillons en plein vent où l'oie rôtit sous votre nez et où le vin de barrière prodigue ses Ilots violacés.

Eh bien! voulez-vous que je vous dise?

c'est ici vraiment que sont etlagaietébruyante et l'entrain et la vie du Champ de Mars. Tous ces bruits composés de castagnettes espagnoles, de tambours arabes, de cornets parisiens, demusettes à caoutchouc, de gargouillements de rossignol obtenus par les tubes , de verre plongés dans l'eau ; tout ce clinquant qui reluit aux boutiques, toutes ces fortes senteurs de vin bleu et de pastilles du ; sérail, tout ce va-et-vient d'une foule aussi curieuse qu'altérée, — cette joie, ce bruit, cet éclat, finissent par vous porter à la tête et vous griser.

Voilà ce qu'on ne verra plus, même à la barrière; car, depuis l'annexion, les barrières de Paris se sont fondues comme les neiges d'autan. Il n'y a rien de pareil, même à Saint-Cloud les jours de kermesse, même à Saint-Germain aux fêtes des Loges. Si Casque de Fer et l'homme guillotiné avaient élu domicile de ce côté, la lête serait complète : rien n'y manquerait, pas même les tréteaux.

Il n'y a que Paris au monde où le spectacle de cette exposition foraine puisse être

éI

flnniu''. Ilaîiro Rabelais, qui a vu de pareillfis liesses, applaudirait à celle-ci : c'est vif et gai, point répugnant, et vaut la peine qu'on aille y voit'. Rien n'est plus parisien, je vous assure, que ce quartier du Champ de Mars soi-disant réservé aux concessionnaires étrangers.

Vous y verrez défiler en ce moment tous les échantillons de notre population départementale. Si jamais il y eut exposition démocratique, c'est hien celle-ci. Tout le contingent du suITrage universel défile à travers le Champ de Mars. Et si l'on savait ce que cette année le paysan français consomme quand il s'y met, lui si sobre d'habitude! il faut voir!

Encore en cette saison qu'un hiver précoce menace, et où les journées sont si courtes, savez-vous que le restaurant des ouvriers reçoit jusqu'à 8000 consommateurs? Et vous devez penser si les gargots de la porte Sutfren font à ce restaurant populaire une rude corcurrence! Aussi, pendant que les autres quartiers du Champ de Mar. se vident, le quartier Suffren s'emp'it. Au feu du gaz, les enseignes étalées, les banderoles flottantes, les boutiques à tout venant, tout cela présente un aspect rendu plus saisissant par le broit.

Il y a là, je l'ai dit, en face des boutiques foraines, les restaurants étrangers où sont expérimentées, par des consommateurs curieux, toutes les cuisines du globe.

• Si toute la littérature contemporaine ne s'était évertuée, depuis quelques jours, sur les menus de l'illustre docteur Véron, je me hasarderais bien ici à faire un petit cours de cuisine comparée. Mais il m'y faut renoncer, craignant de passer pour un imitaleur attardé de la mode littéraire du jour. N'ayant pu devancer mes confrères sur ce sujet de haut goût, résignons-nous à ne pas les suivre. L'occasion était belle, pourtant; n'y pensons plus.

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