LA GBAVURE SUR VERRE
Les graveurs sur verre attirent comme les aulres petits métiers les regards des curieux et les visites de la foule : elles sont même si nombreuses, ces visites, qu'elles entravent et gènenl parfois les ouvriers.
I En quoi ccnsiste le travail de ces graveurs?
Il consiste à tracer sur le cristal des chiffres, des armoiries, des ornemcnis, des couronnes, des fleurs et mille enjolivements , délicats.
Comment obtienl-on cette ornementation I variée '!
Par un procédé fort simple. L'ouvrier assis devant un tour, imprime avec le pied un
mouvement a la roue. Cetie roue lait tourner une tige de fer à laquelle est fixée une molette en cuivre. L'ouvrier présente la pièce de cristal qu'il veut ornementer au fil de la molette qui trace aussitôt tous les dessins que l'ouvrier veut lui faire exécuter. 11 y a celle différence enlre le graveur au burin et le graveur à[la molette que chez le premier l'instrument qui grave est mobile, tandis qre chez le second il est fixe; par conséquent ici.
c est en présentant le cristal avec habileté BOUS la molette que l'on obtient une gravure bien faite.
Ce travail s'exécute rapidement. En deux minutes j'ai vu graver sur un verre deux palmes entrelacées avec deux chiffres au milieu.
Chaque pièce ainsi faite étant payée environ 20 centimes, on voit que le graveur en cristaux obtient d'assez bonnes journées.
Cependant il ne faut pas croire que tout travail se fasse aussi aisément que celui-là.
L'ouvrier graveur bien outillé doit posséder , 400 molettes pour faire tous les genres d'ornements, et certains travaux minutieux exigent, indépendamment d'une grande habileté demain, beaucoup de patience et d'adresse. Ainsi , j'ai vu là un verre de cristal couvert de fleurs et de guirlandes qui n'a pas demandé moins d dix journées de travail et dont le prix m saurait être inférieur à 1 00 francs.
Paul Bf.llet.
Exposition agricole de l'Espagne.
Ouvrez tous les dictionnaires, si vons en
LES PETITS MÉTIERS : LA. GRAVURE SUR VERRE. - Dessin de M. Gaildraii
avez la patience, consultez les voyageurs, ils vous diront que l'agriculture est peu avancée en Espagne.
Cette assertion est vraie, si l'on se place au point de vue des agricultures savantes d'An-
gleterre, de France, de llo.laode, de Prusse et de quelques autres pays oii l'art elles méthodes font rendre à la terre souvent plus qu'elle ne peut rendre. Mais au point de vue de la beauté naturelle des espèces et des produits, l'agriculture espagnole ne le cède à • aucune autre.
; Et comment en se-
rait-il autrement ? L'Es- : pagne a le rare bon-
heur de réunir presque tous les climats qui peuvent aider la nature. Si ses parties montagneuses sont trop souvent stériles, elle compense ce désavantage par des territoires d'une fertilité sans exemple et par sa position elle psut réunir les productions des zones tempérées à celles des luxuriantes contrées tropicales.
Avouons cependant que la nature fait peutêtre trop tous les frais du succès.
Ici, rien de factice, dehâtif, de monstrueux ! L'Espagne ne se pique pas de faire des durham ou des yorkshire. Elle ne sepique pas non pk s de changer ses landes en terres fertiles. Eilo admet volontiers les jachères et pratique peu
KXPOSITIO.N DE L'AGWCaLTUUE ESPAGNOLE. - Dessin de M. Gaildiaii.
les prairies artificielles. Malgré les encouragements donnés par les pouvoirs publics aux irrigations, elles se font avec une lenteur désespérante.
Mais que de beaux produits naturels depuis le taureau de combat qui dépasse tous les autres, jusqu'au noble coursier audalous, depuis le porc de Monlancher, à la viande fine et serrée, jusqu'à la poule de Burgos et à l'oie d'Albacèle. Le froment est blanc et savoureux. Les fruits de table et de conserve sont d'une richesse iucoraparable. Les vins abondent en principes chauds et vivifiants; les légumes sont superbes. Si bien que sans travail et par les propres forces de sa terre et de son soleil, l'Espagne rivalise avec les plus riches.
Nous n'en voulons pour preuve que les collections et les produits accumulés dans l'annexe où nous avons introduit déjà nos lecteurs.
Voici d'abord les produits minéraux. Au premier rang est l'admirable collection dm ingénieurs des mines qui a obtenu — et e'é tait justice — une médaille d'or. On peut parcourir là, d'un coup d'œil, la principale série des richesses minéralogiques de l'Espagne, fer, ctain, plomb, antimoine, cobalt, mercure, alun, soufre, zinc, cinabre. Puis, si des généralités nous passons aux spécialités, vous admirerez les fers de Felguera qui ont mérité une médaille d'argent, ceux de l'usine de Bolueta également récompensés, ceux de Beazain non moins heureux. Donnez aussi un coup d'œil aux houilles de la société de Mieres, aux pyrites de cuivre de Thœrsis, à la collection des métaux de la province de Jaen exposés par le marquis de Villa-Mejor; admirez, pesez les mereures d'Almacen, et arrêtez-vous aussi à quelques produits chimiques remarquables, notamment dans h s magnésies elles salpêtres, cette base du grand art de la guerre.
Mais les richesses du sol extérieur vou.s réclament. Voulez-vous voir de magnifiques échantillons de froment et de maïs, examinez l'installation de la société économique des Amis du pays de Murcie. Elle a mérité une médaille d'or, de même que les farines de la société industrielle de Barcelone. Quoique non aussi haut prisés par le jury qui ne "leur a donné qu'use médaille d'argent, les froments d'Albacète de M. Clivas, ceux de même provenance de M. Rodriguez, la collection de riz de Valentin Berga, les blés du Guadalajara de M. Petez Moreno, doivent aussi attirer l'attention des connaisseurs. Les produils de la ferme provinciale de Léon, la collection de la feime modèle de Forlialiell, les farineux de M. Raiz Pellicer de Saragosse, ceux de la fabrique de Saint- Vincente Faril de Barcelone méritent aussi que l'on s'arrête devant les cases qui les contiennent : après les avoir examinés, on ne s'étonnera plus de ce que nous avons dit des forces productives de l'Espagne.
Les légumes et les fruits sont également admirables, témoin la collection de l'Institut agricole de San Slidro de Barcelone. Que dire encore des savoureuses amandes de Taragone, des raisins secs de Malaga et d'Alicanle, des aulx d'Arcs, des haricots et pois de Girone, reconnus dignes de la médaille d'or'^ des haricots et des lentilles de Saragosse, des figues blanches et noires de plusieurs localités? Outre les récompenses en or, argent et bronze, l'Espagne a du seul chef de ces produits, quatorze mentions honoianles. Ses colonies, Cuba, Porto-Ricp, les Philippines ont envoyé de très-beaux spécimens de l'induslrie agricole et horticole.
Nous n'avons pas goûté les vins exposés, mais si nous nous en rapportons au jury, ils doivent être hors ligne. Dans cette branche,
I Espagne a obtenu plusieurs médailles d'or, douze médailles d'argent, dix-huit de bronze et vingf-trois mentions honorables. Citons la collection des vins de M. Josc-Montaner, le grenache de M. Pablo-Marlinez, et une foule d'échantillons de lacryma, d'amontilla iO, de muscat vieux, de vin des go-irmets, de malaga, de malvoisie, de rancio, de moscatel, de mistela, de tintilla de rota, .de macabeu, de médoc, de divers vinos generosos, de paxarette, et d'autres vins importants quoique d'un extrême bon marché.
Mais c'est dans l'ordre des tabacs que l'Espagne ou plutôt ses colonies ont leurs triomphes les moins contestés. Que de fumeurs émérites voudraient pouvoir puiser à pleines mains, au milieu de ces odorantes collections où domine la célèbre vuella-arriba. Le jury a mis hors concours celle du ministère d'outre mer, celle de l'administration centrale de collecciones y labores de tabacos à Manille,
II a donné la médaille d'or aux havanes de Partagas, et à ceux de MM. Cabanes et Carjaval. Beaucoup d'autre.s produits distingués comme les cigares de MM. Upmann et compagnie, de M. Martinez Shor, comme les tabacs à fumer d'Andrès Cueto à Porto-Rico, onteu droitaussi à des récompenses diverses. Porto-Uico serre de près Cuba. lia, lui aussi, un tabac del Rio, un jira, et d'autres belles variétés.
L'annexe d'Espagne renferme encore d'autres produits qui attestent l'excellence du sol ibérien. Telles sont les huiles d'olive. Presque toutes les provinces en ont envoyé. Il faut distinguer celles des provinces de Barcelone, d'IIuesca, de Girone, de Valence. Une superbe collection d'arachides est celle de M. Pascal Maupoey, de cette dernière province. Nous avons aussi remarqué les safrans d'Albacète, les anis de Burgos.
Les richesses forestières de l'Espagne et dé ses colonies son! innombrables, et nous chercherions en vain à les résumer. L'annexe contient des collections de bois bruts et polis de toutes sortes. Mais dans cet ordre de rostéfiaux ce qu'on admire le plus, e.5t une plaque de madrier des Philippines, haute
d'au moins trois mètres et demi, et large de plus d'un mètre. Les échantillons de liège sont aussi très-beaux, légers, forts et serrés. Du reste, le corps des ingénieurs forestiers a mérité d'être cité hors concours. L'institut de l'instruction secondaire de Cordoue a aus&i une belle collection de bois.
Les sucres de Cuba et de Porlo-Hico, les sucres bruts des Philippines, les confitures et les chocolats de diverse.^ provenances, composent un autre genre de richesses. Nous devons cependant remarquer qu'ici l'E^-pagne est primée par la France. Ses chocolats si vantés ne viennent qu'en second ordre. Les miels et Ifs cires de Barcelone quoique distingués, ne viennent pas non plus au premier rang.
En revanche, il faut citer d'excellents textiles, comme ceux qu'expose le ministère de Fomfinto, comme les chanvres, les soies courtes et les soies en cocon.
Les laines n'ont pas soutenu aussi haut qu'on l aurait espéré l'honneur de leur antique renommée. Cependant elles ont valu à plusieurs exposants des récompenses flatteuses. Nous citerons surtout sans noms propres les provenances de Ségovie, de Soria, de Oiutad liéal.
Enfin parmi les produits d'origine naturelle n'oublions pas les sels sans lesquels il n'y a ni condiments, ni bonne agriculture. Les salines de lÉiat, tant pour les sels gemmes que pour les sels maritimes ont remporté une mention hors concours qui leur était due d'ailleurs. A côté de leurs échantillons nous mentionnerons les conserves maritimes, les jambons de Montaneher et d'Avilès, les saucissons de Barcelone, les délicats fromages de brebis de Casluera. Mais quand on possède comme l'Espagne quatre millions de bêtes à cornes, on devrait se montrer avec plus d'avantages dans cette partie alimentaire. (Jue de lait, que de richesses caséeuses perdues!
L'annexe espagnole offre aussi à la curiosité de l'appréciateur un aperçu remarquable de la fortune tinctoriale du continent espagnol et des colonies, cochenille, garance, indigo. Nous aurions encore à parler des matériaux à bâtir ou d'art, chaux, plâtres, marbres, pierres, terres réfractaires. Parmi les marbres, il eri est qui soutiennent la comparaison avec les marbres de Grèce et d Italie. Mais l'absence de routes empêche leur exploitation. Parmi les autres matériau*, il faut distinguer les pierres à bâtir envoyées par la députation de Lugo et les terres qui servent à faire les beaux carreaux pour lesquels MM. Nollo et Segrera de Valence ont été récompensés.
Les chemins conumonaux et vicinaux manquent généralement. Le pâturage des troupeaux est mal réglé et Itès-souvent arbitraire. Nous connaissons des canaux d'irrigation qui, concédés depuis de nombreuses années, ne fonctionnent pas encore. Tel est celui de la Tamarite on d'Eseerà qui donnerait la fertilité à deux provinces sur notre frontière.
L'EXPOSITION UNIVERSELI.K DE 18fi7 ILLUSTREE.
Quoir]ue devant produire des recettes considérables, il resle à l'état d'essai comme beaucoup d'autres canaux, malgré les votes réitérés des Cortez et les subventions accordées.
Malgré ces lacunes et quoique certains produits, comme les laines, les soies, les cbocolats, aient laissé quelque peu décliner leur autorité, le pays agricole est évidemment en progrès. Que serait-ce si, comme chez nous, les congrès agricoles se multipliaient, si le système de vicinalité était amélioré, si le régime des pâturages recevait de meilleurs soins, si des capitaux venaient en aide aux irrigations, si des routes de montagnes permettaient d'exploiter les richesses l'oreslières, si les grandes sociétés minières a laient à la découverte dans les chaînes encore inexplorées, si enfin la paix régnait d'un bout à l'autre de la Péninsule. Eu quelques années recouvrant son ancienne splendeur naturelle, l'Espagne deviendrait le grenierd'abondance de l'Europe. Nous avons dit ce qu'elle a de bétail ; elle pourrait en avoir bien davantage. Les blés de ses secanas (terrains secs), si recherchés pour l'exportalion, pourraient être semésetrecoUésenbien plus grande quantilé. Ses vins pourraient être encore mieux traités qu'ils ne le sont et produire plus qu'ils ne donnent aujourd'hui. Ses fruits, mieux recueillis, lui donneiaientaussi uneplus grande source de commerce extérieur ; elle néglige ses laines et ses cuirs qui, avec de l'art et du soin, reprendraient facilement la première place.
Qu'elle agisse donc : qu elle sente qu'il faut seconier laburieusement une nature généreuse; et l'avenir est à elle.
Léon Plke.
Appareils moteurs.
LES MACHINES HERMANN-LACHACELLE El CH. GLOVER.
L'intéressant article publié par le Jocle;ir Warnier sur les puits artésiens du Sahara dans le numéro 'iTde notre publication, était accompagné d'un dessin représentant l'élégant château d'eau de style mauresque, élevé dans la galerie des machines par les habiles constructeurs dont le nom est en tête de ces lignes. Il nous reste à faire connaître le jeu hydraulique qui l'alimente.
La machine à vapeur, de la force de 1 5 chevaux, est verticale. La chaudière est à foyer intérieur et à bouilleurs croisés; l'eau enveloppe le feu, les bouilleurs brisent la flamme, ce qui permet à l'air de se bien mélanger aux gaz et de les brûler; le calorique est donc utilisé convenablement. Le foyer peut être chauffé au bois, à la tourbe ou au charbon de bois, aussi bien qu'à la houille et au coke, ce qui est précieux. Deux colonnes, fixées à droite et à gauche de la chaudière, se partagent le poids de 1 arbre du volant et suppor-
tent en outre, l'une la pompe d'alimentation, l'antre le cylindre à vapeur.
La machine, très-simple, est une sorte d'intermédiaire entre les locomobiles à roues et les grandes machines établies à demeure sur des massifs en maçonnerie.
Elle est Iransportable comme un meuble, et n'occupe pas plus de place qu'un poêle quand elle ne dépasse pas trois chevaux. Elle est donc éminemment propre à être employée dans les petits ateliers des ouvriers chefs de métiers.
C'est, à proprement parler, la machine ù vapeur des habitations particulièreî et des familles. Elle devrait être employée dans les ateliers de couture à la mécanique pour actionner les machines ii coudre, ce qui supprimerait les accidents étranges et funestes produits dans la santé des ouvrières par la mise en mouvement des pédales.
Disons enfin un mot des pompes mises en jeu par la macliine. Elles sont verticales, à simple effet et à piston plongeur; deux corps de pompe sont accoup és à un vaste réservoir d'air, lequel, grâce à l'élasticité du fluide, assure l'égale continuité du jet.
Ces pompes jouissent de la même qualité qui dislingue les machines de MM. Hermann- Lacliapelle et Charles Glover, qualité inapp:éciable, la simplicité.
Charles Boissay.