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L. .AssiiLiNi

Hamon.

Parmi les artistes contemporains, il en C't peu qui soient aussi sympathiques au

public que celui dont nous reproduisons ■ aujourd'hui un des plus charmants tableaux. Louis Hamon est un de ces privilégiés qui sont bien vus de tout le monde: il est aimé de ceux-là même qui

MUSÉE RÉTROSPECTIF : RELIURE DE CANEVARIUS. (Collection A. Firmia Didot.)

le critiquent, et il charme ceux qui lui résistent.

Ce fut une joie pour tout ce qui aime la nrâce, l'esprit, l'originalité, la naïveté malicieuse, que i'éclosion de ce talent qui n'avait

point d'analogie dans l'art contemporain. Une corde nouvelle était ajoutée à la lyre, ou plutôt une nouvelle couleur à la palette.

Il sortait avec Gérôme de l'atelier d'un des hommes les plus distingués de notre époque.

de l'auteur de ce ravissant tableau, une des pirles du Luxembourg. « Les illusions perdues. <i

■l'ai nommé M. Gleyre.

Tous deux débutèrent presque en même

temps et, eomme il arrive toujours en pareil cas, ils furent placés l'un en face de l'autre, dans une sorte d'antagonisme, qu'ils n'avaient pas cherché; il semblait que l'on ne pût parler de celui-ci sans penser tout aussitôt à celui-là. L'étude finissait toujours par un parallèle. Déjà — si jeunes qu'ils fussent — on voyait eu

de la peinture, des fins connaisseurs, vite famiiiarisésavec un genre et une manière, — non , je parle de tout le monde, de monsieur le premier venu. — Que de fois n'avons-nous point vu, en parcourant nos galeries d'expoposition, un bourgeois endimanché, ou un provincial authentique s'arrêter tout à coup,

eux des chefs d'écoles, et ils avaient r ssez de talent pour justifier le pronostic.

Depuis lors, chacun a suivi sa voie — des voies divergentes — chaque pas qu'ils ont fait Irs a écartés l'un de l'au- U'e. Esprit plus net et plus positif, intelligence sagace et froide, servie par une habileté de main singulière, Gérôme a serré de plus près la réalité, et il est arrivé à de rares efftts de précision minutieuse. Hamon, tout au contraire, emporté par le vit courant d'une imagination riche et féconde, — et aussi, pourquoi ne pas le dire? — un peu vagabonde — n'a pas créé teuleinent sa manière, il a inventé jusqu'aux sujets qu'il traite. Il est le peintre d'un monde a part, dans lequel il nous fait entrer aveo lui, monde de fantaisie, oi'i nous ne retrouvons plus les réalités de la vie quotidienne , où nous voyons des êtres à part, différents de ceux qui s'agitent autour de nous; monde du rêve, de l'illusion, parfois

aussi de riiallucinalion; fantômes plus que réalités, aperçus par un œil visionnaire. Ce n'est pas nous qui incriminerons jamais ce système. L'Art, pour nous n'est point la copie et la reproduction de la nature, il en est l'interprétation — interprétation intelligente, spontanée et libre, dans laquelle chaque artiste met le cachet de sa personnalité. Peu d'œuvres furent jamais plus personnelles que celles d'Hamon. Aussi, à première vue et entre mille le reconnaît-on tout d'abord — et je ne parle pas ici seulement des dilettanti

L'AURORE, 'ableau de M. Hamon, appartenant à S. U. l'Impéralrice.

et planté sur sa canne à pomme d'or, dire à sa tendre moitié :

Tiens! Voilà un Hamon!

Ilamon est populaire — populaire et original! Ne serait-ce point là, au besoin, la part de deux ? A mes yeux — et pour mon âme, — un des plus grands charmes de cette peinture, — je crois l'avoir dit tout à l'heure — c'est qu'elle m'emporte loin du monde où nous vivons, c'est qu'elle me fait oublier les tristesses, les vulgarités, les ennuis de l'existence; ce pinceau est une baguette magique,

douée d'un pouvoir d'évocation, auquel rien ne résiste, et qui fait apparaître devant nous toute une création à part, recevant de lui sa vie. La peinture de Hamon a pour moi je ne sais quel étrange effet d'apaisement. Pour trouver une sensation pareille il faut que je le demande à un autre art. Cette sensation, je l'éprouve quelquefois, par exemple , en écoutant certains maîtres de la musique boulTe — r.on bouffonne, — de Cimarosa, de Bellini ou de Paesiello. — En écoutant ceux-ci, en regardant celui-là, c'est la même sérénité profonde et calme qui, peu à peu, gagne mon âme et la remplit. Il n'est pas jusqu'à la couleur des tableaux de Hamon qui ne contribue à augmenter encore cette impression. On sent que le jour qui les éclaire n'est pas fait pour des yeux mortels; c'est une sorte de lumière élyséenne versée par des astres cléments sur des paysages que l'on a lêvés, — mais que l'on n'a pas vus. Les personnages sont entourés, enveloppés, caressés de je ne sais quelle atmosphère plus chaude que la notre; cette tonalité générale, oïi dominent les nuances les plus suaves, le bleu, le rose, le gris argenté, réjouit la rétine qui s'épanouit doucement en les contemplant. Des formes un peu vagues, parfois même trop mollement accusées, défaut chez un autre, deviennent ici des qualités complémentaires, qui achèvent l'œuvre dans la donnée oit elle a été conçue.

Je sais bien que l'on a reproché à ce rare esprit un peu de recherche et même de préciosité. IMiiis on en a dit autant des artistes pompéiens, avec lesquels il a plus d'un rapport. — Et ceci ne les empêche pas d'être les maîtres souverains de la grâce et de l'élégance. Les exagérations de la délicatesse ne sont pas précisément les dangers qui nous

L'EXPOSITION UNIVERSELLE OE 1 8f.7 IIJllSTREK.

menacent; nous ne penchons pas de cecû'élà, en peinture plus qu'en littérature, et quand parfois nous rencontrerions sur notre .chemin un chercheur trop subtil, ou un raffiné trop exquis, ce ne serait pas un cas pendable.

L'originalité de Ilamon, la couleur toute spéciale de ses tableaux, le séparent et l'isolent complètement des œuvres au milieu desquelles on l'expose. Il l'ait un trou, ou, pour mieux dire, une lâche de lumière dans la paroi sur laquelle on le place avec d'autres tableaux aux gammes plus sombres.

Ce n'est pas ainsi qu'il faut le voir. J'ai parfois rêvé d'être riche. Qui ne fait de temps en temps ce rêve-là? Je me réservais alors le plaisir de me l'aire un petit musée Ilamon. Je le meublaisdans un style néo-grec, ou, tenez! sans aller si loin, dans ce style Louis XVI, avec lequel son amour un peu conventionnel de la nature, d'une nature arrangée à sa guise, n'est certes pas sans afiinité : là, enlouré de ses plus aimables toiles, j'oublierais volontiers tout ce dont j'aime à ne me point souvenir.

On n'a pu exposer les œuvres de Ilamon, au Champ de Mars, dans les conditions exceptionnelles et peut-être un peu fantaisistes que je semble exiger; mais on a réuni un assez grand nombre de tableaux du même maître, et en les groupant, et les rapprochant très-habilement, on les a l'ait valoir les uns par les autres. Ilaaion est un de ceux qui gagneront le plus dans l'opinion publique au grand concours de l'.\rt en I8()7.

L'œil ravi se promène à travers ses toiles. Il parcourt les actes divers de la comédie humaine, interprétée par cette muse souriante, et entre tant de figures aimables, il choisit, pour y revenir et s'y arrêter, celle qui lui plaira davantage.

Ce n'est pas la moins jolie que nous offrons aujourd'hui à nos lecteurs, et elle a l'incontestable avantage d'être éminemment caractéristique de la manière de l'auteur.

C'est une jeune fille, une Hébé, une Aube, une Aurore, tout ce que l'on voudra de plus frais et de plus suave, de plus blond, de déplus rose, de plus vraiment jeune. Elle a soif, cette mignonne, et plutôt que d'aller boire au cabaret du coin, — comme ferait une demoiselle d'Ornans, ou de quelque autre village situé sur les terres de M. Courbet, — elle s'approche d'un convolvulus, et déguste la rosée dans son calice, plus fin que la mousseline d'un verre de' Venise, son calice aux bords enroulés, aux teintes argenlées, que rehausse un vermillon léger.

Vous voyez le tableau, que la pointe de notre graveur a rendu avec une fidélité photographique. Le motif était ingénieusement trouvé, et il a été rendu avec une véritable habileté de main, et un charme très-réel. Tout en conservant le flou ravissant et l'exquise morbidesse qui est l'apanage reconnu des types caressés par son pinceau, Hamon a su

donner à son personnage une remarquable correction de lignes. La tête est d'une grâce adorable, et c'est un trait d'une pureté enchanteresse qui dessine le contour de ce beau corps d'une jeunesse toute virginale. S il me fallait, bien malgré moi, signaler quelque desideratum dans cette œuvre aimable, peutêtre trouverais-je un peu de lourdeur dans les pieds et dans leurs attaches. Cette jolie buveuse fera ployer la feuille qui la supporte; elle défoncera le cellier. Une créature si aérienne, qui vit de si peu,n'apa5 besoin d'une base aussi large; elle doit voltiger parmi les fleurs sur lesquelles, tempérante et sobre, elle butine sa vie. Le pied est la partie la plus infime de notre être, celle qui nous rattache à la terre et nous plante au sol ; donnez-en donc le moins possible à cette idéalité, — tout juste ce qu'il faut, pour qu'on ne s'aperçoive pas qu'elle en manque.

Lons Enailt.

L'Artillerie espagnole de moutagues.

En regardant les remarquables modèles envoyés par les arsenaux espagnols, ces canons si courts et si légers pesant à peine cent kilogrammes, ces équipages aux formes singulières, ces petites roues et ces affûts que des mulets porlent sur leurs dos, bien des gens se sont demandé si ce matériel de guerre était vraiment destiné aux combats et ne représentait pas un matériel qui ne devait être employé que pour les amusements d'une parade militaire.

Ceux-là n'ont jamais entendu les soldats d'.Afrique raconter les longues courses de nos régiments dans les montagnes de l'Algérie, et ces rudes combats où parfois la journée entière se passait a disputer l'étroit sentier a^ix agressions des Kabyles se précipitant sur nos bataillons d'arrière-garde ; ils sauraient que bien souvent la mitraille des petits canons avait refoulé l'ennemi et permis d'enlever les blessés — que, plus d'une fois, les obus fouillant au loin les épais buissons de lenlisques qui le dérobaient à tous les regards, l'avaient délogé de positions dangereuses et assuré le passage de la colonne qui poursuivait péniblement sa marche ; et, parmi ces vieux routiers, il n'en est pas un qui n'ait gardé souvenir de l'un de ces moments terribles oii les secondes paraissent aussi longues que les heures, et qui ne se rappelle le soulagement ressenti quand on apercevait les artilleurs accourant avec leurs mulets , et qu'on les voyait saisissant leur canon, déchargeant les roues etl'alTùt, remontant la pièce en quelques secondes, commençant aussitôt le feu.

Quand j'exayiinais ces modèles espagnols, la pensée d'un chasseur de Vincennes nous redisant comment, dans une de ces journées que les Arabes nomment les journées noires, les petits canons du lieutenant de Bercklieim qui maintenant, je crois, est devenu général, leur avaient à tous sauvé la vie, me revenait à l'esprit. A bout de 'orées, ayant épuisé leurs munitions, acculés devant un espace découvert qu'il fallait traverser, ils allaient être débordes par la multitude des Kabyles, quand, sans s'inquiéter des balles tombant comme la grêle autour d'eux, les artilleurs accourent avec leurs mulets , placent leurs pièces en batterie, et permettent, par la justesse et la rapidité de leur tir, à la compagnie qui, quelques instants plus tard, aurait peutêtre été déiruite, de franchir la clairière etde venir se reformer auprès d'eux.

Les intéressants récits de notre ami Ducuingdans la Revue des Deux-Mondes nous ont fait connaître les curieuses péripéties de ces luttes soutenues en Navarre et en Kabylie par Zumalacai'reguietle maréchal Bugeaud, et en lisant ces pages émouvantes, l'on comprend les difficultés terribles de ces guerres de montagne et la nécessité de créer dans les deux arurées un matériel à peu près semblable, unissant la légèreté et la mobih^é à une solidité à toute épreuve, matériel à l'aide duquel on peut toujours atteindre l'ennemi sans jamais être arrêté dans les dilTrcultés du ter'rain.

L'Espagne, au reste, est bien la teri'e classique de la guerre de montagne, et sans remonter aux temps héroïques delà lutte contre l'islamisnre, qui de nous pourrait oublier les guérillas de la grande guerre d'Espagne'? Plein de bravoure et d'énergie, actif et infatigable, remarquable par sa sobriété et sa constance, le soldat espagnol est un des meilleurs soldats du monde, et il ])Ossède des aptitudes merveilleuses pour cette guerre difficile et rude entre toutes; mais l'armée espagnole, trèsinstruite et renfermant un grandnombre d'officiers de mérite, ne nous a pas seulement envoyé les spécimens de ses canons de montagnes; les autres pièces d'artillerie, que l'un de nos dessins représente, sont également dignes d'attention, et en général les hommes spéciaux ont été frappés du discernement qui a présidé au choix des modèles adopté pour l'équipement et pour le matériel. 11 y a là un élément de force incontestable, et, puisqu'au Palais du Champ de Mars les progrès accomplis dans les choses de guerre paraissent tenir aulant de place dans la curiosité publique que les progrès de l'industrie, nous devionssignaler d'une façon toute particulière les spécimens et les modèles de matériel de gueri'e qui font partie de l'exposition espagnole.

Comte de Castellane.

La Chapelle du Champ de Mars.

La chapelle..., du Champ de Mars ? Singulière antithèse, n'est-ce pas?Mais I Exposition elle-même, cette solennité pacifique, cette fête de la f'édératien des peuples sur un terrain consacré aux exercices delà guerre, n'est-elle pas une antithèse plus grande encore ? Ne nous arrêtons donc pas à ces contrastes de détail : ils abondent dans le Palais et dans le Parc.

Si nous voulions, en effet, nous arrêter aux contrastes, nous pourrions en citer bien d'autres, ne serait-ce que celui qui existe entre la chapelle et le temple du Champ de Mars, entre l'église catholique du quart français, et 1 église protestante du quart anglais. Dans celle-ci ni luxe, ni statues, mais la prière en permanence, l'aumône de la parole évangélique distribuée gratuitement à tous, des portes toujours ouvertes à la foule, le livre divin, la Bib'e, donnée par milliers d'exemplaires; dans celle-là le luxe des autels, tous les ornements du culte, des statues, de l'or, de l'encens fumant, des flots d'harmonie, un ensemble que l'on ne peut voir à moins de payer; dans la première la vie spirituelle, dans la seconde la vie des pompes lithurgiques.

11 est vrai que la chapelle du Champ de Mars n'est pas vouée au culte religieux, mais la foule l'ignore, et l'homme du peuple qui s'arrête devant les tourniquets de cette église, et qui recule parce qu'il faut payer, se demande pourquoi cette différence entre le temple protestant qui ne demande rien et qui donne beaucoup, et la chapelle catholique qui demande beaucoup et qui ne donne rien.

La religion catholique n'est donc coupable en tout ceci que d'imprudence, il faut le reconnaître. Elle n'aurait pas dû permettre qu'on laissât s'établir un droit à la porte d'un édifice que presque tous les visiteurs croient élevé par des mains religieuses et voué au culte, ou bien elle ne devait pas tolérer qu'une spéculation quelconque, pour faire valoir ses produits, les renfermât dans une construction en forme de chapelle catholique.

Cela dit, et la question de convenance religieuse mise à part, nous ne pouvons qu'applaudir à l'heureuse idée de renfermer une série de produits dans le local même pour lequel ces produits sont fabriqués. Il y a'dans celle disposition toute nouvelle le point de départ d'un mode excellent pour classer les produits dans les expositions futures.

Certes, l'Exposition universelle de 18C7 laisse bien loin derrière elle toutes celles qui l'ont précédée: qui peut dire cependant que l'oii ne saurait mieux faire et que l'avenir ne

nous réserve pas encore de plus grandes surprises et déplus admirables merveilles?

Au lieu de ce classement froid, de cet ordre péniblement obtenu et qui tant de loi? cependant ressemble à du désordre, au lieu de ces longues galeries, bazars énormes où tout est rassemblé depuis le plus délicat des bijoux jusqu'à la plus gigantesque des machines, depuis l'épingle jusqu'à la locomotive, pourquoi n'aurions-nous pas des palais dont toutes les parties seraient des spécimens divers de l'industrie'? les murs, les toitures, les rampes, les escaliers, les portes, les tentures, les glaces, les tapis, l'ameublement. On passerait ainsi du salon à la chambre à coucher, de la salle à manger aux cuisines, de la cave au grenier, et partout sur ses pas, on recontrerait le meuble ou l'objet exposé dans le milieu même auquel il convient. Les appareils de chemin de fer figureraient sur de petits cliemins de fer spéciaux, les objets de jardinage, les fleurs, dans des parcs, etc., etc.... L'Exposition de I8fi7 a fait quelques essais de ce genre et le plus complet sans doute estcelui de la chapelle.

A 51. Ch. Levêque est due cette tentative heureuse à moitié.

Je dis heureuse à moitié seulement, car M. (;h. Levêque n'avait pas seulement résolu de construire une chapelle pour montrer tous les objets qui doivent concourir au culte dans le mibeu même qui leur convient, il avait dressé les plans d'une vaste église : mais de grandes difficultés sint venues entraver son œuvre et la rendre incomplète.

Nous n'avons pas à pénétrer dans le détail de ces ditlicultés. Constatons-en le résultat. L'église est demeurée inachevée; le chevet seul a reçu son entière exécution, mais la moitié de la nef est tombée dans l'eau.... du lac voisin, qui s'étend, en effet, sur une partie de l'espace primitivement réservé à l'église.

M. Brien est l'architecte qui a conduit les travaux de cette construction, dont toutes les parties, tant extérieures qu'intérieures, sont autant de spécimens d'industrie, autant de produits exposés.

L'appareil de maçonnerie, les chemins de la croix incrustés dans le mur, les toitures, la plomberie qui la surmonte, les portes de la chapelle, tout cela est exposé.

A ces portes, deux hommes placés en avant du bénitier paraissent, au premier abord, de ux spécimens de donneurs d'eau bénite mais il n'en est rien; ces hommes, au lieu d'offrir le goupillon, tendent la main pour recevoir dix sous.

Le tourniquet passé, nous pénétrons dans la nef. Elle est gothique, mais les chapelles, qui rayonnent autour du chevet, sont construiles sur des plans différents, afin de permettre aux divers styles de décorations employées par l'église de figurer dans le milieu spécial qui convient à chacun d'eux, Cette

diversité de styles est assez bien ménagée et ne chrque nullement les regards.

Ce qui choque un peu plus, sinon les yeux, du moins l'esprit, c'est le spectacle que présente la chapelle, sous les voûtes de laquelle retentissent les conversations des visiteurs, ce sont les autels tout dressés avec des pancartes auprès pour en indiquer les prix; on a beau se dire que l'on n'est, après tout, que dans une halle en forme d'église, l'imagination n'en est pas moins frappée et comme offensée.

Mais encore une fois, laissons de côté ces considérations, et parcourons, si vou! le voulez bien, les diverses chapelles groupse.5 autour de la nef

Voici, d'abord, que nous mar.;lions su ■ un exposant ou, pour m eux dire, sur ses produits, nous avons à nos piedi un carrelage céramique de divers tons et de divers genres voici encore un carrelage mosaï |ue, les carrelages se succèdent et ne se ressemblent pas. Il y en a d'assez vilains à côté de certains autres qui nous ont paru remarquahlej et, par exemple, ceux de M. Bonnet, de Rouen. Voici encore sur nos lêles et près de nous des peintures murales exécutées par M. Emile Lucas. L'ensemble de ces peintures nous paraît assez heureux.

La plupart des objets d'art se rapporlant en France au culte catholique nous paraissent être entachés de mauvais goût, et nous allons en citer quelques preuves dans l'église même du Champ de Mars.

Dans la première cbapc le à gauche figure une g otte en rocailles surmontée de Notre- Dame de Pilié. Celte grotte renferme la mise au tombeau de Jésus-Christ, qui comprend nejf personnages de grandeur naturelle. La pose de ces personnages ne nous parait pas heureuse, et malgré l'expression vraie empreinte sur la figure de la Vierge Marie, nous ne saurions louer l'ensemble de la comjiosition.

Mais qu'est-ce donc que ce saint et que celle martyre étendus sous des châssis de verre? Quel est cet art, sans parler même de l'inconvenance de ces poses affectées, théâtrales dans deux saints qui doivent être offerts à la vénération des fidèles? Ce sont des figures de cire sans expression, aussi fades, aussi fardées que celles dont les coiffeurs font usage et qu'ils exposent dans leurs \itrines.

Nous aimons mieux la Vierge de M. Froc- Robert, exécutée d'après une fresque de la Trinité-du-Mont, à Rome. La Vierge est assise auprès d'une tige de fleurs de lis, emblème d'innocence et de b.°auté, la main de Marie fait tourner un fuseau; la pose e.-t gracieuse et noble, le visage admirable.

Voici les orgues à 100 francs de iM Alexandre. Vrais chefs-d'œuvre de bon marché que les plus pauvres paroisses peuvent se procurer, et qui peuvent suffire à leurs cérémonies religieuses.

UST«EE,

Plus loin, nous remarquons un bel autel en hois sculpté, dans le style du dix-huitième siècle. Il eft exposé par M. Aubry, sculpteur à Guespunsart (Ardennes').

MM. liarhezat, Ducel. Durenne, que l'on rencontre en tant d'endroits dans le Ciiamp de Mars, ont encore un grand nombre de produits dans les diverses parties de la cliapelie; nous avons remarqué surtout un bel autel dans le style du treizième siècle, exposé par M. Durenne, et sa magnifique grille de chœur.

En poursuivant notre examen, nous trouvons encore à signaler des beaux ornements, tels que chasubles, croix, bannières, oriflammes, exposés par MM. Biais et Rondelet. Tous ces ouvrages d'une grande richesse sont dessinés avec goût.

Voici un grand et beau lustre à 72 bougies en cristal. Les chemins de la croix sont nombreux, mais généralement copiés sur le même modèle et peu remarquables.

Dans un petit cadre de verre fi ure un christ en ivoire de petite dimension, le seul objet ancien qui soit dam la chapelle. C'est une belle œuvre du seizième siècle.

Sur les pointes des grilles du choîur et dans tous les llambeaux des autels on a placé des cierges et des bougies de cire. On sait que cette fabrication occupe des maisons spéciales et que certaines églises font une consommation prodigieuse de cire, dont la plus grande partie est offerte par les fidèles. La maison Halbout expose tous les types prescrits soit par le rite romain, soit par le rite parisien ; on voit dans la chapelle toute espèce de cierges , depuis l'immense cierge pascal jusqu'au petit cierge que brillent les gens pieux devant les statues des saints.

Voici encore une très-belle chaire à prêcher en bois de chêne sculpté sortant des ateliers de M. Klein, à Colmar.

Voici encore un autel gothique en marbre blanc digne d'être vu.

Remarquons quelques brijle-parfums, dçs missels, des bréviaires de la maison Lesortj enfin de grandes et belles verrières exposées par plusieurs manufacturiers, des vitraux de M. Ilusson, représentant la Présentation do la Vierge au temple, nous ont paru d'un éclat merveilleux et d'une belle composition. Du reste M. Husson a rempli les églises de Paris de ses magnifiques travaux; il suffit de citer ses verrières de Notie-Dame, de Saint-Germain l'Auxerrois etde la Sainte-Chapelle que tout le monde admire.

Mais ne quit'ons pas la chapelle du Champ de Mars sans rendre grâces àM. Cavaillé-Coll. Son orgue, l'un des plus grands attraits de l'église, enchante les visiteurs par ses sons harmonieux qui les retiennent longtemps sous les sombres voûtes du temple.

Les orgues de M. Cavaillé-Coll ont depuis longtemps acquis tnc grande et juste célébrité. Plusieurs églises de Paris, de nombreuses cathédrales de la Province et les plus riches

églises de l'èli'anger sont en poîssession des magnifiques instruments de ce facteur sur lequel toutes les récompenses ont été épuisées, il a reçu la grande médaille d'honneur à l Exposition universelle de 18.^5.

PaI!L liEr.LKT.

Les petits Métiers.

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