‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 80 sur 134 · LA TAILLERIE DE DIAMANTS · texte numérisé non relu

LA TAILLERIE DE DIAMANTS

Je n'ai aucune peine à avouer la sympathie que m'inspire toujours l'homme assez courageux, assez désintéressé, assez ami des intérêts de son pays, pour tenter de le doter d'une industrie, au risque de ses propres intérêts, au détriment de son propre repos et de sa fortune. C'est l'œuvre qu'a tentée M. Bernard, en France, et de cela il faut le louer hautement.

Il peut sembler singulier que ces diamants qui doivent être vendus à Paris, se dirigent du Brésil sur Londres, de Londres sur Paris, puis se rendent à Amsterdam, oii ils seront travaillés, pour revenir enfin à Paris, oii ils seront montés et mis en vente. Pourquoi ce voyage à Amsterdam ?

Ce n'est pas qu'on n'ait tenté à plusieurs reprises de nous afTranchir de ce tribut que nous payons sottement à la Hollande. Mazarin, qui aimait beaucoup les pierres fines et les diamants, — était-ce pour leur éclat, était ce pour la valeur considérable qu'ils représentaient sous un petit volume, peu importe, il les aimait, — Mazarin fit venir d'Amsterdam un certain nombre d'ouvriers en diamants et les installa à ses frais. C'est dans cet atelier improvisé que furent polis les beaux diamants connus sous le nom des Borne Mazarins. — Mais quand ce ministre mourut, l'atelier se ferma, les ouvriers se dispersèrent, et cette tentative resta sans résultat.

Plus tard, un homme de goût et d'esprit, M. deCalonne, alors au ministère, renouvela l'essai de Mazarin. Sous sa haute protection, un atelier s'organisa et commença àtraviil- 1er. Mais des préoccupations plus graves devaient bientôt faire perdre de vue à l'élégant ministre son essai d'acclimatation. Devant la tempête qui se prépara:it, les Hollandais quittèrent en toute hâte la France, fort heureui^

L'EXPO

SITION UNIVERSKI.I.K DE ISBÎ ILLUSTKKli,

di^ se voir encore libres de ret^^ogner leur pajs.

Depuis cette époque, la taillerie de rliatuants était monopolisée par Amsterdam, quand, en 1857, M. Bernard essaya de délivrer la France de l'impôt qu'elle paye annuellement à la Hollande. 11 fit venir successivementd'liabiles ouvriersqu'un salaireexcelfent détermina à s'installer en France. En présence des efforts énerj^iques de cet industriel, le gouvernement voulut donner à l'établisse m eut naissant un appui moral qui le recommandât au commerce français. Le titre de taillerie impériale donné à l'usine du boulevard des Fourneaux n'a pas été sans influence sur la rapidité de son développement. Aujourd'hui, une centaine d'ouvriers à Paris travaillent le diamant. Quelques-uns sont établis chezeiix et travaillent à leur compte. Ils apprennent à leurs enfants leur industrie et préparent ainsi une génération d'artisans intelligents et habiles qui appartiendront réellement à la France et qui concourront à sa richesse et à sa prospérité! Les salaires sont assez élevés pour que les ouvriers ne manquent pas. Payés aux pièces, ils peuvent gagner de 10 à 30 francs par jour. Les personnes qui ont vu fonctionner au Champ de Mars l'atelier de IVI. Bernard se rendront compte de cet écart. Tout dépend de l'habileté de l'ouvrier, et un peu du travail qui lui est confié. Ainsi, étant admis que tout diamant taillé on brillant doit avoir 04 facettes, il est facile de comprendre qu'il y a plus de facilité à travailler un diamant gros comme un pois qu'un diamant gros comme une tête d'épingle.

Aux difficultés, aux entraves, aux ennuis de toutes sortes qui ont assiégé cette œuvre à ses débuts, aux injustices qui, dernièrement encore, venaient frapper M. Bernard , l'homme industriel peut opposer comme consolation la conscience du devoir accompli et d'un grand service rendu à son pays.

Page 1