‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 81 sur 134 · LES BIJOUX EN CHEVEUX · texte numérisé non relu

LES BIJOUX EN CHEVEUX

On étonnerait, je crois, bien des gens, en leur apprenant qu'en France, une quarantaine de maisons se font un petit revenu annuel d'une vingtaine de mille francs, en façonnant les cheveux et en les appliquant à la bijouterie.

Depuis la célèbre Bérénice qui fournissait des constellations à l'observatoire de son temps, les cheveux ont eu de nombreux et singuliers emplois. Ils ont tervi, chez les peuples poétiques, de gages d'affection ou de souvenirs. Chez les Romains, peuple plus positif, plus pratique, on avait tenté de les utiliser dans la fabrication des armes de guerre. On les tressait et on les substituait à la corde de l'arc. Leur souplesse et leur él,aslicité se prêtaient à cet usage, mais leur trop vive sensibilité hygrométrique les fit bientôt repousser. Au surplus, dès cette époque la coquetterie féminine commençait à les utili-

ser, et si l'art du « posticbeur » n'avait pas atteint la perfection qui fait la gloire du dixneuvième siècle, il rendait déjà quelques services. Il est permis de croire, cependant, que la (t perruque » n'était encore qu'à l'état rudimenlaire. Autrement, César eùt-il été obligé de conquérir les Caules pour cacher sous les couronnes de lauriers sa précoce calvitie? A quoi tiennent cependant les destinées des empires.

Vous savez ce qu'est devenu, grâce aux progrès modernes, cet art, qui s'est fait industrie, et dont les produits appartiennent à la catégorie des objets de première nécessité. Auprès de cette industrie s'en est élevé une autre, plus modeste, moins utile, mais plus sentimentale. Je ne sais comment dire autrement. C'est la bijouterie en cheveux. Si je ne considère que les tableaux, les portraits, les fleurs, les chiffres, les tombes avec saules et inscriptions, etc., que l'on obtient avec les cheveux, j'avoue que cette façon d'envisager l'art d'imitation me sourit assez peu. Mais sous ces petites œuvres d'un goût au moins singulier, se cache une main d'œuvre dont le salaire s'élève annuellement à près d'un million. Ceci dcjà devient intéressant. Mais si j'ajoute que ce salaire appartient en grande partie à des femmes, qui gagnent au minimum quatre francs par jour, et dont la semaine s'élève parfois à 30 ou 36 francs, j'avoue que je ne me sens guère le courage de railler les gens qui ornent leur glace et leur cheminéedeces bijoux. 40 maisons en France, dont 20 à Paris, et les autres à Tours, Lyon, Nantes, Chanibéry, occupent 50 dessinateurs environ et 500 ouvrières. C'est peu, mais trouvez-moi beaucoup d'industries, parmi celles qui emploient des femmes, ijui donnent de pareils salaires! La bijouterie en cheveux a donc droit à l'attention de l'économiste. Elle a à sa tête des industriels fort sérieux, et je n'en veux pour preuve que les médailles décernées successivement à M. Beaufour-Lemonnier, en 1855, à Paris, en 1862, à Londres. M. Lemonnier dont vous pouvez voir l'atelier dans la galerie du Travail manuel, paye annuellement pour soixante millefrancs de main d'œuvre, ce qui représente un chiffre total d'affaires de deux centmil le francs. Voilà des chiffres qui doivent entrer en ligne de compte dans le travail que le jury de cette classe va publier vers la fin du mois prochain.

ViCTOii Cosse.

L'Ostréiculture au Champ de Mars.

LES ÉTABLISSEMENTS DE RÉGNEVILLE (Près Goutances).

Une nouvelle agriculture commence; c'est l'agriculture de la mer.

Non-seulement on peut ensemencer les fleuves, les rivières, les étangs, les viviers, de belles espèces vivantes et comestibles, mais les côtes de la mer offrent aussi les champs les plus vastes à la culture maritime.

De même que Protée, dans les poèmes de Virgile, menait paître ses troupeaux marins, de même en traitant et en entourant d'une certaine façon un certain espace de côtes, on peut semer, élever, faire paître, ramener au bercail les troupes dociles des soles, des turmous et même des saumons.

Mais la routine ne se laisse pas facilement convaincre, et, en attendant que le pâturage iriaritime s'exerce en grand, la culture de la mer a débuté par adopter seulement les espèces les moins mouvantes, celles qui sont attachées au fonds marin comme la plante est attachée au fonds terrestre.

La moule, l'huître, voilà ses premières conquêtes !

La moule se cultive déjà depuis le dernier siècle. C'est surtout dans la baie de l'.4iguillon, où elle a été importée par le célèbre Walthon, qu'elle fournit de grandes richesses. Là, on ramasse chaque année les moules récoltées sur les Boutcboat ou Bouchots, assez pour en remplir d'immenses navires. Rien de plus dramatique que l'histoire de cet inventeur. Sauvé, lui troisième, d'un naufrage par les pêcheurs de l'Aiguillon, il les a dotés à la fois d'une richesse intarissable et des moyens de la récolter malgré la vase. Fascines, bateaux-traîneaux ou acons, il pourvut àtoutet, depuis près d un siècle, les pêcheurs ne prononcent son nom qu'avec reconnaissance.

Mme Sarah-Félix et M. Chaillet qui ont naturalisé à Régneville la culture de l'huître, ne sont pas encore arrivés à ce degré de popularité sur la côle de la Manche. La routine s'est élevée contre leurs établissements, et si elle est vaincue, ce ne sera que par l'éclat des vérités les plus palpables. Les tuiles exposées dans l'un des bassins de l'aquarium maritime et chargées d'huîtres semées par eux ne sont qu'une faible partie de ces vérités palpables. Ce sont les parcs mêmes de Régneville qu'il faut visiter, qu'il faut avoir vu commencer, grandir et devenir une institution-modèle.

Que l'on se représente une étendue considérable de côtes abritées contre l'invasion de la mer [lar de puissantes digues insubmersibles qui ont coûté à la fois les plus ingénieux efforts du constructeur et des sommes considérables I Cette étendue de côtes est creusée à peu près partout au même niveau et divisée en parcs nombreux sur les digues desquelles on peut établir une surveillance de tous les instants. L'eau de la mer n'y arrive qu'avec la force, larvitesse, la hauteur, calculées pour le succès des cultures.

Dans les parcs destinés spécialement à la reproduction, des claies sont disposées, et sur ces clayonnages reposent des tuiles. Sous ceg

tuiles sont jetées des liuitres, lesquelles, la saison venue, abandonnent à l'eau leur frai qui, vu au microscope, contient des milliers de petites huîtres pour une seule huître mère. Ces petites huîtres ou naissain s'attachent aux tuiles, s'y nourrissent, s'y développent, et n'étant contrariées ni par les vents, ni par les grosses marées, de plus recevant un flot chargé d'animalcules imperceptih es à l'œil, mais plus abondants sur les eûtes, ces petites huîtres, disons-nous , deviennent promptement adultes et bonnes à manger. Leur goût ne ressemble en rien à celui des huîtres que l'on pourrait appeler sauvages. Ce sont des fruits exquis et le nom d'ortolans de la mer dont on les a baptisées au congrès normand de 1803, a été adopté par le monde de la gourmandise. La coquille est légère, peu lirge mais profonde.

Le poisson qui la rem^ plit estgras, savoureux.

H y a entre lui et le mollusque venu sur les rochers battusdu flot la même différence qu'entre la pêche cultivée à Monireuil et la nèOe agreste.

Nous avons vu poser nous-même les tuiles qui figurent aujourd'hui à l'aquarium.

C'est d'inductions en inductions qucM. Chaillet et Mme Sarah-Félix sont arrivés à ce résultat merveilleux. Dire ce qu'il leur a fallu d'essais, de dépenses, serait impossible, mais aujourd'hui le problème est résolu. Ayez de grands espaces de côtes incultes, disposez-les à l'abri des fureurs de l'océan, faites une mer tranquille, mais cependant toujours renouvelée, couvrez-la de ma-

Les tailleurs de diamants.

Les PL'llTS MKTlbKb ; Bijoux en cheveux. — Dessins ue Al. Gaiidrau.

lériaux capables de recevoir le naissain des huîtres semées sur le fond, et vous aurez des récoltes inespérées.

Le jury, à ce que nous apprenons, décerne aux deux fondateurs des établissements de RégneviUe une médaille d'or. Ce n'est, il faut le penser, qu'une première justice.

Il y a là pour l'huître le même succès que Walthon a obtenu pour la moule. Celle-ci, par son abondance , est devenue à un bas prix excessif et tombée en défaveur, mais l'huître est chaque jour plus recherchée. On n'en consommait à Paris , au commencement de ce siècle, que quelques milliers de paniers ne s'é'evant guère pour le prix qu'à un total de cinq ou six cent mille francs. Maintenant c'est par millions que kihouche toujours ouverte du Gargantua parisien en demande et en consomme. Le prix de la douzaine a quintuplé, et tout annonce qu'une diminution ne peut se manifester que si l'on découvre de nouveaux bancs très -riches ou que si la production artificielle se développe.

11 y aurait donc lieu d'étudier avec la jilus grande attention les moyens employés à llégnevilleet à les propager. Voulant atteindre un succès dans lequel ils avaient mis leur honneur et leur avenir, les fondateurs des établissements de cette . plage n'ont rien épargné. Des sociétés élégantes peuvent se promener à l'aise sur leurs digues. Tout ici est grandiose et fait pour défier le temps.

Que nos pêcheurs , sur toutes les côtes propices, imitent, sur une moindre échelle

aUlTRIHlE DE llJiGWEVlLLE. — Dussin de M. Lans(

I S parcs, les prises d'eau, le clayonnage, la distribution des tuiles ou autres objets destinés à recevoir le naissain, qu'ils pi-otégent ce naissain par des ouvrages qui, au besoin, ; cuvent être communs à tout un canton, et

bientôt nous verrons les huîtres de culture devenir aussi communes que les fruits de nos jardins. Le banc naturel, c'est la forêt, c'est la grande. pépinière universelle. Si le système de M. Cbaillet et de Mme .Sarah-Félix'était

adopté et pratiqué, on ne pécherait plus daus la mer commune que pour obtenir des huîtres destinées à la reproduction.

Un savant auquel nos populations maritimes élèveront certainement un jour dos

AyUARIUM D'HUITHES DE RÉGMEVILLE AU CHAMP DE MARS. - Dessm de M. Lanson.

statues, M. Coste, dans son éloquent mémoire sur la production de nos côtes, a prédit avant nous qu'il viendrait un jour où une ceinture presque ininterrompu?, d'huîtrières entoureraii nos côtes de la Manche et de l'Océan. Les efforts que nous exposons ici d'une manière sommaire justifient cette prédiction.

Nous devons ajouter que tous les parcs de Régneville ne sont pas destinés à la reproduction. Un grand nombre servent à assainir, à reposer, à engraisser, à verdir même, l'huître prise sur les tiancs; et là elle acquiert une saveur presque égale à celle du mollusque cultivé.

Le gouvernement a d'ailleurs une part du mérite de ces établissements. Il a, en 18(i2, avancé sur les prêts desliaés à l'industrie, une très-forte somme aux fondateurs. Qu il poursuive son œuvre, qu'il reconnaisse les services rendu i en abandonnant sa créance. M. Chaillet et Slme Sarah-Félix, délivrés de l'épée de Damoclès suspendue sur eux par suite de cette dette, pourront achever et perfectionner ce qu'ils ont commencé, et la France leur devra une source d alimentation vraiment inappréciable. On joindra leurs noms à ceux de Coste et de W'althon.

Léon Pliîe.

Les vins de France '.

Après les céréales, le vin est la production agricole la plus importante en France. On évalue la récolte des céréales à 3 milliards, et celle des vins à 750 m. liions de francs. Les céréales occupent environ 14 millions d'hectares des meilleures terres, tandis que la vigne n'occupe que 2 500 000 hîctares des plus mauvaises. Ces mauvaises terres payent eu proportion autant d'impôt que les meilleures. En outre, le vin rend chaque année au Trésor 250 millions.

La quantité de vins de toute nature récoltée en France varie suivant les saisons de 50 à 70 millions d'hectolitres, pour une population de 3iS millions d'habitants, c'est moins de 2 hectolitres par personne. Aussi, avons-nous beaucoup de nos compatriotes qui ne boivent que de l'eau.

Comment se distribue la récolte annuelle? Une partie est consommée par le producteur, une autre partie est achetée par le commerce, qui la revend avec de gros bénéfices après lui avoir fait subir toutes sortes d'altérations; enfin une au^re partie est livrée aux flammes.

Le commerce achète les grands vins, les mélange avec des crus inférieurs et les livre sous de fausses marques d'origine. C'est ce qui explique pourquoi on vend pour 5 à 6 francs une bouteille de clos-vougeot, qui

1. L'étendue de l'article si important tt si iiitéressanL de .M. Jacques Valserres nous oblige, contre notre habitude, à renvoyer la fin à la prochaine livraison.

coûle 8 francs sur les lieox. Le commerce exporte environ 3 millions d'hectolitres par année. La plupart de ces vins sont tellement falsifiés, qu'ils trouvent difficilement à se placer. Quelquefois, ils reviennent au port d'embarquementj oit ils sont vendus à des prix dérisoires.

La distillation porte chaque année sur environ 10 à 12 millions d'hectolitres de vinj. Elle a lieu dans les deux Charentes, où l'on fabrique le cognac; dans le G rs, où l'on produit l'armagnac; dans Lot-et-Garonne, où l'on obtient les eaux-de-v'e communes; sous le nom de marmande dans I Hérault, dans l'Aude et le Gard, qui sont les centres de fabrica'tion du trois-six. Malheureusement, toutes ces eaux-de-vie, tous ces alcools sont mélangés avec les produits de la betterave que, depuis quinze ans, le nord de la France fournit en grande abondance.

La vigne est cultivée dans quatre-vingt-un départements, et se trouvait représentée au Champ de Mars par soixante-cinq déparlements et six cents exposants. C'est peu eu égard à l'importance de cette branche de notre économie rurale. Les organisateurs de l'Exposition ne se doutaient certainement pas de cette importance. Aussi, ils avaient relégué nos vins dans une étroite galerie à laquelle on arrivait très-dilficiiement, et dans laquelle il n'y avait ni air ni lumière. Les bouteilles étaient entassées les unes sur les autres, à une hauteur de pluiieur:, mètres. Tout cela n'était pas digne de la viticulture française, qui n'a pas d'égale dans le monde.

Ce n'est pas tout encore. On avait nommé pour dégustateurs des marchands de vins, très-forts sans doute en matière de coupages, m,is dont le palais est bien trop perverti pour juger en conLaissance de cause nos vins les plus uélicats. Cas hommes, dont le savoir œnologique est très-borné, ont rejeté comme des produits sans valeur les vins qu'ils ne vendent pas habituellement, où qu'ils n'ont pas trouve de leur goût, "Voilà qui explique pourquoi la répartition des méJailIcs a soulevé tant de récriminations.

Nous allons réparer leur oubli, en présentant un résumé des principaux crus de France et en signalant quelques vins estimables dont les dégustateurs ignoraient jusqu'à l'existence. C'est pourquoi nous nous occuperons avec quelques détails des vins de Bordeaux et des vins de Bourgogne, puis nous résumerons, en quelques mots, ce qui est relatif au Champagne, aux vins de la côte du Rhône, du Rhin Irançais, du Midi, en ayant soin de rattacher à chacune de ces catégories les produits qui s'en rapprochent le plus et qui se vendent sous des noms supposes.

Les vins de la Gironde, et notamment ceux du Haut-Médoc, sont les premiers du monde, aucun autre pays n'a la prétention de les imiter. La Gironde ne compte que 1 10 niiUe hectares de vignes, qui produisent

année moyenne 2 millions d'hectolitres. Ces produits sont de qualités diverses suivant la nature du sol, l'exposition, les cépages, la manière dont on les fabrique et le soin qu'on leur donne. Le territoire des vignobles girondins se divise en- trois classes: les coteaux, les graves et les palus. Le Haut-Médoc, qui donne les plus grands crus, se trouve sur les coteaux. Les vignobles sont parallèles à la Gironde et reçoivent les rayons du soleil levant. Le sol est en majeure partie composé de silice de quartz susceptibles d'être taillés, d'argile et de fer. L'analyse d'un échantillon de terre prise à Château-Laiïitte, fait connaître que sur cent parties il y en a G2 de cailloux roulés de quiirtz, 28 de sable fin, C de silice pure, 1 d'humus, soit ensemble 97 parties ; il en reste 3 qui comprennent de l'alumine, de la chaux et du fer.

Les graves qui s'élèvent en pentes insensibles, se composent de cailloux roulés, do sable, d'argile, de calcaire, mélangés dans de certaines proportions. Ce territoire commence aux portes deBordeauxet se prolonge jusqu'à l'entrée du Médoc. Il fournit de tiès-bons crus dont Châleau-IIaul-Brion et Cliàlcau Car bonneux sont les types. Enfin on nomme palus les terrains d'alluvions, formés par laGaronne et ia Dordogne. Ils sont d'une fertilité extrême, mais ne donnent que des vins de dernière qualité. Comme type, on peut citer les produits de l'entre deux mers.

Les cépages que fournissent les grands crus rouges sont : le carmcnet ou corbenet, la carnienère, le masbcek, le petit verdot, le gros verdot, le merlotel le massoulet. Il y a d'autres variétés plus fécondes qui fournissent les vins ordinaires. Les vignes blanches sont plantées de sauvignon, deséinilion.de rochalin, de verdot, de blanc-doux et de pruers. li y a d'autres plants pour les vignes commones qui sont plus productives.

Sauterne et Barsac fournissent les grands vins blancs du déparlement de la Gironde. Les crus sont secs en général, ils ont un goût de pierre à fusil très-agréable. Mais la commune de Sauterne possède Château-Yquem, dont le vin est d'une telle suavité qu'il laisse le tokai doux bien loin derrière lui. La fabrication de cette sorte de vin ne remonte pas à plus de trente ans. Il est bien supérieur au constance, au point de vue de la qualité marchande. Les vins rouges du Médoc se divisent en châteaux^ en bourgeois et en paysans. Les vins de châteaux, traités selon toutes les règles de l'œnologie, tiennent la tête ; après viennent les vins de bourgeois dontLoutillage est moins parfait, et les méthodes moins savantes ; enfin les vins de paysans, qui souvent sont faits sans soins, et qu'on administre mal, occupent le dernier rang. Toutefois, il arrive que, fréquemment, les vignes appartenant à des bourgeois et à de simples vignerons, se trouvent cultivées dans les grands crus, preuve évidente que la culture, les procédés de vinification, et les soins après

a vendange sont le secret de faire d'excellents vins. On cite le Branue-mouton qui jadis était un second cru, et qui, à force d'industrie, se trouve aujourd'hui classé au premier rang.

Un savant chimiste de Bordeaux, M. l-aure, a fait avec beaucoup de soin ranal)'SO des vins du iMédoc. Il y a découvert deux principes qu'on ne soupçonnait pas avant lui : le fer et l'oinaothine. Le fer donne à ces produits des qualités fortifiantes qui les rendent très-favorables aux personnes faibles de complexion. L'irnanlhine, est une substance glutineuse, filante, élastique, qui unit entre eux les principes constitiuifs du vin, et lui donne le velouté, le moelleux, l'onctuosité, qu'on ne trouve que chez les grands crus du Médoc. L'œnanthine et le bouquet sont les deux substances qui caractérisent ces produits et qui sont le plus recherchées par les connaisseurs. Mais après de nombreuses recherches, M. Faure déclare qu'on n est point encore parvenu à découvrir la nature de ce principe inconnu qu'on appelle bouquet. En revanche les gourmets et les dégustateurs savent très-bien saisir les nuances qui distinguent les différents crus, ils affirment que le Chàteau-Laffite rappelle à la fois le goût de l'amande et le parfum de la violette, et le Branne-Mouton le goût de la noiselte et un parfum trèsdélicat facile à percevoir, mais très-fugitif.

Les principaux grands crus du Médoc sont : Cbàteau-Lafiile, Châleau-Latour, Branne-Mouton, Chàteau-Léoville, Cbâteau-Margaux et dans la région des graves, on cite en preniière ligne Ciiateau-Haut-Brion, vin rouge et Châleau-Carhonneux vin blanc.

Nous laissons de coté les palus, pour arriver aux grands crus de Sauterne, de Barsac, et autres communes environnantes, qui forment la lêtc des graves, et parmi lesquels le Château-Yquem est le type des vins doux.

L'alcool est, avec l'acide et le tannin les éléments conservateurs du vin. Les rouges renferment moins d'alcool que les blancs. Les grands crus n'en ont guère que de 8 1/2 à 9 1/2 pour UlU. Les autres peuvent titrer jusqu'à 1 I pour 100. La proportion est un peu plus forte chez les blancs. Dans les boimes années elle peut s'élever jusqu'à 15 pour 100, les moins riches ont de 7 :i 8 pour 100.

Ce qui fait la supériorité des grands crus de Bordeaux, c'est leur faible titre d'alcool, on peut ainsi en boire beaucoup sans avoir la tête prise. D'un autre côté, les vins qui ont moins de 11 à 12 degrés, fermentent uiieux que les vins plus riches dans lesquels il reste toujours du sucre. Us sont ainsi mieux conditionnés, redoutent moins les maladies, et se conservent plus longtemps.

Le Champagne est un vin factice inventé par ks moines du dix-huitième siècle. On

L'EXPOS-ITION IINIVERSKLLE DE 1 867 ILLUSTRÉE.

doit aussi aux moines les principales méthodes de vinification connus dans le Bordelais et notamment en Bourgogne. Mais depuis lors, on les a beaucoup perfectionnées.

Le sol crayeux de la Champagne fournit un petit vin léger et résistant, qui est mousseux de sa nature. La c airettc de Die, la blanquette de Limoux et beaucoup d'autres vins blancs jouissent des mêmes propriétés. En Champagne, tout vient au secours de la nature. C'est au moyen du sucre candi et de l'essence de vieux vin qu'on donne au Champagne Ses qualités particulières. Le grand secret de cette fabrication est-il dans les mélanges dont chaque maison possède une formule? Les vins blancs de toute so te et de tous les pays servent de matière première. Le vin seaible, sur les lieux, y entrer pour une certaine part. Le vin resté deux ans ea tonneau, on le mélange ensuite dans les proportions voulues, et on le met en bouteilles. Les bouteilles sont placées sur pointe et tournées chaque jour, jusqu'à ce que le dépôt arrive sur le bouchon. Alors, oji dégorge, eton-remplit le vide avec de l'essence de Champagne, dans laquelle on a fait dissoudre du sucre candi. Les champagnes destinés à l'Angleterre et à la Russie reçoivent une addition de cognac Le titre alcoolique de ceux destinés à la consommation intérieure, varie de 10 à 12 p. 100.

Les bouteilles qui ont subi l'opération du dégorgement sont bouchées à la mécanique. On y met l'étiquette, puis on peut les expédier. On calcule que laChampagnevend en moyenne 20 millions de bouteilles chaque année, et qu'il y a toujours dans les caves pour huit ans d'approvisionnement. Les caves sont creusées dans la craie. Cilles de M. Folkson, de Chàlons-sur-Marne, avaient, la dernière lois que je les ai visitées, 14 kilomètres de longueur, on pouvait les parcourir en chemin de fer.

Les grandes marques de Champagne sont veuve Cliquot, de Reims, Moët et Perrier, d'Épernay, et beaucoup d'autres, qu'il serait trop long de nommer. SI. Folkson est connu pour ses champagnes à 2 francs la bouteille.

Ce vin, le plus éminemment français, est l'objet de nombreuses imitations. En Bourgogne, on fait de très-bon Champagne. Je citerai entre autres celui de j\l. Paul Labouré, de Nuits. On fait aussi du Champagne sur les bords de la Dore, en Auvergne, mais il est aussi mauvais que celiii fabriqué en Amérique- J. Valserres.

CIIKONIQUË.

La semaine du déménagement a commencé : les ballots du mois de mars reparaissent fin ociobre, non plus pour apporter mais pour remporter. Les rails des voies ferrées qui relient le Champ do Mars à la

gare ont été reposés. Dans quelques joura nous verrons ce lamentable défilé; et tout sera consommé. Sur tous les .établissements du Parc, sur chaque objet exposé on lit ce triste mot : A vendre. Hélas, oui I tout est à vendre, même les débris du Palais. Pourquoi donc le Champ de Mars n'est-il pas à vendre aussi'? nous lui trouverions plus d'un acheteur. Les cent raille pétitionnaires qui sollicitent le maintien du slalu qno se chargeraient de fournir le capital d'acquisition suffisant.

Un soleil splendide a favorisé la visite de l'empereur d'Autriche. On aurait dit l'Exposi ion du mois de mai, avec toutes les ferveurs du début. La section autrichienne, cela ■S'a sans dire, s'était parée pour la circonstance; et le buste de l'empereur François- Joseph, coulé en fonte d'un seul jet par M. Zégut, dominait toute la rue d'Autriche.

La police, ayant reçu pour mission d'évi-' ter tout encombrement à l'empereur d'Autriche, visitant le Jardin réservé, cette merveille des merveilles, la police, dis-je, s'est avisée d'un tour malin. Les agents ont fait ranger la foule d'un coté, comme si François-Joseph allait les suivre, pendant que François-Joseph passait du côté opposé, à l'abri des curieux.

Eh bien ! quel mal y aurait-il eu à ce que l'empereur d'Autriche passât, comme fait l'empereur des Français, entre une double haie de curieux'? U aurait été partout accueilli par des saluts respectueux et des vivat sympathiques.

Bonc, au 31 octobre, tout sera fini; et le rideau baissera définitivement comme sur une féérie. Ahl la nuit sans lendemain du 31 octobre sera belle à voir, comme une sortie de banquet; et je conseille aux étrangers, curieux d'un beau spectacle, de ne pas manquer celui-là.

Cependant; que le tourniquet se garde bien d'abdiquer! Tant que les conduits d'eau et de gaz ne seront pas coupés, il y aura des obstinés qui ne voudront pas croire que l'Exposition est finie; et il est bon que le tourniquet soit là pour les punir de leur obstination. La race du gabelou est immortelle !

Sur le tard, la Commission impériale fait largesse; et elle a chargé la Commission d'encouragement pour les études des ouvriers de la diàtribution de ses faveurs. Savez-vous combien nous avons distribué de billets gratuits la semaine dernière? deux cent vingtcinq mille. Et qu'on ne dise pas que pour un billet gratuit, donné à un ouvrier, nous avons attiré sa famille payante! C'est surtout aux ouvriers chefs de famille que nous avons recomraandéauxDeléguésdeprodiguer les billets, sur leur référence. L'on a rnieux fait encore: moyennant 10 000 l'r., la Commission impériale nous a permis de faire largesse, aux cent mille enfants dès écoles communales de Paris. Nous verrons ce magnifique défile.

S.'lfl L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1867 ILLUSTREE.

auquel Jl. Duruy sera fier de présider, je pente.

Savez-vous ce qui, depuis quelques jours, excite le plus de curiosité et de convoitises au Champ de Mars? t^e sont les chalets à vendre et les Laijitations ouvrières.

Si vous saviez quelles bonnes idées d'é-

parj^ne a inspirées, depuis quelques jours, celte maison de 3000 fr., dont M. Jules Simon asi bien décrit lesdispositionsà noslecteurs? Quel poénie digne du prix Montyon on ferait avec l'histoire des Briques creuses, dont cette modeste et charinante habitation est le sommaire ! Slais nous y reviendrons.

Le chalet est le rêve des familles plus ambitieuses qui rêvent un coin de terre à 1 fr. le mètre, pour y installer leur nid après les orages de la vie.

L'Exposition n'eût-elle fait que provoquer de tels rêves, les rêves d'un ahri^ qu'il faudrait encore bénir son heureuse inlluence. A

EXPOSITION DES VINS DE I RANGE. — Dessin de M. Katow.

combien de dissipations, de débauches et de prodigalités, le spectacle du Parc avec ses habitations économiques n'aura-i-il pas opposé une digue !

Savez-vous à combien la crèche Sainte- Marie a débité layjof/jo/iHHTe de notre onzième livraison? A plus de huit mille. M. Marbeau m'en demandeencore; jen'enai plus. Croyezvous que ce spectacle et celte lecture seront aussi sans influence sur les idées de la famille ? J'aime à croire que non.

Je n'ai pas seulementramour des enfants,

j'ai aussi la passion de la justice et je m'exalle volontiers devant le mérite méconnu. Je me ferais volontiers le Don Quichotte du redressement. Grâce à Dieu, il me restera, pour m'escrinier, encore quelques livraisons à faire après la dernière distribution des récompenses, qui aura lieu, dit-on, le .3 novembre, dans la salle des États. Il y aura, paraît-il, quatre grands prix pour l'agriculture; peut-être autant pour l'horticulture, sans compter les croix.

Paimi les promus de la légion, nous salue-

rons avec bonheur le vieux M. Hardy, le fondateur du cours d horticulture, à laiiépinière du Luxembourg, un cours unique au monde. Etrange chose 1 M. Hardy, un nom européen, est décoré depuis 181.'!

comme sergent dans l'armée. Noua voulons bien qu'on le nomme officier aujourd'hui, à la condition qu'on l'élèvera au grade de commandeur le lendemain.

Fit. DliOUlNG,

Imprimerie générale de Ch. Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.

lEXPOSlTIO^ INIVERSELLE

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PUBLICATION INTERNATIONALE AUTORISÉE FAR LA COMMISSION IMPÉRIALE

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EDITE un :

M. E. WEIÏTU,

Concessionnaire du Cntalogue officiel, Éditeur de la Commissio; impériale.

Le premier volume, 488 pages, moitié texte, moitié gravures, est en renie.

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Le second volume, 493 pages, moilïd texte, moitié gravures, a sera terminé le 30 novembre.

V L'ouvrage complet, 30 fr., Paris; 36 fr., Départements.

DE LA 52" LIVRALSON

Du 30 Octobre 1867,

1. Le Saltiinbavque, tableau de M. Kriauss (1 grav.). par M. Louis Énaiilt. — II. MuRée réfrospectif : les Armures {2 gcav.), par M. Auguste Poitevin. — III. Petits

Métiers : les Têtes (TEpIngles (1 grav.), par M. A. Chirac. — IV. Les Etoffes de Roubaix (1 grav.)» par M. A. Sirven. — V. Le Grand Vestibule (1 grav.l, par M. Prosper Poitevin. — VI. Les Coiffures de Femmes (1 grav.), par M. Chirac. — VII. Les Forges de Commentry '^l grav-), par^M. Prosper Poitevin. — VIII. Z.a

Poste aux Lettres et le Télégraphe au Champ de Mars (1 grav.),parM.Fr.Ducuing. — IX.LaLocomo/iue belge de MarcineUe-Couilkt { \ grav.), par M. J. Laurent-Lapp . — X. La Statue de don Pedro II, empereur du Brésil (1 grav.), par M. R. Ferrère. — XL Les Vijis (suite), pai-M. J.Valserres. — XII. C/iroHfçuf', par M.Duciii ig,

LE SALTIMBANQUE, tableau de M. Kuauss. — Dessin de M. Mouciiot.

Vol. II.

Le Saltimbaiifiue.

TABLEAU DK M. KNAUSS.

Il V a des noms qui s'attirent et qui s'appfllent. Je disais l'autre jour qu'en parlant d'Hamon il était difficile de ne pas l'aire au moins mention de Gi-iôme. Aujoiu'd Lui, jii veux parler de Knauîs, et je trouve le r.o'xi d'Heilbutli sous ma plume. Ce n'est point que les deux fc ressemblent; mais ils diffèic-iit d'une certaine façon qui ne manque jamais de provoquer la comparaison de l'un avec l'autre.

Tous deux sont Allemands ; tousdenx sont deveous Prussiers — ou peu s'en faut — par la ^râcc de l'annexion, et tous deux sont des peintres satiriques, mais ils n'ont pas la même manière d'cTiploiler la ^eine etjmique. Il y a dans Heilbu'h quelque chose déplus mondain, de plus allique; il s'attaque, pour ainsi parler, à des touches supérieures dans le clavier de l'ironie humaine. Knauss, de son côté, fait retentir plus violemment celles qu'il frappe. .Vussi l'un fait sourire et l'autre fait rire.

■l'ai déjà dit ailleurs, à une autre place de ce recueil, dans quel milieu aristocratique des plus hautes sphères sociales Ferdinand Heilhuth allait chercher les tributaires de sa fine malice. Louis Knauss, au contraire, se tient, d'habitude et par goût, aux plus bas dei^rés de l echelle. Parcourez le catalogue de son œuvre, qu'y rencontrfrez vous'? Des garçons de ferme, des maîtres d'école, des sa^eiiers, des saltimbanques, et autres représentants du menu peuple, très-braves gens si l'on veut, je suis même disposé à le croire, mais avec lesquels l'artiste en prend à son aise et qu'il peintsansmeltre degants. iMais,legenre une fois admis, et c'est surtout en peinture qu'il faut dire :

Totlà les i;cnif;:3 .s.jnt Ijou;^, hors li: yeuie i inîujciix!

il faut bien reconnaître que M. Knauss sait en tirer merveilleusement parti. On peut bien lui reprocher parfois de tomber dans la charge, mais c'est à la condition d'avouer que ses charges sont toujours désopilantes. Après tout, il n'est que juste de tenir compte des milieux et des races; la gaieté allemande n'est pas la gaieté française, et Knauss ne peint pas pour le boulevard des Italiens, ce qni n'empêche pas les Français de s'amuser comme des Allemands devant ce très- agréable tableau du SALTisiB.vaiii r, dont nous somuios heureux d'offrir aujourd'hui la reproduction fidèle à nos lecteurs.

Ce tableau du saitimhan([ue restera comme une des meilleures productions du jeune maître, dont l'œuvre, déjà considérable, a su. conquérir une notoriété v*^ritablenient cni'opéenne.

A premicro vlu', et a\ant niêmt! d'eiiti'er

dans une mi]iulituse analyse, j'y retrouve l'ensemble des heureuses ({ualités qui distinguent ce talent robuste et sain, si justement populaire : je veux dire l'habilelé saisissante de la composition, la grâce piquante du détail, l'étude consciencieuse des divers types, et, çà et là, au milieu du débraillé démocratique de la foule, une exquise recherche de la beauté féminine, réalisée dans quelques têles d'urie aristocratie naturelle, qui ne dépareraient point les pages les plus fièrfs du Keepsake le jilus exclusif.

Le saltimbanque, héros du drame, occufic le centre du tableau. C'est un grand gai lard, taillé en force, bien muselé, découplé avec une certaine élégance, fier de ses oripeaux et de son clinquant, comme un empereur romain le serait de sa pourpre et de sa cou ronne. Une planche jetée sur un tonneau lui sert de tréteau improvisé; à ses pieds, un gamin de treize ans, en maillot tigré, jambes nues, visage futé, mine narquoise, faisant la nique au bon populaire, attend, sans impatience, le moment de cramper, d'avaler des étoupss enflammées, de faire la roue et de marcher sur les mains; à quelques pas en arrière, une fillette court vêtue, ses épais cheveux noirs cerclés d'un diadème en cuivre doré, par sa pose, pleine tout à la fois de souplesse et de nonchalance, nous révèle sa race bohème : rien de naïvement joli comme l'attitude de sa petite tête mutine, au profil perdu. Perchée sur un des bras de la charreteaiix accessoires, par son maintien grave et son froncement de sourcils philosophique, une chouette privée seroble prendre à cœur de mériter son titre d'oiseau de Minerve. Par tei're, sur un lairibeau de tapis qui ne vient point de Turquie, on aperçoit le tambour de basque qui fait bondir les ballerines, la trom I)ette qui attire la foule avec ses notes de cuivre retentissante; ; les boules du jongleur, et les assiettes qui tournent en équilibre sur la pointe de la baguette magique.

Le saltimbanque opère eu ce moment sur un paysan du genre naïf, et il esécute le fameux tour connu sous le nom de tour du chapeau. D'une main singulièrement adroite et féconde en prestiges, il a subilement enlevé le large couvre-elief de ion patient, <t il montre à la foule ébahie une nichée de passereaux, habitants inattendus de sa chevelure en broussailles, qui prennent leur volée.

Voilà le sujet : il est heureusement trouvé. Je crois inutile d'ajouter que M. Knauss en a su iirer un merveilleux parti. Très-pittoresque dans la portion de son œuvre qui a trait au saltimbanque, l'artiste déploie, pour nous montrer les spectateurs, les trésors d'une verve humoristique véritablement inépnisa- Ide. Quelle infinie variété dans tons ces types I comme ils sont ingénieusement rapprochés, de façon à se faire mutuellement valoir parle contraste! Le, paysan, surlequçl le saltimbanque vient d'expérimenter, lève

les mains au ciel, et sa physionomie, aus^i bien que s-on geste, exprime une stupéfaction profonde, .le crois même qu'au fond del'àuie il est un peu vexé d'avo r involontaircmeut piê é à rire à l'assistance. C'est un susceptible, et je me trompe fort s'il n'est point quelqu>3 peu cbalouilleux de la gorge, et trè- irrilable en son par-dedans. Derrière l'opérateur, un vieux forgeron, philosophe de village, qui pince dans sa main calleuse son meûtuu fin et pointu, n'étudie à trouver le secret de la comédie en regardant le dessous des cartes. 11 n'y a point de danger que l'on fassejamais croire à celui-là « qile c'est arlioé! n II appartient à l'ordre des sceptiques, famille des incrédule). Tout au contraire, cette bonne vieille, à l autre extrémité de la toile, qui s'enfuit aussi rapidement que peuvent l'emporter ses vieilles jambes, et qui voudrait pouvoir soi tir du tabicau, cellelà, c'est une croyante naïve, et pour rien vous ne lui ôtere/. de Fesprit que le diable est dans l'affaire. Dans ce coin, vous pouvez reconnaître, sous ce chapeau défoncé, qui couvre mal une chevelure emmêlée, un juif d'Allemagne, qui compte sur ses doigts crochus combien, à un kreutzer par personne, la représentation pourra bien rapporter de florins. A Farrière-plan un robuste gars, qui ne se préoccupe ni de sortilège ni de métaphysique, embrasse à pleines joues une largg paysanne qui rit. Chacua prend son plaisir où il le trouve.

Mais c'est surtout pour les femmes et les enfants que M. Knauss réserve les délicatesses, j'allais dire les caresses de son pinceau. Il fait ses enfants beaux comme des fleurs, et tes femmes belles comme des femmes. Regardez surtout cette adorable fille, appuyée contre un pilier rustique, et regardant le saltimbanque. Elle échappe à peine aux maigreurs de l'adolescence ; mais quelle exquise suavité dans l'ensemble de cette tête blonde, quelle intelligence et quelle finesse dans ces tempes bi délicatement modelées! Ne vous semble-l-il point, comme à moi, que ce sourire, qui laisse entrevoir la double rangée des ileuts blanches, illumine le visage tout entier? Et n'est-ce [loiut la gîàce même qui a choisi cette pose d'un si mol abandon 'i' Cette seule figure suffirait à faire la fortune d'un tableau.

Et ces enfants, ne s'arrai;gent-ils point d'eux-mêmes en groupe enchanteur jjour le plaisir des yeux'.' Ce n'est point aux artifices de la toilette qu'ils doivent leur prestige, car ils sont à demi nus; c'est à peine si leur peintre leur a fait la généi'osité d'un bout do draperie; mais il leur a laissé leur mouvement, d'un naturel si parfait, leur expression, si déUcieusement naïve, et leur petite mine de souris éveillées. Je vous recommande surtout le bébé qui se tient debout sur le devant du tableau, une fillette de quatre ans, [)ieds nus, bras nus, blonde, son tuqeiet en arrière, tumbuut prcs(|ue sur la

nuque : c'est un vrai bijou, un amour d'enfant!

La couleur générale du saltimbanque est ejcellente, chaude, harmonieuse, puissante de ton, révélant le tempérament d'un maître.

M. Goupil, l'heureux et habile élileur de toutes les célébrités de l'art contemporain, vient de reproduire le saltimbanque par le burin très-habile de M. Paul Girardet.

Nous avons sous les yeux, en écrivant cet article, une épreuve d'une venue parfaite, qui rend avec une grande justesse d'effet et l'ensemble et les délails. Le musée du boulevard Montmartre vient de s'accroître d une petite merveilU.

Louis Enault.

MUSEE BETHOSPEGTI-F Les Armures.

Aujourd'hui on ne blinde plus que les vaisseaux , et ce n'est pas sans un curieux étonnement que nous contemplons ces lourdes enveloppes de fer dont se chargeaient nos ancêtres, il n'y a oas encore si longtemps, pour marcher à l'ennemi. Turenne etCondé allaient au combat armés de pied en cap. Villars lui-même qui, à la bataille de Dcnuiii en 1712, ne consentait plus à revêtir qu'un buffle pour toute arme défensive, avait porté l'armure à ses 'premières campagnes; il est vrai qu'au siège de Maestricht en 1 673, marchant comme volontaire à l'attaque d'une demi-lune, il la jeta en route pour courir plus vite à l'assaut.

Mais lerègne véritable dcrarmurc, ce sont les quinzième et seizième siècles. L'introduction des armes à feu, canons et mousquets dans les équipements militaires, a changé la tactique et rendu plus gênantes que protectrices ces épaisses et lourdes carapaces de fer qui entravaient la rapidité des niouvemeiils.

Le Musée de l'histoire du travail de l'Ex. position universelle pourrait rivaliser avec notre musée d'artillerie pour le choix et l'abondance d'armes défensives de touie sorte à l'aide desquelles on pourrait raconter toute la légende de l'armement militaire depuis les temps les plus reculés ju qu'à nos jours. Il nous a paru curieux, sans insister avec détail sur ces diverses époques, d'en dire à grands traits les caractères particuliers et de suivre le progrès dans ses manifestations principales.

Sans remonter au tem])s des cuiias.ses de lin trempées dans du vinaigre, qui résistaieiit au trancbantel à la pointe du glaive, comme celle de Conrad de .Montferrat, nous trouvons au treizième siècle l'homme de guerre armé de

la cotte de maille, la tète couverte du heaume et du ventail. La maille de cette époque était formée d'anneaux degrandes dimensions forts, ronds, rivés, d'une exécution très-solide. A la tunique s'ajoutaient des chausses et des souliers de mailles. C'était le costume militaire de saint Louis; mais, cinquante ans plus tard, l'armement se complique. Sous le hfaume vient se placer le camail, capuchon de mailles qui venait s'agrafer à la tunique. Par-dessus la tunique se portait le pourpoiiu de ceiidal ou cotte gamboisée, c'est-à-dire rembourrée ducou à la ceinture. Les genouillères d'acier, les plaques trumelières destinées à protéger les jambes, les cuissards d'étoffe gamboisée, les gants de mailles complétaient l'équipement militaire.

Le heaume était surtout la coiffure du cavalier. Pour combattre à pied on se couvrait la tête du bassim t. C'était la coiffure ordinaire de l'homme d'armes. L'usage gagna le combattant à cheval; il tendit vers la lin du quinzième siècle à se couvrir plus légèrement la tête, et l'on ne vit bientôt plus ligurer le heaume que dans les joutes et les tournois.

Le quatorzième siècle l'ut l'époque de transition où la transformation du costume de guerre s'opéra. Dans les dernières années, l'armured acier poli à plaques était d'un usage général. Ce qui avait fait abandonner la colle de mailles et ses accessoires, c'était leur poids et leur vulnérabilité. La cotte n'empêchait pas toujours l'épée ou le fer de pénétrer, puis riumme d'armes éloulïait sous son barnacliement et ne pouvait descendre de cheyal. Aussi, dès les premières modifications apportées, voil-on le cavalier combattre avec empressement à pied en maintes occasions et, quand le terrain ne permet pas aux chevaux d'avancer, l'élite de l'armée n'est plus réduite à l'inaclion.

Les premières armures de plates furent d'autant plus légères que les chevaliers portaient en dessous une cotte de mailles fine et courte. Mais plus tard, pour supprimer tout à fait la cotte de mailles, on doubla les épaisseurs des plaques d'acier. On ne rencontre plus alors le tissu de mailles qu'aux goussets et derrière la braconnière.

L'emploi de la large remonte à cette époque. Lc'i larges étaient des boucliers de formes et de dimensions variées que l'homme de guerre portait avec lui, soit à cheval, suit à pied. Les petites larges sa perlaient à chaval au côté gauche, s'embrayaient et se suspendaient au cou par nue courroie qu'on nomniait guige. On appelait euchauteler l'écu, le porter en chantel quand on combattait en le laissant suspendu par la guige, pour consoiver l'usage de la main qui tenait la bride.

Les grandes targes étaient exclusivement affectées aux gens de pied. L'arbalélrier la portait sur son dos, parce qu'il se retournait pour tendre son arbalète et que la large le couvrait dans ce mouve.nenl. C elait l ancien pavois des Gaulois. On s'en servait surtout

durant les sièges. Froissard parle fréquemment de se pavesclwr, c'est-à-dire se couvrir de son pavois.

Il y avait aussi de petits boucliers dits rondelles à point, que l'on perlait souvent quand on allait aux aventures sans être armé de pied en cap.

A mesure que l'armure se perfectionnait, l'usage du bouclier se perdait, et cela se conçoit facilement. La cotte normande que portait Guillaume le Conquérant présenlait do nombreuses solutions de continuité : nussi un long bouclier en forme de cieur parais ait-il indispensable pour couvrir le côté gauche dd cavalier, le plus exposé dans le combat; mais aux qualorzième et quinzième siècles, le bouclier se rétrécit peu à peu, finit par ne plus couvrir que l'épaule et disparaît.

A partir de ce momeot, l'homme eA bardé de 1er des pieds à la tête. L'armure ne varie plus que de formes pour suivre les modes du costume civil. C'e t ainsi que,sous LouisXII,- !e plastron de la cuirasse est presque sphériqus, tandis que èous Henri II il s'allonge en cosse de pois comme le pourpoint du temps. On imite sur l'acier les crevés, les taillades et autres détails au goijt de l'époque. C'est à ces caraclères qu'on reconnaît la dati précise d'une armure. Celle du chevalier baron do Roggendorï'que reproduit notre gravure porle bien le cachet des modes allemandes du seizième .«iècle. Les eaux-fortes d'Albrecht Durer sont remplies de personnages, de reîlres, portant des manches d'étoffes boutTantes à plusieurs plis, vêtus de pourpoints tailiadéo et zébrés comme l'armure blanche et les bouffes de notre burgrave.

Sous François II on commence à trouver lourd ce vêtement de fer et l'on éprouve le besoin de dégager les jambes. La braconnière, les targettes, les cuissards et les solerets disparaissent, et on les remplace par un grand cuissard articulé et par des bottes eu peau de daim. C'est le premier démantèlement de l'armure. Henri IV la porte encore à peu près complète au siège de Paris, et sous Louis XIII, sous Louis XIV les pièces tombent une à une pour ne plus laisser bientôt subsister que la cuirasse, et seulement dans certains corps de cavalerie.

Jusque dans les premières années du seizième siècle, les armes à feu (les canons exceptés, bien entendu) ne portant que des balles de fort petit calibre, les armures en usage à cette époque offraient une résista.nce très-sulfisante à ces projectiles. Mais lors du perfectionne.Tient des armej à l'eu, arquebuses, mousquets et pistolets, on crut ddvoir doubler l'épaisseur des armures. On en arriva à si fort passer la mesure, dit Lanoue, dans son quinzième discours, que les gens d'armes étaient veriiablement chargés d'enclumes. Et il affirme qu'un geuiilhu.Tinie de trente à trente-cinq ans, c'est-à-dire dans toute la force de l'âge, ne poavail ittU-i' viugt-quatre heures armé sans défaillir. Ta-

L EXPOSl l'ION UNIVERSELLE DE 1807 ILLUSTRÉE.

^'annea de son oôlé dit que si les armes offensives conliniierit à augmenter de porlée, il sera insensé de chercher à se garantir par l'épaisseur des cuirasses. On charge tellement les chevaux, ajoute-t-il, qu'au inoindre choc ils succombent sons le poids. Ces armes défensives, abandonnées par l'infanterie, ne tardèrent pas à l'être aussi par la cavalerie sous Louis XIU. Ce fut en vain qu'en 1 638 et et 1 639 il multiplia les prescriptions à cet égard.

Des Noyers, secrétaire d'État, faisail savoir au maréchal de Châtillon que le roi avait donné l'ordre aux intendants de distribuer des cuirasses aux cavaliers avec obligation de les porter, sous peine d'être dégradés de la noblesse. Mais on aimait mieux s'exposer à une mort probable que de supporter tous les jours une fatigue devenue intolérable ; et bien que le roi Louis XIV, par une ordonnance du .5 mars 1075, eiit enjoint aux officiers de la gendarmerie et de la cavalerie légère de porter des cuirasses, bien que lui-même, en plusieurs occasions, en eut donné l'exemple à plusieurs sièges, il ne put faire revivre cet usage que le temps avait définitivement condamné.

Les chevaux, comme les hommes, eurent à une époque leur carapace de fer. La tête et le

MUSÉE RÉTROSPECTIF : ARMUnK DU BARON DE ROGGENDORF,

poitrail de l'animal étaient revêtus de mailles ou de lames de fer qui, même pendant un certain temps, couvrirent le reste du corps ; mais plus tard les flancs furent seulement

garantis par une enveloppe de cuir bouilli. Les parties de l'armure du cheval perlaient différents noms. C'était le chanfrein, espèce de masque, dont on couvrait la tête du cheval, qui ordinairement était de cuivre, de fer ou d'acier, et au milieu duquel se dressait le plus souvent une pointe comme une cjrne de rhinocéros : c'étaient les barde.-, les llanchois ou flancliarès, les cjparaçons de buffles, etc.

Les chanfreins étaient souvent des objets du plus grand prix. Le cheval du comte de Saint-Pol au siège d'IIarlleur, en 1449, portait un chanfrein ((u'on estima trente mille écus. Lorsque le comte de Foix entra celte même année dans lîayonne, son cheval en portail un d'acier, garni d'or et de pierreries, qui avait coûté quinze mille écus d'or.

Vous pouvez voir dans la galerie du Iravail de l'exposition suédoise le roi Gustave 1" à cheval, armé de toutes pièces, le bouclier au col, l'épée à la uia'n. Sa monture est caparaçonnée.

Le chanfrein de son cheval est simple et peu fourni d'ornements, ainsi que l'armureduchef delà maison de Wasii.

Le héros suédois, l'élu d'une race de paysans cl de mineurs, qui cacha longtemps dans les forêts de la Dalécarlie ses rêves d'indépendance et ses plans ambitieux, était l'homme

MUSÉE RÉTROSPECTIF : SUÈDE. — ARîilURE DU ROI GUSTAVE I". — Dessins de M. Fellmann.

S'il

de l'aclion, de la luItCj non de la parade. I voit comme une véritable pluie de petites Quelques rares dorures, dont le temps a fait | boules rouges, emmancbées de tiges, tom- Justice, se voient en-

core sur la cuirasse d'à- i \ I ^' *' 1 ii ë

cier, sur les cuissards, les jambières, les éperons. Mais ce qui parle oloquemment de sa vie et de ses travaux, c'est ce bouclier percé d'une balle, c'est cette épée ébréchée par les estocades, c'est le chanfrein lui-même de son cheval bossué en vinf;t endroits dans la bataille.

Un large caparaçon de velours noir où Us armes de Suède, le lion Scandinave, font brodés en or sur satin, couvrait les vastes lianes du cheval qui |)orlait Wasa et sa fortune. Mais cela aujourd'hui est poudreux, frangé par le temps, rongé par les vers, mangé par la rouille, et cependant on ne peut se défendre de saluer respectueusement celte défroque llélrie et cette armure ternie en songeant à la vie énergique qui les mit jadis en mouvement, quand celui qui les porta soulevait, au nom de la liberlé, les montagnards de la Gothie et les pêcheurs des fjords et des lacs.

AlGUSTE Poi'IEVlN.

PETITS METIERS : FABRICATION DE TliTES D'EPINGLES. — Dessin de M. GaiWrau,

ber dans un petit creux ménagé sur la table. | d Avec le refroidissement, quiestinstanlané, |

Les Petits métiers.

LES TÈTES d'épingles NniRES.

Légèrement penchée, sans être courbée d'une façon incommode, une jeune hlle roule avec une adresse nierveilleuse une vingtaine de tiges d'épingles, entre le pouce et 1 index de chacune de ses mains.

Devant elle est un chalumeau à gaz dont la flamme aiguë vient lécher une baguette d'émail noir posée horizontalement sur un pied mobile situé à une distance raisonnable du chalumeau.

La jeune ouvrière présente successivement, en alternant les deux mains, les tiges des épingles à l'émail fondant comme la cire, et à l'instant on

LES ETOFFES DE llObBAIX. — Drssiil de M. Slom.

appai'ait la tête noire et brillante des éjiingles désormais coiffées de leur émail.

.'itlOUO têtes d'épingles sont ainsi fabri-

quées par jour et par ouvrière. Or, figurezvous 200 enfants installés dans une grande salle, et vous aurez l'aspect de la manufacture d'épingles noires de M. Neuss à Aix-la-Chapelle.

Nous sommes en Prusse, en effet; le petit métier que nous représentons est placé conire la cloison de l'enceirile du Palais, enire la rue de Prusse et la rue de Belgique.

J'ai dit plusieurs fois petit métier : en conscience peut-on appeler petit métier une fabrication de deux millions d'épingles par semaine, dont sept ou huit cent mille sont hebdomadairement expédiées en France en payant un droit douane de ,50 fr. les 100 kilogrammes'!' L'Autriche est aussi un cen tre de la même fabrication. Mais l'émaif fabriqué par M. Neuss esttrès-fusib'.e, d'excellente qualité et obtenu très-économiquement, de sorte que malgré le droit d'entrée, le fabri cant prussien livre des épingles à l'Autriche à prix plus bas que celle-ci ne peut les fabriquer elle-même.

En Prusse, le nombre de jeunes filles et d'enfants de 13 ans employés par ces manufacturiers, est immense. Le salaire y varie de 0 fr. 75 à 3 fr., ce qui, au dire des Prussiens, représente un travail équivalant à un salaire de A fr.

et 16 fr. par jour en France.

Les campagnes fournissent un contingent énorme de ces enfants qui font souvent cinq ou six lieues pour se rendre à leur ouvrage.

Chose admirable, les manufacturiers ne peuvent prendre ces jeunes ouvriers que lorsqu'un inspecteur de l'État a certifié qu'ils savent lire et écrire. On est à cheval sur ce sujet en Prusse; aussi lorsque le roi Frédéric- Guillaume est venu à l'Exposition et s'est arrêté devant notre petite fabricanto, sa premièj e question a été celle-ci ; Savez-vous lire et éci ire?

A, Chiuac.

l.'FXI'dSITION UNIVERSELLE DE 18fi7 ILLUSTRÉE.

Les tissus de Roubaix.

En dehors de l'actualilé que l'Exposition universelle donne anx questions de tissacje, par l'exhibition des produits eux-mêmes, l'attention est appelée sur les questions économiques qui intéressent l'industrie lainière par la polémique récemment échansjée dans nos journaux.

Un différend, qui date de longtemps, règne entre les fahricanls de tissus, les imprimeurs sur étoffes et les teinturiers.

Ce différend est entièrement basé sur la plus-value acquise par le produit ouvré en deu>;ième main sur leproduit transformé à son arrivcede l'importation.

Nous étions tributaires des pays étrangers, notamment de r.\ustralie, qui nous a fourni lî.'î millions de kilogrammes de laine en 1 8(15, et aussi de Belgique, d'Espagne, d'Allemagne, de Turquie, d'.Algérie, et de la Plata, qui nous en ont fourni pour .50 millions de kilogrammes environ; l'Exposition universe'le de 1855 a dimiwué le rôle de ces approvisionnements extranéens.

En effet, notre production et notre commerce d'exportation ont puisé dans l'exposition de 1855 des perfectionnements et un développement nouveau.

Des méthodes de peignage et de filature, d'ingénieux moyens d'impression, l'introduc ■ tion de la machine simplifiant le travail de l'ouvrier, ladécouverte des couleurs d'aniline, des procédés d'apprêts introduits en France, ont tendu constamment à abaisser le prix de nos productions, tout en conservant leur antique supériorité.

Le cadre de cette étude est restreint à la production française; car nous n'avons pour objectif de notre examen que la ville de Roubaix. C'est à la fois peu et beaucoup, et meilleur type ne pouvait être choisi.

Laissons donc de côté les centres de production : Reims, ,4miens, St-Quentin, Mulhouse, Ste-Warie-aux-Mines, Rouen, Fourmies, le Cateau, Guise et enlln Paris, où sont spécialisées les laines peignées, les his de laine peignée et cardée, les tissus de pure laine peignée, les flanelles et étoffes de fantaisie de laine cardée et légèrement foulée, et enfin les tissus de laine mélangée d'autres matières.

L'industrie roubaisienne résume à elle seule les produits de la classe 29 que nous venons d'énumérer, et elle s'est placée par ses progrès au premier rang. 11 faut que ces progrès soient d'une nature bien sérieuse, pour qu'au milieu des catastrophes financières et politiques qui se sont succédé, elle ait su maintenir quand même sa vieille réputation.

Les filatures de laine et coton de Roubaix,

SCS tissages pour robes, jupons et ameublements, ses teintures et ses apprêts ont atteint un degré de perfection qu'exigeait, du reste, la lutte provoquée par le traité de commerce de 18fi0 contre les fabriques anglaises rivales de lira-lford, de Leeds et autres.

Non-seulement Roubaix rivalise avantageusement avec l'admirable production anglaise, mais encore cette ville active est à même de suivre les caprices de la moile et du goût, ce qu'aucune ville étrangère ne peut lui disputer.

C'est là une des grandes forces de l'outillage roubaisien ; car le progrès moderne a vu quelques fabriques françaises rester stationnaires pour n'avoir pas voulu suivre les fluctuations de la mode et du goitt. La véritable puissance et le grand élan de Roubaix sont donc dans l'immense variété de ses tissages pourrobes.

Roubaix est dans l'art du tissage ce que fut, dans la littérature, le romantique au classique. On appelait, en effet, classiques les anciens tissus, et le moirovianliquc s'applique très-bien aux conceptions capricieuses qu'enfante la mode, conceptions dans lesquelles 1 industrie a trouvé une mine inépuisable.

Une des conséquences du traité de commerce que nous avons déjà cité, fut l'avènement de l'outillage mécanique.

Cet avantage est peut-être le plus important de tous ceux que prétend avoir introduits cette demi-réforme économique. Mais comme rien n'est absolument mauvais ni absolument bon, même dans les modifications commerciales, nous devons à notre impartialité de signaler que, tout en stimulant la concurrence française, le traité de commerce de 1860 n'a pas résolu les questions les plus épineuses des taxes douanières.

Un événement fâcheux pour l'industrie cotonnière est venu favoriser le développement de l'industrie roubaisienne, au détriment de l'industrie rouennaise : je veux parler de la guerre d'Amérique.

A ce moment, un véritable déclassement d'articles s'est prndu't; parmi les étoffes pour robes, l'indienne surtout a subi un sérieux échec au bénéfice de Roubaix. Nouvelle preuve que rien n'est absolument mauvais ; mais de peur de tomber dans les doctrines de Pangloss, nous persistons à croire que l'équilibre entre la prospérité des uns et la prospérité des autres eût été maintenu, si les réformes économiques, prenant un objectif moins spécial, eussent éié complétées par des mesures plus libérales.

Le jury de l'Expisition universellede1867 a attribué à la classe 29 treize médailles d'or. Dix sont revenues à la France, deux à la Grande Bretagne, et une à la Saxe. Roubaix figure sur la liste pour quatre médailles d'or.

Il faut citer, parmi les fabricants les plus distingués, MM. Delàtre père et fils, pour leur peignage et leur filature de laine, leur |

filature de coton ctleur fabrication de tissus; M. Louis Cordonnier, pour sa filature et son tissage; M. Motte-Bossut, dateur de coton; M!M. Morel et Cie, dont le peignage de laine est très-apprécié; et enfin M. Lefèbvre-Ducateau, ainsi que M. IL Ternynck, tous deux filateurs et tisseurs de premier ordre.

Parmi les teinturiers et les apprêteurs, il faut signaler MM. Desca frères, ainsi que MM. llannart frères, qui, à la teinturerie et à l'apprêt, ajoutent encore l'impression.

Les noms que nous venons de donner sont ceux des principaux industriels qui se sont mis à la tête du mouvement progressiste, et qui ont su obtenir à bas prix une fabrication accessible à toutes les bourses.

En effet, les prix des tissus de Roubaix varient depuis 75 centimes jusqu'à 6 francs le mètre.

Aussi voit-on que pour 1 0 francs, la femme pourrait se confectionner une bonne robe; mais il y a p'us encore, car nous avons vu afficher, dans certaines maisons de détail, des robes de dix mètres pour la modique somme de 6 francs 50 centimes.

Qu'es-tu devenue, pauvre robe d'indienne de nos grand'mères, que Jouy fabriquait, et qui coûtais 20 et 30 francs?

Nous ne saurions mieux terminer cette analyse, qu'en jetant un coup d'œil sur la situation des ouvriers qui concourent à la fabrication roubaisienne. Il ne nous est pas possible de tenir compte ici des troubles récents qui ont ému celte laborieufe cité.

Nos renseignements particuliers posent devant nous un point d'interrogation.

C'est celui-ci : vingt mille ouvriers environ tissept à la main, neuf mille cinq cents tissent à la mécanique, et les salaires sont: pour les premiers 2 fr. 50 cent, par jour, pour les seconds 2 fr. 25 cent. Pourquoi cette différence?

il y a donc vingt mi lie ouvriers qui gagnent 2 fr. 50 cent., et à peine dix mille qui gagnent2fr. 25 cent., alors que toutes les statistiques nous démontrent l'augmentation du salaire provenant de l'emploi des machines.

Le dernier mot n'est donc pas dit pour Roubaix. De nouveaux progrès doivent y marquer leur place, empêchant ainsi des troubles qui, entre nous, pourraient bien ne pas avoir d'autres causes que la différence des salaires que nous venons de signaler.

Nous sommes à même de résumer par un chiffre l'état commercial de Roubaix, en disant qu'en 1865 11 s'est fait pour 45 1 millions d'aff'aires.

Nous regrettons vivement que les statistiques de 1866 et 1867 ne nous permettent pas d'établir des comparaisons dont nous aurions pu tirer des conséquences essentiellement pratiques et instructives.

Alfred SfRVEiv.

Le grand Vestibule.

On l'a dit, mais, selon nous, on ne l'a pas assez répété, les divisions et la distribution du Palais du Champ de Mars so !t une œuvre tout à fait remarquable et font le plus ^rand honneur à M. Kraniz, celui de nos ingénieurs auquel le gouvernement confie toujours les travaux qui semblent à peu près inexécutables. La conception del'ensemble n'est pas la sienne ; on lui a mesuré l'espace, dessiné les contours, déterminé lesliauteurs, indiqué les principales divisions, et on lui a laissé loute la responsabilité de l'exécution. Enl obligeantà se renfermer d'une manière absolue dans les instructions qui lui avaient été données, onluirendaittoulà fait impossible l'exécution d'une oeuvre aux dehors imposants, an caractère monumental; il s'en est vengé en créant une merveille.

Toutes les dispositions intérieures de ce vaste Palais ne sont en effet ritn moins que cela; et si de loin le visiteur reste étonné et froid à la vue d'une configuration architecturale toute d'une venue et d'une attristante monotonie, il est comme ébahi quand, après avoir traversé lamagnifiqueavenue qui du pont d'Iéna mène au Palais, il entre dans la grande nef des machines. Là, se révèle tout à coup à lui le côté grandiose d'une construction dont rien ne révèle au dehors les vastes proportions. Cette nef, haute de vingt-cinq mètrc« et large de trente-cinq, dont le milieu est occupé par une plate-forme qui B'étend sur tout le pourtour de l'édifice, c'est-à-dire, sur une étendue de douze cents mètres, n'étoune pas moins par ; a coupe hardie que par un développement que l'œil devine mais ne peut suivre dans le vaste cercle qu'elle embrasse.

Si la vapeur gronde et bouillonne, si les machines l'ont leurs évolutions, si les métiers sont en mouvement et mettent en jeu let bobines et les navettes si les orgues inondent la nef de leurs flots d'harmonie, le visiteur est, malgré lui, attiré par ces bruits confus, et tournant alors à droite ou à gauche, il consacre sa première visite à l'élude et à l examen de toutes ces industries qui travaillent côte à côte et exécuteut chacune leurs produits comme dans une vaste usine, ou, pour mieux dire, dans une ruche commune dont les mille alvéoles seraient occupées par autant d'ateliers en pleine activité.

iMais si, à droite et à gauche, tout se tait autour du visiteur, il poursuit sa marche en ligne droite et pénètre aussitôt dans le grand vestibule, ou dans la galerie qui sert d'entrée d'honneur et conduit de la nef du travail au Jardin central.

Cette galerie a la même élévation que la nef, et une largeur de quinze mètres; elle

(St coupée do ehacini de ses entés p:ir l-s mti'ees de sept galeries circulaires oi'i toules les industries sont classées selon leurspéciaiité, leurs analogies et leur nationalité.

En sortant des mains de M. Krantz, cette magnifique galerie avait un aspect monumental et grandiose qu'elle n'a plus aujourd'hui, quoiqu'elle excite chez Ions les visiteurs une juste admiration; la jour où l'ingénieur livra à la Commission ion œuvre nue, la .uoble ordonnance, les belles lignes, U vaste développerrent de cette entrée d'honneur étonnèrent chacun par leur majesté et leur harmonie. Ce qu'on avait de mieux ii faire, c'était de conserver àcetie partie la plus importante du Palais, sa physionomie et son caraclère;mais,parmalheurou parmaladres-eon ne l'a pas fait, et l'esprit qui a présidé à la division des différentes parties et à la distribution des places a complètement atténué 1 effet de l'œuvre primitive.

S'il faut en croire quelques-uns, ce vestibule est l'exact résumé de l'Expo-ition universelle; si l'on doit s'en rapporter à quelques aulres,il en est la magnifique synthèse; c'est direla même chose en termes dii^érents ; mais réiumé et synthèse ne sont pas plus justes l'un que l'autre: la vérité vraie c'est que le vestibule ne résume et ne synthétise rien, et celui qui, après l'avoir parcouru d'un houtà l'autreet examiné dans tous les sen^.ne pousseraitpas plus loin sa visite, sortirait du Champ de Mars sans avoir une notion même confuse des merveilles que la science, l'art et l'industrie y ont accumulées.

Vu de la porte d'entrée et dans son ensemble, il cause à tous une indéfinissable impression; son étendue, sa largeur, son élévation étonnent ; la hardiesse de son immense voûte cintrée est pour chacun un objet d'admiration; ses hautes tt vastes baies garnies de vitrjux peints, qui nuancent la lumière qu'ils tamisent, attirent et caressent le regard qui ne s'en détache que pour se perdre et se reposer un moment dans la gracieuse perspective que présentent, à son extrémité, les eaux jaillissantes et les frai< arbustes du Jardin central.

Oh! que le visiteur ramène ses regarda et les arrête longuement et à loisir sur les riches vitraux, sur les verrières respleodissanles de couleurs et de dorures, dont .MM. Oudinot, Didron, Coffetier, .Maréchal, Lusson, Powell, Hardman, Ward et Hugues ont décoré les deux côtés de ce vestibule. Ces œuvres si variées de dessin et de forme, et dont l'exécution est si heureuse et si pure, semblent de véritables reproductions de l'art djnos anciens verriers : c'est le plus magnifique couronnement qu'on f,ût donner à une entrée d'honneur. P^r grand bonheur, leur place était comme déterminée d'avance par la disposition des lieux, et ceux qui ont présidé à l'aménagement général, ne pouvaient les établir ni plus haut ni plus bas. Pourquoi laut-il que la place et la classification des

produits dci différentes industries n'ait pas été imposée aussi par une raison de localité.'' Ce grand vestibul-3 eut été alors un véritable résumé, une fidèle synih'^se de l'Exposition universelle, au lieu d'en être ce qu'il est, une préface confuse et tout à fait insignifiante.

A gauche, en entrant, quels étalages se présentent à nos yeux?Ceux de neuf maisons de confection. Quelque estime que nous ayons pour l'in.iustrie de MM. Despaigne, Lavigne et Chéron, Opigez-Gagelin, .Matliieii et Garnot, Doucet, Euout et Cie, et celle des iMagasins du Louvre, du Coin de rue el de la Compagnie lyonnaise, no'is nous permettons de trouver étrange qu'on leur ait accordé la grande moitié de la galerie, et qu'on les présente comme le dessus du panier de notre industrie nationale. Pourquoi encore, à la suite les uns des autres, deux fabricants de meubles tt deux maisons de librairie ? N'eùlil p9s été cent fois préférable de choisir une spécialité en chaque genre d'industrie au lien de les entasser ainsi? On aurait compris qu'à côté de Despaigne on eût placé un des fabricants de fleurs'renommés, Baulant, par exemple, puis Tahan, ensuite Didot, Hachette ou Marne, puis Pillivuyt, Verdé- Delisle, Roudillon ou Lemoine, et ainsi de suite, un des plus illustres représentants de nos principales industries. En parcourant le grand vestibule, on aurait vu alors passer sous ses yeux des spécimens variés de l'Exposition tout entière, et l'on eût été, dès les premiers pas, initié à son sujet.

A la droite du grand vestibule, du côté de l'Angleterre, la distribution dus places a peutêtre éié faite avec plus de dise rnement; cejiendant, là encore on aurait dû ne pas placer côte à côte GiUow et Crace, les deux plus renommés fabricants de meubles de Londres, Wedgwood, Copeland et .Minton, dont les ndustries, quoique distinctes, ont trop de points d analogie el da ressemblance; mais ce qu'il tût été de bon goût de ne pas mettre sur le premier plan, c'est l'édifice gothique, avec flèche et elochelons, élevé par MM. WatersetCie, de Manchester, au moyen d'une masse de bobines de coton de toules les couleurs.

Cet ouvrage de patience est assez bien réussi, mais il ressemb'e trop à un joujou pour qu'il soit là à sa vraie place et que les visiteurs le prennent au sérieux ; on jette, en passant, un regard curieux et étonné sur l'ensemble, mais on dédaigne d'examiner les parties, qui seules ont de la va'eur et une véritable importance.

Mais le centre de ce vestibuli a-l il èlé aménagé d'une façon plus heureuse, et la plupart des objets qui s'y trouvent n'auraientils pas dû faire place à d'autres ? Dans quelle intention y a-t-on réuni tant de lourdes pièces d'orfèvrerie anglaise, coupes, boucliers, chevaux et groupes d'argent massif ou repoussé, nobles prix gagnés dans les course i d'Ascot et d'Epsom, par les plus illustres

LE GRAND VESTII

iâssiu de M. Laoceiot.

i;|f X POSITION IJMVElîSRLI.E PK 1807 I I.I.H ST li Rp;

jockeys de l'Ang'eterre, et décernés aux propriétaires des C/ailialeurs de l'eiidroil?

l'our(pioi n'avoir pas accordé au centre même de celle galerie une place d'honneur aux bronzes-onyx de M. Viot, au lieu de les reléguer, comme on l'a fait, dans un obscur et étroit espace de moins de quatre pieds carrés?

Et Barbedienoe n'avait-il pas, lui aussi, droit à une place d'honneur dans ce vestibule? Le bronze le moins réussi qui sort de ses ateliers (en admettant qu'il en laisse sortir un seul qui ne le satisfasse pas complètement) ne décèle-t-il pas dix fois plus d'étude, d'art et de goût que les ligures de cavaliers et de chevaux et les groupes sans expression et sans mouvement deMM.Angell et Garrard, de Londres ?

Assurément le bouclier de M.. lîikington est une œuvre d'art remarquable, les groupes de M. Hunt et Roskell se distinguent de tous ceux qui les entourent par l'haliilété et l'art qui ont présidé à leur exécution ; les fa'iences de M. Minton, statues, sièges, lavabos, méritent d'être mises en pleine lumière ; mais quand tous ces produits se trouvent déjà répartis dans des galeries spéciales, devait-on en encombrer le grand vestibule? Évidemment non. Celte observation, dont chacun reconnaîtra la justesse, s'adresse particulièrement aux produits de M. Minton, qui sont répandus partout et qui ont envahi un large espace dans la partie de l'avenue du Parc qui fait face au Pavillon impérial.

Le meuble enébèneel ivoire de MM. Alessandri père et fds, placé au centre ; la belle horloge de M. Henri Lepaute qui a été installée à l'extrémité près du Jardin central, et la magnilique statue de M. Gustave Crauk, la Victoire couronnant le drapeau français, placée à l'entrée même du vestibule, nous consolent toutefois un peu de la déconvenue que nous a l'ait éprouver le reste.

On a placé à l'extrémité du vestibule, en face l'une de l'autre, à chaque entrée du Musée rétrospectif, deux statues colossales, celle du maréchal Serrurier et celle du poêle Jasmin.

La première, grâce au costume, à la draperie et aux accessoires, ne manque pas d'un certain caractère de grandeur, et la figure du so'dat a une majesté calme qui fait hoiineur à l'artiste.

Quant à la seconde, elle est du réalisme le plus malheureux. Le poêle est représenté souriant, la bouche entr'ouverie, comme s'il articulait un gracieux hémistiche, le bras droit en l'air, et les pieds chaussés de ces escarpins découverts qui sont encore à la mode dans le Midi. Comme ensemble, tout cela peut être vrai, exact et même ressemblant, mais par aucun côté l'art ne se fait sentir dans cette oeuvre, et cette statue d'un poêle, il faut bien le dire, manque essentiellement de poésie.

Puissent les compatriotes et les nombreux

amis de Jasmin être d'un autre s'intiment que nous.

La masse des promeneurs nous a paru, sur tous les points, être de notre avis, car si elle ne traverse pas la galfrie tout droit, si elle s'y arrête, c'est qu'elle est attirée par les divans larges et somptueux, que de distance en distance on y a mis à sa disposition ; et ne croyez pas que de là elle regarde et porte les yeux sur les vitrines des magasins du Louvre, de la Compagnie lyonnaise ou sur les meubles splendidesde Lemoine ou de Roudillon? Non, elle se repose, ferme les yeux et s'endort.

Concluons; le grand vestibule qui devrait être la partie la plus importante de l'Exposition comme il est la partie la plus vaste du Palais, a été traité par la Commission avec un sans façon tout à fait fâcheux; si el e a voulu ménager aux visiteurs des surprises et ne pas les éblouir dès les premiers pas, elle a parfaitement réussi ; aussi ce magnifique vestibule u'est-il considéré par tous que comme un lieu de passage ou de repos.

Prosper Poitevin.

Les Coiffures de femmes.

Savoir que Paris consomme 20 millions de chapeaux de femmes, et que les étrangers nous en enlèvent 2 millions annuellement, c'est sa faire une idée assez imparfaite d'une production peu accessibleaux relevés sérieux.

En moyenne, ces 20 millions représentent 800 000 chapeaux. Cela veut-il dire que que 800 000 têtes de femmes soient coiffées dans notre capitale?

La consommation du grand luxe doit entrer pour un chiffre énorme dans cette somme totale, et barre par conséquent la route à toute supputation.

Je n'ai donc pas de statistique attrayante à offrir à mes lecteurs : point d'industrie plus bizarre, pas d'industriels plus improvisés. Toute dame qui a ou croit avoir du goût, qui a ou qui n'a pas de capitaux, a le droit de se faire modiste.

Un tour de main heureux, un souffle de ce vent qu'on appelle la chance, et voilà ime maison moutép, voilà une barque marchant à ! jjleines voiles dans la vogue et vers le succès. Le prestige des modes parisiennes, cependant, a produit quelques manufactures importantes,— les seules que l'on puisse étudier. — L'Exposition nous révèle à peu près six exposants de la spécialité dont nous nous occupons; tous Français. A l'étranger, c'est à peine A l'en en trouve un ou deux assez osés pour venir braver les féériques créations de la reine des modes européennes.

Notre gravure représente la vitrine d'une de ces grandes maisons typiques, fixée depuis

•3'i ans, ainsi que le veut l'usage adopté par le commerce des soierie?, dans le quartier Saint-Denis.

Là, sans doute provisoirement à l'abri de la pioche de M. llaussmann, vit et travaille un groupe nombreux d'industriels; quoique déjà fort ébréché, ce refuge dé la fabrique n'est pas encore touché au cœur, et il en sort une grande production, celle de Mme F. Dufour, par exemple, do t nous avons aujourd'hui l'occasion de parler.

Ses produits — puisque c'est le nom consacré même par l industria des modes — s'adressent principalement aux marchands de la France et de l'étranger, ainsi qu'aux commissionnaires exportateurs.

Sans affecter spécialement le genre extraluxueux, la maison de Mme F. Dùfour tient un rang élevé dans les modes. Chez elle, un chiffre a'nnuel de M:> 000 fr. peut représenter 7000 chapeaux, ce qui donne un prix moyen de 2.'! francs, tandis que, pour certaines maisons, 1 000 chapeaux font dépasser ce chiffre, ce qui élève le prix moyen â 100 et 150 francs. Là est la meilleure appréciation du caractère industriel de notre exposante; ses exportations principales se font en Angleterre, qui est perpétuellement, en fait de modes, à la remoique de la France; et, d'une focon moins importante, en Amérique et en Egypte.

Ne serait-ce pas pour une Anglaise que .Mme Dufour a exposé, au milieu de divers chapeaux d'un goût très-choisi, ce fameux chef-d'œuvre de sculpture en ivoire, qui est cependant un chapeau, et qui, en raison de son prix élevé, est heureusement hors de la portée des fortunes médiocres, et lieurcufement aussi une exception dans la fabi ication de Mme Dufour?

A. Chir.ic.

Les forges de Châtillon et Commentry.

La Compagnie des forges de Châtillon el de Commentry a fait construire dans le Parc, à gauche de la grande entrée du pont d'Iéna, un pavillon spécial, où elle a réuni des échantdlons de ses nombreux produits. Rien de plus intéressant que cette exposition qui vous inilie à tous les progrès faits en France par l'industrie métallurgique.

Le fond du pavillon, adossé au quai, est formé par un assemblage monumental des principaux échantillons de tôles et de fers profilés qui reproduit exactement à demigrandeur la fontaine de Médicis du jardm ilu Luxembourg; deux statuettes florentines placées dans les deux niches latérales, deux vases Médicis posés sur les angles du fronton, complètent le monument ; deux bas-reliefs en tôle de Commentry repoussée au marteau par

M. liniUinl, l'L'pi'éseriteiU Vnu des iiiiiuHirs. cl. I autre une forye au bois.

Les quatre colonnes du monument sont iuf énieusement figurées par les divers types de rails, de cornières et de petits fers de yitrap;e. Sur le tympan qui surmonte le fronton est appliqué un écusson en fer repoussé où sont inscrits les noms des cinq provinces dans lesquelles sont situés les établissements de la Compagnie. Enfin, au bas de la grande nicbe centrale, est une très-curieuse rocaille composée des houilles, des cokes, des fontes et des fers, propriété de la Société.

Entre deux plans en relief représentant le gîte métamorphique des mines de fer de Tliof tes et de Beauregard et la mine de houille de Benezet, on a placé un guéridon en fer dont la table est formée d'une tôle forgée, plissée et ondulée sur tout son contour, et recouverte d'un timbre et de vases de tôle repoussée; et plus loin, près de la porte d'entrée, sont deux blindages dont l'un, brut de laminage, d'une épaisseur de vingt centimètres et d'une longueur de près de cinq mètres, pèse sept mille kilos; l'autrede quinze centimètres d'épaisseur, percé et ajusté, a été soumis à l'épreuve du canon.

A la droite du monument, la Compagnie a établi des vitrines où elle a exposé des collections de cassures et d'essais à froid et à chaud, de fontes et de fers, des échantillons de tous les fers-blancs, fers brillants, fers ternes, et fers noirs, de tôles minces, plombées et zinguées, lustrées et polies, de tous les numéros de fils de fer et de toutes les variétés de pointes puddlées et forgées.

Près de la porte d'entrée est un cadre renfermant dix feuilles de fer noir, extra-mince, poli , sur lesquelles sont inscrits les noms du personnel de la Go iipagnie.

Dans les angles des panneaux et de la face principale, s'élèvent quatre pyramides, composées de pelotons de ronds de trélilerie, de bottes de fils clairs, recuits, zingués et cuivrés, couronnés de vases en tôle repoussée, d'un soubassement en tôle ondulée, cintrée en demi-cercle, d'un socle en un rond de fer, enroulé sur lui-même à froid et par-dessus une collection de feuiUards gironnés, enfin d'un soubassement en tôle ondulée et d'un socle composé de deux bottes de fils de fer, par-dessus un câble spécimen de produit ouvré avec des fils de fer de la Compagnie et destiné à fonctionner dans une de ses mines.

11 y a, dans le Parc, peu d'expositions plus riches et plus intéressantes, aussi le pavillon de la Société de Châtillon et Commentry est-il chaque jour rempli non pas de curieux, mais de visiteurs intelligents qu'émerveillent la diversité et la perfection des produits de cette Compagnie.

Son succès dans l'imrnense concours ouvert au Champ de Mars a été des plus éclatants ; elle a obtenu la première médaille d'or pour ses produits métallurgiques, une autre médaille d'or pour les procédés et le

matériel des n inrs, et enfin une mention honorable dans l'ordre distinct des récompenses institué en faveur des établissements qui ont su le mieux entretenir et développer la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux, et assuré aux ouvriers, contre toute fâcheuse éventualité, le bien être matériel, moral et intellectuel.

La Compagnie des forges de Châtillon et (^ommentry possède les établissemen s miniers et métallurgiques les plus importants de France.

Elle se divise en six directions qui occupent dans leurs mines, leurs usines et leurs ateliers, un total de près de neuf mille ouvriers.

Sur tous les points où le personnel ouvrier présente une certaine agglomération, la Compagnie a institué des caisses de secours, assuré l'instruction des garçons, en subventionnant des instituteurs laïques ou religieux, et des sœurs de Saint-Vincent de Paul, pour l'éducation des filles; enfin elle a complélé cet ensemble d'institutions de bienfaisance en fondant un service médical dignement rémunéré.

Indépendamment de ces premiers moyens d'assurer le bien-êtrj matériel et moral de ses ouvriers, la Compagnie leur fournit encore gratuitement ou à prix réduit une certaine quantité de logements et de jardins, le chauffage au bois ou à la houille, et un trèsgrand nombre de fours à cuire le pain.

Elle s'est faite, en outre, la caissière de ses travailleurs : elle reçoit leurs épargnes, leur sert l'intérêt ou ajoute chaque année au capital un intérêt de faveur.

La Compagnie, toujours en quête de nouveaux moyens d'améliorer le sort des ouvriers, espère faire pour eux plus encore qu'elle n'a fait; aussi, ouvriers et patrons se considèrent comme solidaires, et la bienveillance toujours active et toute paternelle des uns est payée par le dévouement absolu des autres.

Les trois récompenses obtenues par la Compagnie, qu'explique surabondamment ce rapide compte rendu, ne sont, aux yeux de tous, de la part de la Commission impériale, qu'un acte de rigoureuse justice.

Prospeii Poitevin.

La Poste et le Télégraphe au Champ de Mars.

Partout où se forme une agglomération d'hummes, la poste fait ce que faisaient autrefois les municipes romains au sein d'une armée en campagne; elle s'installe, et forme la cité.

Au Champ de Mars, la poste et son frère

puîné le télégraphe, se sont naturellement adossés contre le bâtiment où se réunissait l'éiat major de l'Exposition, etbienavant que l'Exposition fût ouverte.

Lne des immunités ministérielles dont a joui l'état-major de l'Exposition, c'est de pouvoir expédier en franchise lettres et dépèches aux membres des comités d'admission d'abord, aux jurés internationaux et même aux exposants, ensuite. Et personne, vous le pensez bien, ne s'est absieuu de profiter de cette immunité. Il y a quelque chose de par ticulièrement agréable à expédier et à recevoir une lettre en franchise; et l'armée diligente et exercée de M. Vandal a eu le temps défaire connaissance avec nos noms et nos écritures, mandants ou destinataires.

La poste du Champ de Jlars a expédié beaucoup plus de lettres qu'elle n'en a reçu : et cela s'explique facilement. Le Champ de Mars n'est un domicile pour personne. Tout le monde y passe; nul n'y demeure. C'est comme une machine a échappement; tout en sort, rien n'y rentre

Je me trompe-: les réclamations y pleuvent du dehors et du dedans; et par quel canal les faire passer, sinon par cet intermédiaire impassible et irresponsable qu'on nomme un facteur delà poste? Lorsqu'on ne connaît pas 1 adresse d'un homme notable, où peut-on lui écrire sinon au Champ de Mars '? L'honorable fonctionnaire qui dirige ce bureau peut seul jauger l'importance d un homme mêlé â l'Exposition : c'est par le nombre de lettres transmises.

Le bureau de poste delà Commission impériale, quoiqu'il n'aitpas lapporté graud'chose à l'administration de la rue Jean-Jacques- Rousseau, n'a donc pas été une sinécure; je viens de dire pourquoi. Aussi fais-je mon très-sincère compliment aux employés qui ont dirigé ce service. Je ne pense pas que personne ait eu à s'en plaindre. Tout s'est fait avec un ordre et une régularité admirables.

Ce serait le cas de comparer l'administration des postes avec l'administraiion de la Commission impériale. Mais il ne faut blesser personne.

J'aime mieux constater que le télégraphe installé dans le même local que la poste, a vécu, cette fois, en bonne intelligence avec sa sœur aînée, quoiqu'ils n'aient pas le même tuteur : mais cela viendra, j'espère, avant l'époque de la majorité.

Je ne sais pas qui a pu recevoir une dé pêche télégraphique au Champ de Mars, à moins que ce ne fût à bureau restant. Mais si l'on n'en a pas reçu, on en a expé dié beaucoup, ne fût-ce que pour appeler une voiture. Car, vous n'ignorez pas que la première nécessité du télégraphe au Champ de Mars s'est révélée à propos de l'absence des véhicules. Pour 25 centimes, on avaitbien vite acquis laconviction qu'il n'y avait pas de voitures disponibles aux alentours.

Vous pai'lerai-je [des appareils Morse, Caselli et autres, à propos de rinstallation du service télégraphique au Champ de Mars? Le prétexte ue seraitpassuffis.mt; etj'aime bieu mieux laisser à un de mes collaborateurs l'occasion plus opportune de vous parler des divers systèmes télégraphiques exposés sous la grande nef des machines.

Lu. DicurNc;.

Belgique.

LA LOCOMOTIVE DE LA SOCtKfh; DE MAR- CINELLE ET COUILLET.

La locomotive que représeiiti^ notre gra\ure est exjiosée dans la ]\otonde belge, tout près du Jardin réservé. Elle sort des ateliers de la société anonyme de construction de Miircinelle et Couillet.

Le service des charbonnages, des usines et des gares exige des locomotives qui circulent aisément dans des courbes d'un faible rayon, et qui gravissent de fortes rampes. Dans les locomotives à six roues, la dislance entre les roues extrêmes est Iropgrande pour que l'on puisse circuler dans les courbes

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