‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 82 sur 134 · IMODES DE MADAME DUFOUR · texte numérisé non relu

IMODES DE MADAME DUFOUR

d'un petit rayon, lorsque tontes les roues sont couplées; et si l'on en couple quatre sen-

diocre erand

leinent, on perd comme adhérence une partie du poids de la machine.

Il faut encore, pour les locomotives des usines et des gares, que leur entretien soit facile et que leurs foyers puissent consommer des charbons de nccdiocre qualité , comme ceux des autres machities à vapeur employées dans l'industrie.

Le type exposé par la Société de Couillet remplit parfaitement ces diverses conditions.

La locomotive est à quatre roues couplées et porte des réservoirs à eau et à charbon; on utilise donc pour l'adhérence le poids complet de la machine et de ses approvisionnements.

Ce qui permet de régler la position des essieux porteurs, de manière à repartir également la charge sur les quatre roues, c'est un axe coudé moteur sans roues. On peut, en outre, rapprocher ces essieux autant que l'exigent les rayons des courbes à parcourir.

Les locomotives à six roues sont d'un prix plus élevé que celles à quatre roues et leur entretien est plus dispendieux, à cause de l'usure inégale des bandages des roues.

Lorsque les charbons sont de méqualité, il faut nécessairement un plus foyer; dans les locomotives à quatre

E.XPOSIÏIÛN Df-S l'OHGES DE GHATILLON ,EÏ COMMENTliY. — Dessin de M. Desroclies-Vaiuay.

roues, une bonne répartition de l;i charge amène l'essieu d'arrière audessous du foyer et l'on devrait, dans ce cas, renoncer aux cylindres intérieurs si l'on n'avait pas l'essieu coude intermédiaire ; sans ce dernier, il faudrait surélever le foyer à cause des boîtes à graisse qui se placeraient immédiatement en dessous de celui-ci, ou bien l'on devrait établir les longerons et les boîtes à graisse à l'extérieur des roues et commander le mouvement de distribution par des manivelles en retour; les cylindres auraient alors leurs axes Irès-écarlés l'un de l'autre, ce qui occasionnerait, dans les couriies, une grande irrégularité dans la distribution de la vapeur.

Les cylindres intérieurs et l'axe coudé intermédiaire tel qu'il est établi dans la machine de Couillet, placent naturellement à l'intérieur des longerons tout le moteur, qui se trouve ainsi dans les mêmes conditions qu'un moteur fixe, car tous les organes sont dans des positions fixes les uns par rapport aus autres, et cet axe coudé n'est ]ilus en quelque sorte qu'un arbre de couche à double manivelle d'une machine à vapeur quelconque.

Les réparations des machines à six roues sont plus fréquentes et beaucoup plus coû-

1>A VILLON DU LA POSTl! AUX LEn'RES ET DU ,ÏÉLÉGRAPHIi Dessin de M. Desroclies-Valnay.

tcuses que celles des machines à quatre roues ; elles proviennent de l'usure inégale des

bandages des roues; et le remplacement de celles-ci est une opération assez délicate qui exige le concours d'ouvriers spéciaux.

Lorsque , dans la machine de Couillet, l'usure des bandages des l'oucs nécessite le remplacement des deux essieux porteurs, il suffit du soulever la piachine et de les remplacer par les essieux de rechange; celle opération est extrêmement simple, puisque ces pièces ne portent aucun organe moteur; elle peut s'exécuter dans un temps trèscourt et par des ouvriers ordinaires; cet avantage est sérieux pour les exploitations charbonnières qui, généralement, manquent d'ouvriers spéciaux.

La machine doit être munie d'un frein énergique alln de fonctionner sur de fortes rampes ; les freins adaptés aux roues détruisen t promptement les bandages et occasionnent la rupture des bielles d'accouplement; celui qui est appliqué à la locomotive de Couillet agit sur les rails de chaque coté de la machine, au moyen d'un sabot, par l'intermédiaire d'un balancier lixé d'une part au longeron et de l'autre en dessous de la boîte à graisse de la roue d'arrière ; le centre de gravité de la locomotive étant à égale distance des essieux

BtLGiyUE.

d'avant et d'iirrière , lorsque le frein est serré, les sabots portent les deux tiers du poids de la machine.

Dans les machines lenders, les soutes diffèrent de forme, et leur disposition varie selon les types des machines. Dans la locomotive de Couillet, elles sont placées de manière à démasquer complètement la vue du mécanicien et à permettre le graissage et la visite de toutes les pièces du mouvement.

Donnons enfin les dimensions principales de cette machine. La longueur de la chaudière entre les plaques tubulaires est de 2"', 335, le diamètre des roues est de 1"', 20, la longueur totale de la chaudière de 4"', 594 ; la contenance d'eau des haches est de 1800 litres; le poids du charbon de 400 kilos, la pression effective de la marche 8 atmosphères.

La Société de Marcinelle et Couillet, dirigée par M. Eugène Smils avec beaucoup d'habileté, a obtenu une médaille d'or à l'Exposition universelle. J. Laciiemt-Lapp.

La Statue de don Pedro IL

Trois statues équestres représentent à l'Exposition les traits des deux empereurs qui se sont succédé sur le trône du Brésil. A la porte de l'avenue Rapp, dans la section portugaise, on reconnaît le même souverain, fondateur de la monarchie brésilienne, sons le nom de Pedro 1"^, roi de Portugal sous le nom de Pedro IV. L'empereur actuel, Pedro II, est placé dans le quart nord-ouest du Parc.

Un pareil luxe de statues, cependant, n'est pas chose choquante, car les souverains auxquels elles sont élevées ont mérilé les honneurs du bronze qu'on prodigue si facilement aujourd'hui. Don Pedro l" et son fils sont deux types de princes grands et bons à la fois. La maison de Bragance s'est chargée de réparer les torts des autres dynasties européennes qui pendant si longtemps ne s'étaient révélées à leurs sujets des colonies que par des impôts onéreux, des lois tyranniqiies et des vice-rois plus tyranniques encore. L'histoire nous montre peu de figures aussi extraordinaires que celle de Pedro I", ce royal révolutionnaire qui joignait à un profond esprit politique la fougue et l'héroïsme d'un aventurier du moyen âge. D'une force corporelle inouïe, d'unebravoure folle, d'une adresse merveilleuse à tous les exercices du corps, sa vie est pleine de traits d'audace et de vigueur qui, au siècle on la force brutale était tout, lui eussent donné un trône comme à un Gama ou à un Pizarre II ne faut pas s'étonner que les Brésiliens chérissent les traits d'un prince qui, malgré les traditions de sa famille et son intérêt personnel, malgré les dangers dont il était en-

vironné, malgré les ordres d'un père irrité, n'a fait usage des qualités brillantes que le ciel lui avait départies que pour le bonheur de sa patrie d'adoption. A force d'énergie, il arrache aux ministres de Jean VI l'acte qui reconnaît l'indépendance du Brésil, et quand après avoir ainsi sauvé le pays condamné à la ruine par les exigences de la métropole, il n'a plus qu'à se servir de l'autorité qu'il possède, de l'affection qu'il inspire pour prendre le pouvoir absolu, fier de son oeuvre et ja'oux de la terminer, il donne à ses sujets une des constitutions les plus libérales qui aient jamais été faites. Ses courtisans s'émeuvent ; l'un d'eux, un Polignac de Rio-Janeiro, déclare à l'empereur que ses réformes préparent la république: « Comptezvous donc pour rien, répondit Pedro, l'honneur d'être président? » Un pareil mot peint un homme.

La mémoire du fils de Jean VI n'est pas moins chère aux Portugais, qui se souviennent de ce que don Pedro a fait pour eux. 11 est douteux que le Portugal ait accompli aujourd'hui même tant d'utiles réformes, réalisé tant d'heureuses innovations, que l'œuvre de régénération, en un mot, y soit aussi avancée, si les idées libérales et progressisteô n'avaient pas triomphé des principes qui dominaient dans les conseils de la reine Charlotte-Joaquim et de don Miguel. Ce résultat n'eût pas été atteint sans le dévouement de don Pedro, qui n'hésita paî à abdiquer la couronne du Brésil pour entreprendre cette fabuleuse expédition dontle résultat, après une longue alternative de revers et de succès, fut la défaite du parti Migueliste et la reconnaissance solennelle de doua Maria comme reine de Portugal. Il semble que le Ciel ait voulu accorder à don Pedro 1" une dernière faveur en lui envoyant, le 2'2 septembre 1834, une mort prématurée. Heureux les hommes auxquels il est ainsi donné de ne pas survivre à leurs triomphes et de disparaître, en quelque sorte, au milieu d'une éclatante apothéose.

Héritier des idées et des brillantes qualités de son père, don Pedro II a pris réellement à tâche d'assurer la prospérité du Brésil et le bonheur de ses sujets. Pour les rendre heureux, il les moralise. Il fait de l'instruction, sachant que l'instruction seule produit les citoyens éclairés et les royaumes florissants. Qu'on se figure M. Duruy couronné. Chaque jour l'empereur visite les écoles, les collèges, les facultés, écoutant, interrogeant, examinant lui-même les élèves, prenant parfois la place du professeur quel qu'il soit, qu'il enseigne à lire aux enfants, qu'il apprenne à penser aux hommes. Don Pedro II n'aura pas attendu comme Denys, pour prendre la férule, l'exil de Corinthe, où tout le monde ne peut pas aller, et où Denys alla malgré lui. On peut dire de l'empereur du Brésil qu'il est le maître de ses suj«ls,dans la plus belle, dans I la seele belle acception du mot.

De l'extension des relations commerciales, du développement des libertés intérieures dépendent la prospérité d'un pays. Pénétré de ce grand principe, don Pedro II a prouvé par SCS actes qu'il voulait le voir passer dans l'ordre des faits accomplis et que le progrès, à ses yeux, n'était pas une utopie irréalisable. En 1^50 a été signé le décret qui supprime la traite des noirs au Brésil. Le 7 septembre dernier, l'Amazone était solennellement ouvert aux navires de tous les pays. Enfin le discours du trône, prononcé à l'ouverture de la dernière session législative, en lançant pour la première fois le mot d'émancipation, permet d'augurer dans un pr'ochain avenir la disparition complète de l esclavage, incompatible aujourd'hui avec les idées de liberté et d'humanité qui, professées ouvertement par le souverain, ont trouvé un écho dans le cœur de tous les sujets.

La guerre dans laquelle l'empire est engagé depuis plusieurs années contre le Paraguay a permis aux Brésiliens d'apprécier toutes les vertus de leur souverain. Un jour la nouvelle se répand à Rio que l'armée Paraguayenne a envahi la province de Rio Grande du Sud. L'agitation est grande dans la capitale. De nombreux corps de volontaires se forment. Chacun veut voler à la défense du pays. L'empereur annonce son intention de se mettre à la tête des troupes, mais les ministres envisagent la situation plus froidement et dissuadent l'empereur de mettre son projet à exécution. « L'ennemi, répond don Pedro, l'ennemi a envahi le Brésil; tant qu'il foulera le sol de la patrie, ma place est au milieu de l'armée. Ne cherchez donc pas à m'arrêter. Si je ne pouvais partir comme empereur, je partirais comme simple volontaire. » Depuis trois ans que dure cette lutte déplorable, le gouvernement s'est vu obligé d'exiger des charges plus lourdes des citoyens.- L'empereur a voulu prendre sa part des nouveaux sacrifices imposés an pays, et il a renoncé au quart de sa liste civile; l'impératrice et les princesses ses filles ont suivi ce noble exemple, qui doit être d'autant plu t admiré que l'empereur du Brésil est de tous les souverains celui dont la liste civile est la moins considérable.

Il est regrettable que M. Chavespinheiro, auteur de la statue de don Pedro, n'ait pas été mieux inspiré par son modèle. L'empereur est représenté sous le costume qu'il portait au siège de Uruguyana. On pourra juger l'œuvre de l'artiste d'après la gravure que nous en donnons ici. Raoul KniiiiÈiiii.

Les Vins de France.

(Suite.) j

Ealre le boiir^^uignon et le girondin, il existe une gimidc rivalité qui ne doit cesser

qii avec le monde. De ces deux pays quel est le vin le meilleur? le Girondin répond c'est le médoc; le Bourfçuignon, ce sont les grands crus de la Cùte-d Or. Où est la vérité ? He part et d'autre, cela dépend des goûts. Les estomacs délicats, les personnes d'un tempérament faible, prcicrent le bordeaux et elles ont raison. Les hommes robustes, qui ont la tète .'.olide et qui résistent aux libations, aiment mieux le bourgogne, et elles n'ont pas tort. Ces deux produits ont des qualités particulières qui ne permettent pas de les confondre et qui leur assure à chacun de chauds partisans. Mais le bordeaux a cela de remarquable, qu'il est seul d.ans son genre tandis que le bourgogne a des similaires, c'est la Hongrie et l'Australie qui aspirent à supplanter la Bourgogne. Toute (ois il leur reste encore beaucoup à faire. La liasse Hongrie, il est vrai, ressemble beaucoup à la Cote-d'Or par la configuration du sol; elle a le même cépage, le pinot rouge et blauc, mais ses vins laissent à désirer sous le rapport de vinification et des soins qu'ils reçoivent. Avec des vignerons et des tonneliers de la Côte-d'Or, il faudrait encore au moins un siècle à la Hongrie pour se meltre à noire hauteur.

Quant à l'Australie, elle est moins avancée encore. Ses vignerons sont des Anglais qui ont tout à apprendre dans l'art si dilficile de la fabrication et de la conservation des vins, et qui mettront encore bien des anntes avant de nous atteindre. Je crois donc que les liourguignons resteront encore loug.emps les premiers dans la voie qu'ils ont si brillamment ouverte.

La Bourgogne forme trois départements, l'Yonne, Saône-et-Loire, et la Cô e-d^Or. lie ces trois départements la Côte-d'Or est celui qui produit les grands crus. Dans 1 Yonne se trouve Chablis et la Cbainelte, dans Saône-t t- Loire, Pouilly, et dans le Rhône, les vins de licaujolais en télé desquels il faut placer le nioulin-à-vent, le morgou, le fleury et autres qui viennent après les grands vins de Bour-

La Côte-d'Or ue compte que 2G500 bectares de vignes, dont n UOO plantés de garnets et 2500 depiuots blancs ou rouges. On n'estime pis à plus de 10 hectolitres le rendement raojen d'un hectare de pinot, qui liurterait à 45 000 hectolitres la récolte des grands vins de Bourgogne. Daus le Médoc, le rendement est â peu près le même, mais les , grands crus occupent une superiicie plus I considérable que dans la Côte-d'Or. Les ' 2^000 hectares couveris de gamets produi- I sentde 50 à tiOliectolilresparhoctare.ee sont I des vins communs qui ont beaucoup d'acide et 1 peu d'esprit.

Les vignobles de la Côte-d'Or sont situés le I le long de la Saône a partir de Sanloneyjus- ^qu'à Dijon. Ils lournent vers le midi. Leur iUllilu le uu-dessus du niveau de la mer varie de 215 à 280 mètres. C tsl dans celte zone

que se trouvent les grands crus, au-dessus et au-dessous il n'y a plus que des vins ordi naires. Le sol de la côte esta peu près uni forme. Il fe compose de calcaire léger, nié langé d'argile et de cailloux en diverses proportions. Le sous-sol offre moins d'uniformité. A Voinay, c'est une roche calcaire fendillée, dans les interstices de laquelle les racines des ceps se plaisent. A Pomard, qui fimile Voinay, le sous-sol est argilo-marneux, etàChainbertin c'est une alluvion de cailloux roulés. Ces trois sortes de sous-sol donnent des produits qui se distinguent facilement; la roche calcaire fournit un vin léger, délicat, qui se fait vite, mais qui passe vite, c'est le Voinay et ses similaires ; le sous-sol argilomarneux des vins corsés, un peu durs, qui se font lentement et qui durent très-longtemps; c'est le pomard, le nuits et ses similaires ; enfin le sous-sol d'alluviou avec cailloux roulés donne un vin intermédiaire dont le ohambertin est la plus haute expression. Cette classification des terrains, faite par M. de Vergnette Lamolte, est une base trèssùre pour classer les vins comme je viens de le faire. Cette classification est le seul moyen de se reconnaître au milieu des produits, que souvent des nuances imperceptibles séparent. Je la recommande aux œnologues, je crois qu'elle pourrait être applii|Ui(e ailleurs que dans les vignobles de la Côte-d'Or.

Les vins de Bourgogne sont un peu plus alcooliques que ceux de Bordeaux. En 1865, excellente année, les rouges avaient jusqu'à 14 pour 100, la moyenne est de H à 12, Les blancs sont un peu plus riches e.i alcool, ils titrent jusqu'à 15 pour 100.

Le bouquet des vins de la Côte-d'Or diffère de celui des vins de Bordeaux; il rappelle le goût de framboise à divers degrés, et possède une odeur plus pénétrante. Chez ces deux crus, c'est seulement vers la quatrième ou la cinquième année qu'il commence à se montrer. Les vins blancs n'ont que fort peu de bouquet, mais ils dégagent un parfum délectable qui les rend chers aux amateurs.

Les principaux crus de la Côte-d'Or sont pour les rouges la Romanée-Conti, Chambertin, Vulnay, Rechibourg, Pomard, etc. Le Clos-Vougeot est un type à part, qui tient le milieu entre ces trois divisions que j'ai établies. Ce vignoble présente en effet les trois sortes de sous-sol que j'ai désignés plus haut, on pourrait donc, en p;rtageant la vendange de chaque territoire, faire à la fois les trois types que je viens de signaler; mais comme les raisins sont soigneusement mélangés, on n'obtient qu'une seule cuvée.

■ Les vins blancs de Bourgogne, sont le inoutrachet et ses environs, le meursault, le chablis et le pouiliy. La Bourgogne récolte beaucoup de vins blancs faits avec le pinot; mais ce sont des produits de consommation courante.

(.S't'/'a fuiilinué.)

Jai:h( |.::1 \'.\l.:;i.lilii;s.

CHRONIQUE

Nous avons avons parler du banquet offert par .MM. les Commissaires étrangers à la

Commission impériale. Mais qu'en dire? ■

MM. les Commissaires étrangers, ayant invité des dames, n'ont pas cru pouvoir se permettre de convoquer des journalistes français, par égard, sans'doute, pour les convenances, que MM. les Commissaires étrangers connaissent si bien et que nous connaissons si peu.

La présence des dames n'a pas empêché M. Uouher de faire de la politique brûlante à ce banquet, et MM. les Commissaires étrangers de l'applaudir — toujours par convenance. Les convenances ont été poussées si loin, que ce banquet, donné pour célébrer les conquêtes de l'industrie, s'est terminé par un bouquet à Chloris, — je veux dire par un toast aux dames, porté avec beaucoup de grâce par le noble lord Granville, président du banquet.

Tout s'est donc passé avec beaucoup de convenances, dans ce banquet, oii la cuisine française a brillé par son absence, comme Achille; avec convenance, dis-je, grâce à l'exclusion des journalistes français.

Relevons pourtant, dans l'heureuse improvisation de lord Granville — je ne parle pas de son toast aux dames — une phrase qui restera : « C'est un beau spectacle, a dit le noble lord, de voir le souverain et le peuple d'un grand pays, qui a tant de droits à se sentir rassasié de gloire mihtaire, abandonnant son Champ de Mars aux luttes généreuses et pacifiques qui marquent les progrès de la civilisation et qui réaliseront le bonheur et le bien-être général. »

Que béni soit-il, le noble lord, pour ces bonnes paroles, prononcées peut-être avec une certaine malice après le discours trop bouillant de i\I. Ro iher I

Ceci est écrit la veille de la fermeture de l'Exposition, et le beau spectacle dont a parlé lord Granville est bien près de finir. Quoi qu il en soit, l'Exposition, comme Machabée, mourra au sein de son triomphe. Jamais elle ne lut ni plus belle ni plus animée.

Ces mêmes enfants qui, dimanche dernier, sur le passage de l'Impératrice et du Prince Impérial jetaient leurs bonnets en l'air dans le vaste transsept du iMais de l'industrie, nous les avons vus défiler par grandes bandes au Champ de Mars. Moyennant dix mille francs la Commission d'encouragement pour les éludes des ouvriers s'est donné la joie de présenter devant les étrangers qui s'obstinent à revenir à l'Exposition à la suite de l'empereur d'Autriche, toute la jeune génération des écoles communales de Paris. Ils sont là quatre-vingt-dix mille qui apprennent

.i lire au compte du budget municipal.

Quoi! diront les Prussiens, voilà tout le contingent de l'instruciiou gratuite dans une

L'EXÏ'OSITION UNIVERSELLE DE 1867 ILLUSTRÉE.

ville comme Paris? — Palience! c'est un commencement: mais ne fût-ce que pour échapper au juste étonnement des Prussiens, il faul nous liîUer d'agrandir nos écoles trop petites.

De tous les souverains visiteurs, l'empereur d'Autriche n'a pas été seulement le mieux reçu, mais encore le plus favorisé comme spectacle. Il a pu voir défiler sous ses yeux, a'i Champ de Mars, tout le peuple de Paris,

le vrai peuple, celui qui donne les zouaves de l'armée et de l'industrie, ce peuple qui produit indistinctement des inventeurs ou des héros.

La Commission impériale, ayant dépassé dix millions de recette, c'est-à-dire de quoi distribuer trois millions de dividende aux trois intéressés de l'affaire, l'État, la ville et les souscripteurs du capital de garantie, a permis à la Commission d'encouragement de

faire largesse aux derniers jours. Et je vous prie de croire que la Commission d'encouragement n'a pas manqué de zèle,: elle a distribué près de 'lOO 000 billets d'entrée, et tous signés et conlre-signés par ceux qui en profitaient, crainte d'erreur.

Et l'impitoyable M.Tagnard, l'agent financier de la Commission impériale, s'est aperçu avec étonnement que les recettes, au lieu de diminuer par ces distributions de bil-

éiiiiillllllii^

LA STATUE DE DON PEDRO II, empereur du Brésil. — Dessin de

lets gratuits, augmentaient au contraire. Ce nouveau saint Paul du fisc s'est réveillé sur uoe nouvelle loule de Damas; et, pour un peu, il se serait fait le complice le plus fervent de la Commission d'encouragement.

IMais voici l'embarras. — Jl. le commissaire général, au nom de la Commission impériale, a pris l'engagement, vis-ii-vis des commissaires étrangers, de congédier l'Exposition le ol octobre. Or, il paraît que ces messieurs, par l'organe des commissaires anglais, ont rappelé la Commission impériale à l'exécution de son engagement.

Fermer l'Exposition la veille de trois jours de fête, c'est assez bizarre! Mais que faire'?

11 faut tenir les engagements pris. En vain, les délégations ouvrières implorent ces trois jours de répit, pour terminer leurs éludes, et permettre aux camarades qui ne travaillent pas les jours de fête, de voir enfin cette Exposition si vantée. Les commissaires anglais n'entendent pas de celte oreille. Us veulent déménager le 1" novembre.

Comment! eux si scrupuleux sur l'observance dominicale, et qui ferment leurs vitrines les dimanches , ils déménageront le jour de la Toussaint? Que leur importe, puisque l'ouvrage sera l'ait par des ouvriers français, damnés à l'avance! — Oui! mais les ouvriers français, tout damnés qu'ils sont,

M. woifr.

observent aussi les jours de fête, et ils refuseront de travailler au Champ de Mars avant le 4 novembre. Il est vrai que les commissaires anglais ont compté sur ce brave M. Moreno-IIenriquès, le directeur de la manutention de la Chambre de Commerce de la Seine, et dont les fidèles équipes le suivront jusqu'aux feux de l'enfer, s'il leur dit démarcher. Qu'importe encore aux commissaires britanniques que M. Moreno-Henriquès soit damné : il n est pas Anglais! !

Et voilà comment il se fait que l'Exposition sera fermée à l'heure où paraîtront ces lignes.

Fk. Ducuiac.

Inipfin.erio générale de CI). Lahure, rujde Fleurjs, 9, à Paris.

lEXPOSITIO^ l^IVERSE

PlIBUCATION INTEBNATIONALE AUTOBISÉE PAR LA COMMISSION MPÉRIALl

ÉDITEUK :

M. E. » E M -rr ,

noLSsionnaire du CofalO'jue oOiciei, éditeur de ia Commissio impena.e.

l.G premier volume, 488 pajcs. moitié texte, moitié. gravures,

est CM

15 îr. pour Paris, 18 fr, pour les Départements.

4 Novembre 1867.

. La Confédération argentine (1 grav.), par M. B. de Malzac-Η II. Mmén rélrospecfif : l'Horloge de Gaston

6i> I.ivi-aUonM «le lO pages Iwi"

PRIX DE L'AliONNEA

isons pour loute'ld France 30 fr

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d'Orléans et le Polyplique d'ivoire (2 grav.), par M. J. Laiirfînt-Lapp. — III. César (1 grav.), par M. Henri Martin. — IV. Les Tentes des Peuples nomades (4 grav.) par M. F.. Ducuing. — V. Les Écoles impériales des Arts et Métiers (1 gi-av.), par M. de Lyden. — VI. Pi tils métierfi : les Dentelles^ les Pipes et les

RÉDACTEUR T.N CHEF; IW. T. nrCEilMCi,

Membre du Jury intei national.

Le second volume, 488 pages, moitié texte, moitié gravure

L terr

a le 30 11

mbre.

L'ouvrage complet. 30 fr., Paris; 36 fr., Départements.

Lorf/nei/es (3 grav.), par IMM.Aug. Poitevin et Victor Cosse. — VII. Galerie des ^Machine^i (suite), (2 grav.), par M. Charles Boissay. — VIII. Visilede S.Hi. l'Empereur à la classe 94 (1 grav:), par M. AugUEle

reur à la classe 94 (1 grav:), par M. .tu. — IX. Chronique, par M. Fr. Di

14 gravures

Ducuin

L'EXP0S1T10.N UNIVERSELLE DE 1SfiT ILLUSTRÉE.

La Section Argentine à l'Exposition nniverselle.

C'est du côlédc l'avenue de Siilïi'en, dans la partie la plus p\tlores-(ue et la plus mouvementée de l'hémicycle, que sont rir semblées les productions argentines.

Là sont lïroupés les divers spécimens des laices du pays, élfinenl essentiel de sa prospi'r/lé; les peaux assorties et les cuirs travaillés indigènes ; les fossiles de M. Seguin; enlin, les éeliantillons minéralogiques deSaii .luan, de la Rioja et de (jordo a; — riilnsses métallurgiques, pressenties il y a iiOOans par le liarji navigateur Diaz de Solis, lorsqu'à l'aspect étincelatil de l'immense cours d'eau cti Rucnos Ayres se mire aujourd'hui, et à la vue des riches oinemenis argentif res dont les Indiens étaient parés, il s'écriail : « Rio de la l'iatal » lleuve d'argent!

En abordant les sections sud-américaines, le visiteur peut feiro un petit cours usuel de géographie spéciale, à l'aide d'une grande carte fommaire, à colorations variées, qui indique les i'iontièies des divers États et où figurent les princ psles villes et les chemins de fer de chacun d'eux.

l a ligne lileu-clair entoure ces belles contrées argentines dont sont inséparables les noms de l'illuslro général San Jiartin, de Relgrano Rivadavia et liartoloine Mitie; la ligne bleu-foncé le petit mais riche pays du général flores, ou Bande orientale ; la ligne \eilo leftrtile berceau chilien de Ruines etde l'rieto; la ligneorange la [ arlio paraguayenne du docteur Francia et des deuxLopez.

On mesure géographiquement l'importance de ces Républiques, ttl on trouve assfz l'aci- Icmont l'oplication de l'essor rapide et prépondérant delà Confédération Argentine, nonseulement dans un développement territorial qui déjou'e, de Buenos-Ayres à la Cordillère des Andes, une plaine pampéenne de 300 lieues, mais cnco;e et surtout dans sa titualion à l'égard de 1 Europe, qui forme, à travers l'Atlantique, le Irait d'union de l'ancien inonde et du nouveau.

La Section Argentine est liilre on couleur locale, notamment la salle que notre vigoetle représente, et oii sont exposés deux de ces paysans argentins dont un fils du pays trop célèbre disait au capitaine Page : « Donnez « au premier gaucho venu une lance, un pon- « cho, de5 éperons, une selle, et voilà un ce soldat. »

Dans une autre salle oir se détachent sur un fond bleu d'azur, à travers les écussons sud-américains, les deux mains serrées de la belle et mâle symhoiisaiion argentine, sont étalées de colossales mâchoires d'animaux pétrifiés sous la main des siècles; une carapace As ijlijiiludun, qui donne une idée de l'énorme développement de ces édentés dont le genre

n'existe plus ; le3 restes d'un cheval fossile, qui offre à la science ce phénomène bien remarquable dedifférer, comme espèce, des chevaux actirel.-! par plusieurs caractères anatomiqucs; le »?f3a//ien'Hr?! américain ; beaucoup d'autres débris parlants qui font remonter à la pensée le cour'antdes générations ; épaves d'un monde disparu; histoire sans annales, mais non sans preuves, retrouvée au flanc des Cordillères, et sur les borris des tlerives ai'gentins.

Cette exhibition de .M. Seguin a une haute \aleur paléontologique. il.M. Serre, llilne Edwards et tous les représentants autorises de ces grandes études le reconnaîtront sans pciiii.'. Il y a là, d'ailleurs, expi'imés bien d honorables efforts individuels. M. Seguin, en (jui un instinct supérieur et impérieux a suppléé le savoir acquis, put participer quel que temps aux ti'avaux du regnittable géologue français, M. Rravard, tous deuxexplorateurs infatigables du campo, jusqrr'au joirr où ce dernier fut triseveli à .Mendozi sous les ruines du tremblement de terre qu'il sut prévoir, mais non éviter.

Quant à l'exposant AI. Seguin, en s'attachant, comme la pieuvre, au sol argentin, tant aux environs de Ruenos-Ayres que sur le littoral du Rio Salado, il est parvenu à reconstruire rie grands animaux d'une inappréciable antiquité, et il a posé ainsi, à un point de vue spécial, le frontispice de 1 histoire nature le et de la géologie argentines.

Lorsqu'on a admiré — chef-d'rrMivre d'adresse et de patience — les tissus brodés à la main de cette province du Tueuman qui, plus riche encore par la nature que par l'art, a été surnommée « le jardin de l'Amérique du Sud; » les selles de cuir et les ponchos de soie d'un si beau travail; les riches toitons du Juguy et Calamarea, demandées par notre Conservatoire des arts et métiers; après s'être arrêté devant les collections de plantes médicinales et usuelles particulières au pays; les échairtillons de tabac, en manioque ou on cigares; la canne à suci'e; les cires d'abeilles de .11. Liberio Molina et cellss envoyées par le gouvernement; les toisons de brebis de M.\l. Hannah et Newton; les gourdes splondides et pittoresques, dites chifles, formées d'une corne de biBul', tt dont la voyageurs font usage au passage dea montagnes ou durant le long parcours des pampus; les bois argentins, distingués parmi tant d'autres bois délicats et riches de provenanee américaine qu'on emploie pour l'ébénisterie, lecliarroniiage, le tannage des peaux, et qui, sous ce dernier l'apport, ne craignent, a dit la /îet'iic desJkux-Mondes, la concurrence d'aucun pays; les marbres de Jlendoza; les minerais de M.M. Lafone, Riekarde, Rccques frères, Kiappenbach ; or, argent, cuivre, plomb, fer, nickel, élain, cdslal de roche ; enfin, l'élégante collection géologique recueillie dans toutes les provinces parM. Martin Moussy qui a l'ait, de sa vie, un voyage

de vingt années dans l'estuaire delaPlata, de ce voyage un'livre et de ce livre une encyclopédie descriptive justement estimée; quand on a vu toutes ces marques d'un elirrrat prodigue, d'un:; industrie qui grandit et d'une civilisation conquérante, il l'esle encore, pour ceux que préoccupent dans ce continent les riueslions d'avenir social, une exposition d'un véritable inléré, à contempler.

Il s'agit des viandes ai'genlines.

L'Amérique, en donnant la pomme rie terre à l'Europe, a prévenu ou atténué île grands maux pendant nos disettes nationales, et l'emploi de ce tuber'cule a dominé les découvertes abstraites de la science de toute la jrrééminence active des intérêts pratirpres rie l'humanité.

Cobt à ce titre supérieur que les procédés de conservation appliqués aux viandes argentines ont fixé l'attention des jurys spéciaux.

Les prairies naturellesde la Confédération, avec son territoire grand quatre fois comrrre la France, contiennentun innombrab!e bétail, dont les têtes se comptent par millions, et qui se reproduit à l'infini : trouver le moyen d'amener, à travers l'Atlantique, ces viandes de la Plata des malanzas' argentines sur les mai'chés du vieux monde avec toutes leurs coirditions nutritives, et presqu'à l'état de viande fraîche; en généraliser l'usage sur notre continent dont les populations épuisées sentiraient jrrompteirrent le bienfait d'une nourriture substantielle, économique, et toute chargée des fortifiantes émanations du campo américain, est un soin dont on ne saurait tr'op applaudir' l'idée ni trop récompenser le succès.

Ainsi en ontpensélesjurés de la classe T(l: dans les distinctions accordées à MM. Betir et Huebler, Thomas Olidt n, Guillermo iMrillc r, Démarra Aliba et Morgan, ils ont voulu encourager un premier progrès, mais surtout la pensée et la constance qui l'ont produit.

Telle est, à vol d'oiseau, l'exposition argentine. Son honorable président, le ministre argentin, M. de Balcarce, en signalant à son gouvernement l'utilité, pour la République, de ne pas se tenir à l'écart de ces grandes assises, et la Commission spéciale qui s'est constituée à Buénos;-Ayres, sous la présidence de don Juan M. Guttierrez, recteur de l'université, et de l'infatigable directeur général des postes, M. Posadas, ont pris la plus heureuse iui' tiative. La Confédération Argentine, en elTel, a reçu sa carte de nationalisation dans les congrès pacifiques de l'avenir par les récompenses qu'elle a obtenues du congrès international de 1 8G7, et qui, s'élevant à quarante mentions honorab'es, ou médailles de bronze, d'argent et d'or, forment plus du tiers de celles décernées aux Ktats Sud-Américains.

Ces lauriers de la p'iix et du travail seront justement appréciés de l'autre eôté de l'jAt-

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