LES DENTELLES
La dentelle au fuseau, la dentelle noire est une industrie essentiellement française.
La maison Lefébure et fila, qui a placé parmi les petits métiers à l'Exposition universelle quatre ouvrières dentellières et une ouvrière faisant du point d'Alençon, est, sans contredit, une des premières maisons de France, comme elle est une des plus anciennes. Elle a obtenu successivement toutes les récompenses qu'il était possible d'obtenir, et toujours les premières dans sa spécialité. Depuis 1819, les médailles de bronze, d'argent et d'or, les premières médailles d'or et médailles d'honneur en 1855 et 1867, ont confirmé sa supériorité toujours maintenue. M. Lefébure père, décoré en 1 849, a, d'ailleurs, bien
mérite du monde indusiriel, par la façon paternelle dont il a compris sa mission, s'intéressant aux colonies ouvrières dépendant de lui, comme à des fractions de sa famille, et ne négligeant aucune occasion de mettre en évidence les mérites de ses coopérateurs. C estainsi que dans la campagne industrielle de 18G7, 17 récompenses ont déjà été aijugées à ses principales ouvrijres; son dessinateur a obtenu une médaille d argent, et des médailles de bronze ont lécompensé les heureux résultats obtenus par son école de dentellières et par la direction de ses ateliers. C'est encore à lui que la ville de Bayeux doit sa haute réputation en ce genre. Lorsque la grande médaille fut donnée à la fabrication de Bayeux pour les dentelles noires fines, la maison Lefébure éti^it, pour ainsi dire, la seule maison importante qui y entretînt des ateliers. Aussi, dans cette partie de la Normandie, l'influence de ce travail, largement rémunérateur, a-t-ellc été bienfaisante et moralisatrice. Les liens de la famille s'en sont serrés. Le niveau de l'éducation, grâce aux écoles, s'est élevé. Et le soir, dans la principale pièce de chaque maison , il faut voir réunies autour de la lampe aux reflets verts', la mère, les fiUcs et les servantes faisant courir le fuseau, tandis que le père fait quelque lecture intéressante.
On a souvent reproché à l'industrie de la dentelle de compromettre la vue des oui rières. A ce propos, une simple observation. Ce n'est pas le travail raisonnable et normal, c'est l'excès de travail né du désir de gagner davantage qui a pu avoir ce triste résultat. M. Lefébure en a fourni une preuve des plus concluantes en présentant cette année au jury de sa classe 4 ouvrières âgées de 60 ans, 2 ouvrières de 50 ans et 1 âgée de 40, qui toutes travaillent pour sa maison depuis leur plus tendre enfance, et qui jouissentacluellement d'une excellente vue.
Auguste Poitevin.
les pipes en écu.me de mer.
Ouel est le fumeur qui ne s'est pas arrêté quelques minutes au Champ de Mars devant l'atelier où les sculpteurs et tourneurs de iMM, Cardon et Illat travaillent l'ecume de mer? Et celte station est d'autant plus intéressante que, cimme pour la j)lupart des métiers qu'a si ingénieusement installés M. Haas, on peut suivre la série d'opérations qui font d'un bloc informe de terre blanche' l'élégante pipe ornée d'un bout d'ambre, que les fabricants vendent 1 5, 20, 30 et 'M francs. A l'aide du tour, un ouvrier dégrossit ce bloc, et dessine d'abord le fourneau et le tuyau; le forage se fait de la même façon; quand la
1. Le verre de la lampe est entouré d'un i^lobe rempli d'eau daus laquelle quelque-s grains da sel de cuivre ont été dissou-s, ce qui donne uué liiraièi'o verte des plus douces.
forme est à peu près donnée, le coupeur dégage la partie qui relie le lourneau au tuyau, travail qui ne peut se faire au tour. La pipe est ensuite remise aux prealeuses qui, à l'aide d'une herbe rugueuse appelée presk-, frottent l'écume et lui enlèvent ses aspérités. Il ne reste alors qu'à tremper la pipe dans un bain de cire blanche pour lui donner de la solidité et à la soumettre à un dernier polissage, qui s'obtient à l'aide de chaux de "Vienne porphjrisée. Un bout d'ambre tourné et poli vient compléter la pipe. Mais ceci constitue le produit ordinaire. En général, l'écume est sculp tée; en raison de sa nature friable, elle doit être plongée dans l'eau; elle devient facile à travailler et se prête à toutes le,- fantaisies du burin. Vous pouvez voir à l'Exposition de jolis modèles Irès-finsment sculptés, et qui ont le mérite d'être forcément originaux.
La fabrication des pipes en ésume de mer est une conquête toute contemporaine que nous a"ons faite, il y a quelques années, sur le monopole autrichien, grâce aux efforts et à l'habileté de plusieurs indus'riels, à la tête desquels il est très-jusle de placer M. Cardon, l'exposant de la classe 95. — En 1855, en pleine exposition, M. Cardon quittait sa maison, foniée depuis trois ans, pour aller chercher en pleine Asie Mineure, en .Vnatolie, une mine d'écume de mer qu'on lui avait indiquée. Sans se laisser arrêter par les frais, les fatigues, les dangers d'un tel voyage, M. Cardon arriva en Anatolie et reconnut un gisement considérable de celte terre précieuse. Au bout de quelques mois, il revenait en France, rapportant de son excursion une industrie encore inconnue en France. Il fit venir d'Autriche des tourneurs, des coupeurs, des presleuses, et monta un atelier auquel il adjoignit des sculpteurs français. Aujourd'hui, à côté de M. Cardon, qui emploie une vingtaine d'ouvj iers, se sont élevées plusieurs maisons qui ont profité de ses elîorts et de son initiative. Les sculptiurs gagnent de 15 à 20 francs par jour, les tourneurs et les coupeurs, de 7 à 10 francs, .les presleuses 5 à 6 francs, et voilà, grâce à la hardiesse d'un industriel français, une nouvelle industrie acclimatée en France. Elle est aujourd'hui en pleine prospérité.
M. Cardon a voulu l'aire profiter tout le monde de son voyage en Anatolie. — Sous le titre « Musée du Fumeur », il a réuni quelques notes sur l'histoite du tabac et ses souvenirs d'Orient. Ces pages, écrites sans prétention, se lisent de la première à la dernière, comme tout ce qui est marqué au coin de l'esprit et du bon sens.