‹ L'Exposition universelle de 1867 illustréeChapitre 87 sur 134 · L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

L'ANGLETERRE

(Suite.)

Au nombre des instruments de la mécanique générale qui succèdent aux machines, nous avons remarqué, entre mille autres appareils ingénieux, une balancebascule à peser les wagons d'une construction particulièrement soignée. Pouvant peser jusqu'à 1 5000 kilogrammes, la balance p.=îut mesurer avec précision jusqu'à un kilogramme.

Ce n'cïtpas seulement par la simplicité et le fini de sa construction i|ue cette puissante romaine est remarquable, c'est aussi parce que cette balance anglaise est divisée selon bi système métri-

Les Dentelles.

PiiTtTb MÉTlliRti. — Les Lorgnettes. — Uessms ae M. baiidrati.

que. L'adoption légale de ce système par le Parlement commence à porter ses fruits. Le tableau en anglais des mesures métriques comparées aux mesures usuelles, dressé par M. Charles Dowling, a été exposé avec lierlé dans le pavillon des monnaies par la commission internationale anglaise. C'est ce tableau graphique qui, appendu aux murs du Parlement, avait fini par faire comprendre les avantages de notre système à tous les membres et les a décidés à l'adopter facultativement.

Nous trouvons au delà les voitures et les locomotives fraternellement réunies. Nous n'avons pas à nous occuper de la carrosserie, dont Poitevin a parlé de la façon la plus compétente.

Quant aux locomotives, nous promettant d'étudier celles de la section française aussi complètement que nous le permettra notre cadre malheureusement si restreint pour tout ce qu'il faut y faire entrer, nous remettrons à ce moment ce qu'il y a à dire des locomotives étrangères , afin d'éviter des répétitions fastidieuses. Nous suivrons la môme méthodle pour l'élude des télégraphes.

Faisons une exception cependant en faveur des câbles Bous-marins, car l'Angleterre seule en fabrique sur une grande échelle. MM. Henley et Hooper ont exposé des échantillons de presque tous les câbles qui reposent au fond de la mer, c'est fort curieux ; mais ceux de M. Hooper, recouverts de caoutchouc vulcanisé, sont plus solides, moins chers et plus isolants que les câbles ordinaires à la gutta-percha; c'est ce qui leur a fait décerner la médaille d'or. Us beront

employés l'année prochaine pour ciablir une ligne télégraphique entre la Trance et l'Amérique.

A l'entrée de la rue transversale, il faut nous détourner pour admirer la vitrine de M. Matthey, qui a reçu la même récompense pour ses appareils eu platine.

Ses ateliers sont les plus grands laboratoires du monde; nulle part on ne manipule une aussi grande quantité de métaux précieux , or, argent, platine, aluminium, etc. Autrefois le platine se forgeait |)éniblement à la plus haute température des fourneaux ; il restait poreux et n'était jamais bien homogène; pour le souder il fallait employer l'or quatre fois plus cher que le platine. Si l'on avait le malheur dechauffer à blanc les vases, l'or fondait et tout se dessoudait.

^IM. Sainte-Claire-Deville et Debray parvinrent, en chauffant le métal avec du gaz d'éclairage brûlé par de l'oxygène, à fondre le platine comme du plomb; cela siiuplidait singulièrement la difficile mélallnrgie de ce métal et permettait de le souder avec luimême. iMais personne ne s'avisa en France d'adopter la nouvelle méthode, et ce fut M. Matlbey qui eut le mérite de l'appliquer en grand le premier. Il lui a dû la perfection hors ligne de ses produits.

11 nous resterait à parler des colonies britanniques, mais heureusement, car la p'ace nous manque, M. de la lilanchère les a décrites M professa, et il reste bien peu de chose à glaner après lui. Citons pouitant, dans la Nouvelle-Zélande, les os, gros comme ceux d'un bœuf, de cet oiseau, le moa, haut de quatre mètres (deux fois la taille de l'autruche), qui n'a disparu du pays que dans ces dernières années, si même il n'existe pas encore dans les forêts de l'intérieur.

En résumé, c'est peut-être dans cette galerie des arts usuels que le génie britannique se révèle avec le plus de puissance et de grandeur. Nos voisins ont pu, à prix d'or, atlircr nos artistes, accaparer leurs œuvres, mais il est une chose qu'ils n'ont pu acquérir ; la délicalcsse du goût. Leurs orfèvres exposent des vases richement ornés, mais ce n'est point le nom du ciseleur qu'ils pensent à mettre sur l'objet, c'est la valeur en livres sterling et le poids en livres troy de leur vaisselle u massive » comme ils l'inscrivent avec tant de complaisance.... et à si juste raison. Leurs facteurs d'instruments construisent des orgues aux sons purs et harmonieux, mais ils en barbouillent les tuyaux de couleurs voyantes qui font ressembler le buffet d'orgues à une boutique de mirlitons.

l' AMÉRIQUE.

l'rère Jonathan après Jean Taureau, son aîné. Nous ne quittons pas les Anglo-Saxons. Toujours même esprit inventif avec plus de hardiesse.

Le mouvement est donné à toute la section par une fort belle machine française de Flaud,

à deux cylindres inclinés. Elle n'a obtenu qu'une médaille d'argent ; c'est bien peu.

La machine américaine de Corliss qui fonctionne à côté a été mieux partagée. Elle méritaitd'ailleursla médaille d'or qu'elle a reçue, par la nouveauté et l'excellence du système d'introduction et d'échappement de la vapeur. Ce système consiste à remplacer le tiroir par des robinets dont la manœuvre est beaucoup plus prompte.

Les Américains, gens graves et pratiques, sont fort ennemis du clinquant, mais ils font une exception pour leurs machines qu'ils décorent comme des bijoux. La machine Corliss est argentée et dorée sur toutes les faces.

Nous avons constaté une tendance à employer les machines à pression d'eau; nous pouvons également remarquer que les machines à vapeur rotatives sont nombreuses à l'Esposition. L'Anglelerre a les machines de Thompson et de HiU, l'Amérique celle de Behrens, Elles sont fondées sur ce principe : au lieu de donner p.ar la vapeur à un piston un mouvement de va-et-vient (transformé en mouvement circulaire, par l'intermédiaire d'une bielle) , produire directement le mouvement rotaloire du piston sur son axe, ce qui évitî les points morts, n'ébranle pas le bâtiment oOr se trouve la machine, comme le fait la course du piston, et supprime la desti'uction de force acquise qui a lieu à chaque renversement dans le sfns du glissement du piston. Il y a longtemps que l'on cherche à construire des machines de ce genre, mais ce n'est guère que cette année que l'on semble y avoir réussi.

Les machines-outils américaines sont bien ingénieuses. Remarquez ces machines qui font des machines, par exemple cet outil ;i fabriquer les cardes, c'est-à-dire des courroies hérissées de pointes de fer, des eipèces de brosses, qui peignent le coton. Cette petite luacbine coupe et loge à la minute trois cents pointes de fer dans le cuir.

D'un autre côté c'est une machine qui taille le bois avec tant de précision et de vitesse qu'en quatre mouvements vous avez une boîte solide, presque une ébauche de meuble. Ailleurs une miniature de machine à vapeur oscillante, grande comme un chapeau d'homme, élève 'lOOO litres d'eau par minute à l'aide d'une pompe centrifuge.

Réduit par l'abondance des sujets à l'emploi du style télégraphique, nous ne savons plus que citer. Un mot encore sur le tunnel, creusé sous le lac llichigan, pour l'alimentation de la ville ; ce canal souterrain va recueillir à trois kilomètres et demi de la rive, de l'eau pure, et non mélangée de sable comme elle l'est près du bord.

Il faut nous y résigner, marcher, quitter la civilisât on et pénétrer dans les pays de

l'orient.

Nous ne nous y arrêterons pas. L Egypte et la Turquie, le Japotr et Tunis n'ont rieir à

nous apprendre en fait de mécanique. Jetons seulement un coup d'œil sur cette machine à égrener le coton, envoyée par le roi de Siam, pour juger du chemin parcouru jusqu' aux machines Platt.

Mais regardons en ami l'exposition do cette vaillante rurtiou roumaine, qui n'était point il y a douze ans à peine, et que nous avons appelée à la vie. La Roumanie reconnaissante est venue dans ses habits de gala. L'exposition est encore bien primitive, mais enfin c'est le premier acte de virilité d'un enfant vieilli dans les langes dont les tyrans maliométans et schismatiques l'avaient enveloppe.

La Roumanie est frère de son agriculture. Sa terre est peut-être la plus féconde en céréales du monde entier. C'est la mère nourricière.

Ses sacs de grains seiiiblaieDtdes fontaines publiques.

Et de fait le maïs, lefi-oment et le lin coulent incessamment dans des vasques, oii uire chaîne à godets les reprend sans cesse porrr les élever à l'orifice d'où ils retombent; ceci est un grossier appareil à nettoyer les graine?, mais la pensée du poëte n'en est pas moins réalisée.

L'lT.-\LrE.

Le pays n'est pas riche; pas une seule machine n'est en mouvement, presque tous les construct°urs se sont contentés d'envoyer des nrodèles dont le transport est moins coûteux que celui des appareils. D'ailleurs ces artistoj, ces musiciens, cea sculpteurs inspirés, ces peintres habiles sont un peu effrayés par les rudes machines ; habitués au marbre, ils dédaignent le fer. Les exposants mécaniciens s'appellent Cuppy ou Westermann, voilà d'étranges Italiens. Les Anglais ont partout fait souche d'ingénieurs: ce sont les Cokerill en Belgique, les Scott et les Powell à Rouen, les Westermann à Gênes, etc.

11 y a cependant une exception ; les Italiens ont un véritable forgeron: Ansaldo, dont les ateliers gigantesques livrent des machines de 900 chevaux. Ceci prouve que l'Italie pourra plus tard, aussi bien que la France, fabriquer ses machines elle-même. Pour le moment elle en invente. Nous avons remarqué une machine à vapeur sans point mort, une machine de Woolf, horizontale, et surtout le métier électrique de Bonnelli, si injustement oublié dans la liste des récompenses.

Nous ne terminerons pas sans direunmot des exploitations d'acide borique qui ont valu un prix spécial au comte do Lardcrel;car c'est assurément la seule industr ie où l'homme ait encore osé ruettr-e en jeu les forces plulonisnnes, était creusé des puits artésiens pour aller chercher les émanations des volcans. |^

LA RUSSrE.

Ce n'est pas dans la galerie des arts usuels qu'il faut aller pour admirer le grand enrpire. La Russie possède des minerais renommés, mais elle a grandement besoin d'apprendre à les luettre en œuvre. Les quelques

machines exposées sont de lourdes reprotluclions des types anglais. Et puis, l'État presque seul est exposant. Tout révèle le manque absolu d'initiative des Moscovites. Ces hommes n'ont qu'un cerveau, celui du mailre.

Depuis les machines à vapeur, construites par les élèves de l'fcole des linfanis Trouvés, à Moscou, jusqu'aux meubles de luxe, fabriqués par les ouvriers de l'empereur, tout appartient au gouvernement.

L'aciérie d'Oboukofî présente des plaques etdes canons d'acier bien travaillés, mais qui, cependant, ne peuvent entrer en lutle avec ce que la Prusse et la France ont exposé en ce genre. Notons encore un magnilique tube en cuivre rouge, coujiié à angle droit malgré son gros diamètre. Quand on sait combien il est dinicile de plier un tube de fort calibre sans le déchirer et l'aplatir, on ne voit plu» les légers défauts d« cette belle pièce, et on l'admire très-sincèrement.

Charlks Iîoissav.

Visite de S. M. l'Empereur à la classe SA.

Sur le désir manife.sté par un cerlain nombre d'exposants de la classe 'J'i, de voir leurs produiis honorés d'une yisile de l'Empereur, désir consigné dans une lettre adressée à M. Sajou, président du comité d'admission (t transmise par lui au cabinet de l'Empereur. S. M. avait bien voulu promettre de déférer au vœu qui lui était exprimé.

Lundi 21 octobre, à dix heurfs du matin, l'Empereur, venu du pa'ais de Saint-Cloud, avec le général Casteljiau, l'un de ses aides de camp, s'est rendu dans les galeries de la classe 91, où il a été reçu par H. Sajou, président du comité d'admission, par M.M. Dilz-Monnio, Barbier, etc., membres de ce comité, M. Auguste Vitu, membre de ce même comité et vice-président du jury international de la classe; M, Le Play, commissaire général et plusieurs chefs du service de l'Exposition, étaient également présents.

Les exposants avertis étaient accourus en foule ; on n'en comptait guère moins détruis cents sur trois cent vingt.

,V une allocution dans laquelle M. Sajou expliquait en fort bons termes le caractère particulier de la classe 9.'i et son heureux effet sur les ouvriers dont elle mettait en lumière les intelligents et patients efforts, l'Empereur a répondu qu'il était fort louché des sentiments dont il accueillait avec bonheur l'cxiiression chaleureuse. « C'est mon devoir, a dit Sa Majesté, de travailler au bonheur public, et particulièrement à celui des classes ouvrières qui montrent tant de zèle, d'intelligence et de patriotisme. « L'Empereura promis de répéter à l'Impératrice les paroles qu'il venait d'entendre. « Mon fils, a-t-ildit,

sera digne, je l'espère, des sympathies que vous lui manifestez. »

La visite a immédiatement commencé; les exposants se tenaient devant leur vitrine respective, et M. Sajou les présentait l'un après l'autre à l'Empereur, laissant à chacun d'eux le soin d'expliquer lui-même la valeurdeson travail et de ses procédés.

Les charpentiers du devoir de i compagnons passants ont d'abord exposé à l'Empereur le magnilique travail qui résume lou'es les diflicultés de l'art de la (hajpente, véritable chef-d'œuvre qui n'a pas coûté moins de 'i2 000 francs, couverts par des cotisations volontaires perçues dans les ateliers et les chantiers.

.M. et Mme l3odin ontprésenté leur brosserie à plumes, qui utilise toute la partie fibreuse des plumes de vo'aille; deux brosses de ce système, mises en service dans la Compagnie des omnibus, ont présenté beaucoup plus de durée que la brosserie ordinaire.

Un nouveau modèle de ceinturon de soUat sans ardillon a biaucoup frappé l'Empereur, comme aussi le réveil à bougie automatique de M. Aumaitre, et la locomotive construite à l'échelle d'un dixièT,e par M. Barat, ancien mécanicien dans les ateliers de la Compagnie du Nord.

L'Empereur a examiné avec l'intéiél qu'ils méritent les ouvrages d'art de M. Dufresne, ses armes damasquinées, ses coupes, ses coffrets. Les jouets mécaniques de M. Damour et quelques autr. s curiosités de ce genr^ ont fait sourire le grave père de famille, qui en a commandé quelques échantillons pour le Prince Impérial.

A mesure que l'examen se prolongeait, l'Empereur, qui a un goût particulier pour la mécanique et pour toutes les auplications des arts uli'es, so montrait de plus en plus surpris des découvertes qu'il faisait dans ces deux galeries si exiguës, mais si pleines. — C'est décourageant, disait Sa Majesté, il y a trop de bel'es choses, on ne saurait tout voir ni tout apprécier.

Le brave capitaine Saint-Alary, du 59° de ligne, venu tout exprès de Tarbes pour assister à celte visite, a eu la satisfaction de s'entendre complimenter par l'Empereur sur ses modèles d'armes destinées à rendre l'escrime de la baïonnette et de la lance inoffensive pour les élèves. Sa iVlajesté a fait porter aux Tuileries, il y a quelque temps déjà, les armes modèles du capitaine Saim-.VIary.

Le prodigieux chef-d'œuvre de H. Bataille, une maison en miniature, a excité l'élonnement de Sa Majesté; et comme on parlait du mobilier invraisembrable qu'exigerait une pareille demeure, l'Empereur, reconnaissant M. Grohé dans la fouie, lui a dit un de ces mots flatteurs qui sont toute une récompense.

Une rare bonne lortuoe altecdait nos artistes ciseleurs et bronziers. L'iiinpereur, s'arrêtant avec la certitude du véritable connaisseur devant la vitrine de .M. et Mme Ker-

nay, près de qui se tenait l'illustre Wetche, leur père et beau-père, s'est exclamé sur la délicatesse des deux coupes en argent repoussé, dont nous avons déjà entretenu les lecteurs de V Exposition universelle illustrée, et les a sur-le-champ achetées 'lOOO francs. La Perdn'j}, en bionze argenté et ciselé par M. Poux, a été également acquise par l'Empereur, dont les choix ont ainsi hautement ratifié la décision du jury international.

Le i\id d'oiseau, que nous avons également signalé comme l'œuvre la plus remar^ quable de la fonte à cire perdue, dont M. Gonon possède tous les secrets, est devenu la propriété de l'Empereur, qui a bien voulu l'accepter comme un présent collectif olîert par tous les exposants de la classe 9-4.

Citons encore un ouvrier horloger, à qui l'Empereur a acheté une montre à cadran solaire. Si l'heure n'eût pas été si avancée, si les impérieux devoirs de la souveraineté n'eussent rappelé l'Empereur à Saint-Cloud, oii se seraient arrêtés ces encouragement» donnés avec une libéralité qu'éclaire et soutient le discernement le plus lin !

Il était près de onze heures et demie, lorsque l'Empereur, reconduit jusqu'à sa voiture par le cortège des exposants de la classe 9/1, est reparti pour le palais de Saint-Cloud, au milieu d'une ovation spontanée où se confondaient la. reconnaissance et l'alîection des ouvriers intelligents et habiles parmi lesquels l'Empereur venait de passer une heure qu'aucun d'eux n'oubliera.

At^GlSTE VlTU.

CHRONIQUE

4 noveiiibje.

L'Exposition a fini comme elle avait commencé, en pleine foule, en plein soleil. Elle est tombée comme un soldat victoiieux dans la mêlée — tout d'une pièce.

Rendons giâce à MM. les commissaires étrangers. Ils ont bien voulu consentir à ne pas déménageren pleinelète, ce que, du reste, ils n auraient jamais osé se permettre dans leurs pays respectifs, — ce qui diminue un peu le mérite de leur condescendance.

Le 30 octobre, il était décidé que l'Expositioe serait irrévocablement fermée le 31 , le Moniteur l'avait déclaré. Le 31 octobre, on apprend que la clôture est prorogée jusqu'au 3 novembre, au profit des bureaux de bienfaisance de la ville de Paris.

Heureuse résolution, pour les pauvres d'abord, pour l'Exposition ensuite, qui a fini comme elle devait linir, en plein triomphe, comme .Machabée.

Je voudrais signaler à l'Europe cet admirable peuple de Paris qui fait l'ordre là où toute autre foule ferait l'enconibrement, et qui résout à sa manière ce problème de Leibnitz ; L'ordre agrandit l'espace.

Comment le Champ de Mars a pu contenir pareille foule, sans que rien ait éclaté, sans qu'aucun dégât se soit produit, — c'est un miracle dont le peuple de Paris a seul le secret. Il faut des conslables à Londres; ici, le sergent de ville a été parfaitement inutile. Et pour tant à quels feux de joie l'ivresse du dernier jour n'a-t-elle pas ' donné lieu 1

C'est chez nous qu'on a trouvé le concello sublime : on fait l'ordre avec du désordre.

Les plusrichesmarchands de Paris, les joailliers et les bijoutiers, sauf une exception que je déplore, ont tenu à honneur d'étaler toutes leurs richesses devant celte foule presque houleuse; et ce n'est pas sans orgueil que les oiseaux, les ileurset les aigrettes de diimant de MM. Rouvenat, Baugrand et Massin, tremblaient dans leurs merveilleuses montures sous les pas de ce peuple curieux et enthousiaste. Alil c'est bien, messieurs; au lieu de montrer les diamants dans vos vitrines ouvertes, vous les auriez volontiers semés sous les pas des visiteurs, bien assurés que celui qui les aurait trouvés, vous les aurait fidèlement rapportés avant la fin de la journée. C'est bien, messieurs, vous faites la gloire de ce peuple, dont vous sortez, dont nous sortons tous.

Voilà donc l'Exposition close! Que vat-il advenir de toutes ces consU'uctions répandues dans le Parc?

Vont-elles décidément passera la défroque? Hier encore, elles étaient si éclatantes sous les clairs rayons de l'été de saint Martin !

Et ces malheureux concessionnaires déjà ruinés par les frais de leur installation, savez- V0U8 ce qu'on leur demande aujourd'hui pour ne pas démolir dans les délais fixés par le règlement? — 50 centimes par mètre et par jour de l'étendue qu'ils occupent au Champ de .Mars. Ce qui ferait la bagatelle de 182 fr. 50

par mètre, comme prix de location annuelle. Non ! cela dépasse la mesure; et pour l'honneur de mon pays, je voudrais que cette proposition n'eût pas été faite à des malheureux qui espéraient un répit pour compenser leurs pertes.

Mais si l'on demande un prix pour rester

VISITE DE S. M. L'EllPhHEUR A LA CLASSE 94. — Dessin de M. Ch. Veriiicr.

au Champ de Mars, c'est donc qu'on n'est pas disposé à démolir ? A la bonne heure ! voilà qui nous laisse l'espérance.

Et pourquoi dése.'pérerions-nous ? Après avoir annoncé que l'Exposition serait !n'e'i!0cadtemoii fermée le 31 octobre, n'a-t-on pas annoncé le lendemain qu'elle était pro ogée jusqu'au 3 novembre? Pourquoi ne dirait-on pas de même que l'Exposition sera conservée après avoir annoncé qu'elle serait démolie?

Nous voyons des choses si extraordinaires, depuis quelque temps 1

A-t-on eu beaucoup de peine à obtenir le consentement des bijoutiers et joailliers, les exposants les plus exposés, sansjeu de mots, pour les trois jours de prolongation? Et les petits métiers! ils se sont démenés pendant ces trois jours de fête, ' 'I f : ';' comme pour montrer

I ; que le travail est le

culte le plus saint ou'on puisse rendre à Dieu.

Et pourquoi désespérerions-nous de conserver le Champ de Mars? On demande aux petits métiers de rester trois jours; ils proposent de rester trois mois. Si l'on consent aux trois mois, ilsdemanderont à rester toujours.

Les acheteurs se pressent en foule aux objets de l'Exposition, parce qu'ils espèrentpouvoir emporter eu les achetant les olijets choisis. Pourquoidono supposer que les acheteurs manqueraient, si le Champ de Mars devenait un bazar permanent? Onachètecn détail aujourd'hui, on achèterait en gros demain. Supposez-vous le fabricant, qui a besoin de laines d'Australie, plus inexpérimenté que l'acheteur, qiâ a besoin de quelques mètres de toile pour son ménage, et qui va faire sa provision au Champ do Mars? Les Doks de Londres n'ont pas dcbutéavec laricheclientèle qu'ils ont aujourd'hui : ils ont commencé plus modes ement que le Champ de Mars. Voyez où ils en sont aujourd'hui ! L.t calculez ce que deviendrait le Champ deftlars, si Ion y organisait, d'une manière permanente, le travail et la vente.

Encore un coup, nous espérons que l'Exposition, comme le phénix, renaîtra de ses cendres. Elle a si bien fini que le public demande la loile, comme après un spectacle qui l'a ému.

Fr. Duccijn'g.

Imprimerie générale de Ch. Lîihure, rue de Fleurus, 9, à I^aris.

lEXPOSITIO^ UNIVERSELLE

Du 7 Novembre 1867.

I. L'Huile de foie de morue (1 grav.), par M. H. de La Blanchère. — II. Musée rétrospectif: un Éventail de

BO lilvriti»«oiiM de lO puiucH iu-4«

lE L'AUONNEMEN',

Aui SI) livraisons pour toutejla France 30 h.

Par la poste „

Pour i'tCranger, les droits de Bureaux d'abonnementa : rue de Richelieu, 106.

Boucher (1 grav.), par M. Olivier Mersou. — III. Lts Glaces de M. Alexandre {\ grav.), par M. A. Chirac — IV. Les Costumes suédois (3 grav.), par M. Oclave Lacroix. — V. La rue des Indes (1 grav.), par M. Prosper Poitevin. — VI. Les Tapis (1 grav.l, par M. Octave Lacroix. — VIL Cauutthouc et Gutta-ptrcba (1 grav.)-

par M. Prosper Poitevin. — VIII. Les hauts fourneaux et fore/es de MM. Petin et Gaudet (1 grav.) par M. Prosper Poitevin. — IX. Les Eaux minérahl à VExposition : Vichy (1 grav.), par M. Louis Ulbach. — X. Chronique, par M. François Ducuing. — 11 gravures.

;iTo

L'EXPOSitlON UNtVKftâËLLE DË \U1 ILLUSTRÉE.

L'Huile de foie de morue.

Ce qui se consomme annuellement en i'>anc'e d'huile de foie de morue, comme rcmèJe, es-t presque incroyable, et il faut que ce médicament ait une vertu réelle bien affirmée ou une vogue remarquable pour donner lieu à des Iransaclions aussi considérables. Espérons, pour no^ compatriotes, que c'est à la première raison que no'is venons de donner que l'huile de foie de morue doit sa rapide consommation. En 18GA, la consomma lion française des huiles médicinales de morue a été i]eili'iix niiiiioim cl dcmidc kilofj.; il est probable que, depuis lors^ nous dépassons facilemenl Irais millions. Malheureusement les établissements français des pèches do morue sur le banc de Terre-Neuve, ne produisent qu'à peine la moitié de cette quantité: nous sommes donc tiibutairos de l'étranger pour au moins quinze cent mille kilog. d'huile! C'est ce qui explique l'intérêt qui s'atlaeheaux expositions de ceprodnit et le soin que la Suède, la Norwége, le Danemark ont pria à exposer coquettement leurs produits en ce genre.

' En ulTet, nous demandons à la Norwége la plus grande partie du surplus qui nous est nécessaire: malheureusement les huiles de foievenantde ce pays passent presque toutes par Hambourg ou par Londres et nous arrivent grevées de droits et de frais qui en doublent la valeur. N'est-il pas incrojable que nous ne sachions pas bous approvisionner directerncnt d'une matière qui nous est utile au premier degré.'

Mais nous n'a\ ons point mission de rechercher les causes économiques de ces anomalies, nous ne voulons ici que donner quelques détails sur la manière dont s'obtient cet e huile, objet de tant de dégoût aux premières cuillerées, et à laquelle ou s'habitue si bien, que quelques personnes la dégustent, au bout de quelque temps, comme uno friandise.

Tout le monde sait que les poissons fort gras qui composent le genre morue et dont les espèces sont nombreuses, forment une mine inépuisable de richesse que la nature envoie à certaines contrées privilégiées du Nord. Après Terre-iSeuve, immense atterrissement que laissent entre leurs branches les eaux du Gulf-Slream, les côtes de la Norwége possèdent les plus belles pêches de ce précieux poisson. Les côtes du Finmark et de Rumsdalen, surtout le grand golfe de -'lO lieues do protondeur que circonscrivent les îles Loffoden, sont les lieux de rendez-vous de ces immense» cohortes.

Il estdiOicilede donner aux personnes non habituées à ces spectacles, une idée vraie de la prodigieuse quantité de ces poissons alors qu'ils s accumulent aux lieux des pêcheries.

Voici cè qu'en dit le Votjaijii en Scandinavie — et les quelques lignes que nous lui empruntons ne représehfent que l'exacte vérité quelque ijasconiie qu'elle paraisse au premier coup d'œit: « Autour des îles de Loffii' c den, les poissons descendent en si grande " quantité, qu'ds s'entassent les uns sur les Il autres et forment souvent des couches com- " pactes de plusieurs toises de hauteur. Le K pêcheur jclte la sonde dans la mer, et « là, où il la sent rebondir sur le dos des « poissons, comme sur un roc, il s'arrête i< et commence la pêche. »

Le lableau eet-ii complet'.' Nousle pensons, s>t quand nous aurons rappelé que le foie de chacun de ces poissons est assez volumineux, on comprendra l'énorme quantité d'huile que l'on en retire; car si la première, la plus pure et la plus blanche sert aux usages médicinaux, les autres qualités s'jnt recherchées en Norwége pour l'éclairage et en France pour la préparation des cuirs et mille autres usages commerciau.v.

Jusqu'au moment où l'huile de foie de morue est devenue un médicament usuel et de tous les jours, on la faisait pEir des moyens très-primitifs ([ui expliquent l'affreux goût qu'elle possédait et devraient faire canoniser comme martyrs les premiers maladesauxquels elle fut prescrite et qui purent la supporter. On empilait les foies dans des barils ou des baquets, puis on les abandonnait à euxmêmes jusqu'à ce que, la fermentation et la putréfaction aidant, l'huile vînt à surnager. On la recucillaitalors, et chacun peut se faire une juste idée de la saveur qu'elle devait contracter. Depuis lors on a cherché à séparer l'huile des foies plus rapidement, et l'on a obtenu un produit blanc, presque incolore ai heu de l'huile brune des commencements.

Aujourd'liui, dans presque toute la Nor wége, on opère au moyen d'appareilschauffès à la vapeur, et la gravure ci-jointe donne une idée de la disposition de ces usines qui sont pour la plupaj't, des établissements considérables, car à la suite de l'huile de foie de morue, on recueille des produits accessoires qui acquièrent de jour en jour plus devaleur, et nolammfnt des engrais puissants.

Afin de ne communiquer à l'huile que l'odeiir qu'elle ne peut perdre, celle du poisson, les foies doivent être aussi frais que possible : il y a loin déjà de cette précaution aux méthodes primitives. On les jette alors dans une chaudière à double fond, chauffée à la vapeur, et contenant au moins trois ou quatre barils. Sous l'influence de la chaleur l'huile se sépare, au fur et à mesure on la recueille et on la fait refroidir dans de grands bassins spéciaux, appelés Ayterdam le pays. Pendant son refroidissement, cette huile de premier jet 86 clarifie, cesse d'être trouble et laisse tomber un dépôt abondant. On la décante, on la filtre à la laine dans des chausses, et on la conserve dans des bombones de fer blanc, car le bois d un tonneau la colorerait.

Cette huile est presque blanche comme de l'eau: c'est la première qualité.

Alors que le chauffage à la vapeur ne fait plus monter d'huile, on procède à un traitement plus énergique : on enlève les foies et on les portedansune chaudière dcfonle chauffée à feu nu. On brasse pendant la cuisson, et on obtient l'huile blonile dont on s'éclaire dans tout le Nord. Quand celle seconde qualité ne moule plus, on pousse le feu, on fait bouillir encore pendant dix heures au moins, et l'on retire l'huile brune qui, elle, sort dans l'industrie des cuirs, des machines, etc., etc.

El tous les ans la manne des morues descend, et tous les ans l'homme essaye, sans y parvenir, de la décimer à son profit. A peine, malgré ses elîoris, en détourne-t-il une minime partie. Eu trois mois, de janvier à avril, vingt-cinq mille hommes ont péché au filel, à la ligne, à tous les engins pour prendre vingt-et-un millions de poissons. (Juelle misèrel Vingt-et-un millions de poissons, un grain de sable sur le rivage de la mer! Et il a fallu six mille embarcations pour obtenir ce résultat, et tout ce travail a fourni quarante mille tonnes d huile.

Ces chiffres viennent de 1860, et l'année avait été mauvaise; les îles Loffiiden seules

avaient donné !

H. DE Lx Blanchèue.

MUSEE HÉTROSPEGTll»' Un Éventail de Boucher.

(CoUcctioTi lie M. Fio,L;ey.)

Aujourd'hui, peint des éventails qui veul; le barbouilleur le plus abandonné des dieux n'en est paintempêché.

Sous ce rapport on avait moins de liberté au siècle dernier. C'est que les éventaillistes formaient une corporation en dehors de laquelle il eût été bien difficile d'enluminer la moindre feuille de vélin ou d'ivoire, pour Chevalier, Josse, Hoquet, Hébert, Race, ou y\me Vérité, les marchands les plus achalandésdu temps.

D'ailleurs, comme il appert de ses statuts en date de 171 'i , cette corporation ne s'ouvrait pas au premier venu. Même elle obligeait le candidat à des conditions quasi rigoureuses. Par exemple, la preuve de quatre annéea de bon etloyal apprentissage chez un maître était avant tout indispensable. Puis, ce premier point établi, il fallait soumettre au conseil des anciens un chef-d'œuvre, lequel était ordinairement examiné dans ses détails, avec scrupule. Or, jugé défavorablement sur cette pièce, le candidat se trouvait renvoyé à une session subséquente! au contraire, objet de l'approbation des mailrcs, il était admis dans la communauté, mais non avant d'avoir, à

tilrede bienvenue, versé entre les niaino du trésorier la somme de 550 livres.

Cependant, par un privilège heureux, les fils de maîtres, ou l'époux d'une veuve, ou bien d'une fiilc de maître, d'emblée, sans preuve ni examen préalables, entraient dans la

i corporation, pour tous autres, ainsi que je 1 ai dit, d'un accès peu commode. Bref, rien qu'à Paris, en 1 71)6, on ne comptait [las moins de cent trente maîtres éventaillistes, au demeurant peintres secondaires, dont les noms sont pour la plupart oubliés, etqui, suivant les caprices delà mode, se faisaient Ies imitateurs de Gillot, de Watteau, de Pater, de Lancrct, des Vanloo, de Boucher ou de Greuze.

Mais s'il est bien ceitain que prssque tous les éventails attribués aus ga'ants peintres du dix-huitième siècle, sont dus timplement à des pasticheurs peu célèbres, au sieur Pichard, entre autres, ou à la dame Doré que mentionne un almanach de 1773, celui dont nous publions la gravure, révèle un artiste véritable : au caractère agréablement faux du coloris, au charme particulier de l'exécution tous les amateurs y reconnaissent sans hésiter une œuvre de Bouclu-r.

Et pourquoi pas? Après tout Boucher a peint nombre de pantins et aussi beaucoup de ces œufs quele roi distribuaitla veille de Pà{ues à ses familiers; peut-être s'est-il amusé sur les lames d'un éventail, à ces visages de fillettes accortes et rieuses, minuis fripons et futés plus encore que jolis? Et ces amours qui badinent au milieu de guirlandes de ileurs, dans leur chair un peu bouffie et meringuée de tons roses ne retrouve-t-on pas Bouchtr, et

'i du meilleur?

I Ah! c'était un aimable artiste'. Certes il commit plus d'un écart d j dessin et donna à la vérité plus d'une entorse, plus d'un soufflet à la raison; mais il eut des qualités pr;cieuses qui rendent ses erreurs à peu de chose près pardonnables. Il savait équilibrer une physionomie, mtttre entre le regard etia bouche un accord parfait; il excellait a ! chiffonner le satin et la soie, à peindre les sourires francs, dégourdis, sans-façon, les regards animés, les lèvres retroussées aux coins, offrant ou quêtant un baiser. Sincère, j sans artiBce, il était vif, plaisant, net dans l'expression, prompt et adroit dans le travail. Comme il savait d'un coup de vigueur -raffermir une orrrbre languissante, ou bien — même en se trompant — préciser d'une ha- I churede lumière une forme in lécise !

Assurément, par bonheur pour lui, il est venu à point nommé. Dans un milieu austère \i et réservé, il eiit été sans essor; arrivant en pleine Régence, il a eu à qui parler, à qui : répondre. Comprenant à merveille le gout et j]! l'esprit de son époque, lui-même fut parfail| tement compris de tous ses conteniporaint-, 1 I et, aujourd'hui encore, il reste comme l'un i I des peintres du dix-huitième siècle qui oui f I le mieux interprète cette grâce unique, mai I niérés et incomparable qui fascina la cour

et la ville, que dis-jc? la nation tout entière, et après lanation, l'Europe.

Mais je reviens à notre éventail.

Il appartient à M. Piogey. Les oruemsnls sont légers, le ton des figures est finement rosé, le bleu du ciel chimérique, l'exécution lesie, franche, hardie, pimpante. En un mot, c'est l'un des plus pr-écieux qui aient été exposés au Champ de Mars, où il y en a plusieurs de charmants, et si l'on ignore pour qui un tel bijou a été fait, du moins voit-on qu'il était digne de briller aux mains d'une souveraine. OuvrEn Mekson.

Le Mobilier. - Classes 14 et 15.

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