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L’ÉLECTRICITÉ

l’observateur ne soit lui-même placé à une certaine hauteur audessus du niveau de la mer, et c’est ainsi que le phare de l’Exposition a été vu à 115 kilomètres, du haut de la cathédrale d'Orléans. Le phare électrique de la tour Eiffel est analogue à ceux de nos côtes, mais il est d’une puissance plus considérable, qui atteint celle de 70 000 carcels. L’électricité ne donne pas seulement la source de lumière, elle fournit encore le mouvement de la couronne mobile qui entoure le phare, portant deux systèmes de lentilles bleu, blanc rouge, et qui accomplit un tour complet en quatre-vingt-dix secondes, de sorte que la même couleur revient régulièrement toutes les quarante-cinq secondes.

Nous n’avons parlé jusqu’ici que de l’éclairage électrique, mais l’éclairage ne constituait qu’une partie des merveilles que l’électricité offrait aux visiteurs de notre Exposition. Il nous faudrait écrire un gros volume si nous devions nous arrêter, avec les détails intéressants qu’ils comportent, sur tous les systèmes, nouveaux ou perfectionnés, que nous ont fait admirer les électriciens, et pour en parler d’une façon complète, même très sommairement, nous devrions explorer à nouveau la Galerie des Machines, en complétant la visite que nous avons déjà faite en compagnie de nos lecteurs. Nous nous contenterons d’ajouter quelques mots à ce que nous avons dit au sujet des mystérieux ponts roulants et nous passerons ensuite rapidement en revue quelques-uns des points les plus intéressants de l’exposition d’électricité.

L’un de ces ponts roulants a été construit par MM. Roux et Lustrement, l’autre par MM. Mégy, Echeverria et Bazan, mais ils ne diffèrent l’un de l’autre que par quelques détails de construction et étaient mus tous deux par un transport de force électrique à distance. Une machine à vapeur de la puissance de 25 chevaux, installée dans la cour de la force motrice, en face de l’École militaire, actionnait une machine dynamo-génératrice du type Gramme, le courant électrique était amené par deux câbles conducteurs à une machine dynamo-réceptrice placée sur le pont, et actionnant elle-anême le mécanisme qui produit la translation en avant ou en arrière,

Il nous resterait encore bien des appareils intéressants à signaler, aussi bien dans les sections étrangères que dans la section française d’électricité, représentée par la Compagnie Cance, la Compagnie française Edison, la société Popp, la maison Bréguet, etc., mais nous devons quitter le Palais des Machines pour faire une rapide visite au pavillon des Postes et Télégraphes qui se trouve à l’autre extrémité de l’Exposition, sur l’Esplanade des Invalides, et où sont réunis les appareils télégraphiques les plus perfectionnés et tous les instruments et documents se rapportant au matériel postal.

Le fonctionnement des télégraphes-imprimeurs à transmission multiple, dont plusieurs systèmes ont été exposés par l’administration, excite ajuste titre l’admiration des visiteurs. Bien n’est plus étonnant certainement que de voir transmettre deux dépêches en môme temps sur le même fil, que les deux courants soient de même sens ou de sens inverse, avec ces appareils qui peuvent donner facilement 5000 mots à l’heure. Il y a môme là des appareils Baudot avec lesquels on peut parvenir à faire marcher sur un seul fil 4, 5 et même 6 dépêches.

En terminant cette revue très sommaire de l’électricité à l’Exposition, nous ne pouvons oublier, parmi les questions à l’ordre du jour, de mentionner l’installation, faite par la Société de la transmission de la force par l’électricité, d’un transport de force de 25 chevaux, depuis le palais des machines jusqu’à l’exposition agricole du quai d’Orsay, sur un trajet de 2800 mètres de longueur, aller et retour compris; c’est là un exemple des succès inscrits à l’actif de cette question, d’une importance colossale pour l’avenir, du transport de la force à distance, qui permettra d’employer tant de forces restées inutilisables loin des centres, et dont la réalisation consacrera le triomphe de l’électricité.

L’IIISTOIRE DU TRAVAIL

Une des plus intéressantes innovations de la grande Exposition est la large part qui y a été donnée à des collections destinées à résumer aux yeux du public les développements et les progrès de l’une des branches de l’industrie humaine depuis ses origines jusqu’à nos jours : histoire du travail, histoire de l’habitation, musée de la guerre, galeries de l’assistance publique, de l’administration pénitentiaire, etc. On a ainsi constitué spontanément d’admirables musées qu’il est regrettable de voir disperser et qui ont fourni au visiteur studieux une masse énorme de sujets d’instruction.

L’histoire du travail, dont l’idée première revient au Ministre du commerce M. Lockrov, un des principaux promoteurs de l’Exposition du Centenaire, et qui a été si brillamment constituée par un groupe de savants d’élite, occupe les vastes galeries du Palais des Arts libéraux formée à la fois par des collections d’une valeur inestimable et par des reconstitutions savantes de scènes se rapportant aux âges les plus reculés. Elle prend l’industrie à sa plus lointaine origine, poursuivre graduellement tous les progrès atteints dans le cours des siècles jusqu’aux temps modernes. 11 y a un attrait véritablement puissant à suivre ainsi pas à pas la marche continue des efforts patients et soutenus qui ont amené progressivement les races civilisées aux résultats actuels.

Lorsqu’on entre dans le Palais des Arts libéraux par la porte qui regarde la Seine, et qu’on pénètre dans le bâtiment en bois construit à l’intérieur, derrière le grand Bouddha doré, qui accueille les visiteurs avec son sourire éternellement béat, on se trouve immédiatement face à face avec nos ancêtres des temps préhistoriques, représentés dans une série de groupes de grandeur naturelle.

A droite de la porte d’entrée, un homme et une femme, appartenant au plus ancien âge connu, sont occupés à apointir péniblement des silex qui leur permettront de se défendre contre les fauves ou de tuer le gibier qu’ils pourront approcher. L’homme fend un rognon de silex, tandis que la femme, s’aidant d’autres pierres, en travaille un éclat qui peu à peu s’amincira et deviendra une hache ou une pointe de lance.

En face de ces primitifs industriels, une question se pose à l’esprit : comment a-t-on pu reconstituer ces hommes auxquels l’histoire écrite ne remonte pas?

Il faut bien le dire, c’est non seulement grâce aux documents divers recueillis par les savants, au premier rang desquels il faut citer nos compatriotes Paul Broca, de Quatrefagcs, A. Bertrand, G. de Mortillet, mais aussi au moyen de rapprochements ingénieux établis entre ce que l’on a pu connaître, par les fouilles, de ces types disparus et certaines races actuelles possédant des caractères analogues, que le docteur Ilamy, l’éminent directeur du musée ethnographique du Trocadéro, a pu faire reproduire ees ouvriers préhistoriques. Cette reproduction est aussi exacte que possible, et faite de façon à résumer tout au moins les données que possède pour le moment la science au sujet de ces problèmes complexes.

C’est ainsi que, pour reconstituer les hommes de l’âge du silex, ni. ilamy a complété les indications qu’il possédait, en s’aidant nés traits de certains bateliers, qui constituent pour ainsi dire une petite race à part et qu’il a pu étudier parmi les bateliers faisant le service des charbonnages entre la Belgique et Paris.

D’autre part, il ne faut pas oublier que, de nos jours, il existe

La Salle des industries préhistoriques, au Palais des Arts libéraux.

L’HISTOIRE DU TRAVAIL

des peuplades arriérées qui en sont encore à l’âge de pierre, et que les Australiens éclatent aujourd’hui le silex absolument comme le font les tailleurs de pierre de M. Hamv, qui a précisément fait régler leurs gestes sur un dessin exécuté d’après nature par le voyageur Baines.

Dans une scène suivante, on voit l’homme à l’abri d’une caverne dont il a chassé les fauves qui l’habitaient, et l’on assiste aux premières manifestations de l’art primitif: deux personnages, revêtus de peaux de bêtes, une femme et un jeune homme, sont en effet occupés à dessiner, avec une lame de pierre, des ornements sur des bois de renne. Ces ornements sont semblables à ces bois travaillés auxquels on a donné le nom de bâtons de commandement, et sur lesquels sont figurés des hommes, des mammouths, des élans, des rennes, des poissons.

A côté de ces hommes de Y âge du renne se trouve, occupant le centre du bâtiment, un campement de Samoïèdes, qui représentent encore actuellement l’âge du renne; c’est la reproduction absolument exacte d’une famille authentique, la famille Khanikof, qui venait tous les ans à Saint-Pétersbourg et dont le voyageur bien connu, M. Charles Varat, a pu acquérir et offrir au Trocadéro les vêtements et ustensiles. L’homme revient de la chasse sur son traîneau attelé d’un renne, et rapporte au logis le phoque qu’il a tué; sous la tente, on aperçoit une femme assise près du foyer, et un enfant installé dans un berceau primitif, qui se trouve suspendu par trois ficelles au sommet de la tente.

Un troisième groupe préhistorique nous montre les premiers constructeurs de Y âge de la pierre polie , édifiant un dolmen , qui est la reproduction fidèle du dolmen de la Belle-Haie, près de Gisors. Le groupe se compose de trois personnages à cheveux et barbe embroussaillés, vêtus d’étoffes grossières, chaussés de morceaux de peaux de bêtes fixés sur le cou-de-pied au moyen d’une longue lanière de cuir, qui remonte autour de la jambe jusqu’audessus du genou.

L’un d’eux est en train de sculpter sur une des pierres du dolmen la plus ancienne ébauche de figure humaine connue et

L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE i 889.

qu’on a fidèlement moulée d’après un dolmen existant, pendant qu’un second polit une hache de pierre sur un polissoir déjà usé par un long usage et qui, lui aussi, est le moulage d’un polissoir authentique. Le troisième façonne un pot de terre, comme le font encore aujourd’hui des peuplades, telles que les Galibis, qui ne connaissent pas l’usage des tours et des meules.

A coté de ces scènes de la vie primitive, on trouve la reproduction, à l’échelle du vingtième, de puits et galeries de mines creusés pour l’exploitation du silex, à l’Age de la pierre, avec des pics en bois de cerf et des pointes de silex, et retrouvés à Mur-de-Barrez, dans l’Aveyron, par MM. Boule et Cartailhac.

Les premiers métallurgistes de l 'âge du bronze forment un un autre groupe qui nous montre la fabrication du bronze, dont l’emploi a précédé celui du fer; le minerai est déposé dans un pot de terre, le feu est activé au moyen d’un soufflet à courant d’air continu, le métal en fusion est prêt à être coulé dans les moules en pierre; tous ces objets, creuset, fourneau, meules, pinces, ont été copiés sur les nombreux spécimens que possède le musée de Saint-Germain.

Enfin, un dernier groupe, composé de deux forgerons nègres du Soudan, rappelle les commencements de l'âge du fer; ce sont, en effet, les nègres d’Afrique qui semblent avoir travaillé le fer les premiers. Ceux-là sont munis d’un soufflet formé de deux outres de peau sur lesquelles le souffleur presse alternativement avec les mains; ce soufflet est d’ailleurs encore en usage chez de nombreuses peuplades actuelles.

Indépendamment de ces scèncsdcla vie primitive, on a disposé tout autour de la salle des vitrines qui renferment des armes, des bijoux, des ustensiles et des objets de toute sorte se rapportant aux âges île la pierre, du bronze et du fer, et ce n’est certainement pas la partie la moins intéressante de l’Exposition du travail.

Du monde préhistorique, nous passons à des scènes empruntées à la vie des hommes qui appartiennent déjà au domaine de l’histoirc.

L’HISTOIRE DU TRAVAIL

Dans un des bas côtés du bâtiment, nous voyons l’Égypte ancienne, représentée par un atelier de tissage, reconstitué sous la direction de M. Maspero, d’après des tableaux empruntés aux tombeaux des Beni-llassan ainsi qu’à un tombeau deThèbes; ils reproduisent les scènes de la vie industrielle en Égypte, telles qu’elles se passaient il y a cinq mille ans environ.

Dans une partie de l’atelier deux femmes exécutent les différentes phases de la fabrication du fil, c’est-à-dire le filage, le lissage, puis la mise en bobine. Deux autres Égyptiennes sont occupées au tissage de l’étoffe, qui se fait au moyen d’un métier horizontal, composé de quatre chevilles basses, plantées en terre, et de deux barres de bois arrondies qui s’emmanchent librement sur la tête des chevilles. Les fils sont roulés sur l’une de ces barres, tandis que la toile déjà faite s’enroule à mesure sur la barre opposée.

A côté de l’atelier de tissage égyptien, se trouve le groupe chinois de MM. d’Hervey de Saint-Denys, Jumetel et Léon de Rosny, qui nous montrent tous les détails d’une manufacture d’émaux cloisonnés, ainsi que l’imprimerie en Chine, avant sa découverte en Europe. Toute cette installation est d’une si merveilleuse exécution, ces Chinois ont une expression si vivante, l’un d’eux surtout vous regarde en souriant du coin de l’œil, et a tellement l’air de ne demander qu’à causer, qu’on pourrait être presque tenté d’oublier que l’on est en face de bonshommes de cire. On leur demanderait des explications sur leur travail, si l’on n’avait toutefois la crainte de les déranger, en les voyant si appliqués, si attentifs à leur ouvrage, et de troubler le silence parfait qui règne dans cet atelier modèle.

Plus loin, nous trouvons une belle installation consacrée à l’art assyrien et établie sous la savante direction de M. Heuzé, puis une fabrique de potier athénien, du cinquième siècle avant notre ère, dans laquelle M. Perrot a fait disposer quatre personnages s’occupant chacun à une besogne spéciale; dans un coin de l’atelier est installé le four, et l’un des travailleurs veille à la cuisson et active le feu; les autres façonnent les vases et travaillent à leur

ornementation. Cet atelier de poterie a été reconstitué d’après des peintures de vases anciens, et tous les moindres détails ont été reproduits avec la plus minutieuse exactitude.

Enfin, la Gaule romaine est représentée par une petite boutique: « Officina Prixlilli et Sociorum », qui porte comme enseigne : « Ad Amphoram rubram ». C’est, en effet, une boutique de poteries et de figurines moulées en terre blanche, et l’on voit le marchand choisir sur ses rayons les objets qui lui sont demandés par une dame confortablement assise dans un fauteuil d’osier.

Cette boutique de potier gallo-romain, qui se rapporte environ à l’an 100 après J.-C., a été restituée sous la direction de MM. Héron de Villefosse et Reinach, d’après les bas-reliefs du temps et particulièrement ceux de Sens et de Lillebonne.

Cette section de l’histoire du travail, comprenant toute la période qui se rattache aux sciences anthropologiques et ethnographiques, se trouve complétée par une intéressante série de moulages qui reproduisent les plus anciennes inscriptions connues et constituent par leur ensemble Y histoire de l'écriture ; par la belle exposition des Sociétés d’anthropologie de Paris et de l’étranger, installée par les soins éclairés du docteur Topinard; et, par un grand nombre de collections particulières qui sont venues augmenter les richesses scientifiques déjà réunies par les soins de la Commission dirigée parM. de Rozières et chargée de l’organisation générale de cette partie de l’Exposition.

Nous ne devons pas oublier de citer les si intéressants panneaux ethnographiques dus à l’habile pinceau de M. Charles Toché et qui forment la décoration extérieure de la salle de l’histoire du travail ; on y voit représentés les principaux types de la race humaine depuis le Nègre, le Chinois, le Roschiinan, le Peau- Rouge, jusqu’au guerrier romain. Citons aussi les beaux médaillons peints par Mlle Marie Forget et repiésentant Broca, Longpérier, Champollion et Burnouf.

Le reste du Palais des Arts libéraux est occupé par trois autres sections : les arts libéraux, les arts et métiers et les moyens de transport. Chacune de ces sections offre un intérêt au moins aussi

L’HISTOIRE DU TRAVAIL

grand que la première, qui vient de nous arrêter un peu longuement, mais il est certain que celle-ci, grâce au cachet pittoresque de ces scènes de la vie primitive, a pris pour elle la plus grande part du succès, aucun visiteur ne pouvant rester indifférent devant ces évocations presque vivantes d’un passé lointain et si peu connu, qui ne nous livre qu’un à un les secrets de son histoire enfouis dans le sol depuis des milliers d’années.

* Après avoir assisté aux débuts de l’industrie dans la section d’anthropologie, on en voit les perfectionnements successifs dans les sections suivantes.

La seconde partie de l’histoire du travail est consacrée, comme nous l’avons déjà dit, aux arts libéraux, qui sont représentés par toute une collection d’objets rares renfermés dans des vitres ou disposés sur des étagères.

On trouve d’abord l’histoire de l’imprimerie avec la statue de Senefelder, l’inventeur de la lithographie, avec une ancienne presse dite Gutenberg et une ancienne presse en taille-douce.

Dans une salle voisine, on remarque un laboratoire d’alcliimiste fidèlement représenté d’après celui qu’on attribue à Michel Maïer en 1618. Celui-ci est représenté en costume du temps, debout entre un fourneau couvert de cornues et une large table sur laquelle s’étale un in-folio poussiéreux. Le jour vient d’en haut et jette une clarté mystérieuse sur ce tableau saisissant.

En face, et formant un contraste frappant avec ce laboratoire primitif, on a exposé des instruments ayant appartenu à Lavoisier, ayant servi aux grandes découvertes qui l’ont illustré et dont l’ensemble est arrangé de façon à donner l’idée du cabinet d’un savant moderne.

Puis nous entrons dans la partie consacrée aux instruments de musique, dont on peut suivre presque toute l’histoire depuis la harpe égyptienne et le rebec du douzième siècle, qu’on a copié d’après une sculpture d’église, jusqu’au piano moderne.

On y voit des guitares anciennes, des luths des dix-septième et dix-huitième siècles, un décacorde de Lejeune datant de 1780,

une viole de Stradivarius transformée en violon, un instrument à archet du moyen âge appelé crowth, etc.

Au milieu des vitrines qui renferment ces différents objets, on a représenté l’atelier d’un luthier du dix-huitième siècle, qu’on a liguré avec de longs cheveux et une culotte courte, et celui d’un fabricant d’instruments de cuivre où l’on a rassemblé un grand nombre de trompettes anciennes et modernes.

L’exposition consacrée à la musique est complétée par une

Clavecin du dix-lmilièmc siècle.

grande estrade surmontée d’un ample vélum, sur laquelle on admire le piano de la reine Marie-Antoinette, un clavicorde italien, un clavecin de Christian Zell de Hambourg (1728); un clavecin français de Ilcms en vernis Martin; une petite harpe du treizième siècle, d’après une sculpture de la cathédrale de Chartres; une harpe galloise et des harpes modernes peintes en couleurs claires avec des filets dorés.

L’IliSTOIRE DU TRAVAIL.

Le travail de la peinture nous offre des spécimens de peinture à la fresque, à la cire, à l’encaustique, à la détrempe, à l’huile, à l’eau, au pastel, etc., et la série des arts libéraux se continue par la gravure, les manuscrits, la monnaie et les médailles.

Une salle spéciale est affectée à l’histoire du livre et de la gravure au Japon, et les collections qu’elle contient sont particulièrement remarquées.

L’histoire de l'affiche est également très remarquable, et l’on y voit de curieux exemplaires d’affiches typographiques illustrées ou coloriées, de tous les temps et de tous les pays.

La partie consacrée au travail de la sculpture est peut-être la plus intéressante de cette section, en raison de la manière instructive avec laquelle elle est ordonnée. On y a fait figurer la sculpture en bois, en marbre, en pierre, en bronze, en cire et en ivoire, avec des modèles provenant de grands artistes anciens et modernes.

C’est ainsi qu’on a exposé une tête de jeune fille de Dalou, modelée en terre, où l’on voit encore l’empreinte du « coup de pouce » de l’artiste; on a placé à côté le modèle en plâtre couvert de points de repère, qui a servi à faire le marbre. Il y a d’ailleurs toute une série de statuettes qui expliquent parfaitement le procédé employé pour les reproductions en pierre ou en marbre.

Parmi toutes ces sculptures, dont quelques-unes sont très belles, on remarque une œuvre inachevée de Carpeau, le groupe de la Charité, où les formes commencent à se dégager et où l’on pénètre déjà la pensée de l’auteur. Cette composition nous fait vraiment assister à la genèse d’un chef-d’œuvre et nous partageons, en la contemplant, toutes les émotions de l’artiste.

On remarque encore les maquettes que les sculpteurs ébauchent avant d’entreprendre la statue elle-même, et l’on y voit les hésitations et les efforts de la composition.

Les différents procédés de reproduction des objets d’art par le bronze trouvent naturellement une place importante dans cette partie de l’exposition des arts libéraux.

On saisit facilement tous les détails du procédé de moulage à

cire perdue , qui a donné de tout temps les résultats les plus délicats. C’est qu’en effet le moule est l’œuvre même de l’artiste : un noyau en plâtre, représentant la forme générale de la statue, est recouvert d’une couche de cire sur laquelle l’artiste achève son travail; quand il juge son œuvre terminée, il n’y a plus qu’à étendre au pinceau, sur la cire, un nombre suffisant de couches de barbotine, qui, en se modelant exactement sur la cire, donne en creux un moule d’une fidélité parfaite. Le modèle entouré d’une enveloppe en plâtre, on chauffe lentement le moule, et la cire fond en entraînant avec elle l’œuvre directe du sculpteur, dont il ne reste plus que le moule en creux; mais si, dans l’espace laissé libre, grâce à la barbotine et au noyau de plâtre, on vient à couler le bronze, l’œuvre se trouve entièrement reconstituée dans ses moindres détails.

Dans ce procédé, comme on le conçoit facilement, le moule ne peut servir qu’une fois. Lorsqu’on veut donc conserver le modèle et obtenir un grand nombre de reproductions, on emploie le procédé de moulage le plus ordinaire, qui se fait habituellement avec du sable de Fontenay-aux-Roses. L’artiste livre au fondeur son modèle fait en argile ou en plâtre, et celui-ci en fait un moule en creux, composé d’une ou de plusieurs pièces suivant qu’il doit couler d’un seul jet ou fondre à part les différentes parties de l’œuvre.

La fabrication de ces moules exige, comme on peut le penser, une infinité de précautions pour éviter des altérations dans la reproduction.

Puis, du fondeur, l’œuvre passe ensuite au ciseleur, qui la retouche, de façon à .corriger toutes les imperfections.

En passant en revue les outils des mouleurs, les différents procédés de réduction, les collections de moules auprès desquels sont les pièces qui en sont sorties, puis les outils du ciseleur, on arrive sans peine à se faire une idée très nette de cette industrie si intéressante, et l’on ne peut s’empêcher de regarder, comme le résultat d’un véritable tour de force, les reproductions, d’une lidélité si minutieuse, de l’Enfant au coq, moulé au sable sur le

L’HISTOIRE DU TRAVAIL

marbre original, dans des conditions de difficultés toutes particulières.

L’exposition du théâtre, comprenant à la fois la partie historique et l’organisation actuelle, nous montre tous les détails de la mise en scène, les dessous et l’envers du théâtre, les procédés de la peinture théâtrale, les mystères de la machinerie ancienne et moderne.

Dans un atelier de peinture de décors, l’artiste décorateur fait

Maquette d'un théâtre.

une esquisse sur la toile qui couvre le parquet; il marche donc sur son travail, armé d’un charbon fixé au bout d’une canne. Dans un coin de l’atelier, aux murs tapissés de décors achevés, on voit les pinceaux du décorateur, qui sont de grosses brosses, ou plutôt des balais, emmanchés d’une hampe assez longue pour que le peintre puisse travailler debout, puis la palette, qui présente des dimensions proportionnées aux quantités de couleurs qu’exige le métier.

De nombreuses maquettes, reproduisant en petit les décorations de nos principaux opéras, figurent dans cette exposition du théâtre. INous retrouvons là, pour n’en citer que quelques-unes,

les maquettes du troisième et du cinquième acte de la Muette de Portai, celles du cinquième acte de Polyeucle, du quatrième acle de l'Africaine, du cinquième acte du lloi de Lahore, etc., etc.

Enfin, sous le ballon qui s’élève au centre de la coupole du Palais, toute une collection de mannequins revêtus de costumes de théâtre vient compléter cette collection qui a obtenu un légitime succès auprès des visiteurs, enchantés de voir de près, de toucher même, malgré la défense traditionnelle, ce qu’ils ontsi souvent admiré de loin.

La troisième section de l’histoire du travail, consacrée aux moyens de transport, se divise en quatre parties comprenant la voie de terre, la voie ferrée, la voie fluviale et maritime, et la voie aérienne.

I/liistoire de la voie de terre commence par celle des roules. On voit une partie de la carte de Peutinger, un livret des postes romaines, des coupes de chaussées romaines, la carte des routes de France en 1555 et au dix-septième siècle.

Puis c’est une collection de modèles de ponts de tous les temps, qui a élé prêtée par l’École des ponts et chaussées. Ce sont les modèles des ponts de la Concorde, de Tours, de Mantes, de Perrache à Lyon, de Saint-Sauveur, de Nogent-sur-Marne, du Pointdu-Jour à Paris, etc. Parmi les modèles de ponts de bois, on remarque celui de Scliaflouse, qui date de 1757, et celui de Mellingen.

Les ponts de fer caractérisent l’époque actuelle. Ils sont représentés par le pont tournant de Brest, qui date de 1860, et par un grand modèle du pont Maria Pia que M. Eiffel a construit en 1877 sur le Douro, à Porto, et qui mesure 554 mètres de longueur, avec une ouverture d’arc de 160 mètres. Le célèbre pont du Garabil ne figure pas à l’exposition du travail; un modèle en est exposé dans le pavillon spécial de M. Eiffel, près de la tour de 500 mètres.

Après les ponts vient l’histoire de la chaussure et de la voiture. Au premier étage se trouve une importante collection réunie par les soins de M. Bixio, et dont les nombreux objets ont été prêtés par l’Étal ou par des particuliers.

L’HISTOIRE DU TRAVAIL

Ce sont des carrosses anciens, des chaises à porteurs, des palanquins, des traîneaux, donnant déjà une parfaite idée de l’histoire des divers véhicules.

Signalons notamment une fliguet te du dix-huitième siècle, rouge et or, très haute sur ses deux roues massives; un cabriolet de voyage delà même époque, suspendu sur de puissantes lanières de cuir; une fliguette hollandaise, verte et or; un carrosse du dix-septième siècle presque tout en glaces, avec une place réservée à l’arrière pour le valet qui se tenait debout.

Cette collection est complétée par environ quinze cents gravures et photographies, qui établissent l’ordre chronologique des transformations que la chaussure et la voiture ont subies à travers les âges. Notons la photographie d’un manuscrit du seizième siècle que M. Bixio a trouvé à la Bibliothèque nationale, et qui représente un traîneau conduit par un page, ainsi que la reproduction d’une gravure du cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale, qui nous montre la litière de Yauban portée par deux chevaux ornés de panaches.

On a exposé divers modèles qui nous permettent de retracer l’histoire de la voie ferrée et des premières locomotives.

On sait qu’il est difficile de rechercher à quelle époque revient l’honneur de l’idée première des chemins de fer. En effet, certains encyclopédistes voient dans le railwav la transformation du chemin à ornières des temps passés.

O11 constate même que les anciens facilitaient la circulation de leurs chariots en les faisant ronler sur des corps lisses, et on rappelle à ce sujet qu’on a trouvé aux ruines du temple d’Eleusis une route garnie de sortes de rails de bois.

Les roules à ornières sont originaires de l’Allemagne, et, dès le règne de la reine Élisabeth, elles font leur apparition en Angleterre.

Comme les pièces de bois placées sur ces routes s’usaient rapidement, on imagina de les couvrir de bandes de fer, avec un rebord pour maintenir les roues. Puis, comme ce rebord retenait la boue, on le supprima sur les pièces de bois et on en plaça un,

au contraire, autour des roues des chariots. Ce dernier système prévalut jusqu’à l’invention des rails en fer de Reynolds, en 1707.

Déjà Montgolfier promenait sa famille dans une sorte de véhicule à vapeur, et le ministre Choiseul avait fait construire une voiture à vapeur dont les essais avaient été mal accueillis.

C’est en 1804 qu’on voit circuler dans le Pays de Galles la première locomotive construite par Trevitick et Vivian, qui traînait une charge de dix tonnes avec une vitesse de 8 kilomètres, tandis qu’une tentative du même genre se faisait à Philadelphie.

Mais les perfectionnements étaient très lents, quand George Stephenson vint donner un nouvel essor à l’invention des remorqueurs à vapeur. Le 25 juillet 1814, il essayait à Willington une machine capable de traîner huit voitures chargées d’un poids de trente tonnes, avec une vitesse de 6 kilomètres. 11 obtint, en 1825, une vitesse double sur la ligne de Stockton à Darlington, et, en 1850, il inaugura le chemin de fer de Liverpool à Manchester.

A la même époque, Marc Seguin construisait la ligne de Saint- Etienne à Lyon et contribuait, de son côté, au perfectionnement des locomotives, des xvagons et des voies ferrées.

Si nous passons en revue les objets exposés et relatifs à l’histoire de la voie ferrée, nous trouvons d’abord les tronçons d’une ancienne voie ferrée, en rails de fer à double champignon avec traverse en sapin du Nord : ces rails proviennent de la ligne de Ilazebrouck à Dunkerque, en 1847.

Nous voyons aussi le tube de l’ancien chemin de fer atmosphérique de Saint-Germain (1847 à 1860), la première perforatrice Sommeillier qui a servi au percement du tunnel de Fréjus, au Mont-Cenis.

Mentionnons la première affiche de chemins de fer qui ait été apposée sur les murs, en Angleterre, et le tracé du chemin de fer de Darlington à Stockton, par Stephenson.

Les modèles des premières locomotives et des premiers wagons qui ont circulé sur des voies ferrées sont placés en dehors du Palais des Arts libéraux, sous la porte centrale qui donne sur les terrasses du jardin central.

L’HISTOIRE DU TRAVAIL

C’est d’abord une chaudière à tombeau , d’après le type de Watt, datant de 1786 et provenant de la fonderie du Creusot; puis la première locomotive deStephenson qui ait été employée au service des voyageurs sur la ligne de Storkton à Darlington.

C’est encore le modèle de la Fusée (the Rocket), la première machine à chaudière tubulaire construite par Stephenson. Elle a remporté le prix du concours ouvert à Rainhill en 1829 et elle a décidé de l’avenir des chemins de fer, par suite de l’application de la chaudière tubulaire, inventée par Marc Seguin, de l’action

La Fusée, première locomotive de Stephenson.

directe du piston sur les roues par l’intermédiaire d’une bielle et d’une manivelle, et de l’échappement de la vapeur dans la cheminée.

On voit le modèle de la machine fixe construite vers 1805 par Trevitick et retrouvée en 1885 à Londres, une ancienne voiture deluxe construite en 1858 et dont se servaitle duc de Wellington, et le wagon de la reine Adélaïde, datant de 1842.

La partie réservée à la voie fluviale nous initie aux divers systèmes de barrages. On remarque une série de dessins rapportés

par une mission qui avait été chargée, au dix-septicme siècle, d’étudier les écluses de la Hollande, puis le plan du canal du Languedoc, les lettres patentes du canal de Briare et du Loing, le modèle du barrage éclusé de la Monnaie, à Paris (1852-1855), des modèles de barrage à hausse et à fermettes mobiles, etc.

L’histoire de la navigation maritime comprend des modèles de travaux exécutés dans les ports, formes de radoubs, écluses, estacades et bassins, et entre autres l’écluse de la citadelle du Havre qui sépare le bassin de l’Eure de l’avant-port (1864). Citons également les anciennes cartes de marine qui proviennent du Dépôt des cartes et plans.

L’histoire de la navigation maritime se continue par la collection unique que l’administration des phares a prêtée, qui se compose des pièces les plus rares et qui permet de suivre les transformations successives des divers systèmes destinés à guider les navires pendant la nuit et le brouillard.

La pièce la plus curieuse est peut-être le grand appareil pour feu tournant, avec réverbères sphériques et lampes à mèches plates, qui provient du phare de l'Ailly (1781) et qui est un spécimen de ceux qui furent employés avant la tin du siècle dernier dans les principaux phares de France.

On sait qu’à la suite d’un concours ouvert en 1765 par le lieutenant de police Sartine, l’éclairage des rues de Paris, qui se faisait jusque-là avec des chandelles, reçut une amélioration notable par l’emploi des réverbères, composés de lampes à mèches plates et de réflecteurs sphériques.

Ce perfectionnement ne tarda pas à être également introduit dans la plupart des grands phares, et les nouveaux réverbères remplacèrent successivement l’ancien système d’éclairage employé depuis l’antiquité, qui consistait à brûler, à l’air libre, au sommet de la tour, du bois ou du charbon de terre.

Ces appareils ne donnèrent pas encore de très bons résultats, et l’on commença, à partir de 1701, à remplacer ce système par un autre qui est exposé également et qui comprend des réflecteurs paraboliques avec les lampes à double courant. On voit également

L’HISTOIRE DU TRAVAIL

le premier phare lenticulaire qu’Augustin Fresnel installa en 1825 sur la tour de Cordouan, et tous les types de lentilles et appareils construits du temps de Fresnel.

On a aussi exposé les lampes qui ont servi à l’éclairage des phares par l’huile végétale, puis les lampes à pétrole qui leur ont succédé, et toute la série des appareils électriques qui out définitivement remplacé ces dernières. Parmi eux on remarque la machine de Y Alliance, la première dynamo qui ait servi à l’éclairage des phares.

Citons encore la collection des bouées lumineuses et sonores, et les modèles des principaux phares.

Il y a enfin un certain nombre de modèles de bateaux et de navires, dont la série s’étend des pirogues de guerre de la Nouvelle-Zélande et de la salamba des Philippines aux admirables paquebots de la Compagnie transatlantique.

On trouve au premier étage l’exposition relative au transport par la voie aérienne, composée de la collection très curieuse que M. Gaston Tissandier a réunie depuis une vingtaine d’années.

La collection de l’éminent aéronaute comprend une grande quantité de pièces anciennes et de documents modernes qui permettent de reconstituer entièrement l’histoire de l’aérostation ; elle est complétée par une réduction de la première montgolfière de Pilastre de Rozicr et d’Arlandes (1785), et par un modèle du premier ballon à gaz de Charles et de Robert.

Les arts et métiers forment la quatrième section de l’histoire du travail. Elle nous montre l’outillage et le travail du verrier, du photographe, du coutelier d’art. On y voit un banc de tonnelier du dix-septième siècle, l’atelier d’un sabotier avec une collection de sabots, un tour en bois ayant appartenu à Louis XVI, la scie et la hache du bûcheron, avec des échantillons de diverses essences de bois.

On remarque une. collection d’instruments aratoires où nous trouvons la charrue siamoise; puis une meule romaine trouvée dans les environs de la Ferté-sous-Jouarre, le pétrin mécanique de Parmentier, des appareils de laiterie du commencement du siècle.

IG

I/art du forgeron est également représenté dans cette section, ainsi que l’art du tailleur de pierre. On a fait aussi une place à la fauconnerie en exposant un brancard à faucons, des chaperons à aigrette, des jets, des vervelles, et le portrait du célèbre fauconnier John Anderson portant la livrée de la maison d’Athol au couronnement de George 1Y en 1821.

L’histoire du travail est donc une véritable encyclopédie et son organisation très réussie répond à la grandeur de l’idée qui avait présidé à sa création. C’est un musée complet qu’il serait regrettable de voir disséminé et dont une partie considérable sera sans doute conservée dans le Palais des Arts libéraux dont les Chambres ont décidé le maintien

LE PALAIS DE LA GUERRE

Tandis que les arts de la paix, représentés par l’histoire du travail, occupaient le Palais du Champ de Mars, les arts de la guerre, tout ce que l’homme a inventé pour tuer ses semblables, briser les remparts, renverser les places fortes, avaient été réunis au centre de l’Esplanade des Invalides, dans un haut et imposant palais dont la surface n’occupait pas moins de 150 mètres.

Pour le visiter, nous passons d’abord sur le pont-levis d’une porte fortifiée, rappelant une construction moyen âge avec ses douves, ses mâchicoulis, et flanquée de deux tourelles : celle de gauche contient l’installation d’un colombier; à notre époque, le pigeon porteur de nouvelles joue un grand rôle; à droite, est le corps de garde. Nous traversons une cour d’une vingtaine de mètres, ayant des deux côtés une haie de bouches à feu de tous les calibres.

Nous montons les quelques marches conduisant à la porte principale du palais et entrons dans le spacieux et très haut vestibule; en face sont deux chevaliers sur leurs destriers, bardés de fer, paraissant garder les abords d’un escalier monumental; celui-ci bifurque à peu près à la hauteur d’un premier étage pour donner accès à un long palier aux deux extrémités duquel aboutit cette double révolution. Nous y conduirons le lecteur lorsque nous aurons visité le rez-de-chaussée de droite dans lequel nous pénétrons.

11 y a là une classification de tous les canons modernes, pièces sur affûts, caissons, attirails, etc., matériel complet de ce qui a rapport à l’artillerie, aux munitions et au perfectionnement des engins de guerre et à leur fonctionnement, au pointage et au tir; les obus de toutes tailles, les cuivres, l'acier, les armes forment des motifs de décoration ; tout cela est luisant, astiqué, propre et bien présenté.

Devant la perfection de ces redoutables inventions, on ne peut s’empêcher de jeter un regard en arrière. Les Anglais firent usage des pièces d’artillerie en 154G. Au quinzième siècle, Léonard de Vinci a dessiné et décrit un canon à vapeur qu’il nomma 1 ’architonnerre, dont il attribuait l’idée balistique à Archimède.

C’est dans la première moitié du dix-huitième siècle qu’un nommé Robins découvrit la cause de la supériorité des armes rayées sur les armes lisses. Il prévoyait en 1740 l’immense avantage d’imprimer au projectile un mouvement de rotation autour d’un axe coïncidant avec celui du canon et en rendant sa forme comme symétrique autour de cet axe; l’invention fut rejetée, et ce n’est qu’en 1825 que l’artillerie adopta la rayure pour les carabines dites de précision.

Lorsqu’on considère les gigantesques tubes destinés à porter la ruine et la mort à de si grandes distances, on voit que, pour ce qui concerne les progrès en ce genre, toute l’Europe a l’esprit constamment tenu en éveil, et qu’au dix-neuvième siècle notre civilisation nous rend bien supérieurs, comme machines et engins, à nos ancêtres qui se battaient de près!

Les salles de droite contiennent les modèles de canons; il y en a de tous les diamètres, et les projectiles de tous les calibres avec épaisses plaques de fonte donnant par leur évcnlrement un échantillon des forces de pénétration qu’on peut obtenir d’un tir mathématiquement prévu.

On comprend très bien que devant les éventualités de dégradation à craindre de Remploi des projectiles ennemis actionnés par la mélinile, les forteresses songent à renforcer considérable-

LE PALAIS DE LA GUERRE

ment leurs blindages. Nous ne sommes plus au temps où le maréchal de Lesdiguières, en 1585, abattait les murailles d’Embrun avec un pétard de 42 kilogrammes de poudre.

Nous avons dans celte salle de l’Exposition des appareils puissants éclairés par l’électricité, qui permettront de voir clair la nuit, subitement, comme en pleinjour, et de surveiller les abords des places fortes, mais qui projetteront au loin leurs lumineux

Le Palais de la Guerre.

rayons, fouillant la campagne dans toutes les directions pour éviter les surprises, ce qui remplacera avantageusement le pot-àfeu, suspendu par une chaîne, qu’on descendait de la muraille afin d’éclairer momentanément la défense du fossé.

Passons maintenant dans l’aile gauche. Nous y voyons les progrès du génie et de l’artillerie, ces deux armes sœurs ; les inventions militaires qui utilisent les cordes, le bois et le fer

pour les petites et les grandes opérations de la guerre, la défense des places et le passage des rivières.

Un peu plus loin on suit avec intérêt les découvertes et les améliorations nouvelles introduites dans le service de la télégraphie militaire, mettant en rapport les rouages du commandement et reliant, entre eux, tous les services qui coopèrent à l’existence, au mouvement et à la direction générale de l’armée. Le commandant en chef communique ainsi avec les postes les plus avancés, qui le renseignent sur la présence ou les marches de l’ennemi.

Parallèlement au vestibule d’enlrée et sous l’escalier, sont rangés, au milieu des trophées d’armes et d’ustensiles servant à la marine, les nombreux instruments de précision en usage sur les vaisseaux : chronomètres de toute nature, compas, télescopes; on a sous les yeux un historique complet d’appareils d’une justesse éprouvée et dont le mécanisme est à peu près insensible aux effets de la température et aux perturbations extérieures. Nous distinguons la montre marine qui conserve toujours l’horizontalité, même par une mer houleuse, et donne, après avoir été réglée au départ sur le méridien du lieu, la longitude du méridien où le navire se trouve.

Notre visite au rez-de-chaussée terminée, nous gravissons l’escalier conduisant à l’étage supérieur. Les murs sont couverts de belles et anciennes tapisseries représentant des sujets de batailles. Le large palier du haut est consacré à l’empereur Napoléon Ier; plusieurs vitrines contiennent des objets ayant servi à son usage particulier, des bustes et une statue de lui en bronze en tenue d’officier d’artillerie; le fond est orné par les portraits d’anciens maréchaux du premier Empire.

Le palais n’a qu’un étage, et toutes les salles reçoivent le jour au moyen au plafond vitré recouvrant toute la partie supérieure de l’édifice.

Nous entrons par la porte de gauche, et, en appuyant un peu de ce côté, nous nous trouvons tout de suite devant une réunion complète des uniformes de l'armée formant des scènes de la vie militaire ingénieusement combinées pour imiter, dans son

LE PALAIS DE LA GUERRE

ensemble, les occupations journalières d’une troupe campée. On se croirait dans une salle du musée Grévin.

Nous commençons par la troupe d’élite : gendarmes, gardes de Paris, pompiers recrutés parmi ceux qui, ayant fait leurs preuves comme soldats actifs de leur pays, en sont maintenant la force qui maintient l’ordre et les sauveteurs; puis viennent les télégraphistes et un petit goupe formé par les élèves de nos écoles nationales. Au premier plan, un maître d’armes donne la leçon et va vous prévenir par les mots : En garde ; il y a là des chasseurs à pied, puis une tente devant laquelle on marque des effets; quelques soldats de la ligne dans différentes tenues et un tambour semblent s’intéresser à ce qui se fait. En nous acheminant lentement vers la droite, nous voici devant la cuisine.

L’importante fonction culinaire s’accomplit sous le rideau protecteur d’une batterie d’artillerie, avec artilleurs et caissons, qui, sur une légère éminence, fait face à la campagne figurée sur une toile de fond, décor encadrant le premier plan et auquel il est relié par une forge en action et des soldats du génie; puis un général dont le cheval est tenu par un soldat en blouse, pendant que le chef lit un ordre que vient de lui remettre son aide de camp ; par-ci, par-là, quelques officiers complètent le cadre. Enfin à l’extrême droite, pour terminer cet ensemble, on voit un chasseur d’Afrique, un spahi, un zouave, un turco, un soldat d’infanterie de marine et un matelot.

En suivant notre route, nous trouvons une exposition de chaussures, de vêtements, d’instruments de musique, tambours, trompettes, tout cela, bien entendu, ayant rapport aux fournitures militaires, et, en revenant sur nos pas, la ferrure, la sellerie. Une salle très coquette et très intéressante représente l’armée belge avec des figurines en bronze et les dessins de ses uniformes. Pins loin, la maréchallerie nous fait passer par toutes les périodes de la chaussure des chevaux, depuis les hippo-sandales jusqu’aux ferrures les plus perfectionnées. On voit aussi l’escrime et ses anciens maîtres.

Nous examinons ensuite les remarquables travaux topogra-

phlques de notre état-major dont nous reparlerons au sujet de la géographie à l’Exposition. L’inspection de ces remarquables travaux nous fait passer derrière la cage de l’escalier pour rejoindre ce qu’on pourrait nommer l’exposition rétrospective des armes de guerre. En effet, nous sommes dans une belle galerie d’armures, de lances, de panoplies, une succursale du Musée d’artillerie où l’œil du collectionneur sera agréablement satis-

Canon Je forteresse de Range.

fait. Pins loin sont les uniformes anciens et les curieuses séries de dessins et de documents ayant rapport à l’art militaire.

Nous trouvons, après la collection des armes blanches, l’histoire du fusil depuis l’invention des armes à feu jusqu’à nos jours; aucun détail n’est omis, tant pour le perfectionnement des batteries que pour la construction des canons. Yient ensuite une galerie de portraits des hommes de guerre marquants de notre époque.

Dans une vitrine, au milieu de croix, de plaques de distinctions de tous genres, et à côté d’un bâton de maréchal, nous voyons un képi haut de forme, en d rapide soldat, portant une visière con-

LE PALAIS DE LA GUERRE

tinuée devant et derrière et nous lisons : « Casquette du général Bugeaud », cette fameuse coiffure légendaire qui fait penser aux victoires africaines d’il y a un demi-siècle.

Enfin, nous terminons notre visite en examinant une collection de drapeaux, emblèmes de la patrie, et la série des récompenses honorifiques accordées à ceux qui, aimant leur pays, sont heureux de se vouer à sa défense.

En sortant du Palais de la guerre, et comme annexe, nous trouvons un petit pavillon qui est probablement le plus mystérieux de l’Exposition : son titre est Poudres et salpêtres.

En 1886, toute l’Europe militaire avait la fièvre des inventions explosibles; la commission du budget dut se réunir à Chavignon, afin d’assister à des épreuves constatant les progrès, dans ce genre destructif, réalisés par la pyrotechnie française. Les délégués furent surpris de la grande portée et de la stupéfiante pénétration des balles lancées par le fusil Gras, perfectionné d’après le modèle à répétition dit Kropatschek qu’on expertisa devant eux. C’était à la nouvelle poudre, en essai depuis 1884, qu’on devait les résultats de ce tir exceptionnel, et, dès lors son emploi s’imposait, car à sa force balistique supérieure venait s’ajouter la propriété de protéger le soldat embusqué en tirailleur, aucune fumée révélatrice ne décelant sa place; disons même que l’explosion est si peu bruyante à la sortie du projectile, qu’en considérant la grande portée nouvelle de l’arme, la présence du tireur est aussi silencieuse que dissimulée.

Dans les dernières guerres, la fumée était un grand obstacle à la réglementation de la hausse de l’artillerie ; cette arme d’élite, dont les solides et consciencieux progrès ne donnent rien aux tentatives primesautières, avait le plus à gagner à la nouvelle découverte, et nous ne doutons pas des bénéfices qu’elle retirera d’un tir discret qui, étant donnée la portée à laquelle elle peut régler ses coups, cachera à l’ennemi les combinaisons de l’attaque aussi bien que les subtilités de la défense.

La guerre n’est pas une chose philanthropique, c’est une maladie de la civilisation amenant un dénouement fatal dont sou-

vent le vainqueur souffre autant que le vaincu. En guerre, la nation la plus policée devient féroce et n’a plus qu’un but, faire le plus de mal possible à son adversaire. Tout engin qui coopère à cette anormale effervescence doit être destructeur et meurtrier; il faut tuer, blesser, mettre hors de combat le corps ou agir sur le moral.

Ceux qui connaissent pratiquement le fusil Lebcl savent que rien n’a été négligé dans la construction de cette arme à magasin, pour inspirer au soldat toute la confiance qu’il doit avoir dans un instrument de guerre perfectionné joignant, pour atteindre le but, la précision à la longue portée. Le fusil actuel, étant moins lourd que le précédent modèle, est bien maniable; on peut mettre plus de cartouches à la disposition de l’homme pour effectuer un tir très rapide qui, sous une trajectoire tendue, double les ellcts meurtriers de sa petite balle allongée.

lien sera de même de notre artillerie de campagne, dorénavant peu bruyante, quoique faisant bonne besogne. En effet, un bruit insignifiant remplaçant cette fameuse voix du canon, dont les flocons d’aveuglante fumée accusaient la redoutable pièce en batterie, sera aujourd’hui la foudre sans tonnerre et la mort partout, sans qu’on se doute d’où viennent les coups; et le moral, constamment troublé, restera dans une perpétuelle angoisse.

11 est certain qu’on se préoccupe beaucoup, dans les différents états-majors européens, de ce que sera désormais la manière de combattre avec l’introduction d’un élément nouveau qui parait devoir bouleverser de fond en comble l’ancienne tactique militaire. Mais la France conserve jusqu’ici le monopole de son invention, et quoi qu’en dise ses rivaux, elle est seule à posséder la poudre sans fumée. Puisse cette supériorité nous assurer de longues années de paix !

LES OEUVRES PHILANTHROPIQUES

Tout à côté des vastes constructions de la Guerre et par un contraste qui ne manque pas de philosophie, il a été réservé un large espace aux Œuvres philanthropiques, dont le but commun est d’améliorer le sort de la classe ouvrière et de venir en aide aux pauvres et à ceux que le malheur a frappés.

C’est ainsi qu’on a consacré à l’Esplanade des Invalides des pavillons importants aux écoles d’apprentissage, aux orphelinats, aux patronages, aux écoles industrielles et commerciales, aux maisons de crèches et de retraite, aux hospices, aux sociétés de sauvetage, et, dans un autre ordre d’idées, aux caisses d’épargne et de secours, aux sociétés de secours mutuels, aux asurances contre l’incendie, contre les accidents et sur la vie. Dans les salles de ces pavillons on a disposé des maquettes, des plans, des photographies, des ouvrages provenant des écoles et des tableaux de progression dont les courbes et les chiffres démontrent éloquemment le succès de ces institutions.

Les habitations ouvrières tiennent une grande place dans cette exposition de la philanthropie. On pent aussi visiter de véritables logements ouvriers dont l’ameublement est assez exact pour donner l’image de la vie domestique des populations minières et industrielles. On a aussi représenté un cercle populaire dont les salles sont décorées d’instruments de cuivre, d’en-

gins de gymnastique et de bannières d’orphéons chargées de médailles et de couronnes dorées. La Société de secours aux blessés militaires des armées de terre et de mer a une installation remarquable, avec un train sanitaire, des voitures d’ambulance, des tentes pour les pansements et une infirmerie de gare.

Dans cette partie de l’Esplanade, la note pittoresque est donnée par le Fourneau économique de la Société philanthropique, qui figure en pleine activité tel que fonctionne chacun des vingt-sept Fourneaux répartis dans les vingt arrondissements de Paris.

Du matin au soir, le petit réfectoire est envahi par les employés de l’Exposition et par ceux des visiteurs dont la bourse légère n’est pas suffisamment garnie pour faire face aux « additions » des restaurants voisins; et c’est un spectacle bien particulier que de voir ce mélange d’ouvriers parisiens et provinciaux, de petits employés et de coulies annamites coiffés du large salaco, qui se pressent au guichet où sont distribuées des « demi-portions » de soupe à cinq centimes, et des u portions » de viande et de légumes à dix centimes. Les tables sont toutes occupées et les nouveaux venus mangent debout en attendant qu’il se fasse des vides parmi les convives assis. Il règne dans la salle une animation et une gaieté qui témoignent de la satisfaction générale et delà gratitude de chacun pour la Société bienfaisante qui a eu la générosité d’organiser un établissement aussi utile dans l’enceinte même de l’Exposition.

C’est, en effet, une ressource précieuse pour les ouvriers et les petits employés, qui viennent moins pour leur plaisir pour que le profit qu’ils doivent retirer de leur visite; ils trouvent pour quelques sous, au Fourneau économique, une nourriture suffisamment saine et assez abondante pour que l’administration militaire en ait fait la cantine des cent soldats indigènes qui servent de factionnaires aux palais de l’exposition coloniale.

Avant l’ouverture du Fourneau au public, et après sa fermeture, la garde montante et la garde descendante viennent à tour de rôle, au son du clairon, se ranger avec un ordre parfait devant la porte. Au commandement, les rangs sont rompus, les faisceaux

LES ŒUVRES PHILANTHROPIQUES

formés et chacun prend sa place habituelle aux tables du réfectoire. Le soir, comme il y a beaucoup de visiteurs sur 1 Esplanade, et que la foule s’assemble devant le Fourneau, deux des indigènes restent auprès des faisceaux, et, malgré le respect que leur inspirent les blancs, ils écartent bravement les curieux.

Dans la salle, on voit une réunion étrange de soldats aux uniformes exotiques et aux visages bronzés et cuivrés. Tout le monde

Le réfectoire du Fourneau de la Société philanthropique.

parle à la fois et ces langages différents se confondent en un bourdonnement bruyant et confus, où dominent des éclats de voix gutturaux et des cris rauques. Chaque colonie a ses tables : ici les Sakalaves, avec leurs petites calottes blanches; là les cipay.es de l’Inde, enveloppés dans de larges pèlerines de lurco; plus loin, les tirailleurs tonkinois et saïgonnais, coquettement coiffés du salaco militaire ; puis, les spahis sénégalais, dont les dolmans

écarlates jettent une note éclatante au milieu des tuniques bleu sombre des Annamites et des Malgaches. Entre les tables s’agitent les hommes de corvée, qui font le service avec l’aide des cuisinières, et sous la surveillance de la directrice du Fourneau de l’Exposition, l’infatigable Mlle Madeleine Horny, qui voit tout, qui entend tout, qui veille à ce que ses convives indigènes soient servis à leur goût, et qui mène avec un grand calme tous ces grands enfants habillés en soldats.

Mlle Ilorny dirige également l’asile de nuit modèle attenant au fourneau économique, et elle en fait les honneurs aux personnes qui désirent avoir des renseignements.

Pendant toute la journée les visiteurs affluent et circulent à travers la série des diverses salles : ce sont, au rez-de-chaussée, le bureau d’admission, la chambre de désinfection, la buanderie; au premier étage, les dortoirs ordinaires, ceux des mères de famille où des berceaux sont placés près des lits, et, au fond, la lingerie, toute proprette avec l’étalage de ses casiers où l’on voit du linge, des vêtements neufs ou vieux donnés par des personnes charitables, des chaussures, des ouvrages de laine tricotés pour les enfants, différents jouets et même des robes de soie et des souliers de bal, car les asiles acceptent et utilisent tout ce qu’on leur envoie; cela est coquettement arrangé avec des faveurs roses autour des layettes blanches, et la petite lingerie toute proprette trahit les élégances des dames palronnesses qui ont sans doute présidé à son installation.

Une grande peinture disposée dans une des salles représente de misérables femmes et des enfants en haillons, à qui l’on vient de distribuer la soupe réglementaire à leur entrée à l’asile de nuit. Malgré son exactitude, ce tableau ne peut donner qu’une faible idée de la réalité.

La Société philanthropique, qui est placée sous la présidence du prince Auguste d’Arenberg, est comptée au nombre des institutions charitables les plus considérables de notre époque, et sa sa haute portée sociale lui vaut le succès bien légitime qu’elle obtient auprès du public de l’Exposition universelle.

LES ŒUVRES PHILANTHROPIQUES

Tout auprès du pavillon de la Société philanthropique se dresse le vaste palais consacré à l’assistance publique et à l’hygiène, et qui contient plusieurs expositions intéressantes, parmi lesquelles on doit citer celle de l’Institution des sourds-muets avec une collection de portraits de l’abbé de l’Epée, et celle de l’Institut des jeunes aveugles, où l’on voit des aveugles jouer du piano et lire à haute voix dans des livres écrits selon la méthode Braille.

Si l’on sort de ces salles et si l’on visite la grande galerie, éclatante de blancheur et de lumière, qui donne sur la façade et sur les murs de laquelle on lit les noms de Moïse, Pythagore, Hippocrate, Galien, Celse, saint Vincent de Paul, Bernardin de Saint- Pierre, Hufeland, Fothergill, Warrentrapp, Parkinson, on aperçoit d’un côté toute une exposition de berceaux et de bébés autour de laquelle se presse la foule des mamans et des enfants, qui s’extasient à chaque instant et jouent des coudes pour mieux voir ce qui les intéresse tant.

Cette exposition à sensation est l’œuvre de Mme Landrin, inspectrice générale du service de l’Enfance, qui a eu l’heureuse idée de réunir tout ce qui est relatif à l’emmaillotement et à la première éducation des petits enfants, en remontant aux temps anciens et en suivant cette histoire de l’enfance jusqu’aux temps modernes. Mme Landrin possédait elle-même plusieurs objets curieux qu’elle a exposés au milieu de la nombreuse collection qu’on lui a adressée des divers départements de la France, et son exposition de bébés emmaillotés, de berceaux et de biberons offre un réel intérêt archéologique.

I/histoire de l’emmaillotement se trouve dans une grande vitrine placée au milieu de la galerie. Les enfants sont figurés par des poupées de grandeur naturelle couchées côte à côte le long de la vitrine, et c’est un spectacle bien caractéristique que cette série de bébés enveloppés de langes de différentes couleurs et dont les yeux, grands ouverts, font illusion.

Nous voyons d’abord un moulage jaunâtre d’une statue en terre cuite trouvée à Viterbe, qui provientdu musée royal d’archéologie de Bruxelles et qui représente l’époque romaine. L’enfant est très

serré clans des bandelettes qui lui donnent l’apparence d’une petite momie, la tète et les épaules sont couvertes d’un capuchon et d’une pèlerine, les pieds passent et sont libres, une huila est suspendue au cou.

C’est ensuite un moulage en plâtre d’une sculpture de Notre- Dame de Paris. Le bébé est un peu moins serré, les langes sont maintenus par une longue bande croisée autour du corps, la tète est nue. Le seizième siècle est figuré par une photographie d’une statue du Louvre, où l’on remarque que le corps est plus à l’aise encore dans les langes.

Nous arrivons au dix-huitième siècle et nous trouvons d’abord un petit lit d’enfant nouveau-né, en bois doré et sculpté, et doublé de satin bleu; un oreiller placé au pied protège l’enfant contre le bois de lit. Puis c’est la série des poupées représentant le dix-huitième et le dix-neuvième siècle.

Au dix-huitième siècle les maillots tiennent le corps aussi serré qu’au seizième siècle, autant que nous pouvons en juger par les photographies dont nous venons de parler. La différence la plus importante qu’on remarque est que quelques-uns des bébés ont les bras pris dans les langes et maintenus allongés le long du corps, tandis que les autres sont habillés d’un fichu croisé ou d’une véritable brassière, qui permet de leur laisser les bras libres.

Tels sont les types de la Corse et de la Touraine. Dans cette dernière province on enveloppait l’enfant dans une sorte d’oreiller blanc, qui tenait les bras relevés et qui était disposé autour de la tète, comme la collerette de papier d’un bouquet de (leurs.

Les autres poupées de la même époque, que nous avons sous les yeux, ont au contraire les bras pris dans le maillot. Nous apprenons ainsi que dans le département de Vaucluse on entourait l’enfant dans une bande de neuf mètres de longueur appelée faïsso, qui lui maintenait les bras étroitement collés au corps.

Quelques-unes de ces poupées sont d’un aspect pittoresque; celle du Morbihan est enveloppée dans une grossière couverture de couleur verte, qui est maintenue par une lanière d’étoffe;

LES ŒUVRES PHILANTHROPIQUES

celle de la Creuse est coiffée d’un bonnet qui rappelle le bonnet national de ce département; enfin, on remarque à celle des Ardennes un bonnet blanc à bordure noire qui fait un singulier effet, et à celui du Maine un col appelé gorgette ou collerette, qui lui donne un certain air d’élégance que n’ont pas les autres.

Il paraît que dans la Charente-Inférieure, au dix-huitième

Intérieur du Talais de l'Assistance publique.

siècle, on laissait à l’enfant un seul bras libre. La couverture de laine blanche qui enveloppait le corps prenait ainsi le bras gauche. Mais une poupée, placée immédiatement à côté de celle du dix-huitième siècle, nous montre que les habitants de la Charente-Inférieure ont rétabli l’égalité entre les deux bras, que nous voyons tous les deux libres dans une camisole de toile blanche à pois de couleur.

De même le département de Vaucluse expose, à côté du man-

nequin du dix-huitième siècle qui a les bras pris dans un maillot, un mannequin représentant le mode d’emmaillotement actuellement en usage et qui laisse aux bras leur liberté.

Aujourd’hui, en effet, on laisse généralement les bras libres; néanmoins, c’est loin d’être une règle dans les campagnes, et, pour nous en tenir à ce que nous voyons dans la vitrine de l’exposition de Mme Landrin, nous pouvons constater en particulier que l’ancien système est encore pratiqué dans le Finistère, dont le bébé est très remarqué avec son bonnet et sa bavette de soie multicolore, dans les Landes où le corps est entouré d’une peau de mouton, et dans l’Ain dont le petit enfant est enveloppé dans une sorte d’édredon recouvert de dentelle au crochet.

Cette histoire de l’emmaillotement, disposée comme elle l’est, tendrait à indiquer qu’autrefois les enfants étaient très serrés et avaient les bras pris dans leurs langes, tandis qu’aujourd’hui on leur laisse le corps à l’aise et les membres libres; elle tendrait aussi à indiquer que, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours, il s’est fait des améliorations progressives dans l’art d’emmailloter.

La vérité est qu’il y a eu dans tous les temps et qu’il y a encore divers systèmes employés pour l’éducation des nouveau-nés, et que ces systèmes ont varié et varient encore selon la manière de voir des parents. 11 faut admettre cependant qu’il va, en cela comme en toutes choses, des modes qui courent et auxquelles la plupart des gens d’une époque ou d’une contrée se conforment. Les mères lacédémoniennes élevaient leurs enfants en leur laissant les membres absolument libres, et les peuples qui vivent à l’état sauvage ne connaissent pas l’usage du maillot.

L’exposition enfantine de l’Esplanade des Invalides nous montre des photographies de statues anciennes de Florence, qui représentent des enfants emmaillotés dont les bras et la poitrine sont libres et nus. Actuellement, on laisse beaucoup de mouvement aux bébés, et on a une tendance à suivre une méthode qui nous vient d’Angleterre et qui consiste à les élever presque sans langes.

La vitrine qui est appuyée contre celle où sont exposés les bébés emmaillotés contient divers objets relatifs à l’éducation des petits

LES ŒUVRES PHILANTHROPIQUES

enfants, parmi lesquels on remarque des amulettes que l’on place, par superstition, sur les enfants : une fourrure de taupe, des colliers d’ambre ou de pierres de couleur et un collier composé de. dents. On sait que certaines personnes attribuent à ce dernier genre d’amulettes la propriété défavoriser la dentition des bébés.

Puis ce sont des bandelettes et des serre-tête dont les nourrices se servaient autrefois pour déformer le crâne des enfants, des bourrelets primitifs faits d’un rouleau d’étoffe disposé en cercle, une écharpe ancienne en soie brochée ayant servi à porter les enfants aux fonts baptismaux, un modèle de berceau du seizième siècle, des vêtements d’étoffe, un bavoir ancien du Finistère, de petits sabots bretons, trois lurens, ou bandelettes, dont on se sert dans le Finistère pour tenu' les langes les jours de cérémonie, une couverture de berceau en vieille guipure, une robe de baptême en dentelle et des brassières anciennes.

Au-dessus des deux vitrines on a disposé une collection de bonnets aux couleurs éclatantes, parmi lesquels nous citerons un petit bonnet de l’Ain, en dentelle noire, bien sévère pour un bébé; les bonnets multicolores du Morbihan et de riches coiffures du dix-septième siècle, provenant d’une abbaye du Pas-de-Calais, et dont les bigarrures aux tons fanés évoquent de jolies scènes des temps passés. Mentionnons également deux bonnets de l’Ariège, qui font sensation avec leurs touffes de cheveux qui s’échappent du sommet de la tête pour retomber dans le cou de l’enfant.

Le fond de la galerie est occupé par une importante collection de berceaux et d’objets divers employés pour apprendre aux enfants à marcher. Tout cela est disposé sur les gradins d’une estrade brillamment décorée avec des mannequins d’enfants disséminés çà et là, et dont les costumés paysans et les minois éveillés forment un tableau curieux de cette seconde partie de l’histoire enfantine.

Entre autres choses intéressantes on y voit les tourniquets encore en usage dans certains départements, tels que la Charente- Inférieure, l’Eure-et-Loir, l’Indre-et-Loire, le Pas-de-Calais, l’Yonne, et qui servent à apprendre à marcher.

Ce sont de simples perches munies d’une barre d’appui et d’un cercle en bois qui se dressent dans les cuisines des chaumières, entre le plancher et le plafond, et qui pivotent librement, de façon que l’enfant, pris à la taille par le cercle de bois et s’appuyant à la barre d’appui, puisse tourner indéfiniment sur place pendant que les parents sont aux champs.

Quelques-uns de ces tourniquets ont la barre d’appui sans le cercle de bois, tandis que d’autres n’ont que le cercle de bois.

On remarque aussi des glissières, employées au môme usage et composées d’un cercle en bois qui glisse le long de deux barres parallèles.' L’enfant, tenu à la ceinture par le cercle de bois, se meut ainsi le long de cet appareil primitif. Le cercle est souvent remplacé par une planchette dans laquelle on a pratiqué un trou suffisant pour qu’un bébé puisse y entrer et qui glisse dans les rainures le long des barres parallèles. Les alloirs ou chariots à roulettes, en bois ou en jonc qu’on trouve aussi dans cette collection, sont plus répandus que les glissières et les tourniquets.

Tous les berceaux anciens et modernes ont à peu près la même forme; ce sont généralement de petits lits de bois montés sur des patins arrondis, qui permettent à la mère de famille de bercer l’enfant avec le pied en travaillant assise.

Le souco ou trus, dont on a exposé quelques types, est une sorte de petite boîte sans couvercle, dans laquelle on met l’enfant pendant que les parents travaillent.

Citons, enfin, un chevalet sur lequel on plaçait les enfants et un sac du pays basque, dans lequel on les suspendait autrefois au mur; un bébé poitevin accroché au mur par une simple lisière; une collection de biberons anciens en forme de cuiller ou de théière, parmi lesquels on remarque celui de Paul-Louis Courier; puis la hotte et le bissac qui servaient pour porter les enfants en nourrice, des tours pour les enfants trouvés et le costume des enfants rouges du seizième siècle, dont l’énumération suffit pour montrer le soin avec lequel l’exposition enfantine a été organisée.

L’HISTOIRE DE L’IIABITATION

Au pied même de la tour Eiffel, s’étendant en une longue façade comme un charmant et gracieux frontispice aux merveilles du Champ de Mars, l’Histoire de l’habitation arrête tout d’abord le visiteur débouchant du pont d’iéna. C’est à M. Charles Garnier, l’illustre architecte de l’Opéra, qu’est due cette heureuse innovation qui a eu tant de succès parmi le public.

« Montrer quel a été le développement successif de l’humanité à travers les âges, dit M. Ammann, un des collaborateurs de M. Garnier, en reproduisant les types caractéristiques des habitations que les hommes se sont successivement construites, voilà l’idée première de l’Histoire de l’habitation.... Pour que cette restitution donnât tout le profit possible, il ne s’agissait pas seulement de faire un choix intelligent parmi les types innombrables d’habitations qui, dans le cours des siècles, ont été bâties à la surface de la terre; il fallait encore classer méthodiquement les types choisis, de façon que le visiteur saisit sans effort leur rapport et leur filiation. »

En tenant compte des grandes divisions naturelles de l’histoire de l’humanité, on a rangé toutes les maisons de l’Histoire de l’habitation en trois sections principales qui se suivent le long du quai d’Orsay.

« La science préhistorique, une science née d’hier, mais qui a

fait d’étonnants progrès grâce à l’enthousiasme de scs adeptes, recrutés dans tous les pays et dans toutes les classes, savants et philosophes, ecclésiastiques et officiers, archéologues et magistrats, nous a appris qu’à l’époque où l’homme construisait sur les bords du Nil les gigantesques pyramides, et élevait les plus anciens monuments qui aient survécu, il avait déjà derrière lui un long passé. Les plus vieilles civilisations dont l’histoire fasse mention n’ont pas été produites en quelque sorte par une génération spontanée : elles ont été formées progressivement et par de longs tâtonnements, elles ont été le fruit des efforts patients accumulés pendant une longue suite d’années par des travailleurs anonymes, par des races d’hommes sur lesquels nous ne savons rien, ni leur langue, ni leur histoire, ni même leur nom.

« Les premiers hommes étaient certainement incapables de se construire la moindre habitation permanente; d’ailleurs ils devaient être nomades, ignorant les premiers éléments de l’agriculture, vivant uniquement de chasse et de pêche, n’ayant pour travailler et se défendre que des outils ou des armes en silex grossièrement taillés à l’aide de percuteurs (âge de la pierre éclatée), errant à travers les plaines et sur les rivages des grandes rivières; ils tremblaient et fuyaient sans cesse devant les bêtes gigantesques et féroces qui foisonnaient sur la terre et dans les eaux : le mammouth ou éléphant couvert de poils, le grand lion, l’hippopotame, l’ours antédiluvien, et tant d’autres. Pour reposer la nuit, ils étaient donc réduits à utiliser les abris naturels que les accidents de terrain pouvaient leur offrir; tout au plus savaient- ils disposer, au pied de rochers qui les garantissaient contre le vent, de grossiers treillis de bandes d’écorces entrelacées, derrière lesquels ils pouvaient s’étendre. C’est par un de ces campements primitifs que s’ouvre l’Histoire de l’habitation.

« Plus tard une révolution géologique permit à l’homme de quitter ces abris fragiles. Les (leuves des premiers âges roulaient une énorme masse d’eau et remplissaient leurs vallées; la Seine, par exemple, avait pour berges les hauteurs de Montmartre d’un côté, et de l’autre celles de Châtillon ; elle recouvrait tout le Champ

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