‹ L'exposition universelle de 1889Chapitre 18 sur 29 · LES TRÉSORS D’ÉGLISE · texte numérisé non relu

LES TRÉSORS D’ÉGLISE

Déjà une première fois l’Exposition de 1867 avait réuni quelques trésors d’églises; l’expérience avait été renouvelée en 1878 avec un peu plus de succès, mais aucune des deux tentatives n’avait obtenu des résultats comme celle de 1889, et, il faut le dire, dans des conditions aussi difficiles. D’abord on s’y est pris très tard. Puis ce n’est pas chose commode que d’obtenir de ceux qui les détiennent qu’ils consentent à prêter, pendant quelques mois, des objets d’art aussi précieux que ceux qui nous occupent. Ces objets sont répartis sur toute la surface de la France. Il faut aller les voir, les examiner et livrer assaut, pour ainsi dire, à la conscience de leurs propriétaires. Cela est coûteux, exige beaucoup de constance et de tact et aussi beaucoup de savoir.

Après M. Antonin Proust, commissaire spécial pour les beauxarts à l’Exposition universelle, qui eut l’idée de renouveler dans des proportions plus grandes ce qui avait été fait en 1867 et 1878, il faut attribuer le succès de cette exposition rétrospective des trésors d’églises à M. Alfred Darcel, directeur du musée de Cluny, dont l’incomparable expérience a su grouper tous les éléments nécessaires à la réalisation du projet de M. Proust. 11 faut encore attribuer une grande part de ce succès à des hommes comme M. Émile Molinier, attaché au musée du Louvre, dont la compétence, pour être plus jeune, n’en est pas moins déjà consacrée

par des travaux considérables sur le moyen âge et la Renaissance, et qui, par ses recherches et ses sollicitations pleines de tact, est arrivé à réunirau Trocadéro un ensemble des plus belles pièces artistiques enlevées temporairement aux églises du centre de la France.

D’autre part, cette exposition aura été faite d’autant plus à propos, que ce qu’on pourrait appeler le mobilier des églises est en ce moment l’objet de dispositions spéciales au point de vue de son classement et de sa conservation. 11 y aura donc eu là en quelque sorte un premier inventaire, en même temps que l’occasion offerte au monde intelligent de connaître des richesses à peu près ignorées jusqu’à ce jour.

Enfin, grâce au concours de l’Administration des cultes, à celui de la Commission des monuments historiques, et à celui non moins précieux d’une Commission composée d’amateurs, c’est plus qu’une simple collection qu’on aura pu admirer au Trocadéro, mais une véritable exposition rétrospective depuis les origines de la monarchie jusqu’en 1789.

Cette exposition rétrospective est divisée en quatre salles, comprenant le moyen âge, le seizième siècle, le dix-septième siècle, et le dix-huitième siècle, avec un classement en objets d’orfèvrerie, pièces en bois, en ivoire et objets d’émaillerie.

« On pourra se faire une idée, a écrit M. Émile Molinier cité plus haut, de ce que sont encore les trésors que renferment les églises de France, après tant de dilapidations commises sous les prétextes les plus divers, quand on saura que ce que renferme le Trocadéro ne comprend pas, à beaucoup près, la moitié de ce qui existe et qui, pour une raison ou pour une autre, n’est point venu à Paris. Le beau calice de Reims, les tapisseries uniques de la cathédrale d’Angers, le reliquaire de la croix de Poitiers, les reliquaires de Charroux, la presque totalité des pièces du diocèse de Limoges, d’une richesse incomparable, la châsse de Mozat, ce chef-d’œuvre de l’art limousin, les belles châsses de Bouillac, et enfin deux perles dont l’absence est à jamais regrettable, la grande statue d’or de sainte Foy et le coffret émaillé du trésor de Conques, manquent à l’appel. »

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