I ES TRÉSORS D’ÉGLISE
Ce trésor de Conques, la célèbre abbaye du Rouergue qui fut jadis une des étapes du pèlerinage d’Espagne, est pourtant représenté par vingt-cinq pièces, la plupart de premier ordre. Le vicaire général de Tulle, M. l’abbé Paré, a envoyé trente-cinq pièces d’orfèvrerie. Ce sont là des témoignages déjà fort remarquables de l’empressement avec lequel a été accueilli dans certains endroits le sentiment qui a présidé à l’exposition du Trocadéro.
Comme nous l’avons dit plus haut, cette exposition comprend des objets de sculpture en ivoire, en bois, en métal ou d’orfèvrerie émaillée. Cette dernière catégorie « constitue, ditM. Émile Molinier, une branche très importante et très originale de l’histoire de notre art national, depuis les Mérovingiens jusqu’à la Renaissance. Ces objets sont de beaucoup les plus nombreux, les plus importants, et ce sont eux aussi qui sont les moins connus, beaucoup viennent pour la première fois à Paris. »
La série qui attire d’abord notre attention est celle des ivoires. Voici des spécimens du travail des ivoiriers byzantins, avec leur caractère déjà fort intéressant; des ivoires carolingiens et des ivoires romans, représentés par des peignes liturgiques, des coffrets, des plaques, dont quelques-unes dites plaques de reliure, sont des merveilles de fini dans l’exécution. Après des oliphants, des crosses, voici un triptyque de Saint-Sulpice du Tarn, « magistral », pour nous servir du mot d’un savant critique, et, de plus, qui est une œuvre à peu près ignorée jusqu’ici.
Dans la série des objets en bois, qui vient ensuite, une pièce capitale de la fin du treizième siècle attire notre attention. C’est une Vierge assise, portant l’enfant Jésus. Cette pièce appartient à une collection particulière, celle de M. Victor Gay. « On trouve rarement, dit M. Molinier, des sculptures d’un aspect plus monumental et d’une conservation plus parfaite. »
Nous passons ensuite à l’orfèvrerie de l’époque mérovingienne, « dont le principal caractère est l’emploi des verroteries cloisonnées ». Puis, nous voici au milieu des monuments de ce qu’on appelle la renaissance carolingienne. Il y a là une pièce qui
L'EXPOSITION l'NIYEHSELLE DE 1889.
figure pour la première lois dans une exposition. C’est 1 ereliquaire d’or de la Circoncision , donné par Pépin d’Aquitaine au trésor de Conques. C’est le calice et l’évangéliairede saint Gozlin, conservés à la cathédrale de Nancy. C’est aussi le bel évangéliaire à couverture d’or émaillé provenant de la cathédrale de Sion et possédé aujourd’hui par un collectionneur bien connu, M. Spitzer.
Revenons au trésor de Conques, dont nous avons déjà signalé le reliquaire de la Circoncision. Nous avons dit tout à l’heure les regrets des organisateurs de l’exposition du Trocadéro de n’avoir pu y faire venir la fameuse statue d’or de sainte Foy, considérée comme le plus beau monument du trésor de Conques et qui « dépasse tous les autres en magnificence et en étrangeté ». M. Formigé, l’éminent architecte, a fait de cette statue une aquarelle fort intéressante qui figure au Trocadéro et qui, faute de mieux, donne au moins un aperçu du « monument d’orfèvrerie le plus étrange que le moyen âge nous ait légué ».
Le douzième siècle est représenté par une œuvre d’un beau car.actère, la Vierge en argent repoussé et estampé envoyée par l’église de Beaulieu. « On remarquera sur ce monument l’emploi de filigranes d’un genre bien particulier, entièrement soudés sur le fond, et aussi la persistance dans la France méridionale des motifs de décoration empruntés à l’antiquité, par exemple les oves qui bordent le fauteuil sur lequel est assise la Vierge. »
11 est une classe de monuments qui, à l’exposition du Trocadéro, figure en exemplaires de choix, nous dit M. Molinier. Ce sont les phylactères ou reliquaires en forme de tableaux, destinés à renfermer un grand nombre de reliques différentes.
Parmi eux, signalons un triptyque de Conques, en argent filigrané, et un triptyque de l’église deSainghin, en argent repoussé et niellé.
Mentionnons, d’autre part, un reliquaire de la vraie Croix de l’église de Jaucourt, tableau byzantin dn douzième siècle, supporté par deux angelots du quatorzième siècle, agenouillés sur une terrasse.
Nous arrivons aux grandes châsses, magnifiquement repré-