L’ALIMENTATION
L’exposition des produits du sol et de toutes les transformations qu’ils subissent pour servir à l’alimentation occupait les immenses galeries couvrant le quai d’Orsay sur une longueur de plus d’un kilomètre et reliant ainsi l’Esplanade des Invalides au Champ de Mars. Jamais exposition agricole ou alimentaire spéciale n’a occupé nulle part un aussi vaste emplacement et n’a réuni une telle quantité et une plus prodigieuse variété de tous les produits que les hommes empruntent pour leur nourriture aux règnes végétal et animal. Ce ne sont pas des heures, mais des journées entières, qu’il aurait fallu consacrer à la visite de ces galeries qui étaient certainement parmi les plus curieuses de notre grande Exposition. Retraçons une de ces promenades qui rappellera à notre souvenir les particularités les plus intéressantes de toutes ces curiosités alors réunies et aujourd’hui dispersées.
Au sortir de l’Esplanade des Invalides et en s’engageant sur le quai d’Orsay, on passe en revue l’industrie de la laiterie, représentée par des établissements de divers pays, entre autres suédois et anglais, où les amateurs pouvaient déguster le lait frais des espèces de vaches les plus célèbres.
Dans la galerie du quai d’Orsay qui précède le boulevard de Latour-Maubourg, et qui est consacrée à l’alimentation anglaise,
nous nous arrêtons devant une boulangerie très achalandée, et nous voyons un étalage de gâteaux et de pains anglais tels que les iïatli b uns , les collage leaves et les pan leaves, ainsi nommés parce qu’ils sont cuits dans une boite en fer-blanc.
C’est en même temps l’exposition de toute une série de machines capables de faire mécaniquement la boulangerie et la pâtisserie en évitant toute manipulation de la part des ouvriers.
Nous y voyons plusieurs machines à pétrir où les bras du mitron ordinairement chargé de ce soin sont avantageusement remplacés par des palettes d’acier dont les mouvements ingénieusement combinés peuvent être précipités ou ralentis à volonté. Quand la pâte est suffisamment pétrie, on agit sur un levier et elle se décharge d’elle-même, sans qu’il soit besoin d’y toucher, dans le récipient qu’on dispose pour la recevoir.
Dans les boulangeries mécaniques de Londres, la pâte tombe directement dans un appareil d’où elle sort avec la forme et le poids voulus; mais le fabricant dont nous parlons n’a pas exposé cette machine qui, telle qu’elle est, ne s’appliquerait peut-être pas aussi bien à la pâte française, qui est plus légère que la pâte anglaise.
En continuant notre visite le long des quais, dans les galeries qui les couvrent en partie, nous regardons en passant des vitrines de biscuits anglais de différentes formes et de différents dessins, puis une scie mécanique avec laquelle un ouvrier taille et découpe à vue d’œil de petits jouets d’enfants, des tables, des chaises, et naturellement des tours Eiffel.
Signalons également une brillante vitrine de confiserie suisse où nous pouvons admirer dans une série de flacons de cristal ‘toute une collection de bonbons qui ressemblent à des pierreries avec leurs couleurs vives et leurs reflets chatoyants.
En quittant cette galerie, nous passons devant un tonneau monstre d’une contenance de 80 000 litres qui fait ouvrir de grands yeux aux paysans, et, traversant l’exposition des instruments aratoires et viticoles, nous entrons dans une autre galerie
Le palais de l'alimentation