CHAPITRE III
INTÉRIEUR, EXTÉRIEUR, REPRÉSENTATION DE l'oBJET.
— analyse de la communication du sujet avec l'objet.
E monde et notre esprit, c'est-à-dire l'objet de la perception et le sujet qui perçoit, sont mis en communication par des organes et des agents intermédiaires, qui font une chaîne continue dont il nous importe de distinguer tous les anneaux.
Remontons-les depuis le sujet jusqu'à Tobjet. Soit donc une perception quelconque formée dans le sujet : à partir de cette perception, le plus proche organe qui ait servi à la déterminer est le cerveau, modifié d'une certaine manière ; nous trouvons ensuite l'extrémité centrale des nerfs, qui lui ont transmis leur propre ébranlement, ébranlement déterminé lui-même par l'impression faite sur leur extrémité périphérique, épanouie dans les organes des sens. Nous voici arrivés à la périphérie du
THÉORIE
GÉNÉRALE
sujet, à la limite qui sépare ses organes du monde ambiant.
Nous rencontrons alors Tagent excitateur du nerf sensitif, agent qui n'est pas toujours l'objet même, et qu'il ne faut pas confondre avec lui. La communication du nerf avec l'objet est immédiate, s'ils entrent l'un et l'autre en contact, comme dans le cas du toucher, du goût, de l'odorat, et alors l'objet est lui-même l'agent excitateur du nerf; mais dans le cas de la vue et de l'ouïe, la communication du nerf avec l'objet n'est pas immédiate, elle s'opère par des milieux vibratoires, par l'air ou par l'agent hypothétique nommé l'éther. L'esprit, quand il rapporte spontanément une perception à son objet, fait abstraction du mode de communication; il commence même, comme chez les enfants, par ignorer l'existence des milieux vibratoires.
Les ondes de ces milieux nous conduisent à la périphérie de l'objet. C'est la surface de ce qu'on nomme le corps chez les êtres vivants, la matière en général. Cette surface, où s'effectue le contact des milieux vibratoires et de l'objet, constitue les dehors de l'objet, ou son extérieur, derrière lequel il y a tout le reste, tout ce qu'on nomme matière, force, esprit, vie, etc.. et que nous nommerons le fond de l'objet ou son intérieur.
Nous voulons seulement, par ces deux mots dehors et fond, extérieur et intérieur, distinguer dans l'objet deux parties que l'expérience même nous oblige à y considérer séparément, quelle que puisse être d'ailleurs sa nature, dont nous ne savons rien ou presque rien. Il existe en tout
être tombant sous nos sens quelque chose d'extérieur qui, soit immédiatement, soit à l'aide de milieux vibratoires, les impressionne, et quelque chose d'intérieur qui nous est plus ou moins révélé par nos perceptions sensibles : voilà tout ce que nous entendons signaler ici. Mais le langage s'étant fait bien avant la science, il n'est pas de mot dont la signification usuelle ne cache une hypothèse, et qui ne soit par là compromettant pour une définition scientifique; en employant les plus convenables, on est encore obligé de faire appel au concours indulgent du lecteur.
Excepté dans un seul cas, celui du toucher, ni le fond, ni même les dehors de l'objet, ni son intérieur, ni son extérieur, ne sont perçus immédiatement par le sujet et ne se laissent connaître tels qu'ils sont. La seule propriété de l'objet que nous percevions sans intermédiaires qui la transforment et la modifient, c'est son impénétrabilité; nous la connaissons par sa résistance, réaction perçue identique en nature à notre propre action pour la vaincre ; la conscience de notre effort nous renseigne autant sur la réaction que sur l'action.
Comme nous le verrons plus loin, toutes les perceptions sensibles, hormis celles du toucher, nous donnent spontanément et avant toute critique l'illusion de propriétés que nous attribuons à l'objet, mais qui, en réalité, ne lui appartiennent pas, du moins telles que ces perceptions nous les traduisent ; elles nous trompent sur l'essence de Tobjet plus qu'elles ne nous en instruisent, à moins d'un examen très attentif et très défiant.
En résumé, l'intérieur de l'objet, son extérieur et sa représentation en nous, au moyen de son extérieur et d'autres intermédiaires, sont trois choses à ne pas confondre. On les confond toutefois sans cesse dans la vie spontanée et par suite dans le langage ordinaire. C'est cette confusion que nous allons étudier dans le chapitre suivant.
DE L'ARTISTE ET
DES