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PERCEPTIONS DE PURE RESISTANCE

Dans la pratique, il est bien difficile d'isoler complètement la perception de résistance de celles qui, à divers degrés, l'accompagnent ordinairement. Par exemple, le sculpteur sent toujours la fraîcheur de la glaise alors même qu'il ne se préoccupe, en modelant, que de la perception des formes par les directions et les distances, grâce aux indications de la résistance.

On peut cependant concevoir et peut-être réaliser un cas où la perception de résistance soit presque dégagée de toute autre perception concomitante.

Supposons, en effet, qu'on touche du doigt un corps d'une surface assez étroite pour qu'on ait la sensation de sa résistance sans celle de son étendue. On peut réaHser ces conditions, car on sait que deux points matériels, deux pointes de compas, par exemple, bien que séparées, ne donnent pas toujours deux sensations tactiles distinctes ; il y a un minimum d'écart pour lequel les deux impressions ne donnent qu'une seule sensation. Supposons en

outre que la température du corps touché étant celle de la peau, soit insensible ; supposons enfin que la pression du doigt sur la petite surface considérée soit assez faible pour qu'il n'y ait pas piqûre ; ainsi toute sensation étrangère à celle de la résistance sera négligeable. On peut réaliser à peu près notre hypothèse en appuyant le doigt très légèrement, aussi peu que possible, sur une tête d'épingle. On obtient ainsi une pure sensation tactile la plus simple possible. Il n'y a là, en effet, presque aucune perception d'étendue, ni de chaleur, ni de piqûre.

La perception de résistance la moins complexe que nous puissions concevoir est donc celle de l'équiHbre entre l'action du toucher en un point tactile et la réaction de ce point; on a alors conscience à la fois d''elfort et de résistance à un degré qui est minimum lorsqu'on palpe, sans le déplacer, un corps en équilibre instable, et maximum lorsqu'on pousse de toute sa force un corps fixe. Il ne faut pas confondre la sensation de faible résistance avec •la sensation qu'on éprouve en touchant du velours ou un duvet de pêche ; cette dernière se compHque d'un certain chatouillement léger qui relève d'un autre mode du toucher.

Appuyons le doigt pendant quelque temps sur un point tactile : la continuité de la résistance de ce point laisse dans la mémoire une trace qui s'y développe sur une longueur égale à celle de la durée même. Cette trace est la série continue des souvenirs laissés par les divers degrés successifs d'intensité de la résistance dans tous les instants de la durée.

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