CHAPITRE PREMIER
SHNS DU MOT «NATURE» DANS LES ARTS. — CE QUE LES DIFFÉRENTS ARTS EMPRUNTENT A LA NATURE.
usau'iN présent nous n'avons considéré dans les perceptions sensibles que leur propriété de plaire ou de déplaire, leur caractère purement affectif exploité par l'artiste pour satisfaire et manifester son tempérament. A ce point de vue, ces perceptions se divisent pour lui en harmonieuses, discordantes ou simplement indifférentes.
Nous ne pouvons pousser plus loin notre examen sans rencontrer tout de suite une catégorie de la plus grande importance dans les perceptions sensibles. La plupart des sensations, en effet, nous l'avons fait remarquer au début de cette étude, se combinent indépendamment de notre volonté et s'imposent à notre perception par groupes spontanément formés. Ces groupes tiennent des causes extérieures qui les déterminent en nous leurs
divers principes d'unité, nommés : forces, vie, esprit, âme, etc. Ces principes sont placés hors de nous, latents pour nous, mais nous sont révélés par les perceptions sensibles qu'ils font naître, c'est-à-dire par leur aspect, par leurs formes, grâce à la propriété qu'ont celles-ci de manifester dans une certaine mesure l'intime activité des êtres qui les revêtent, ainsi que nous l'expliquerons plus loin. Or, c'est à ces formes spontanées qui constituent un continuel spectacle pour nous, que la plupart des arts, les arts d'imitation, empruntent tout ce qu'ils représentent. En résumé, c'est la Nature qui fournit à VArt ses motifs. Le mot nature est pris dans des acceptions si diverses qu'il n'est pas inutile de rappeler ici les principales pour en bien séparer celle où l'emploient les artistes.
Dans la pensée des savants, la Nature n'est qu'une personnification fictive, toute verbale, du système des lois qui régissent les phénomènes, et n'implique aucune conception métaphysique de leur substratum. Comme ils ne cherchent qu'à déterminer des rapports abstraits, ils éliminent de toutes les perceptions les éléments sensibles qui en font, au contraire, l'intérêt pour l'artiste. Ils tendent à formuler chaque espèce de sensations par les lois de l'impression, c'est-à-dire par la mécanique. Ils suppriment donc de leurs œuvres ce qui est le plus essentiel à celles de l'artiste. La nature, pour eux, est donc aussi éloignée que possible de ce qu'elle est pour l'artiste. Quant aux philosophes, s'ils sont panthéistes, la Nature pour eux est tout : cause et effets (natura naturans, natiira natiirata de Spinoza); s'ils ne le sont pas, elle est