THÉORIES PATHOLOGIQUES
Celle-ci n’a eu que peu de représentants. S'il s'agissait là d'une maladie destructive des organes fœtaux, il serait bien curieux que cette sorte de sphacèle se produisit toujours au même endroit. Les parois antérieures de l’abdomen, de la vessie et de l’urèthre ont-elles donc une faiblesse de vitalité toute spéciale.
On ne conçoit que très difficilement comment une semblable destruction se produit sur un domaine de forme aussi particulière. Pourquoi ne voit-on pas des phénomènes semblables au niveau de l'intestin,
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des poumons ? On a bien des hernies de ces organes, mais nous ne connaissons qu'un cas où 1} y alt eu, dans l'appareil digestif, une véritable exstrophie. Il s’agit d’un fœtus monstrueux dont la cavité gastrique communiquait avec l'extérieur par un orifice dorsal postérieur. À supposer même qu’on trouvât la cause de cette localisation à contours bizarres et toujours fixes, il faudrait encore savoir quel genre de maladie peut amener un pareil processus et on serait bien embarrassé, semble-t-il, d'en donner la pathogénie.
Les brides amniotiques qu'on rencontre quelquefois sont remarquables par un grand caractère, leur extrême variabilité de siège et de forme; tantôt elles occupent une région, tantôt une autre et 1l n’existe aucune cause connue qui puisse déterminer leur fréquence à la région vésicale. Quand bien même la proximité du cordon les provoquerait plus souvent en ce point, il resterait encore à dire pourquoi elles atteimdraient toujours la même portion, une large surface hypogastrique avec un long prolongement uréthral. De plus, elles déforment les organes auxquels elles adhèrent, mais ne les détruisent généralement pas.
La maladie destructive de Velpeau, pas plus que les adhérences pathologiques de Quatrefages ne peuvent donc donner la clé de l’exstrophie. Comme les causes mécaniques ne sont pas meilleures, il faut la demander aux théories embryologiques, celles qui cherchent dans une déviation du type normal la raison de cette anomalie.
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THÉORIES TÉRATOLOGIOUES
Æst-on en présence d’un arrêt ou d'un vice de développement? L'évolution embryologique s’est-elle arrêtée en route ou a-t-elle été déviée de son type normal? La réponse n’est pas douteuse : l'arrêt de développement n'est pas soutenable. Il n’est besoin que de songer à la fente de l’urêthre pour bien voir que cette division du dos des corps caverneux n'est pas la persistance d’un état normal de l'embryon à un stade quelconque.
Il faut donc admettre que les différentiations sont viciées et qu’il se produit dans la sphère vésicale un véritable trouble de l'évolution.
On est amené ainsi à comparer le développement normal à ce développement pathologique et la science doit chercher à expliquer le dernier par le premier et non, comme elle l’a fait trop souvent le premier par le dernier.
La plupart des explications données jusqu'ici sont ruinées par ce seul argument qu’elles reposaient sur des connaissances embryologiques aujourd’huireconnues fausses. Tout ce qui a été dit sur ce sujet avant l'étude de la membrane anale et de ses dérivés ne peut plus être admis. C’est ainsi que la théorie de Retterer basée sur la duplicitée primitive de l’ébauche allantoïdienne est en contradiction formelle avec les données de Tourneux.
OS
Ce sont les opinions plus récentes de Keïbel et Gilis, qui demandent à être examinées de plus près.
Théorie de Keiïbel. — On ne saurait trop féliciter Keibel d’avoir appliqué la donnée de la membrane anale à la pathogénie de l’exstrophie. Il semble que ce soit un pas de géant fait dans l’histoire de cette affection. C'est là, pour nous, le nœud de la question qui ne pouvait actuellement être posée sur un terrain plus sûr.
Mais, l'opinion de Keibel nous semble passible de quelques reproches. Le premier, le plus sérieux, c’est que la simple fissuration de la membrane anale, sans hypertrophie de cette dernière, ne suffit pas à tout expliquer. Comme la membrane doit tomber entièrement, sans laisser de formation durable, qu’elle soit pleine ou fissurée, cela n'a pas d'importance, puisque dans les deux cas elle laissera une ouverture avec ses dimentions ordinaires.
On peut attaquer aussi l’orignie de cet orifice.
La fissuration de la ligne primitive ne se rencontre pas fréquemment. Il est possible toutefois que Keïbel l'ait constatée et cet argument n'a pas grande force. Mais ce qui ruine sa théorie, c’est ce que nous savons de l'étendue la membrane anale par les travaux antérieurs; la portion du eloaque qui passe dans la vessie ne peut avoir pour limite le bouchon de Tourneux (1).
(4) Voyez page 50.