SOS
comme le prétendent Keibel et Gilis, mais on est forcé d'admettre que cette opinion est contraire aux faits connus jusqu'ici.
L'exagération de la théorie de Gilis nous a justement mis en garde contre la donnée de Keibe] et nous a porté à conclure, comme on vient de le voir, ‘que la membrane anale est en réalité limitée à un très petit espace, répondant, chez l'adulte, à l’ouverture urinaire et qu’elle n’édifie nullement les parois de la vessie. C’est, d’après les auteurs, une formation transitoire qui ne forme que momentanément la paroi du cloaque.
Dans la cavité allantoïdienne, ainsi constituée, vont s’isoler trois portions. La partie supérieure gardera une faible largeur et s’allongera, au contraire, pour former un conduit long et étroit, c’est l’ouraque. La portion moyenne se renflera pour donner la vessie; la partie la plus inférieure restera canaliculée pour devenir une partie de l’urèthre postérieur de l’homme et l’urèthre de la femme. On est forcé, ici, de rester dans des termes très vagues et rien ne permet de préciser mieux les limites de ces trois portions. Comme on ignore absolument le développement des muscles, des vaisseaux, etc., la science manque encore de points de repère précis pour séparer, dans le canal allantoïdien, ce qui doit être urèthre et ce qui doit être vessie. La migration du canal de Wolff, étudiée à propos du sinus uro-génital montre combien est grande notre ignorance et combien seraient hypothétiques les tentatives de précision.
PSS
La raison qui a fait chercher ailleurs que dans la membrane anale l’origine de la paroi vésicale force à trouver ailleurs aussi celle de la paroi abdominale. On a longtemps enseigné que les parois ventrales se formaient par soudure sur la ligne médiane des deux lames ventrales marchant à la rencontre l’une de l’autre après s'être incurvées en quelque sorte sur les côtés de l'embryon. Retterer (1), dernièrement encore, s’est fait le champion de cette opinion.
Il dit : «Au stade primitif l'intestin inférieur ,comme « du reste tout le tube digestif, n’est qu'une gouttière « ouverte en avant; ce sont les lames latérales et « inférieures de cette gouttière qui en se déve- « loppant en avant et en se rapprochant forment le « rudiment allantoïdien. Ge dernier résulte done, lui « aussi, au rapprochement de deux lames latérales, « c’est là la double ébauche allantoïdienne. »
Il faut donc, dans cette hypothèse, supposer que tout se forme par le mécanisme des deux rideaux qui unissent leur bordlibre. À un certain moment, en prenant les choses schématiquement, la région du cloaque représentera une gouttière ouverte en bas par un large orifice qui la met en communication avec la cavité de la vésicule ombilicale. Sur chacune des parois latérales de cette gouttière se dessinent trois plis allongés dans le sens du grand axe de l'embryon. Ces saillies vont s'élever en une sorte de mur se dirigeant chacune vers son homologue pour l’attemmdre vers la ligne médiane. Le pli posté-
(1) Retterer, Loc, cit.
rieur, c'est-à-dire le plus rapproché du dos de l'embryon, sera le repli de Rathke et séparera les deux portions intestinale et allantoïdienne du cloaque, le bourgeon moyen encore entodermique, édifiera la paroi antérieure de lallantoïde. Le bourgeon le plus antérieur sera le rudiment de la * paroi abdominale antérieure. Entre les deux derniers (M. Duval) se prolongera la cavité du cœlome.
Dans cette hypothèse ; donc, trois soudures médianes 1° de la paroi postérieure de la vessie ; 2° de - sa paroi antérieure ; 3 de la paroi abdominale. On pourra-dès lors très facilement expliquer les malformations ; exstrophie ; abouchements entero-allantoïdiens.
Cette doctrine parait peu conforme aux idées de Teurneux, Duval et Keibel. La double ébauche allantoïdienne a cessé d’être classique et la notion que la ligne primitive a dans son domaine la paroi antérieure du cloaque fait que les idées de Rettcrer trouvent des adversaires dans les embryologistes que nous venons de citer.
Pour comprendre comment les choses se passent, d’après les doctrines récentes, 1l est nécessaire de voir la constitution des formations ombilicales. L’insertion de l’ectoderme extra-embryonnaire, c’est-àdire des replis amniotiques sur l'embryon, constitue une sorte d'anneau large méritant le nom d'ombilic cutané. Dans cet anneau passe le pédicule de la vésicule ombilicale, c’est-à-dire un canal qui réunit l’entoderme extra-embryonnaire(vésiculeombilicale), à l’entoderme intra-embryonnaire (intestin primitif).
Dans l'intervalle compris entre ces deux anneaux passe, sur la ligne médiaine, en arrière, le pédicule de l’allantoïde.
Dans la théorie des lames ventrales, on explique la fermeture progressive de l’ombilic cutané par la marche vers la ligne médiane des deux bords latéraux. Les figures 87, 88, 90, 91, 94 de la planche V de l’atlas de Mathias Duval montrent que ce processus n'existe pas pour la portion des parois ventrales qui est située au-dessus de l’ombilic. Le bord ombilical qui devrait, dans l'opinion en ce moment visée,être ovalaire,offre en effet l’aspect d’un cœur de cartes à jouer. Or, si la fermeture des lames latérales existait bien en réalité, on ne pourrait jamais avoir un ombilic échancré en avant, car cette échancrure supposerait que la soudure des lames est plus avancée sur la ligne mediane que sur les côtés, ce qui ne peut se comprendre. Il résulte donc des travaux de M. Duval que ce processus de fermeture ue se produit pas dans la portion préombilicale du corps. Il y a dès lors peu de chance pour qu'il se produise au-dessous de lombilic. Les études de Strahl, Bonnet, Tourneux, au sujet de la membrane anale montrent que là non plus iln’est pas possible. I est acquis aujourd’hui que la membrane anale est produite d'un seul coup et non par la fusion de deux bourgeons latéraux. Il est impossible aussi que la petite paroi primordiale qui la sépare de l’ombilie résulte d'une semblable union. Klle vient sans doute de cette portion de la ligne primitive qui d'après Strahl dépasserait la membrane anale. On
peut donc dire que toute la paroi ventrale du eloaque résulte du rabattement de la ligne primitive et ne vient pas de la soudure de deux lames ventrales latérales.
L’ombilic cutané va se fermer par une sorte de resserrement de ses bords, comme il se produit dans une bourse élastique. Ce resserrement n’est que relatif évidemment et cette expression signifie simplement que le développement de cet anneau cutané est beaucoup moindre que celui des parois qui l’entourent.
Il résulte de cette discussion que la paroi infraombilicale de l'abdomen se développe grâce à l’accroissement interstitiel de la membrane anale et de la lame étroite de paroi primordiale. Dans les cas physiologiques l'accroissement pris par ces deux éléments est fort loin d’être égal. La membrane anale ne prendra qu'un très faible développement en largeur, son épaisseur s’accroissant, au contraire, pour prendre la forme qui lui a valu le nom de bouchon cloacal. Quand elle aura atteint ses dimensions normales, elle se désagrègera pour former la cavité uréthrale par sa partie antérieure. La membrane anale, comme le professe Tourneux s’arrêtait done, si on considère le domaine de chacune de ces formations sur les organes arrivés à leur plein développement, à la paroi supérieure de l’urèthre. Toute la portion comprise entre cette limite et l'ombilic constitue donc le champ de développement de la paroi primordiale.
Cette conclusion s'impose maintenant : la paroi
vésicale antérieure vient du segment antérieur du pédicule allantoïdien, la paroi abdominale infraombilicale vient de la paroi primordiale qui sépare la membrane anale de l’ombilic cutané.
Ces considérations ne se rapportent pas aux produits des protoverthères, muscles et portions fibreuses qui, eux, se comportent comme les lames ventrales le faisaient pour les anciens auteurs et marchent, des parties latérales de l'embryon, à la rencontre l’une de l’autre. L’allantoïde et la paroi abdominale bien que très voisines, bien que frappées toutes deux à la fois dans l’exstrophie vésicale sont donc embryologiquement indépendantes. On ne peut pas dire, cependant, que l’allantoïde soit tout à fait libre puisque His a décrit le pédicule ventral dont il a déjà été question.