SCENE IV
HÉLEN'E, le comte.
HÊLËNK. Vous m’avez fait demander, mtm père?
IX covim Oui, mon enfant
uËLt.NE. Ivst-ce pour me gronder?
LE COMTE. Te gronder! et de quoi?
HÈLt.NE. Parce que je suis sortie ce matin ; j’ai été faire une promenade à pied hors de la ville.
LE COMTE. Seule?
llEI.E^E. Non, avec Sopliie... Franiz nous accooqiagnait de loin.
LE COMTE. Je ne vois pas de mal â cela, âlais cette |uxMncuade matinale avait-elle un but?
HÊLËNE. Aucun.
LE COMTE. D’où te venait ce désir ?
iiEi.Eme. Je ne sais. Le soleil était si beau, l’air si pur, le ciel et la campagne me souriaient, et je suis partie, marcliant vile, comme si j’étais pressée d'arriver quelque part. ., j’étais dans l'enchantemonL Sopliie pouvait â peine me suivre. .. Votre bon Frantzmc maudissait entre ses dents; il faisait tous ses efforts pour ue pas nuus perdre de vue. Je suis sûre que j’ai fait sans m’arrêter plus d’une lieue! Dites-moi, cher père, est-ce que vous n’êtes pas content de me voir devenir courageuse, infatigable comme je l’étais autrefois?
LE COMTE. Embrasse-moi, chère enfant.
{Il l'embrmtt.) Oui, oui, je suis bien heureux !
Bf:Lh.NE. Et je vous ai accusé de ne pas m'aimer ! J'ai été bien injuste, bien ingrate envers vous... mais je ne pensais pas ce que je disais, vous le savez bien !
LE COMTE. Hélène!
lif;i.t.NE. Tout le monde ici a eu à souffrir de mes caprices... mais, soyez tranquille, je veux devenir bonne, douce... je veux me faire aimer... Crojez-vous que cela me sera difficile?
LE COMTE. Il faudrait savoir, pour te répondre, cpiels sont ceux à qui tu veux plaire.
iiÉl.feNE. tout le monde. <
LE co.Mi E. Mais peut-être â quelqu’un en particulier plus qu'aux autres?
HËLÉKE. ,V vous d'abord.
LE CO.MTE. Et ensuite ?
HÉLtxE. Ensuite... à ma tante.
LE COMTE. Et puis après.
HtLÈ.NE. Il faut bien que je nomme mon cousin .Mbert, puisiiu’il est mon seul pan'nt; c’est son tour.
LE COMTE. Et si ton cousin Albert te disait : Ma cousine, voulez-vous n’aimer que moi ? que ré|>oudrais-Ui î
llfcLÉ.XE (Jç que je vous disais tout à l’heure... Que je n’ainic encore personne, excepté vous, ma tante et lui !
LE COMTE. .Vinsi tu consentirais â l’accepter pour mari?
HÈLtNE. Il vous a demandé ma main ?
LE CO.MTE. Il t’aime.
HÉLtSE. Je le sais.
LE COMTE. U te l’a dit?
HËLtNE. Non, mais je le sais.
LE COMTE. Et toi, l’aimcs-lu?
UËLË^E. Mon père...
LE coMTi;. l’arlc avec franchise, Hélène ; il s'agit de ton avenir, de ton Imnheur.
HÊLËNE. Je vous fais juge de ce que j’éprouve. Oui. j’ai du plabsir ù voir mon coosin je suis reconnaissante du dévoue-
ment qu’il m’a montré, de l’affection dont il m’a donné tant de preuves... il m’a entourée de soins, il s'est prêté h tous mes caprices... chaque jour il inventait de nouveaux plaisirs, de nouvelles distractions...
Comment ne l’aimerais-jc pasi c’est à loi que je dois ma guérison.
LE COMTE. Oh! peut-être.
iiéI.Ene. Ma tante le dit, et vous ne l’avez jamais démentie. D'ailleurs, je le vois bien, je vais mieux depuis qu'il est ici.
LE COMTE, à part. Son erreur rac fait mal, et je n’ose la détruire aux dépens peutêtre de son repos, de son bonheur ! {Haut.) Mais si tu ne devais pas i Albert cette reconnaissance, i'aimerais-tu toujours comme tu l'aimes?
HÊLËNE. Je l'ignore... ic le crois. Tenez, dier père, j’ai bien deu choses à vous dire.
LE COMTE. Je t’écoule.
itEl.ËNK. Depuis quelque temps il me semble que je sois d'un rêve : toatés les senutious sont nouvelles pour moi. Jusqn’ici
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j’étais imliiïércntc il tout ce qui m’entourait... h pri'seni je suis bien changée.
Am nouveau dt M. Poche.
Ah l de ce jour, c’est une autre existence Vive et uouveUe, et tjiii pour moi coiimtenee.
Sous votro main sentez battre mon cœur -, t/jmme à b \io, il renaît au bonheur.
D'un rêve évanoui mon étue se réveille ,
Vers chaque objet nouveau, comme une jeune abeille
Elle prend son vol au hasard.
Itfs bruits harmonieux enchantent mon oreille, r,l partout le sourire accueille mon regard.
Ab ! de ce jour, etc.
oh ! oui, je suis hicn hcurciisehpréscnt : et tenez, la haine, injuste peut-être, involontaire, que certaines personnes m’inspiraient antrelois, je lie l’ai plus. Ce matin, à une demilieue d'ici, sur les Iwrds du lac de San-Angelo, nous avons vu, Sophie et moi. miliommc assis au pied d’im arbre et plongé dans la méditation... C’éiait monsieur RiMlolpbc; à notre approche, il s’est levé, m’a saluée... et a disparu. .. l'ii bien , s’il m’avait i>arlé comme il le pouvait, il me semble que je l’aurais écouté sans déplaisir, lui dont la vue seule, il y a quelques mois, me faisait mal.
LE (:ü.hi'E. Tu le vois maintenant avec indifférence, et ce n’est pas ce sonlimeiu-ra que tu éprouves pour ton cousin î
HÉLÈNE. Oli! non, c’est antre chose...
Dites-moi, cher père , car je ne suis encore qu’unceiiraiit. . . j’existe depuis quel((uesjours seulement... diles-moi, h quels signes rcconiiaît-ou l'amour? faut-il qu’une jeune personne soit émue , se trouble en pré'sence de celui qui l’aime? faut-il qu’elle n’ose le regard'T? que sa voix la fas.se tressaillir?... Je lie sens rien de tout cela... mais j’ai du plaisir i voir mon cousin... j’ai pour lui une affection sincère, une vive reconnaissance... Il me semble que je serais triste s’il me quitlail... Est-ce Ih de l’amour?...
LE COMTE. C’est tout Ce qu’il peut désirer, Hélène, et cet aveu le comblera de joie... (A part.) Elle l’aime!
iiÈLkxE. Je l’entends avec ma tante ; fsl-vv que vous allez lui répéter ce que je vous ai dit?
LE COMTE. Tu ne m’as pas fait promettre te secret.. Aimes-tu mieux parler toi-méme?
liÉLÈ.NE. Oui. (A part.) Je ne dirai rien.
SCÈPŒ V.
UÉLÈXE, ALBERT, LA PRLNCESSE, LE COMTE.
LA pniNCESSE, (i Hélène. Ah ! te voili, petite! tant mieux!
Elle t'emliruH.
ALliEiiT , t'approchant d'Hélène. Êtesvous fatiguée de votre promenade, ma cousine?
HÉLÈNE. Vous savez?...
Ai.iiEitT. Je vous ai vue rentrer.
HÉI.ÈNE. Mais c’est très-mal de m’épier ainsi !
ALnEBT. Ab I ma cousine !
LA PRINCESSE. Je voudrais bien voir qu’ Albert Ile sût pas, heure par heure, ce que tu fais! ce serait d'une indifférence!... surtout au point où nous en sommes!... Tu sais, mon enfant, que tu te maries aujourd’hui ?
HÉLÈNE. Moi, ma tante?
LA PRINCESSE. Ou à pcu près.
LECOMTE. .Ma sœur, permeltcz...
LA PRINCESSE. Il uie Semble que vous m’aviez donné carte blanche. . . Aujourd'hui, dans une heure, nous célébrons tes liaiiçaillcs.
HÉLÈNE. Avec qui, ma tante ?
ALBERT. Vous ne devinez pas, ma cousine ?
HÉLÈNE. Non.
LA PRINCESSE. Coquetterie de jeune fille !
lu auras le plaisir de la surprise... Est-ce que tu n’as pas reçu ce matin ce que je t’ai envoyé... mes cadeaux de noce, des bijoux, une toilette de fiancée?
HÉLÈNE. Je n’avais pas encore regardé ces nouveaux présents, ma tante... j’ignorais-.
LA PRINCESSE. J’ai jiourvu i tout, comme tu vois... j’ai tout arrangé, tout disposé... (Au Comte.) Votre notaire prétend qu’il n’a {las encore louché les cent mille florinsc|uc vous avez reçus et qui appartiennent à Hélène, du chef de .sa mère... Au reste, ils’en expliquera avec vous, il va venir...
ALBERT. Pardon, ma mère... vous m’avez cliargè de le prévenir... !tlais il fallait savoir auparavant si ma cousine consentait.
LA PRINCESSE. Monsieur mon lils , quand je dis une chose, c’est que j’ai raison de la dire. Le notaire va venir.
ALBERT. Il n'est pas averti.
LA PRINCESSE. Il l’est
ALBERT. Je n’ai pas été chez lui.
LA PRINCESSE. Je m’en doutais... aussi je me suis rendue moi-méme à l’étude de ce tabeUioD, uD lieu fort sombre, fort malpropre, sentant le vieux papier moisi, et où une demi-douzaine de jeunes clercs me regardaient de la tète aux pieds : j’ai été obligée de leur adresser la parole pour les rappeler au respect qu’ils oubliaient
ALBERT. Ma cousine, vous avez entendu ma mère; que répondez-vous?
HÉLÈNE. Adieu, mon cousin.
ALBERT. Où allez-vous?
HÉLÈNE. Essayer la toilette que ma tante m’a envoyée.
LA PRINCESSE. Tn es charmante!.. . J’étais ainsi i ton âge.
L’EXTASE
ENSEHBU:.
Muiiqni nouvelle de }î. Doehe.
BÉL&5E.
Oui. jevou<« quitt« ,
Stnt adieu.
Je reriens vile En ce Lieu.
ALBLIT.
Oui. partez vite.
Sans adieu.
Et rentrez vite En ce lieu.
LA phi:«cEs8$r. et le comte.
Chère petite.
Sans adieu.
Oui. reviens vite Dans ce lieu.