‹ L'extase (volume 2)Chapitre 22 sur 55 · RODOLPHE , LE COMTE · texte numérisé non relu

RODOLPHE , LE COMTE

LE COMTE, venant à Rodolphe et lui prenant la main. Mon ami !... que la contrainte que je suis forcé de m'imposer me blesse et m'afflige ! Afin de motiver votre présence dans la maison, il a fallu vous donner un emploi ; vous êtes ici mon secrétaire, et rien de plus.

RODOLPHE. J'avais à vous annoncer, monsieur le comte, que vous recevriez probablement aujourd'hui une lettre d'Allemagne , relative au procès que vous soutenez contre ia maison de Schwasberg. Quant aux cent mille florins qui sont la propriété de mademoiselle votre fille , et qui doivent m'être comptés bientôt...

LE COMTE. Vous en disposerez ainsi que vous le jugerez à propos ; vous savez que je ne veux jamais que nous causions d'affaires, le m'en rapporte à vous.

RODOLPHE. Je suis heureux et fier de cette confiance , que je m'efforcerai de mériter.

LE COMTE. Êtes-vous en effet heureux , Rodolphe ? je voudrais le croire. La position que vous avez acceptée est pénible, je le sens. Étranger à tous les plaisirs , isolé dans votre chambre, que vous osez à peine quitter, vous attendez à chaque instam du jour qu'un signal connu de nous deux seulement

votis avertisse (|u'il y a ici une souiïrance 5 combatlre, ou une douleur à consoler. Alors vous descendez par l'escalier secret qui , de votre appartement, conduit à mon cabinet. . . vous accourez auprès de moi. . . et pour prix d'un dévouement si noble , une seule voix vous remercie... un seul cœur est reconnaissant... cette voix c'est la mienne, ce cœur c'est le mien. Vous n'êtes connu que de moi seul : seul je sais ce que nous vous devons. Jusqu'ici vous n'avez point paru souffrir de cette existence, toute de sacrifices et d'abnégation. . mais depuis quelques jours. . .

RODOLPHE, vivement. Vous m'avez trouvé moins empressé , moins dévoué ?

LE COMTE. Non seulement vous êtes

devenu rêveur préoccupé et cependant ma fille semble renaître sous mes yeux. Qui se douterait, en la voyant, des inquiétudes que sa santé me cause encore... ellemême s'en étonne, car ses accès ne lui laissent aucun souvenir... elle ignore jusqu'à la reconnaissance que je vous dois et peutêtre me reprochez-vous...

RODOLPHE. Oh ! qu'elle n'en connaisse jamais la cause ! Ce secret est à nous deux, monsieur; il doit mourir entre nous.

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