RODOLPHE, LE COMTE, LA PRIN CESSE, ALBERT, HÉLÈNE
ENSEMBLE
Air nouveau de M. Boche.
HÉLÈNE et RODOI.PBF..
La voilà; dans son impatience Elle a sitôt pu franchir la distance.
Rien jamais, non, rien ne l'arrêta.
La voilà, la voilà, la voilà, la voilà.
LA PRINCESSE
Me voilà, dans mon impatience, Comme un oiseau j'ai franchi la distance. Non, non, jamais, rien ne m'arrêta ; Me voilà. (4 fois.)
ALBERT
Nous voilà, dans son impatience , Bientôt ma mère a franchi la distance.
Rien jamais, non, rien ne l'arrêta.
Nous voilà, (i fois.)
LE COMTE
Vous voilà ; quoi ! votre impatience Vous à sitôt fait franchir la distance! Rien jamais, non, rien ne vous arrêta.
Vous voilà. (4 fois.)
LA PRINCESSE. Oui! c'est moi.... arrivée d'hier au soir. Bonjour, mon frère.... mais ce n'est pas pour vous que je viens.... c'est pour cette chère enfant... \ Apercevant Rodolphe et le saluant.) Pardon... [Bas, au Comte.) Quel est ce monsieur?
LE COMTE , de même. Mon secrétaire.
LA PRINCESSE. Ah ! j'ai cru que c'était quelqu'un. Kh bien! comment se trouve-
t-elle? Pauvre enfant!... conduisez-moi
je suis sûre qu'elle sera contente de me voir.
HÉLÈNE , lui sautant au cou. Oh ! oui !
lA PRINCESSE. Qu'est-ce que c'est* ?
[L'embrassant avec tendresse.) Chère petite! la voilà! c'est bien elle !... mon fils, embrassez votre cousine. (Se retournant vers le Comte.] Ah ça , qu'est-ce que vous m'avez donc écrit, mon frère? à vous entendre, cette chère enfant était au plus mal.
LE COMTE , bas. Je me suis peut-être trop alarmé ; mais évitez devant elle. . .
LA PRINCESSE. On désespérait de sa vie.
LE COMTE , bas. De grâce !
LA PRINCESSE. C'est au point que j'ai tremblé un moment d'arriver trop tard.
LE COMTE. Je vous en conjure...
LA PRINCESSE. Et quand je la vois , c'est elle qui me saute au cou. . . je la trouve fraîche et presque vermeille.
LE COMTE. En effet... mais vous auriez pu vous dispenser de dire...
LA PRINCESSE. N'avez-vous pas peur que cela l'effraye ? {A Hélène. ) Vois-tu , mon
• Rodolphe, le Comte, la Princesse, Hélène, Albert.
enfant, quand une maladie a passé sur un visage de jeune fille , et qu'il reste aussi joli que ça , elle n'est jamais bien dangereuse D'abord en aucun temps, je n'ai rien compris à la tienne ; il est vrai que ton père a une façon de vous expliquer les choses qui fait que l'on n'y entend exactement rien!... il est cause que j'ai crevé trois chevaux et un postillon pour arriver plus vite.
LE COMTE. Pardon : vous dites...
LA PRLNCESSE. Trois chevaux et un postillon... un faquin qui, ne trouvant personne jK)ur le remplacer au second relai , menaçait de nous laisser là, sous prétexte qu'il ne pouvait plus se tenir à cheval. . . Jour de Dieu !..
il a bien fallu qu'il fît le troisième et il
n'est tombé qu'en arrivant.
ALBERT. Encore n'a-t-il pas eu de peine à se relever. Il est vrai que pour l'y aider, vous lui avez glissé dans la main cinquante florins.
LA PRINCESSE. Il disait qu'il ne pourrait pas reprendre son service de huit jours. . . et ça a peut-être une femme , des quantités d'enfants. . . ces petites gens ça peuple si facilement !
HÉLÈNE , bas, à Albert. Toujours aussi vive ?
ALBERT, de même. Et aussi bonne.
LE COMTE. Depuis quand avez-vous quitté la Bohème? et par quel hasard vous trouvezvous en Italie ?
LA PRINCESSE. J'y suis depuis un mois; mon fils me pressait de faire ce voyage , et j'étais venue le rejoindre à Milan, où le régiment qu'il commande est en garnison. Savez-vous que je ne suis pas du tout émerveillée de votre Italie ? pas un château crénelé , un antique manoir qui commande l'admiration et le respect ; rien qui y sente sa noblesse ! tout ce qui est habité a l'air de l'êtrjde la veille... à peine un ou deux palais qui se puissent compter ! Ah ! fi donc !
vive Dieu ! notre Allemagne a bien une autre allure, et je ne changerais pas la vieille chapelle de Hormegg contre la cathédrale de Milan... qui est d'hier.
HÉLÈNE. C'est à Milan que vous avez reçu de nos nouvelles ?
LA PRINCESSE. Oui , ma chère petite ; la lettre de ton père m'avait suivie.
HÉLÈNE. Et pouvons-nous espérer de vous garder longtemps auprès de nous, ma tante?
LA PRINCESSE. Mais certainement, je ne te quitte pas.
LE COMTE, à part. Comment m'y opposer? et quel moyen aurai-je de l'éloigner?
LA PRINCESSE. Je n'ai pas encore fait choix d'une demeure ; mais monsieur le consul d'Autriche, qui dès ce matin en appreprenant mon arrivée, est venu me faire visite, m'a promis de s'en occuper.
LE COMTE. Je ne souffrirai pas qu'un autre que moi se charge de ce soin.
ALBERT, passant près du Comte. Permettez que ce soit moi, mon oncle.
LE COMTE. Non, reste; je vais à l'instant donner des ordres , et je vous rejoins. {A part .) Oh ! quelle position !
RODOLPHE, à part, en regardant Hélène.
Elle paraît heureuse !
ENSEMBLE*
AïK nouveau de M. Dochc.
HÉLÈNE
Mon père est heureux d'avance Des soins qu'il prendra pour vous.
SouiTrez pendant son absence , Qua je reste auprès de vous.
LA PRINCESSE
Merci de votre obligeance , .le puis donc compter sur vous ; Et ma nièce, en votre absence, Va rester auprès de nous.
LE COMTE
De vous servir, je le pense , .le dois me montrer jaloux ;
' Rodolphe, Alber. le Comte, la Priucesse, Hélène
Et ma fille, en mon absence , Va rester auprès de vous.
ALBERT
Vraiment, c'est trop d'obligeance, On peut donc compter sur vous.
Ma cousine, en votre absence.
Va rester auprès de nous.
RODOLPHE
Mais quoi ! mon cœur, je le pense , Déjà se montre jaloux.
Hélas ! puisse ma souffrance Rester un secret pour tous.