‹ L'extériorisation de la motricité (volume 2)Chapitre 4 sur 61 · II. — Récit de M. Lombroso · texte numérisé non relu

II. — Récit de M. Lombroso

Peu de savants ont été, plus que moi, incrédules au spiritisme. Pour s'en convaincre il suffit de consulter mon ouvrage Pazzi ed Anomali (Les Fous et les Anormaux) comme aussi mes Studi sulV Ipnotismo (Etudes sur l* Hypnotisme) dans lesquels je me suis laissé aller presque jusqu'à insulter les spirites. Jo trouvais et je trouve encore aujourd'hui plusieurs assertions des spirites complètement inadmissibles : ainsi, par exemple, la possibilité de faire causer et agir les morts. Les morts n'étant qu'un amas de substances inorganiques, il voudrait autant prétendre que les pierres pensent, que les pierres parlent.

Une autre raison de mon incrédulité, c'était l'obscurité 011 se passent presque toujours les expériences, car un physiologiste n'admet que les faits qu'il peut bien voir en pleine lumière.

Mais, après avoir entendu quelques savants nier des faits d'hypnotisme, comme la transmission de la pensée, la transposition des sens qui, pour être rares, n'en sont pas moins positifs et que j'avais constatés de visu y je fus amené à me demander si mon scepticisme à l'égard dos faits spirites n'était pas de même nature que celui des autres savants pour les phénomènes hypnotiques.

L'offre m'ayant été faite d'examiner les faits produits en présence d'un médium vraiment extraordinaire —

EXP. DE NAPLKS. 1891. 35

M*"' Eusapia — j'acceptai avec d'autant plus d'empressement que je pouvais les étudier avec le concours d'aliénistes distingués (Tamburini, Virgilio, Bianchi, Vizioli) qui étaient presque aussi sceptiques que moi sur la question et qui purent m'assister dans le contrôle des phénomènes.

Nous prîmes les plus grandes précautions. Ayant examiné la personne d'après la méthode de la psychiatrie moderne, nous avons constaté une remarquable obtusité du tact (3,6), des troubles hystériques, peutêtre même épileptiques, et des traces d'une blessure profonde au pariétal gauche.

Les pieds et les mains de M'"'' Eusapia furent inunobilisés par le D"* Tamburini et par moi, à l'aide de nos pieds et de nos mains.

Nous avons commencé et terminé nos expériences avec la lampe allumée et, de temps en temps, un de nous enflammait à l'improviste une allumette pour éviter toute supercherie.

Les faits observés furent assez singuliers : nous pûmes constater, en pleine lumière, le soulèvement d'une table et de nos chaises, et nous avons trouvé que l'effort fait pour les abaisser équivalait à un poids de 5 à 6 kilogrammes. Sur la demande d'un des assistants — M. Giolfi — qui connaissait le médium depuis longtemps, des coups se firent enteudr(3 à l'intérieur de la table. Ces coups (dans un langage conventionnel, soi-disant spirite) répondaient tout-à-fait à propos aux demandes faites sur l'âge des personnes présentes et sur ce qui devait arriver et arriva en effet au moyen du pouvoir d'un soi-disant esprit.

L'obscurité faite, nous commençâmes à entendre plus

forts des coups donnés au milieu de la table, et, peu après, une sonnette, placée sur un guéridon à plus d*un mètre d'Eusapia, se mit à sonner dans Tair et au-dessus delà tête des personnes assises, puis descendit sur notre table. Quelques moments après, elle alla se placer sur un lit éloigné de 2 mètres du médium. Pendant que, sur la demande des assistants, nous entendions sonner cette sonnette, le D' Ascensi, sur T invitation de F un de nous, alla se placer debout derrière M"® Jlusapia et il enflamma une allumette, de sorte qu'il put voir la sonnette suspendue dans l'air et allant tomber sur le lit, derrière le rideau.

Ensuite, et toujours dans Tobscurité, nous entendîmes une table remuer et, pendant que les mains du médium étaient toujours bien serrées par le D*" Tamburini et moi, le professeur Vizioli se sentait ou tirer la moustache ou l)icoter les genoux par des contacts paraissant venir d'une main petite et froide.

En même temps je sentis ma chaise enlevée sous moi, puis bientôt remise à sa place.

Une lourde tenture de l'alcôve, placée à plus d'un mètre du médium, se transporta tout à coup comme poussée par le vent vers moi et m'enveloppa complètement. J'essayai de m'en débarrasser ; mais je n'y réussis (|u'avec beaucoup de peine.

Les autres assistants aperçurent, à dix centimètres au-dessus de ma tête et de celle du professeur Tamburini, de petites flammes jaunâtres.

Mais ce qui m'étonna le plus, ce fut le transport d'une assiette pleine de farine qui eut lieu de façon que celle-ci resta comme coagulée ainsi que de la gélatine. Cette assiette avait été placée dans l'alcôve, à plus d'un mètre

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et demi de nous. Le médium avait pensé à la faire bouger, mais autrement, c'est-à-dire en nous saupoudrant la figure avec son contenu ; en effet, M"' Eusapia avait dit, au milieu de ses convulsions : o Prenez garde, je vous saupoudrerai le visage à vous tous avec la farine qui se trouve ici. » La lampe ayant été aussitôt rallumée, nous rompîmes la chaîne que nous faisions autour de la table et nous trouvâmes Fassiette et la farine transportées.

Peu après nous vîmes un gros meuble placé plus loin que l'alcôve, à deux mètres de nous, s'approcher lentement vers nous comme s'il était porté par quelqu'un. On aurait dit un gigantesque pachyderme s'avançant vers nous.

Dernièrement je répétais ces expériences avec les professeurs de Amicis, Chiaïa, Verdinois : j'ai vu un siège sauter d'en bas sur la table et retourner en bas.

J'avais fait tenir deux dynamomètres à M"** Eusapia ; ils marquèrent 37 et 36 kilogs. Pendant la séance, et tandis que nous serrions les mains du médium,^ elle nous dit : « Maintenant on force les machines. » Nous faisons la lumière et les deux dynamomètres, qui étaient loin d'elle (un demi-mètre), marquaient 42 kilog.

Des expériences analogues ont été exécutées par les Docteurs Barth et Defiosa, qui m'écrivirent avoir vu et entendu, plusieurs fois, une sonnette tinter dans l'air sans être agitée par personne. Le banquier Hirsch, qui se trouvait avec eux, ayant demandé à causer avec une personne qui lui était chère, il vit son image et l'entendit parler en français (elle était Française et morte depuis 20 ans) (1). De même le D"" Barth vit son père mort et

(1) Eusapia a vécu douze jours chez moi et eUe n*a jamais pu me dire que quelques mots de français, isolés, malgré le désir

se sentit à deux reprises embrasser par lui. Tous virent (le petites flammes sur la tête de M™* Ëusapia.

Aucun de ces faits (qu'il faut pourtant admettre parce qu'on ne peut nier des faits qu'on a vus) n'est de nature h faire supposer pour les expliquer un monde différent (le celui admis par les neuro-pathologistes.

Avant tout, il ne faut pas perdre de vue que M"^ Ëusapia est névropathe, qu'elle reçut dans son enfance un coup au pariétal gauche ayant produit un trou assez profond pour qu'on puisse y enfoncer un doigt, qu'elle resta ensuite sujette à des accès d'épilepsie, de catalepsie, d'hystérie, qui se produisent surtout pendant les phénomènes médianimiques, qu'elle présente enfin une remarquable obtusité du tact.

C'étaient de^ névropathes aussi, ces médiums admirables tels que Hume, Slade, etc.

Eh bien ! je ne vois rien d'inadmissible à ce cpie, chez les hystériques et les hypnoticpies, l'excitation de certains centres, qui devient puissante par la paralysie de tous les autres et provoque alors une transposition et une transmission de forces psychiques, puisse aussi amener une transformation en force lumineuse ou en force motrice. On comprend aussi comment la force que j'appellerai corticale ou cérébrale d'un médium peut, par exemple, soulever une table, tirer la barbe à quelqu'un, le battre ^ le caresser, phénomènes assez fréquents dans ce cas.

Pendant la transposition des sens due à l'hypnotisme, quand, par exemple, le nez et le menton voient (et c'est

évident qu'eUe avait de pouvoir causer avec moi qui comprends difficilement l'italien. A R.

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un fait que j'ai vu de mes yeux), alors que pendant quelques instants tous les autres sens sont paralysés, le centre cortical de la vision, qui a son siège dans le cerveau, acquiert une telle énergie qu'il se substitue à l'œil. C'est ce que nous avons pu constater, Ottolenghi et moi, chez trois hypnotisés, en nous servant de la loupe et du prisme.

Planche I. — Lévitation de table à Milan, en 1892.

furent émises à l'égard de M™« Ëusapia et du chevalier (iliiaîa, nous croyons devoir publier sans retard ce court compte rendu de toutes nos observations et expériences.

Avant d'entrer en matière, nous devons faire immédiatement remarquer que les résultats obtenus ne correspondront [»as toujours à notre attente. Non pas que nous n'ayons en grande quantité des faits en apparence ou réellement importants et merveilleux, mais, dans la plupart des cas, nous n'avons pu appliquer les règles de l'art expérimental qui, dîins d'autres champs d'observation, sont regardées comme nécessaires pour arriver à des résultats certains et incontestables.

La plus importante de ces règles consiste à changer lun après l'autre les modes d'expérimentation, de façon h dégager la ATaie cause, ou au moins les vraies conditions de tous les faits. Or, c'est précisément à ce point de vue ([uo nos expériences nous semblent encore trop incomplètes.

Il est bien vrai que souvent le médium, pour prouver sa lM)nne foi, proposa spontanément de changer quelque particularité de l'une ou de l'autre expérience, et bien des fois prit lui-môme l'initiative de ces changements. Mais cela se rapportait surtout à des circonstances indifférentes en apparence, d'après notre manière de voir. Les changements, au contraire, qui nous semblaient nécessaires pour mettre hors de doute le vrai caractère des résultats, ou ne furent pas acceptés comme possibles par le médium, ou, s'ils furent réalisés, réussirent la plupart du temps à rendre l'expérience nulle, ou au moins aboutirent h des résultats obs-^ curs.

Nous ne nous croyons pas en droit d'expliquer ces faits à Taide de ces suppositions injurieuses que beaucoup trouvent encore les plus simples et dont les journaux se sont faits les champions.

Nous pensons au contraire qu'il s'agit ici de phénomènes

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