EXPÉRIENCES DE M. PELLETIER
dien magnétique, il déterminait exactement le plan de ce méridien avec le pivot de Vaiguille. Les mains étant alors parfaitement immobiles, nous avons pu constater des déviations très nettes en déclinaison, mais non des déviations constantes ; ici encore, comme pour l'eau, comme pour ce qui va suivre, il y a des impulsionfi, h la suite desquelles Téquilibre est repris pour des oscillations ordinaires. En Tabsence de dispositif pour mesurer la valeur de ces impulsions, nous estimons à 20° au moins Tamplitude de l'écartement hors de la position d'équilibre. Il n'est pas inutile de dire que le phénomène se produit aussi bien avec la main dans le méridien que perpendiculaire à ce plan. Nous avons remarqué que pendant l'expérience, les oscillations de l'aiguille reprenant son équilibre étaient comme amorties ; il semblait qu'elle se mouvait dans un milieu plus résistant, c'est-à-dire que, pour un écart donné, elle revenait plus vite à sa position qu'en l'absence des sensitifs...
Ce qui précède ne regarde que les mouvements en déclinaison.
L'aiguille pouvait, de par son mode de suspension prendi*e aussi quelques mouvements en inclinaison ; mais ceux-ci ne nous ont pas paru assez nets pour nous y arrêter, la mobilité dans le plan vertical étant beaucoup trop grande et pouvant être attribuée au simple mouvement respiratoire d'un assistant assez rapproché...
Avec la pendule en balle de sureau, rien de bien caractérisé.
Nous arrivons maintenant aux corps pesants ordinaires. On mit sur le guéridon deux porte -mines ; l'un en argent, assez lourd ; l'autre en aluminium, léger. Les sujets se tenaient assis de face à la table qu'aucun ne touchait par aucune partie du corps ni des vêtements. Après quelques minutes d'attente, le plus léger de ces objets tourna sur luimême une dizaine de fois, dans un sens et dans l'autre, avec" ou sans commandement. On ajouta sur la table un porter
plume en bois ordinaire et une petite boîte ronde de trois centimètres environ ; ces deux objets furent, à plusieurs reprises, poussés en avant ou en arrière d'un bord de la table à Taulre. Des bouchons qui leur succédèrent présentèrent aussi les divers mouvements mentionnés dans les communications de M. Pelletier, sauf celui de sauter hors du guéridon, et celui de se séparer après s'être joints.
Ces mouvements avaient encore été obtenus la veille, paraît-il ; mais il ne faut guère s'étonner de ne pas avoir reproduit toute la série, si l'on songe que la séance durait déjà depuis plusieurs heures et que la chaleur était étouffante.
C'est ici le lieu de faire quelques remarques générales. La manière d'être de ces phénomènes conduit à leur assigner une cause, quelle qu'elle soit, de nature intermittente, procédant par émissions séparées. Aucun fait n'a manifesté une force continue, si faible soit-elle. Tout se passe comme par chocs. Ceci est en outre corroboré par cette action du commandement, dont nous avons déjà dit un mot. Ayant remarqué que M. Pelletier a la voix forte et le commandement brusque, et ayant cru voir que ses sujets sursautaient à sa voix, nous eûmes l'idée que ce commandement pouvait agir, non par l'ébranlement physique de l'air, mais par la commotion ressentie par le sujet, commotion qui pouvait déterminer l'émission d'un flux de force psychique. Pour vérifier cette opinion, nous priâmes l'expérimentateur, à voix très basse à son oreille, de faire un commandement négatif en quelque sorte. Au commandement : « Ne bouge pas » fait à la façon ordinaire, un des sujets eût un soubresaut et l'objet bougea.
En ce qui regarde ces mouvements d'objets très-légers, nous nous permettrons de formuler non pas une critique mais un désir, celui de rendre les expériences absolument concluantes en prenant de très grandes précautions contre l'action du souffle ou même de la simple respiration des
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sujets. C'est certainement la première idée qui vient à toute personne témoin de ces mouvements, que de se dire que les sensitifs doivent souffler, exprès ou non, sur les objets. Nous nous sommes assurés que la plupart des phénomènes dont nous venons de parler étaient sûrement indépendants de cette cause ; mais plusieurs autres, que nous avons passés sous silence, pouvaient à la rigueur s'y rattacher. Dans l'intérêt même de la vérité, il faut absolument éliminer cette source d'erreur ; qui nous semble d'ailleurs être la seule et être en somme bien petite.
En tous cas elle est tout à fait hors de cause dans ce qui a suivi, nous voulons dire le déplacement de la table ellemême, sans contact.
La séance ayant été reprise après un repos bien gagné, les sujets se sont placés autour du guéridon, les mains appuyées dessus, pour le charger. Ce guéridon est à trois pieds, en chêne massif et pèse peut-être une dizaine de kilogrammes. Après quelques minutes d'imposition des mains, celles-ci quittèrent la table, restant environ à 10 centimètres au-dessus, et nous eûmes le soin de vérifier que rien absolument n'y touchait plus jusqu'au sol qui est formé d'un carrelage fruste opposant aux pieds de bois une grande résistance lie frottement. Dans cet état, au bout de peu de temps, la table se souleva de quelques centimèti*es et retomba sur ses pieds (1).
L'expérience fut renouvelée 4 ou 5 fois, toujours de la
(1) Dans un article deVInitiation (mars 1893), M. Lemerle revient sur cette expérience à propos de celles que MM. Aksakof et Richet venaient de faire à Milan avec Eusapia, et il fait remarquer qu'elle remplit toutes les conditions que ces expérimentateurs jugeaient nécessaires pour établir la certitude du phénomène.
En effet, le phénomène s'est produit en juin à trois heures de l'après-midi (c'est ce qu'on peut appeler de la pleine lumière) ; le guéridon pesant une dizaine de kilogrammes s'est non pas sou-
même façon, c'est-à-dire en la rechargeant à chaque fois par le contact, M. Pelletier estimant que chaque mouvement obtenu amenait une sorte de décharge. Sur notre demande pourtant, les mains restèrent en l'air après le mouvement obtenu et il se reproduisit deux fois sans nouveau contact. Il est impossible de voir rien de plus net et de plus certain.
levé, mais projeté en Tau* à plusieurs reprises à 7 ou 8 centimètres du sol.
« Les sujets debouts et moi jilacé à2°»,50 du groupe de façon à tenir à la fois dans mon champ visuel les pieds de la table et les personnes entières des sensitifs. Personne autre n'était à proximité ; je me trouvais face à la fenêtre, sur laquelle le groupe entier se détachait en silhouette, de sorte que j'étais parfaitement sur qu'il n'y avait aucun contact d'aucune sorte, ni des mains qui étaient toutes dans le même plan horizontal à 10 centimètres de la table, ni des corps des sujets qui avaient tous trois le bras étendu de toute sa longueur — ce qui l'ejetait les corps à 20 centimètres au moins du bord de la table — ni des jambes ni des pieds qui, par suite de la forme du guéridon, se trouvaieut encore plus loin de ceux de la table. D'ailleurs, parmi les trois sujets, il y avait deux hommes dont les pantalons ne pouvaient se gonfler et une femme dont la jupe était soigneusement rejetée en arrière. Ces sujets n'étaient aucunement en transes, ils ne présentaient pas le tremblement accusé par Eusapia et ils sont restés absolument immobiles pendant toute la durée de l'expérience. »
CHAPITREE II
EXPÉRIENCES DU Dr PAUL JOIRE
{Extrait de la Revue d'hypnotisme. — Octobre 1895)«