I. — État primitif
Pour produire l'état médianimique passif ou induit (1), voici les procédés que j'emploie habituellement.
Je fais placer un sujet debout devant moi et je lui fais bander les yeux avec un mouchoir ou je lui recommande de fermer les paupières sans effort et de les maintenir fermées ; je lui recommande aussi de s'isoler, le plus possible de tout ce qui l'entoure, de ne penser à rien et de n'avoir aucune préoccupation. Je pose ensuite les deux mains sur la tête du sujet pendant quelques instants, puis je les passe . lentement de chaque côté de la tète et ensuite tout le long . des membres, en ayant soin de les tenir écartées d'au moins dix à quinze centimètres du sujet, et, par conséquent de ne jamais le toucher.
Au bout de quelques minutes on observe d'abord comme
(1) Le Dr Joire distingue l'état médianimique actif, où le sujet est mû par une action extérieure, de l'état médianimique actif où il meut les objets extérieurs. — A. R.
téressants. Ces phénomènes consistent surtout dans des impulsions d'un caractère tout spécial et qui sont ressenties de la façon la plus nette pour le sujet qui y obéit. Ces impulsions sont données à volonté par l'hypnotiseur et dirigées à son gré dans tel ou tel sens particulier.
Les plus simples s'obtiennent en passant lentement et à plusieurs reprises les doigts de la main le long d'un membre et à une certaine distance de ce membre. On obtient ainsi le mouvement, l'élévation, la flexion du membre qui obéit d'une manière absolue aux mouvements de la main directrice; et l'on peut ainsi, en décomposant les -mouvements, provoquer des actes assez compliqués (1).
... Une particularité très remarquable, dans ce phénomène, c'est que si l'on élève ainsi (pnr des passes) un membre et qu'on l'abandonne dans cette position, en cessant les manœuvres destinées à le mouvoir, le mejubre conserve la position nouvelle qu'il occupe et il peut la conserver ainsi très longtemps sans aucune fatigue apparente... si l'on reprend ce membre avec la main on le trouve absolument souple et on n'éprouve aucune résistance à le mouvoir... Cette observation est d'autant plus intéressante que nous avons fait remarquer plus haut, dans les caractères généraux de l'état médianimique passif, qu'un membre quelconque de sujet pris et soulevé avec la mairie retombe immédiatement dans sa position normale. L'état du membre mis en mouvement par les passes faites à distance n'est donc plus le même que celui du membre soulevé avec la main.
Ces mouvements de translation peuvent s'obtenir pour la .totalité du corps du sujet, tout aussi bien que pour un membre en particulier. Ainsi je me place à une certaine distance du sujet, et, par les mouvements de la main dirigés
(1) C'est dans cet état médianimique passif que l'on observe, selon M. Joire, les phénomènes de la transmission de la pensée et de la suggestion mentale. — A. R.
vers lui, je puis lui faire pencher le corps à droite ou à gauche, le faire avancer ou reculer, le faire tourner ou lui faire suivre telle ou telle route que je lui indique par le tracé de mes doigts dans Tair...
Je fais cesser Tétat médianimique passif et je rends au sujet son état normal en passant plusieurs fois les mains en travers devant son visage et en lui soufflant sur les yeux. Le sujet se souvient en général des actes qu'il a accomplis et de tout ce qui s*est passé pendant qu'il était dans Tétat médianimique passif (1).
Il était intéressant de connaître les impressions du sujet pendant cet état et de savoir pourquoi et comment il obéit aux mouvements qu'on veut lui communiquer. Pour cela j'ai pris soin, dans plusieurs expériences, d'éveiller brusquement le sujet après qu'il venait d'accomplir un acte déterminé.
Les sujets sont unanimes à déclarer qu'ils ressententuneim pulsion bien nette dans le sens du mouvement qui s'accomplit. « Nous éprouvons, m'ont-ils tous affirmé, une sensation indéfinissable, comme nous n'en avons jamais ressenti dans aucune autre circonstance. » — « J'ai ressenti, me disait l'un d'eux, une légèreté extraordinaire dans les bras qui semblaient avoir perdu toute pesanteur ; puis j'ai senti, à mon grand étonnement, mes bras s'écarter de mon corps et s'élever on l'air malgré moi. » Un autre me disait avoir senti brusquement ses deux bras partir en avant, malgré lui, d'une manière irrésistible, et c'était en effet le mouvement que je lui avais imprimé au début de l'expérience, lui ayant fait élever leB bras en avant pour les croiser sur la poitrine» D'autres m'ont dit que l'impulsion était si forte qu'ils
(1) Cette mémoire, la conservation de la sensibiUté cutanée et l'absence de suggestibilité semblent indiquer pour l'état du sujet un état encore plus voisin de la veiUe absolue, que ce que j'ai appelé l'état de crédulité. — A. R.
croyaient qu'une personne les avait tir^^s par la manche de leur vêtement.
Dans les mouvements de locomotion totale, tous affirment se sentir poussés en avant, attirés dans la direction voulue par une impulsion irrésistible.
... Toutes ces expériences ont été faites avec des élèves qui expérimentaient avec moi, d'une façon tout à fait bénévole, non seulement sans idée préconçue de ce qui allait se passer, mais avec un certain degré de scepticisme et dans le seul but d'étudier et d'analyser les phénomènes quelconques qui pourraient se produire. Avec des sujets intelligents et choisis de la sorte, parmi des jeunes gens acccutumés déjà depuis plusieurs années aux observations physiologiques, je crois m'être placé dans les meilleures conditions pour éviter toutes les causes possibles d'erreur. J'ai expérimenté avec des sujets des deux sexes et j'ai obtenu des résultats absolument identiques.
J'ai noté avec soin les conditions extérieures dans lesquelles j'ai opéré et j'ai constaté que l'état de la température et les variations atmosphériques exercent une influence considérable sur les résultats qu'on peut obtenir. Pour que les expériences réussissent le mieux, il faut une température élevée, un temps clair et calme ; si l'on opère, au contraire, dans un milieu froid, surtout par un temps humide et agité, les expériences ne réussissent presque jamais ou ne donnent que des résultats insignifiants. On peut aussi se mettre à Tabri des mauvaises conditions atmosphériques par une chaleur artificielle portée à un degré assez élevé.