‹ L'extériorisation de la motricitéChapitre 12 sur 108 · II. — Récit de M. Lombroso · texte numérisé non relu

II. — Récit de M. Lombroso

Peu de savants ont été, plus que moi, incrédules au spiritisme. Pour s'en convaincre il suffit de consulter mon ouvrage Pazzi ed Anomali (Les Fous et les Anormaux) comme aussi mes Sludi sulV Ipnothmo (Etudes sur VHypnotisme) dans lesquels je me suis laissé aller presque jusqu'à insulter les spirites. Je trouvais et je trouve encore aujourd'hui plusieurs assertions des spirites complètement inadmissibles : ainsi, par exemple, la possibilité de faire causer et agir les morts. Les morts n'étant qu'un amas de substances inorganiques, il voudrait autant prétendre que les pierres pensent, que les pierres parlent.

Une autre raison de mon incrédulité, c'était l'obscurité où se passent presque toujours les expériences, car un physiologiste n'admet que les faits qu'il peut bien voir en pleine lumière.

Mais, après avoir entendu quelques savants nier des faits d'hypnotisme, comme la transmission de la pensée, la transposition des sens qui, pour être rares, n'eu sont pas moins positifs et que j'avais constatés de visu, jefus amené à me demander si mon scepticisme à l'égard des faits spirites n'était pas de même nature que celui des autres gavants pour les phénomènes hypnotiques.

L'offre m'ayant été faite d'examiner les faits produits en présence d'un médium vraiment extraordinaire —

M™" Eusapia — j'acœptai avec d'autant plus d'empressement que je pouvais les étudier avec le concours d'aliénisles distinguos (Tamburini, Virgilio, Blanchi, Vizioli) qui étaient presque aussi sceptiques que moi sur la question et qui purent m'assister dans le contrôle des phénomènes.

Nous primes les plus grandes précautions. Ayant examiné la personne d'après la méthode de la psychiatrie moderne, nous avons constaté une remarquable obtusité du tact (3, 0), des troubles hystériques, peutêtre même épileptiques, et des traces d'une blessure profonde au pariétal gauche.

Les pieds et les mains de AI'"" Eusapia furent immobilisés par le D"" Tamburini et par moi, à l'aide de nos pieds et de nos mains.

Nous avons commencé et terminé nos expériences avec la lampe allumée et, de temps en temps, un de nous enflammait à l'improviste une allumette pour éviter toute supercherie.

Les faits observés furent assez singuliers mous pûmes constater, en pleine lumière, le soulèvement d'une table et de nos chaises, et nous avons trouvé que l'effort fait pour les abaisser équivalait à un poids de o à 6 kilogrammes. Sur la demande d'un des assistants — M. Ciolfi — qui connaissait le médium depuis longtemps, des coups se firent entendre à l'intérieur de la table. Ces coups vdans un langage conventionnel, soi-disant spirite) répondaient tout à fait à propos aux demandes faites sur l'âge des personnes présentes et sur ce qui devait arriver et arriva en effet au moyen du pouvoir d'un soidisant esprit.

L'obscurité faite, nous commençâmes à entendre plus

forts des coups donnés au milieu de la table, et, peu après, une sonnette, placée sur un guéridon à plus d'un mètre d'Eusapia, se mit à sonner dans l'air et au-dessus de la tête des personnes assises, puis descendit sur notre table. Quelques moments après, elle alla se [placer sur un lit éloigné de 2 mètres du médium. Pendant que, sur la demande des assistants, nous entendions sonner cette sonnette, le D'' Ascensi, sur l'invitation de l'un de nous, alla se placer debout derrière M"" Eusapia et il enflamma une allumette, de sorte qu'il put voir la sonnette suspendue dans l'air et allant tomber sur le lit, derrière le rideau.

Ensuite, et toujours dans l'obscurité, nous entendîmes une table remuer et, pendant que les mains du médium étaient toujours bien serrées par le D' Tamburini et moi, le professeur Yizioli se sentait ou tirer la moustache ou picoter les genoux par des contacts paraissant venir d'une main petite et froide.

En même temps je sentis ma chaise enlevée sous moi, puis bientôt remise à sa place.

Une lourde tenture de l'alcôve, placée à plus d'un mètre du médium, se transporta tout ù coup comme poussée par le vent vers moi et m'enveloppa complètement. J'essayai de m'en débarrasser ;inais je n'y réussis qu'avec beaucoup de peine.

Les autres assistants aperçurent à dix centimètres au-dessus de ma tête et de celle du professeur Tamburini, de petites flammes jaunâtres.

Mais ce qui m'étonna le plus, ce fut le transport d'une assiette pleine de farine qui eut lieu de façon que celleci resta comme coagulée ainsi que de la gélatine. Cette assiette avait été placée dans l'alcôve, à plus d'un mètre

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et demi de nous. Le inédium avait pense à la faire bouger, mais autrement, c'est-à-dire en nous saupoudrant la fiiiure avec son contenu ; on effet, M"'" Eusapia avait dit, au milieu de ses convulsions : « Prenez garde, je vous saupoudrerai le visage à vous tous avec la farine qui se trouve ici. » La lampe ayant été ausstiùt rallumée, nous rompîmes la chai ne que nous faisions autour de la table et nous trouvâmes l'assiette etla farine transportées.

Peu après nous vîmes un gros meuble placé plus loin que l'alcove, à deux mètres de nous, s'approcher lentement vers nous comme s'il était porté par quelqu'un. On aurait dit un gigantesque pachyderme * s'avançant vers nous.

Dernièrement je répétais ces expériences avec les professeurs de Amicls, Chiaïa, Verdinois : j'ai vu un siège sauter d'en bas sur la table et retourner en bas.

J'avais fait tenir deux dynamomètres à M™' Eusapia ; ils marquèrent 37 et 30 kilogs. Pendant la séance, et tandis que nous serrions les mains du médium, elle nous dit : « Maintenant on force les machines. » Nous faisons la lumière et les deux dynamomètres, qui étaient loin d'elle (un demi-mètre), marquaient 42 kilogs.

Des expériences analogues ont été exécutées par les docteurs Barth et Defiosa, qui m'écrivirent avoir vu et entendu, plusieurs fois, une sonnette tinter dans l'air sans être agitée par personne. Le banquier Hirsch, qui se trouvait avec eux, ayant demandé à causer avec une personne qui lui était chère, il vit son image et l'entendit parler en français (elle était Française et morte depuis 20 ans) (1). De même le D' Barth vit son père mort et

(1) Eusapia a vécu douze jours chez moi et elle n'a jamais pu me dire que quelques mots de français, isolés, malgré le désir

se sentit à deux reprises embrasser par lui. Tous virent de petites flammes sur la tête de M"^ Eusapia.

Aucun de ces faits (qu'il faut pourtant admettre parce qu'on ne peut nier des faits qu'on a vus) n'est de nature à faire supposer pour les expliquer un monde différent de celui admis par les neuro- pathologistes.

Avant tout, il ne faut pas perdre de vue que M™^ Eusapia est névropathe, qu'elle reçut dans son enfance un coup au pariétal gauche ayant produit un trou assez profond pour qu'on puisse y enfoncer un doigt, qu'elle resta ensuite sujette à des accès d'épilepsie, de catalepsie, d'hystérie, qui se produisent surtout pondant les phénomènes médianimiques, qu'elle présente enfin une remarquable obtusité du tact.

C'étaient des névropathes aussi, ces médiums admirables tels que Hume, Slade, etc.

Eh bien ! je ne vois rien d'inadmissible à ce que, chez les hystériques et les hypnotiques, l'excitation de certains centres, qui devient puissante par la paralysie de toute les autres et provoquealors une transposition et une transmission de forces psychiques, puisse aussi amener une transformation en force lumineuse ou en force motrice. On comprend aussi comment la force que j'appellerai corticale ou célébrale d'un médium pont, parexemple, soulever une table, tirer la barbe à quelqu'un, le battre, le carresser, phénomènes assez fréquents dans ce cas.

Pendant la transposition des sens due à l'hypnotisme, quand, par exemple, le nez et le menton voient (et c'est

évident qu'elle avait de pouvoir causer avec moi qui comprends difficilement l'italien. A. R.

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un fait que j'ai vu de mes yeux), alors que pendant quelques instants tous les autres sens sont paralysés, le centre cortical de la vision, qui a son siège dans le cerveau, acquiert une telle énergie qu'il se substitue à l'œil. C'est ce que nous avons pu constater, Ottolenghi et moi, chez trois hypnotisés, en nous servant de la loupe et du prisme.

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