I. — Rapport de la Commission
Préambule.
Prenant en considération le témoignage du professeur Cesare Lombroso au sujet des phénomènes médianimiques qui se produisent par l'intermédiaire de M"»*^ Eusapia Paladino, les soussignés se sonl réunis ici à Milan pour faire avec elle une série d'études en vue de vérifier ces phénomènes, en la soumettant ù des expériences et à des observations aussi rigoureuses que possible. Il y a eu en tout dixsept séances, qui se sont tenues dans l'appartement de M. Finzi (rue du Mont-de-Piété; entre 9 heures du soir et minuit.
Le médium, invité à ces séances par M. Aksakof, fut présenté par le chevalier Chiaia, qui assista seulement à un tiers des séances et presque uniquement aux premières et aux moins importantes.
Vu l'émotion produite dans le monde de la presse par l'annonce de ces séances, et le diverses appréciations qui y
furent émises à l'égard de M™^ Eusapia et du chevalier Chiaïa, nous croyons devoir publier sans retard ce court compte rendu de toutes nos observations et expériences.
Avant d'enter en matière, nous devons faire immédiatement remarquer que les résultats obtenus ne correspondront pas toujours à notre attente. iXon pas que nous n'ayons en grande quantité de faits en apparence ou réellement importants et merveilleux, mais, dans la plupart des cas, nous n'avons pu appliquer les règles de l'art expérimental qui, dans d'autres champs d'observation, sont regardées comme nécessaires pour arriver à des résultats certains et incontestables.
La plus importante de ces règles consiste à changer l'un après l'autre les modes d'expérimentation, de façon à dégager la vraie cause, ou au moins les vraies conditions de tous les faits. Or, c'est précisément à ce point de vue que nos expériences nous semblent encore trop incomplètes.
Il est bien vrai que souvent le médium, pour prouver sa bonne foi, proposa spontanément de changer quelque particularité de l'une ou de l'autre expérience, et bien des fois prit lui-même l'initiative de ces changements. Mais cela se rapportait surtout à des circonstances indifférentes en apparence, d'après notre manière de voir. Les changements, au contraire, qui nous semblaient nécessaires pour mettre hors de doute le vrai caractère des résultats, ou ne furent pas acceptés comme possibles par le médium, ou, s'ils furent réalisés, réussirent la plupart du temps à rendre l'expérience nulle, ou au moins aboutirent à des ricultat obscurs.
Nous ne nous croyons pas en droit d'expliquer ces faits à l'aide de ces suppositions injurieuses que beaucoup trouvent encore les plus simples et dont les journaux se sont faits les champions.
Nous pensons au contraire qu'il s'agit ici de phénomènes
HXP. DE MILAN. 1892. 43
d'une nature inconnue, et nous avouons ne pas connaître les conditions nécessaires pour qu'ils se produisent. Vouloir fixer ses conditions de notre propre chef, serait donc aussi extravagant que de prétendre faire lexpéricucedu baromètre de Torricelli avec un tube fermé en l)as, ou des expériences électrostatiques dans une atmosphère saturée d'humidité, ou encore de faire de la photographie en exposant la plaque sensible à la pleine lumière avant de la 'placer dans la chambre obscure. Mais pourtant en admettant tout cela (et pas un homme raisonnable n'en peut douter), il n'en reste pas moins vrai que l'impossibilité bien marquée de varier les expériences à notre guise a singulièrement diminué la valeur et l'intérêt des résultats obtenus, en leur enlevant dans bien des cas cette rigueur de démonstration qu'on est en droit d'exiger pour des faits de cette nature, ou plutôt à laquelle on doit aspirer.
Pour ces raisons, parmi les innombrables expériences effectuées, nous passerons sous silence, ou nous mentionnerons rapidement, celles qui nous paraîtront peu probantes et à l'égard desquelles les conclusions ont pu facilement varier chez les divers expérimentateurs. Nous noterons au contraire avec plus de détails les circonstances dans lesquelles, malgré l'obstacle que nous venons d'indiquer, il nous semble avoir atteint un degré suffisant de probabilité (1).
(1) On a ajouté au rapport quelques remarques envoyées postérieurement par M. Aksakof. Elles se trouvent au bas des pages et signées de son nom.
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