PHÉNOMÈNES OBSERVÉS A LA LUMIERE
Art. 1. — Mouvements mécaniques ncm explicables jiar le seul C07itact des mains.
a) Soulèvement latéral de la table sous les mains du médium, assis à l'un des petits côtés.
Nous nous sommes servis, pour cette expérience, d'une table de sapin faite tout exprès par M. Finzi (longueur : 1", 10; largeur :0'", 70; hauteur :0"\ 80; poids: 8 kil.). Parmi les divers mouvements de la table au moyen desquels les réponses sont données, il a été impossible de ne pas observer particulièrement les coups produits fréquemment par deux des pieds, soulevés en même temps sous les mains du médium, sans être précédés d'aucun mouvemejit latéral de la table, avec force et rapidité, et plusieurs fois de suite comme si la table eût été soudée aux mains du médium, mouvements d'autant plus remarquables que le médium était toujours assis à l'une des extrémités, et sans que nous cessions jamais de lui tenir les mains et les pieds. Comme ces phénomènes se produisent presque toujours et avec la plus grande facilité, pour mieux observer, nous avons laissé (dans la scéance du 3 octobre) le médium seul à la table, les deux mains placées tout entières sur la face supérieure et les manches relevées jusqu'aux coudes.
EXP. DH MILAiS 1892. 43
Nous nous sommes tenus debout à Fcntour, et Tcspacc sur et sous la table était bien éclaire. Dans ces conditions. la table se souleva avec un angle de 30 à 40 degrés, et s'y maintint quelques minutes pendant que le médium tenait les jambes étendues et frappait ses pieds l'un contre l'autre. En exerçant avec la main une pression sur le coté soulevé de la table, nous avons senti une résistance élastique considérable.
b) Mesure de la force appliquée au soulèvement latéral de la table.
Pour cette expérience, la table fut suspendue par un des petits côtés à un dynamomètre attaché par une corde ; celle-ci était fixée à une poutrelle supportée par deux armoires. Dans ces conditions, l'extrémité de la table étant soulevée de 15 centimètres, le dynamomètre marquait 33 kil. Le médium s'assit au même petit côté avec les mains entièrement placées sur la table, à droite et à gauche du point d'attache du dynamomètre. Nos mains formaient la chaîne sur la table, sans pression : de cette façon d'ailleurs, nos mains n'auraient pu, e7i aucun cas, agir que pour augmenter la pression e.xercée sur la table. On exprima le désir qu'au contraire la pression diminuât, et bientôt la table commença à se soulever du côté du dynamomètre M. Gerosa, qui suivait les indications de l'appareil, annonça cette diminution, exprimée par les chiffres successifs : 3, 2, 1, 0 kilogr., puis le soulèvement fut tel que le dynamomètre reposait horizontalement sur la table.
Alors, nous changeâmes les condititions en mettant les mains sous la table ; le médium en particulier les mit, non pas sous le bord, où il aurait pu atteindre la corniche et exercer une traction vers le bas, mais sous
la corniche même qui joint les pieds, et touchant celleci non pas avec la paume, mais avec le dos de la main. Ainsi, toutes les mains n'auraient pu que diminuer la traction sur le dynamomètre ; sur le désir que cette traction augmente, bientôt M. Gerosa annonça que les indications croissaient de 3'''', o jusqu'à o""", 6.
Pendant toutes ces expériences, chacun des pieds du médium restait sous le pied du plus proche de ses voisins de droite et de gauche.
c) Soulèvement complet de la table.
Il était naturel de conclure que si la table, par une contradiction apparente avec les lois de la gravitation, pouvait se soulever en partie, elle pourrait aussi se soulever entièrement. C'est en effet ce qui eut lieu, et ce soulèvement, un des phénomènes les plus fréque];its avec Eusapia, se prêta à un examen satisfaisant.
Il se produit habituellement dans les conditions suivantes : les personnes assises autour de la table y placent les mains et font la chaîne : chaque main du médium est tenue par la main adjacente de ses deux voisins, chacun de ses pieds reste sous les pieds des voisins qui pressent en outre ses genoux avec les leurs ; il est comme d'habitude assis à l'un des petits côtés, 2^<^sition la moins favorable pour un soulèvement méca7iique. Au bout de quelques minutes, la table fait un mouvement de côté, se soulève soit à droite, soit à gauche, et tout entière enfin avec les quatre pieds en l'air, horizontalement (comme si elle flottait dans un liquide), ordinairement à une hauteur de 10 ou 20 centimètres (exceptionnellement jusqu'à 60 ou 70 centimètres), puis retombe simultanément sur les quatre pieds [Planche I).
Pl. I, p. 47 LÉVITATION DE TABLE Milan, 1892
M. ScHiAPARELM EusAPiA Le Prof. Brofferio, debout.
par terre. M. ^u Prel, assis.
On remarquera le prolongement Jluidiqiie qtti parait se dégager de la main droite d^Eiisapia.
KXP. DK MlLAiN. 1892. 47
Souvent elle se tient en l'air pendant plusieurs secondes et lait encore, en l'air, des mouvements ondulatoires, pendant lesquels on peut examiner complMement la position des pieds sous la table. Pendant lo soulèvement, la main droite du médium quitte souvent la table, ainsi que celle de son voisin, et se tient en l'air au-dessus. Pendant l'expérience, le visage du médium se convulsé ; ses mains se contractent ; il gémit et semble souffrir, comme en général quand un phénomène va se produire. Pour mieux observer le fait en question, nous avons éliminé i)eu à peu les personnes placées à la table, ayant reconnu que la chaîne formée par plusieurs personnes n'était point nécessaire, ni pour ce phénomène ni pour les autres, et enfin nous n'en avons laissé qu'une seule avec le médium^ placée à sa gauche ; cette personne mettait le pied sur les deux pieds d'Eusapia et une main sur ses genoux, et tenait de l'autre main la main gauche du médium, dont la droite était sur la table, en vue de tous, ou bien le médium la tenait en l'air pendant le soulèvement [Planche I].
Comme la table restait en l'air pendant plusieurs secondes, il fut possible d'obtenir plusieurs photographies du phénomène, chose qui n'avait pas encore été faite. Trois appareils photographiques agissaient ensemble en différents points de la chambre, et la lumière était produite par une lampe de magnésium au moment opportun. On obtint en tout vingt et une photographies dont quelques-unes sont excellentes ; ainsi sur l'une d'entre elles (la première dont on fit l'essai), on voit le professeur Richet qui tient une main, les genoux et un pied du médium, dont le professeur Lombroso tenait l'autre main, et la table soulevée horizontalement, ce que l'on voit
Planche II. - Lévitation de la table, à Milan, en 1892, d'après une photographie instantanée.
Médium : Ecsapia.
Contrôleurs : les professeurs Lombroso et Richet.
dans rintervalle compris entre rcxtrémité de cliaquc pied et l'extrémité de l'ombre portée correspondance [Planche II).
Dans toutes les expériences qui précèdent, nous attachâmes principalement notre attention à bien surveiller la position des mains et des pieds du médium, et, sous ce rapport, nous croyons pouvoir les dire à Tabri de toute objection.
Toutefois, par scrupule de sincérité, nous ne pouvons passer sous silence un fait auquel nous n'avons commencé à prêter attention que le soir du 5 octobre, mais qui probablement a dû se produire aussi dans les expériences précédentes. Il consiste en ceci que les quatre pieds de la table ne pouvaient être considérés comme parfaitement isolés pendant |le soulèvement, parce que l'un d'eux au moins était en contact avec le bord inférieur de la robe du médium.
Ce soir-là, on remarqua qu'un peu avant le soulèvement, la jupe d'Eusapia, du côté gauche, se gonflait jusqu'à venir toucher le pied voisin de la table.
L'un de nous ayant été cliargé d'empêclier ce contact, la table ne put se soulever comme les autres fois, et ceci n'eut lieu que quand l'observateur laissa intentionnellement se produire le contact, qui est manifeste dans les photographies prises de cette expérience, et aussi dans celles oîi le pied en question est visible en quelque façon à son extrémité inférieure. On remarqua qu'en même temps le médium avait la main appuyée sur la face supérieure de la table, et du môme côté, de sorte que ce pied était sous l'influence du médium, tant dans la partie inférieure au moyen de la robe que dans la partie supérieure au moyen de la main.
On ne vérifia point le degré de pression exercé en ce moment sur la table par la main du médium, et on ne put rechercher, vu la brièveté du soulèvement, quelle part d'influence put avoir le contact de la robe (qui paraît se faire latéralement) pour faire soutenir la table (1).
Pour éviter ce contact, on se proposa d'opérer le soulèvement pendant que le médium et ses coopérateurs resteraient debout ; mais ce fut sans succès (2). On essaya aussi de placer le médium à l'un des plus longs côtés de la table, mais le médium s'y opposa en disant que c'était impossible. Nous sommes donc forcés de déclarer que nous n'avons pas réussi à obtenir un soulèvement
(1) Je dois pourtant remarquer, qu'à la toute première séance, lorsque la talole s'était entièrement soulevée en l'air, les deux bras et les deux mains d'Eusapia étaient étendus au-dessus de la table, A-ans la toucher, à une hauteur à peu près de 5 centimètres, ses poings étaient convulsivement fermés et ses bras se tordaient. J'ai bien remarqué cette particularité, et je l'ai immédiatement notée, car jamais encore je n'avais vu un soulèvement de table dans ces conditions. Particularité importante à observer dans les expériences futures.
D'un autre côté, à la séance du 15 octobre, lors de l'expérience avec la table, M. Richet tenait sa main entre les deux mains d'Eusapia, et il m'affirma que, lors du pi-emier soulèvement, c'est à peine si la main d'en bas d'Eusapia touchait à la table, et, lors du second soulèvement, elle ne la touchait pas
du tout.
A. Aksakof.
(2) Sur ma question, pourquoi le soulèvement de la table ne pourrait avoir lieu, si elle (Eusapia) se tenait debout, elle me répondit que pendant la production de ce phénomène les genoux et les pieds lui tremblent à tel point qu'elle ne saurait rester debout, « ce, dit-elle, dont vous pouvez vous assurer même pendant que je suis assise, en me tenant les genoux ». Mais je n'ai pas eu l'occasion de vérifier delà.
A. Aksakof.
complet lie la table avec les quatre pieds absolument libres de tout contact, et il y a des raisons pour craindre qu'un inconvénient analogue n'ait existé dans les soulèvements de deux pieds qui ont lieu du coté du médium.
Maintenant, de quelle façon le contact d'une étoffe légère avec un pied de la table à son extrémité inférieure peut-il aider au soulèvement '^ C'est ce que nous ne saurions dire. L'hypothèse que la robe peut cacher un appui solide, habilement introduit, pour servir de soutien momentané au pied de la table, est peu acceptable.
En effet, pour soutenir la table tout entière sur ce seul pied au moyen de Tactioii que peut produire une seule main sur la face supérieure de la table, cela exige que la main exerce sur la table une pression très forte dont nous ne pouvons supposer Eusapia capable même pendant trois ou quatre secondes.
Nous nous en sommes convaincus en faisant nousmêmes l'épreuve avec la même table (1).
(i) Je dois remarquer que le soulèvement de la table chez Eusapia est tout à fait sui generis, car j'ai vu ce phénomène bien des fois, chez bien des médiums, mais jamais dans ces conditions. J ai fait à ce sujet une expérience parfaitement concluante. En 1876 j'avais invité Mrs Mary Marshall (St-Glair) pour notre comité scientifique ; elle obtenait très facilement le soulèvement complet de la table, en plein jour. Pour avoir ce phénomène, sous conditions absolues, je fis faire un tablier en bois, pour en couvrir les genoux et les pieds du médium: c'était, pour ainsi dire, une boîte sans couvercle, renversée, à laquelle un côté
Bouts des pieds du médium.
Les seuls soulèvements de la table exempts de cette cause d'incertitude seraient ceux dans lesquels les deux pieds les plus éloignés du médium se soulèvent ; mais cette sorte très fréquente de soulèvement est trop facile à produire par une légère pression de la main du médium sur le côté oii il est placé, et on ne peut leur accorder la moindre valeur probante. Il en est de même des cas de soulèvements latéraux, sur les deux pieds placés à droite ou à gauclie du médium, qu'il peut aisément produire par la simple pression d'une seule main.
d) Variation de la pression exercée par tout le corps du médium assis dans une balance.
L'expérience présentait beauconp d'intérêt, mais aussi beaucoup de difficulté, parce que l'on comprend que tout
était enlevé. Quand le médium était assis sur une chaise, cette boîte, par le côté enlevé, était poussée sur le médium, de façon que la chaise, [avec les genoux, les pieds, et toute la jupe étaient couverts par la boite. Seulement sur le devant il y avait, près du plancher, une ouverture de 2 pouces, pour que les bouts des souliers du médium puissent en ressortir, car alors même je considérai qu'un certain espace, pour l'action fluidiqne présumée, devait être laissé libre. En outre, sur les deux côtés de la boîte, à droite et à gauche, au niveau du plancher, reposant sur le parquet même, étaient assujetties deux planches, pour que les voisins du médium pussent y poser leurs pieds et de cette façon prévenir tout soulèvement de la boîte par les pieds du médium. Dans ces conditions, nos yeux fixés sur les bouts des souliers du médium, nous obtînmes plusieurs fois le soulèvement complet de la table. Comme témoins, je puis nommer les professeurs Boutleroff et Wagner.
Je dois encore ajouter qu'à une des séances auxquelles M. Richet avait assisté, le soulèvement complet de la table se produisit quand les deux pieds d'Eusapia, chacun à part, avaient été attachés par deux ficelles, dont les bouts courts avaient été cachetés au plancher, tout près de chaque pied.
A. ÂESAKOF.
mouvement volontaire ou non du médium, sur la plateforme de la balance, peut causer des oscillations de cette plate-forme et, par suite, du levier. Pour que l'expérience fut concluante, il fallait que le levier, une fois dans sa nouvelle position, y restât quelques secondes pour permettre de mesurer le poids par le déplacement du contrepoids. On fit l'essai avec cette espérance. Le médium fut placé sur la balance, assis sur une chaise, et l'on trouva un poids total de G2 kilogrammes.
Après quelques oscillations, il se produisit un abaissement très prononcé du levier pendant plusieurs secondes, ce qui permit à M. Gerosa, placé près du levier, de mesurer le poids immédiatement : il était 52 kil., ce qui indiquait une diminution de pression équivalente à 10 kil.
Sur le désir exprimé par nous d'obtenir le phénomène inverse, l'extrémité du levier ne tarda pas à s'élever en indiquant alors une augmentation de 10 kilogr. Cette expérience fut répétée plusieurs fois, et dans cinq séances différentes : une fois elle ne donna pas de résultats, mais la dernière fois un appareil enregistreur a permis d'obtenir deux courbes du phénomène.
Nous essayâmes de reproduire nous-mêmes de semblables dépressions, et nous ne pûmes y réussir qu'en nous tenant tout debout sur la plate-forme, et appuyant alors soit d'un côté soit de l'autre, près du bord, avec des mouvements assez amples que nous n'avions jamais observés chez le médium et que n'aurait pas permis sa position sur la chaise. Toutefois, reconnaissant que l'on ne pouvait déclarer l'expérience absolument satisfaisante, nous l'avons complétée par celle qui va être décrite à l'Art. 3.
Dans cette expérience de la balance, quelques uns d'entre nous remarquèrent que son succès dépendait probablement du contact de la robe du médium avec le plancher, sur lequel était directement placée la balance. Cela fut vérifié par un observateur spécialement préposé, le soir du 9 octobre. Le médium étant sur la balance, celui d'entre nous qui était chargé de surveiller ses pieds vit bientôt le bord inférieur de sa robe s'allonger jusqu'à pendre en bas de la plate-forme. Tant que l'on s'opposa à cette opération (qui certainement n'était pas produite par les pieds du médium), la lévitation n'eut pas lieu, mais dès qu'il fut permis au bas de la robe d'Eusapia de venir toucher le plancher, on vit se produire une lévitation répétée et évidente, qui fut indiquée par une superbe courbe sur le cadran enregistreur des variations de poids.
Une autre fois nous essayâmes d'obtenir la lévitation du médium, en le plaçant sur une large planche à dessin, et celle-ci sur la plate-forme. La planche empêcha le contact de la robe avec le plancher et l'expérience ne réussit pas.
Enfin, le soir du 12 octobre, on prépara une autre balance en forme de peson avec une plate-forme bien isolée du plancher et distante de celui-ci d'environ 30 centimètres. Comme on veillait soigneusement à empêcher tout contact fortuit entre la plate-forme et le plancher, même par le bord de la robe d'Eusapia, Texpérience manqua. Pourtant, dans ces conditions, nous crûmes obtenir quelques résultats le 18 octobre ; mais cette fois l'expérience ne fut pas concluante^ car nous conservâmes le doute qu'une mantille, dont Eusapia voulut envelopper sa tête et ses épaules, avait touché
BXP. DE MILAN. 1892. 55
le sommet de la balance, pendant l'incessante agitation du médium.
Nous en concluons que pas une lévitation ne nous a réussi, quand le médium était parfaitement isolé du plancher.
Art. 2. — Mouvements mécaniques avec contact indi" rect des mains du médium, dans des conditions à rejidre impossible leur action mécanique.
a) Mouvement horizontal de la table, le médium ayant les mains sur une tablette placée sur trois billes ou sur quatre roulettes.
Pour cette expérience, aussi concluante que difficile, les pieds de la tables furent munis de roulettes. Une tablette, longue de 42 centimètres, large de 32, fut posée sur trois billes de bois de 4 centimètres de diamètre placées sur la table. Le médium fut invité à poser les mains sur le milieu de la tablette ; ses manches furent relevées jusqu'au-dessus des coudes ; ses voisins mirent les pieds sur les siens et appuyèrent leurs genoux contre les siens, formant ainsi avec leurs jambes touchant d'un côté celles du médium deux angles dans l'ouverture des quels se trouvaient isolés les deux pieds intéressants de la table. Dans ces conditions, la table se mut plusieurs fois en avant et en arrière, à droite et à gauche, parallèlement à elle-même, de 10 à 12 centimètres, en même temps que la tablette, qui, bien qu'elle fût sur des billes, paraissait former un seul tout avec la table.
Dans une seconde expérience du même genre, les billesqui, au début du pliénomène, s'échappaient facilement de dessous la tablette, furent remplacées par
SG PREMIÈRE PAREIE
quatre roulettes mobiles, attachées par des pivots aux quatre angles de la tablette, ce qui donnait plus de stabilité à l'appareil, sans en rendre les mouvements plus difficiles. Le résultat fut le même que dans le cas précédent.
b) Soulèvement latéral de la table avec trois billes ou quatre roulettes et une tablette interposées entre la table et les mains du médium.
Ce phénomène, déjà obtenu dans la première expérience, fut répété avec la tablette à roulettes dans les conditions ci-dessus détaillées. La table se souleva complètement du côté du médium et sous ses mains, en même temps que la tablette à billes ou à roulettes, à une hauteur de 10 ou 15 centimètres, sans nul déplacement de la tablette, et retomba avec elle.
Par cette expérience on obtint la preuve ùicontestable que les mouvements latéraux et verticaux de la table peuvent s'obtenir, indépendamment d'un effort quelconque des mains du médium. Dans ce cas, la surveillance ne s'est exercée que sur les mains du médium ; la table étant entourée de plusieurs personnes, il n'était pas facile de vérifier si, entre les pieds de la table et la robe du médium, il y avait quelque contact, qui dans d'autres expériences semblait être une condition indispensable du succès. La même observation s'applique à l'expérience rapportée un peu plus loin à l'article 3.
Pour enlever tout motif de doute à ce sujet, on avait préparé une garniture de carton qui, enveloppant le médium et sa chaise, en forme de cylindre vertical, le protégeait de tout contact extérieur depuis le plancher jusqu'à une hauteur de 60 centimètres environ. Mais le médium, à peine le vit-il, déclara que l'obligation de s'y
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tenir enferme lui aurait enlevé toute puissance. C'est pourquoi nous fûmes obligés d'y renoncer. Une seule fois nous en fîmes usa^e, mais dans des circonstances qui en rendaient l'emploi presque superflu.
Art. 3. — Mouvements d'objets à distance, sans aucun contact avec une des perso7i7ies préseyites.
a) Mouvements spontanés d'objets.
Ces phénomènes ont été observés à plusieurs reprises pendant nos séances ; fréquemment une chaise placée dans ce but non loin de la table, entre le médium et un de ses voisins, se mit en mouvement et quelquefois s'ap[)rocha de la table. Un exemple remarquable se produisit dans la seconde séance, toiij ours en plei7ie lumière : une lourde chaise (10 kilogr.). qui se trouvait à 1 mètre de la table et derrière le médium, s'approcha de M. SchiapareUi, qui se trouvait assis près du médium : il se leva pour la remettre en place, mais à peine s'étaitil rassis que la chaise s'avança une seconde fois vers lui.
b) Mouvement de la table sans contact.
Il était désirable d'obtenir ce phénomène par voie d'expérience.
Pour cela la table fut placée sur des roulettes, le pieds du médium furent surveillés comme il a été dit à l'Art. 2, et tous les assistants firent la chaîne avec les mains, y compris celles du médium. Quand la table se mit en mouvement, nous soulevâmes tous les mains sans rompre la chaîne, et la table ainsi isolée fit plusieurs mouvements, comme dans la seconde expérience. Cette expérience fut renouvelée plusieurs fois.
c) Mouvement du levier de la balance à bascule.
Cette expérience fut faite pour la première fois dans la séance du 21 septembre.
Après avoir constaté l'influence que le corps du médium exerçait sur la balance, pendant qu'il s'y tenait assis, il était intéressant de voir si cette expérience pouvait réussir à distance. Pour cela la balance fut placée derrière le dos du médium assis à la table, de telle sorte que la plate-forme fiit à 10 centimètres de sa chaise.
On mit, en premier lieu, le bord de sa robe en contact avec la plate-forme : le levier commença à se mouvoir. Alors M. Brofferio s'approcha et tint le bord avec la main : il constata qu'il n'était pas du tout tendu, puis il reprit sa place.
Les mouvements continuant avec assez de force, M. Aksakof vint se placer derrière le médium, isola complètement la plate-forme du bord de sa robe, replia celui-ci sous la chaise et s'assura avec la main que l'espace était bien libre entre la plate-forme et la chaise, ce qu'il nous fit connaître aussitôt. Pendant qu'il restait dans cette position, le levier continuait à se mouvoir et à battre contre la barre d'arrêt, ce que nous avons tous vu et entendu.
Une seconde fois la même expérience fut faite dans la séance du 2G septembre, devant le professeur Richet. Quand, après une certaine attente, le mouvement du levier se produisit à la vue de tous, battant contre l'arrêt, M. Richet quitta aussitôt sa place auprès du médium et s'assura, en passant la main en l'air et par terre, entre le médium et la plate-forme, que cet espace était libre de toute communication, de toute ficelle ou artifice.
Art. 4. — Coups et reproductiotis de so7is dan>< la table.
Ces coups se sont toujours produits pendant nos séances, pour exprimer oui ou no7i ; quelquefois ils étaient forts et nets, et semblaient résonner dans le bois de la table, mais, comme on l'a remarqué, la localisation du son n'est pas chose facile, et nous n'avons pu essayer sur ce point aucune expérience, à l'exception des coups rythmés ou des divers frottements que nous faisions sur la table, et qui semblaient se reproduire ensuite dans Vintèriear de la table, mais faiblement.
PHÉNOMÈNES OBSERVÉS DANS l'oBSCURITÉ
Les phénomènes observés dans l'obscurité complète se produisirent pendant que nous étions tous assis autour de la table, faisant la chaîne (au moins pendant les premières minutes). Les mains et les pieds du médium étaient tenus par ses deux voisins. Invariablement, les choses étant en cet état, ne tardèrent pas à se produire les faits les plus variés et les plus singuliers, que dans la pleine lumière nous aurions en vain désirés. L'obscurité augmentait évidemment la facilité de ces manifestations, que l'on peut classer comme il suit :
1. Coups sur la table sensiblement plus forts que ceux qyCon entendait en pleine lumière sous ou dans la table. Fracas terrible, comme celui d'un grand coup de poing ou d^un fort soufflet donné sur la table.
2. Chocs et coups frappés contre les chaises des voisins du médium, parfois assez forts pour faire tourner la chaise avec la personne. Quelquefois, cette personne se soulevant, sa chaise était retirée.
3. Transport sur la table d'objets divers, tels que des chaises, des vêtements et d'autres choses, quelquefois « éloignés de plusieurs mètres » et pesant « plusieurs kilogrammes ».
4. Transport dans Vair d'objets divers, d'instruments de musique, par exemple ; percussions et sons
produits par ces objets.
5. Transport sur la table de la personne du médium, avec la chaise sur laquelle il était assis.
6. Apparition de points phosphorescents de très courte durée (une fraction de seconde) et de lueurs, notamment de disques lumineux de quelques millimètres de diamètre qui quelquefois se dédoublaient, d'une durée également courte.
7. Bruit de deux 7nai7is qui frappaîeîit en Vair l'une contre l'autre.
8. Souffles d'air sensibles, comme un léger vent limité à un petit espace.
9. Attouchements produits par une main jnysiérieuse, soit sur les parties vêtues de notre corps, soit sur les parties nues (^visage et maiiis) ; et daiis ce dernier cas on éprouve exactement cette sensation de contact et de chaleur que produit une main humaine. Parfois on perçoit réellement de ces attouchements, qui produisent un bruit correspondant.
10. Vision d'une ou de deux mains projetées sur un papier phosphorescetit, ou sur une fenêtre faiblement éclairée.
BXr. HE MILAN. 1892. 61
11. Divers ouvrages effectués par ces mains : nœuds faltset défaits, traces decrayon (selon toute apparence), laissées stir xme feuille de papier ou autre part. Empreintes de ces mai^is sur une feuille de papiernoircie.
12. Contact de nos mains avec une figure mystérieuse « qui n'est certainement pas celle du médiu7n ».
Tous ceux qui nient la possibilité des phénomènes médianimiques essaient d'expliquer ces faits en supposant que le médium a la faculté (déclarée impossible par le professeur Richet) de voir dans l'obcurité complète où se faisaient les expériences, et que celui-ci, par un habile artifice, en s'agitant de mille manières dans l'obscurité, finit par faire tenir la même main par ses deux voisins, en rendant l'autre libre pour produire les attouchements, etc. Ceux d'entre nous qui ont eu l'occasion d'avoir en garde les mains d'Eusapia sont obligés d'avouer que celle-ci ne se prêtait assurément pas à faciliter leur surveillance et à les rendre à tout instant sûrs de leur fait.
Au moment où allait se produire quelque phénomène important, elle commençait à s'agiter de tout son corps, se tordant et essayant de délivrer ses mains, surtout la droite, comme d'un contact gênant. Pour rendre leur surveillance continue, ses voisins étaient obligés de suivre tous les mouvements de la main fugitive, opération pendant laquelle il n'était pas rare de perdre son contact pendant quelques instants, juste au moment où il était le plus désirable de s'en bien assurer. Il n'était pas toujours facile de savoir si l'on tenait la main droite ou la main gauche du médium.
Pour cette raison, beaucoup des manifestations très
nombreuses, observées dans l'obscurité, ont été considérées comme d'une valeur démonstrative insuffisante, quoiqu'en réalité probable; aussi les passerons-nous sous silence, exposant seulement quelques cas sur lesquels on ne peut avoir aucun doute, soit à cause de la certitude du contrôle exercé, soit ^d^:V impossibilité manifeste qu'ils fussent l'œuvre du médium.
K) Apports de différents objets, pendant que les mains du médium étaient attachées à celles de ses voisins.
Pour nous assurer que nous n'étions pas victimes d'une illusion, nous attachâmes les mains du médium à celles de ses deux voisins, au moyen d'une simple ficelle de 3 millimètres de diamètre, de façon que les mouvements des quatre mains se contrôlassent réciproquement. La longueur de la corde entre les mains du médium était de 20 à 30 centimètres, et entre chacune des mains du médium et les mains de ses voisins, de 10 centimètres, espace ménagé afin que les mains des voisins pussent en outre tenir facilement celle du médium, pendant les mouvements convulsifs qui l'agitaient.
L'attache fut faite de la façon suivante : autour de chaque poignet du médium on fit trois tours de ficelle, sans laisser de jeu, serrés presque au point de lui faire mal, et ensuite on fit deux fois un nœud simple. Ceci fut fait pour que, si par quelque artifice la main avait pu se dégager de la ficelle, les trois tours se défissent aussitôt et que la main ne pût s'y replacer en reconstituant l'attache initiale.
Une sonnette fut placée sur une chaise, derrière le médium. On fit la chaîne, et les mains du médium fu-
rent en outre tenues comme d'habitude, ainsi que ses pieds. On fit l'obscurité, en exprimant le désir que la sonnette tintât immédiatement ; après quoi nous aurions détaché le médium. Immédiatement, nous entendîmes la chaise se mouvoir, décrire une courbe sur le sol, s'approcher de la table et bientôt se placer sur celle-ci. La sonnette tinta, puis fut projetée sur la table. Ayant fait brusquement la lumière, on constata que les nœuds étaient dans un ordre parfait. Il est clair que l'apport de la chaise n'a put être produit par l'action des mains du médium, pendant cette expérience qui ne dura en tout que 10 minutes (1).
B) Empreintes de doigts obtenues sur du papier enfumé.
Pour nous assurer que nous avions vraiment affaire à une main humaine, nous fixâmes sur la table, du côté opposé à celui du médium, une feuille de papier noirci avec du noir de fumée, en exprimant le désir que la main y laissât une empreinte, que la main du médium restât propre et que le noir de fumée fût transporté sur
(1) Gomme un exemple d'apport d'objet à distance, sous conditions absolument probantes, je puis mentionner ici le fait suivant : A la séance du 26 septembre, la première à laquelle assistait M. Richet, le médium avait évidemment à cœur de le convaincre de sa bonne foi : ainsi, pour une expérience dans l'obscurité, il ôta ses souliers et mit ses deux 2neds sur les genoux de M. Richet et ses deux mains dans ses mains. Sous ces conditions, parmi autres choses (attouchement, mouvement de chaises, etc.), un tambourin qui était placi^ sur une chaise, — se trouvant derrière le médium, à une distance de près de 75 centimètres — fut enlevé en l'air, porté au-dessus des têtes des assistants, avec percussions dessus comme par une main ; appuyé légèrement sur la tête de M. Richet, et jeté sur la table.
Â. Aksakof.
une de nos mains. Les mains du médium étaient tenues par celles de MM. Schiaparelli et Du Prel. On fit la chaîne et l'obscurité ; nous entendîmes alors une main frapper légèrement sur la table, et bientôt M. Du Prel annonça que sa main gauche, qu'il tenait sur la main droite de M. Finzi, avait senti des doigts qui la frottaient.
Ayant fait la lumière, nous trouvâmes sur le papier plusieurs empreintes de doigts, et le dos de la main de M. Du Prel teint de noir de fumée, dont les mains du médium, examinées immédiatement, ne portaient aucune trace. Cette expérience fut répétée trois fois, en insistant pour avoir une empreinte complète : sur une seconde feuille, en obtint cinq doigts, et sur une troisième l'empreinte d'une main gauche presque entière. Après cela, le dos de la main de M. Du Prel était complètement noirci, et les mains du médium parfaitement nettes.
C) Apparition de mains sur un fond légèrement éclairé.
Nous plaçâmes sur la table un carton enduit d'une substance phosphorescente (sulfure de calcium) et nous en plaçâmes d'autres sur les chaises en différents points de la chambre. Dans ces conditions nous vîmes très bien le profil d'une main qui se posait sur le carton de la table ; et, sur le fond formé par les autres cartons, on vit l'ombre de la main passer et repasser autour de nous.
Le soir du 21 septembre l'un de nous vit à plusieurs reprises, non pas une, mais deux 7nains à la fois, se projeter sur la faible lumière d'une fenêtre, fermée seu-
leinent par des carreaux (au dehors il faisait nuit, mais ce n'était pas l'obscurité absolue). Ces mains s'agitaient rapidement, pas assez pourtant pour qu'on n'en pût distinguer nettement le profil. Elles étaient complètement opaijues et se projetaient sur la fenêtre en silhouettes absoluinont noires (l). Il ne fut pas possible à l'observateur de porter un jugement sur lesbras auxquels ces maius étaient attachées, parce qu'une petite partie seulement de ces bras, voisine du poignet, s'interposait devant la faible clarté de la fenêtre, dans l'endroit où l'on pouvait l'observer.
(1) A la séance du 23 septembre, pendant robscurité, M. Schiaparelli tenait la main gauche du médium, moi sa main droite dans ma main gauche. Dans cette même main je tenais une montre qui venait d'y être mise par la main mystérieuse . bientôt cette main veut la reprendre : je ne la rends pas ; une lutte intéresnante s'engage entre mes doigts, qui tiennent la montre, et les doigts de la main mystérieuse, petits et forts, dans lesquels il me semblait reconnaître (tant que cela était possible dans ces conditions) le double de la main du médium ; impression qui me sembla être complétée et confirmée par l'apparition de la main mystérieuse à ia lumière, à la séance du 6 octobre; pendant que cette lutte avait lie , et elle fut recommencée à deux reprises, j'interrogeai M. Schiaparelli plusieurs fois pour m'assurer qu'il avait bien dans ses mains la main du médium. Je fais ici mention de tout cela pour dire que pendant cette lutte, — comme pour cette fois c'était moi qui étais assis en face de la fenêtre, — je vis sur le fond faiblement éclairé de cette fenêtre, à deux reprises, s'abaissant de haut en bas vers la table, venant du côté du médium, quelque chose comme un bras, et ensuite quelque chose de grand et rond, comme une tête, et le médium, de son côté, chaque fois, me demandait : (i Voyez-vous? » Mais, ce qui est curieux, c'est que ce quelque chose n'était pas noir et opaque (comme dans les observations de M. Schiaparelli), mais à demi transparent, vaporeux, ou (dans la terminologie spirilique) fluidique, à contours indéfinis.
A. Aksakof.
Ces phénomènes d'apparition simultanée de deux mains sont très significatifs parce que l'on ne peut les expliquer par l'hypothèse d'une supercherie du médium, qui n'aurait pu en aucune façon en rendre libre plus d'une seule, grâce à la surveillance de ses voisins. La même conclusion s'applique au battement des deux mains l'une contre l'autre, qui fut entendu plusieurs fois dans l'air, pendant le cours de nos exiiérences.
D) Enlèvement du médium sur la table.
Nous plaçons parmi les faits les plus importants et les plus significatifs cet enlèvement qui s'est affectué deux fois-, le 23 septembre et le 3 octobre : le médium, qui était assis à un bout de la table, faisant entendre de grands gémissements, fut soulevé avec sa chaise et placé avec sur la table, assis dans la même position, ayant toujours les mains tenues et accompagnées par ses voisins.
Le soir du 28 septembre, le médium, tandis que ses deux mains étaient tenues par MM. Richet et Lombroso, se plaignit de mains qui le saisissaient sous les bras, puis, dans un état de transe, il dit d'une voix changée qui lui est ordinaire dans cet état : « Maintenant j'apporte mon médium sur la table. » Au bout de deux ou trois secondes, la chaise, avec le mMium qui y était assis, fut, non pas jetée, mais soulevée avec précaution et déposée sur la table, tandis que MM. Richet et Lombroso sont sûrs de n'avoir aidé en rien à cette ascension par leurs propres efforts. Après avoir parlé, toujours en état de tra?ise, le médium annonça sa descente, et, M.Finzi s'étant substitué à M. Lombroso, le médium fut déposé à terre avec autant de sûreté et de précision,
BXr. DE MILAX.
tandis que MM. Rkiiot et Finzi accompagnaient, sans les aider en rien, les mouvements des mains et du corps, et s'interrogeaient à chaque instant sur la position des mains.
En outre, pendant la descente, tous deux sentirent à plusieurs reprises une main qui les touchait légèrement sur la tète. Le soir du 3 octobre, le même phénomène 'se renouvela dans des circonstances assez analogues, MM. Du Prel et Finzi se tenaient à côté du médium.
E) Attouchements.
Quelques-uns méritent d'être notés particulièrement, à cause d'une circonstance capable de fournir quelque notion intéressante sur leur origine possible ; et d'abord il faut noter les attouchements qui furent sentis par les personnes placées hors de la portée des mains du médium.
Ainsi, le soir du G octobre. M, Gerosa, qui se trouvait à la distance de trois places du médium (environ 1"', 20, le médium étant un petit côté et M. Gerosa à l'un des angles adjacents au petit côté opposé), ayant élevé la main pour qu'elle fût touchée, sentit plusieurs fois une main qui frappait la sienne pour l'abaisser, et, comme il persitait, il fut frappé avec une trompette, qui un peu auparavant avait rendu des sons en l'air.
En second lieu, il faut noter les attouchements qui constituent des opérations délicates, qu'on ne peut faire • dans l'obscurité avec la précision que nous leur avons remarquée.
Deux fois (16 et 21 septembre) M. Schiaparelli eut ses lunettes enlevées et placées devant une autre per-
sonne sur la table. Ces lunettes sont fixées aux oreilles au moyen de deux ressorts, et il faut une certaine attention pour les enlever, même pour celui qui opère en pleine lumière. Elles furent pourtant enlevées dans l'obscurité complète, avec tant de délicatesse et de promptitude que le dit expérimentateur ne s'en aperçut seulement qu'en ne sentant plus le contact habituel de ses lunettes sur son nez, sur les tempes et sur les oreilles, et il dut se tâter avec les mains pour s'assurer qu'elles ne se trouvaient plus à leur place habituelle.
Des effets analogues résultèrent de beaucoup d'autres attouchements, exécutés avec une excessive délicatesse, par exemple, lorsqu'un des assistants se sentit caresser les cheveux et la barbe.
Dans toutes les innombrables manœuvres exécutées par les mains mystérieuses, il n'y eut jamais à noter une maladresse ou un choc, ce qui est ordinairement inévitable pour qui opère dans l'obscurité.
Celle-ci était, dans la plupart des cas (sauf une ou deux exceptions déjà mentionnées), aussi complète que possible, et on ne peut admettre que ni le médium, ni personne pût voir, même vaguement et confusément, le profil des personnes assises autour de la table.
Ou peut ajouter, à cet égard, que des corps assez lourds et volumineux, comme des chaises et des vases pleins d'argile, furent déposés sur la table, sans que jamais ces objets aient rencontré une des nombreuses mains appuyées sur cette table, ce qui était particulièrement difficile pour les chaises qui, parleurs dimensions, occupaient une grande partie de la table. Une chaise fut renversée en avant sur la table et placée dans sa Ion-
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gucur, sans faire de mal à personne, de telle sorte qu'elle occupait presque toute la table.
F) Contacts avec une figure humaine.
L'un de nous ayant exprimé le désir d'être embrassé, sentit devant sa propre bouche le bruit rapide d'un baiser, mais non pas accompagné d'un contact de lèvres ; cela se produisit deux fois (21 septembre et f"" octobre). En trois occasions différentes, il arriva à l'un des assistants de toucher une figure humaine ayant des cheveux et de la barbe; le contact de la peau était absolument celui d'une figure d'homme vivant, les cheveux étaient beaucoup plus rudes et hérissés que ceux du médium, et la barbe, au contraire, paraissait très fine (1", 5 et 6 octobre) (1).
G) Sons de trompette.
Le soir du 6 octobre, nous avions placé une trompette derrière le médium et derrière la tenture. Tout d'un coup nous l'entendîmes sonner plusieurs notes derrière nos tètes. Ceux qui étaient à côté du médium furent à même de s'assurer que le son n'arrivait certainement pas dans sa direction. La trompette transportée sur la table, dans la partie opposée au médium.
H) Expériences de Zôllner sur la pénétration d'un solide à travers un autre solide,
(1) La main de l'observateur quL ne tenait pas celle d'Eusapia, fut prise par la main mystérieuse et levée en l'air, au-dessus de la table, où elle put toucher le AÙsage en question. Ledit expérimentateur, M. Schiaparelli, me communiqua un détail intéressant sur la main qui tenait la sienne : pendant tout ce temps il lui semblait que la main qui le tenait dtuii dans un état de vibration continuelle. A. Aksakof.
On connaît les célèbres expériences par lesquelles l'astronome Zollner a tenté de prouver expérimentalement l'existence d'une quatrième dimension de l'espace, laquelle, d'après sa manière de voir, aurait pu servir de base à une théorie acceptable de beaucoup de phénomènes médianimiques.
Quoique nous sachions bien que, selon une opinion très répandue, Zollner a pu être victime d'une mystification fort habile, nous avons cru très important d'essayer une partie de ses expériences avec l'aide M™' Eusapia. Une seule d'entre elles qui aurait réussi, avec les précautions voulues, nous aurait récompensé avec usure de toutes nos peines et nous aurait donné une preuve évidente de la réalité des faits médianiques, même aux yeux des contradicteurs les plus obstinés. Nous avons essayé successivement trois des expériences de Zollner, savoir :
1° L'entre-croisement de deux anneaux solides (de bois ou de carton) auparavant séparés ;
2° La formation d'un nœud simple sur une corde sans fin ;
3° La pénétration d'un objet solide, de l'extérieur à l'intérieur d'une boîte fermée, dont le clef était gardée en main sûre.
Aucune de ces tentatives n'a réussi. Il en fut de même d'une autre expérience qui aurait été non moins probante : celle du moulage de la main mystérieuse dans de la paraffine fondue.
Un seul fait qui, s'il était certain, pourrait être considéré comme appartement à cette catégorie, se produisit dans la séance du 21 septembre, mais malheureusement sans que nous fussions prévenus ; il manqua donc, pen-
EXP. DK MILAN.
dant la durée du phénomène, cette surveillance continuelle qui est plus ([ue nécessaire. L'un de nous ayant, au début do la séance, déposé son pardessus sur une chaise, hors de la portée du médium, on vit apporter, à la fin de séance, sur un carton phosphorescent placé sur la table, divers objets que le propriétaire du pardessus reconnaissait bientôt comme provenant d'une poche intérieure de ce vêtement : puis le médium commença à se lamenter, se plai.ynant de quelque chose qu'on lui avait mis autour de cou et qui l'étranglait.
Quand la lumière reparut, nous ne trouvâmes plus le pardessus à sa place j)remière, mais en reportant notre attention sur le médium, qui était somnolent et de mauvaise humeur, nous nous aperçûmes qu'il avait sur le dos le pardessus en question, et les deux bras enfilés dans les deux manches. Pendant la séance, les mains et les pieds du médium restèrent toujours sous le contrôle des deux voisins, comme de coutume.
On comprend combien ici, plus que dans toute autre occasion, la confiance dans la production d'un phénomène aussi remarquable repose tout entière sur la sûreté et la continuité du contrôle des deux mains : or, comme le phénomène fut tout à fait inattendu, l'attention des voisins du médium n'avait pu se concentrer d'une manière continuelle sur la surveillance à exercer : ces deux expérimentateur.-^ ont dû déclarer qu'ils ne croyaient pas avoir quitté la main qu'ils tenaient ; mais n'ayant pas (à cause de toutes les distractions causées par les phénomènes produits) tenu toujours leur attention fixée uniquement sur ce point, on doit admettre comme possible (mais non pas comme probable) qu'ils
avaient momentanément laissé le médium libre sans s'en apercevoir (1).
PHÉNOMÈNES PRÉCÉDEMMENT OBSERVÉS DANS l'obSCURITÉ, OBTENUS ENFIN A LA LUMIÈRE. AVEC LE MÉDIUM EN VUE
Il restait, pour arriver à une entière conviction, à essayer d'obtenir les phénomènes importants de l'obscurité, sans cependant perdre de vue le médium. Puisque l'obscurité est, à ce qu'il semble, assez favorable à leur manifestation, il fallait laisser l'obscurité aux pliénomènes et maintenir la lumière pour nous et le médium. Pour cela voici comment nous'procédâmesdans la séance du 6 octobre : une portion d'une chambre fut séparée de l'autre au moyen d'une tenture, pour qu'elle restât dans l'obscurité : et le médium fut placé assis sur une chaise devant l'ouverture de la tenture, ayant le dos dans la partie obscure; les bras, les mains, le visage et les pieds dans la partie éclairée de la chambre.
Derrière la tenture on plaça une petite chaise avec une sonnette, à un demi-mètre à peu près de la chaise du médium, et^ sur une autre chaise plus éloignée, on plaça un vase plein d'argile humide, parfaitement unie à la surface. Dans la partie éclairée nous fîmes cercle au-
(1) Il faudrait encore admettre que les deux mains du médium aient été abandonnées par ses A'oisins en même temps, et que le médium, en outre, ait abandonné sa chaise pour aller prendre le paletot, qui était mis sur une chaise éloignée. Tout ceci est déjà plus qu'improbable.
A. Aksakof.
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lourde la table qui fut placée devant le médium. Les mains de celui-ci furent toujours tenues par ses voisins, MM. Scliiaparelli et Du Prcl. Le chambre était éclairée par une lanterne à verres rouges, placée sur une autre table. C'était la première fois que le médium était soumis à ces conditions.
Bientôt les phénomènes commencèrent. Alors, à la lumière d'une bougie sans verre rouge, nous vîmes la tenture se gonfler vers nous ; les voisins du médium opposant leurs mains à la tenture, sentirent une résistance : la chaise de l'un d'eux fut tirée avec violence, puis cinq coups y furent fra[ipés, ce qui signifiait que l'on demandait moins de lumière. Alors nous allumâmes, à la place de la bougie, la lanterne rouge, en la protégeant en outre en partie avec un écran ; mais, peu après. nous pûmes enlever cet écran après avoir placé la lanterne sur notre table, devant le médium. Les bords de l'orifice de la tenture furent fixés aux angles de la table, et à la demande du médium, rapprochés au-dessus de sa tête à l'aide d'épiugles ; alors, sur la tète du médium, quelque chose commença à apparaître à plusieurs reprises. M. Aksakof se leva, mit la main dans la fente de la tenture au-dessus de la tête du médium, et annonça bientôt que des doigts le touchaient à plusieurs reprises, puis sa main fut attirée à travers la tenture ; enfin il sentit que quelque chose venait lui repousser la main ; c'était la petite chaise ; il la tint, puis la chaise fut de nouveau reprise et tomba à terre. Tous les assistants mirent la main dans l'ouverture, et sentirent le contact des mains. Dans le fond noir de cette ouverture, audessus de la tête du médium, les lueurs bleuâtres habituelles apparurent plusieurs fois : M. Schiaparelli fut
touclié fortement à travers la tenture sur le dos et au côté; sa tête fut recouverte et attirée dans la partie obscure, tandis que, de la main gauche, il tenait toujours la droite du médium, et, de la main droite, la gauche de M. Finzi.
Dans cette position, il se sentit toucher par des doigts nus et chauds, vit des lueurs décrivant des courbes dans l'air et éclairant un peu la main ou le corps dont ils dépendaient. Puis il reprit sa place, et alors une main commença à apparaître à l'ouverture sans être retirée aussi rapidement, et, par conséquent, fût perçue plus distinctement. Le médium n'ayant encore jamais vu cela, leva la tête pour regarder, et aussitôt la main lui toucha le visage. M. Du Prêt, sans lâcher la main du médium, passa la tète dans l'ouverture, au-dessus de la tête du médium, et aussitôt il se sentit touché fortement en différentes parties et par plusieurs doigts. Entre les deux têtes la main se montra encore.
M. Du Prel reprit sa place, et Aksakof présenta un crayon dans l'ouverture; le crayon fut pris par la main et ne tomba pas ; puis, un peu après, il fut lancé à travers la fente sur la table. Une fois, apparut un poing fermé au-dessus de la tête du médium ; j^uis ce poing s'ouvrit lentement et nous fit voir la main ouverte avec les doigts écartés.
Il est impossible de compter le nombre de fois que cette main apparut et fut touchée par l'un de nous ; il suffit de dire qu'aucun doute n'était plus possible : c'était véritablement une main humaine et vivante que nous voyions et touchions, pendant qu'en même temps le buste et les bras du médium restaient visibles, et que ses mains étaient tenues par ses deux voisins. A la fin
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de la séance, M. Du Prel passa le premier dans la partie obscure, et nous annonça une empreinte dans l'argile, en effet nous constatâmes que celle-ci était déformée par une profonde éraflurc de cinq doigts appartenant à la main droite (ce qui expliciua ce fait, qu'un morceau d'argile avait été jeté sur la table, à travers l'orifice de la tenture, vers la fin de la séance), preuve permanente que nous n'avions pas été hallucinés.
Ces faits se répétèrent encore plusieurs fois, sous la même forme ou sous une forme très peu différente, dans les soirées des 9, 13, 15, 17, et 18 octobre. Souvent la position de la main mystérieuse ne permettait pas de supposer qu'elle appartînt au médium ; toutefois, pour plus de certitude, le soir du 15, nous attachâmes à sa main gauche un ruban 'de caoutchouc qui enveloppait séparément les doigts; elle permettait donc, à tout moment, de distinguer celle des deux mains que chacun des deux voisins avait en garde.
Certaines de ces apparitions se produisirent dans les soirées du 15 et du 18 (quoique avec moins d'intensité) sous le contrôle rigoureux et solennellement attesté par eux, de MM- Richet et Schiaparelli ; tous deux apportèrent une attention toute spéciale à cette partie de nos expériences où un contrôle sûr était, comme toujours, assez difficile à réaliser, parce que le médium agitait sans cesse les mains, et, au lieu de les tenir sur la table en vue de tous, les tenait abaissées sur mes genoux.