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LES EXPERIENCES DE CAMBRIDGE EN AOUT

I. — Analyse d'une communication faite à la 75e as. semblée Générale de la Société des Recherches psychiques de Londres.

Au mois d'août 1793, Eusapia se rendit à Cambridge et resta plusieurs semaines dans la maison de M. Myers pour être soumise à l'expérimentation d'un certain nombre de membres de la Société des Recherches psychiques de Londres.

Ces expériences réussirent fort mal. Eusapia fut malade. MM. Sidgwig et M. Hodgson insistèrent de nouveau sur les trucs à l'aide desquels on pouvait reproduire une partie des phénomènes que l'on avait observés avec Eusapia ; le principal de ces trucs est la substitution de mains permettant au médium de rendre libre l'une de ses mains que les contrôleurs croient encore tenir.

M. Sidgwig fit, à ce sujet, une communication, le 11 octobre 189o, à l'Assemblée Générale de la Société

des Recherches psychiques, et il affirma que le médium avait employé ou tenté d'employer ces divers trucs dans les expériences de Cambridge qui devaient être considérées comme entachées de fraude, et que par suite il n'y avait pas lieu d'en insérer le compte rendu dans les Mémoires de la Société.

M. Myers confirma les appréciations de M. Sidgwig, mais il ajouta :

Quant aux manifestations beaucoup plus frappantes que j'ai vues en 1894 à l'ile Roubaud, elles sont, au moins dans mon opinion, inexplicables par les procédés employés à Cambridge. Il faut en outre remarquer que le Professeur Richet, dont la conviction a toujours été soumise à l'existence d'un bon contrôle, avait déjà observé la plupart de ces trucs et les avait indiqués dans son compte rendu des expériences de Milan. Je n'ai cependant pas l'intention de faire accepter aucun des faits constatés dans la carrière antérieure d'Eusapia comme démonstratif.

Il ne me conviendrait pas d'en dire davantage à présent. La confiance qu éprouvent certains des principaux expérimentateurs du continent dans l'authenticité des phénomènes d'Eusapia n'a pas été détruite. Un groupe français, auprès duquel Eusapia s'est rendue en partant de chez moi et auquel j'avais donné des renseignements complets sur nos récentes expériences me fait savoir que depuis la réception de nos renseignements, il a obtenu des phénomènes qu'il considère encore comme authentiques. Tant que de nouvelles expériences seront faites par des personnes ayant une tituation scientifique reconnue, les gens sans parti pris devront préférer juger les phénomènes qu'obtiendront ces expérimentateurs d'après les comptes rendus que ceux-ci en donneront eux-mêmes.

M. Myers donna ensuite lecture de la lettre suivante

i;XP. DE CA.MIJKlOr.K.

(lu Professeur Lod^'c qui élail empêché dassistcr à la réunion :

Je n'ai assisté qu'à deux séances à Cambridge, toutes deux après la découverte de la traude. La première m'a paru présenter quelques faits de bon aloi, la seconde a été entièrement frauduleuse. J'ai examiné et vérifié cette fraude avec le plus grand soin et j'ai la conviction de son existence bien que je ne me prononce pas sur le point de savoir si elle doit être attribuée à Eusapia agissant consciemment, ou si il faut la considérer plus charitablement comme un acte demi-inconscient. Quelles que soient les conditions physiologiques, le fait matériel est celui-ci : Dans cette séance elle donna une seule de ses mains à tenir à deux personnes (on n'assura le contrôle que par le contact d'une seule main) tandis que l'autre main était libre.

Il me reste à examiner dans quelle mesure ce fait, qui n'est pas douteux, doit influencer mon premier compte rendu {Journal Soc. Ps. Bes. novembre 1894). Aux yeux du public, — si jamais le public l'a lu — tout commencement de crédit qui y était attaché doit disparaître ; mais, à tout homme prudent, à tout scrupuleux chercheur de la vérité, je dirai que les principaux faits constatés dans ce document ne sont pas ébranlés dans mon esprit. J'irai même jusqu'à dire que certains des phénomènes qui ont été constatés à Cambridge ne me paraissent pas pouvoir s'expli([uer scientifiquement par une hypothèse aussi simple que celle d'une main dégagée et sans l'aide d'un mécanisme. J'admets cependant, étant donnée l'extrême difficulté de toute hypothèse occulte, qu il convient d'étendre à l'extrême toute explication normale : pour cette raison, je considère qu'il est plus prudent d'abandonner sans plus ample analyse, beaucoup de faits dont je n'aperçois pas rexplicalion rationnelle. Il vaut probablement mieux placer dans cette catégorie tout ce qui se produit lorsqu'un second expérimen-

PREMIERK PARTIE

tateur tient l'autre main d'Eusapia, c'est-à-dire tout ce qui dépend de la conviction qu'ont deux personnes qu'elles tiennent chacune une différente main de la médium. Cependant, si l'on n'oublie pas qu'à l'île Roubaud Eusapia s'asseyait fréquemment au côté le plus large de la table, de manière qu'il lui était bien difficile de rapprocher ses deux mains pour en effectuer l'échange sans qu'on s'en aperçut, je sens qu'en abandonnant cette classe de phénomènes on sacrifie bien des faits authentiques.

Mais lorsque je pense au fait de la clé de la porte, à la quantité de lumière qui pénétrait par la fenêtre, à la durée du bruit, durée telle que le D"" Ochorowicz, assis dehors sous la vérandah demanda qui le faisait et, apprenant que c'était « Johii », posa plusieurs fois la question « avec quoi », tandis que nous avions pendant tout ce temps les yeux attentivement fixés sur l'espace libre qui séparait Eusapia de la porte : lorsque je me rappelle en outre l'arrivée de la clé sur la table, son retour à la porte, sa seconde arrivée sur la table, je considère comme absurdement impossible de supposer qu'Eusapia eût un bras ou une jambe étendue vers la poignée de la porte pendant tout ce temps sans que nous nous aperçussions. Lorsque je pense encore au remontage du chalet à musique, qui pendait du plafond, tandis qu'Eusapia s'appuyait sur moi à une distance de ce meuble qui dépassait de beaucoup son atteinte normale ; lorsque je me rappelle la chaise qui se mouvait dans la lumière de la lune, le gonflement du rideau, gonflement qui n'était pas celui qu'eût produit une corde tirée, mais qui paraissait dû à la présence d'un corps matériel solide derrière le rideau, lorsque je pense encore à l'encrier qui était repoussé à une distance graduellement croissante, je ne puis voir aucune ressemblance entre les misérables séances frauduleuses de Cambridge et les manifestations de l'Ile Roubaud.

Et la personnalité appelée John qui se révèle dans la

i;xr. 1>B CAMRRIDGE.

transe du médium ? Il n'y en avait à peine trace à Caml)ridiie, pas plus (juc de sou anxiété pour donner des contrôles bons et complets sans distractions préliminaires, ni de sa promptitude à répéter les phénomènes lorsqu'un doute était exprimé. J'ai été saisi bien des fois dans l'île lloubaud par une main alors que je tenais moi-même avec certitude les deux mains du médium. Le contrôle des pieds lui-même (lorsque j'indiciue qu'il est certain) ne résultait pas simplement de l'apposition du pied de la médium sur le pied des expérimentateurs — ce qui est tout à fait incertain, je le reconnais. — Mais c'était souvent un mode de contrôle qui permettait d'être sûr qu'aucun des pieds du méilium n'était pas lil)re. même si le résultat était de nature à être produit par un pied dégagé du contrôle.

Ma foi, par conséquent, dans le caractère intrinsèque des phénomènes constatés dans lîle n'est pas ébranlée par l'exposition actuelle de la fraude d'Eusapia. J'ai examiné attentivement toutes les faciles critiques dont peut-être l'objet la position que je prends actuellement et je n'hésite pas moins à considérer comme authentiques les bonnes séances que j'ai eues d'abord, comme je crois frauduleuses les mauvaises séances que j'ai eues en dernier lieu (lorsque probablement, et certainement même, j'étais un observateur mieux préparé). L'ordre dans lequel les événements se sont succédés pour moi est bizarre ; mais il est juste de faire remarquer que l'observation présente de tentatives de fraude de la part d'Eusapia n'est pas une découverte neuve. La possibilité de ce genre de tricherie a été soigneusement indiquée par le professeur Richet : la constatation de la fraude, au cours des mauvaises séances, a été également signalée par le D"" Ochorowicz — pour ne pas parler d'un témoin plus hostile, Monsieur Torelli. J'espère donc que l'état de décadence actuelle de la médiumnité de la napolitaine sera passager et que plus tard des témoins compétents et bien préparés pourront certifier la continuation

chez cette femme des pouvoirs anormaux qui existent dans son organisme.

II. — La question de la fraude dans les expériences avec Eusapia Paladino, par J. Ocboroowicz.

{Document inédit)

§. V. BONi\ES ET MAUVAISES SÉANCES.

Les expérimentateurs de Cambridge sont arrivés à cette conclusion unanime, que « tout était fraude, depuis le commencement jusqu'à la fin » dans les vingt séances avec Eusapia Paladino.

Il est certain que cette nouvelle, propagée j)ar la presse anglaise et continentale, souvent avec force détails fictifs, aurait pour effet d'arrêter l'étude, à peine commencée, des phénomènes médianiques, et de décourager une grande partie de ceux qui ont été sur le point de l'aborder, si on la laissait passer sans commentaires ; d'autant plus, que le compte rendu complet des deux plus longues séries d'expériences, celles de Varsovie (1893) et celles de l'Ile Roubaud (1894), n'a pas encore été publié, et que le protocole de Milan (1892) ne fait pas mention de la fraude.

Ayant pris part aux expériences de Varsovie et de l'Ile Roubaud, sans compter quelques séances préparatoires à Rome (1893), et ayant spécialement étudié la question de la fraude dans les phénomènes médianiques, je me propose de commenter le résultat négatif de Cambridge à l'aide des données, acquises par les expérimentations précédentes.

Exp. m; c.vMiiiuncB. 189a. 207

Et d'abord entendons-nous sur le point capital : les expérimentateurs de Cambridge parlent d'une découverte. M. F. W. II. Myers a eu l'extrême obligeance de nie faire parvenir les principaux protocoles, dont quelques extraits seulement ont ('té publiés dans le Journal de la S. P. R. du mois de novembre. Je les ai lus avec une grande attention ; j'y ai trouvé plusieurs faits intéressants, mais pas une découverte. Et je commence à croire que les expérimentateurs de Cambridge n'ont eu connaissances, ni de sembables découvertes de M. Torelli en 1892 à Milan, ni des observations et des discussions détaillées avec M. Bronislas Reichman à Varsovie (1893-94). qui contiennent tout, absolument tout, ce qui a été « découvert » à Cambridge, depuis la substitution des mains et des pieds, jusqu'au petit appareil « avec une préparation pliosphorescente » dont parle encore M, le D"" Hodgson. Avec cette différence toutefois qu'à Cambridge, on ne conteste pas la supposition du docteur, sans chercher à la vérifier, tandis qu'à Varsovie M. Reichman s'est donné au moins la peine de fouiller le médium consciencieusement, et qu'il put constater ainsi l'absence de l'appareil.

Donc, pas de découverte. Si découverte il y a, elle est toute inconsciente, et nous la préciserons plus loin.

Maintenant, passons aux séances. Déjà dans ma réponse au D"" Hodgson (Journal of the S. P. R. mars et avril /^.9J) j'avais mentionné, qu'avec E. P., à côté de bonnes séances, on en a de mauvaises, c'est-à-dire de plus ou moins frauduleuses.

Les trois exemples suivants serviront à élucider la question.

A. Une mauvaise séance.

(La XX me dans l'île Roubaud, le 4 août 1894).

Depuis plusieurs jours le médium est visiblement épuisé. Les trois dernières séances ont été faibles et en grande partie frauduleuses. Le scepticisme nous gagne de plus en plus, mais nous cachons nos sentiine7its devant E. P. Ce soir, elle est de mauvaise humeur et boude M. Richet (elle a envoyé ce matin une corbeille de fruits à la fille du gardien de l'ile, sans autorisation du maître delà maison, qui lui a fait une petite observation à ce sujet). Sur mon admonition, elle va ôter son corset, et revient vêtue d'une camisole blanche, contrairement aux prescriptions de « John » (l)qui n'aime que la couleur noire. — Nous sommes plus que jamais sur nos gardes et notre méfiance réagit visiblement sur le médium. — Ayant remarqué, qu'en prenant une chaise pour elle-même, elle choisissait toujours celle qui avait le dos ouvert, ce qui permettait d'allonger le bras insensiblement en arrière, je lui donne une autre chaise qui a le dos plein ; elle l'accepte sans protester.

Nous formons la chaîne et presque instantanément E. P. entre en transe.

La lumière est tout à fait suffisante.

« John » commence par se plaindre, que deux assistants (nous étions seuls, M. Richet et moi) ne lui donnent pas

(1) Toutes les fois qu'on rencontrera le nom de John dans cet article, il est sous-entendu qu'il désigne tout simplement : un état psychique spécial du médium.

rsXI'. Dli CAMBKIDliK. 189."). 209

assez de force : « Poco forza ! Poco forzaln répète-t-il à tout instant.

Quelques minutes après, je remarque un gonflement de la robe deE. P. à gauche ; je me penche pour mieux l'observer ; je romps la chaîne avec R., je transmets la main gauclic du médium à ma main jiauche et j'allonge mon bras droit jusqu'au bord inférieur de sa robe. Presque immédiatement, je suis iouchéprès du plancher et à travers la robe, comme par un doigt. En ce moment j'ai vu bien distinctement ses deux pieds sous la table, reposant séparément sur nos deux pieds éloignés. Je reste attentif dans la même position, et je dis exprès pour calmer le médium, qui pleurnichait par moments : — « Ne la fatiguons pas ; laissons à John la liberté de faire ce qu'il peut. »

A ces paroles. Je suis touché de nouv^eau, trois fois de suite, comme par une main, toujours à travers sa robe, (let attouchement, dans le langage de John, signifiait Oui et répondait à mes paroles. Si c'était une main, elle était molle et sans consistance.

Après cet intéressant intermède, E. P. nous engagea vérifier les positions et nous demande si nous serions satisfaits d'un soulèvement de la table, dans ces conditions, c'est-à-dire avec les mains placées sur la table comme au commencement de la séance. Nous répondons affirmativement.

Alors la table, sous la pression automatique de ses mains, se penche un peu à droite et à gauche, puis s'élève latéralement du côté de E. P.

A ce moment, je vois et je sens près de mon mollet droit, quelque chose, à travers sa robe, se rapprocher du pied gauche de la table : on dirait une main impuissante,

qui cherche à saisir ce pied et à soulever la table. Mais elle réussit, seulement à la maintenir latéralement à quelques centimètres du plancher sans pouvoir effectuer un soulèvement complet, c'est-à-dire avec lévitation de deux autres pieds de la table.

C'est alors que le pied gauche du médium, qui jusqu'à ce moment était resté appuyé contre mon pied droit, s'échappe, va dans la direction du pied gauche de la table, un peu soulevé, comme pour se mettre dessous, et en même temps, le talon du pied droit du médium (contrôlé par R.) remplace la pression exercée tout à l'heure sur mon pied droit par le pied gauche du médium. Je fais un mouvement avec mon pied droit, pour indiquer que le pied gauche du médium n'y est plus et pour le suivre ; « immédiatement ce dernier retourne à sa place, et la lévitation promise na pas en lieu.

John demande qu'on diminue la lumière. Nous cédons et nous changeons de place.

Gomme la lumière est maintenant très faible, et comme il y a eu un relâchement momentané du contrôle, par suite du changement de place, E. demande elle-même que j'examine ses poches et ses vêtements. Dans ce but, elle se lève, et se tient debout. Je l'examine attentivement et je ne trouve rien de suspect, mais je remarque, qu'en s'asseyant après la visite, E. P. (toujours en transe) à l'aide dCun mouvement brusque de so7i coude droit, rapproche Vécentail, qui se trouvait sur l'autre table d'à côté. Je la laisse faire sans rien dire. Quelques secondes après, elle allonge dans cette direction sa main droite, avec la mienne, qui la tenait 3/4 (1), et

(1; 11 fut entendu entre nous de désigner le genre du contrôle

alors je sens parfaitement qu'avec les bouts de ses doigts restés libres, elle pre?id Véventail et le jette su7notre table.

C'était un « apport », exécuté d'une façon naïvement imprudente. Je ne dis rien et la fraude continue.

M. R.est totiché au flanc, « coinme par un pied », et il remarque en même temps que le pied gauche du médium l'avait quitté.

Une échelle double placée e?i arrière et à gauche du médium s'ébranle et frappe le parquet. Je remarque qu'à ce moment, nous avons eu tous les deux un seul pied (le droit) du médium. L'autre retourne après le phénomène.

— « Je suis touché à Vépaule droite, dit R. par quelque chose de gros ». — Etant assis vis-à-vis de la fenêtre, je vois presque, ou du moins je sens, que c'est fait avec la tête du médium, qui s'est abaissée dans cette direction.

Quelques minutes après, R. dit que quelqu'un entoure sa main droite d'un cordon. Il avait en ce moment les deux mains du médium, à savoir: sa main gauche tout entière et la paume de sa main droite, dont je tenais le poignet ; par conséquent les doigts de la main droite restaient libres. Or, en tenant le poignet j'ai senti les mouvements des tendons, correspondant à l'action de l'enroulement. Ce n'était pas une preuve de la fraude, car les mouvements sympathiques accompagnent souvent, sinon toujours, le phénomène pur ; mais, en tout cas, c'était suspect.

d'une main ou d'un pied, par fractions : 3/4 signifiait : je tiens 11' poignet et la paume de la main, mais pas les bouts des doigts.

Je communique mes impressions à R. et E. P. devine ma pensée. Jusqu'à ce moment elle paraissait insensible à nos doutes; maintenant elle s'en émeut. Elle se fâche, déclare qu'elle ne fera plus rien et jette le cordon par terre.

Nous lui déclarons carrément que tout était fraude, et alors elle s'anime.devient plus sensible aux objections, plus ambitieuse, plus maîtresse d'elle-même — et nous obtenons quelques phénomènes corrects. On dirait que l'excitation avait éveillé son attention et ses forces sommeillantes, comme le fouet excite un cheval paresseux.

Avant la séance et à l'insu du médium, M. Richet a mis sur une chaise, derrière le dos de E. et derrière le rideau, huit pièces de 5 francs, empilées l'une sur l'autre. Chacune portait la marque d'une année différente et elles étaient placées dans l'ordre de leur ancienneté.

La transe devient plus profonde. E. souffre et se tord en s'exclamant :

— « lo prendero ! lo présidera !... » et puis avec colère : « Non posso pre7iderle ! . . . «

Enfin, toujours surveillée avec un soin spécial, et tenue tout entière entre nos bras (sauf la tète) elle pousse un cri — et utie pièce de cinq fra7ics, celle du sommet de la colonne, toînbe sur notre table.

Quoique la tête (la bouche) du médium ne paraisse pas devoir être incriminée, nous recommençons en exigeant encore le contact de la tête. Elle applique son front contre mon front, je lui tiens d'une main sa main droite tout entière, en sentant tout son avant-bras depuis le coude jusqu'au bout des doigts ; avec l'autre main j'em-

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brasse ses deux genoux réunis ; avec le pied je touclie sa jambe droite, depuis le genou jusqu'au bout des doigts — R. contrôlant de la môme façon tout .le côté gaucbe. — Dans ces conditions une secoiide pièce de 5 francs est transportée et tombe sur notre table.

On recommence.

Nous faisons d'abord un examen attentif des mains et des mancbes du médium, à partir de l'épaule jusqu'aux doigts ; moi du bras droit, R. de tous les deux — et, tenant chacun les deux mains du médium avec nos deux mains nous allongeons ses bras, réunis comme pour prier, au-dessus de sa tête et aussi haut que possible.

Dans ces conditions une troisième pièce de 5 francs est passée en l'air. Elle était chaude.

Encore deux autres pièces ont été transportées d'une façon semblable, toujours dans l'ordre des années. Puis E. à l'aide d'un mouvement vif de sa main gauche, tenue par M. Richet à distance, fait tomber par terre les pièces de monnaie qui restaient sur la chaise. Mais elle est visiblement au bout de ses forces, et je conseille d'interrompre la séance, qui dura une heure et demie.

Avant de finir, John demande, que je fasse à E. « une suggestion mentale » d'être calme, moins fière, de mieux se gouverner et d'oublier ses ressentiments. C'est ce que j'ai fait en lui posant les mains sur la tête.

En se réveillant elle est amicale avec R. puis s'étonne elle-même de ce changement; enfin, elle oublie tout, et la suggestion se réalise entièrement.

Malgré quelques bonnes expériences — au commence-

ment et à la fin — tout le reste était faux ; et comme la série dure déjà depuis plus d'une semaine, je note dans mon journal :

« Je suis tellement ébranlé par la fréquence de la fraude dans ces derniers temps, que je commence à douter de tout; j'ai grandement besoin d'une épreuve vraiment irréprochable pour me débarrasser du scepticisme qui m'obsède. »

Je crois que tel fut aussi en ce moment le sentiment de M. Richet.

Est-ce à cause de la courte durée de la séance, ou bien parce qu'elle fut en grande partie frauduleuse *? Nous ne sommes pas fatigués du tout.

B. Une bonne séance.

(La xxive dans l'île, le 6 août lf'94.)

Beau temps. E. P. très bien disposée à la suite de deux journées de repos et de distractions (1). M. Bellier devait rester avec nous, mais au dernier moment on dé-

(1) Le 6 août, nous avions laissé E en repos, et afin de la distraire, R. lui avait donné 10 francs pour ses plaisirs. Elle va à Hyères, où une fête doit avoir lieu. Elle en revient tout émerveillée, et ne se lasse pas de nous raconter les menus détails enfantins de la salle de danse, oii elle a eu un grand succès.

Le 7 août. Nous avons pris l'habitude d'aller tous les jours de bonne heure, dans une barque, pêcher à la ligne. Il était défendu à E. P. de faire partie de ces excursions à cause des vagues, qu'elle ne pouvait pas supporter. Riais, ce matin, comme la mer était assez calme et qu'il m'importait de bien disposer E. P. envers nous, je conseillai de la prendre {lors' qu'elle s'ennuyait les séances étaient toujours mauvaises). La

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cille (luil ira se placer derrière la fenêtre, sous la véranda, pour prendre les notes. J'en suis content, parce que. s'il était avec nous, j'aurais pu croire que c'était le nombre d'assistants qui i)roduisit le cliangcnient favorable. Sans cela il est clair que, cette fois-là du moins, la cause eu a été toute subjective. — E. P. est habillée totalement en blnnc, ce qui permet de la distinguer, même dans l'obscurité relative, — Nous avons profité de son absence, et nous avons construit un appareil spécial pour la production instantanée d'une assez vive lumière électrique, que nous plaçons derrière le rideau. L'arrangement était tel que le moindre mouvement d'une bascule romaine suffisait pour donner passage au courant électrique, entre un aimant et son armature, en allumant la lampe qui ne s'éteignait plus. De cette façon, la production de la lumière, non seulement accompagnait le pliénomène, mais par sa durée, permettait de vérifier les positions. E. P. ')i' a pas connaissance de cet arrangement. — Je lui donne pour s'asseoir la même chaise en bois (avec le dos plein) qu'elle accepte ; mais, une fois en transe, John demande qu'on la change, « car il faut que le corps du médium soit aussi découvert que possible. » — Il ne proteste pas contre la robe blanche.

9 h. o3. — E. P. s'assied à 10 ou 15 centimètres du rideau et pose ses pieds dans un appareil de contrôle. C'est une cage à double fond électrique, séparée en

joie de pouvoir nous accompagner la rendit tcllemeiit rcfractaire, qu'elle supporta très bien les balancements de la barque — et elle resta toute la journée reconnaissante et gaie. il. lui pardonna ses petits excès, pour ne pas la froisser, et c'est le soir qu'eut lieu la séance.

deux compartiments par une cloison solide, qui dépasse E sensiblement les bords, pour empêcher

toute communication mécanique entre les deux moitiés de la cage et les deux pédales. Les deux pieds (déchaussés) s'enfoncent chacun séparément dans les deux compartiments de la cage. Chaque pédale est en communication électrique avec le fond de la cage et, à l'aide des fils bieu isolés, avec une sonnerie placée à distance.

Une assez grande pression sur les pédales est nécessaire pour fermer le courant en dérivation, et alors la sonnerie reste muette ; mais dès qu'on essaie d'enlever les deux ou un seul des pieds enfermés dans la cage, la sonnerie donne l'alarme et ne cesse de sonner qu'au moment où le pied revient à sa place. Avec une certaine habitude des bruits des pédales et de la sonnette, nous sommes en mesure de suivre avec l'oreille les mouvements des pieds du médium. Le contrôle du toucher complète, de temps en temps, les indications de l'appareil.

Les mains du médium sont tenues par (es poigneh ; c'est un moyen bien simple, qui n"a pas été découvert à Cambridge, mais qui est, dans beaucoup de cas, très commode, parce qu'il empêche toute substitution des mains et en même temps donne une liberté relative au médium. En tenant fermement les poignets, et en touchant légèrement les coudes avec les coudes, on se rend compte de tous les mouvements du médium, sans l'irriter aux moments d'hypérestiiésie (qui se manifeste surtout sur la partie dorsale des mains et des doigts.)

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Une lampe à pétrole, recouverte d'une grande feuille de papier blanc, éclaire la chambre.

L'unique porte est fermée à clef et, à travers la fente de la fenêtre, on entend M. Bellier préparer ses ustensiles de secrétaire. On vérifie l'appareil des pieds, qui marche bien.

A 9 h. 57, c'est-à-dire après 4 minutes d'attente, la table se penche à droite et à gauche, sous une pression mécanique (mais pour sûr, inconsciente) des mains du médium qui sont bien visibles. Ce sont les « salutations de John ». La table salue d'abord M. Richet en se penchant à droite, ensuite moi en se penchant à gauche, et enfin le médium en se penchant versE. P.

9 h. 39. — Nous disons que, pour ce soir, nous ne voulons pas diriger les expériences, laissant John libre de faire ce qu'il veut — tout en lui faisant remarquer que nous avons préparé quelque chose derrière le rideau . pouvant servir aux manifestations.

10 h. — Vérification de l'appareil de contrôle pour les pieds.

10 h. 2. — La table remue légèrement. Nous soulevons nos mains avec celles du médium — et la table remue toujours sans contact. Les pieds sont dans la cage et ne touchent pas non plus la table. Mais, pour en être sûr, R. contrôle les genoux avec son genou et sa main restée libre, carnous ne faisotis pas la chaîne.

10 h. 3. — Deux nouveaux mouvements de la table sans contaet. — Tout est visible. La table se soulève latéralement du côté de E. et reste suspendue en Vair. On vérifie qu'il n'y a pas de contact ni avec les mains, ni avec les pieds, ni avec la robe du médiuin.

Balancements de la table soulevée latéralement. Les

pieds du médium enfermés dans la cage, la sonnerie reste muette; les deux genoux rapprochés, tenus d'une main par R. ; les mains visibles.

E. P. prend la main droite d'O. et simule un mouvement d'attraction en l'air : la table se rapproche. Mêmes conditions vérifiées ; d'ailleurs on voit bien tout.

L'expérience des mouvements et des soulèvements de la table est répétée encore au tnoins une dizaine de fois, toujours en lumière et toujours avec constatation, par tous les moyens possibles, que personne ne touche la table.

10 11. 10. — La lumière est presque éteinte. L'appareil des pieds est vérifié et lonctionne bien.

10 h. 12. — Comme les bras du médium (toujours tenus en l'air séparément) se redressent en avant, on s'attend à un transport d'objets et on redouble d'attention. Chaque mairi est visitée 2iar les deux contrôleurs et tenue bien, tout e?itière, depuis le coude jusqu'au bout des doigts.

Dans ces conditions, U7i gros maillet en bois, pesant plusieurs livres, tombe sur la table.

Le maillet se trouvait sur la grande table d'à côté, à droite du médium et à une distance de ©""jGO de sa chaise. On vérifie après coup, que, malgré les balancements de notre table, la distance qui les séparait n'a pas été sensiblement modifiée. M. Ricliet dicte à son secrétaire: (( Avant que le maillet arrive, nous avons rigoureusement contrôlé les mains, les avant -bras, etc. Dans toute cette expérience les mains ont été admirablement tenues ; et cela sans effort ».

Jusqu'à ce moment E. P. se trouvait dans un état de transe superficielle, qui s'était déclarée graduellement et

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insensiblement. La vraie transe profonde n'a commencé qu'au moment où E. P. appliqua sa tète sur mon front et posa sa main sur la tète de R. Nous la reconnaissons au changement de sa voix et à une certaine faiblesse de tout son corps.

A aucun movie7it jusqu'ici nous n'avotts fait la chahie ; par conséquent, nous avons toujours eu une main libre, pour le contrôle complémentaire (La chaîne n'est nécessaire qu'avec les personnes nouvelles ou au moment des phénomènes exceptionnellement difficiles ; ce qui est encore relatif, car à Varsovie nous avons eu par exemple une lévitation du médium au milieu de la chambre, sans chaîne, et nous étions seulement deux : M. Matuszevvski et moi).

10 h. 20. — E. essaye de diriger ses efforts du côté du rideau, c'est-à-dire par derrière. Elle nous demande la permission de toucher le rideau, ce qu'elle fait sans que sa main ait été quittée par nous. (C'est encore une habitude du médium qui prête aux soupçons : avant de produire un mouvement à distance, elle touche l'endroit en question, tantôt pour mesurer les distances, tantôt pour « magnétiser » l'objet, que sa main dynamique — la main de « John « — doit prendre).

11 est évident que c'est sa main droite qui doit être en jeu, car elle essaie de la libérer autant que possible. Tout à l'heure, avec sa main droite, elle tenait complètement la main gauche de M. Richet, maintenant elle ne lui donne que Vindex qu'il tient bien, mais le reste des doigts est libre. Cela ne nous inquiète pas outre mesure, car je tiens, moi, sa main gauche tout entière, jusqu'au bout des doigts.

Cependant, craignant que le phénomène ne se mani-

feste dans des conditions suspectes, après Tattouchement du rideau qui pouvait mettre en jeu une ficelle ou quelque chose de semblable, je me lève et passe entre le rideau et le médium. Pendant ce temps, R. tient les deux mains.

10 h. 24. — Je reprends ma place. R. n'a pas quitté les deux mains « sauf peut-être l'une d'elles pour une seconde ».

Ce doute provoque un nouvel examen et nous constatons qu'il n'y a rien de suspect sur E. P., rien sur la table, et que l'appareil des pieds fonctionne bien.

10 h. 26. — E. P. porte sa main droite (qui tient la main gauche de R), très haut et latéralement. — R. constate qu'il n'y a rien dans cette main — et, quelques secondes après, il reçoit le manche d'unmarteau, le côté de fer du côté du buffet, comme si quelqu'un le tenait par le fer et plaçait le manche en bois dans la main de R. — Cette main de R. tournait la face palmaire du côté du buffet, tandis que les doigts de la main droite du médium reposaient sur la face dorsale. — Pendant ce temps la main gauche de E. P. restait éloignée; elle reposait tantôt sur le cou de 0., tantôt sur la table, tenue par 0. (Avant la séance le marteau se trouvait sur la grande table, à droite, à côté du maillet). Ensuite, R. sent fort nettement et longtemps (6") le contact de gros doigts ; on dirait de la même main qui lui avait passé le marteau. Mais ce phénomène ne nous parait pas bien probant, car en ce moment 0. tenait la main gauche de E. P. non loin delà, sans avoir l'extrémité des doigts. Il se peut donc que ce fussent ces doigts (quoique R. ait cru le contraire) qui ont touché la main de R.

BXP. DR CAMBRIDGE.

10 h. ;{4. — E. P. applique la main gauche de 0. sur le coté gauche de sa tète, qu'elle dit être un peu malade. (C'était une preuve que le phénomène n'aura pas lieu bientôt ; car alors John ne permet pas d'appliquer la main sur cet endroit. Au moment des phénomènes intenses cette partie de la tête souffre beaucoup chezE. P. et, en approchant la main, on y sent un souffle froid « soffio freddù » très net. C'est seulement dans les intervalles des manifestations que John permet d'appliquer la main d'un magnétiseur « pour calmer la douleur ».)

10 h. 37. — E. P. parle à R. et à 0. et raconte une suggestion mentale que 0. lui a faite et qu'elle a comprise. (C'était exact ; il s'agissait d'ordonner à E. P., malgré ses serments de ne le point faire, d'aller déjeuner à la cuisine). » John explique qu'il est en bonne disposition aujourd'hui parce que E. P. elle-même est bien disposée, etc. Il annonce que lorsque M. et M""^ Sidgwick arriveront, les expériences réussiront bien et qu'il « changera le type de sa fille » (Il voulait dire qu'elle ne se comporterait plus comme une enfant gâtée, mais qu'elle serait sérieuse, avec les apparences d'une grande dame...) ; ce qu'on n'a pas remarqué d'ailleurs. Cependant, il faut ajouter, que, durant les séances, E. P. fut remarquablement sérieuse et calme.

10 h. 4i. — Vérification de l'appareil.

10 h. 47. — E. P. relève un peu sa robe (Encore une mesure suspecte, qui annonce toujours l'action médianique des pieds. Seulement, il ne s'ensuit pas nécessairement que c'est son vrai pied qui sera employé). R. a parcouru tout le bras droit de E. pour voir s'il ne cache pas quelque chose. Les deux mains sont bien tenues séparément.

E. P, gémit, fait quelques efforts de contraction musculaires... (Vérification de l'appareil des pieds)... La chaîne est faite. 0. est louché au flanc, et immédiatement après il vérifie que le pied gauche du médium, qui seul pouvait être incriminé, est resté à sa place et que Tappareil du contrôle marche bien.

10 h. 54. — R. tenant bien la main droite et la tête, 0. séparément la main gauche et les deux pieds — la lampe électrique derrière le rideau s allume et nous entendons le choc de la balance qui avait occasionné ce phénotnlme.

Vu Timportance de cette manifestation, qui nous a paru excellente, je dois exactement indiquer les conditions : R. tenait la main droite de E. P. éloignée du centre, à bout de bras et abaissée, le front de E. P. appuyait sur son front avec force, et, au moment du phénomène, même avec violence. Quant à moi, je transmis la main gauche de E. P. à ma main gauche, en l'embrassant, sur la table, par une pleine poignée de main ; tandis qu'avec sa main droite, restée libre, j'ai ramassé la robe de E. P. derrière ses mollets de façon que les deux talons et les deux genoux réunis restaient enveloppés dans les plis de la robe, et serres entre les doigts de ma main. Tout ceci sans compter la cage de contrôle pour les pieds, qui restait toujours. La chaise de E. P. n'a pas bougé ; son front n'a pas quitté le front de R. et les deux mains, sûrement éloignées l'une de l'autre, l'une sur la table l'autre abaissée, ont été tenues entièrement.

Je serais curieux de savoir dans quel sens M. le D'. llodgson aurait suggestionné ses collègues de Cambridge, devant une semblable expérience !.. Malheu-

KXi'. DE CAMHRir.i)E. 1895. 223

rouseniont, il est corlain, qu'avec son système il n'aura jamais (lexpérience décisive. La force développée ainsi à distance et derrière le rideau correspondait à 800 gr. La lampe ne cessant pas de brûler, nous étions en mesure de bien vérifier les positions.

Dans une expérience semblable à Varsovie, où l'appareil employé a été plus simple et plus petit, il fut possible de mesurer exactement les distances. Il s'agissait d'appuyer sur un bouton, soulevé par un ressort dur, pour allumer la lampe. L'appareil était placé également derrière le rideau, mais par terre. Tout se passait non dans l'obscurité, mais en demi-lumière très suffisante (une lampe à pétrole couverte d'un grand abatjour placée par terre à côté du rideau). Le ressort du bouton fut abaissé, et la lampe électrique allumée (Distance du bouton à la ceinture de E. P. : l'",lG ; au bout de son pied droit qu'on aurait pu songer à incriminer : l'",32). En lâchant le médium, en le penchant convenablement et en tirant son pied aussi loin que possible, on arrivait aux environs du bouton — mais il manquait encore 38 centimètres pour pouvoir Vaileindre. — S'est-on donné la peine à Cambridge, en incriminant continuellement les mains et les pieds, de mesurer les distances et la longueur des membres du médium ? — On n'a même pas vérifié si c'était vraiment elle qui touchait. Les expérimentateurs se contentaient de constater qu'elle avait libéré sa main, ou son pied. Or, il ne faut pas oublier que E. P. est petite, quoique assez grasse : sa taille ne dépasse pas l"',5;i ; la longueur de ses jambes est de 80 centimètres ; celle de son bras, 62 ; et celle de son pied, 22. — (L'arrangement de l'île Roubaud présentait sur celui de Varsovie l'avantage de

laisser la lampe allumée, tandis qu'à Varsovie elle s'éteignait avec la cessation de la pression).

Il était intéressant pour nous de savoir comment John s'y prendrait pour e<er?io?re la lumière. Il aurait fallu pour cela arracher une petite plaque en fer doux, collée à son aimant. Nous avons entendu la plaque claquer à plusieurs reprises ; mais comme l'attraction était forte, la distance très petite, et que la plaque était mobile et suspendue par son milieu, elle s'attachait à l'aimant d'un côté lorsqu'on l'arrachait de l'autre, et John finit par reconnaître son incapacité ; il tenait cependant à nous donner des preuves de sa force :

11 h. 3 — R. est touché légèrement à travers le rideau comme pour attirer l'attention ; le rideau s'entr^ouvre et brave la lumière. E. P. est tenue entièrement, et d'ailleurs elle est bien visible, puisque la lampe électrique brûle toujours.

11 h. 5. — Mômes conditions. De nouveau, sans que la chaise de E. P. remue, le rideau est écarté.

11 h. 8. — R. tient E. P. tout entière: les deux pieds, les deux mains et la tète ; de plus 0. tient le côté gauche. John diminue la lumière en fermant le rideau.

11 h. 10. — E. P. dit qu'elle voit les pièces de 3 fr. sur la balance. — Elle se trompait un peu, car les pièces étaient près delà balance, par terre. C'est là, toutefois, un curieux exemple de vision « sans le secours des yeux » car nous avions placé les pièces à son insu dans un coin obscur du rideau (1).

(1) J'ai fait avec E. P. plusieurs expériences à Varsovie de vision des lettres et des nombres, les yeux bandés et dans l'obscurité. Elle était alors hypnotisée par moi. Ces expériences ont pour la plupart réussi. La suggestion mentale fut dans beau-

Dans les intervalles de cette séance, John nous expliqua encore pourquoi elle a particulièrement bien réussi : c'est que « à déjeuner, il a fait copieusement manger sa fille (son médium) pour qu'elle ne mange plus rien avant la séance ». Et, en effet, j'ai remarqué que toutes les séances faites après le dîner, et même après avoir seulement donné à boire au médium, ont été toujours médiocres et fatigantes. E. P. est si peu raisonnable que, tout en le sachant, elle n'y fait pas attention.

Cette séance ne dure que 1 h. 30. John était prêt à continuer, mais nous avons interrompu exprès, sachant que les séances plus lo?igues sont toujours prèjudiciahles à la valeur des phénomènes. L'épuisement se reflète, sinon immédiatement, du moins dans la suite. Je ne sais pas combien de temps ont duré en moyenne les séances de Cambridge : mais, dans l'unique qui est racontée en détail, je trouve les dates de G h. 30 jusqu'à

coup de cas éliniiaée. Il est évident, pour quicpnque se rend compte de l'ensemble des séances ordinaires de E. P. que, même en les considérant comme entièrement frauduleuses, il faut lui reconnaître une assez étrange et certes « anormale » faculté de voir dans l'obscurité. Si la moitié de tours d'adresse que lui reproche le D"" Hodgson est vrai, il reste acquis que E. P. voit, et voit très bien dans l'obscurité. On n'a pas réfléchi là-dessus à Cambridge, comme du reste sur beaucoup d'autres points. Je me hâte d'ajouter que E. P. est loin de posséder cette faculté à son état normal ; elle n'apparaît chez elle que dans la transe et prend deux formes différentes : 1° d'une simple hypéresthésie visuelle et 2» d'une hypéresthésie tactile, qui rend par moment sa peau sensible à l'action de la lumière. Les traces de cette faculté étrange peuvent être retrouvées chez E. P. après la plupart des séances. Il suffit de lui couvrir les yeux et de jeter un rayon de lumière sur sa peau pour l'e.xciter, quelquefois même avec signes de douleur. J. 0.

9 h. 8. Il est vrai que dans l'île Roubaud nous nous sommes permis de prolonger quelquefois les séances (surtout pendant les séjours des membres de la S. P. R.) ; mais alors, ou bien nous avons donné au médium un repos de deux jours avant et après, ou bien je l'endormais hypnotiquement pour plusieurs heures de suite. A Varsovie je la laissais souvent dormir jusqu'au lendemain soir. C'est à ce prix seulement qu'elle a pu conserver ses forces.

Gomme toujours après une bonne séance, E. P. resta sur sa chaise, abattue, presque paralysée (1).

M. Richet voulant lui faire respirer l'air frais, la prit, en tenant ses deux mains réunies dans la sienne droite, et la conduisit dehors sous la véranda. Pendant que nous traversions l'antichambre, je marchais derrière eux, en observant le médium. Tout à coup une pierre fut lancée par-dessus nos télés, rebondit sur le couvercle d'une corbeille et tomba par terre. Je suis sûr qu'à ce moment elle n'a fait aucun mouvement suspect, M. Richet tenait les deux mains et il n'y avait personne dans la maison.

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