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III. — Les lueurs

Dans toutes les expériences un peu réussies, quel que fût le médium, j'ai toujours observé la formation des points lumineux ressemblant à des feux follets.

BXP. DE nONALD MAC-NAB A PARIS, 188S 533

On les voit naître un peu partout, en l'air, par terre, généralement près du médium, souvent hors de sa portée.

Ils sont quelquefois doués d'un vif éclat et d'une teinte blanche qui les fait ressembler à la lumière du magnésium, mais ils n'éclairent pas autour deux. Ils se déplacent comme de petites comètes, courent les uns après les autres comme des papillons, tantôt se rassemblant, tantôt se dédoublant.

J'ai eu une fois l'occasion d'en observer un attentivement et de très près.

Le 8 juillet (1888), en présence de MM. Gaboriau, Labro, Picard et R., j'avais placé dans l'obscurité trois plaques au gélatino-bromure sur la table h côté de moi. A ma demande, une de ces lueurs vint d'un mouvement saccadé se poser sur une plaque.

J'étais debout penché sur la table et la lueur était à la distance de la vue distincte. Elle était très vive, très blanche, surmontée d'un petit tourbillon de fumée blanchâtre formant panache, avec la grosseur d'une amande et la forme d'une petite langue dont la pointe serait en bas. Elle était isolée sur la plaque qu'elle éclairait un peu et, îi la naissance du panache, présentait un remous de matière lumineuse.

Elle s'avança avec le mouvement d'un pinceau qui tracerait un pointillé, décrivit un zig-zag en forme d'M et se retira encore très vive.

Une autre flamme beaucoup moins brillante se posa un instant sur les deux autres plaques.

Au développement que je fis seul, après la séance, à l'aide de l'oxalate de fer, ces clichés présentèrent des particularités curieuses. Ils se couvrirent d'effluves analogues à ceux qu'on obtient avec les décharges obscures d'électricité (Expériences du D"" Boudet, de Paris), mais ces empreintes étaient d'un brun violet, alors qu'une simple impression lumineuse aurait du laisser une trace noire.

Comme j'ai retrouvé ces traces violettes sur toutes les

plaques que j'ai impressionnées depuis, je suis amené à penser qu'il y a là, indépendamment de Faction lumineuse, une altération anormale du sel d'argent due à l'action chimique de cette substance lumineuse quelle qu'elle soit.

Du reste, pour m'assurer que ces effluves n'étaient pas dus à une mauvaise composition du bain révélateur, je développai en même temps une plaque neuve qui vint absolument transparente au fixage.

La mieux réussie de ces trois plaques s'est cassée accidentellement. J'ai conservé les deux autres ; sur l'une d'elles on voit le zig-zag tracé par le pinceau lumineux.

J'ai fait venir une de ces lumières jusque sous mon nez et alors j'ai senti une forte odeur d'ozone.

Mes observations très nombreuses me permettent de les diviser en deux catégories.

Les unes sont un peu jaunâtres et présentent une fumée phosphorescente et les différences d'état caractéristiques des lueurs émises par le phosphore dans son oxydation lente.

La substance de ces lueurs n'est plus du phosphore et n'est pas encore de l'acide phosphorique. C'est ce qu'on appelle en chimie un état naissant.

Les autres sont blanches, et n'émettent pas de fumée et ont des contours bien arrêtés.

11 est impossible d'imiter ces lueurs dans les conditions où je les ai observées, car elles se produisent simultanément en grand nombre dans des points de l'espace éloignés l'un de l'autre, se déplacent spontanément, chanyent de forme, s'étalent et viennent à quelques centimètres des yeux des assistants.

Les formes que je pus voir bien nettement furent : un œil lumineux surmonté d'un panache ; une moitié de visage et des doigts lumineux.

Plusieurs indices me donnèrent à penser que ces lueurs servent à rendre visibles les formes qui se matérialisent dans l'obscurité, et j'en eus bientôt des preuves.

EXr. DU DONALD MAC-NAB A PARIS, 1888 535

Un soir, étant hors de la portée du médium, je vis devant moi deux dolirts, un index et un poure, pétrissant un cylindre lumineux qui les éclairait.

Dans la séance du 20 juillet, à laciuelle assistaient MM. Labro, Th... et Ma..., et dans les séances postérieures, j'impressionnai d'autres plaques en ayant soin de les placer hors de la portée du médium.

Ce jour-là, nous étions assis tous trois sur le canapé et le médium (M. F...) au piano, le guéridon en face de nous contre le lit, la plaque sur le guéridon. Les lueurs vinrent se poser dessus au milieu du plus grand silence, se retirèrent, puis le guéridon se renversa et nous entendîmes la plaque de verre tomber sur le parquet ; je la croyais cassée. Un peu plus tard, comme nous observions les lueurs qui voltigeaient autour de nous, j'exprimai mon regret que le cliché fut cassé. Au même instant, une main pressa forte ment mon épaule droite (Il n'y avait personne à ma droite ni derrière moi, car j'étais assis à l'extrémité droite du canapé) et le guéridon se trouva à côté de moi : la plaque était dessus, intacte. Il me semble impossible que quelqu'un ait pu, dans l'obscurité et sans faire le moindre bruit, ramasser cette plaque, la poser sur le guéridon et placer celui-ci à côté de moi.

La plaque présenta au développement, au centre des effluves violacés, des empreintes noires dues évidemment à des doigts lumineux. Les saillies de la peau, appelées lignes de la main, sont très nettement tracées et l'on voit non seulement l'empreinte des doigts, mais encore celle de la paume de la main.

Toutes les fois que j'ai cherché à toucher ces lueurs, j'ai rencontré des doigts. Comme j'ai vu plusieurs fois de ces taches lumineuses sur les doigts du médium, je ne puis attacher de l'importance qu'à celles qui étaient incontestablement hors de sa portée, ce qui arriva dans un grand nombre de cas. Très souvent j'ai vu des taches phosphores-

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centes sur le parquet ; elles persistaient même dans une demi-obscurité et quand je cherchais à les toucher, elles fuyaient devant mes doigts.

Sur les clichés que j'ai conservés, il y a, autour des empreintes des doigts, une auréole qui n'existerait pas si c'étaient simplement des traces de doigts sales. D'ailleurs j'ai toujours trouvé mes plaques parfaitement nettes avant le développement.

Je sais qu'on pourrait imiter ces lueurs en se frottant les doigts de phosphore, mais on ne pourrait pas imiter leurs changements de forme et d'éclat, ni les produire artificiellement en aussi grand nombre. J'en ai observé avec quatre médiums différents et dans des circonstances oîi nous ne les cherchions pas, occupés que nous étions à des phénomènes autrement intéressants. Ce n'est iias une hallucination, car je ne suis pas seul à les avoir vues et mes plaques sont un témoignage permanent.

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