CHAPITRE II
J'ai essayé de démontrer dans le chapitre précédent i]iu^ le corps humain, ainsi du reste que beaucoup d'autres corps parmi lesquels figurent au premier rang ceux dont ï*»îi molécules présentent une orientation régulière, émettaient des effluves susceptibles d'agir sur les sens hyperestht-^î**?^ de certaines personnes qu'on a coutume de désigner sous le nom de sujets.
Que ces effluves soient simplement des mouvemenis \ tbratoires communiqués à l'éther par les vibrations toiistîtutionnelles du corps ou des émissions de particules mnierielles, c'est là une question secondaire; le physicini ne peut en effet qu'observer des phénomènes et en déduîit.^ des lois sans espérer en découvrir la cause réelle, l.cs théories sont d'excellents moyens mnémoniques dont h^s déductions sont souvent, en outre, fort utiles pour imaginer les expériences propres à les confirmer ou à ivn infirmer ; mais on doit bien se garder de les considérer comme l'expression de la vérité absolue.
Je conserverai donc le nom de fluide^ suivant Tusage consacré, à Tefiluve spécial qui s'échappe du corps humain, sans rien préjuger sur sa nature (1). Je me bornerai à faire observer que l'hypothèse du mouvement vibratoire de l'éther, telle qu'on l'expose généralement, ne suffit pas à expUquer tous les phénomènes; nous ignorons ce que peut être la matière à l'état de division extrême, à Vétat radiant : les expériences de Crookes et de Tezla nous ont seulement donné quelques indications à cet égard ; personne aussi n'est bien fixé sur la nature des odeurs qui présentent des analogies frappantes avec les effluves humains ; enfin, si nous pouvons admettre que les différents corps ne sont que des condensations diverses de cet éther hypothétique, base de toute matière, s'il est vrai que toutes nos sensations soient dues à des mouvements vibratoires, il est certain aussi que ces vibrations ne se propagent pas indifféremment dans toutes les substances : les unes sont conductrices de la lumière, d'autres de la chaleur, d'autres de l'électricité, d'autres du
' (l) « Quelques physiologistes rejeltent l'agent nerveux pour le remplacer par les oscillations de molécules nerveuses. D'abord ces oscillations sont insaisissables au microscope, et si l'on veut que les molécules atomiques des cellules nerveuses qui vibrent soient assez atténuées pour qu'elles échappent à tout examen microscopique, alors on arrive à cet état de ténuité de la matière qui la rapproche considérablement des impondérables, car l'agent nerveux comme les fluides impondérables, pour être insaisissables n'en sont pas moins chose substantielle,
« Mais en dehors de cette considération, comment la sensibilité revient^elle dans les lambeaux de chair rapportés? Le professeur Jobert, pour l'expliquer, admet une atmosphère nerveuse, car les filets nerveux s'arrêtent à l'endroit de la cicatrice.
- • La théorie des vibrations des molécules nerveuses est donc aussi hypothétique que celle de fluide nerveux, et de plus elle est moins vraisemblable, parce qu'elle est impuissante à expliquer beaucoup de phénomènes physiologiques et morbides. »
(D' Charpignon, ptudes sur la médecine animiquef p. 122.)
son. Ce sont précisément ces modifications diverses de réther primordial, mises en mouvement par tel ou tel genre de vibrations, que les premiers observateurs ont désignées sous le nom de fluide lumineux, fluide caloHfique^ fluide électrique, etc., quand elles se présentaient sous une forme impalpable ; ils auraient sans doute appelé Tair fluide sonore, slls ne l'avaient connu que par cette propriété.
Après avoir constaté, par les moyens indiqués précédemment, Texistence du fluide nerveux qui, bleu ou rouge (1), se présente à la fois sous deux états : Tun statique, sous forme de duvet brillant recouvrant la surface de la peau,
(1) Dans les phénomènes électriques, les efQuves se présentent toujours sous ces deux couleurs.
En étudiant, en 1838, les phénomènes électriques dans des tubes contenant des gaz modérément raréfiés, Faraday remarqua le premier qu'une aigrette lumineuse rose s'échappait de Télectrode positive et qu'une simple perle bleue se formait sur l'électrode négative. Entre ces lueurs rose et bleue, il y avait une interruption de la lumière qu'il appela Vespace obscur,
Grôokes a montré récemment que si l'on faisait passer un courant d'induction dans un tube rempli d'hydrogène raréfié, on produisait dans l'aigrette qui s'échappe de T électrode positive des stratifications tricolores : bleues, roses et grises séparées par de petits intervalles obscurs. Près du pôle négatif est une zone lumineuse bleue, puis vient l'espace obscur de Faraday, ensuite se trouvent les stratifications, la première partie de chacune étant bleue, la suivante rose et la troisième grise. A un certain degré de raréfaction, toutes les parties bleues des stratifications passent subitement en avant et forment un seul disque très brillant laissant entre lui et i'électrode positive toutes les portions roses et grises.
Tous ces phénomènes ne sont pas plus expliqués que ceux que nous avons décrits dans le chapitre i^^' de cet ouvrage. Les couleurs bleu et rouge se comportent comme les pôles opposés de la lumière. Saches a montré que la plante s'endort dans la lumière rouge et se réveille dans la lumière bleue ; des graines germent dans la lumière bleue tandis que la jaune et la rouge les font périr. *
l'autre dynamique sous forme d'effluves s'échappant par les organes des sens et les pointes du corps humain, j'ai cherché, d'après la méthode de Mesmer et des magnétiseurs ses élèves, quelle pouvait être l'influence de mes propres effluves sur d'autres personnes.
J'ai d'abord reconnu (ce à quoi je devais naturellement m'attendre) que, sur la plupart des individus, je n'obtenais aucun effet appréciable dans des séances d'essai de courte durée. Avec ceux qui étaient impressionnés et sur lesquels je me décidai à faire des expériences suivies, j'obtins la plupart des phénomènes signalés par les hypnotiseurs et les magnétiseurs ; mais ces phénomènes, que je m'appliquai à produire progressivement en les analysant avec soin, se présentèrent à moi, dans la grande majorité des cas, suivant un ordre très régulier que j'ai exposé avec détails dans mes ouvrages précédents et que je vais résumer ici en me bornant aux états les moins profonds de l'hypnose.
Dès les premières passes, la sensibilité de la peau et celle de l'odorat disparaissent : on peut pincer, piquer et même brûler le sujet, lui mettre de l'ammoniaque sous le nez sans qu'il perçoive rien, mais il continue à entendre et à voir. Au bout d'un temps, variable non seulement avec le sujet, mais avec la nature des sensibilités, toutes celles-ci réapparaissent sous une nouvelle forme ; elles sont spécialisées pour le magnétiseur et les personnes ou les choses qu'il charge de son fluide (c'est ce que les anciens magnétiseurs appelaient le rapport) ; de plus, le sens du tact, au lieu de s'exercer, comme d'ordinaire, à la surface de la peau, s'étend en dehors du corps suivant des lois que j'indiquerai tout à l'heure. Enfin la mémoire, après avoir peu à peu abandonné les faits récents pour se reporter vers de plus anciens, finit par se spécialiser également pour le magnéti-
EXTÉRIORISATION DE LÀ SENSIBILITÉ Si
seur, en ce sens que le sujet oublie tout, famille et amis, pour ne plus connaître au monde que deux personnes, le magnétiseur et lui; et, chose extrêmement remarquable, le sujet, même arrivé à ce degré d'isolement, a conservé absolument intactes son intelligence et la mémoire de sa langue, de telle sorte qu'il continue à raisonner et à parler exactement comme s'il était réveillé.
Cette progression des facultés hypnotiques est coupée, à intervalles réguliers, comme par les barreaux d'une échelle, par une série de phases dites léthargiques où, les nerfs moteurs étant paralysés, le sujet semble plongé dans le sommeil ordinaire ; les membres sont relâchés, les paupières abaissées et la parole abolie (1). Selon la sensibilité magnétique des individus, l'échelle s'avance ou se recule, laissant apparaître entre les barreaux telles ou telles propriétés qui m'ont servi, dans mes premières expériences, à dénommer provisoirement ces États de V hypnose. Le tableau suivant s'applique à beaucoup de sujets d'une sensibilité ordinaire :
(1) La sortie des phases léthargiques est généralement marquée par une profonde inhalation et le relèvement des paupières. Chez quelques sujets, surtout chez ceux qui sont plus ou moins engourdis dans les états de l'hypnose, ces phases léthargiques sont à peine distinctes ; mais elles existent toujours, tandis que les facultés varient suivant les sujets : il en est beaucoup qui ne voient ni les effluves extérieurs ni les organes intérieurs.
Ce phénomène si constant des léthargies successives, que les hypnotiseurs modernes n'ont pas su reconnaître, avait été observé par les anciens magnétiseurs. Voici ce que dit Chardel dans son Exquisse de la nature humaine explicitée par le magnétisme animal, (Paris,1826, p. 276) :
« Il peut arriver qu'en magnétisant avec énergie une personne en somnambulisme, elle s'endorme de nouveau, ce qui lui sert à passer à un état magnétique supérieur. J'ai souvent observé ce phénomène ; il augmente la lucidité, et ce qu'il m'a offert de plus remarquable, c'est que les mêmes gradations se renouvellent en retournant à la vie commune, et que les souvenirs de l'état magnétique supérieur s'effacent en passant à l'état magnétique ordinaire. »
Veille Hypnose — !•' étal Première léthargie Hypnose — 2« état
Deuxième léthargie Hypnose — 3« état
Troisième léthargie
Hypnose — 4^ état I Quatrième léthargie
^ ^ Hypnose — 5« éut Cinquième léthargie
Hypnose — 6« état
Sixième léthargie
Crédulité
Somnambulisme
Rapport
Sympathie au contact
Vue intérieure
Sympathie à distance
Insensibilité cutanée et suggestibilité .
Nota. — J*ai compris ici dans la première léthargie , l'état cataleptique qui parait n'en être qu'une phase. (V.
les Etats profonds de PHypnose, pp.
80 et 81.)
Tous les sens sont spécialisés pour le magnétiseur; le sujet voit les effluves extérieurs du corps ; la suggestibilité est presque nulle .
Le sujet perçoit les sensations du magnétiseur, quand il le touche; la suggestibilité a disparu.
Le sujet ne voit plus les effluves extérieurs ; il voit les organes intérieurs de son corps et des autres, quand il applique la main à la surface de ces corps.
Le sujet perçoit les sensations du magnétiseur quand il ne le touche plus, pourvu qu'il soit à petite distance.
Je vais reprendre maintenant l'étude des modiQcations de la sensibilité, en me servant d'abord des indications
d'un sujet A. dont les yeux ont été préalablement amenés dans rétat où ils perçoivent les effluves extérieurs et qui
Fig. 2. — Couches enveloppant un sujet extériorisé. Croquis exécuté par Albert L.
examine ce qui se passe lorsque je magnétise un sujet B, présentant, à Tétat de veille, une sensibilité cutanée normale.
Dès que, chez celui-ci, la sensibilité commence à disparaître, le duvet lumineux recouvrant sa peau à Tétat de veille, semble se dissoudre dans l'atmosphère, puis reparait au bout de quelque temps sous la forme d'un brouillard léger qui, peu à peu, se condense en devenant de plus en plus . brillant de manière à prendre en, déGnitive l'apparence d'une couche très mince, suivant, à 3 ou 4 centimètres en dehors de la peau, tous les contours du corps.
Si, moi magnétiseur, j'agis sur cette couche d'une façon quelconque, B. éprouve les mêmes sensations que si j'avais agi sur sa peau, et il ne sent rien ou presque rien si j'agis ailleurs que sur cette couche ; il ne sent rien non plus, si c'est une personne non en rapport avec le magnétiseur qui agi . •
Si je continue la magnétisation, A. voit se former autour de B. une série de couches équidistantes séparées par un intervalle de 6 à 7 centimètres (le double de la distance de la première couche à la peau), et B. ne sent les attouchements, les piqûres et les brûlures que sur ces couches qui se succèdent parfois jusqu'à 2 ou 3 mètres, en se pénétrant et s'entrecroisant sans se modifier, au moins d'une façon appréciable, leur sensibilité diminuant proportionnellement à l'éloignement du corps (1).
Au bout d'un temps variable, généralement après la troisième ou quatrième phase de léthargie, les couches concen-
(1) Pour bien me rendre compte comment ces couches se disposaient autour du corps, j'ai pris un carton que j'ai entaillé de telle façon que le sujet B. put y enfoncer la main perpendiculairement; j'ai alors marqué sur ce carton les traces des couches sensibles concentriques.
La figure 2 indique grossièrement, d'après un croquis d'Albert L., comment se disposent les couches autour de la tête et du corps d'un sujet extériorisé.
triques présentent deux maxîma d'intensité, l'un sur le côté droit du sujet, l'autre sur son côté gauche, et il s'y forme comme deux pôles de sensibilité (1). C'est là le début d'un autre ordre de manifestations que je laisse aujourd'hui de côté pour m'en occuper spécialement dans un prochain livre, ie me bornerai, pour le moment, 5 mettre en garde le cheorcâienr inexpérimenté contre les dangers très grands gu'eiltes présentent quand on ignare leurs propriétés.
Le processus de l'extériorisation de la sensibilité étant ainsi connu, il devenait beaucoup plus facile de continuer les observations sans avoir recours au sujet voyant A. J'ai pu reconnaître alors, par de très nombreux essais, que la première couche sensible extérieure se formait généralement dans le troisième état, que chez quelques sujets elle n'apparaissait jamais et que chez d'autres au contraire, tels que M""® Lux, M*"® 0. et M"« T. H., elle se produisait sous l'influence de quelques passes, dès l'état de crédulité qui est une modification presque invisible de l'état de veille, ou même, sans aucune manœuvre hypnotique, à la suite d'une
(1) Il y a lieu de remarquer que, même en dehors de cette question de renforcement polaire, les sujets ressentent moins une piqûre qu'on fait aune couche sensible derrière leur dos à un endroit qu'ils ne peuvent voir que celle qu'ils peuvent voir. Ce serait une erreur d'attribuer cette diflFérence de sensibilité à la suggestion. Un des sujets qui m'aident dans mes recherches est un jeune homme instruit et intelligent, préparant en ce momenl sa licence de philosophie; il aime autant que moi à se rendre compte de ce qu'il éprouve, et il m'a expliqué que les sensations étaient soumises aux mêmes lois sur les couches sensibles que sur la peau: il ressent d'autant mieux qu'il fait mieux attention, c'est-à-dire qu'il accumule par la volonté une plus grande quantité du fluide destiné à transmettre la sensation sur le point où s'exerce Faction à sentir.
Il est probable que c'est par une cause analogue que les mouvements qu'on communique à un pendule dont on touche la tige dans de certaines conditions s'arrêtent quand on ne regarde plus le pendule.
émotion, d'un trouble nerveux et peut-être d'une simple modification et Tétat électrique de l'air (1).
S'il est vrai que la sensibilité se reporte sur des couches
Fig. 3. — Schéma des couches sensibles de la main droite et de la main gauche, avec contact par les troisièmes couches.
concentriques extérieures, le sujet devra, en rapprochant les paumes de ses main$, percevoir la sensation de contact quand deux couches sensibles se toucheront. C'est en effet ce
(1) Mlle T. H., fort bien portante habituellement, a, de temps en temps, de violentes Crises d'hystérie pendant lesquelles elle s'extériorise parfois spontanément; elle se plaint alors qu'on la blesse quand on passe trop près d'elle.
On a amené, il y a quelques mois, à la consultation de M. le D' Luys, à l'hôpital de la Charité, une jeune fille qui avait la curieuse infirmité de ne pouvoir supporter que des vêtements extrêmement souples comme la mousseline, bien que sa peau fût insensible ; on a reconnu que la sensibilité était naturellement extériorisée chez cette personne qui ressentait tous les froissements des étoffes placées à quelques centimètres de son corps.
VÉtoile (no d'avril 1892, p. 267) a signalé un cas singulier de somnambulisme qu'on venait d'observer à THôlel-Dieu de Fréjus. Pendant les accès du sujet, on ne pouvait ni le loucher, ni loucher un objet placé près de lui sans provoquer chez lui une crise « d'autant plus violente que le contact venait d'une personne qui lui était plus inconnue. »
« Un inspecteur qui visitait l'hospice ne voulut pas tenir compte des avertissements qu'on lui donna à ce sujet, et, par curiosité sans doute, toucha les vêtements de Louis D. Aussitôt celui-ci tomba à la renverse, et, l'inspecteur ayant voulu le prendre dans ses bras pour le retenir, la crise devint terrible et laissa le malade sourd pendant plusieurs semaines. »
qui arrive lorsque, comme dans la figure 3, les deux couches c et c' dépendant respectivement de la main gauche et de la main droite se touchent. Le même résultat se produirait si la couche (/ par exemple était en contact avec la couche b ; si le magnétiseur pince ou brûle la couche commune, la perception se fait simultanément dans les deux mains.
Faisons maintenant rapprocher les deux paumes de telle façon que les couches sensibles de l'une se trouvent à peu près au milieu des intervalles insensibles de l'autre comme l'indique la figure 4 et passons lentement une flamme de a en a\
Fig. 4. — Schéma des couches sensibles de la main droite et de la main gauche s'entrecroisant.
le sujet sentira la brûlure d'abord à la main gauche, puis à la main droite, puis à la main gauche et ainsi de suite alternativement. Cette dernière expérience que j'ai répétée plusieurs fois, sur des personnes qui ne s'y attendaient pas et en manifestaient le plus grand étonnement, me paraît des plus concluantes.
Dans les phénomènes que je viens d'exposer, les choses se passent comme si la sensibilité, dont le domaine s'étend
ordinairement du cerveau à la surface de la peau, pouvait parfois s'arrêter en deçà (1) ou se prolonger au delà (2). Cette hypothèse est d'autant plus admissible, au moins provisoirement, que le sens du tact, dont legoût est un cas particulier, est le seul qui nous paraisse nécessairement limité d'ordinaire par la périphérie de notre organisme charnel. Aussi les anciens philosophes, se fondant sur ce que Ton ne voit, l'on n'entend, l'on ne sent, l'on ne goûte, l'on ne ressent bien que lorsque l'on regarde, l'on écoute, l'on flaire, Ton déguste et l'on attend, avaient déjà admis que l'un des éléments de nos sensations était la projection d'effluves matériels lancés par la volonté, de la surface de notre corps, à la rencontre du rayonnement des objets extérieurs. (Voir Note F.)
Nous supposerons donc qu'il existe chez tout homme vivant un fluide qui circule le long de ses nerfs comme l'électricité d'un réseau télégraphique drcule le long des fils métalliques. Ce fluide vient affleurer la peau par l'extrémité de tous les nerfs et y séjourne à l'état statique ; il s'échappe, à l'état dynamique, par les pointes du corps (doigts, orteils), par l'haleine et le «oufflë qui en sont chargés, enfin par les yeux et les oreilles, organes de la vue et de l'ouïe.
L'expérience nous apprend que, dans les conditions nt)rmales, la sensation n'est perçue que quand l'action s'exerce sur le fluide à Vétat statique; c'est-à-dire là où les sujets voyants constatent sur la peau l'existence d'un duvet lumi-
(1) Voir: A. de Rochas, les États profonds de Phypnose, pp. 83 et 84.
(2) Le D' Ochorowicz propose {De la Suggestion mentale^ p. 604 et suiv.), une longue explication pour le phénomène^ en apparence paradoxal, de la transmission de la sensation au cerveau en dehors des nerfs sensitifs.
neux. Il semble que le courant centrifuge des effluves {état dynamique) empêche la sensation de remonter au cerveau, à moins que ces effluves ne subissent les modifications que nous indiquerons tout à l'heure.
On a vu que, sous l'influence des passes du magnétiseur, le fluide du sujet ou, en d'autres termes, l'agent transmetteur des sensations au cerveau, s'extériorisait en se spé^ cialisant et en formant des couches sensibles parallèles à la surface de la peau.
Nous pouvons donc nous poser trois questions :
1° Quelle est la cause qui provoque l'extériorisation ?
2° Pourquoi la sensibilité est-elle spécialisée ?
3° Pourquoi est-elle disposée par couches au lieu de décroître régulièrement avec la distance qui sépare le corps du point d'application de l'action mécanique?
Réponse à la première question
Si l'on fait traverser certains sujets (1) par un courant électrique de sens convenable (2), en lui faisant prendre par l'une de ses mains, soit le pôle positif d'une pile, soit la boule correspondant à l'électricité positive d'une ma-
(1) Tous les sujets ne sont pas aptes à ces expériences parce qu'ils sont plus ou moins fatigués suivant la nature des courants.
(2) Ce sens paraît dépendre de la polarité des sujets, polarité qui varie suivant qu'ils sont droitiers ou gauchers et même suivant leur état de santé, ainsi qu'on Ta dit dans le chapitre i^r. En général, le sommeil est produit en faisant communiquer la main droite du sujet avec le long effluve rouge qui, dans une machine électrique, caractérise l'électricité positive et la main gauche avec l'étincelle bleue formée sur la boule par l'électricité négative ; mais la question n'est pas suffisamment élucidée, à cause de la facilité de renversement des électricités dans les machines.
chine de Wimshurst, et par raulre* de ses mains la boule ou le pôle négatif, on n'arrivera à déterminer exactement les mêmes effets, mutandis mutatis, qu'en agissant au moyen de passes, c'est-à-dire que le sujet passera par les mêmes alternatives de léthargies et d'états hypnotiques et qu'à Vétat de rapport^ il ne sera plus en rapport qu'avec un individu traversé par un courant de même nature et de même sens que celui qui l'a endormi. Le sujet sera réveillé progressivement, en passant par les mêmes phases en sens inverse, quand il sera traversé par un courant de même nature mais de sens contraire.
Il est donc naturel de supposer que les passes agissent surtout comme un courant électrique (1) et que, comme les passes d'un aimant sur un barreau d'acier, elles ont, entre autres effets, celui d'orienter les molécules du corps du sujet de telle façon que le trop plein du fluide vital, au lieu de s'échapper par les extrémités des membres, s'échappe normalement à la surface de la peau et sur toute sa périphérie. Il est en outre probable que le fluide émis
(1) Cette hypothèse devrait être modiûée s'il était vrai qae les vapeurs d'éther et de chloroforme produisent des effets semblables à ceux que j'ai obtenus par le fluide nerveux et par l'électricité ; mais je n'ai pas eu l'occasion de vérifier par moi-même ce qu'on raconte à cet égard (Ramon de la Sagra, l'Ame, démonstration de sa réalité déduite de Vaction du chloroforme et du curare mr Péconomie ani' maie; Pans, Germer-Baillière, 1868).
Voici les seules choses que j'ai observées relativement aux ânes tUésiques.
14 décembre 1891. — En soumettant le bras de deux sujets (Albert et Béatrix) aux vapeurs d'éther, je ne constate pas d'effet appréciable si le bras n'a pas été au préalable magnétisé ; mais, s'il l'a été et si les couches sensibles ont commencé à apparaître, Féther en augmente immédiatement le nombre.
3 janvier 1892. — Même observation que ci-dessus relativement à l'effet de l'éther chez M™« Vix, avec contracture en plus.
5 avril 1892. — Mêmes effets chez M™» Lux pour Taugmentation du nombre des couches sensibles et la contracture.
EXTÉRIORISATION DE LÀ SENSIBILITÉ Qi
par le magnétiseur ou la machine électrique chasse en dehors du corps du sujet son propre fluide vital, qui jaillit alors, par tous les pores, avec une abondance anormale.
Réponse à la deuxième question
Pour faire comprendre la spécialisation de la sensibilité, je ne puis guère m'appuyer que sur des analogies en rappelant que les cordes et les tuyaux sonores vibrent seulement sous rinfiuence des notes fondamentales et des harmoniques pour lesquelles ils sont accordés. (Voir Note G.)
Les électriciens admettent également qu'un conducteur, siège d'une décharge électrique oscillatoire, lance dans l'espace qui l'entoure des ondes ou oscillations électriques animées de la même vitesse que la lumière et de même nature qu'elle ; et que, quand ces ondes électriques rencontrent un circuit accordé, par rapport à leur période d'oscillation, de manière à être capable de vibrer synchroniquement avec elles, elles y donnent naissance à des vibrations électriques ayant exactement la même nature que celles du circuit excitateur.
Le fluide nerveux du sujet envahi par un fluide étranger s'accorde avec les vibrations propres à ce fluide ; c'est quand il est accordé ou en rapport, et que les parties à Vétat statique ont été portées à Vétat dynamique^ qu'il peut transmettre les sensations dues à un objet quelconque imprégné de ce fluide étranger (1), et qu'il ne transmet plus que celles-là.
(1) Il résulte des expériences de M. d'Arsonval sur les courants alternatifs que les nerfs sensitifs et moteurs sont, comme le nerf acoustique et le nerf optique, accordés pour des périodes vibratoires déterminées. Comme eux ils ne répondent pas à des ondulations dont la fréquence est trop basse ou trop élevée.
62 L^EXTÉRIORISAtlON DE LA SENSIBILITÉ
L'expérience montre en effet que pour les sujets très sensibles, il suffit de mettre pendant quelque temps les effluves de ses propres doigts sur le prolongement de ceux des leurs et à petite distance, pour rendre ces effluves sensibles; et cela sur tout leur parcours sans maxima ni minima. C'est ainsi qu'on peut encore, en plaçant l'un de ses pieds dans le prolongement et à 1 décimètre environ du pied du sujet, puis en pressant brusquement avec l'autre pied l'intervalle qui sépare les deux premiers, déterminer chez le patient qui ne s'y attend pas une vive douleur.
Réponse à la troisième question
Les zones régulièrement alternées et fixes dans l'espace (par rapport au corps) des maxima et des minima de sensibilité doivent, comme dans tous les mouvements vibratoires connus (lumière, chaleur, son, électricité), être produits par des interférences d'ondes (i). Or ici nous pouvons rai-
(l) Ces maxima et ces minima pourraient aussi s'expliquer en admettant des émissions de particules matérielles au lieu de vibrations deFéthe^ Voici la théorie que donne Crookes à propos de la décharge électrique dans les gaz raréfiés qu'il compare au mouvement des passants dans une rue très fréquentée.
» Si à certains moments, quand le courant des affaires se produit également dans les deux directions, nous observons d'une fenêtre les allants et venants, nous pouvons remarquer que la foule n'est pas uniformément répartie sur la chaussée, mais forme une série de groupes, ou, pour ainsi dire, de paquets, séparés par des espaces relativement vides. On peut aisément concevoir de quelle manière sont formés ces paquets et ces groupes. Les quelques personnes qui marchent plus lentement que la moyenne retardent le mouvement des autres qui se déplacent dans la même direction ou dans la direction opposée. Par suite, un encombrement temporaire se trouve créé. Les passants qui arrivent par derrière augmentent la foule en ce point, tandis que ceux qui sont devant et conservent la même vitesse laissent derrière eux un espace relativement vide. Si la foule se déplace tout entière dans la même direction, la formation de ces groupes devient moins distincte. Dans les rues très fréquen-
sonnablement supposer que les projections des effluves concordent avec les deux grands mouvements rythmiques du corps humain, celui du cœur et celui de la respiration. De plus, comme ces deux mouvements ont des périodes très différentes, celle du premier étant environ trois fois plus courte que celle du second, il se produit certainement des interférences dont on pourrait exactement calculer la distance si Ton connaissait bien les vitesses de propagation des effluves. On sait déjà approximativement par les observations de Reichenbach qu'elles sont assez lentes dans l'air, de quelques mètres par seconde ; les intervalles que j'ai mesurés, entre deux maxima consécutifs, sont donc de même ordre de grandeur que ceux que donnerait l'application des formules mathématiques (1).
tées, les voitures produisent le même résultat, comme chacun a pu le remarquer.
« On conçoit donc comment de simples différences de vitesse suffisent à résoudre une multitude de passants en un certain nombre de groupes et d'intervalles alternés.
« Au lieu d'examiner des hommes ou des femmes en mouvement, supposons que nous expérimentions sur de petites particules d'une substance, de sable par exemple, de dimensions approximativement égales. Si Ton met ces particules en suspeusion dans l'eau, dans un tube horizontal, et qu'on leur imprime un mouvement rythmique, nous obtiendrons encore des résultats semblables, la poudre se disposant, régulièrement et d'elle-même, en morceaux séparés par des intervalles libres.
« Passons enfin à des substances encore plus ténues, et observons la façon dont se comportent les molécules d'uu gaz raréfié quand on le soumet à l'action d'un courant d'induction. Les molécules sont ici fibres de toute volonté capricieuse, et suivent la loi que je cherche à faire comprendre; et quoiqu'elles soient tout d'abord dans un désordre complet, sous l'influence du rythme électrique, elles se rassemblent en stratifications bien définies. Les portions lumineuses indiquent les régions où se produit l'arrêt du mouvement et par suite des frottements, tandis que les intervalles sombres correspondent aux régions de l'espace que les molécules traversent en subissant un nombre relativement faible de collisions. »
(1) Les longueurs d'onde des radiations en question sont probablement intermédiaires entre les radiations froides étudiées par
On remarquera que la surface de la peau qui est insensible se trouve bien à remplacement d'une couche de minimum de sensibilité (fig. 3 et 4).
Des expériences directes ont semblé montrer qu'en faisant varier le rythme de la respiration on déterminait des variations dans la distance des couches, qui dépendait aussi de Tétat de santé du sujet (1) ; mais pour des matières encore si délicates et si pleines d'obscurité, il faut se garder des conclusions prématurées basées sur des observations trop peu nombreuses.
M. Langley et les radiations électriques étudiées par M. Herz.
On sait que les longueurs d*ondes perceptibles par les yeux normaux sont comprises entre 0mm,000.4 et 0n™,000.8 constituant ainsi une sorte d'oclave dans la série indéfinie qui existe certainement.
La longueur d'onde correspondant aux radiations émises par la glace fondante serait de O-'-.OOI.l.
Les longueurs d*ondes sonores perceptibles pour l'oreille humaine sont comprises entre 8 millimètres et 21 mètres.
« On a appris, dit M. Langley, par les mesures récentes que j'ai effectuées, Texistence de longueur d'ondes plus grandes que Omm,005 et j'ai lieu d'estimer que j'ti reconnu des radiations dont la longueur d'onde dépasse 0""»,03. Ainsi j'ai mesuré des longueurs d'ondes égales à près de huit fois celles connues de Newton et j'ai des indications probables de longueurs d'ondes beaucoup plus grandes.
« L'abtme entre la plus courte vibration sonore et la plus longue vibration de l'éther que l'on connaisse est donc maintenant comblé dans une certaine mesure. » (Annales de physique et de chimie, 1880.)
Depuis cette époque, les beaux travaux de Herz ont permis de mesurer Tonde électrique qui varie de quelques millimètres à plusieurs mètres; mais toute cette question est encore obscure à cause des différences de forme de la vibration et de nature de l'agent transmetteur. Les données des sciences dites occultes sont souvent plus certaines que celles de la science officielle auxquelles le public prête une impeccabilité que les vrais savants sont loin de leur attribuer.
(1) Avec certains sujets d'une nature ardente et portant une vive affection à leur magnétiseur, les couches s'infléchissent vers celui-ci comme s'il les attirait.
Poursuivant dans ses conséquences l'hypothèse d'un mouvement vibratoire et ayant constaté que les effluves traversaient les murailles (1), je fis construire un prisme droit en plâtre ayant pour base un triangle de 0'",30 de côté et je reconnus, aussi bien par le témoignage du sujet lui-même que par celui d*un autre sujet aux yeux hyperesthésiés, que les couches à la fois lumineuses et sensibles du sujet extériorisé subissaient par leur passage dans ce prisme une déviation à peu près constante, ainsi qu'on peut le voir dans la figure 4 de la planche II, qui reproduit un des nombreux dessins relatifs à ce genre d'expériences ; mais, le phénomène principal se compliquant de phénomènes secondaires dont je n'ai pu encore trouver la clef, j'abandonnai provisoirement cette voie pour me borner à rechercher quels étaient les corps qui laissaient le mieux passer les effluves (les meilleurs diadiques suivant l'expression de Reichenbach), et je fus conduit ainsi à la découverte d'un fait capital dans cet ordre d'études.
J'opérais avec Albert L., dont j'ai parlé dans le premier chapitre ; non seulement il percevait les attouchements sur les couches sensibles, mais encore il voyait ces couches sous forme de surfaces lumineuses ; je lui faisais étendre la main gauche perpendiculairement sur une table recouverte de papier blanc, le côté extérieur du petit doigt réposant sur la table, et je posais, du côté de la paume de
(1) Ce phénomène a été constaté par presque tous les anciens magD^tiseurs et aussi par M. P. Janet dans sa célèbre expérience du Havre. (A. de Rochas, les Étals profonds de Phypnose^ pp. 47 et 48.)
66 l'extéhiorisation de la sensibilité
la main, la substance à essayer ; puis j'amenais, à l'aide de passes locales et convenablement graduées, sa main gauche en état d'extériorisation et ses yeux en état d'hyperestliésie (1), de telle sorte qu'il pouvait décrire et au besoin dessiner ce qui se passait.
Un verre rempli d'eau ayant été ainsi disposé pour l'expérience, Voilà ce que dessina Albert (fig. 5). M G repré-
Fig. 5, — Schéma de la sensibilisation d'un verre d'eau par la main gauche d'un sujet extériorisé.
sente la main gauche, V le verre d'eau, c, c', c", c'^' les diverses couches lumineuses : on voit que ces couches sont interrompues derrière le verre qui projette une sorte d'ombre marquée par Tînlerruption des couches lumineuses en A et en B. Quant à l'eau du verre, elle s'illumina rapidement dans toute sa masse ; et, au bout de quelque temps, probablement quand elle fut saturée, il s'en dégagea verticalement comme une fumée lumineuse.
(1) Je rappelle que chez les sujets bien doués on peut faire passer isolément chaque partie du corps par les divers degrés de l'hypnose ; quand on pousse trop loin, Thypnose se propage jusqu'au xerveau d'où elle se répand dans tout T organisme.
Les sensations tactiles confirmaient ces indications; car, en piquant l'air en A où en B, le sujet ne sentait rien, tandis qu'il sentait quand je pinçais l'eau en un point quelconque, ou Tune des couches lumineuses.
Bien plus, prenant le verre d'eau et le portant à quelque distance, je constatai qu'il restait sensible, c'est-à-dire qu'Albert ressentait les attouchements que je lui faisais subir, bien qu'à la même dislance il n'y eût plus trace ailleurs de couches sensibles. Si on s'éloignait trop, la communication de sensation ne s'effectuait plus, mais elle reparaissait quand on s'approchait de nouveau à distance convenable. Au bout de- quelques instants, l'eau perdait ses propriétés, si elle restait éloignée des couches sensibles.
Nous nous trouvons donc en présence d'un phénomène analogue |u8gu''à un certain point à celui que présente un corps phospiiorescaiL
L'eau s'est tàiai^gée de sen^lMUté axaaa^ le sulfure de calcium se chai^ de loiirïca^ et die rayonne jusqu'à ce qu'elle ait rravorjé tout œ qu''dte a reçu ou, en d'autres termes, jusqpt^ ce qaeTéaeTpit qid lui a été communiquée soit épuisée.
Diverses eipencBoes qpxTi wenSsL trop loi^ de rapporter ici m'ont permis de préciser cette hypothèse et de formuler, en négligeam le phénomène secondmre des maxima et des minima, les propositions- suivantes :
V Les manœuvres propres à extérioriser un sujet déterminent la formation, autour de ce sujet, d^un champ de l'agent propre à transmettre au cerveau les vibrations ordinairement perçues par le «eus du lact,
2° Ce champ^ dont l'étendue augmente avec le degré de mag^étîsatiim du sujet, est aussi, pour un même degré, d'au-
tant plus considérable que ractîon mécanique exercée est plus considérable.
3<* Théoriquement, une action d'intensité infinie serait perçue à une distance infinie.
4° Si on place, pendant un certain temps, près d'un sujet extériorisé une substance propre à absorber cet agent, la substance se chargera, jusqu'à la limite de sa capacité propre, de l'agent proportionnellement à ce temps et à rintensité du rayonnement du sujet au point où elle est placée, de telle sorte qu'elle deviendra elle-même le centre d'un champ plus ou moins étendu, propre à transmettre des sensations perceptibles par le tact.
5° Si, pour une action mécanique d'intensité i, le rayon du champ du sujet est r et celui de la substance sensibilisée,
Fig. 6. — Schéma de ïa position extrême où le sujet A extériorisé perçoit les actions mécaniques exercées sur l'objet B sensibiiisé.
r, le sujet percevra les actions mécaniques d'intensité égale à t exercées soit sur la substance elle-même, soit sur un point quelconque du champ de cette substance {i), tant
(l) Quelques sujets ne perçoivent pas comme lumière les coucher sensibles ; mais, quand on pince une de ces couches, ils voient une lueur partir de Tendroit pincé et se rendre au point où ils ressentent la douleur. Si l'on pince un point du champ d'un objet sensibiiisé,
que la distance entre le sujet A et la substance B sera inférieure ou égale à r + ^ (fig- 6) ; mais, quand celle distance sera supérieure à r -h r', il y aura un espace où Fagent sera en quantité insuffisante pour transmettre les vibrations d'intensité égale ou inférieure à i, et la sensation ne se transmettra plus. La communication se rétablira dès que les deux champs, définis comme ci-dessus, se toucheront de nouveau r
6® La sensation est toujours perçue au point du corps du sujet le plus rapproché du point de la couche sur laquelle on agit, ou au point dont les effluves ont servi à sensibiliser Tobjel si Ton agit sur un objet sensibilisé.
En opérant avec divers sujets, j'ai reconnu que les substances propres à emmagasiner leur sensibilité étaient presque toujours les mêmes que celles qui emmagasinent les odeurs : les liquides, les corps visqueux, surtout ceux d'origine animale, comme la gélatine, la cire, l'ouate, les étoffes à structure lâche ou pelucheuse comme le velours de laine (1). J'ai cependant trouvé deux exceptions remarquables et bien nettes ; M. Laurent sensibilise surtout le fer (2) et M"® de V. la soie ; ils n'agissent presque pas, l'un et l'autre, sur l'eau ou la cire.
J'ai également essayé si l'on ne pourrait pas extérioriser
dans des conditions telles que la sensation puisse se communiquer, ils voient la lueur partir du point pincé, se rendre d*abord vers Fobjet sensibilisé et repartir de là pour le point du corps où la sensation est perçue.
(1) On trouvera dans la note H le détail de quelques-unes de mes expériences à ce sujet.
(2) Chez le plus grand nombre des siy'ets, Por placé sur une couche sensible détermine une vive sensation de brûlure; chez d'autres (M-« Vix), c'est Targent, M"' Robert ne sent ainsi ni l'or ni Targent, mais le nickel lui fait éprouver quelques picotements.
70 l'extériorisation de la sensibiuté
d'autres sensations (1) que les sensations tactiles : par exemple en plaçant un verre d'eau sur le trajet des effluTes de l'oreille, puis en parlant à voix basse contre l'eau emportée une certaine distance . Je n'ai produit ainsi s»r k plupart de mes sujets habituels ga'une légère sensation de chatouillement à l'oreille; de même pour les yeux. M"® Andrée et M"*® Vix m'ont donné quelque chose de phis. Voici en effet ce que je lis dans le procès-verbal de mes expériences à la date du ^ février 1892 :
. « M'^® Andrée est endormie par M. Reybaud et poussée jusqu'à l'état de rapport.
« M. Reybaud me met en rapport avec elle. Je constate rinsensibilité de la peau et la sensibilité à 2 ou 3 centimètres, puis des maxima et des minima peu sensibles jusqu'à 30 ou 40 centimètres, puis plus rien.
« En condensant sa sensibilité dans un verre d'eau, elFe me sent jusqu'à 3 ou 4 mètres.
« En plaçant dans l'eau sensibilisée de l'essence de laurier cerise, elle commence par se trouver très heureuse, puis elle éprouve le besoin de se mettre à genoux ; elle finît par exécuter le mouvement.
(1) Un de mes amis, écrivain très connu et sujet très sensible, S'extériorise pour moi après un simple contact de quelques instants, (^hez lui le sens de l'odorat se spécialise en même temps ; il me sent alors, m'attribue une odeur balsamique tout à fait particulière et ne sent que moi.
L'abbé Ribet (Mystique divine^ 11, 31S) rapporte un fait qui peut recevoir la même explication r
a Sainte Catherine de Gênes, en flairant la main dti prêtre qui dirigeait son âme, ressentait une odeur d'une suavité ineffable qui lui réconfortait à la fois et l'âme et le corps, et dont la vertu était telle qu'il lui semblait que les morts, selon son expression, dussent en ressusciter. Le confesseur aurait bien voulu jouir de la même faveur ; mais il avait beau flairer sa main, pour lui l'odeur merveil leuse n'existait pas. » . .
( }im(i vix est endormie par un courant de piles, en tenant dans chacune de ses mains l'un deâ" cylindres de cuîvrt* qui terminent les rhéophores.
€ Quand elle est arrivée à l'état de fappwt, elle ne perçoit plus que les attouchements des personnes qui tiennent au moins l'un des cylindres de la même main qu'elle le tenait.
« Elle est extériorisée. Je sensibilise un verre d\nm; j ) introduis un des cylindres, ce qui lui fait éprouver um* si'nsation très pénible, puis une bouteille renfermant cïn \i\]vrianate d'ammoniaque et bien bouchée à l'émeri, eji iiv:uH soin de la faire toucher au cylindre; au bout d'une nihuitc environ^ rien ne se produisant, je passai à d'autres i\périences sans rien dire, quand elle manifesta un grau il agacement et le désir de me griffer. »
On sait par les expériences des docteurs Bourru, Uiaor etDufour, ainsi que par les miennes, que, chez beiiminin de sujets, l'inhalation de l'essence de laurier-cerise nu Je la valériane détermine l'extase religieuse pour la piToiirre et les attitudes de chat pour la seconde,
M. Routin, ingénieur électricien et ancien élève de rileoli* polytechnique, a été encore plus heureux, car en IVvrirr 1894, il m'écrivait :
« Je vous ai déjà signalé le fait que j'ai constaté avri* le même sujet (Marguerite de P.) et qui consiste enceqin l intériorisation n'affecte pas chez elle le seul sens du tat i , iiuus tout aussi bien la vue, l'odorat et l'ouïe. En parlaïU tuiu près d'un verre d'eau sensibilisé, Je lui téléphonais n; que j'avais à lui dire. Je me suis d'ailleurs assuré qu'il rijnr impossible d'attribuer le phénomène à la suggestion ne iitale ; en plongeant des fleurs odorantes dans un verre li tim
sensibilisé placé dans une chambi'e voisine, M"° M. de P. reconnaît les fleurs. »
Malheureusement, les circonstances n'oi^t permis ni à M. Houtin ni à moi de répéter ces expériences avec cette jeune personne qui était un sujet neuf et hors ligne : c'est là ce qui arrive trop souvent dans une science où l'objet de l'étude ne s'achète pas chez le marchand de produits chimiques.
Il résulte de ce qui précède qu'un animal placé à côté d'un sujet extériorisé peut se charger de sa sensibilité et que les parties détachées du corps de ce sujet, tels que les cheveux, le sang, la sueur, les rognures d'ongle, les déjections doivent se comporter comme des objets sensibilisés (1). C'est en effet ce qui a lieu (2) et plus que personne le magnétiseur jouit de cette propriété, puisqu'il y a probablement échange de fluide par une sorte d'endosmose.
On peut comprendre maintenant ce qui se passe dans l'état que j'ai appelé la sympathie au contact. Le fluide du sujet tnmve dans les nerfs du magnétiseur qui le touche une substance infiniment plus conductrice que dans l'air ambiant ; aussi s'écoule-t-il par celte voie de préférence à toute autre et les sensations se communiquent-elles le long des deux systèmes de nerfs mis en contact quelque
(1) On trouverait dans ce phénomène une base physique pour expliquer Tefficacité des reliques.
De même, il ne serait pas absurde d'admettre qu'en dehors des causes spirituelles dont nous ne voulons pas nous occuper, les guérisons par immersion dans la piscine de Lourdes peuvent être aidées : !<> par le saisissement dû à l'eau froide, qui, chez les sensitifs détermine l'état de crédulité où s'affirment les auto-suggestions ; 2o par le chargement magnétique de la piscine à Taide des effluves de certains malades puissamment extériorisés sous l'influence de la foi.
(2) Voir la note E sur la persistance de la vitalité.
temps avant que Torgaiiisme du magnétiseur ait absorbé assez de sensibilité pour rayonner à son tour et transmettre ses sensations, même sans contact, comme cela a lieu dans Tétat de sympathie à distance.
Quant au phénomène de la vue des organes intérieurs, il pourrait s'expliquer en admettant que le sujet perçoit par ses couches sensibles qui pénètrent à travers le corps ; mais celte lucidité, qui est analogue sinon identique à la vue si discutée des somnambules à travers les corps opaques, n a pas encore été suffisamment étudiée.
Peut-être l'extériorisation de la sensibilité sera4-eUe observée un jour chez certains animaux et reconnaîtrat-on qu'elle se développe ou s'atrophie en raison inverse des autres sens et suivant les conditions des milieux. Eaton bien sûr qu'elle n'existe pas, à l'état plus ou moins conscient, chez les aveugles qui nous étonnent souvent par la perception des objets qui les entourent?
Dans les chapitres suivants, je vais montrer comment on a cherché, à diverses époques, à utiliser, soit pour le bien, soit pour le mal, les mumies (1), c'est-à-diri'. lus substances chargées de sensibilité humaine.
(1) Le mot mumie qu'ont adopté les disciples de Paracelse iiviîc Je sens que je lui conserve, et qui est une autre forme du mot nuttah^ appartient à la langue arabe et dérive du persan modm, signillaut cive ou substance balsamique.
aMD