CHAPITRE m
L'ENVOUTEMENT
Les expériences que je viens de rapporter ont certainement rappelé à l'esprit du lecteur les vieilles histoires de figurines de cire qu'on transperçait avec des épingles, dans la croyance que les blessures ainsi faites sur l'image se répercuteraient sur la personne qu'elle représentait.
Cette pratique, quelque absurde qu'elle paraisse, remonte aux premiers âges de l'humanité et se retrouve dans tous ît s temps comme dans tous les pays; il est donc extrêmeniiTH probable qu'elle tire son origine d'un fait bien réel et iel;v tivement assez fréquent (1). 11 est plus certahi encore tjue
(1) « Il sera démontré, a dit Xavier de Maistre, que les tradîtions antiques sont toutes vraies, que le paganisme entier n'est qu'un système de vérités corrompues et déplacées, qu'il s'agit de les nettoya» r pour ainsi dire et de les remettre en place pour les voir briller île tous leurs rayons. -
Ajoutons que, suivant la remarque de Bacon (De secr, op. arlh et nntura, cap. 1), les premiers possesseurs de ces secrets surchargèrent d'accessoires futiles et mensongers l'expression des faits rée!^ I afin de cacher les découvertes des sages à une multitude indigne «le | les connaître.
rîmagination des hommes naturellement portée vers le merveilleux a promptement transformé ce phénomène primordial de mille façons différentes (1).
Ce sont ces variantes que je vais d'abord rechercher.
Le Père Gharlevoix visita T Amérique centrale au commencement du xviii' siècle ; il rapporte que les Illinois font de petits marmousets pour représenter ceux dont ils veulent abréger les jours, et qu'ils les percent au cœur.
Un autre missionnaire, le Père Garcia, trouva une cou-
(1) Voici un exemple de ces transformations. Le D^ A. Légué, rendant compte de mes expériences dans une chronique qui a fait ie tour de la presse, s'exprimait ainsi :
« 11 n'y a pas longtemps, M. de Rochas, administrateur de l'École polytechnique, avait groupé quelques personnes auxquelles il voulait démontrer d'une façon presque palpable le phénomène de l'envoûtement au moyen âge. Dans ce but, il avait apporté une poupée de cire, et, à rappui de sa théorie, il avisa une de ses auditrices et déclara que la personne désignée par lui à ce même moment ressentirait l'impression des manipulations qu'il ferait subir à la poupée. En effet, il traversa à plusieurs reprises le cœur et les bras de la figurine, et M"® X. éprouvait les sensations de ces " attouchements d'une manière proportionnée au degré de volonté que Vexpérimentateur mettait dans son action,
« L'expérience terminée, tout le monde se leva à Texception de M"© X., demeurée un peu à Fécart. L'une des spectatrices prit curieusement Tobjet dont s'était servi M. de Rochas et le retourna dans tous les sens.
a On entendit alors Mme x. murmurer plaintivement : « Vous n'avez donc pas encore fini de me faire souffrir?... »
Le lecteur pourra juger, par la suite de ce chapitre, de la différence immense qui existe entre la réalité et le récit. Et cependant il s'agit d'un fait qui venait de se passer très ouvertement dans la même ville : le D' Légué ne devait chercher qu'à dire la vérité et pas du tout à inspirer de la terreur pour un pouvoir occulte, ce qui était au contraire le but des sorciers d'autrefois*
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lume analogue aux îles Marquises. Le sorcier prend de votre salive, et, l'enveloppant dans une feuille d'arbre qu1l conserve avec lui, il devient maître de votre corps et de votre esprit.
Le Rère Léon-Marie Guerrin, sous-procureur de la -Grande Chartreuse, répondant à une question que j'avais posée à V Intermédiaire des Chercheurs et des Curieuj:^ écrit ceci :
Durant les trois années (1864 à 1867) que j'ai passées on Chine, à Kouaî-thao, province de Canton, j*ai souvent entendu de vieux chrétiens me parler de procédés consisiant a faire mourir des personnes à distance au moyen de figuriDes de terre de très petites dimensions (représentant ordinairement des porcs), que Ton dispose sur des tombes ou dans ilos maisons, après que les figurines ont reçu une sorte de bénédiction de la part des bonzes.
M*"^ Chourry, préfet apostolique du Kouang-sy (Chine ), a bien voulu me faire connaître une pratique analogue encore en usage dans le Kouang-sy et le Kouang-fojj|i^.
Une personne s'est-elle évadée d'une maison sans qu'un .puisse savoir ce qu'elle est devenue, un voleur a-t-il réussi à s'esquiver de la même façon avec les objets soustraits r il suffit, assure-t-on, pour faire revenir le sujet, de découvrir ses traces physiques sur le sol et d'appeler un bonze, non le pn.-mier venu, mais passé maître dans la partie. Celui-ci, après fuite simagrées et invocations aux esprits, et après avoir aspevtjA de sang de chien les traces des pieds, y enfonce à coups jedoublés un tronçon de bois ou de bambou et inflige uiusL j)réiend-on, à l'individu des coliques et des douleurs d'entrailles d'une intensité extrême, tout en excitant en lui mi tel besoin de revenir à son point de départ avec la persuasion d'obtenir ainsi sa délivrance, qu'il n'a plus de repos qu'il ne se soit exécuté en rapportant même, s'il s'agit d'un voleur, lt*s
objets qu'il avait enlevés. Aussitôt revenu, il recouvre son état DormaL
L'immense disproportion entre les effets et la cause (d'un côté une cause en soi inefficace opérant ainsi à des distances indéterminées tant que les traces physiques restent apparentes, de l'autre des douleurs intenses avec le besoin pour le patient de revenir à son point de départ pour se délivrer), la profession de l'agent qui est un prêtre d'idoles, la circonstance d'une spécialité réservée à certain sujet de préférence à ses collègues, les pratiques superstitieuses qui accompagnent l'opération : tout semble indiquer une intervention diabolique, let telle est sur ce point l'opinion universelle dans le pajs.
Dans la Nouvelle-Calédonie, chez \qs Canaques, « les sorciers sont envoulteurs. Leurs pratiques sont des plus simples. Un sacrifice dans le cimetière, quelques momeries dont on se presse d'avertir la victime désignée pour l'effrayer, et elle tombe malade. On dit alors qu'elle est mangée. J'ai pu constater trois fois des morts arrivées dans ces circonstances et que les noirs ne manquaient pas d'imputer aux pratiques mystérieuses du sorcier, mais que j'ai toute raison de rapporter à des tumeurs provenant peutêtre d'un régime exclusivement végétal. » (Patouiu^t, Trois Ans en NowveUe-Calédonic ; Psfffe, Deiïlu, 1873, p. 201.)
Un article publié en janvier 1863 par la Bévue des Deux Mandes sous le titre la Chasse aux téies^ parle (p. 154) d'une vieille sorcière de Bornéo ipi'on accusait d'avoir fait pérÎT une jeune femme i en fiaiçonnaDA wne image de cire qu'elle exposaît chaque malin devant un feu doux. A mesure que l'effigie s'en allait fondant, la femme lia, la rivale condamnée, de plus en plus pâle, de plus en plus fié- Treuse, languissait et.se fondait elle aussi. •
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Voici encore ce que rapporte le D' A. Corre {Nos Créoles, Paris, Savine, 1890, p. 123) en parlant des Antilles fran» çaises :
... Quelques vieilles commères (mulâtresses ou négresses) connaissent mieux que cela. Elles pratiquent renvoûlemeiii, mais un envoûtement simplifié et d'après un procédé bkii local. L'anoli, ce petit lézard vert, si gracieux, si alerte, qui s'étale et court au soleil, sur les arbres ou les savanes de nos colonies, remplace l'image de cire de nos aïeux; on le ticèle dans des brimborions d'étoffe ou de papier qui doivent rappeler le costume de la victime et, sur ce représentant forcé de la personne offerte aux génies infernaux, on déclame les conjurations d'un rituel fantaisiste. Toutefois, ce nouveau chargé d'imprécations n'est point fatalement condamné à la mort, pus plus que la créature humaine dont il usurpe bien malgré iui la place. 11 s'agit souvent de paralyser certaines volontés; c'est un mode inédit de suggestion mentale à longue dt:^tance. Deux négresses, à la suite d'une dispute accompagnée de coups de poings et de coups de dents, sont appelées de* vant le tribunal correctionnel. Pour prévenir les effets d'iJu réquisitoire qu'elle a de sérieux motifs de redouter, l'une de h prévenues exécute un grand jeu. Quatre anolis, coiffés d'une petite toque de magistrat, sont enfermés dans une bouteille; le plus gros a la gueule ficelée : c'est le procureur, qui ne pourra prendre la parole au moment psychologique, car on a mare langue H (on lui a amarré, attaché la langue)...
Les anciens rituels de lT.gypte font souvent allusion à TEnvoûtement (1], et M. Lenormand en a retrouvé la trace
(1) Ce mot vient soît du vieux français volt ou voul, image \vuiiiiy en latin), soit du verbe ialm vovere, vouer. Dans Tibulie et danE> Ovide^ devovere sigoifie soumettre à des enchantements, envoûtei -
chez les Assyriens. Dans son livre sur la Magie des Chaidéensj il reproduit une grande tablette provenant de la bibliothèque du palais royal de Ninive et contenant une suite de vingt-huit formules d'incantation déprécatoire contre l'action des mauvais esprits, les accidents et les maladies. Le tout forme une longue litanie qui, divisée en paragraphes finissant tous par la même invocation sacramentelle, se récitait probablement, comme nos litanies actuelles, à l'heure des prières.
Voici le sixième yerset :
Celui qui forge Vimage^ celui qui enchante^ la face malfaisante^ Vœil malfaisant^ la langue malfaisante^ la lèvre malfaisante^ la parole malfaisante.
Esprit du Ciel, souviens-fen ! Esprit de la terre, souvienS'Ven /
Si nous passons aux Grecs, nous trouvons un texte de Platon :
Il y a parmi les hommes deux espèces de maléfices dont la distinction est assez embarrassante. L'une est celle que nous venons d'exposer nettement, lorsque le corps nuit au corps par les moyens naturels. L'autre, au moyeu de certains prestiges, d'enchantements et de ce qu'on appelle ligatures, persuade à ceux qui entreprennent de faire du mal aux autres qu'ils peuvent leur en faire par là, et à ceux-ci qu'en employant ces sortes de maléfices on leur nuit réellement. 11 est bien difficile de savoir au juste ce qu'il y a de vrai en cela ; et, quand on le saurait, il ne serait pas plus aisé de convaincre les autres. Il est même inutile d'entreprendre de prouver à certains esprits fortement prévenus qu'ils ne doivent pas s'inquiéter de petites figures de cire qu'on aurait mises ou à leur porté, bu dans les carrefours, ou sur le tombeau de leurs ancêtres, et de les exhorter à les mépriser, parce qu'ils ont une foi confuse à la vérité de ces maléfices. .« Celui qui se sert de charmes, d*encbantements et de tous autres maléfices de
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cette nature à dessein de nuire par de tels prestiges, s'il est devin ou versé dans l'art d'observer les prodiges, qu'il meure 1 Si, n'ayant aucune connaissance de ces arts, il est convaincu d'avoir usé de maléfices, le tribunal décidera de ce qu'il d(Mt souffrir dans sa personne ou dans ses biens. (Lois^ liv. XI, traduction de M. Cousin, t. Vlll, pp. 324-325.)
On connaît la réputation des sorcières de Thessalie, qui causaient l'impuissance et une mort lente en perforant chaque jour avec une aiguille Timage en cire de la personne à qui elles voulaient nuire.
Ovide rappelle cette coutume dans ses Héroïdes.
Devovet absentes simulacraque cerea figit, Et miseruoi tenues in jecur urget acus (IJ.
(Ep. 6 ; Hypsipile, v. 91 et 92.)
De même Horace dans ses satires :
Lanea et efûgies erat, altéra cerea : major Lanea, quse pœnis compesceret inferiorem ; Cerea suppliciter stabat, serviliiHis utque Jam peritura modis (2).
(Uv. P% Sat, 8, V. 29-33.)
La tradition de ce maléfice se conserva parmi les peuples chrétiens, aussi bien de l'Occident que de l'Orient, mais il s'y compliqua souvent des pratiques sacrilèges qui, dans Tesprit de leurs auteurs, avaient pour effet d'abord d'augmenter par l'administration des sacrements la ressemblance
(1) Il envoûte les absents ; il fabrique des images de cire et pique le foie des malheureux avec de fines aiguilles.
(2) Il y avait aussi une poupée de laine et une de cire ; celle de laine, plus grande, semblait devoir châtier l'autre ; celle de cira se tenait en posture suppliante, comme prête à mourir d'une manièje misérable.
de la figure avec la personne visée, puis de réjouir et d'exciter le zèle du démon, qu'ils appelaient à leur aide, par la profanation des espèces consacrées.
On peut consulter à ce sujet Tertullien (1) et l'histoire byzantine ainsi que les écrits de la plupart des jurisconsultes et des exorcistes du xvi° siècle tels que Delrio, Alphonse de Castro, Le Loyer (2).
Un des exemples les plus souvent cités est celui de DuflT, roi d'Ecosse, qui succomba tout desséché, par suite des manœuvres magiques d'une sorcière qui faisait fondre tous les jours sur un brasier une statuette en cire de ce prince ; je vais donner quelques détails sur des cas choisis à diverses époques et puisés à d'autres sources.
Sous le règne de Louis X, Enguerrand de Marigny, garde du Trésor, fut arrêté sous l'inculpation du crime de concussion et d'altération des monnaies. Le roi était disposé à le traiter avec modération, lorsque ses ennemis, déterminés à le perdre, rapportèrent à Louis X c qu'un nécromant de profession, à la sollicitation de la femme et de la sœur d'Enguerrand^ avait fabriqué certaines images de cire à la ressemblance du roi, du comte Charles de Valois et d'autres barons, afin de procurer par sortilège la délivrance d'Enguerrand et de jeter un maléfice sur lesdits roi et seigneurs ; lesquelles images maudites étaient en telle manière ouvrées,
(1) De Spectac, ch.x, p. 90; De Resurrectione carnis, ch.xvi, p. 389.
(2) Ea 337, l'empereur Constance condamna au bûcher ceux qui « de loin font mourir leurs ennemis ». 11 existe plusieurs ordonnances des rois de France contre ce genre particulier de sorcellerie : 742, ordonnance de Chilpéric ni; 1470, ord. de Charles VIII; 1560, ord. de Charles IX; 1569, édit d'Henri HI; 1628, ord. de Louis XllI ; 1672, ord. de Louis XIV.
C'est la peine de mort qui était ordinairement pronoticée contre les coupables.
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que, si longuement elles eussent duré, lesdits roi, comte* el barons n'eussent chaque jour fait qu'amenuiser, sécher el languir jusqu'à la mort (1). > Pour donner quelque poids à ces allégations, on montra au roi des figures percées et sanglantes que Ton assura avoir été trouvées chei le nécromant. Louis X, épouvanté, consentit à la condamnation de son favori, qui fut pendu à Montfaucon^
En 1317, Jean XXII, second pape d'Avignon, écrivait que ses ennemis avaient voulu l'envoûter.: « Les niagidens Jacques dit Brabançon et Jean d'Amant, médecin, ont préparé des breuvages pour nous empoisonner, nous et quel-. ques cardinaux nos frères ; et, n'ayant pas eu la commoilité de nous les faire prendre, ils ont fait des images de cirt* soiis nos propres noms pour attaquer notre vie en piqiutn f ces images. Mais Dieu nous a préservés et a fait tonjUtM' entre nos mains trois de ces images diaboHques. » [Bîhi. arch, hist. Tarn-et-Garonne, t. IV, 2* trim. 1876.)
En 1333, Robert d'Artois fut accusé, entre autres criBies, d'avoir essayé d'envoûter la fenune et le fils de Philippe VI de Valois. On lui fit un procès solennel dont toutes Itîs séances furent tenues en lit de justice au Louvre et prt'**idées par le roi lui-même assisté des pairs et des plus grands personnages du royaume.
Les pièces originales de ce procès existent encore au Trésor des Chartes (2) ; des copies en ont été en outre con-
(1) Chronique de Saint-Denis.
(2) Le Trésor des Charles est le fonds proprement dit des archivcà royales de France, de Philippe-Auguste à Charles IX. Actuellenjetit il fait partie intégrante des Archives nationales, dont il forme b série J. \\ se subdivise: en cartons dénommés Zaî/eWe* sous la cote J qui contiennent les parchemins et papiers constituant des pièces originales ; et en registres sous la cote JJ.
Les pièces relatives au procès de Robert d'Artois sont comprises
servées dans le manuscrit n° 18437 ( ancien fonds Saint- Germain) de la Bibliothèque nationale. Elles ont été reproduites dans un certain nombre de mémoires historiques^ entre autres dans celui que Lancelot a inséré au tome X des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles -lettres. C'est à ce dernier que nous empruntons le document suivant dont nous avons légèrement modifié l'orthographe pour le rendre plus compréhensible.
A quelques jours de là, c'esl-à-dire entre la Saint-Remy et la Toussaint de la même année 1333, frère Henry (1) fut mandé par Robert qui, après beaucoup de caresses, débuta par lui faire derechef une fausse confidence, et lui dit que ses amis lui avaient envoyé de France un volt ou voust « que la reine avait fait contre lui. Frère Henry lui demanda « Qu'est-ce que voust? — C'est une image de cire, répondit Robert, que l'on fait pour baptiser, pour grever ceux que l'on veut grever. — L'on ne les appelle pas en ces pays voust y répliqua le moine, l'on les appelle manies (2). »
Robert ne soutint pas longtemps celte imposture ; il avoua à frère Henry que ce qu'il venait de lui dire de la reine n'était pas vrai, mais qu'il avait un secret important à lui communiquer, qu'il ne lui dirait qu'après quïl aurait juré qu'il le prenait sous le sceau de la confession. Le moine jura c la main mise au piz ».
Alors Robert ouvrit un petit escrin, et en tira c une image
dans le registre 11. 20 (de 1329 à 1337) et dans les layettes J. 439 et 440.
Les Archives nationales contiennent encore, en dehors du Trésor des Chartes, une section judiciaire où Ton a réuni dans des registres les documents relatifs aux procès les plus célèbres. Celui de Robert d'Artois occupe à lui seul trois registres U. 816-818.
(1) Frère Henri de Sagebran, de Tordre de la Sainte -Trinité, curé de régiise de Busi, diocèse de Liège, était le chapelain de V Avoué de Huy, un des plus chauds partisans de Robert d'Artois.
(2) Maniœ, selon Festus, sont des figures faites avec de la pâte de farine {Ficta quœdam ex farina in hominum figuras), probablement comme les bonshommes en pain d'épice qu'on fabrique encore. Je suppose que c'est une corruption de mumie.
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de cire enveloppée en un couvre-chef crespë, laquelle \mnp' était à la seniblance d'une figure d'un jeune homme, et f lair bien de la longueur d'un pied et demi, et si le vit bien c lairement par le couvre-chef qui était moult délié et avait eu !< Mille chef semblance de cheveux aussi comme un jeune boni me qui porte chef ».
Le moine voulut y toucher : « N'y touchiez, frère Henry. Ini dit Robert, il est tout fait, icestuy est tout baptisié, Von le m'a envoyé de France, tout fait et tout baptisié; il n'y fa m riens à cestuy, et est fait contre Jehan de France et en si m nom, et pour le grever. Ce vous dis-je bien en confession, mais je en vouldroye avoir un autre que je vouldroye ifiip il fut baptisié. — Et pour qui est-ce? dit frère Henry. — Crsi contre une Deablesse, dit Robert, c'est contre la Hoyne, nuii pas Royne, c'est une Dyablesse; ja tant comme elle vive ellr ne fera bien ne ne fera que moy grever, ne ja que elle vîvi' je n'auray ma paix, mais se elle estoit morte et son fils miMi, je auroie ma paix tantost au Roy, car de lui ferois-je tout 1 1' ^ qu'il me plairoit, je n'en doubte mie. Si vous prie que \t>ijs le me baptisiez, car il est tout fait, il n'y faut que le baptesnus je ay tout prest les parrains et les marraines et quant que il \ a mestier, fors le baptisement... Il n'y fault à faire fors aussi comme à un enfant baptiser, et dire les noms qui y appartiennent. »
Le moine refusa son ministère pour de pareilles opt nitions, remontra que c'était mal fait d'y avoir créance, <|rn^ cela ne convenait point c à si hault homme comme il esinii ; vous le voulez faire sur le Roy et sur la Royne qui sont h s personnes du monde qui plus vous peuvent ramener à hmineur. » Monsieur Robert répondit: < Je ameroie mieux eslriEiigler le dyable que le dyable m'estranglast. »
Robert, voyant que le moine ne voulait point se prêter a re qu'il lui demandait, le chargea de lui trouver quelqu'un qiii t (f ce baptême. Frère Henry s'excusa et lui dit d'envoyer chercher celui qui avait baptisé l'autre. « Il est venu de France, ^ impliqua Robert, voyant qu'il ne pouvait engager le moine...
On apprend tous ces détails de la déposition de fi-i n^ fienry, faite juridiquement le 31 janvier 1334, en présent r
de révêque de Paris, dans les prisons de qui il était, de Tévêque d'Arras, etc. Elles furent confirmées, par une autre déposition que Jean Aimery, prêtre du diocèse de Liège, aussi prisonnier dans les prisons de l'évêque de Paris, fit le même jour, 31 janvier i334, en présence des mêmes personnes. Il déposa que Messire Arnoul de Courtray, chanoine de Saint-Albin-de-Namur, lui proposa de s'attacher à M. Robert d'Artois, qui était si puissant qu'il pouvait lui faire beaucoup de bien, € qu'il lui donnerait cent et cent mailles d'or. — Quel service li porroie-je faire ? dit le prêtre, pour gagner si grand avoir? Je n'ay point accoustumé à recevoir tel guain ny si grant. Je me suis bien tenu apayé et oncquorres fais, quand je puis gaagnier huit deniers ou douze ou quatorze le jour à chanter ma messe. » Messire Arnoul répliqua : * C'est Roy de France. M. Robert le fil Roy, ne n'eust oncques resté Roy si ce ne feust M. Robert d'Artois. Vous estes un homme qui avez esté par tous pays, et oultre les monts et ailleurs, si avez moult veu et scieu des choses que plusieurs ne scevent mie: el se vous voulez faire ce que l'on vous dira, le Roy de France ne sera pas Roy dedans un an. — Et comment? respliqua le prêtre. — Vous sçavez bien, lui dit-on, faire manies ou forceries, ou autres choses par quoy le Roy porra mourir bries vement. » Cette proposition irrita le prêtre ; il dit au chanoine qu'il prît le profit pour lui et qu'il fît l'afl'aire, qu'il devait en savoir plus que lui.
En 1347, un prêtre du diocèse de Clermont nommé Pépin fut accusé, entre autres crimes de sorcellerie, d'avoir voulu envoûter l'évêque de Mende à l'aide d'une figure de cire (1) :
Pépin, interrogé le 24 novembre par le commissaire de la cour ecclésiastique de Mende, déckra que :
Se trouvant, il y avait quatre ans passés, à Langeac où il se
(1) Un Envoûtement en Gévaudan en l'année 1341 y par Edmond Falgâirolle, substitut du procureur de la République à Nîmes. — Nîmes, Catelan, 1892.
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livrait à la science de la pierre philosophale avec noble Guérin de Chateauneuf, seigneur d'Apcher et Guillaume Laborte, il résolut de faire Timage. Ayant en sa possession de la cire vierge, il vint au lieu de Vedrines, terre d'Apcher, où il apporta ladite cire dans la maison du médecin de ce lieu où il demeura pendant six semaines. Un certain jour il pensa à Timage et, avec la cire qu'il y avail apportée, environ deux livres, il fit l'image de sa main, la fabriqua avec de l'eau chaude et sans autre mélange. Pendant la fabrication il avait devant lui le fameux livre (1) et prononçait les paroles nécessaires pour celte opération.
Interrogé sur le point de savoir s'il avait baptisé Timage, il répondit négativement et reconnut avoir prononcé quelques paroles en confectionnant cette image.
On lui demanda de déclarer si l'évéque se ressentirait du mal que quelqu'un ferait à cette image ou de la perte du membre qu'on lui couperait. Il répondit qu'il le croyait parce que les images en cire ont cette propriété.
On lui demanda, en outre, si l'évéque de Mende mourrait à la suite de l'amputation d'un membre de cette statue, et il répondit affirmativement et déclara que lui seul pourrait l'empêcher de mourir, parce que toute autre personne en était incapable. Il confessa qu'il avait écrit sur la poitrine de l'image, en la faisant, les noms des anges des Dominations.
Il fabriqua cette image un vendredi. L'ange du jour s'appelait Anhoël, nom qui est inscrit sur la poitrine de ladite image en même temps que six autres noms d'anges qu'il a oubliés, et sur le front de l'image il a inscrit celui de l'évéque pour se conformer à la science de cette opération.
Il raconte ensuite comment il est venu cacher secrètement cette image dans un trou du mur de l'étage supérieur de la tour du château d'Arzence appartenant au sieur d'Apcher. Cette image ne devait opérer qu'au mois de janvier. Dans ses autt^es interrogatoires, il déclare qu'il a trouvé
(1) C'était un livre de sorcellerie qu'il avait copié sur un autre livre dans un château près de Perpignan.
dans ses voyages, et spécialement à Tolède el à Cordoue, des livres de magie (1) qui enseignaient à faire des images et qu'il a lu que ces images étaient capables de faire périr les hommes et les animaux qui la foulaient aux pieds ; qu'il était même dangereux de les toucher. C'est du reste la première qu'il ait faite, et cela sous la pression du seigneur d'Apcher qui voulait se débarrasser de l'évéque.
On avait affaire à un magicien très novice; aussi les enquêteurs ne purent-ils tirer de lui qu'un aveu de son ignorance sur la manière dont la figure de cire pouvait agir sur l'évéque.
En Angleterre, pendant le règne de Henri IV, le cardina de Winchester, jaloux du crédit que le duc de Glocester avait dans l'esprit du roi, porta contre la femme du duc l'accusation de sorcellerie. 11 parvint à suborner des témoins qui déclarèrent que la duchesse avait des entrevues fréquentes avec un prêtre ac.cusé de nécromancie et une sorcière nommée Marie Gardemain. Ces témoins assurèrent de plus, sous la foi du serment, que la duchesse et ses deux complices se livraient à des pratiques diaboliques et faisaient fondre à un feu ardent une effigie en cire de Henri VI, afin d'épuiser les forces de ce prince et d'abréger sa vie, qui s'éteindrait quand la cire serait consumée. Celte accusation fut admise par les juges; malgré les protestations d'innocence des accusés et le haut rang de la duchesse, tous trois furent déclarés coupables : la duchesse fut condamnée à un emprisonnement perpétuel, le prêtre fut pendu et la . prétendue sorcière brûlée.
(1) L*un de c;es livres, intitulé De Naturalibus, composé par le roi de Majorque, lui avait été donné par ce prince lui-même, très habile dans la science magique..
l'envoijtement %$
Après l'assassinat du duc et du cardinal de Guise, un grand nombre de prêtres ligueurs plaçaient sur les autels, pendant la jnesse, des statuettes de cire faites à rimage de Henri III et les piquaient au cœur en prononçant des paroles magiques, afin de donner la mort à ce roi qu'ils appelaient le tyran Hérode.
Il ftit établi, dans le procès du maréchal d'Ancre, que le maréchal et sa femme se servaient, pour œuvres de sorcellerie, d'images qu'ils conservaient dans des cercueil;^.
On trouve dans le tome II des Jours caniculaires de Simon Mayol d'Ast, évêque de Valtouere (1), rhîstoln: d'une honnête femme qui avait été menacée par une sorcière. « Peu de jours après, cette honnête femme se sentit cruellement atteinte de grandes douleurs de ventre ; iHui sembla qu'on lui perçait les boyaux de part en part, si bien qu'elle gémissait amèrement et par ses plaintes inquiétait ses voisins. Or, comme plusieurs la venaient voir pour la ^*onsoler, entre autres un potier y vint qui assura que sa voisine était ensorcelée, fit fouiller au seuil de la porte pour vuir* s'il n'y avait pas quelque charme; on y fouilla doue, et entre autres charmes on y trouva une image qui avait une palme de longueur, laquelle estoit transpercée des deux côtés avec une aiguille. On prend le sortilège et Ton jetli* le tout au feu : alors la patiente se trouve allégée (U^ sun mal. »
Le tome IV des Amusements des eaux de Spa, \mUies en 1 782, contient le récit d'une conspiration contre la vie des rois de France et d'Espagne, qu'on voulait faire |hvi ir de langueur par envoûtement.
(1) Paris, 1610-1612, 3 vol. m-4o.
L'affaire s'est passée à Livourne.
Elle fut découverte, dit le narrateur, par le consul de France à Livourne, et j'étais chez M. le cardinal de Janson, lorsque le courrier dépéché par le consul français lui apporta la relation de cet exécrable attentat, médité, disait-on, par le consul d'une des premières puissances de l'Europe. Le principal acteur de cette pièce était un mauvais prêtre, habitué de Notre-Dame de Montevero, nommé Dom Giovanni Gastioni, natif de Burgue et sujet du grand-duc de Toscane. Ce misérable s'était associé un Génois, conseiller du grand-duc, et quelques personnes moins connues dont j'ai oublié les noms. Le consul de... à Livourne, nommé M. Et..., leur prêta sa maison, et attira dans ce complot son vice-consul qui était anglais. Ce grand œuvre ne fut pas l'ouvrage d'un jour; on en passa plus de quinze à en faire les préparatifs. On feuilleta tous les grimoires que l'on put trouver, entre autres les livres de Cornélius Agrippa, la Clavicule de Salomon, etc., et on n'omit aucune des profanes rubriques que ces auteurs prescrivent; on travailla à l'aube dont ce mauvais prêtre devait se revêtir; on fit avec beaucoup de cérémonies les bougies qui devaient être allumées et bénites par ce scélérat, et on prépara la cire dont on devait former les figures de Leurs Majestés très chrétiennes et catholiques; on maléficia l'encens que l'on mit dans un encensoir de terre fait d'une certaine façon, et enfin le consul de... fournit et paya tout ce qui devait servir à cet abominable usage.
Un Provençal, nommé Charles Méret, admis dans la confidence, trahit ses complices et dénonça la trame au grand-duc et au cardinal de Médicis. L'affaire s'instruisit avec le plus grand secret par l'Inquisition. L'embarrassant était de pouvoir se saisir du corps du délit, c'est-à-dire des livres et instruments magiques. Méret fit savoir que le consul de... avait loué deux chambres au haut d'une certaine tour qu'il indiqua, où devait s'opérer l'abominable sacrifice. Suivant les lois magiques, il fallait que la scène se passât dans un lieu percé à l'orient et à l'occident, qui n'eût aucune vue du côté de Nolre- Darae-de-Lorette, et qu'il n'y eût dans ce lieu aucune image du Seigneur ni de la Vierge. A l'heure indiquée, Tinquisiteur, con-
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doit par MëreC, précédé du barigelle, et suivi des sbires de Livourue, entra dans la tour et saisit le prêtre. Il était déjà revêtu de Taube, il feuilletait le grimoire avec la baguette magique, et n'attendait que le retour de Méret pour percer les figures. Ou trouva dans la chambre une boîte de sapin sur le dessus de laquelle était écrit r A M. Et.. .y consul de... Cette boîte renfermait les deux figures, couronnées et le sceptre à la main, avec des cheveux à la tête, circonstance nécessaire, disent les magiciens, à cette maudite opération. L'inquisiteur se saisit de toutes ces pièces, ainsi que des livres. On trouva parmi les papiers du prêtre deux suppliques écrites de la main du malheureux et signées de son sang. Il y traitait le démon de « Sacrée Majesté » et se donnait pour toujours à lui, à condition qu'il aurait avec lui un génie assistant, assez puissant pour Taiderà défendre et attaquer qui bon lui semblerait.
Confronté à Méret, ce misérable convint des faits déposés par celui-ci, et déclara que par les ordres du consul de... il devait fondre peu à peu et par quinze degrés différents ces deux figures couronnées, et que par le moyen de son art les deux princes qu'elles représentaient deyaient périr de langueur. Il avoua même que son dessein était de prolonger cette langueur jusqu'à six mois; mais le consul l'avait obligé^ le poignard sur la gorge, de lui promettre de faire mourir ces princes en quinze jours, qui est le terme le plus prompt que son art lui permettait. Le mauvais prêtre avait coupé de ses propres cheveux derrière l'oreille gauche et les avait appliqués sur la tête des figures, avec des boîtes sacrées, de l'eau bénite, et les avait enveloppés de toiles chargées de caractères et de croix. Ces cheveux furent reconnus par le prêtre, et l'on vit encore la place où il les avait coupés.
Ce serait une erreur de croire que ces abominables pratiques soient complètement abandonnées de nos jours. Des livres récents tels que Là-bas de Huysmans et le Diable au XIX» siècle du D* Bataille nous dépeignent des bas-fonds de l'imagination humaine dont j'aurais eu, pour ma part.
peine à admettre l'existence si le bruit qui s'est fait autour de certaines de mes expériences ne m'avait bien involontairement mis en rapport avec le monde où fleurit encore la magie noire.
Une dizaine de personnes plus ou moins détraquées m'écrivirent ou vinrent me voir (et ce n'est pas là un des moindres inconvénients de ce genre d'études) pour me prier de les protéger contre des ennemis qui les avaient envoûtées ou leur avaient jeté un sort, car généralement elles confondaient les deux choses. Mais le document le plus intéressant que j'aie recueilli est l'histoire suivante, qui se serait passée dans une grande ville du Midi et dont je connais les acteurs ; je me borne à la reproduire, sans la discuter, en changeant seulement les noms.
M"* Jeanne, presque sans fortune, désirait vivement épouser un de ses parents, M. Paul, ayant quarante ans de plus qu'elle mais fort riche. La sœur de M. Paul, M""® Louise, s'opposait à ce mariage^ qui aurait eu pour effet probable de priver ses propres enfants de l'héritage de leur oncle. M"® Jeanne et sa sœur M"® Berthe eurent l'idée d'aller consulter une sorcière en réputation dans la ville où elles habitaient. Cette sorcière, chez laquelle elles se rendaient pour la première fois, leur raconta que la demoiselle désirait se marier, qu'une femme s'y opposait, mais qu'il était possible de s'en débarrasser sans sortir de la maison.
M"» Jeanne et sa sœur M"® Berthe crurent à une plaisanterie ; mais Jeanne, qui était une enfant gâtée et très curieuse, tint absolument à voir comment la sorcière s'y prendrait.
On fit sortir de la chambre M"* Berthe ; quand la sorcière fut seule avec M^^^ Jeanne, elle montra une statuette en cire, demanda le nom de la dame qu'il fallait supprimer,
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la baptisa de ce nom, puis donna à la jeune fille une épingle pour la piquer.
M^^* Jeanne la piqua au ventre.
Le soir même, les deu\ sœurs dînaient chez un parent lorsqu'on apporta à ce dernier une dépêche annonçant que M*"» Louise était morte subitement, le matin, à Téglise, pendant une messe, de mariage.
Elles furent naturellement très émotionnées et demandèrent des renseignements. Quelques jours plus tard, elles apprûrent que M"** Louise était morte d'une perforation de l'intestin... L'année était à peine écoulée que M. Paul épousait W^^ Jeanne I ce qui semblerait presque prouver que le drame a été moins noir qu'on ne me l'a dit.
Je ne saurais du reste trop insister sur ce que je n'affirme nullement la réalité des faits contenus dans les récits que je rapporte ; je suis simplement le chroniqueur d'une tradition qui, par sa persistance et son universalité, mérite d'attirer au moins l'attention de ceux qui étudient les progrès et les aberrations de l'esprit humain.
Il y a des procédés encore plus compliqués. Voici comment les décrit M. Stanislas de Guaita (1) :
Le \oU de renvoûtement magique est la figure, modelée en cire, du personnage . dont on veut la perte. Plus la ressemblance est parfaite, plus le maléfice a chance de réussir. Si, dans la composition du Volt, le sorcier peut faire entrer, d'une part, quelques gouttes de saint chrême ou des fragments d'hostie consacrée ; d'autre part, des rognures d'ongle, une dent (â), ou des cheveux de sa future victime, il pense que ce
(1) Le Temple de Satan, Paris, 1891, p. 185.
(2) D'où cette locution populaire ^e menace, qui est devenue une vague formule de haine ou simplement de rancune : QuHl prenne garde, fai une dent contre lui. (Sx. de G.)
sont là autant d'atoutâ dans son jeu. S'il peut dérober à celleci quelques vieux effets, qu^elle ait beaucoup portés, il s'estime heureux d*y tailler Tétoffe dont il habillera la figurine, le plus possible à Tinstar de son vivant modèle.
La tradition prescrit d'administrer à cette poupée ridicule tous les sacrements qu'a pu recevoir le destinataire du sacrilège: Baptême, Eucharistie, Conârmation, Prêtrise et jusqu'à l'Extrême-Onclion, si le cas y échoit. Puis l'exécration se pratique en lardant cet objet d'art d'épingles empoisonnées, avec une grande explosion d'injures pour exciter à la haine, ou bien en l'écorchantà certaines heures fatidiques, au moyen d'éclats de vitre ou d'épines venimeuses, toutes dégouttantes de sang corrompu..
Un crapaud auquel on donne le nom de celui qu'on désire envoûter remplace aussi parfois le Volt en cire ; mais les cérémonies imprécatoires demeurent identiques. Une autre recette veut qu'on lie le crapaud vivant avec des cheveux qu'on s'est procurés d'avance; après avoir craché sur ce vilain paquet, on Venterre sous le seuil de son ennemi^ ou en tout autre endroit qu'il fréquente tous les jours par nécessité.
Le D' Bataille, dont le livre, plein d'insanités, renferme quelques détails intéressants au point de vue historique, à la condition de ne les accepter que comme des indications dont il est nécessaire de contrôler l'exactitude, raconte une lutte d'envoûtement qui se serait passée, il y a quelques années, entre Albert Pike, un des grands maîtres de la franc-maçonnerie, et le D' Gorgas, médecin de l'Université de Baltimore, chef d'un rite écossais dissident.
Le réformateur du palladisme envoûtait à sa manière le plus souvent en se servant d'une poupée de cire. Il se procurait, à défaut do cheveux ou de rognures d'ongles, une parcelle quelconque de vêtement porté par son ennemi ; dans sa lutte contre Gorgas, il était parvenu à avoir de la blanchisseuse du dgcteur nu mouchoir de celui-ci.
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li faisait d'abord Iremper cette étoffe dans un bain d eiui fortement salée, après avoir dit trois fois en jetant le sel drms Teau : Sagrapim melanchtebo rostomouk elias phog. f^uis il faisait sécher Tétoffe devant un feu alimenté par des branches de magnolia. Après quoi, pendant trois semaines, chaquo samedi à onze heures du malin, il adressait une invocation a Moloch, pendant laquelle il tenait rétoffe sur ses deux mdhis ouvertes et tendues en avant, comme si le daimon invoque <'iVi été présent, visible, et qu'il lui eût présenté l'objet en ofl'raiKli\ Le troisième samedi, à sept heures après le midi, il bnilini l'étofTe à une flamme d'esprit de vin, tout en psalmodiant >iii chant luciférien de sa composition, et il recueillait les cetidies sur une sorte d'assiette en plomb couverte d'hiérogljphcs gravés à la pointe d'un couteau consacré a Lucifer; ce jourlà, il avait eu soin de rester à jeun jusqu'à trois hpuros après le midi et son unique repas de la journée se composait de poisson, de biscuit et de fruits secs.
Après quoi, le lendemain, il pétrissait de la cire mêlée aux cendres de l'étoffe de l'ennemi et modelait sa poupée iju il appelait une Dagy de. Lai Dagyde de Gorgas avait trente c*Mlimètres de hauteur. MaisPike ne perçait pas avec des épiiii-lfs ni ne faisait fondre la Dagyde qui représentait son ennenjK il la plaçait sous un globe de cristal, dont le socle était mu ni d'une petite pompe pneumatique, et faisait ainsi le vide d air à rintérieur du globe. La personne envoûtée éprouvait alot^; toutes sortes de malaises bizarres dont elle ne pouvait siiii|k çonner la ca4ise.
Le plus curieux, c'est que les démons, tout en favorisaiii lhii^ sortilèges, fournissent à leurs adorateurs des moyens d(i iijs combattre par d'autres pratiques du même genre.
Le palladiste qui se sait l'objet d'un envoûtement à la dagyde se confectionne une poupée, à la cire de laquell*^ il mêle de ses propres cheveux et de ses rognures d'onirli^s* Cette figurine qui le représente est consacrée conforménieui ;t un cérémonial diabolique, et il lui applique les renn.<leïi empruntés à la magie spéciale d'Albert Pike. Les occultishs de la haute-maçonnerie nomment cela « La méthode île Paracelse, renversée •.
Dans la Goétie, où le prince de l'enfer est invoqué sous le nom de Satan, on provoque surtout Tenvoûtement du crapaud choisi mâle ou femelle, selon le sexe de la personne qu'on veut combattre. Pour se protéger on porte sur soi un crapaud dans une boîte de corne ; les satanistes affirment que c'est alors cette malheureuse bête qui subit les tourments destinés à soa porteur.
L'historien arabe Ibn Kadoun, qui vivait au xiv® siècle, et au(iuel nous devons des aperçus extrêmement remarquables au sujet des phénomènes étudiés plus tard sous le nom de Magnétisme animal, nous donne sur l'envoûtement des détails précis, en même temps qu'une théorie du phénomëie. . , y . . .
Nous avons vu, de nos propres yeux, un de ces individus fabriquer l'image d'une personne qu'il voulait ensorceler. Ces images se composent de choses dont les qualités ont un cer^ tain rapport avec les intentions et les projets de l'opérateur et qui représentant symboliquement, et dans le but d'unir et de désunir, les noms et les qualités de celui qui doit être sa. victime. Le magicien prononce ensuite quelques paroles sur l'image qu'il vient de poser devant lui et. qui offre la représentation réelle ou symbolique de la personne qu'il veut ensorceler ; puis il souffle, et lance hors de sa bouche une portion de salive qui s'y était ramassée et fait vibrer en même temps les organes qui servent à énoncer les lettres de celte formule malfaisante ; alors il tend au-dessus de cette image symbolique une corde qu'il a apprêtée pour cet objet et y met un nœud pour signifier qu'il agit avec résolution et persistance, qu'il fait un pacte avec le démon qui était son associé dans l'opération au moment où il crachait et pour montrer qu'il agit avec l'intention bien arrêtée de consolider le chari;ne. Aces procédés et à
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ces paroles malfaisantes est attaché un mauvais esprit qui, enveloppé de salive, sort de la bouche de Topéraleur. Plusieurs mauvais esprits en descendent alors, et le résultat en est que le magicien fait tomber sur sa victime le mal qu'il lui souhaite
Cent ans plus lard, Paracelse était encore plus explirit€. Dans son livre sur l'Être spirituel {De ente spiritmimi il s'exprime ainsi :
Vous savez que, selon la volonté d'un esprit en lutte. avec un autre esprit, si l'on couvre de terre et de pierres unéinuiiît^ en cire, l'homme en vue duquel lïmage a été faite est ingtdt'f et tourmenté dans le lieu où les pierres ont été amoncelées^ el n'est soulagé que lorsque l'image a été remise au jour; alors il est délivré de ses anxiétés. Notez encore que, si ron4)rise une jambe à cette image, l'homme se ressent de cette fractnn* : il en est de même des piqûres et autres blessures semblàblr^s faites à l'image. (Chap. vu.) \ '• ■'.
Il faut observer ceci relativement aux figures de cire. Si, animé d'une haine contre quelqu'un, je veux lui faire du malï il est nécessaire pour la réussite que je me serve d'un inlermédiaire, c'est-à-dire d'un corps. C'est tiinsi qu'il est possible que mon esprit transperce ou blesse une autre. personne avec mon épée sans le secours de mon corps, par 1 effet de mou ardent désir, et cela peut se faire parce que, par ma volont*-, je fixe l'esprit démon adversaire dans une image; je peux arriver ainsi à rendre cet adversaire difforme. ou boiteux, {\ mon gré, parle moyen de la cire. . Vous devez tenir pour cer tain que l'action de la volonté est d'une grande importance en médecine; et, de même que quelqu'un qui se veut du mal peut ressentir tout le mal qu'il se souhaite, parce que la malédiciiuii est du ressort de l'esprit, de même il peut arriver que des images soient affligées, à la suite de malédictions, de maladies telles que les fièvres, les épilepsie», les apoplexies et auiret^ semblables lorsqu'elles ont été bien préparées. (Chap. vni.)
Si on peint sur un mur une image à la. ressemblance d'un homme, il «si certain que tous les coups et blessures qu'un portera à cette image seront reçus par celui dont l'image olTrii
la ressemblance. Cela lient à ce que l'esprit de cet homme, par la voloiilé d'un autre esprit que Ton peint ainsi, passe dans celte figure... Aussi, quel que soit le châtiment que tous demandez contre cet homme, il le subira si tous Tinfligez à son image» [larce que votre esprit a fixé Tesprit de cet homme dans celle fi^Mire, de sorte qu'il est devenu votre sujet et qu'il est forcé de subir tout ce qu'il vous plaira de lui infliger (chap. iv). Nous avons dit que l'esprit infligeait des maladies aux corps. Cela peut se faire de deux manières : l'une quand les esprits s'aiiaqueut mutuellement sans la volonté et l'assentiment des honitiïè^; excités par la haine ou l'envie qu'ils se portent, ou par les autres stimulants du mal. La seconde voie par laquelle les esprits envoient des maladies est celle-ci : par nos pensées, par nos sens, par notre volonté. Lorsque tout cela est bien d'accord, nous cherchons à infliger, et nous pouvons le taire, quelque dommage à autrui. Cette volonté ferme et détenniiiée est la mère qui engendre l'esprit malfaisant. (Chap. V.)
Ainsi, d'après Paracelse, c*est la volonté qui est la prind[>alr^ cause des effets produits (1), quoiqu'elle ne soit probablement pas la seule : Quamvis multœ aliœ causœ hue afferri possînt, (Chap. viii.)
(1) Cetie puissante action de l'esprit sur le corps, qui explique les efTets des suggestions, était bien connue des illustres maîtres du moyen âge dont la vigoureuse intelligence planait sur l'ensemble des connai^stinces humaines.
a Toute idée conçue dans Fâme, dit saint Thomas, est un ordre uuquel obéit l'organisme : ainsi la représentation de l'esprit produit dans le corps ou une vive chaleur ou le froid ; elle peut même engeûdrei' ou guérir la maladie, et il n'y a rien là qui doive surprendre, puisque Vùme, forme du corps^ est une n^ême substance avec lui. » {Sùnme (hêol., I" part., p. 110, art. 2.)
(S t'ima^ination, si elle est vive, force le corps à lui obéir, parce que, seloQ la doctrine d'Aristote, elle est dans l'àme un principe naturel du mouvement. L'imagination en effet commande toutes les forces de (a sensibilité ; celle-ci à son tour gouverne les battements du eœur et par lui met en mouvement les esprits vitaux-, ainsi tout rorgUQlïULC est bientôt modifié. Elle ne pourrait pas cependant, quelque
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Mais qu'est-ce au juste que ces esprits qui agissent Vun sur l'autre ?
Pour définir Tétre spirituel, nous dirons que c'est une [ïiiî^sanee parfaite ou complète par laquelle tout le corps peut TUe affecté ou précipité dans toutes sortes de maladies... Rûllc^ chissez que ni le diable ni aucun effet ou inspiration veu^ml de lui ne peut être compris ici. En effet, le diable n'est [m^ un esprit; un esprit n'est pa.s non plus un ange. Ce qui t si esprit, c'est ce qui se produit dans le corps vivant denouv pensée sans matière. Ce qui naît de notre mort, c'est l'àuw. (Chap. IV.)
Cet esprit, comme toi, a des pieds et des mains ; s'il e&i lur , il te tue; en effet, loi et ton esprit, vous êtes une seuji^ t^i même cbose. Mais retiens bien ceci : ce n'est pas ton c(m ps qui reçoit cette blessure, quand même elle serait palp.illi^ et visible sur ton corps ; ce stigmate est produit par itjii esprit qui a en possession ton corps et tes membres. Ih^ \n il suit que ce n'est pas aux. corps qu'il faut appliquer k^ remèdes, ce serait peine perdue. Guéris l'esprit, et le cuiph deviendra sain, car c'est l'esprit qui est blessé et non le coi |^^ (Chap. vil.)
Enfin quelques occultistes modernes sont allés plus luiu et, s'appuyant sur l'hypothèse du corps astral ou fluidiqiie
vivacité qu'on lui prête, clianger la forme de la main, du pied, ou >\\\u autre membre. » (Ibid.^ 3» part., p. 13, art. 3.)
« Non seulement une forte imagination peut causer au corfL- U\ fièvre ou la lèpre, mais, d'après Avicenne, si elle est bien inic, affranchie des passions charnelles et douée d'une graiide vîv;irito dans ses conceptions, les corps extérieurs eux-mêmes lui obéissiMil * à tel point que, par une vive représentation intérieure, elle jn't*i rendre la santé aux ipalades ou produire d'autres effets analogut^. (Saint Tbomas, Somme contre les Gentils, liv. IV, chap. cm.)
Le Persan Gazzali, qui vivait comme Avicenne au x^ siècle, vu \^h\:^ loin encore, d'après une citation faite par Richard de Midletown iliiii^ ses Questions sur les facultés de la vie animale (Paris, 1519)^
« Si l'àme, dit-il, se représente vivement la chute d'un anim^dlj uta suffit pour qu'il tombe ; de là ce proverbe ; D'un regard Dieu pin rpite l'hommfc , et le chameau dans JatfpssÇ; »,v
ilf>iiL je parlerai dans un autre livre, ils ont ainsi décrit et expliqué l'envoûtement à V Esprit volant :
Il vous faut, pour rexécuter, avoir à voire disposition un Huji4 hypnotisé, dont le corps astral (de nature fluidique) ahiiiidonne, sur votre ordre, le corps matériel et soit dirigé par votre volonté vers votre ennemi.
Le corps astral ainsi extériorisé, ou bien pénètre la victime qui lui est désignée et rétoufTe par sa seule pénétration, en arnUant, par exemple, les mouvements du cœur; ou bien il l'empoisonne au moyen de toxiques que vous avez eu l'art de vi>liililisei*.
L'opération terminée, vous réintégrez dans le corps matériel lie votre sujet son corps astral et vous le réveillez.
Certains sorciers, craignant des indiscrétions possibles, si'uciressent à un corps astral déjà désincarné, c'est-à-dire au l'orps astral d'un mort (4).
On voit par ce qui précède que dans l'envoûtement tradilîonnel il entre trois facteurs :
i° La volonté de Tenvoùteur agissant directement comme Ibr'ce ;
ti» L'intervention d'esprits malfaisants invoqués par les S4irnlèges;
3" Une action physique déterminée par l'usage d'objets ayaiii été en contact avec l'envoûté.
Pour ceux qui me connaissent, il n'est pas besoin de dire nue c'est du troisième facteur seul que je me suis occupé, 01 (*e sont mes essais à ce sujet que je vais maintenant cxjioseï*.
|t) Ed. Dubus, « TArt d^nvoùtef »> {Figaro du 29 févr. 1893).
l'envouteme^V" /':.•. 101
Après avoir constaté que la cire à modefer luisait pactJe des substances propres à emmagasiner la sensibîl|jti'*iia plus grand nombre des sujets extériorisés, j'ai confée* tionné une statuette avec cette cire, j*ai placé la statuei le verticalement devant un de ces sujets de façon à Vefftuîjer et j'ai reconnu que, si je piquais la statuette à la téle^ le sujet éprouvait un malaise à la partie supérieure du cori»:^ ; il réprouvait à la partie inférieure si je piquais la sutuelte sous les pieds. Ce n'était là que le résultat de Temmagasinement par la cire des effluves les plus rappro* chés; la preuve, c'est que le contraire se produit^ait si j'avais soin de placer la statuette la tête en bas, quand Je la chargeais de sensibilité.
Je suis arrivé à localiser la sensibilité en coupant, pendant son sommeil, une mèche de cheveux à la nuque au sujet et en l'implantant dans la tête de la statuette ; quimd le sujet fut réveillé, il ignorait l'opération que je venais de lui faire subir ; je me plaçai hors de sa vue et je lirai les cheveux fixés dans la cire. Immédiatement le sujet se retourna en disant : « Mais qui est-ce qui me tire les i-lieveux ? » — Expérience tout aussi nette avec la barbe d'un autre sujet; une autre plus confuse avec une rognure d'ongle.
En général, la sensation ne se transmettait qu'à une distance de 5 ou 6 mètres; un jour cependant, le sujet, M"'*' Vix, avait terminé sa séance où j'avais expérimenté avec la figure de cire ; elle retournait chez elle et je la suivais dis yeux dans une grande cour qu'elle traversait, lorstfae M. B., qui était avec moi, eut l'idée de piquer la cire; je vis aussitôt M™* Vix se baisser et se frotter la jambe. Je l'appelai et pu constater alors qu'elle possédait un point hypnugène précisément au point où elle avait éprouvé la sensa-
102 L'çX'rtÊR'jORtS'ATIÔN DE LA SENSIBILITÉ
lion/Xe potat hypnogène avait joué en quelque sorte le t'fjfflejtftin orifice par lequel les effluves se seraient écoulés •/'Svec plus de violence que par le reste du corps.
En réfléchissant sur ce fait que les effluves des différentes parties du corps se fixaient surtout dans les points de la matière absorbante qui en étaient les plus rapprochés, je fus amené à supposer que j'aurais une localisation bien plus parfaite si je parvenais à réunir, sur certains points de la matière absorbante, les effluves de telle ou telle partie du corps et à reconnaître ces points. Comme les effluves se réfractent d'une façon analogue à la lumière, une lentille réduisant l'image du corps remplissait la première partie du programme. S'il ne s'agissait plus que d'avoir tine matière absorbante sur laquelle se serait fixée l'image réduite; je pensai qu'une plaque au gélatino-bromure pourrait réussir, surtout si elle était légèrement visqueuse^ De là mes essais avec un appareil photographique, essais que je vais raconter d'après mon registre d'expériences.
■^ SO juillet i89^. — J'ai photographié M""» Lux d'abord éveillée, puis endormie et extériorisée, ensuite endormie et extériorisée en ayant soin de me servir dans ce dernier cas d'une plaque que j'avais eu soin de faire séjounier "quelques instants contre son corps, dans son châssis, avant de la porter dans l'appareil.
J'ai constaté qu'en piquant avec une épingle la première plaque M"® Lux ne sentait rien; avec la seconde elle sentait un peu ; avec la troisième elle ressentait vivement ; tout cela quelques instants après l'opération (1).
. (!) Par une coïncidence curieuse, c*est précisément au moment où je faisais mes premières expériences photographiques, qu'un romancier, M. Lermina, concevait une opération semblable et la dévelop-
L'ENTOUTEliENT 103
2 août 1892. — M"*® Lux écam présente, j'easayai la sensibilité des plaques qui araient été impressionnées le 30 juillet et qui avaient été déreloppées. La première ne donn^ rien, la deuxième fort peu de chose; la troisième était aussi sensible qae le premier jour. Yoiflanl voir j«sqii'où
pait dans une nouvelle intitulée fEnvoûUur,. publiée par VlniticUion (numéro de juillet 1892). En voici un extrait :
« — Vous croyez, n'est-il pas vrai, coRtiaaa-t-il, qu'il n*y a dans celle reproduction d'une forme, d'une physionomie, qu'unjeu de lumière... Ignorants ! Entre le corps qui se place devant l'objectif et la plaque sensibilisée, il s'établit un courant, enlevant à l'être, comme dan> une opération galvanoplastique , d'innombrables particules de sa propre matière, de sa substance, de sa vie... La chimie les fixe, rien de plus, et, comprenez-moi bien, entre cette représentation qai vous semble morte, et l'être qui est là-bas vivant, il existe un lien que rien ne peut jamais rompre. De l'un à l'autre, des fils innombrables subsistent comme un réseau de cordons électriques, et quand je frappe, quand je blesse, quand je lacère cette image, coups, blessures et lacérations, comme le signe ou le télégraphe, comme la voix ouïe téléphone, vont se répercuter sur l'être vivant... qui ne comprend pas, lui, pourquoi il souffre, pourquoi il gémit, pourquoi il meurt... »
Balzac avait déjà émis une théorie analogue pour expliquer le daguerréotype. Voici en effet ce que raconte Nadar dans le premier numéro de Paris-Photographe^ page 16 :
« Selon Balzac, chaque corps dans la nature se trouve composé de séries de spectres, en couches superposées à l'infini, foliacées en pellicules infinitésimales, dans tous les sens ou l'optique perçoit ce corps.
« L'homme à jamais ne pouvant créer, — c'est-à-dire d'une apparition, de l'impalpable constituer une chose solide, ou de rien faire une chose^ — chaque opération daguerrienne venait donc surprendre, détachait et retenait en se l'appliquant une des couches du corps objecté. De là pour ledit corps, et à chaque opération renouvelée, perte évidente d'un de ses spectres, c'est-à-dire d'une part de son essence constitutive. Y avait-il perte absolue, définitive, ou cette déperdition partielle se réparait-elle consécutivement dans le mystère d'un renaissement plus ou moins instantané de la lumière spectrale ? Je suppose bien que Balzac, une fois parti, n'était pas homme à s'arrêter en si bonne route et qu'il devait marcher jusqu'au bout de son hypothèse. Mais ce deuxième point ne se trouva pas abordé entre nous. >•
On trouvera dans la note D {La vie des atomes et les rêveries scientifiques)^ une conception de la photographie en couleurs, due à un écrivain du xviue siècle.
irait la sensibilité de cette troisième plaque, je donnai deux forts coups d'épingle sur l'image de la main de manière à déchirer la couche de gélatino-bromure. M°*® Lux, qui était à 2 mètres de moi et ne pouvait pas voir la partie que je piquais, tomba aussitôt en contracture en poussant des cris de douleur. J'eus assez de peine à la faire revenir à son état normal ; elle souffrait de la main, et, quelques secondes après, je vis apparaître sur la main droite, celle dont j'avais piqué l'image, deux petits traits rouges, dont l'emplacement correspondait aux piqûres. Le D' P..., qui assistait à l'expérience, constata que l'épiderme n'était pas entamé et que les rougeurs étaient sous la peau. Je constatai en outre que la couche de gélatino bromure (qui était beaucoup plus sensible que la plaque qui la supportait) émettait des radiations avec des maxima et des minima comme le sujet lui-même ; ces radiations ne se présentaient presque pas de l'autre côté de la plaque.
5 octobre 1892. — M"® Lux n'a été magnétisée par personne depuis le 2 août; je l'endors et l'extériorise fortement par des passes prolongées. Je charge de ses effluves une . plaque photographique en la plaçant d'abord entre ses mains, puis en la promenant lentement devant son corps. M. B. fait l'opération de la pose qui dure vingt secondes; le jour étant très sombre. M. B., va développer la plaque; M™® Lux ne sent rien pendant cette opération, qui se fait à une distance de plus de 100 mètres. La plaque étant rapportée, M"*® Lux sent quand je touche la plaque, mais elle ne sent rien quand c'est M. B. qui la touche, à moins que je ne touche moi-même M. B. (1) Elle sent les attou-
(1) Quelques jours après, le Paris- Bruxelles publiait, sous la signature d'Arsac, l'article suivant :
« Nous avons vu rôpéler l'expérience de la plaque photographique
l'envoûtement lO.J
chements même sur les parties recouvertes par les v/'lements.
Je donne un coup d'épingle sur l'image de l'une des mains : M"' Lux s'évanouit. Quand elle revient à elle, ji* constate qu'une égratignure qu'elle avait à la main avaiil l'opération photographique est devenue plus apparente. J*.' lui dis qiie c'est l'effet de ma piqûre, mais elle me réporni que ce n'est pas là qu'elle s'était sentie piquée et qu'rlle souffre : deux ou trois minutes après apparaît une vum rouge avec légère dépression de la peau à l'endroit st lisible. Le stigmate augmente d'intensité à vue d'œil. - Nota. — Avant cette expérience, j'avais constaté pour la deuxième fois que, lorsque je suis bien en rapport av*.*r M™' Lux, il me suffisait de me pincer la main pour que, au bout de quelques minutes, la marque- de mes ongles appanïi au point correspondant de ma propre main, reproduîsiuu
sensibilisée. Les phénomènes rapportés se produisaient chaque îhIh que les coups d'épingle étaient donnés par l'expérimentateur, pm* la personne qui avait plongé le sujet dans le sommeil; en l'absence do l'hypnotiseur, on pouvait, neuf fois sur dix, piquer le portrait sm% que l'hypnotisée ressentit aucune douleur. Jamais le sujet n'a ténu mgné la moindre douleur lorsque le cliché a été piqué par untf jmusonne ignorant absolument le but de l'expérience. Nous somiiM'> donc enclins à conclure que ce que l'on a pris pour le phénoriMMM' de l'envoûtement n'est qu'un phénomène de suggestion. L'envoiiirment est possible; mais pour l'instant on ne peut le reproduire jue dans certaines conditions nettement définies. Ce qu'il faut reu lut des expérience de M. de Rachas, c'est que l'extériorisation di' la sensibilité est désormais un fait acquis. »
L'observation de M. d'Arsac sur la nécessité du rapport coTifiniiè les miennes, mais elle ne prouve nullement qu'il y ait là un phiiiomène de suggestion, ou, pour parler plus exactement, de transininsion de pensée. J'ai toujours piqué sans regarder à l'emplacenkriii des mains, et le sujet ignorait, encore plus que moi, où allait se pinduire la déchirure qui se répercutait 5ur son épiderme ; je n*in, du resle, jamais pu produire avec M"» Lux aucune transmission de pi^nsée. La seule auto-suggestion qui soit admissible, c'est celli? \\\\i aurait trait à la production du stigmate sous l'influence de l'ima^iiuition au point où le patient avait ressenti la douleur.
i06 l'extériorisation de la sensibilité
ainsi à peu près la célèbre expérience du D' Janet avec M"*® B. au Havre (voir la Reviœ philosophique^ n** 8, avril 1886).
7 octobre, — Je me proposais d'essayer si M"' Lux percevrait les actions sur la plaque photc^raphique d'avanthier, dès qu'elle serait en ma présence et sans que je l'eusse mise en rapport avec moi-même par de simples contacts ; malheureusement elle arrive éplorée, malade à la suite de chagrins domestiques, et je suis obligé de l'en- ' dormir pour la calmer.
Quand elle est endormie et extériorisée, je constate que la plaque a conservé toutes ses propriétés ; M"*' Lux perçoit même les attouchements sur la couche de gélatinobromure autour de son image, mais elle ne les perçoit alors que comme un vague malaise non localisé. Elle perçoit sur les diverses parties du corps les attouchements faits sur l'image des vêtements qui recouvrent ces parties.
Je constate pour la seconde fois que la plaque de gélatinobromure émet aussi des effluves avec des maxima et des mînima de sensibilité alternés ; mais ici la première couche sensible est sur l'image elle-même, et les intervalles sont plus rapprochés.
Mêmes observations que le 5 octobre sur le peu de sensibilité de la plaque de verre. Il m'a semblé qu'une des couches sensibles dépendant de son propre corps changeait de place dans l'espace quand je plaçais la plaque sensibilisée en face d'elle de manière à produire, suivant mon hypothèse, des interférences avec les effluves de la plaque.
9 octobre i892. — M"® Lux est mieux portante; dès son arrivée je porte près d'elle la plaque photographique du 5 octobre et je pique la plaque ; elle ressent encore la piqûre, bien qu'elle soit complètement éveillée.
l'envoûtement iOl
Je rendors alors «t je déchire TÎolemment ayec une épingle la couche de gélatino-bromure ; M°*? Lux éprouve de la douleur à la partie du corps correspondant à celle de la partie de l'image que j*ai déchirée, mais elle ne s'évanouît pas et il ne se produit aucun stigmate.
J'avais une épreuve sur papier tirée le matin même, c'est à-dire trois jours et demi après la sensibilisation de la plaque; elle présente une certaine sensibilité, mais vague. Quand on la touche un peu fortement, M"*® Lux ressent une sorte de frisson par tout le corps ; ce frisson est désagréable si je pique l'image, agréable si je la caresse.
31 octobre 1892. — Je refais Fexpérience de la photographie avec M"»® Lux en me servant d'une plaque préalablement effluvée, je déchire la couche de gélatino-bromure encore toute fraîche dès qu'elle a été fixée: le sujet éprouve une sensation désagréable, mais pas très vive, probablement parce que la pellicule s'est déchirée sans effort.
Je pique vivement deux fois cette même pellicule : elle le sent, maïs moins que dans les expériences précédentes où la pellicule était sèche ; peut-être le sujet est-il moins sensible aujourd'hui parce qu'il y a cinq ou six spectateurs et que, dans ce cas, elle est en rapport moins exclusif avec moi. Cependant, au bout d'une minute ou deux, les deux stigmates apparaissent aux parties du corps correspondant aux porats piqués de l'image.
36 avril i 893, — M"*° 0., qui s'extériorise très facilement, même à l'état de veille, a bien voulu venir avec moi chez Nadar pour essayer l'expérience de la plaque sensibilisée. Les expériences suivantes ont été faites en présence dti . D'^ Biu^lemont et de MM. Paul Nadar et Anthony Guerronnan. 1" EXPÉRIENCE. — Après avoir mis le châssis contenant
la plaque sur les genoux de M™® 0., éveillée mais extériorisée, et Ty avoir laissé quelques minutes pour établir le rapport, on a placé le châssis dans l'appareil et on a laissé poser pendant une vingtaine de secondes sons un jour assez faible.
Je suis ensuite descendu avec M"*® 0. et l'opérateur à l'étage inférieur dans la chambre noire. M™® 0. a ressenti la sensation de la fraîcheur de l'eau quand on a mis la plaque dans la cuvette pour la développer.
Quand la plaque a été développée, nous avons constaté que M"*" 0., placée à quelque dislance, ressentait un .malaise chaque fois qu'on touchait la plaque, mais ne loca- Jisait pas la sensation au point touché sur son image. En revanche, elle éprouvait des maux de cœur chaque fois qu'on remuait la cuvette contenant le liquide qui avait servi au développement et qui se trouvait à quelques mètres. J'en ai conclu que l'agent transmetteur de sensibilité s'était redissous presque en entier dans les eaux de lavage.
2*» expérience. — J'ai endormi fortement M""® 0., et nous avons recommencé l'opération de la même manière ; mais M"»* 0. est restée endormie sur sa chaise pendant que l'opérateur se rendait dans le laboratoire pour développer la plaque. A un moment donné, M""* 0. a fait des contorsions comme si elle ressentait des douleurs à l'estomac; on a constaté qu'à ce moment l'opérateur cassait par accident la plaque en la mettant dans le bain.
La plaque cassée fut remontée dans la cuvette ; le sujet ressentit encore un malaise vague et non localisé quand on piquait son image ; il avait également des maux de cœur quand on agitait l'eau de la cuvette (i).
(1) Ces maux de cœur quand on agite Teau sensibilisée se produisent chez presque tous les sujets ; ils m'ont été signalés notam-
l'envoûtement 109
3« EXPÉRIENCE. — Pendant que le sujet dormait encore, on avait fait une seconde épreuve de sa personne et on avait pris aussi une photographie de la paume de ma main droite à peu près en grandeur naturelle de manière à remplir une plaque de même grandeur que celle où se trouvait le portrait de M"® 0.
M"*^ 0. étant réveillée et causant avec nous, l'opérateur, caché derrière un paravent à proximité, plaça la photographie de ma main au-dessus de celle du sujet, les deux couches de gélatine tournées Tune sur Tautre, selon mes instructions données à rinsu du sujet qui ne se doutait même pas qu'une expérience de ce genre dût être tentée.
J'avais supposé que, puisque j'endormais M"® 0. simplement en présentant à distance la paume de ma main droite devant son front, ma main rayonnait, et que ce rayonnement pourrait être emmagasiné dans une plaque de gélatine comme le rayonnement du sujet lui-même quand il était extériorisé. Cette image de ma main, rendant ensuite à son tour par rayonnement l'agent dont elle s'était chargée, • devait communiquer les vibrations productrices de l'hypnose à l'image de M""'' 0. qui, servant simplement de relai, les transmettrait à M"® 0. elle-même si elle se trouvait assez près.
Ce que j'avais prévu arriva : au moment où l'opérateur, caché par le paravent plaçait les deux plaques en regard, M™« 0. cessait de parler et s'endormait presque instantanément.
> Je passai alors moi-même derrière le paravent, et je réveillai le sujet en soufflant sur son image.
ment par plusieurs clames qui Téprouyeut, même en leur état noimal lorsqu'on remue, à peu de distance d'elles, les eaui qui viennent de servir à leur toilette* .
Puis nous recommençâmes l'expérience, le sujet ignorant, comme c'est la règle, qu'il s'était endormi puis réveillé ; le second essai réussit comme le premier.
Nous prévînmes alors M™" 0. de ce qui s'était passé ; elle eut beaucoup de peine à le croire. Comme elle est très peu suggestible, même en état d'hypnose, elle nous assura qu'elle allait résister à l'envie de dormir si réellement elle se produisait, et que nous ne parviendrions pas à amener le sommeil chez elle. L'opérateur ramena les deux plaques en regard en sa présence, et la lutte ne dura guère plus d'une minute : elle s'endormit encore (1).
Telles sont les seides expériences que j'ai £aites pour transformer en mumies des plaques photographiques. Deux nouvelles citations de l'ouvrage du D"* Bataille répandu à profusion dans le clei^é catholique, vont prendre, pour ainsi dire en flagrant délit, la genèse d'une de ces superstitions qui déshonorent encore notre siècle ; elles montreront jusqu'où peut aller le dévergondage de certaines imaghiations, comment les absurdités s'infiltrent dans l'esprit des masses et pourquoi le savant Gabriel Naudé, médecin de Louis XIII, avait écrit, en 1625, un livre intitulé : Apologie pour tous les grands personnages qui ont été faussement soupçonnés de magie.
Le mode d'envoûtement que le colonel de Rochas s'est sur* tout appliqué à étudier est Fenvoûtement photographique ; on peut même dire qu'il en est Tinventeur. Il consiste à faire, sur une photographie dont le cliché a été obtenu dans certaines conditions, les piqâres d'épiogle du vieux jeu que la majorité des occultistes font aux poupées de cire. La personne
(1) H"« 0. a été souffrante pédant trois Joiirs à la suite de cette séance ; elle attribuait celte soufifrance à la rupture de la plaque*
l'envoûtement m
qui a sa photographie ainsi maltraitée ressent des douleurs dans toutes les parties du corps où son portrait est piqué.
Ce procédé est encore à Tétat d'expérience. Néanmoins, dès qu'il a été connu, les palladistes se sont préoccupés de lui trouver une contre-partie, comme pour le crapaud et la poupée de cire. Le vieux Walder prétendait que, pour triompher de l'envoûtement photographique, il avait découvert une recette merveilleuse.
Inutile de dire que cette recette est un nouveau prétexte à sacrilèges. « Lorsqu'on se sait envoûté, affirmait-il, selon le procédé mis à la mode par M. de Rochas, il faut, tous les lundis, dès le septième coup de midi sonnant, s'enduire le corps, sur les tempes, autour du cou et dans la région du cœur, d'un Uniment composé d'essence de térébenthine et d'hostie adonaïte concentrée, réduite en poudre ; en faisant cette friction, on répétera tout le temps le vrai J.*. B.*. M.*. {Jésus Bethlemitus Maledictus), Au surplus, chacun des autres jours de la semaine, on demeurera, sitôt levé du lit, trois minutes en tenant le pouce replié et caché dans la main, tant pour la main droite que pour la main gauche, et Ton dira à haute voix en grec la formule de la sixième heure, tel que la donne le divin Apollonius de Tyane (lans le Nuctéméron, formule qui s'interprète ainsi : « L'esprit se tient immobile ; il voit les « monstres infernaux marcher contre lui et il est sans crainte. » En suivant fidèlement ses prescriptions, on aura l'invulnérabilité garantie contre tous les assauts quelconques de l'envoûteur, et, le trente-troisième jour, le volt photographique aura perdu toute puissance maligne définitivement (4).
{Le Diable au XIX^ siècle, p. 256.)
(1) La presse se préoccupa, il y a quelques mois, d'uu prêtre défrequé, l'abbé BouUan, qui avait fondé à Lyon la secte mystique du Carmel. Il prenait, dit-on, des statuettes de saints ou de saintes, les baptisait au nom des personnes auxquelles il voulait du mal et les torturait tout en faisant des invocations au diable. De son côté, il avait des ennemis qui agissaient de même contre lui, et on est allé jusqu'à dire que sa mort était due à une cause de ce genre. En tous cas, la curiosité publique fut assez éveillée pour que M. Phil. Auquier p«rt faire paraître, le 7 février 1893, dans le Figaro, un article intitulé : " le Roi des exorcistes, où nous trouvons sur les contr'envôûtements .
H 2 l'extériorisation de la sensibilité
Plus loin (p. 285), le D' Bataille reproduit en partie un article de M. Horace Blanchon relatant les expériences qu'il in*a vu faire à la Charité sur trois malades du service de M. le D*^ Luys : M"^« B., la nommée Jeanne et la nommée Clarisse, et il ajoute :
Cette citation n*est pas inutile, Fécrivain reproduit ayant iidèlement relaté ce qu'il a vu ; et son impartialité est d'autant plus indiscutable que, personnellement, il déclare dans la conclusion qu'il n'est nullement convaincu par les expériences auxquelles il a assisté chez M. de Rochas, « dont la bonne foi scientifique, dit-il, n'est, d'ailleurs, nullement en "cause ». M. Horace Blanchon pense que les sujets employés par le colonel sont de bonnes simulatrices, et voilà tout. La vérité est qu'il n'y a en tout cela ni résultat scientifique naturel, ni supercherFe non plus, M. de Rochas n'étant pas un naïf à qui des farceuses en imposeraient ; il y a œuvre du Diable, ni plus ni
dudit abbé BouUan des renseigoements qui semblenl empruntés à un grimoire du moyen âge.
« Si, craignant un envoûtement, vous consultiez l'apôtre, il commençait par endormir une voyante et lui faisait expliquer, dès qu'elle était prise du sommeil somnambulique, la nature du sortilège subi. Si le cas était grave, il recourait -« au sacrifice de gloire de Melchissédec »», qui se pratique ainsi :
" « Sur un autel, composé d'une table, d*un tabernacle de bois, en forme de maisonnette, surmonté d'une croix cerclée sur le fronton parla figure duTétragramme, l'officiant fait apporter le calice d'argent, les pains azymes et le vin. Puis, ayant revêtu des habits sacèrdo' taux, une longue robe vermillon, serrée à la taille par une cordelière blanche et rouge, et un manteau blanc découpé sur la poitrine en forme de croix renversée, il commence à lire les prières du sacrifice.
« Le consultant est placé près de Tautel. Continuant ses oraisons, le prêtre pose sa main gauche sur la tête de l'envoûté ; puis, étendant son autre main, il supplie l'archange saint Michel de l'assister et adjure les glorieuses légions des anges d'enchaîner les esprits du mal. Enfin vient le moment de la prière déprécatoire, et Tofficianl la clame par trois.fois après avoir posé sur rantel la main du consultant. Le pain azyme et le vin sont ensuite ofierts à ce dernier et le sacrii^ fice prend fin. »
l'envoûtement 113
moins, et c'est ce que beaucoup ont le tort de ne pas vouloir comprendre. Ce n'est pas la science des hommes, mais celle de l'Eglise seule qui est capable d'expliquer et qui explique ces phénomènes étranges et troublants.
Ne sont-elles pas malheureusement encore complètement d'actualité, ces lignes de Naudé? (I. c, p. 93.)
« Joint que ce serait une grande simplicité de croire qu'il n'y eust que ceux qui ont entré dans le Cercle, pratiqué les invocations et exercé la Magie, qui peuvent escrire ou faire des livres en icelle, puisqu'un chacun peut facilement discourir à la fantaisie d'une chose en laquelle il n'y a ny préceptes, ny ordre, ny méthode, et qu'il ne faut que mesler les caractères des douze signes et sept plaaètes, les noms de quelques anges de l'Ecriture, le Tohu et le Bohu, rUrim el le Thumim, le Bérésith et le Merchava, l'Eusoph et l'Agla des Caballstes avec l'Hippomanes, le parchemin vierge, le Pentalpha, le Suaire, la Teste de mort, le sang de hibou, de chauve-souris, et quelques prières et conjurations du Flagellum Dœmonum pour faire une infinité de ces Livres et Traités mystérieux, lesquels ne se communiquent pas après qu'en cachette, et se vendent ordinairement bien cher par ceux qui n'ont d'autre moyen de subvenir à leur nécessité qu'en pratiquant ces fraudes et tromperies aux despens de beaucoup d'esprits faibles, superstitieux et mélancoliques qui se persuadent d'avoir trouvé la febve au gasteau et le moyen de faire beaucoup de choses merveilleuses et extraordinaires par la rencontre de ces trompeurs et charlatans.
« .,.Tam magna est penuria mentis ubique!
In nugas tam prona via est!.., »