CHAPITRE IV
L'envoûtement aurait pour résultat de faire souflrir - quelqu'un en agissant à distance sur son système nerveux. Si le fait est réel, la contre-partie doit nécessairement exister ; îl m'a suffi, en effet, de compulser les traditions dédaignées par l'histoire officielle des sciences pour y trouver la preuve que l'agent nerveux extériorisé peut transmettre aussi bien des actions favorables que des actions nuisibles.
Comme le mal semble avoir toujours eu pour les hommes plus d'attrait que le bien, ce n'est que dans des temps relativement récents que nous voyons apparaître les cures à distance à l'aide des remèdes sympathiques; mais cette circonstance a du moins Tavantage de nous permettre de retrouver les premières observations et de les étudier avant qu'elles n'aient été déformées par les circonstances plus ou moins merveilleuses dont l'imagination des foules ne tarda point à les entourer.
H6 l'extériorisation de L4 sensibilité
If
La |>oudre de sympathie guérissait les blessures, suivant lopinion de nos pères, par sa simple application sur les linges qui avaient servi à les panser. Ce n était pas autre chose que du viiriol bleu ou sulfate de cuivre trituré et employé dans certaines conditions. On sait que le sulfate de cuivre a une puissante action contre les micro-organismes et qu'il assainit les plaies au contact; les fumeurs, sujets ù avoir des aphtes dans la bouche, se guérissent simplement en touchant ces petites ulcérations avec un cristal de vitriol ; depuis quelques années on l'emploie en grande quantité contre Toïdium, une des maladies de la vigne.
Celui qui Ta surtout fait connaître est un grand personnage, ïiyant joui en son temps d'une immense réputation tiomme homme d'État, comme homme de guerre, comme savant et comme bibliophile, le chevalier Kenelm Digby.
Né en 1603, dans une illustre famille d'Angleterre, il fut comparé, dès son enfance, à Pic de la Mirandole, à cause de sa prodigieuse mémoire, de sa rare sagacité et de ses brillâmes qualités physiques et morales.
En 16'28, les Anglais ayant eu quelque altercation avec les Vénitiens et les Algériens, Digby, âgé à peine de 25 ans, leva une escadre à ses frais et, avec l'autorisation de son roi, il fit voile pour la Méditerranée où il battit les deux puissances ennemies.
Quelques années plus tard, obligé de quitter l'Angleterre pour des motifs politiques, il se mit à voyager. Il alla voir les savunts les plus célèbres, notamment Descartes, et il
séjourna à plusieurs reprises en France. En 1644, il publiait à Paris un exposé de son système philosophique sous le titre : Traite de la nature des Corps. Il passa les années 165 7 et 1658 à Montpellier, et c'est à cette époque qu'il prononça devant rassemblée de lUniversité le discours relatif à la poudre de sympathie (1), auquel nous empruntons les documents qui suivent :
Digby apprit, dit-il (2), le secret de la poudre de sympa-
(1) Discours fait en une célèbre assemblée par le chevalier Digby, chancelier de la reine de la Grande-Bretagne, etc., touchant la guélison des plaies par la poudre de sympathie. Paris, Courbé, 1658, petit in-8o.
Cet ouvrage fut réimprimé plusieurs fois, notamment en 1673 à Rouen, in-12, avec une petite Dissertation sur le même sujet, par Nicolas Papin. Une autre édition fut donnée à Paris en 1681 par Jacques Osmont.
(2) Je ne crois pas beaucoup à cette histoire du Carme voyageur. Plus d*un siècle auparavant, Paracelse avait publié (Archidoxxs tnagicœ, lib. I) la recette de son onguent vulnéraire composé de sang humain, de graisse humaine, d*usnée (mousse recueillie sur un crâne humain exposé à Thumidité), d'huile de lin, d'huile de rose, de bol d'arménie, etc. Il suffisait pour guérir une blessure, sans douleur ni emplâtre même à 20 miiles de distance, de tremper dans Tonguent un morceau de bois imbibé du sang du blessé. — Ailleurs {De tumor., pust,, et ulcer. morbi gallici, lib. X), il recommande l'emploi du vitriol tiré du cuivre pour guérir certains ulcères. Voioi du reste comment il explique les actions curatives des remèdes : « Les remèdes agissent par une épandation de leurs forces, par une vertu dynamique, par une odeur, un goût dont Faction est quelquefois instantanée. Quand vous appliquez un emplâtre sur une plaie, vous ne pensez pas que cet emplâtre se change en chair; il opère magnétiquement par sa seule présence. Il en est de même des remèdes internes : plus leur nature est spirituelle, plus ils ont de vertu médicinale. «•
Pendant l'enfance de Digby, les idées de Paracelse sur la persistance pendant un temps assez long d'un lien vital entre les parties détachées du corps d'un animal et cet animal lui-même avaient été bruyamment remises à l'ordre du jour, à propos du cas de ce Bruxellois qui, ayant perdu son nez dans un combat, était allé s'en faire refaire un autre par un spécialiste, le célèbre chirurgien Gaspard Taglîacozzi, de Bologne ; mais, comme il craignait l'incision à faire à son bras, il mena avec lui, à cet effet, un portefaix du bras duquel on tira son nez, moyennant un prix convenu. Environ treize
Ihie d'un religieux Canne qui avait voyagé en Chine, dans la Perse et dans l'Inde.
Digby le donna au roi Jacques, qui réprouva en plusieurs occasions, puis à Théodore Turquet de Mayerne, premier médecin du roi de France (1). Turquet le passa au duc de Mayenne, son protecteur, qui fut tué, en 1621, au siège de Montauban. te chirurgien du duc l'ayant vendu à plusieurs personnes moyennant des sommes considérables, il ne tarda pas à tomber dans le domaine public.
La méthode et manière prescrite de se servir de ce remède sympathique estoit, dit Digby (2), de prendre seulement du vitriol (même le plus commun) comme il venoit des droguistes, sans aucune préparation ou addition quelconque et de le faire dissoudre dans de l'eau de fontaine ou plutôt de pluye en telle quantité qu'en y trempant du fer poly (par exemple un couteau), il sorte tout chargé de couleur comme s'il estoit changé en cuivre (3). Et, dans cette eau, on metioit tremper quelque linge taché du sang de la blessure que l'on
mois après, le Bruxellois, de retour dans sa patrie, sentit son nez se refroidir tout à coup et tomber en putréfaction au bout de quelques jours. En recherchant la cause de cette chute inopinée, on reconnut qu'au moment précis où son nez se refroidit, le portefaix avait expiré. Le célèbre Van Helmont, ayant connu des témoins oculaires du fait, composa, en 1617, un traité intitulé : De magnetica vulnerum cw'cUione, qui fut imprimé seulement en 1621 et eut un immense retentissement. 11 y invoque comme expUcation une foule de phénomènes analogues, que Digby rappelle également dans son discours.
Maxwell, qui rapporte le fait dans le n« livre de son traité de la Médecine magnétiqtie, ajoute : « J'ai entendu raconter une histoire semblable par un de mes amis, docteur en médecine, qui m'a juré en avoir été témoin oculaire. »
(1) Turquet, après avoir été médecin de Henri IV, passa en Angleterre où il devint le médecin de Jacques I" et de Charles P'.
(2) Discours fait en une célèbre assemblée,,. Paris, 1658, p. 179.
(3) On voit que le vitriol de Digby était bien du sulfate de cuivre et non du sulfate de fer, comme l'indiquent, par erreur, la phipart des ouvrages modernes.
vouloit guérir si le linge estoit sec; mais s'il estoit encore frais et humide du sang, il ne falloit que le saupoudrer avec de la poudre de semblable vitriol, en sorte que cette pinulre s'incorporait et imbibait dedans le sang encore humide; ei garder Tun ou Tautre bien tempéré; savoir la poudre en nue boëte dans sa pochete, et Teau (qui n'admet point cette rouimodité) en quelque chambre ou la chaleur soit modérée. Ki ;i chaque fois que Ton met nouvelle eau vitriolique ou nouvel h* poudre à nouveau linge ou autre étoffe ensanglantée, la jjersonne sent un nouveau soulagement, comme si alors la ftUne avait été effectivement pansée par quelque souverain mc^lî^'amenl.
Et, pour ce sujet, on réitéroit celte façon de panser soir ei matin. Mais, maintenant, la plupart de ceux qui ne se servenl de ce remède de sympathie font diligence d'avoir du yiiiM romain ou de Cypre; puis ils le calcinent à blancheur au suk il. Et outre cela aucuns y ajoutent de la gomme tragagantlu' : Facile est inventis addere. Pour moy, j'ay veu d'aussi grands effets du seul vitriol de dix-huit deniers la livre, comme û^* \\\ poudre qu'on prépare aujourd'hui.
Voici maintenant, tiré du même livre, le récit bien nv\ et bien circonstancié de l'un des cas de guérîson obLi nus par la poudre de sympathie:
M. Jacques Howell, secrétaire du duc de Bouquinyatî (assez connu en France par ses écrits et particulièrement j«:ii sa Dendrologie, traduite en français par M. Baudouin, *o nusemble), survint un jour comme deux de ses amis se batttHeui en duel. Il se mit aussi tost en devoir de les séparer; il se jiHt' entre eux deux; et de sa main gauche, saisit les gartl(?5 iW répée de l'un des combattants pendant que de sa droilr itfie il empoigne la lame de l'autre. Eux, transportez de rriilL* chacun contre son ennemy, font leurs efforts de se défiai!** iW l'empeschement que leur amy commun leur donnoil de se hiei l'un l'autre : et l'un tirant brusquement son espée, qui ne jum voit pas eslre retenue parla lame, coupe jusqu'à l'os ton^ le^?
nerfs, muscles et tendons de la main de M. Howell ; et, à mesme temps, l'autre dégage sa garde et porte un coup d'estramaçon à la teste de son adversaire, qui va fondre sur celle de son amy, lequel, pour parer le coup, traverse la main desjà blessée, qui, par ce moyen, fut coupée autant par le dehors, comme elle Testoit par le dedans... Voyant le visage de M. Howell tout couvert de sang tombé de sa main élevée, ils accourent à luy pour l'assister; et, après avoir visité ses blessures, ils les bandent de l'une de ses jarretières, pour tenir closes les veines qui estoyent toutes coupées et saignoient abondamment. Ils le ramènent chez lui, cherchent un chirurgien; et le premier, venu servit pour luy mettre le premier appareil. Pour le second, quand se vint à ouvrir la-playe le lendemain, le chirurgien du Roy y fut envoyé par Sa Majesté qui affectionnoit beaucoup ledit sieur Howell.
J'estois logé tout proche de luy. Et un matin, comme je m'habillois, quatre ou cinq jours après cet accident, il vint en ma chambre pour me prier de luy donner quelque remède à son mal. D'autant (dit-il) qu'il avait appris que j'en avois de très bons pour semblables x)ccasions; £t que sa blessure estoit en si mauvais estât que les chirurgiens appréhendoient que la gangrène ne s'y mist : ce qui arrivant, il lui falloit couper la main. En effet, son visage témoignoit la douleur qu'il enduroil, laquelle il disoit insupportable avec une inflammation extrême. Je luy répondis que je le servirois volontiers ; mais que, quand il sauroit de quelle façon je pansois les blessés, sans avoir besoin de les toucher ou de les voir, peut-estre il ne le voudroit plus, parce qu'il croiroit cette manière de guérir superstitieuse ou inefficace. — Pour la dernière (dit-il), les grandes merveilles que plusieurs personnes m'ont racontées de vostre médicament ne me laissent point douter de son efficace. Et pour la première, tout ce que j'ay à dire est compris en ce proverbe espagnol, haga se el milagro, y hagalo Mahoma,
Je luy demanday donc quelque pièce d'étoffe ou de linge sur laquelle il y auroit du sang de ses playes. Il envoya incontinent quérir la jarretière qui lui avoit servi de premier bandage. Et cependant, je demandoy un bassin plein d'eaûe, comme si
je me voulois laver les mains, et pris une poignée de poudre de vitriol que je tenois en un cabinet sur ma table et Ty fis promptement dissoudre. Aussitôt que la jarretière me fut apportée, je la mis dans le bassin, et remarquant ce que faisoit ce pendant M. Howell. Il parloit à un gentilhomme en un coin de ma chambre sans prendre garde à ce que je faisois ; et tout à l'heure, il tressaillit et fit une action comme s'il sentoit en luy quelque grande émotion. Je lui demandoy ce qu'il avoil et ce qu*il sentoit. — Je ne sais (dit-il) ce que j'ay, mais je sais bien que je ne sens plus de douleur. Il me semble qu'une fraîcheur agréable, comme si c'estoit une serviette mouillée et froide s'espand sur ma main, ce qui m'a osté toute l'inflammation que je sentois. — Puis donc (lui répliquay-je) que vous sentez desjà un si bon effet de mon médicament, je vous conseille d'osier tous vos emplastres ; tenez seulement la playe nette et en un estât modéré et tempéré de chaud et de froid (1).
Cecy fut aussi tost apporté à M. de Bouquingan et, peu après, au Roy qui furent tous deux fort curieux de savoir la suite de l'affaire, qui fust, qu'après disner, j'ostay la jarretière hors de l'eaûe et la mis à sécher à un' grand feu. A peine estoit-elle bien seiche (et, pour cet effet, il falloit qu'elle eust esté premièrement bien eschauffée), que voyla le laquais de M. Howell qui vint me dire que son maistre sentoit depuis fort peu de temps autant de douleur que jamais, et encore plus grande, avec une chaleur si extrême comme si sa main eust esté parmy les charbons ardents; je luy répondis que quoy que cela luy fust arrivé à présent, il ne laisseroit pas de se bien porter dans fort peu de temps, que je sçavois la cause de ce nouvel accident et que j'y donnerois ordre, et que son maistre seroit délivré de sa douleur et inflammation avant qu'il peust être de retour chez luy pour l'en asseurer. Mais qu'au cas que cela ne fust pas, qu'il revinst m'en avertir; sinon qu'il n'auroit que faire de retourner. Avec cela, il s'en va; et, à l'instant, je remets la jarretière dans Teaûe; sur quoy, encore qu'il n'y eust que deux pas chez son maistre, il le trouve tout
(l) Cf. robservation du chirurgien américain dans la note E.
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à fait sans douleur; et mesme avant qu'il y arrivast, elle esloit entièrement cessée. Pour faire court, il n'y eut plus de douleur, et dans cinq ou six jours sa playe fut cicatrisée et entièrement guarie (pp. 7 et suiv. Ed. de 1681).
Le sujet perçoit donc les actions exercées sur le sang de sa plaie qui conserve un lien sensible avec le corps, pourvu que la distance ne soit pas trop grande; car Digby note que son logis était tout proche de celui de Jacques Howell. Mais cette communication de sensibilité ne se borne pas à une action curatrice, elle est complète en ce sens que le chaud et le froid se font également sentir à distance ; de plus, certaines actions détruisent le rapport ou le lien, ainsi que l'indique Digby à la page 146.
J'ay dit que la lumière emportant ces atomes de vitriol et de sang et les dilatant à une grande étendue dans l'air, la playe les attire et est d'abord soulagée, et puis ensuite guarie par les esprits du vitriol qui est balsamique.
Mais si vous mettez le bassin ou la poudre avec le linge taché de sang dans une armoire faite dans une muraille en quelque coin d'une chambre froide ou en une cave, là ou la lumière ne donne et d'où l'air ne sort point (et partant est corrompu et sent le relent), en ce cas-là, la playe ne sentira aucun amendement ny aucun effet de cette poudre. Et la même chose arrivera, si ayant mis en quelque coin le bassin ou la poudre, vous les couvrez avec beaucoup de couvertures épaisses, estouffantes et spongieuses, qui imbibent les atomes qui en pourroient sortir et qui retiennent la lumière et les rayons qui y entrent et qui s'y arrestent et s'y perdent.
Aussi, si vous laissez congeler en glace l'eau vitriolée où le linge est trempé, le blessé sentira au commencement un grand froid a sa playe ; mais, quand le tout est glacé, il ne sentira ny bien ny mal. d'autant que ce froid congelant constipe les pores de l'eau, laquelle ne laisse point alors transpirer on sortir les esprits.
Si on lave le linge taché, en vinaigre ou lessive (qui par leur acrimonie pénétrante emportent tous les esprits du sua^i, (levant que de lui appliquer le vitriol, il ne fera aucun eiïeï.
Mais, si l'on ne le lave que d'eau simple, il ne laissera p.is ûo, faire quelque chose (car elle n'en emporte pas tant); iio:iiimoins, l'effet n'en sera pas si grand comme si le linge n ;ivoU point été lavé du tout, car alors il est plein de tous les esprit*? du sang.
La mesme cure se fait appliquant le remède à Tépée i\\i\ a blessé la personne, si ce n'est que l'épée ait esté fort chauf fée au feu, car il feroit évaporer tous les esprits du sang ; ci' qui rendroit l'épée inhabile par cette cure.
Et voicy la raison pourquoi l'on peut panser Tépée- C.esi que les esprits subtils du sang pénètrent dans la substance i\v la lame de l'espée, jusques à l'étendue que la lame n ek* portée dans le corps du blessé, et ils font là leur résid»»uce, sans que rien les en puisse chasser, excepté, comme j'av dîr le feu. Pour preuve de quoy, tenez-la sur un réchauf ih^ îVn modéré et vous verrez sortir de la lame opposée au t'*-n imm^ petite humidité qui ressemblera à la tache que rhaleim.' luii sur un miroir ou sur la mesme lame polie; et, si vous re|;îndez à travers quelque verre qui grossit beaucoup les ohjri^, vous verrez que cette rosée d'esprits consiste en de pciiii's bulles ou vessies enflées. El, quand une fois elles seroiu i-vu porées enlièrement, vous n'en verrez plus sur cette epc(% si elle n'était poussée de nouveau dans quelque corps vivam, n\ même dès le commencement vous ne les verrez autre pan f[i[i* précisément sur la partie de la lame qui est entrée dmi-i lu playe (i).,. Or donc pendant que les esprits sont dans la plasc^ elle (leur subtile pénétration) servira à guérir le blessé (f) :
(1) L'abbé de VallemoDt {Physique occulte, p. 217), dit qin^ i otlr expérience sert aux chirurgiens à connaître la profondeur i|i^ l;i plaie sans la sonder, puisqu'il n'y a que la partie de l'épée qin e-i entrée dans un corps vivant sur laquelle se forme celle vapiui .
(2)" Paracelse [Archidoxis magicœ, p. 699 ; Genève, 1668) avjMi ilrjn indiqué l'application d'un onguent à l'arme qui avait blessé* (>Hin guérir la blessure.
Unguentum armorum
Hoc modo unguentum quoque parare potest, quod vulnm^a vtin*
124 l'extériorisation de la sensîrilité
mais après que le feu les a une fols chassés, le remède appliqué à cette épée ne fera rieo du lout. De plus, si quelque chaleur violente accompagne ces atomes, elle enflamme la blessure ; mai^ le sel commun peuty remédier ;rhumidité de Teau humecte )a playe, et le froid cause le frisson à la personne blessée...
11 me semble que mon discours vous a assez évidemment montré qu'en cette cure, il n'est pas besoin d'admettre une action par un agent distant du patient. Je vous ay tracé une réelle communication de Tun à l'autre : à sçavoir d'une substance balsamique qui se mêle corporellement avec la playe.
C*est une chétive lâcheté et petitesse de cœur et une crasse ignorance d'entendement, de prétendre quelqu'effet de magie ou de charme, et de limiter toutes les actions de la nature à la grossièreté de nos sens, quand nous n'avons pas suffisamment considéré ny examiné les causes et les principes sur lesquels il convient de fonder nostre jugement. Il n'est pas besoin d^avoir recours à un démon ou à un ange pour cette difficulié :
Nec Deus intersitj nisi dignus vindice nodus Incident..,
La poudre de sympathie jouit d'une vogue Immense jusqu'à la fin du xvii^ siècle.
Le sieur Papin, a docteur en médecine et des plus fameux de la ville de Blois (1) », composa sur elle une longue dissertation dont voici la préface :
omncm dolorem sanescant, si arma, quibus aliquis vulneratus est, ungiienio iUo olinas.
Cet onguent avait la même composition que l'onguent vulnéraire dont j'ai parlé dans la note 2 de la page 117; mais Paracelse dit qu'il est bon d'y ajouter du miel et du sang de taureau !
(1) Avertissement placé par le sieur Rault en tête de la traduction française qu'il publia en 1681 de la dissertation latine de Papin sur la poadre de sympathie. Il s'agit ici de Nicolas Papin, oncle de Denis PapiD, l'inventeur de la machine à vapeur.
LA POUDRE DE SYMPATHIE 1 2o
Sénèque, dans ses questions naturelles, nous assure que la Nature, mère de toutes choses, n'est pas si prodigue de ce quellû a de plus rare et de plus secret, qu'elle Vexpose tout à la fots. Tout le monde ne pénètre pas confusément dans ses m^sti^res^ et ils ne sont pas ainsi connus à un chacun^ elle les rvsrrre comme un lieu sacré. Aussi est-ce que, dans un temps^ on n'eu découvre qu'un, et dans un autre, un autre. Certes, si dans nostre siècle il s'est découvert quelque secret admirable dans la médecine, qui doive confirmer cette opinion, ce doit ir^iTit celte merveilleuse manière de guérir les playes reçues sur le corps humain, par l'application de la poudre de sympa Ehiis dont la découverte est toute nouvelle, et qui, ayant ^a]^]^la(Jdissement de tout le monde pour ses rares et fréquentes ^^^' périences, mérite d'emporter l'avantage sur toutes sortes rie médicaments....
D'abord que j'entendis parler de cette merveille, je me persuaday que c'estoit quelque invention chimérique ou digne ilc risée; mais, ayant appris qu'elle avoit l'approbation des jx rsonnes les plus considérables, je commençai a m'émerveilji.^r moy-mesme. Et enfin, m'estant assuré de la vérité par de Iréquentes expériences que j'en fis, je me vis obligé d'en prtinlt e le parti avec toute assurance. Je n'estois plus après 1;^ recherche si la chose estoit constante, mais ce que c'estoit, ei de quelle manière elle se passoit. Toutefois, je ne laissoîs pas de me trouver dans d'assez grandes difficultés qui durèrent plus d'une année, et jusques à ce que m'estant embarqué iioiii- Candie, nous fûmes obligés de relâcher à Zanthe pour le mauvais temps; où estant le bienvenu dans le fameux collège ilrss médecins de la ville, il m'arriva par occasion de discourir ^^iir la vertu merveilleuse de la poudre de sympathie, et d'en fain^ publique discussion. Le nombre des savants y fut grand, dunl une partie eut de la peine à se contenir de rire à l'entendre seulement nommer; d'autres qui ne doutoient aucunemem di^ la vérité, après les fréquentes expériences qu'un très habilu et très savant chirurgien de la même isle en avoit publiai nement faites, tenoient ses efi'ets au-dessus de la nature, eL en condamnoient l'usage, disant pour toute raison, que ceux i\\n s'en servoient avoient fait quelque paction avec le démon.
126 l'extériorisation de la sensirilité
Papîn se livre ensuite à de longues discussions basées sur les théories alors en vogue de l'Esprit universel, discussions devenues aujourd'hui fort obscures pour nous parce que nous avons d'autres idées et que nous nous servons d'autres termes aussi savants, qui paraîtront aussi incompréhensibles à nos successeurs. Voici, du reste, sa conclusion : f Avec la vertu imprimée dans un sujet équivoque, la portion la plus subtile et la plus éthérée de l'esprit qui est restée dans le sang ou dans le pus se répand aussi avec eux; laquelle, selon qu'elle participe encore à quelque chose d'élémentaire, avec 6e qu'elle a de plus céleste, devient le principal instrument des mutations des premières qualités élémentaires dont elle est remplie comme estant leur sujet propre, pour les porter à la partie blessée, de même que la vertu agglutinative, laquelle vient des gommes meslées avec la poudre et pareillement de la vertu sarcotique ou cicatrisante laquelle procède du vitriol. Toutes lesquelles choses, à dire le vray, ne réussiroient pas si 6ien, si l'opération se faisait en un lieu trop éloigné du blessé^ et si Von gardait le linge ou V étoffe teinte de sang et parsemé de poudre dans un éloignement de plusieurs heures. >
Le célèbre Recueil de receptes duement esprouvées, imprimé en 1676, à Lyon par les soins de M°*" Fouquet, la mère du malheureux surintendant des finances, en donne deux préparations différentes et la recommande contre les hémorragies.
Dans une lettre datée du 28 janvier 1685, M°^ de Sévigné parle d'une plaie qu'elle avait à la jambe : J'avais^ ditelle ensuite, encore heureusement de la divine sympathie; mon fils vous dira le bon état où je suis. Il est vrai
qu*une petite plaie que nous croyons fermée a fait mtnû de se révolter^ mais ce n'était que pour avoir Vhonnenr d'être guérie par la poudre sympathique,,.
Dans une autre lettre, elle écrit : Le baume trangninc ne faisait plus rien^ c'est ce qui me fit courir avec trattHport à votre poudre de sympathie qui est un remède tout divin. Et, pour preuve de sa merveilleuse efficacité, elle ajoute : Ma plaie a changé de figure, elle est quasi sèrhc et guérie, Enfin^ si, avec le secours de cette poudre que Dieu m'a envoyée par vous^ je puis une fois marcher a ma fantaisie, je ne serai plus digne que vous ayez h moindre souci de ma santé.
Nous ne savons pas comment M"® de Sévigné emplo^i àîl son divin remède et si la suggestion n'entrait pas en Jeu , comme pour toutes les nouveautés qui ne guérissent (]iie pendant qu'elles sont à la mode. Toujours est-il que, peu ii peu, on confondit, comiùe nous l'avons déjà fait renuirquer, le sulfate de fer avec le sulfate de cuivre; on y ajouta des matières étrangères inertes et on l'administra à ton < i à travers, sans se douter que le remède n'était efficace tjuci sur certaines organisations, et dans certaines circonstances. Aussi n'était-il plus considéré par les historiens de la nu*decine que comme t Tune de ces folies qui ne résisteran rit pas au plus léger examen (1). » Le jugement est sommaîir, mais que de fois n'avons-nous pas vu déjà des asseriifnis aussi tranchantes, cruellement démenties par rexja'rience ?
Pour ma part, je n'ai pas eu l'occasion de diriger mes expériences de ce côté-là et voici les seules notes que je retrouve dans mes papiers :
(1) D' Ménière, les Consultations de Jtf^e de Sévigné, 1864, p. lÛL
« 30 juillet 1892. — J'ai piqué au pouce M'"' Lux endormie et extériorisée. Le sanfç est venu difficilement; quel- . ques gouttes recueillies sur un mouchoir restaient sensibles et transmettaient au sujet les sensations d'un bout de l'appartement à Tautre (une douzaine de mètres^
c Ce mouchoir maculé trempé dans une dissolution de sulfate de cuivre lui procurait une sensation de fraîcheur très agréable; cette sensation ne se produisait pas quand on le trempait dans Teau pure.
« J'ai cherché à reconnaître le lien qui unissait son sang dans le mouchoir avec son corps, à voir si de son pouce à la tache de sang, il y avait une ligne sensible avec une sensibilité décroissante selon l'éloignement. M""* Lux a accusé des maxima et des minima, mais beaucoup plus rapprochés que ceux des courbes ordinaires qui l'enveloppaient. — Phénomènes à étudier plus complètement.
« 6 janvier 1893. — M™" Lux s'est coupé le doigt; elle l'a empaqueté dans une bande de linge qui est tachée de sang ; je lui demande cette bande sans lui dire pour quel motif, et, de retour chez moi, je la fais tremper dans une dissolution de sulfate de cuivre. Le lendemain M'"^ Lux me montra sa petite coupure cicatrisée et me dit qu'elle ne l'avait pas fait souffrir depuis la veille. — Cette expérience n'est pas bien nette et n'a d'intérêt qu'en la rapprochant des autres. »
En revanche, un de mes amis m'a adressé de Maëstricht la très intéressante lettre qui suit :
Je causais dernièrement avec un prêtre très instruit de vos étonnantes révélations scientifiques par rapport à rextériori^ satlon de la sensibilité. Or il ne inanifesta pas toute la surprise que j'attendais. 11 me dit :
< Voilà longtemps que saint Alphonse de Liguori s'est
occupe de questions analogues. Consulté au sujet de la lie! lu de remploi de la poudre sympathique agissant à distance, il opinait que les théologiens répondaient en général négatives ment, parce qu'il semblait incompréhensible que les qualités de cette poudre puissent agir à distance.
« Le théologien Elbel néanmoins est d*avis que cette pratir|in' peut être tolérée dans des cas urgents, et pourvu que le bles^f ne soit pas trop éloigné, par exemple à une distance de trois cents pas (sic), et qu'on prenne la précaution de faire des restrictions contre l'action démoniaque.
« On constate que la poudre en question (Cu W SO^) est nginmée sympathique parce que, répandue sur du sang fraîchrv ment extrait d'une blessure, elle guérit cette blessure et en fait cesser tout écoulement. On ne comprend pas que cei i puisse se produire autrement que par l'écoulemeat de la substance (sensibilité?) ou par les vapeurs du vitriol qui eu s'amalgamant avec les particules encore chaudes du sang M' meuvent dans la direction de la blessure et ferment les peliks ouvertures par où le sang s'échappe comme à l'aide de petits coins {s/c). »
Si ie rapporte ces détails, c'est uniquement pour vous permettre d'y faire un triage; peut-être y trouverez-vous quelque particularité ou quelque indice qui puisse servir à vos études.
Voici un petit récit que je tiens du même prêtre, reclem d'un collège; je puis en attester la véracité; des informatioiis que j'ai prises me permettent d'ajouter que les pratiques dont il est question ne sont pas rares dans le Brabant septentrjn nal.
Un étudiant du collège s'était fait des blessures affreuses en tombant à travers une vitre. Le pouls était coupé, et, tu retirant brusquement le bras, le malheureux s'était fait uue profonde entaille dans les chairs du bras qui mettait à nu h^ radius. Le sang jaillit comme une fontaine de deux grosses artères ouvertes. Un médecin donna les premiers soins ; mais en présence de la violente hémorragie, il demanda l'aide d'un confrère; le cas semblait désespéré; des douleurs atroces fai «aient rugir le pauvre enfant plusieurs jours durant. Une ti\<
blessures continuant à saigner, le tétanos était à redouter. Les médecins étaient à bout de ressources. C'est alors qu'un des compatriotes de Tenfant suggéra l'emploi d'un remède étrange, il connaissait un homme du peuple qui, par certains procédés, faisait non seulement cesser toute hémorragie mais calmait incessamment les douleurs; il suffisait de lui remettre un linge imbibé du sang de la blessure. 11 portait ce linge sur le corps afin de le maintenir au degré de la chaleur naturelle et tant que le linge était maintenu en cet état, Thémorragie et la douleur cessaient, mais si le sang du linge se refroidissait, le patient retombait dans son état précédent.
On n'avait pas le choix, et quoique parfaitement incrédule, on envoya immédiatement le linge imbibé de sang. Dès que l'homme Teûten sa possession, Thémorragie et la douleur cessèrent comme par enchantement. Ce fut un soulagement immense pour le pauvre garçon et pour son entourage.
il faut croire que le possesseur du Pint (c'est ainsi qu'on nomme le pouvoir de cet homme) porta soigneusement le linge extériorisaleur, car la guérison fut prompte et parfaite,
Jules S.
Je terminerai ce chapitre par quelques autres extraits de l'ouvrage de Digby qui montrent comment le savant anglais avait cherché à donner l'explication des phéno* mènes observés par lui.
a) La forme des molécules des corps et les cnstaux.
Chaque sorte de corps affecte une figure particulière. Nous le voyons clairement parmi les dififérentes sortes de sel. Pilezles séparément, dissolvez, coagulez et changez-les tant qu'il vous plaira, ils reviennent toujours, après chaque dissolution et coagulation, à leur figure naturelle, et chaque atome du même sel affecte toujours la même figure. Le sel commun se forme toujours en cubes à faces quarées, le sel nitre en colonnes à
six faces, le sel armoniac en hexagones à six pointes, demi me que la neige est sexangulaire ; le sel d'urines en pentagones... et ainsi de plusieurs autres sels.
Les distillateurs ont remarqué que s'ils reversent sur l;i teste morte (1) de quelque distillation Peau qui en a esté disUIlée, elle s'y imbibe et s'y réunit incontinent ; au lieu qnf^ sï vous y versez quelque autre eau, elle surnage et a grand'pcMne de s'incorporer. La raison est que cette eau distillée, qui semble un corps homogène, est pourtant composée de conniscules de différentes natures et par conséquent de différeities figures (comme les chymistes le montrent à l'œil), et < os atomes étant chassés par l'action du feu hors de Icitr^ chambres et comme des lits qui leur estoient appropriés îivec une très exacte justesse, quand ils reviennent à leurs anciennes habitations, c'est-à-dire à ces pores qu'ils ont laisst s vuides dans les testes mortes, ils s'y accommodent en se rejoignant admirablement et se commensurent ensemble.
Et le même arrive quand il pleut après une grande séulspresse ; car la terre boit incontinent cette eau qui en avoiE rsté attirée par le soleil au lieu que toute autre liqueur étrai)i|f< le n'y entreroit qu'avec difficulté.
Or qu'il y ait des pores de différentes figures dans des Çfn ps qui semblent estre homogènes, M. Gassendi l'affirme et trirlm de le prouver par la dissoiulion des sels de différentes fiîïnrt' 5 dans l'eau commune. Quand (dit-il, ou à cet effet) vous y \mivi dissout du sel commun autant qu'elle en peut prendre, supjMisons par exemple une livre, si vous y mettiez encore un sirnpule seulement, elle le laissera couler au fond commt' ^l c'étoit du sable ou du piastre ; maintenant elle dissoudni encore une bonne quantité de sel oitre ; et, quand elle ne lunchera plus à ce sel, elle dissoudra autant du sel armoniac ^ if ainsi d'autres sels de différentes figures. {Pp. 75 et suiv.)
h) Les molécules de même nature s^attirent.
En noslre pays (et je crois que c'est le même icy) l'on lail
(1) Les anciens chimistes appelaient caput mortuum ou tête morfg le résidu de leurs opérations.
d32 l'extébiorisation de la sensibilité
provision pour toute raniiée de pastés de cerfs et de daims, en la saisoD que leur chair est meilleure et plus savoureusie, qui est durant les mois de juillet et d'aoust ; Ton les cuit dans des pots de terre ou crouste dure de seigle, après les avoir Jbien assaisonnés d'espices et de sel ; et, estans froids, on les couvre, six doigts de haut, de beurre frais fondu pour empêcher que Tair ne les entame. On remarque pourtant, après toutes les diligences qu'on peut faire, que quand les bestes vivantes, jqui sont de même nature et espèce, sont en rut, la chair q^ui est dans ces pots s'en ressent puissamment, est grandement altérée et a le goust fort, à cause des esprits bouquains qui sortent en cette saison des bestes vivantes et sont attirés par la chair morte de leur même nature. Et alors on a de la peine -d'empescher que cette chair ne se gâte. Mais, cette saison estant passée, il n'y a plus de danger pour tout le reste de J'année.
Les marchands de vins remarquent en ce pays-ci, et partout où il y a du vin, qu'en la saison que les vignes sont en fleur, le vin qui est dans la cave fait une fermentation et pousse une petite lie blanche (qu'il me semble qu'on appelle la mère) à la superficie du vin, lequel est en désordre jusques à ce que les fleurs des vignes soient tombées ; et alors, cette agitation ou fermentation s'estant apaisée, tout le vin revient en l'état où il estoit auparavant. Et ce n'est pas d'aujourd'hui seulement qu'on a fait cette remarque ; car (pour ne rien dire de plujsieurs autres qui en parlent) saint Ephrem le Syrien, dans son .dernier testament (il y a près de treize cents ans), rapporte <;ette même circonstance du vin qui souffre une agitation et fermentation dans le tonneau à même temps que les vignes exhalent leurs esprits à la campagne; et se sert ainsi d'un pareil exemple des oignons secs qui germent dans le grenier quand ceux qui sont semés dans le jardin commencent à sortir de terre et à embaumer l'air de leurs esprits ; voulant Indiquer, par de telsr exemples connus de la nature, la communication qui est entre les personnes vivantes et les âmes des morts. C'est que ces esprits vitaux qui émanent des fleurs remplissent l'air de tout côté..., ils sont arrêtés dans les ton- '^eaux par le vin qui leur tient lieu de source et qui a en abon-
dance de semblables esprits. Et ces nouveaux esprits volatiles survenants excitent les esprits les plus fixes du vin et y exen * lU une fermentation, comme si on y versait du vin doux ou du viu nouveau... Et c'est pour cette même raison qu'une nappe in\ serviette tachée d'une meure ou de vin rouge est aisénicnl nettoyée en la lavant à la saison que ces plantes fleurissent mii lieu qu'à tout autre temps ces taches ne cèdent point :t b lessive (1)...
En Angleterre, où nous n'avons pas assez de vignes pour eu faire du vin, la même chose s'observe et encore quelque p;tr licularilé davantage. Quoy qu'on ne fasse pas devin en nosir^ pays, nous en avons pourtant en très grande abondance c|uj s'y apportent du dehors. Il en vient principalement de iruis endroits : des Canaries, d'Espagne et de Gascogne. Or ces régions estans en différents climats et degrés de latitude et \}iiv conséquent l'une plus chaude que l'autre et où les roêim Sk arbres et plantes Âeurissent plutôt les unes que les au tri' s, il arrive que celte fermentation de nos différents vins s'avanrr plus ou moins, selon que les vignes dont ils provienne nr fieurissenlplus tôt que plus tard en leur pays : estant conforiut; à la raison que chaque vin attire plus volontiers les esprits des^ vignes d'où il provient que les autres.
Je ne scaurois m'empêcher en cette occasion de faire irue petite digression pour développer un autre effet de la uauni.^ que nous voyons assez souvent et qui n'est pas moins curkiiv que le principal que nous traitons. Il semblera peut-estre aviMi des causes et des ressors encore plus obscurs: néanmoins iî^^ dépendent en plusieurs circonstances des mêmes princîjM s, quoy qu'en d'autres ils soient diftérens. C'est touchanl 1rs marques qui arrivent aux enfants quand leurs mères dumui leur grossesse ont envie de manger quelque chose. Pour y procéder dans mon ordre accoutumé, j'en proposeray prenin rement quelque exemple. Une dame de haute condition t|U"' plusieurs de cette assemblée connoissent (au moins par vépn-
(1; J'ai entendu dire par uDe dame habitant la campagne dans un grand pays de vignoble, que les taches de vin faites aux serviettes d aux nappes reparaissaient au moment des cuvées, bien que itjs linges parussent complètement blancs après avoir passé à la lessive.
talion) a sur son col la figure d'une meure aussi exacte comme un peintre ou un sculpleur la pourroit représenter; car elle n'en a pas seulement la couleur, mais aussi la grosseur, avançant par-dessus la chair, comme si elle estoit en demy relief. La mère de cette dame estant grosse d'elle, elle eut envie de manger des meures ; et son imagination en estant remplie, la première fois qu'elle en vit, il luy en tomba une par accident sur le col. On essuya aussitosl et avec soin le sang de celte meure et elle n'en sentit autre chose pour lors ; mais, l'enfant estant nay, on apercent la ligure d'une meure sur son col, au même endroit où le fruit estoit tombé sur celuy de la mère; et tous les ans, à la saison des meures, cette impression^ ou pour mieux dire cette excressance s'enfle, grossit, démange et devient enflammée. Une autre fille qui avait une semblable marque, mais d'une fraize, en estoit encore plus incommodée; car, en la saison des fraizes, non seulement elle demmangeoit et s'enflammoit, mais elle se crevoit comme un abscez, et il en découloit une humeur acre et corrosive, jusqu'à ce qu'un habile chirurgien luy osta tout jusques aux racines par le moyen d'un cautère ; et, depuis cela, elle n'a jamais senty aucun changement en cet endroit qui l'incommodoit tant auparavant n'y estant resté qu'une simple cicatrice. {Pp, 82 et suiv,)
c) Les restes de vie»
La grande fertilité et richesse d'Angleterre consiste en pâturages pour la nourriture du bestail. Nous en avons les plus beaux du monde et aussi abondance d'animaux et principalement de bœufs et de vaches. Il n'y a si pauvre ménage qui n'ayt quelque vache pour leur fournir du lait. C'est la principale nourriture des pauvres gens aussi bien qu'en Suisse. C'est pourquoy ils sont grandement soigneux du bon estât et de la santé de leurs vaches.
S'il arrive qu'en faisant bouillir du lait, il se gonfle tant qu'il répnntîe par-dessus le poëslon et tombe dans le feu, la bonne femme ou la servante abandonne à l'instant tout ce qu'elle faisoU et accourt au poëslon qu'elle retire du feu, et à même temps prend une poignée de sel, qu'on tient toujours au coin
de la cheuiinée pour le garder sec, et le jelte dessus cem braise où le lah s'estoit répandu.
Demandez-lui pourquoi elle fait cela et elle vous dira <|uo c'est pour empescher que la vache qui a rendu ce lait n'ayi pris mal au pis; car, sans cela, elle Tauroit dur et ulcéré et pibii*> roif du sang et enfin elle serait en hasard de mourir, non p;<s que telle extrémité lui arrivast à la première fois, mais mtnv moins elle en souffriroit du mal; et, si cela arrivojt souvenu Ut vache ne manqueroit pas d'en mourir à la fia.
Il pourroit sembler qu'il y a quelque superstition ou folle lsi cecy. L'infaillibilité de l'effet garantit de la dernière; et, jkhk la première, plusieurs croient que la maladie de la vache suii surnaturelle et un effet de quelque sorcellerie, et ainsi qun \r remède que je viens de dire est superstitieux ; mais il esi ukv de les désabuser de cette persuasion en leur déclarant corami-nl la chose va, selon les fondemens que j'ay posés (1)...
Cet effet touchant la conservation du pis delà vache, ensi^iff de la brûlure de son lait, me fait souvenir de ce que plusieurs personnes m'ont dit avoir veu en France et en AnirU terre.
Quand les médecins examinent le lait d'une nourrice pont l'enfant de quelque personne de condition, ils l'éprouvent jkh divers moyens devant que de juger définitivement de sa boiik% comme par le goust, par l'odorat, par sa couleur, par sa cvuisistance, etc. Et quelques-uns le font bouillir jusqu'à révapu ration pour voir sa résidence et autres accidens etcirconst;iii'
(1) Digby explique que le lait en tombant sur le feu s'évaporr m que ses atomes se répandant dans Tair vont jusqu'au pis de la vailir, où il est attiré par sympathie, emportant avec lui des atomes de U-n qui irritent le tissu glanduleux et tendre du pis. — Quant au ^el crépitant sur le feu, il agit an moyen de ses atomes qui s'empaiecil de ceux du feu elles précipitent en les empêchant ainsi d'aller tilns loin, de même qu'il abat les atomes de suie enflammée quand on s • u sert contre un feu de cheminée ; si du reste quelques atomes-cl« Ira s'échappaient et allaient jusqu'au pis, ils seraient aecompagrh^^ d'atomes d'esprit de sel qui sont eux-mêmes des remèdes contre lu brûlure.
Dans la pratique, les magnétiseurs rompent le lien en agitant \mlemment l'air entre les deux objets en rapport.
ces qui se reconnoisseni et se discernent mieux parce moyen. Mais celles, au la.t desquelles on fait cette dernière épreuvese sont senties fort tourmentées à la mamelle et au telin et particulièrement pendant qu'on faisait bouillir leur lait; et partant après avoir une fois enduré ce mal, elles ne vouloient plus consentir qu on emporlasi de leur lait hors de leur vue et présence, quoy qu'elles se soumissent volontiers à toute autre épreuve que celle du feu (1).
Pour combiner celte expérience de l'attraction que le pis de la vache fait du feu ensemble avec la vapeur du lait brûlé je m en vais vous en dire une autre de semblable nature, dont fay moy-méme veu la vérité plus d'une fois et que vous pourrez expérimenter facilement.
Prenez les ordures d'un chien toutes les fois qu'il en fera et jetez-les toujours dans le feu. Au commencement vous le verrez seulement un peu échauffé et émeu; mais dans peu de temps vous le verrez comme s'il était tout brûlé, pantelant et (iiant la langue comme s'il venoit de courir longtemps. °
Or ce mal lui arrive à cause que ces intestins attirant la vapeur de son excrément brûlé et, avec cette vapeur, les atomes de feu qui les accompagnent, ils s'altèrent et s'entlamment, de sorte que, le chien ayant toujours la fièvre et ne pouvant plus prendre nourriture, ses lianes se ressèrent et se rétrécissent, et à la fin il en meurt.
11 ne seroit pas à propos de divulguer cette expérience
(1) Van Helmont rapporte que, dans son pays, les nourrices qui veulent se faire passer le lait le font couler sur des charbons ardents, et qu'à la suite d'un certain nombre d'opérations de ce genre leurs seins se tarissent. » >=.
. Toutes les choses, dit-il, qui sortent de quelque façon que ce soit du corps des hommes ou des bêtes, soit naturellement, soit par la force de la maladie, sont imprégnées de l'esprit vital et ont une vie commune avec le corps. De là résulte qu'étant plus semblables aux corps dont elles sortent que les choses qui n'ont jamais été dans un corps, elles impriment rapidement à un corps semblable la qualité qu'elles ont empruntée au corps. »
. On verra plus loin (chap. vi) l'opinion de Maxwell sur cette question.
parmy quelques personnes et naiions trop sujettes à s'en servir à mal. Car la même chose qui arrive aux bestes arriveroit au^ hommes, si on faisoit de même avec leurs excréments.
11 arriva une chose remarquable à ce proposa une personiii* de nos voisins pendant mon séjour en Angleterre. 11 avoii un fort bel enfant et fort délicat; et, afin d'y avoir toujours IVili il fit venir la nourrice chez luy. Je le voyois souvent ^ car c'estoit une homme de grande intrigue dans les affaires, H j'avois alors besoin d'un tel personnage. Un jour je le trouv^y fort triste, et sa femme tout éplorée. De quoy demandai! i la raison, ils me dirent que le petit se portoit fort mal ; qu'il nvnii la fièvre et le corps tout enflammé, ce qui se voyoit à la rongeur du visage ; qu'à tout propos il faisoit des efforts pour aller à la selle, et pourtant qu'il ne faisoit guères de matière ijui estoit toute chargée de sang; et qu'il se rebuttoit de teih r. Et ce qui les mettoit le plus en peine estoit qu'ils ne pouvoieiii conjecturer aucune cause vraye semblable de tout ce désordre; car sa nourrice se portoit très bien, avoil son lait tel quils kpouvoient souhaiter, et en toutes autres choses onavoit eu le soin qu'il falloit. Je leur dis sur-le-champ que, la démit re fois que j'avois esté chez eux, j'avois alors dessein de le;^ advertir, mais que sur l'heure quelque autre chose m'en av^ii destourné, et que puis après je ne me souvins plus de la lem dire. C'est que l'enfant ayant fait signe de vouloir estre mh a terre, aussitost qu'il y fut, laissa tomber ses ordures ; et la nourrice prit incontinent une pellée de cendres et braise, d<(Mi elle les couvrit, et puis jetta le tout dans le feu. La mèn^ ^e mit à me faire des excuses de ce qu'on avoit esté si négligeait à corriger cette mauvaise habitude de l'enfant, disant c|tie, comme il avanceroit en âge, il s'en corrigeroit de luy-méiiie . Je luy répliquay que ce n'estoil pas pour cette considérai iun que je luy tenois ce discours, mais pour trouver la cause ilu pal de leur enfant et ensuite le remède. Et là dessus je h^m fis le récit d'un semblable accident qui estoit survenu deux ^hi trois ans auparavant à un enfant d'un des plus illustres ma liiï!^* trats du parlement de Paris qui estoit élevé en la maison ri Du médecin de grande réputation eu même ville. Je leur dis ans^l ce que je viens de vous rapporter, Messieurs, touchant les
excréments des chiens, et je leur fis faire réflexion sur ce qn^ïïs avoient ouï dire diverses fois et ce qui se fait assez souvent dans notre pays.
C'est que, dans les villages où il fait toujours bien crotté durant î'hyver, s'il arrive qull y ait quelque fermier qui soit plus propre que les autres et qui tienne plus nettement les avenues de sa maison que les voisins, les goujats sont bien ayses d'y venir lascher leur ventre ; d'autant qu'en tels villages il n*y a guères de commodité d'aisements; oqtre qu'en tels lieux ainsi proprement accommodez, ces galans de içoujats sont hors de dangers de s'enfoncer dans la boue, qui autrement leur pourroit monter par dessus les souliers ; mais les bonnes ménagères, en ouvrant au matin la porte du logis, y trouvrînt un présent dont l'odeur mal gracieuse les transporte de colère. Celles qui sont instruites à ce jeu vont incontinent rougir une broche ou une pelle dans le feu, puis l'enfoncent ainsi chaude dans l'excrément; et quand le feu en est esteint, ils la réchauffent de nouveau et répètent souventes fois la même chose. Cependant le fripon qui a fait cette saleté sent une douleur et colique aux boyaux, une inflammation au fon^ dément, une envie continuelle d'aller à la selle, et à peine en est-il quitte qu'il ne soufi're une fièvre durant tout ce jour-là ; ce qui est cause qu'il n'a garde d'y retourner une autre fois. Et ces femmes, pour s'estre ainsi garanties de semblables afl'ronts, passent ignoramment pour sorcières et pour avoir fait pacte avec le diable puisqu'elles tourmentent de la sorte les gens sans les voir ny les toucher.
Ce gentilhomme ne rejeta pas ce que je venois de dire et fut encore davantage confirmé quand je lui dis qu'il regardast au fondement de son enfant, que sans doute il le trouverait fort rouge et enflammé, et que, le visitant, on vit aussitôt qu'il était tout chargé de pustules, et comme excorié.
Il ne passa guère de temps que ce pauvre petit mignon languissant ne fist, avec grande douleur et pitoyables cris, quelque peu de matière, laquelle, au lieu de permettre qu'elle fust jetée dans le feu ou couverte de braise, je la fis mettre dans un bassin d'eau froide que je fis porter en lieu frais ; ce qu'on continua de faire chaque fois que l'enfant leur en donnoit le
sujet ; et il commença à s'amender à l'heure même et dans deux ou trois jours il se porta très bien (1). {Pp. 170 et suiv,)
(1) Caliagnet, dans sa Magie magnétique (Paris, 1858, p. 441), rapporte un fait qui vient à Tappui des observations de Digby. Mais, je ne saurais trop le répéter, il ne faut pas oublier qu'en admettant même que ces histoires soient exactes, on ne doit y voir que des cas aussi exceptionnels que les facultés des sujets susceptibles d'entrer dans les états hypnotiques.
« Encore très jeune, lui raconta un de ses amis, lorsque je faisais mon tour de France, je trouvai de l'ouvrage dans une boutique dont la maîtresse devint amoureuse de moi. Je ne tardai pas, vu mon âge çt mon peu d'expérience, à obtenir d'elle ce qu'elle m'offrait volontiers; mais, comme elle était vieille et qu'elle avait une fille de mon âge environ, je me sentais plus amoureux de la fille que de la mère, aussi le lui laissai-je apercevoir ; je lis même une condition de notre liaison, de les connaître toutes les deux. La mère promit tout, mais elle voulait m'épouser avant de m'accorder sa fille. Je trouvai la proposition d'autant plus étonnante que le mari de cette femme existait et dirigeait notre atelier. Je lui en fis l'observation. Elle me dit : « Tu vois quelle mine il a, il va descendre la garde au premier jour : je travaille à m'en débarrasser ; il était dur-àcuir, voilà plus de quinze mois que je fais cette besogne ; mais avant trois mois il sera parti. — Et quelle besogne fais-tu donc? lui demandai-je. — Pardié, me répondit-elle, tous les matins il va faire son cas sur le fumier, et moi, je vais y jeter une pincée de... (Cet homme me nomma une substance que je ne peux faire connaître.) Tu vois, reprit la femme, quelle courante il a, etc., etc. ; et il n'y a plus d'espoir ! ! »
« Cet homme me dit que cette révélation jeta un tel trouble dans son âme qu'il n'eut rien de plus pressé que de quitter cette ville. Il m'assura qu'il s'était informé de la santé antérieure de son patron, qu'elle était des plus belles, et qu'e£fectivement, depuis environ quinze mois, il était atteint d'une dysenterie inguérissable. »