‹ L'Extériorisation de la sensibilité étude expérimentale et historique: étudeChapitre 14 sur 26 · LA GUÊRISON MAGNÉTIQUE DES PL4IES PAR LA TRANSPLANTATION · texte numérisé non relu

LA GUÊRISON MAGNÉTIQUE DES PL4IES PAR LA TRANSPLANTATION

Suivant les croyances du xvu® siècle, on pouvait non seulement soulager ou faire souffrir un individu à dislance en opérant sur une mumie, comme nous venons de le voir dans les deux chapitres précédents, mais encore on avait la prétention de guérir un grand nombre de malades en soutirant du malade le fluide malsain, cause de la maladie, au moyen de certaines substances possédant ki propriété de Tabsorber.

De nombreux volumes ont été écrits pour ou conti*e ce genre de médication qui est suffisamment bien exposé dans le chapitre IX de la Physique occulte de l'abbé de Vallemont (1). J'en-reproduis les principaux passages en laissant avec intention subsister Ténumération de ceri^iins faits ^ i|uc

(1) Ce livre,- publié pour la première fois en 1693, tut beaucotip de succès, puisque j'ai en main la seconde édition Imprimée en 1696 qui contient un certain nombre de hors-d'œuvre ajoutés par tm curieux de la nature.

notre génération a reconnus faux, pour montrer que les raisonnements les mieux établis ne suffisent pas toujours pour nous maintenir dans la vérité et que, dans les sciences naturelles, ce quil faut établir avant tout, c'est la réalité des phénomènes.

Quand un bon aimant touche un fer, il se fait de cette pierre un écoulement magnétique de corpuscules qui aimantent ce métal, c'est-à-dire qui lui communiquent la vertu de Taimant, comme on le voit dans Taiguille de la boussole. Il y a des médecins qui prétendent que les malades exhalant au dehors des corpuscules morbifiques peuvent, par celte voie, transmettre leur maladie à un autre et s'en délivrer par une guérison qu'ils appellent magnétique, à cause de quelque analogie qu'elle a avec les écoulements qui passent de Taimant au fer.

Il y a une grosse querelle entre les savants sur ce point. Les uns disent qu'il y a bien une propagation de maladies qui n'est jque trop effective, mais que la prétendue transplantation est une chose entièrement chimérique. Hermanus Grube est de ce sentiment, et il soutient, dans un petit livre qui a pour titre ; De transplantations morborum analysis nova, imprimé à Hambourg, en 1674, que rien n'est plus incertain et moins possible que cette guérison magnétique.

fiartholin (1) combat de tontes ses forces pour la transplantation : il montre par plusieurs exemples que la chose est pos« sible, et il ne manque pas d'appeler la raison pour prouver que cette guérison est très naturelle. Le Journal des Savants

(1) Thomas Bartholin, né à Copenhague en 1616, mort en 1680, fut professeur de médecine à Copenhague et a fait plusieurs découvertes anatomiques, notamment sur les vaisseaux lactés, thoraciques et lymphatiques. Ses principaux ouvrages sont : Anatomia, 1641 ; De luce^ animalium, 1617; De monstro in natura et medicina, 1672.

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donna, il y a quelques années, l'extrait de ce livre, qui est tout à fait curieux. Il y a un très grand nombre d'habiles gens qui sont de Topinion que Bartholin a suivie et qu'il explique très clairement par la philosophie des corpuscules. Yoici à peu près comme en parle le Journal des Savants» La transplantation des maladies, c'est quand une personne est guérie d'un mal en le communiquant à quelque bête, où à un arbre, ou bien à une plante. C'est ainsi que Bartholin dit qu'une personne attaquée d'une fièvre quarte fut guérie en se mettant du pain chaud sous l'aisselle et le donnant, tout imbu de cette sueur, à manger à un chien ; et qu'une autre fut guérie de la jaunisse en faisant un gâteau pétri avec de l'urine et de la farine, et le donnant à manger à un chat.

Robert Fludd (i) raconte comment, par le moyen de la transplantation, un nommé Joannes Rumeiius Pharamandus guérissait immanquablement de la goutte. Ce docteur en médecine, dit Robert Fludd, prenait des ongles des pieds et du poil des jambes des goutteux et les mettait en un trou qu'il perçait dans le tronc d'un chêne jusqu'à la moelle ; et, ayant bouché

(1) Né à Milgat, dans le comté de Kent, en 1574, mort en 1637, R. Fludd fut un des savants les plus singuliers de son temps. Tout en se montrant partisan outré des doctrines de la Kabbale, dont il avait sondé les mystères, il aimait les sciences exactes et faisait preuve d'vm rare esprit d'observation. Nul n'avait des connaissances plus variées ; il était à la fois philosophe, médecin, anatomiste, chimiste, mathématicien et physicien. Il avait construit des machines qui faisaient l'admiration de ses contemporains. Il était renommé dans toute TEurope comme astrologue, nécromancien et chiromancien.

Ceux qui cherchent à allier les sciences occultes avec les sciences positives doivent prendre pour modèle Robert Fludd. Ses écrits, qui ne soûl pas très communs, semblent avoir été conçus sur le plan de cette alliance.

Si Robert Fludd n'avait été qu'un philosophe mystique, planant dans les régions abstraites de la pensée, nous l'aurions passé sous silence; mais ce fut en même temps un investigateur sagace qui, à i*aide de Texpérience, est arrivé à établir des principes propres à exercer une grande Influence sur la marche des sciences physiques. ■ La métliode expérimentale employée par rauteur nous rappelle, par sa rigueur mathématique, les principes de la philosophie naturelle de Newton.

(FKa». HoEFCR, Histoire de la chimie, t. II, p, 177.)

ce irou avec une cheville faite du même bols, il couvrait le dessus avec du fumier de vache. Si la maladie ne revenait pas dans l'espace de trois mois, il concluait que le chêne avait assez de force pour attirer à lui tout le mal (Philosophia Mosaïca, lib. 2, memb. folio i20, sect. 2.)

Ce savant Anglais prétend que cette transplantation se fait très naturellement par l'effusion de la Mommie ou des esprits qui résident dans le sang, et qu'on peut faire passer dans un animal, dans un arbre ou dans une plante (1) : Mumia spiritualis cujus sedes est in sanguine microcosmico ex corpore huma* no, mediante quadam suhstantia magnetica ex eodem subjecto electa extrahi potest atque in bestiamy arborem, vel plantant transplantari ; ita ut hac etiam ratione morbus œgroti possit ab eo in dictas creaturas transferri.

Il prouve cette effusion d'esprits par Texpérience de plusieurs chiens qui, ayant perdu leur maître, le démêlaient dans une grande foire, le suivaient partout où il avait passé, quoiqu'il fût à cheval, et enfin le trouvaient, guidés par le sentiment de la mommie spécifique qui transpirait sans cesse du corps du maître et qui laissait des traces de sa personne dans Tair, longtemps même après qu'il n*y était plus.

Gela étant supposé comme constant, il ne s'agit plus, pour la transplantation des maladies, que de trouver une matière à iaquelle la mommie de la partie malade se puisse attacher facilement, afin que cette matière lui serve comme de véhicule poyrla transporter dans un animal, dans un arbre ou dans une plante, ou pour la faire adopter, comme parle Paracelse, aux animaux ou aux végétaux.

Ainsi, selon Robert Fludd, pour la phtisie ou pulmonie, il faut appliquer, sur la région du cœur, de la graine de lin ou de genièvre ; pour Thydropisie, il faut mettre de la pimpre-

(1) Andréas Tenzel [Medicina diastatica, eh. vu) dit que la sensibilité d'une personne peut être transférée à une plante en enterrant sous la plante une mumie, c'est-à-dire un objet saturé de cette sensibilité, comme par exemple un morceau de chair. « 11 faut surtout bien faire attention à ne pas endommager le buisson ou la plante qui a été saturé aussi d'une partie du membre par la mumie, il faut au contraire le soigner et tâcher d'avancer la croissance . »

nelle ou de Tabsinthe sur le ventre du malade ; pour lés ruptures ou contusions, on prend le plantain ou le millepertuis ; sur les tumeurs ou les plaies, on applique de la persicaire ou de la petite ou grande consoude ; dans les maux de dents, des yeux, on a recours à la persicaire tachée.

On applique aussi sur le mal, avec la graine ou laplante, un peu de terre préparée, que l'on mêle avec d'autres terres dans laquelle on met ensuite la graine ou la plante. On laisse croître ces plantes jusqu'à ce qu'elles aient attiré à elles les mommies. Après quoi on les brûle avec la terre si la maladie est humide ; ou bien on les met sécher, si la maladie n'excède ni en chaleur ni en humidité ; et à mesure que la plante meurt et se sèche, le malade recouvre la santé. Si la maladie vient de la chaleur comme dans les pulmoniques, on jette la plante al la terre dans une eau courante.

Enfin, si Ton fait manger la plante imprégnée des corpuscules morbifiques à quelque animal plus robuste que le malade^ la bête prendra le mal et le malade en sera délivré.

Voilà l'opération de la transplantation des maladies, telle que Robert Fludd l'enseigne et comme elle a été pratiquée par lui et ses amis.

II faut observer que cette mommie se tire non seulement pur la transpiration insensible, mais encore par la sueur, par ks urines, par le sang, par les cheveux on en recueillant ce qui tombe de la peau quand on la gratte un peu fort.

Ainsi, un homme de qualité en Angleterre guérissait de la jaunisse un malade fort éloigné pourvu qu'il eût de son urine. Ce qu'il faisait de la sorte : il mêlait celte urine avec des cêeidres de bois de frêne et il en formait 3 ou 7 ou 9 petites boules, et ayant fait au haut de chaque boule un trou, il y mettait une teuille de safran et le remplissait de la même urine. Ensuite il rangeait les boules à l'écart dans un lieu où personne ne touchait et dès lors le mal commençait à diminuer. Robert Fludd assure que plus de cent personnes de toute condition ont été guéries par ce seigneur anglais.

. Ainsi Balthazar Wagner assure qu'il a souvent guéri la rou geur et linflammation des yeux en appliquant sur la nuque du

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cou de la racine de maure cueillie quand le soleil est vers le quinzième signe de Virffo.

: Si on prend des ongles des pied« el des mains d^'un hydropique, si on les attache sur le dos d'une écrevisse et qu'on la jette à la rivière, le malade se trouve bien guéri.

Si on frotte fortement, jusqu'au sang, des verrues avec un morceau de chair de bœuf, et si on enterre cette chair, à mçsure qu'elle pourrit, les verrues se sèchent et disparaissent.

Ainsi, un homme de qualité guérissait de la goutte en appliquant sur le lieu de la douleur un nvorceau de chair de bœuf humectée d'un peu de vin ; l'ayant relevée six heures après, il la trouvait pourrie et la faisait manger à un chien dan« lecpiel la maladie passait après plusieurs opération* semblables. On peut guérir l'épilepsie de la même manière.

Passarolus dit que si on fait toucher aux hémorroïdes un oignon de tubéreuse sèche ; que s'il se corrompt, il arrivera la même chose aux hémorroïdes. C'est pourquoi il recommande fort qu'on mette Toignon sécher à la cheminée. {Fascicul. arcanor.y 1, p. 210.)

Je n'ai jamais eu de bonnes raisons pour combattre cette transplantation des maladies. Il y a d^à plus de la moitié de la question décidée par la certitude et la triste expérience que l'on a qu'il y a des maladies, coHwne la peste, qui se communiquent avec une terrible facilité. Il ne resterait qu'à savoir présentement si la personne qui communique la maladie la perd ; je voudrais distinguer cela et traiter la chose avec méthode.

Je dirais qu'une maladie serait fortement enracinée dans le sang, dans les humeurs et dans la moelle des os, ne pourrait pas se transplanter en sorte que le malade en fàt quitte. Un goutteux, par exemple, qui tient son mal de celui même dont il a reçu la vie, en a pour son compte et je douterais fort que la transplantation pût le tirer d'affaire'. Il en faut dire autant d^une pierre qui est dans les. reins, mx d^une veine rompue dans le corps, d'un œil perdu.

Il n'en est pas de même d'une maladie qui n'a pas éveillé ni jeté de profondes racines, et je croirais bien que la transplantation s'en pourrait faire, très naturellement, pourvu que les

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sujets soient présents et dans Tatmosphère des corpuscules ^ui transpirent du malade.

Plusieurs mëdecin» se sont soulevés contre cette guériswa magnétique, et ils ont prétendu qu'elle était superstitieuse. Bartholin, que Frommann appelle VAstre éclatant du Danemark, prouve au contraire qu'elle ne renferme aucune superstition^ puisque Ton ne s'y sert que des choses naturelles et que tout se fait sans paroles> sans caractères et sans aucune cérémonie. Il ajoute qu'il y en a des exemples dans l'Ecriture sainte ; que Moyse pratiquait quelque chose de semblable (1>,

(1) On Ht dans Cabanis (Rapports du physique et du moral de l'homme, t. II p. 540): « Nous voyons dans le troisième livre des Rois, que David couchait avec de jolies filles pour se réchauffer et se donner un peu de forces. Au rapport de Gallien (Méthodiis medendi, lib. III, cap. xn), les médecins grecs avaient depuis longtemps reconnu dans le traitement de différentes consomptions l'avantage de faire téter une nourrice jeune et saine ; et l'expérience leur avait appris que Peffet n'est pas le même lorsqu'on se borne à faire prendre le lait au malade après l'avoir reçu dans un vase. Cappivaccius conserva l'héritière d'une grande maison d'Italie en la faisant coucher entre deux filles jeunes et fortes^ Forestus rapporte qu'un jeune Polonais fut retiré du même état en passant les jours et les nuits auprès d^une nourrice de vingt ans, et l'effet du remède fut si prompt, que bientôt on eut à criaindre de voir le convalescent perdre de nouveau ses forces avec la personne qui* ïœs lui avait rendues... »

Il ft'y a pa» de bonnes femmes, dit le D' Pigeaire {Puissance de P électricité animale, p. 231) qui ne sache qu'il n'est pas sain pour un enfant de le faire coucher avec une personne âgée, quoique celle-ci jouisse d'une santé parfaite... Il existait autrefois, dans les montagnes de l'Auvergne, un usage qu'il est bon de mentionner. Lorsqu'un voyageur, foible,. maladif ou transi< de firoid arrivait dans une hôtellerie, on lui demandait s'il voulait un lit chauffe ou bi'aisé ; le voyageur répondait naturellement: « Je désire im lit bien chaud. » Au menant de se coucher, il était très surpris de voir sortir de son lit un garçoff joufflu, bien partant et bien coloré, enveloppé de la tête aux pieds d'un sarrau de toile bien propre. Le lendemain, notre voyageur s'empressait de s'informer si c'était l'usage de donner un lit où un autre s'était couché. — Monsieur, vous avez demandé que votre Ut fût chaud, on vous l'a chauffé ; si vous l'aviez voulu braisé, tm l'auFai£ bassiné- avec de la braise. — Quelle différence y a-tril entre ces deux méthodes ? — Oh ! Monsieur, c'est bien différent : le Ut chauffé par une personne jeune, saine et vigoureuse restaure et fortifie bien davantage.

el même le fils de Dieu, quand il fit passer le démon du corps d'un possédé dans les pourceaux (Cent. S; hislor, 56). Et à l'occasion du petit livre de Uermannus Grube, contre la transplantation des maladies, Bartholin a composé une lettre où il établit par des expériences tant sacrées que profanes, que cette transplantation est une chose véritable et naturelle. Les rai~ sons sur quoi il compte le plus sont tirées de la transpiration insensible et des écoulements de la matière subtile qui sort par les pores du corps de l'homme...

Puisqu'on peut prendre une maladie par les pores, pourquoi ne pourrait-on pas s'en délivrer par la même voie ? (d)

Ainsi Fromman assure qu'un écolier qui avait une fièvre maligne la donna à un chien qu'il mettait coucher dans son lit, que l'écolier en échappa et que le chien en mourut. (De fascinât, magie. ^ p. 10 U, § 34.)

Thomas Bartholin raconte comment son oncle, qui avait une colique fort violente, en fut guéri par un chien qu'on lui appliqua sur le ventre, dans lequel elle passa. U dit que sa servante, s'étant mis sur la joue le même chien, elle fut soulagée d'une douleur de dents très aiguë et que, quand le chien fut échappé, il fit très bien voir par ses mouvements et ses cris que le mal était passé à lui.

Hofi'mannus dit qu'un homme qui était tourmenté de la goutte en fut délivré par un chien qui la prit, parce qu'il couchait dans son lit, et que, de temps en temps, ce pauvre animal avait la goutte, comme son maître l'avait auparavant (loc, cit,^ p. 367).

fiorellus dit, sur cela, que c'est le véritable moyen pour connaître les maladies qui sont cachées dans le corps humain. Car, dit-il, si on met coucher un petit chien durant quinze jours avec un malade, si on le nourrit des restes de ce que le malade mange, et s'il lèche ses crachats, il est certain qu'il prendra le mal de cette personne. 11 n'y a après cela qu'à ouvrir le chien, et on découvre, dans la partie qui a contracté la maladie, celle du malade qu'il faut soulager. Il ordonne même de mettre de petits chiens dans le lit d'un goutteux pour

\l) Voir la noie K relative à la Zootbérapie.

qu'ils attirent au moing une partie du mal, en sorte qu'on les voit devenir en peu de temps dans un état où ils ne peuvent qu'à peine se soutenir (Borellus, Cent. 5, observât, 28).

Il serait trop long de reproduire ici la théorie du SHvant abbé sur le phénomène de la transplantation ; elle n'est ni plus ni moins hasardée que celle que nous en pourrions donner nous-mêmes ; mais il n'est pas sans intérêt, ce me semble, de montrer, par l'énoncé des principes philosophiques sur lesquels elle s'appuie, que les hommes de bon sens raisonnaient, il y a deux siècles, comme aujourd'hui et qu'ils avaient à combattre les mêmes objections, les mêmes préjugés. Il ne faut donc pas rejeter leur témoignage à la légère comme le font beaucoup de gens pour lesquels l'esprit scientifique n'a pris naissance qu'au moment précis où ils ont apparu sur la scène du monde.

a) Le pouvoir de la Nature,

Nous ne devons pas mesurer l'étendue du pouvoir de la na 4ure par les bornes étroites de notre intelligence. Ce serait, sans doute, une mauvaise conséquence de dire : « Je ne conçois pas comment cela se peut faire; donc, cela n'est pas naturel, donc il y a de la diablerie. » Il y a même beaucoup à dire à ce raisonnement, puisqu'on y suppose, comme principe, que l'on comprend tout ce qui est naturel; en quoi certainement on se trompe fort; car il y a, dit Pline, beaucoup de choses cachées dans le sein de la Nature, qu'il ne nous est pas possible de pénétrer. Natura vero rerum vis atque majestas in omnibus momentis fide caret,., (Hist. nat,, lib. VII, cap. I.)

Quoique, entre plusieurs de ces effets merveilleux qui sont rapportés par les physiciens, il y en ait quelques-uns de

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£iibuleux et qui ne se sonitieiiB^^t que par la soUe crédulité deê esprits simples, lesquels B^exattUieat jamais riesk, ^n ne laissera pas de demeurer d'accord qu'il y a uû très grajoul nombre d'effets purement naturels que ceux qui ont le plus étudié la nature n'ont jamais pu expliquer et qu'on serait pourtant ridicule d'attribuer au démon

C'est donc une injustice d'attribuer à la magie des effets dont on ne comprend pas le mécanisme (1). Accusons la faiblesse de notre esprit plutôt que de nous en prendre A la Nature ! Ciroyons-nous qu^eîle n'agisse jamais qu'à découvert et sensiblement ? Faudra-t -il qu'elle employé toujours des agents visibles et palpables pour que nous lui conservions rhonneur d'un prodige ? Dès qu'elle se dérobera à «os sens, (a«t-il qu'elle sok exposée à la censure de notre esprit? Tout ce qui ne se fera point sous nos yeux sera-t-il toujours fait par le diable ? N'y a-t-il que k démon qui soit un agent invi' sable ? N'y a-t-il point aussi de petits corpuscules qui peuvent se porter invisibleroent de l'agent sur le patient et joindre, par un contact physique, deux <îorps qui paraissent désunis aux yeux et éloignés l'un de l'autre? Coinbien les machinistes font-ils de choses par leur art, qui nous paraissent des enchantements et que nous ne comprenons point ? Combien, à plus forte raison, la nature fera-t-elle des choses qui nous surpassent infiniment davantage, puisqu'elle est, comme dit si bien Galien, le plus habile ouvrier qui soit dans le monde ?

I^ nature, selon Bartholin {De natur. mirabilib.j p. 72), esi \m abîme qu'il ne faut pas sonder seulement par le ministère des sens ; ce sont des juges subalternes dont la juridiction est trop boriaée pour juger de l'étendue de son pouvoir. Quand mm donnons l'esprit pour guide à nos sens, combien jîous arrive-t-il encore souvent de demeurer court sur quantités d'effets qui se prisenlent tous les jours? Et, après beauxioup de travail et d'appUcatioo d'esprit, il fauti)ien quelquefois nous

(i) Van Helmont [De mré magnUka vulnerym^ num. 36) déplorait déjà le mal que la croyance à la magie fait aux sciences et en particulier à la physique : Quod dolendum summopere atque admv*anéum magis artes mecanicds profieere quotidie, solxim vero ntUuralium Mudiimi eensuris iniqms terrefn et retroire»

ul ^;iiérison magnétique des plaies IJSl

4;onteDler d'expliquer par aB^logie plusieurs effets que nous ne saurioiiâ développer j^racisémefift par eux-mêmes. Le grand SeaMger n'avait pas tort quand U se récriait, je crois que c'est contre Cardan: « Toy, qui fais le savant, dis-moy bien clairement ce que c'est qu'une 4e œs piérides défit lu trouves tant sous tes pas ? » Die tnihi formam lapidù, qui iameM quoUdie Miis Qbse!matAU' ^cuU^MPhUJÂda soUùs hahelo,,, (ciiap. xvi)^ ,

lis ne peffvenX pas croire qull ne se puisse faire quelque chose dans la Nature au delà de leur connoissance. Tout ce qu'ils ne comprennent p«s ne peut être naturel.

C'est «ée là que le neede s*est rempM de tant de fables grossières et ridicules touchant les sorciers, deux qui 'savoient un peu de grec et d'hébreu, il y a -quelques centaines d'années, passoient pour des Magiciens. 11 est arrivé plusieurs fois à des ignorants de prendre dés figures de mathématique pour des caractères magiques. Jean Schiphower de Tordre des Hermites «de Saint-Augustin du couvent de d'Osienbrug, dans le comté d'Ëdembourg, parlant de l'imprimerie, v^s 4440^ dit que dans ees premiers commearcements, les superstitieux et les ignora as la faisoient passer pour un art où il pouvoit y avoir la magie la plus criminelle. Il n'y a point de bateleurs dont les subtilités ne passent ponr des sorcelleries auprès de beaucoup de monde . •C'est encore par le même esprit que nous voyons aujourd'htii affiicoser de magiie les opérations de la bag>oeCte parce que la eanse n'en est pa« connue. (Pré/oee.)

6) Le mèoanisme de la nature.

îl ftwit d'aTïOTd remarquer que parle Mécanisme de la nature, on ne veut point signifier un être, qui, «ans être Dieu, agirwt par tout le monde, comme les philosophes payens l'ont entendu; car ils s'imaginoient que la Nature était une âme universelle qui animoit et mettoit en mouvement toutes les €lM>ses eorporeUes. Mais, par le Mécanisme de la nature nous entendrons toujours les lois générales du mouvement que ie Créméeur a établies et seia» lesquelles il gouverne V Univers,

Il faut encore remarquer que, comme il est constant ^u'il

n'y a point d'effet sans cause puisque rien ne peut se produire de soi-même, il est pareillement certain que nulle cause ne peut agir sur aucun sujet, si ce n*est en le touchant, suivant ce principe naturel auquel il ne faut jamais donner d'atteinte, que : rien n*agit sur ce qui est distant; Nihil agit in rem distanfem.

Cela suppose, je dis que la Nature agissant toujours par les vayes les plus simples et ne faisant jamais rien en vain, elle ne prend pas, quand elle opère des merveilles, une autre conduite que celle qu'elle tient lorsqu'elle se joue, pour ainsi dire, dans des ouvrages communs et dont les ressorts sont tout à découvert. Ce principe est de la dernière importance; et faute d'y avoir eu égard dans Texplication des phénomènes de la Nature, les philosophes de l'école et le petit peuple se sont jetés dans des extrémités contraires qui ont également retardé le progrès que les hommes pouvoient faire dans l'étude des choses naturelles. *

Le petit peuple, accoutumé à ne pas s'élever au-dessus des choses sensibles et ne pouvant s'imaginer que la nature employât des agents qui ne fussent pas visibles et palpables, a attribué aux sorciers et aux démons tous les effets dont il ne pouvoit pas développer le mécanisme.

Les Philosophes de l'école, au contraire, ne voulant pas ramper avec les peuples dans les choses grossières et sensibles, ont pris une route tout opposée. Quand il a été question d'ex« pliquer les phénomènes surprenans de la Nature, ils ont appelé à leur secours les qualités réelles^ les formes suhslantie.lles et les termes pompeux de sympathie, ù' antipathie, et de vertus occultes, sous lesquels on leur reprochera toujours d'avoir voulu cacher leur ignorance.

Pour nous, notre dessein est de marcher entre ces deux extrémités. (Chap. m).

c) La divisibilité de la matière.

Il ne faut qu'un peu d'attention pour comprendre quelque chose de l'extrême petitesse des corpuscules insensibles et paur s'assurer qu'il y en a qui surpassent de beaucoup les autres en ténuité.

i. — II est certain que les corpuscules qui sont sur la pi^ie d'un lièvre qu'un chien chasse et par lesquels il est dirigé, sont plus subtils que les atomes qui se transpirent du mus<' ei de Tambre gris, puisque les corpuscules du lièvre échappe n i ;k notre odorat, auquel les particules odoriférantes sont très sensibles.

2. — Il est certain que les corpuscules de l'air doivent ùin* plus subtils que la matière qui est transpirée du lièvre, puisque «ette matière est sensible à l'odorat du chien et que l'air oesi de la juridiction d'aucun de nos sens.

3. — Il est certain que les rayons du soleil sont plus subtils que l'air et que l'eau, puisque les corpuscules de lumière passent au travers des vitres, ce que les particules de l'air ei ée l'eau ne peuvent pas faire.

• 4. — Il est certain que les corpuscules magnétiques qui -s'écoulent de l'aimant sont plussubtils que les rayons du sol^'il ; car la matière magnétique fait mouvoir une aiguille de bous^oli> au travers du bois, de l'ivoire et des métaux les plus durs ijui sont des choses impénétrables aux atomes lumineux.

5. — Peut-être y a-t-il encore des corpuscules infinimeui plus subtils que ceux de l'aimant. En effet, rien n'empêche qii<^ nous ne jugions que ces petits animaux, qui ne sont visiblf'^^ que par le microscope, ont un sang composé de particules^ encore plus minces que tout ce que nous venons de consiih.rer. Ces petits animaux, que l'œil n'avait jamais vus avant Tiiivention du microscope, ont sans doule des organes et ^îrs x^onduits pour prendre et pour digérer les aliments ; ils mil des œufs pour la propagation de leur espèce; il y a dans rrs <Bufs d'autres animaux encore|plus petits qui s'y nourrissent (1 ) . (Chap, X).

(1) M. Metzger {Essai sur le spiritisme scientifique, p. 52) rapport i% d'après le professeur Mac-Phersoo, quelques expériences faites t- u Angleterre sur Podorat, sens qui parait tout particulièrement aiguisé chez les personnes occupées dans les pharmacies. On choisi' parmi elles soixante hommes et quarante femmes. On prit ensuiU' des drogues qu'on dilua tant et tant qu'il semblait impossible quil y restât aucune odeur perceptible, il se trouva que les hommes mi^n* trèrent une finesse d'olfaction supérieure du double à celle ob^^er-

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