‹ L'Extériorisation de la sensibilité étude expérimentale et historique: étudeChapitre 20 sur 26 · EXTRAIT DU RAPPORT DE M. DE JUSSIEU SUR LE MAGNÉTISME ANIMAL · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU RAPPORT DE M. DE JUSSIEU SUR LE MAGNÉTISME ANIMAL

Plusieurs malades, devant lesquels je promenais le doigt à un pouce de distace de leur corps, croyaient sentir un vent léger, tantôt chaud, tantôt froid, qui formait une traînée. Ce mouvement, continué le long du bras et de la jambe appuyés et au repos, les engourdissait quelquefois et y excitait ensuite des picotements plus ou moins vifs , surtout quand les membres étaient paralysés. La doctrine du magnétisme admet, dans les corps animés, des pôles directs qui ne doivent pas avoir d'action l'un sur l'autre, et des pôles opposés dont l'action réciproque est plus constante. Je n'ai pas toujours reconnu cette correspondance. On assigne encore au nouveau fluide un courant de haut en bas probablement pour lui faire subir Taclion des nerfs regardés comme ses principaux conducteurs. Les expériences de meubles et de vases magnétisés, de sensations opérées par la réflexion des glaces, ne m'ont jamais paru assez, satisfaisantes pour y attacher quelque valeur. Mais, placé à côté du baquet (le baquet de Mesmer), \isà-vis une femme dont l'aveuglement, occasionné par deux taies fort épaisses, avait été, un mois auparavant, constaté par les commissaires, je la vis entrer d'un pas fort tranquille, et, pendant un quart d'heure, paraissant plus occupée du fer du baquet dirigé vers ses yeux, que de la conversation des autres malades. Dans le moment où le bruit des voix était suffisant pour mettre son ouïe en défaut, je dirigeai, à la distance de six pieds, une baguette sur son estomac, que je savais très sensible. Au bout de trois minutes, elle parut inquiète et agitée; elle se retourna sur sa chaise et assura que quelqu'un placé derrière elle ou à côté d'elle la magnétisait, bien que j'eusse pris auparavant la précaution d'éloigner tous ceux qui auraient pu rendre l'expérience douteuse. Quinze minutes après , saisissant les mêmes circonstances , je renouvelai

l'épreuve qui offrit exactement le même resiiliaL Toutes les précautions prises en pareil lieu n'avaient polni été négï%ées* J'étais assuré que la malade n'avait retîn^ tl'îiulres av^tutages de son traitement que d'entrevoir confusément uerlarn^i objets à trois ou quatre pouces de distance... Liis moindres mouvements magnétiques faisaient sur une autre rnabde une impression si vive que lorsqu'on promenait plusieurs fois le doigl à un demi-pied de son dos, sans qu'elle pàl le préi-oitj elle était prise sur-le-champ de mouvements coiivalsils ei de iîOUbresauts répétés qui lui annonçaient Jaciiùu exeiTée, et duraient autant que cette action... Si on agitait à l'iusu des malades le doigt sur leur tête ou le long de leur dos, sans les toucher, et même à quelque distance, il^ sautaient sonvetii avec vivacité, en tournant la tête pour voir la personne placée derrière eux... Ces faits sont peu nombreux et peu varies, parce que je n'ai pu citer que ceux qui étaient bien vérifiés et sur lesquels je n'avais aucun doute. Ih .wffirùni pour faire admettre la possibilité ou existence d'mi flnîfk on agent qui fie porte de Vhomme sur son semblable^ et exerce quelquefois sur ce dernier une action sensible.

NOTE C Extrait du rapport annuel sur les pnocrtLs de li cuimie

PRÉSENTÉ LE 31 MARS 1846 A l'aCAIIÉMIE DES SClOGClS bL

Stockholm, par Berzelius, secrétaire J'ijuh riitiL.

Chimie animale

Système nerveux, — Avant de rendre cinuiMe des Ijav^vux tle chimie animale proprement dite qui ont élé publiée, je (iésire dire quelques mots sur une recherche de M. Reîcheulià<'b, qui au fond n'est pas du ressort de la chimit!. mais ditns laquelle il signale un certain état du système neneiiK eomme un réactif qui dépasse en sensibilité tous roux qu'on a pn>pusés pour une foule de phénomènes physique^ ^'f clnruii[iies. Son

188 l'extériorisation de la sensirilité

mémoire a été publié dans quelques cahiers supplémentaires des Annales de chimie et de pharmacie pour 1845, de MM. Liebig et Woehler.

On sait qu'il existe un état de maladie particulier du système nerveux qui occasionne un somnambulisme naturel ou qu'on peut produire artificiellement. Le dernier cas est appelé ordinairement, mais très improprement, magnétisme animal.. Les opinions ont été très divisées et le sont encore sur la réalité de cet état. D'un côté, Ton est disposé à croire tout avec une entière conviction, même les choses physiquement absurdes et impossibles, et, d'un autre côté. Ton ne croit rien et Ton rejette tout ce qui a été dit à cet égard, que ce soit préjugé ou supercherie: au milieu de cela, les plus raisonnables observent et se taisent. On ne peut nier cependant qu'il existe au fond quelque chose, et qu'il vaut bien la peine qu'on cherche à acquérir quelques faits positifs et à faire des recherches qui puissent conduire à des résultats bien avérés; car jusqu'à présent toutes celles qui ont été faites l'onl été par des hommes qui avaient une croyance illimitée sur cette question, et qui ne cherchaient point de preuves ou se contentaient de preuves insuffisantes. Les naturalistes plus raisonnables estimaient qu'il valait mieux s'abstenir, et ont toujours évité de s'en occuper. En attendant, il est certain que l'expérience nous offre souvent dans toutes les branches de la science des phénomènes qui sont incompréhensibles, et dont on se tire le plus facilement en déclarant qu'ils sont des erreurs ou des fables. Cependant, telle n'est point la véritable manière dont on doit procéder; il est tout aussi nécessaire de prouver que ce que l'on envisage comme erroné l'est réellement que de démontrer que le vrai est vrai, et le véritable savant ne recule ni devant l'un ni devant l'autre.

Qui est-ce qui ne se rappelle pas l'histoire de la chute des pierres météoriques qui s'est passée de notre temps, et combien le nombre était grand de ceux qui déclaraient que les relations antérieures et récentes de chutes de pierres du ciel n'étaient que des fables ou des erreurs d'observation ? Lorsque Howard lut à la Société royale de Londres un compte rendu des premières recherches approfondies qui avaient été faites

sur ce sujet, le célèbre naturaliste genevois Pictet était proseni- Passant par Paris pour retourner à Genève, ce dernier i ouimaniqua à rAcadémie des sciences de Paris ce qu'il avuit entendu à Londres; mais comme il s'exprima en termes qui dénotaient une entière conviction de sa part, il fut subitemerii interrompu par de Laplace, qui s'écria: cNous en savons assez de fables pareilles ; » et Pictet dut s'arrêter.

Quelques années plus tard, une députation de l'Acail^^niie constata dans le départementale l'Aisne une chute de plus de deux mille pierres météoriques qui étaient tombées à ta lois.

M. Reichenbach admet que le système nerveux des [i^rsonnes qui sont sujettes au somnambulisme est dans un t.iat maladif doué d'une sensibilité plus grande qu'à l'état noniial, et qu'elles peuvent être impressionnées par des influenccï^ qui n'affectent nullement les personnes bien portantes, au point que ces dernières peuvent complètement ignorer rexii^teiu e de ces influences. 11 en est de cela comme des animaux (]iii peuvent suivre un son ou une odeur qui échappent complètement aux organes de l'homme. 11 désigne ces personui^'i^ par le nom de sensitives et a essayé d'étudier les impressions qu'elles éprouvent dans certaines circonstances qui in Huent extérieurement sur elles, sans s'occuper, du reste, des [Au*^ nomènes physiologiques qui accompagnent cet état, et que l'on comprend par le terme général de magnétisme animal.

Il a examiné en premier lieu l'effet des dynamides mr des personnes sensitives; il a noté et comparé les impressions d'individus différents, et l'accord qu'elles présentaient Ta muduit à la conclusion que les personnes sensitives sont tonit^s affectées de la même manière par des influences qui étaierii inappréciables pour lui-même et pour d'autres personnes en bonne santé. 11 croit pouvoir arriver de cette manière a une connaissance plus intime des phénomènes des dynamides que par nos sens à l'état normal. Il s'est assuré ainsi, par Tat c^u d parfait des assertions de plusieurs personnes sensitives, qiu^ la polarité magnétique exerce sur elles une influence, qu'elles éprouvent uae sensation différente pour le pôle nord que [m\ir le pôle sud, et qu'elles s'aperçoivent immédiatement lorsqu ou

change le pôle qui était tourné de leur c6té, bien que raimani soit dans une autre chambre qu'elles. Dans Tobscanté elles Toient une lumière faible qui émane des pôles et qu'il a dessinée d'après leur description. 11 a trouvé que des personnes sensitives dont le sommeil était agité lorsque leur lit se trouvait dans la direction du nord an sud, dormaient tranquillement lorsqu'on plaçait leur lit de l'est à Tooest ; ce qui prouve que la polarité magnétique de la terre exerce une infloence sur elles. De grands cristaux exercent sur elles une iafiuence différente, suivant Textrémilé qu'on leur présente, et, pour spécifier la nature de la sensation qu'ils produisent, elles la comparent à une sensation de chaleur ou à une sensation de froid ; les corps électro-positifs et électro-négatifs influent aussi sur elles d'une manière différente, de telle façon qu'elles ont pu les distinguer les uns des autres, bien qu'ils aient été entourés de la même enveloppe.

Mon but n'est point de donner ici un extrait des résultats de M. Reichenbach, qui sont étrangers à ce rapport, mais •seulement d'attirer l'attention des savants sur les recherches de M. Reichenbach, dont plusieurs ont eu le même sort que la communication dé Pictet, dont il a été question plus haut. Ce sujet mérite d'être exploité par un grand nombre de savants, je dirai même par tous ceux qui se trouvent dans les circonstances nécessaires pour cela, et les résultats doive&t en être jugés sévèrement et rigoureusement. Celui qui fait des recherches sur cette question se trouve dans la même position qu'un juge qui a à juger un délit dont il n'a pas été témoin •oculaire, et qui doit peser et faire un choix de tous les détails des dépositions des témoins. Le savant doit posséder ici la même finesse pour questionner, faire également abstractioii de toute opinion préconçue et examiner toutes les assertions avec la même rigueur qu'un juge, pour ne pas ajouter foi à la légère, et se laisser induire en erreur par des dépositions rusées ou mensongères. Cette recherche devient, en raison de ces différentes conditions, une des plus difficiles qu'un savant puisse entreprendre, et l'on doit réellement admirer le cotirage du savant qui, ayant découvert quelque chose à explorer à cet égard, et qui jouit d'une considération justement

méritée dans la science, ose affronter les préjugés, les esprits bornés, les présomptions et même la dérision, et poursuivre hardiment le but qu'il s'est proposé. Un sujet de recherches ne doit pas être abandonné parce qu'il est difficile à explorer ou parce qu'il est à tort négligé ou méprisé par ses contemporains.

Page 1