LA PERSISTANCE DE LA VITALITÉ DANS LES MEMBRP'- SÉPARÉS DU CORPS
La vitalité peut quelquefois subsister dans certatui'^ [tiu Hi\s du corps des animaux longtemps après que ces coj j^^ n' -mil plus animés, (Cf. Gibier, Analyse de choses^ pp. 228-:ii:-»>-i
(1) Revel, Esquisse d'un système de la nature fondé èur n lui -ht hasard, p. 50, éd. 1892.
Ambroise Paré (Liv. xviii) parle d*un cadavre qu'il avait embaumé et qu'il a gardé vingt ans sans corruption, et à qui les ongles revenaient fort longs, quoiqu'il les coupât très souvent.
Dans le commerce de la pelleterie, on appelle repoussants des peaux dont le cuir a été apprêté et dans lesquelles la vie n'en subsiste pas moins longtemps après la mort du sujet, se manifestant par des poils qui poussent au dedans de la peau, de telle sorte qu'il n'est pas très rare de voir des peaux, spécialement de marmottes, d'opossums et de castor, couverts de poils des deux côtés du cuir.
Mais on cite d'autres faits bien plus extraordinaires, arrivés de nos jours, qui confirment les histoires rapportées par les écrivains du xvii* siècle au sujet de la persistance possible d'un lien entre le corps et une excrétion ou partie de ce corps.
Le premier a été recueilli par un chirurgien américain dans les Montagnes Rocheuses en i88i.
c Je visitais, raconte ce chirurgien, une scierie mécanique avec des amis. L'un d'eux glissa, et son avant- bras fut saisi par une scie circulaire qui le mutila. L'amputation fut nécessaire. On était à grande distance d'une ville. L'amputation faite, le bras coupé fut placé dans une boite remplie de sciure de bois, et on l'enterra. Peu de temps après, mon ami, en pleine voie de guérison^ se plaignit de souffrir de son bras absent, ajoutant qu'il se sentait la main pleine de sciure et qu'un clou lui blessait le doigt. Les plaintes persistant au point de lui enlever le sommeil, ceux qui l'entouraient craignaient pour sa raison, quand la pensée me vint de retourner à l'endroit où s'était passé l'accident et, si étrange que cela puisse paraître, tandis que je lavais le membre déterré pour le débarrasser de la sciure, je constatai qu'un clou du couvercle de la boite s'était engagé dans le doigt. Ce n'est pas tout, le blessé, qui se trouvait à plusieurs milles de là, disait à ses amis : « On verse de l'eau sur ma main, on enlève le clou, cela va beaucoup mieux. »
M. Lermina, à qui j'emprunte l'anecdote, continue ainsi {Magie pratique^ p. 203) ;
c Une aventure à peu près semblable arriva à un nommé
Samuel Morgan employé aux machines à coudre Singer, Amputé à la suite d'un accident, il se plaignait de souffraiK c^, fi répaule et de crampes dans ses doigts absents. Onrccoiiiiuî alors que le membre amputé avait été tassé si violeninn^iit dans la petite caisse où on Tavait enfermé pour Tenterrcr, que la main était repliée sur elle-même, de façon à causej* dans le membre, — s'il eût été vivant — la douleur dont se \\Uil gnait le blessé.
« Il suffit d'ailleurs de consulter les internes de nos tiopitaux pour constater nombre de faits analogues, atlriLt(i<S] comme toujours, à une suggestion de Fimagination. Les Snuiricains, plus hardis, ont essayé d'utiliser ces constatations jm^mi la meilleure guérison du patient. Ils n'hésitent pas à (kn hnor que la douleur physique a une répercussion durable dims hi forme spirituelle du membre amputé. La gangrène qui ^t: ûv clare après les amputations, est, selon eux, la résultanle dr la décomposition du membre coupé. En brûlant ce membre, le danger disparait. Seulement comme le patient souffre peinhiut la crémation du membre détaché comme s'il adhérait a smi corps, il importe de l'anesthésier pendant l'opération, a
Je ferai aux réflexions de M. Lermina le même reproilitqu'à presque tous ceux qui ont écrit sur ces questions, jl^ hii^ sent supposer que les exceptions qu'ils présentent suni Li règle, de telle sorte que, l'expérience journalière ne jusliH.nn pas leurs raisonnements, on regarde comme faux les l\iiis pourtant réels sur lesquels ils s'appuient.
L'abbé Hanapieu a essayé, dans sa Tératoscopie du fluîrit fUtif publiée à Paris en 1822, de donner nne explication de hi -< msation perçue par l'amputé dans un membre absent.
c II faut d'abord, dit-il (p. 84), reconnaître avec le iIim lenr Richerand que le fluide vital, ou si on l'aime mieux, le priin ip^^ de la vie, anime, c'est-à dire vivifie, chaque molécule vi^itsh: de notre corps, chaque organe, chaque système d'oiiinin^s. D'après celte vérité incontestable, on peut dire que nous avinis
deux corps : un composé de matière brute, et un autre v -
posé de fluide vital qui vivifie, qui organise celui de iiiaiîrie brute. Ce corps, composé de fluide vital, se comporte, ilit le
docteur Richerand, à la manière d'un fluide ; il se consume, se répare, se distribue également et se renouvelle sans cesse dans le corps de la matière brute qui en fait une déperdition continuelle. Il ne faut pas oublier que c'est le fluide vital seul qui reporte au cerveau toutes les sensations.
a Dans le cas supposé d'une jambe amputée, le fluide reçoit toujours la même modification, la même impulsion, la même direction qu'avait l'amputation ; il doit par conséquent se rendre avec la même modification, la même impulsion et la même direction dans les lieux qu'il occupait avant l'amputation et par conséquent dans le lieu qu'occupait la jambe amputée. Si donc la personne qui a subi cette opération ressent une douleur dans le pied, c'est le fluide vital, qui se trouve dans le lieu où la douleur se fait ressentir, qui la reporte au cerveau. Il ne s'est point trompé, parce que la douleur existe réellement dans le pied de fluide vital qui subsiste toujours après l'amputation de la jambe de la matière brute.
« Cependant le pied de fluide vital qui ressent une douleur^ lorsque l'atmosphère est surchargée d'électricité, ne peut éprouver les mêmes sensations qu'avant l'amputation :
1® Parce que dans la place qu'il occupe, il ne s'y trouve plus dans la même proportioa et par conséquent avec la même sensibilité ; il n'est plus revêtu de l'épiderme qui empé" chait sa trop grande déperdition dans la jambe amputée ; aussi faut-il une commotion extraordinaire de l'atmosphère électrique pour lui faire éprouver une sensation douloureuse qui n'est jamais aussi forte qu'elle eût été si la jambe n'avait point été amputée.
2° La personne dont la jambe a été amputée ne peut éprouver les mêmes sensations qu'avant l'amputation, parce que, ou cette personne fixe son attention sur la privation de sa jambe, ou elle porte son attention sur quelque autre objet: dans le premier cas, la réflexion qu'elle est privée de sa jambe na lui permet pas d'y éprouver la même sensation qu'avant l'amputation ; dans le second, cas, la sensation qu'elle pourrait réellement éprouver serait annulée par une sensation plus vive qui fixerait exclusivement son attention.
30 Si j'avais plus d'expérience, je pourrais peut-être citer
beaucoup d'exemples de persooaes doai les membres ont été amputés et qui, oubliant totalement l'amputation, font usage de leur jambe de Auide vital comme si la jambe amputée existait encore, sans faire réflexion qu'elles en étaient privées. Je connais une jeune personne dont on avait amputé la cuisse ; plusieurs fois eUe s'est tenue et a fait quelques pas sur ses deux jambes, c'est-à-dire sur la jambe non amputée et sur la jambe de fluide vital ; c'était ordinairement en sortant de son lit; sa mère, témoin, était obligée de s'écrier: Ah! malheureuse, tu n'as pas ta jambe de bois /Un médecin de mes amis m'a assuré avoir vu un offlcier, dont la cuisse avait été amputée, marcher jusqu'au milieu de sa chambre sans s'apercevoir qu'il n'avait pas sa jambe de bois, et ne s'arrêter que lorsqu'il en faisait la réflexion ; alors la jambe de fluide vital n'avait plus la force de supporter le poids de son corps.
c On sera sans doute étonné de voir une jambe de fluide vital, cette substance invisible, impalpable, impondérable, supporter le poids du corps ; mais on devrait être bien plus étonné de voir une jambe de chair, de matière brute, supporter le même fardeau. On répondra sans doute que la jambe de chair est vivifiée et que c'est la vie qui lui donne la force nécessaire pour supporter tout le corps. Mais je répondrai, à mon tour, que c'est le fluide vital qui donne la vie et la force à cette jambe de chair et que le fluide vital ne perd pas sa force, pour être séparé de la jambe de chair, surtout lorsqu'il est dirigé par la volonté de l'àme ou par quelque autre agent qui supplée, en quelque sorte, à la volonté.
« Je ne puis mieux faire sentir ma pensée qu'en comparant l'action du fluide vital, dans le cas d'une jambe amputée^ à un jet d'eau.
« Lorsqu'on veut se procurer de l'eau à volonté, au premier étage d'une maison, on établit d'abord un réservoir à la hauteur du premier étage, d'où part un tuyau de descente et un tuyau d'ascension qui porte l'eau au même niveau que celle du réservoir dans l'appartement où l'on veut s'en procurer. Si on fait l'amputation, ou plutôt si on supprime le tuyau d'ascension, l'eau du réservoir ne s'élève guère moins haut qu'elle ne s'élevait par ce tuyau d'ascension qu'on a supprimé ; il ne
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donnait aucune force à Teau qu'il contenait ; il ne servait qu'à la diriger d'une manière convenable et à en disposer à volonté. De même l'amputation du membre qui contenait le fluide vital n'empêche point celui-ci de céder à l'impulsion qu'il rece-^ vait du réservoir d'où il partait; la jambe ne servait qu'à la diriger d'une manière convenable et à en disposer suivant l'intention de la volonté. Dans la première supposition la suppression du tuyau d'ascension produit un jet d'eau; dans la seconde suppression, l'amputation du membre produit un jet de fluide vital. Dans l'une et l'autre supposition, les deux fluides éprouvent la même impulsion et suivent la même direction qu'avant l'amputation. »