‹ L'Extériorisation de la sensibilité: étude expérimentale & historiqueChapitre 18 sur 21 · HOTE D · texte numérisé non relu

HOTE D

« Il remplit de fumée denx grands vases qu'il lutta hermétiquement, et se les attacha sous les aisselles ; aussitôt la fumée qui tendait à s'élever et qui ne pouvait pénétrer le métal poussa les vases en haut et de ta sorte enlevèrent avec eux ce grand homme,.. Quand il fut monté jusqu'à la Lune... il délia promptement les vaisseaux qu'il avait ceints comme des ailes autour de ses épaules et le Ot avec tant de bonheur qu'à peine était-il en l'air, quatre toises au-dessus de la Lune, qu'il prit congé de ses nageoires. L'élévation cependant était assez grande pour le beaucoup blesser, sans le grand tour de sa lohe où le vent s'engoulTra et le soutint doucement jusqu'à ce qu'il eût mis pied à terre (l. c, pp. 14 et 16).

Le phonographe lui-même était alors en usage dans notre satellite. Cyrano raconte en effet (i. c, p. 109) que le génie qui lui sert de guide lui donne pour se distraire quelques livres du pays ; ces livres sont renfermés dans des bottes ;

a A l'ouverture de la boéte, je trouvai dedans un je ne sais quoi de métal, presque semblable à nos horloges, plein de je ne sçais quels petits ressorts et de machines imperceptibles : c'est un Livre àla vérité, mais un Livre miraculeux qui n'a ni feuillets ni caractères ; enfin c'est un Livre, où pour apprendre, les yeux sont inutiles ; on n'a besoin que d'oreilles. Quand quelqu'un donc souhaite lire, il bande avec une grande quantité de toutes sortes de petits nerfs cette machine, puis il tourne l'éguille sur le chapitre qu'il désire écouter, et au . même temps, il en sort comme de la bouche d'un homme ou d'un instrument de musique tous les sons distincts et dilTérents qui servent entre les Grands Lunaires à l'expression du langage. »

Notre conteur avait peut-être pris cette idée dans le numéro d'avril 1633 du Courrier véritable, petit journal mensuel où l'oa s'amusait souvent à enregistrer des nouvelles fantaisistes [i) :

« l,e capitaine Vosterloch est de retour de son voyage des terres australes, qu'il avait entrepris pour le commandement

(I) Ce numéro forme un petit iii-4'' de quatre pages et porte cette mention : A-u bureau des poètes élaàli pour lee nouvelles liéUroffènte.

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des Etats de HollaDde, il y a. deux ans et demy. Il nous rapporte entre autres choses, qu'ayant passé par un détroit au dessous de celui de Magellan, il a pris terre en un pays où la nature a fourni aux hommes de certaines éponges qui retienneiil le son et la voix articulée, comme les nôtres fout les liqueurs. De sorte que, quand ils se veuleut mander quelque chose ou conférer de loin, ih parlent seulemenl de près d quelqu'unes lie ces éponges, puis les envoyent à leursamis, qui, les ayant reçues, les prenant tous doucement, en font sortir tout ce qu'il y avait dedans de paroles, et scavent par cet admirable moyen tout ce que leurs amis désirent. »

Peut-être Cyrano avait-il été inspiré par le passage suivant de Rabelais (livre IV, chap. lvi).

Comment, entre les paroles gelées, Pantagruel (roui;a des mois de gueule.

« Le pilot fit réponse : ■ Seigneur, de rien ne vous effrayez. Icy est le confin de la mer glaciale, sus laquelle fut, au commencement de l'hyrer dernier passé, grosse et félonne bataille, entre les Arimaspiens et les Neptielibales. Lors gelèrent eu l'air les paroles et cris des hommes et femmes, les chaplis des masses, les hnrtis des harnois, des bai-des, les bannissements des chevaulx, et tout aultre elTroy de combat. A cesle heure, la rigueur de l'hyver passée, advenante la sérénité et teroperie du bon temps, elles fondent et sont onyes. — Par Dieu, dist Panurge, je l'en croy. Mais en pourrions-nous voir quelqu'une. Me souvient avoir leu que l'orée de la montaigne en laquelle Moses receut la loi des Juifz, le peuple voyait la voix sensiblement. — Tenez, tenez, dit Pantagruel, voyez en cy qui encore ne sont dégelées ». Lors nousjeta sur le tillac pleines mains de paroles gelées, et sembloient dragées perlées de diverses couleurs. Nous y vismes des motz de gueule, des motz de sinople, des motz d'azur, des motz de sable, des motï dorés. Lesquelz, estre quelque peu eschauiîés entre nos mains fondoient comme neiges, et les oyons réalement, mais ne les entendions, car c'estoit langaige barbare. Exceptez un assez grosset, lequel ayant frère Jean eschauffé entre se^

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mains, (it un son tel que Tont les chAtuignes jetLées en la braze sans estre entommées lors que s'esclatent, et nous fit tous de peur tressaillir. « G'estoit, dit frère Jean,UQ coup de faulcon en son temps ». Panurge requist Paiitapruel luy eu donner encores. Pantagruel luy respondit que donner paroles , estoit acte d'amoureux, a Vendei-m'en donc, disoit Panurçe. — C'est acte de adïocati, respondit Pantagruel, vendre paroles. Je ?ous vendrois plus tost silence et plus chèrement, ainsi que quelquesfois la vendit Demosthenes moyennant sou argentangine >.

" Ce nonobstant il en jetta sur le tillac trois ou quatre poignées. Et y vis des paroles bien picquantes, des paroles sanglantes, lesquelles le pilot nous disoit quelquefois retourner on lieu duquel esioient proférées, mais c'esloit la guorge couppée; des paroleshorriliques,etaultre3 assez mal plaisantes à voir. Lesquelles ensemblement fondues ouysmes, hin, hin, hin, hin, bis, ticque, torche, lorgne, hrededin, brededac, frr, fnT, frrr, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, hou, trac, trac, trr, trrr, trrr, trrrrr, trrrrrr, on, on, on, on, on, ououououou : goth, magoth, et ne sçay quels aultres moti barbares, et disoient que c'estoient vocables du hourt et bannissement des chevaulx à l'heure qu'on chocque ; puis en ouysmes d'aultres grosses et rendoient son eu dégelant, les unes comme des taboUrs et fifres, les aultres comme de clerons et trompettes. Croyei que nous y eusmes du passetemps beaucoup. Je voulois quelques motz de gueule mettre en réserve dedans de l'huile comme l'on garde la neige et la glace, et entre du feurre bien net. Mais Pantagruel ne le voulut : disant estre folle faire reserve de ce que jamais on a faulte et que toujours on a en main, comme sont molz de gueule entre tous bous etjoyeui Pantagruellistes. Là. Panurge fascha quelque peu frère Jean, et le fit entrer en resverie, carillevous print au mot sus l'instant qu'il ne s'en doubtoit mie, et frère Jeaii menaça de l'en faire repentir en pareille mode que se repentit G. Jousseaulme vendant à son mot le drap au noble Patelin, et advenant qu'il fust marié le prendre aux cornes comme un veau, puisqu'il l'avoit prins au mot comme un homme. Panurge luy fit la babou, en signe de dérision. Puis

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a'escria, en disant : . Plenst à Dieu qu'icy, sans plus avant procéder, j'eusse le mot de la dive bouteille ! «

Un autre rêveur, Tiphaigne de la Roche, publia en 1760, sous le titre de Giphanlle, anagramme de son nojn, un curieux petit ouvrage où il prévoit la pkotofiraphie en couleurs et la fait décrire par le chef des Génies élémentaires dans le palais duquel il se trouve transporté (1) :

"Tu sais que les rayons de lumière réfléchis des différents corps font tableau et peignent ces corps sur toutes les surface polies, sur la tétine de l'œil par exemple, sur l'eau, sur les glaces. Les esprits élémentaires ont cherché h fixer ces images passagères; ils ont composé une matière très subtile, très visqueuse et très prompte à se dessécher et à se durcir, au moyen de laquelle un tableau est fait eu un clin d'œil. Ils en enduisent une pièce de toile et la présentent aux objets qu'ils veulent peindre. Le premier effet de la toile est celui du miroir : on y voit tous les corps voisins et éloignés dont la lumière peut apporter l'image.

<> Hais ce qu'une glace ne saurait faire, la toile au moyen de son conduit visqueux relient les simulacres. Le miroir vous rend lidèlement les objets mais n'en garde aucun ; nos toiles ne les rendent pas moins fidèlement, mais les gardent tous. Celte impression des images est l'affaire du premier instant où la toile les reçoit. On Tôle sur le champ, ou la place dans un endroit obscur ; une heure après, t'enduit est desséché et vous avez un tableau d'autant plus précieux qu'aucun art ne peut en imiter la vérité et que le temps ne peut en

(I) Gipkantie, à Babylone, M. D. ce L X, iii-i2 ; 1" partie, chap. Xïii: La Tempête, pp. 131-133.

Quelques années auparavant !l690|, Féuelon écrivatt dans le Voyage ■supposé: t II n'y avait aucun peintre dans lo pays, mais quand on voulait avoir le portrait d'un ami, d'un beau paysEige ou un tableau qui représentât qnelqn'autre objet, ou metlait de l'eau dans ungrcind bassin d'oFOud'aigent, pois on apportait cette eau à l'objet qu'on voulait peindre. Bieutèt l'eau se congelant devenait comme une glace de miroir où l'image des objets demeurait ineffaçable. On lo portât oii ou voulait, C'était un tableau aussi tidële que la plus polie glace de miroir. >

aucune manière l'endommager. Nous prenons dans la source la plus pure, dans le corps de la lumière, les couleurs que les peintres tirent de difîérents matériaux que le temps ne manque jamais d'altérer. La précision du dessin, la variété ' de l'expression, les touches plus ou moins fortes, ta gradation des nuances, les règles de la perspective, nous abandonnerons tout cela à la nature qui, avec cette marciie sûre qui jamais ne se démentit, trace sur nos toiles des images qui en imposentaux yeux etTont douter àla raison si ce qu'on appelle réalités ne sont pas d'autres espèces de fantômes qui en imposent aux yeux, à l'ouïe, au toucher, k tous les sens à la

'[L'esprit élémentaire entra ensuite dans quelques détails physiques : 1° sur la nature du corps gluant qui intercepte et garde les rayons; 2" sur les difficultés de le préparer et de l'employer ; 3° sur le feu de la lumière et de r.e corps desséché ; trois problèmes que je propose aux physiciens de nos jours et que j'abandonne à leur sagacité ».

Pour terminer cette revue des inventions contemporaines, qui avaient déjà reçu une sorte d'existence virtuelle dans l'imagination des hommes de ce fécond ivii*^ siècle, notre véritable père dans le domaine des sciences. Je rappellerai encore que le télégraphe éleetrique est indiqué par Strada dans une vingtaine de vers de ses Prolusiones aeademicx, publiées à Rome en 1617.

Pour lui, c'est un jeu d'esprit, un simple vœu :

0! utinam hxc ratio sr.Tibendi prodeat usu CttUtior et citior properaret epislola!

La manière dont il imaginait l'instrument fut reproduite par tous les savants de l'époque et notamment par un jésuite lorrain, le père Leurechon, dans ses Hilaria mathemalica, publiés en i624. J'emprunte le passage, où il en est question, à )a traduction franc^aise publiée, deux ans plus tard, à Pont-à- Mousson, avec le titre de Récréations mathématiques, sous le pseudonyme de Van Etten,

M Quelques-uns ont voulu dire que, par le moyen d'un aymant ou autre pierre semblable, les personnes absentes se

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pourroient ealreparler. Par exemple, Claude estant à Paris et Jean à Rome, si l'un et l'autre avoient une aiguille frottée À quelque pierre dont la vertu fusl telle qu'a mesure qu'une aiguille se mouveroit à Paris, l'autre se remuast tout de même à Rome, il se pourroit faire que Claude et Jean eussent citacun un mesme alphabet, et qu'ils eusseut convenu de se parler de loin tous les jours à six heures du soir, l'aiguille ayant fait trois tours et demi, pour signal que c'est Claude et non autre qui veut parler à Jean. Alors Claude luy voulant dire que le roy est à Paria, il feroit mouvoiret arrêter son aiguille sur L, puis E, puis R, 0, Y, et ainsi des autres. Or, en même temps, l'aiguille de Jean s'accordant avec celle de Claude, iroit se remuant et arrestant sur les mêmes lettres, et, partant, il pourroit facilement esicrire ou entendre ce que l'autre veut luy signilier. »

« L'invention est belle, ajoute le P. Leurechon, qui pensait à cet égard comme Strada, mais je n'estime pas qu'il se trouve au monde un aymant qui ayt telle vertu. »

On est vraiment tenté de prendre h la lettre ce paradoxe d'un philosophe mathématicien {i; :

« Tout ce qui est concevable est possible, et réciproquement, tout ce qui est possible est concevable. Or, en vertu de la loi du jeu, tous les possibles ont été réalisés et se réaliseront. Donc tout ce qui est concevable a été réalisé et se réalisera ".

Les recherches de nos astronomes ne donnent-ils pas la raison à ce modeste penseur qui, en 1823, écrivait dans un ouvrage anonyme (2| :

" Pour moi, je ne rougis pas d'avouer publiquement qu'il ne me paraît nullement impossible, ni au-dessus des forces de la nature, qu'il s'établisse un jour une communication de notre terre avec d'autres globes du firmament comme il s'en

ri) RiYïL, Esquisse <rur< système de la nature fondé sur la loi du hasard, p. 50, éd. 1892.

(2) Traite philosophique sur la nature de Itime et de ses facultés... Parla, in-lti (par IliGOEii),

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est établi enlre l'ancien et le nouveau monde. Je crois mâme qu'une communication tie ce genre doit nécessairement déjà exister dans les plages incommensurables du firmament, où roulent tantde mondes et habitent tant d'être différents ! Je ne saurais me persuader que ia nature ait absolument isolé tous les globes dans l'iinmensité. Je ne verrais plus cette unité de plan, cet ensemble que la raison et la philosophie réclament et que l'attraction newtoniène est bien loin de réaliser. Il est vrai que les espérances chrétiennes d'une communication entre les intelligences pures après cette vie, montrent jusqu'à un certain point cette unité de plan du ■créateur- Mais, outre cela, je le répète, il ne me parait nullement au-dessus des forcée de la nature qu'il s'établisse des relations d'un globe à l'autre, même dans l'état actuel des choses. Les têtes faibles riront de conjectures aussi liardies ; mais je me consolerai avec quelques penseurs de ma counaissance qui n'ont rien de commun avec les esprits rétrécis ni surtout avec les machinistes du siècle. >■

En tout cas, nous pouvons certainement dire comme Beaumarchais dans le Mariage de Figaro:

a Vieilles folies deviennent sagesse, et les anciens mensonges se transforment en belles petites vérités. »

La vitalité peut quelquefois subsister dans certaines parties du corps des animaux longtemps après que ces corps ne sont plus animes. fCt. Gibier-, Analyse de choses, pp. 228-230.)

Ambroise Paré{tit'. xviii) parle d'un cadavre qu'il avait embaumé et qu'il a gardé vingt ans sans corruption, et à qui les ongles revenaient fort longs, quoiqu'il les coupflt très souvent.

Dans le commerce de la pelleterie, on appelle repoussant?: des peaux dont le cuir a été apprêté et dans lesquelles la vie

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n'en subsiste pas moins longtemps après la mort du sujet, se miinirestant par des poils qui poussent au tJedans de lapeau, de telle sorte qu'il n'est pas très rare de voir des peaux, spécia-' lement de marmottes, d'opossums et de castor, couvertes de poils des dem côtfs du cnir.

Hais on cite d'autres faits bien plus extraordinaires, arrivés de nos jours, qui conrii-menl les histoires rapportées par les écrivains du xvii* siècle au sujet de la persistance possible d'un lien entre le corps et une excrétion ou partie de ce

l.e premier a éXé recneilli par un chirurgien américain dans les Montagnes Rocheuses en 1881.

" Je visitais, raconte ce chirurgien, une scierie mécanique avec des amis. L'un d'eu^ glissa, et son avant-bras fut saisi par une scie circulaire qui le mutila. L'amputation fut nécessaire. On était h grande distance d'une ville. L'amputation faite, le bras coupé fut placé dans une boite remplie de sciure de bois, et on l'enterra. Peu de temps après, mon ami, en pleine voie de guérison, se plaignait de souffrir de son bras absent, ajoutant qu'il se sentait la main pleine de sciure et qu'un clou lui blessait le doigt. Les plaintes persistant au point de lui enlever son sommeil, ceux qui l'entouraient craignaient pour sa raison, quand la pensée me vint de retourner à l'endroit où s'était passé l'accident et, si étrange que cela puisse paraître, tandis que je lavais le membre déterré pour le débarrasser de la sciure, je constatai qu'un clou du couvercle de la botte s'était engagé dans le doigt. Ce n'est pas tout, le blessé, qui se trouvait à plusieurs milles de \h, disait à ses amis : ■ On verse de l'eau sur ma main, on enlève le clou, cela va beaucoup mieux. »

M. Lermina, à qui J'emprunte l'anecdote, continue ainsi (Magie pratique, p. 203) :

« L'ne aventure <i peu près semblable arriva à un nommé Samuel Morgan, employé aux machines à coudre Singer. Amputé à la suite d'un accident, il se plaignait de souffrances à l'épaule et de crampes dans ses doigts ahsents. On reconnut ■ alors que le membre amputé avait été tassé si violemment dans la petite caisse oïl on l'avait enfermé pour l'enterrer, que la main était repliée sur elle-même, de façon à causer dans le

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membre — s'il eût été vivant — la douleur dont se plaignait le blessé.

Cl II suffit d'ailleurs de consulter les iiileriies de nos hôpitaux pour constater nombre de fdils analogues, atlribm'S. comme toujours, ù utte suggestion de l'imagination. Les Aim'-ricains, pins hardis, ont essayé d'utiliser ces conslatations, pour la meilleure guérison du patient. Ils n'héaitent pas à déclarer que la douleur physique a une répercussion durable dans la forme spirituelle du membre amputé. La gangrène qui se déclare après les amputatious est, selon eui, la résultante de la décomposition du membre coupé. En brillant ce membre, le danger disparaît. Seulement comme le patient souffre pendant la crémation du membre détaché comme s'il adhérait à son corps, il importe de l'aneslhésier pendant l'opération.»

Je ferai aux réilesions de M. Lermina le même reproche qu'à presque tous ceux qui ont écrit sur ces questions, ils laissent supposer que les exceptions qu'ils prcsentenl sont Ul règle, de telle sorte que, l'cipériencc jouruulière ne justifiant pas leurs raisonnements, on regarde comme r;iux les l'uils pourtant réels sue lesquels ils s'appuient.

L'abbé Hanapieu a essayé, dans sa Téralo^-apie du fluide vital publiée à Paris en i332, de donner une explication de la sensation perçue par l'amputé dans un membre absent.

H II faut d'abord, dit-il (p. 84), reconnaître avec le doctfur Richecand que le lluide vital, ou si l'on aime mieux, le principe de la vie, anime, c'est-ù-dire vivifie, chaque molécule vivante de notre corps, chaque organe, chaque système d'organes. D'après cette vérité incontestablej on peut dire que nous avons deux corps : un composé de matière brute, et un autre composé de fluide vital qui vivifie, qui organise celui de matière brute. Ce corps, composé de fluide vi'al, se comporte, dit le docteur Rlcherand, k la manière d'un fluide ; il se consume, se répare, se distribue également et se renouvelle sans cesse dans le corps de la matière brute qui en fait une déperdition continuelle. Il ne faut pas oublier que c'est le lluide vilal seul qui reporte au cerveau toutes les sensations.

SIO b'BXTâBlOHISATIOM DE LA SEKSIBILITK

H DiBS )« cas supposé d'ane jawbe amputée, le fluide rel'oit toujours la mâme modirication, la mâme impulsion, la mâme direction qu'avant l'amputation ; il doit par conséquent se rendre avec la même modification, la même impulsion et la même directioa dans les lieux qu'il occupait avant l'amputation et par conséquent dans le lieu qa'oocupait la jamb« amputée. Si donc la personne qui u subi cette oi>ératioa ressent «ne d«ul«ar dans le pied, c'est le fluide vital, qui se trouT« dans le lieu où la douleur ne fait ressentir, qui la reporte an cerveau. Il ne s'estpoint trompé, parce qae la douleur eïiste réellement dans le flnide vital qui suhsisle toujours après l'amputation de ia jambe de la matière brute.

• CepefHlaiU le pied de flnide vital qui ressent une douleur, lorsque l'atmospbèi'e est surchargi'^e d'électricité, ne peut éprouver les mi^mes sensations qu'avant l'amputalioa :

^' Parce que dans la place qu'il occupe, il ne s'y trouve plus dans la même proportion et par conséquent avec la même sensibilité ; il n'est plus l'evétu de l'épiderme qui empêchait sa trop grande déperdition dajis la jambe amputée ; aussi faut-il une commotion extraordinaire de I atmosphère électrique pour lui faire éprouver use sensation douloureuse qui n'est jamais aussi forte qu'elle efit étil si la jambe n'avait point étc amputi-e.

2' Là personne dont la jambe n étéamputf^e ne peut éprouver tes mômes sensations qu'avant l'amputation, parce que, ou cette personne lixe son attention sur la privation de sa jambe, ou elli; porte sou atiention sur quelque autre objet: dans le premier cas, la l'ôHexiou qu'elle est privée de su jambe ae lui permet pas d'y éprouver la même sensation qu'avant l'amputation, dans le second cas, la sensation qu'elle pourrait rêeUement éprouver serait annulée par une sensation plus vive qui Axerait exclusivement sou attention.

3' Si l'avais plus d'expérience, je pourrais peut être citer beaucoup d'exemples de personnes dont les membres ont été amputés et qui, oubliant totalement l'amputation, font usage de leur jambe de Ouide vital comme si la jambe amputée existait encore, sans faire réflexion qu'elles en étaient privées. Je connais une jeune personne dont on avait amputé la cuisse ;

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plusieur;- fuis elle s'est tenue et a fait quelques pas sui ses deux jambes, c'est ù-dire sar la jumbe non amputée et sue lu JaiDb« de fluide vital ; c'était ordinaire ment en sortant de son lit- sa mère, témoin, était obligée de s'écrier: Ah! malheureuse, tu n'as pas la jambe de boit! Un môilenin de mes amis m'a assuré avoir vu un officier, dont la cuisse avait été amputée, murcher jusqu'au milieu de sa chambre sans s'apercevoir qu'il n'avait pas sa jambe de bois, et ne s'arrêter que lorsqu'il en faisait la réflexion ; alors la jambe de lluide vital n'avait plus la force de supporter le poids de son corps.

«On sera sans doute étonné de voir une jambe de fluide vital, cette substance invisible, impalpable, impondérable, supporter le poids du corps; mais on devrait être bien plus étonné de voir une jambe de chair, de matière brute, supporter le même fardeau. On répondra sans donte que |a jambe de chair est vivifiée et que c'est la vie qui lui donne la force nécessaire pour supporter tout le corps. Mais je répondrai, i mon tour, que c'est le fluide vital qui donne la vie et la force à cette jambe de chair et que le fluide vital ne perd pas sa force, pour être séparé de la jambe de chair, surtout lorsqu'il estdirigé par la volonté de l'ilme ou par quelque autre ajjent qui supplée, en quelque sorte, à la volonté.

"Je ne puis mieux faire sentir ma pensée qu'eu comparant l'action du fluide vital, dans le cas d'une jambe amputée, à un jet d'eau.

" Lorsqu'on veut se procurer de l'eau à volonté, au premier étage d'une maison, on établit d'iibord un réservoir à la hauteur du premier étage, d'où part un tuyau de descente et un tuyau d'ascension qui porte l'euu au même nive-iu que celle du réservoir dans l'appartement où l'on veut s'en procurer. Si on fait l'amputation, ou plutôt si on supprime le tuyiu d'ascension, l'eau du réservoir ne s'élève guère moins haut qu'elle ne s'élevait par ce tuyau d'ascension qu'on a supprimé ; il ne donnait aucune Force il Teau qu'il contenait ; il ne servait qa''à la diriger d'une manière convenable et à en disposer à volonté. De même l'amputation du membre qui contenait le lluide vital n'empêche point celui-ci de céder à l'impulsion qu'il recevait du réservoir d'où il parlait : la jambe ne servait

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qa'à la diriger d'une manière coavenable et à en disposT soivant l'inlention de la volonté Dans la première supposition la SQppression du tuyau d'ascension produit un jet d'eau , dans la seconde supposilion, l'amputation du membre produit un jet de (luide vital. Dans l'une et l'autre supposition, les deux fluides éprouvent la intime impulsion et suivent la même direction qu'avant l'amputation. >

lES EFFLUVES SU 0BGAHE5 DES SB.NS, ET DBS POINTS HYPNOCÈM^S

Selon Thaïes et ses disciples, la vision est produite par une inlinité de rayons qui, projetés par lœil, vont, comme autant de bras invisibles, tàLer et saisir les objets perçus.

Pylhagore et ses élèves admettaient au contraire que le^ objets lumineux émettent en li^ne droite et dans tous les sens une inlinité d'images; ces images, qui s'appelaient idoles, simulacres, effigies, effluves, sonl comme des pellicules enlevées de l'extrême surface du corps et produisent le phénomène de la vision quand elles frappent les yeux.

Platon combine les deux hypothèses et suppose que la vision est due aux vibrations produites par la rencontre des effluves élhérés émis par des corps lumineux avec des eHluves de même nature qui sortent de l'œil.

Dans ses Propos de table (liv. V, quest. '}, Plutarque rapporte ainsi l'explication donnée par Uémocrite au mauvais œil ou à la famnalion.

« Ce philosophe dit qu'il sort des images des yeux de ceux qui sont envieux sorciers, et ce non sans quelque sentiment et quelque inclination, ains estant pleines de l'envie et mescbanceié de ceux qui les jettent hors de soi, avec laquelle venant à s'emplastrer, s'attacher et s'arrester avec ceux qui sont ainsi enviés, perturbent el offensent leurs corps et l'âme et l'entendement.

a Mais d'estre offensé pour estre seulement regardé, il se fait comme nous avons desjâ dit : mais pource que la cause en est difficile à trouver, on le décroît (ne le croît pas) : et

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toutefois, dis'je, il semble que tu en es sur les voyes, et en as trouvé la trace, alaul touché la dtifluxion qui se fait des corps, f^iir et la seuteur, et la voix, et la parole, et l'haleine sont des lluxions et déconlemens qui sortent des corps des animaux, et parties qui esmeuvent les sentiiiienLg naturels, lesquels en les recevant en sont altérez et efrectez. Et est encore plus vraysemblable, que telles déduiions se Tacent hors des corps (les animaa:! par la chaleur et le mouvement, quand ils sont échaufTez et esmeus, et que les esprits vitaux en prennent un haulsement de poulx et un battement plus viste, duquel le corps estant agité et secoué, jette hors de soy continuellement quelques délluxions: et y a apparence que cela se fait autant par les yeux que par autre conduici qui soit. Car la veuë estant un sentiment fort lé^ier et mobile, respand une merveilleuse puissance enflammiie quand c'est l'esprit qui la dirige, de manière que l'homme pnr le moien d'icelle veuë , Tait et soufTre plusieurs notables elTects, et reçoit des choses qu'il voit, des plaisirs et despluisirs qui ne sont pas petits. Car l'amour, qui est l'une des plus grandes et plus véhémentes passions de l'ilme, prend sa source et origine de la veué, tellement que celuy qui est espris d'amour, se fond et s'escoule tout en regardant la beauté des personnes qu'il aime comme s'il entroit dedans elles. Au moyen de quoi l'on pourroit avec raison esbahir, comment il y en a qui confessent que rhumme peut bien souffrir et recevoir dommage par la veué, et trouvent estrange qu'il face du mal et porte nuysance par lu mesme veuë. Car le regard des personnes qui sont en (leur de beauté, et ce qui sort de leurs yeux, soit en lumière ou lluxion d'esprits, fond les amoureux et les consume avec Je ne sçay quelle volupté meslée de douleur, qu'ils appellent eulx aigredouce. Car ils ne sont pas tant férus et ulcéreï ny pour ojir ny pour toucher, que pour regarder et estre regardez, tant il se fait profonde pénétration et inllammntion grande par la veué, de sorte qu'il me semble que ceux-là n'ont jamais senty ny esprouvé que c'est de l'amour, qui s'esmerveillent de la Naphte de ll^bylone. laquelle s'allume en la monstrant seulement au feu de loing; car les yeux des belles créatures allument un feu dedans les âmes et entrailles des amoureux, encore qu'ils n'y reiiarilent que de bien loing. »

214 i.'eitëbiokisation de la SB^E1BIL^R

L'évoque Héliodore, vivïnl au iV siècle de Dotre ère en Thessalie, a composé un roman intitut^ Ut Elltiopiques, où il donne des détails snr la vie des Egyptiens.

On y voiCnne jeane fille malade après avoir été frappée dn mauvais oeil. Un ami explique » qu'il se àéf^age de chacun de nous des atfimes impalpables qui se propaRent par l'air, de sorte que dans une nombreuse réunion d'hommes, il y en a qui tlottent de tous côtés porUnt en eox-mémea le pouvoir de réaliser les désirs de ceux dont ils sont émis. »

Dans la procédure suivie jadis contre les lépreux, an nombre des prohibitions qui leur étaient imposées en vue d'éviter la contagion se trouve celle-ci :

« Tu ne te mireras ni regarderas dans les puits, sources ou lacs, susceptibles de recevoir ou de relléter ton image, h

On remarquera que ce sont les eaui slagnanles, les plus propres à se sensibiliser, qui sont ici spécifiées.

Des observations nue je n'ai point eut encore l'occasion de vérilier sur un assez i^rand nombre de sujets pour me permettre darfiimer la généralité du phénomène, m'ont prouvé que chex certains d'entr'euz les points hypno^jènes étaient :

1° Insensibles à la surface dn la peau ;

2° Que par ces points il si; dégageait, même à l'état de veille, des eflluves transmettant au cerveau la sensation d'actions mécaniques exercées sur eux en dehors de la peau.

3* Que tes maxima et les ininima de sensibilité éUient disposés par couches semblables à celles qui se produisent cliei les mêmes sujets, sur toute la péiiphêrie du corps, par suite des passes magnétiques.

4' Que les actions mécaniques exercées sur les mumies se répercutent de préférence sur ces points ; c'est même grâce à cette propriété que j'ai pu reconnaitre la plupart des points bypnogènes sur les sujets.

ClfBI^BBALE

Ksrowf prononcé, le 1" mars 18*2 deviml la Seefion (PAerti-ieilé de f Institut Fraitlttm, par Sf BDwt.i Housto».

J'ai pensé qu'û ne serait pas sans imériH pour le public <I'exaiBiaer iet le» re<rh«Tche« presquo Mtravaganles anTquelfes je me suis lÎTié pendant ces dernières années, mais qne je n'ai pas Touln^nsqn'ici publier. En anirant l'idée qui m'avait été suggérée par un ami, je me suis efforcé d'étahltr une certaine- corrélation entre les phénomènes de la pensée et les phénomènes physiques phts matériel. Bien que les renseiynements que je puis fournir pi>nr appuyer une hypothèse da mécanisme des opérations cérébrales soient, je l'avoue, incomplets et pent-étre improbables, je me suis cependant déterminé à les exposer en public, dans ta pensée qu'ils intéresseraient peut-être le monde scientifique.

Je n'ignore pas, bien entendu, que les opérations psychiques du cerveau ont défié jusqu'ici toute explication. On est généralement convaincu que le siège de l'activité psychique est le cerveau. Toutefois la manière dont cet organe agit pour produire, pour conserver et reproduire fa pensée, est inconnue et le restera probablement toujours.

En partant île cette seule considération, que l'opéraliou cérébrale ou pensée, quel qu'en puisse être le mécanisme exact, est accompagnée de vibrations moléculaires ou atomiques de k matière grise ou de toute autre matière de cette partie du cerveau qu'on nomme la cervelle, je me permets de proposer l'hypothèse suivante, pour rendre compte de la lëlépathie (action ù distance), du mesmérisme, de la transmission <le la pensée, de l'hypnotisme et autres phénomènes connexes.

Après avoir demande de m'accorder comme « postulatura « l'existence dfe l'éther universel qui est généralement acceptée aujourd'hui par tous les savants, et en songeant que cet éther traverse la matière, même la plus dense, aussi facilement que

216 l'extériorisation de la sknsibiliti^

l'eau passe dans un Lamis, il s'ensuil qne les atomes ou moli'-cuks du cerveau, qui sont la cause de l'apératitiii cérébrale baignent complètement dans l'étber. Or, puisque l'élher est xm milieu de haute élasticité et très mobile, la pensée ou opération cérébrale, si elle est. accompagniie de vibrations, doit, nécessairement donner naissance, au sein de l'élher, à di>s mouvements ondulatoires ayant pour ceiiire les atomes on molécules du cerveau. En d'autres termes, l'acte de In pensée ou opération cérébrale exige une dépense d'énergie parce qu'il suppose nécessairement la mise en mouvement de ces particules atomiques ou moléculaires du cerveau dont nous avons admis l'existence.

La nature exacte des mouvements qui, par hypolbèse, accompagnent un état actif du cerveau, doit nécessairement demeurer inconnue, tant que nons ignorons la nature exacte du mécanisme qui est mis en moavcment. Hais si un cerveau en activité développe de la pensée, ).>arce que quelque chose est mis en mouvement, il s'ensuit niitnrellemenl qu'un cerveau absolument affranchi de produire de la pensée doit élre en repos en ce qui regarde ce genre de mouvement. V.n affranchissemenl absolu de penser, dans un cerveau sain, est 1res pronablement un état qui existe rarement. Au contraire, le repus relatif doit èlre très commun.

Il semble résulter de la facilité avec laquelle cette curieuse fonction du cerveau appelée mémoire le met en état de rappeler facilemenl les particularités passées, que les cellules de matière grise ou autre du cerveau, qui concour<;nt à la production de la pensée, peuvent être amenées à. entrer dans certains groupements ou dans certains rapports les une» avec les autres. Grilce à la répétition continuelle de certains ordres de pensées, comme dans l'étude ou dans des observalions i-épétées, les mouvements particuliers nécessaires pour reproduire cette pensée reçoivent probablement un pli ou une tendance à iormev des f;roupemeuts plus ou moins permanents. Ainsi donc, lorsque le cerveau est mis en mouvement et, eu quelque manière, frappé comme un instrument, ces mouvements, se produisent et certains souvenirs se réveillent.

Comment ces mouvements peuvent-ils se produire? La réponse certaine paraît ^tre qu'ils se manifestenl sous lu double influence du dedans et du dehors. Il peut bien se faire que l'afflux du sang dans un cerveau en activité, qui (le fait est bien notoire) accompagne toute opération cérébrale active, n'est pas seulement destiné à nourrir et à jeconstituer cet organe, mais aussi à lui fournir la force purement mécanique qui n'a qu'à agir sur cet instrument si mevveilleusement accordé pour éveiller les pensées dont il a déjà reçu l'empreinte, ou pour faire juger les combinai' son< nouvelles qui ne lui avaient jamais été présentées auparavant

Je soumettrai plus tard une explication sur la manière dont ces impressions sont peut-être excitées du dehors.

Quelle que soit l'origine de ces vibrations ou de quelque manière qu'elles soient excitées. Il faut une dépense de force pour les produire et, comme le reconnaîtra volontiers la personne qui pense, cette dépense de force entraine souvent un effort nerveux considérable.

L'énergie cérébrale ou énergie dépensée, comme nous venons de le dire, pour produire la pensée, est dissipée lorsque l'on communique des mouvemenls ondulatoires h l'étlier ambiant, el ces mouvements se répandent dans (ouïes les directions partant du cerveau, par exemple, par les yeux.

Sans doute il n'y a pas de preuves absolues de l'existence des vibrations moléculaires ou atomiques des parlicules du cerveau dont j'ai idmis l'existence. Cependant, ce mouvement n'est pas improbable et même certains fails. connus des mé' decins, sont loin d'âire en désaccord avec cette hypoth(''se. Le cerveau, pour fonctionner normalement, doit recevoir une certaine pression due à celle du sang. Lorsque cette pression augmente au delà d'une certaine limite, comme, par exemple, dans le cas de fracture du crûne, où une partie de l'os est rentrée par la fracture de maniiire à produire une compression sur la matière cérébrale, toute pensée ou travail ce^tse sur-le-champ. Mais, lorsque cette pression est supprimée par la trépanation, non seulement le travail cérébral recommence,

21S l'extéhiorisatiok m la sensibilité

mais, chose assez curieuse, lepreDd géDéralement au point où le patieuL l'aiait laissé au momeni de luccicleiit.

Supposons donc que Les radialious ou ondes cérébrales soient émises de tout cerveau doué de senlimenl ou eu activité et que ces ondes passent daos t'espace qui entoure le cerveau, à pea près comme les onde» qui sont communiqutea à l'air autour d'an diapason.

Les radiations cérébrales ue sont pas aussi mal^ciellemeat saisisaables ^ue celles du son. Leur» longueurs d'oude sont i^ectainement beaucoup moindres. Elles sont commaniquc^es ù l'éLber universel.

Si ces ondes, que j'appellerai ondes cérébrales, se trouvent dans L'élher qui remplit tout l'espace, il sera intéressant de recherclier quels phénomènes on peut compter les voir produire.

En admettant que ces vibrations se produisent au sein de l'éthet même, il est inutile de mettre en doute aussi bien que lie discuter leur nature {générale. Il est à présumer qu'elles rentrent dans la classe des vibrations transversales, qui se rencontrent dans l'éther à l'occasion des phénomènes de chaleur, de lumière, de ma^jnétisme et d'électricité.

Un cerveau en activité peut, en conséquence, être regardé comme disposant l'éllier qui l'entoure suivant des ondes cé< rébrales qui rayonnent au dehors de lui eu tout sens. A ce point de vue, il ressemble d'as?ei près à un conducteur dans lequel passe une décharge oscillaLoirc, en produisant ces ondes qui. comme l'a si roagnttiquement démontré Hertz, res. semblent aux vjbratl'ons qui produisent la lumière.

Ainsi donc, en admettant que les radiations cérébrales tiennent de la nature des radiations thermales, lumineuses, électriques ou magnétiques, l'eiplication suivante de la télépathie ou transmission de la pensée n'est pas du tout improbable, pour ne rien dire de plus.

Je crois pouvoir expliquer la possibilité de la transmission de vibrations cérébrales spéciliques d'un cerveau actif à ua cerveau passifou récepteur par la simple action de ce qui est scientifiquement connu sous le nom de vibrations sijmpatkiqtui.

Eiaminons, par exemple, le cas d'an diapason vibraoC qui pinet ses ondes sonores à travers l'espace et est éloigné d'un second diapason, tout d'abord au repos, mais accordé de oianîÈre à vibrer exactement à l'unisson du premier. Comme on hr sait, le diapason actif ou récepteur entre pen k peu eu vibralton. L'énergie du diapason transmetteur se communique ^ travers l'espace par l'intermédiaire des pulsations ou ondes produites dans l'atmosphè^re ambiante, et le phénomène peut se prodoiri* malgré une distance relativement coitsidérable des appareils.

Prenez encore le cas de vibrations sympathiques excitées par des ondes lumineuses. L'énergie solaire est rajiooiiée ou transmise à travers l'espace existant eutre le ciel et la terre par des ondes ou oscillations de l'éther Inmineui. Ces ondes, en tombant sur une feuille à la structure délicate, subissent nne espèce de sélection, car certaines longueurs d'onde sont absorbées, et d'autres rejetées- Les ondes absorbées exciieut eu produisent des ribrattons sympathiques dans les moléuules de l'acide carbonique contenu dans la feuille et ont pour elTet de provoquer des mouveinenU vibratoires du carbone et de l'oxygène, mouvements dont l'amplitude ou l'énergie croît jusqu'au moment où leur affinité chimique ou attraction alo-mique est dépassée et on se produit la dissociation. L'oxygène est alors expulsé de la feuille dans l'almospbére et le earbone est retenu dans les organes de la plante.

Voici encore le cas le plus intéressant de ce que Hertz appelle la résonnance électriqne. Itesl généralement reconnu anjourd'hni par les électriciens qn'un conducteur, siège d'une déeharfie électrique oscillatoire, lance dans l'espace qui l'entonre des ondes cm oscillations électriques animées de la même vitesse que la lumière, de même nature qu'elle. Si ces onde» électriques rencontrent un circuit accordé, par rapport à leur période d'oscillation, de manière à être capable de ''ibrer synchroniquement avec elles, elles y donnent naissance i des oscillations électriques ayant exactement la même ualore que celles du circuit excitateur.

En raison de ces faits, il ne me paraît pasimpr(d)aJïle qa'na , absorbé par une pensée intense, puisse agir comme

2âO l.'eXTKRIOaiSATION DE LA SBNSIRILITK

1111 centre de railiations cérébrales, ni que les riidialîoiis projetées en liias sens de ce cerveau puissent en iniluenci't' d'uutres sai' lesquels elles tombent, pourvu, bien entendu, que ces derniers soient accordés de manière à vibrer à l'unisson. Dans les cas de ce genre, l'absorption d'énei^ie par le cerveau récepteur pent être soit une absorption sélective par suite de laquelle la marcbe ordinaire des pensées estsimplemenl mo~ diliée, soil une absorption complète et, dans ce cas, le cerveau o\ci[ateQr détermine, dans le cerveau vécepleur, la reproduction exacte de ses propres pensées.

Une telle hypollièse est loin d"étre improbable. Au contraire, elle parait appuyée par une variété de faits curieux auxquels il n'a manqué qu'une bypoth^se ^énérule pour établir entre eux une corrélation.

Si cette hypothèse est vraie, il en résulte que ces vibrations ou radiations ci';rébrales doivent franchir l'espace exactement avec la même vitesse que U lumière, à la seule condition que les vibrations cérébrales soient do même ordre. Il est bien entendu que cette égalité des vitesses de propagation n'est vraie que pour l'étber libre. Dans l'étber qui remplit les espaces intermoléculaires de matière brute, ou, suivant sa dénomination technique, l'éther combiné, la vitesse de propagulion des ondes varie suivant le caractère particulier de la matière avec laquelle il est assobié. Un ralentissement ou une diminution de vitesse des ondes cérébrales se produirait incontestablement pendant leur passage dans les substances qui composent le crilne et la tète.

Si la pensée se déplace dans l'éllier suivant un mouvement oiiiiulutoire semblable à celui de la lumière, elle est en éta^ de circuler dans toutes les directions que peuvent suivre dans l'étber les rayons lumineux.

Une expérience bien cocnue en liypnotisme semblerait assez favorable ù l'hypotlièse de la radiation cérébrale : c'est celle où, après que le palicnt a été établi dans un état de demiinconscience ou d'inconscience complète, son cerveau est amené à un état d'activité plus ou moins prononcé par les suggestions de la personne qui hypnotise(l).

(I) Celte phrase est oliscure ; il semble que l'aiilour fait allusion

Il serait intéressant, à propos de suggestions de ce gentv, de constater si un hypnotiseur, placé dans une position telle que la lumière tombant sur ses yeux aille frapper ensuite les yeux du patient, peut observer si, oui ou non, les actes île suggestion seront plus aisément perçus par le cei'veau de l'hypnotisé avec ou sans l'intervention des rayons lui

Si les spéculations <|ui précèdent sont jugées j'ai déjà reconnu qu'elles |p sont, que ne pourra-t-on pas dire de ce qui va suivre ?

Si les radiations céréhroles tiennent de la nalure des ondes de l'éttier, ou peut, en conséquence, présumer qu'il eiisle pour elles des phénomènes correspondants à ceux de la radiation thermale, lumineuse, électrique ou magnétique. Et même il semblera possible que les phénomènes de réflexion, de réfraction et peut-être même de dispersion de ces ondes s'y produisent (1). A ce point de vue, il est intéressant d'imaginer

aux théories du ]}' Ochoronicn sur la snt^eation mentale, qui n'nu-

raitlieu que quand le sujet récepteur est en état û'aldéie, c'est- à-di 11:

sans idées propres.

(i) Dans le. format du 27 août 1892. M. L. Heverchon signale le

fait de ïe,vtériiiriiatioii de la mémoire ; après avoir rappelé ine?

obser\'atioDs sur l'exlériorisalion de la sensibilité, il ajoute:

« irest vraiment eictraordiuaire ; pourtant, nous assistons tous les jours à des choses qui le sont presque autant et qui. cependant. u« noue étoDuent point, hutûtués que nous sommes à n'y point prêter attention. Ko voici une que uombre do personnes pourront vérifier, et qui doit être très commune.

• J'ai souvent l'occasion de passer d'un étage & un autre pour y trouver un renseignement me faisant défaut, et il m'est arrivé muiii. les lois d'oublier, à destination, le motif de mon déplacement. Or, généralement, je n'ai qu'à taire, en sens inverse, une partie du niemia que Je viens de parconrir,pour me remémorer ce que je cherchais.

• l^tant donné que: 1» les objets auprès desquels je passe me sont absolument et eu même degré familiers; 2" qu'il ne m'est point ne*

' cessaire de revenir jusqu'à mon point de départ oii des traces précises ■ne remettraient sur la voie ; 3° et que je suis obligé de f^re tantôt plus, tantôt moins de chemin pour an'lvcr au même résultat, je ci'ois jiouvoir logiquement conclure qn'il y a rÈi-kablem.:rit exiérioi-isation de la mémoire en tel ou tel point de l'espace, et que le passage au [loint d'entériarisation, quel qu'il soit, (leut amener ti rsintègratioH de la mémoire c-xtërioriiée.

' La distraction produit ainsi l'extériorisation comme la produirait

S22 L'BXTiRrORISATION M LU SENSIBILITE

k dêccrm position i'nne onde complète de la pensée en tes ondes élémentaires d'un? nianifrf correspMidanlt^ À la dé composition d'on TiiisceaB de lutniùre dans un prnne.

Si le« ladiations oa ondes de la pensée tMDDent delà nabir« de la lumière, on peut entreroir, dau les boriions éloigné* de la science, la jMssibitité d'obtenir, yar ciemple an iDoyen d'une lentille, leur image photographique snrune plaque c*nvenablemenl sensîbilisi'e. à peu près suivant la méthode de la reproduction pbotographiqueordinaire, Cnt enregistrement delà pensée, convenablement employé, serai tpeut-élftea état d'éveiller, h une époque postérieure, dans le cerveau d'usé personne qui se soumettrait à son toUuence. des pensé» identiques à celles qui auraient été photographiées (I),

Je ne me dissimule pas combien il est ptl^u probable qu'un enregistrement Je ci" genre puisse être obtenu dans nu avenir prochain, ni les difficultés «xcesshes qui semblent s'op^ser à ce qu'il soit mi^mc jamais atteint.

Tant que uous ne coanailrons rien de plus précis sur la imtnre de ces vibrations cérélivales admises par hypothèse et sur leurs longueurs, nous serons forcément et sérieusemeai

1o sommeil bynoptique, et on peut sans difticuilé concevoir qu'âne valontê énergique, multipliant la pnîssance du {AénomËne, soit capable d'en opftrcr le transfert ânns un autre lien. ■

(1) Doit-OD Toir une premiM^ réalisation de cette hypothèse irai le fnit suivant, qui a été publié il y a quelques années par le O' Pinel et que je n'iU pas eu l'occasion de véiiScr par moi-màme 1

* Un phénomÉno hynoptique inilénlaMe, car nous l'aïons praUqué nous-même, c'est la photi^mpbic h l'aide de l'ophtalmosicope électrique muui d'une plaque sensible, de l'image sugRestionnéB à an sujet hyuoptisé. L'ettet est naturellement instanlaaé, ainsi qoe U phénomène photographique aa gélatino-bromare.

• A l'iuHtant même oii se donne la su^estioa. le Bajet entrevoit l'image partaitement dessinée de l'objet qu'on lui désigna: cheval. serpeot. oiseau, etc. Or, les cellules cértlirales. frappées par le mot prononcé, renvoient l'image ou le dessin de l'objet ou de rauioial ur la rétine. Cette image se réfléchit sur la partie postérieure 4n cristallin, dans la chambre do Tmil, pl. par action virtuelle, s'apandit

en s'exlériorisant comme dans une loupe vulgaire. Ce phénomène se produit dans toulei^ les hallucinations régressives, chei certaiai malades; cet sont des aberrations de la vue, comme il existe aussi des aberraIJous de l'onle, de l'odorat et aussi de tous les sens. ■

nerfi 6 2i3

embarrassés qaant à ta meilleEte méthode à employer pour les flxpr d'un« mantère permanente. Je sovnetE simplement cette idée comme un exemple de ce que la sejenoe tient en réserre pour ceux qui vieodroul après nous. *e mcpermelB de faire remarquer, à c« propos, qu'il 7 aurait proteblement été regardé comme tout impossible, il 7 o cent »ns, de (ransmeltre par le téléphone ou de reproduire par le phonographe le langage articulé.

Cet enregistrement de la pensée, s'il pouvait être obtenu, ne serait pas une image de la pensée elle-même, ni des groupements particuliers des particules dont Ie« mouvements altematiFs accompagnent ou produisent la pensée, pas plus que le tracé de l'enregistreur phonograpbiqne ne forme l'image des mots prononcés. Il représenterattpurement et simplement les mouvements ondulatoires de l'élher mis en mouvement par les opérations cérébrales.

L'œil qui regarderait une image de ce genre n'en recevrait aucune impression ; la matière cérébrale seule pourrait être influencée et se mettre k l'unisson de l'excitation reçue.

Je me suis souvent amusé à deviner ce que pourrait être une machine capable d'enregistrer l^s pensées d'un cerveau en activité sur une pellicule sensibilisée, mise aufoyer d'une forte lentille devant une personne absorbée dans une réflexion profonde.

Si l'on faisait ensuite tourner cette pellicule, comme le cylindre d'un phonographe, à la même vitesse que celle à laquelle elle a été impressionuée, et dans des conditions de lumière ideuliques, à celle de la pose, les vibralions ainsi reproduites existeraient, sur un cerveau passif, des pensées identiques à celles dn sujet choisi pour l'eipéi-ience.

Je n'ai pas besoin de dire qu'une machine de ce genre n'a jamais été construite et qu'elle est encore dans le domainede l'irréaiisé, aussibien, du reste, que les spéculations quej'ai eu l'honneur de vous présenter. Bien plus, il y a tant de probabilités contre son établissement que j'ai hésité à la mentionner.

Quelques expériences pourraient être faites à titre d'essai

224 L'EXTfiaiORISATIOH DE LA SE^SIBILné

d'une manière analogue dans le domaine de la transmission de la pensée en plat;ant de grandes lentilles devant les yeux d'un hypnotiseur à une distance convenable pour faire converger les radiations cérébrales sur les yeux du sujet hynotisê. Ces expériences pourraient être essayées soit avec, soit sans le concours des rayons lumineux.

Une des plus sérieuses objections à mon hypothèse des radiations cérébrales est ta rareté même des phénomènes de télépathie et de transmission de la pensée. Je me permettrai de faire remarquer que cette rareté relative s'explique peutêtre par la présence, dans le corps hnmain, d'une sorte d'écran qui protège le cerveau ou les centres nerveux contre les effets des radiations cérébrales. Il n'est pas impossible que les enveloppes des nerfs servent d'écrans qui empêchent le cerveau de recevoir de* radiations cérébrales.

M. le professeur Tyndall, dans son ouvrage sur le sou, rappelle ce fait bien connu, que, dans le cas de vibration sympathique de deux diapasons, l'énergie du diapason Iriinsmetlcur se dépense plus vite que lorsqu'elle ne provoque pas la vibra, tion du diapason récepteur.

Un phénomfîiie analogue pourrait être observé dans le cas de la transmission de la pensée.

J'ai souvent éprouvé, en qualité de professeur, un sentiment d'épuisement considérable, loisqueje faisais passer des examens à mes élèves.

La cause de cette fatigue était peut-être une dissipation rapide de l'énergie due à l'absorption de mes radiations cérébrales par les cerveaux des candidats. Des médecins m'ont dit qu'ils éprouvaient une grande lassitude dans le traitement de certaines maladies où leur attention était plus particulièment tenue en éveil.

S'il y a quelque chose de vrai dans l'hypothèse que je viens d'esquisser en peu de mots, il y uuraitaussi ce que j'appellerai une sorte de radiation vilulequi se produit et se répand hors du corps d'une personne bien portante et qui peut provoquer par sympathie, dans le corps de personnes plus faibles ou malades, des vibrations d'un type iiornial ou plus sain.

S'il eu est ainsi, l'aolique croyance à refflcaoilé de l'imposilioLides mains ouaui guérisons par le magnétisme, se trouverait quelque peu confirmée en dehors de la cause qui eiplique la plupart de ces fait?, je venit dire l'hystérie.

J'ai émis l'iiypothèse précédente des radiations cérébrales avec beaucoup de cloute et d'hésitation et simplement comme une invitation pour ceux qui travaillent dans le domaine de la télépathie ou de latransmission de la pensée. J'espère ainsi attirer lenr attention sur quelques-uns des phénomènes dont l'eiplication échappe jusqu'ici à la science.

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